REGISTRES AUX COMPTES
Ces registres ont subi de plus grands dégâts encore : les insectes et une poussière corrosive ont rongé une bonne partie du parchemin. Les feuillets écrits ont pourtant échappé à ces dégâts ; sans cela que de faits intéressants auraient été ravis à la connaissance de ceux à qui l'histoire de Picardie est chère ! On lit dans ces registres qu'en 1405 la ville d'Amiens envoya es frontières de Calais 30 arbalétriers et 20 pavoisiers « au mandement de noble et puissant prince M. le duc de Bourgogne lieutenant pour le roy au pays de Picardie » et que ces 50 hommes avaient avec eux un augustin qui célébrait chaque jour la messe pour le succès du voyage. Au mois de novembre 1415 les Amiénois dépêchèrent un sergent à masse à Arras , pour ravoir un grand canon monté et enfusté et deux tentes de la ville laissées par le roi devant Arras , après la prise de cette cité par l'armée royale. Les Amiénois envoyèrent un échevin au connétable d'Albret à Abbeville , pour obtenir qu'Amiens fut exempt de faire marcher des gens d'armes ou des arbalétriers , « pour résister à Vemprise que voloient faire le roy d' Engleterre, anemy et adversaire du roy nostre sire à passer le cours de la rivière de Somme au lieu dit le Blanqdetacqde. »
Combien d'autres circonstances dont l'histoire ne fait point mention seraient demeurées ensevelies dans l'oubli le plus profond , sans ces curieux registres ! Ici , c'est Perinol Morel , messager de la cité de Beauvais , qui apporte des lettres de maître Philippe de Morvillers , conseiller du roy notre sire et premier président de son parlement ; ces lettres font mention « de la pitdiahle mort naguère comise et perpétrée en la personne de feu M. le duc de Bourgogne. »
Là Mile de Berry, bourgeois et échevin d'Amiens , reçoit ce qui lui est dil pour avoir assisté à Corbie à l'assemblée des bonnes villes de la Somme
et du pays d'Artois , afln de conférer avec le comte de Richement et autres » tenons parti contraire du roi notre sire. »
Veut-on savoir l'époque à laquelle on éleva les principaux monuments d'Amiens , on peut aussi l'apprendre en consultant ces vieux registres : « en l'année 1419, y est-il dit, les fondements du pont sire Jehan Du Gange furent faits avec xi tables de pierre de Beaumez au pris chacune couple l'un portant l'autre de vu sols. »
Si l'on veut connaître les dépenses qu'occasionnaient à la ville les entrées des rois , des princes et des grands , c'est encore aux registres aux comptes qu'il faut avoir recours.
On y voit qu'en 1425 il en coûta xxxvi livres parisis à la ville pour une couppe et une eguerre d'or présentées à madame Katrine de France, fllle du roi Charles « et alors femme de très-puissant prinche le roy tCAngle- » terre vivant héritier et régent de France à sa première venue à Amiens. » — En 1448 les deux drageoirs offerts au comte de Charolais à son entrée à Amiens coûtèrent vni.'=* xvm écus ix'. — La dépense faite pour les seuls clous des hourts dressés le long de la chaussée St.-Leu, à l'entrée du légat d'Angleterre à Amiens en 1527 , s'éleva à environ xx sols. — La ville paya en 1520 40 sols aux bateliers d'Amiens pour conduire François L'' et la reine de France dans leurs bateaux de Picquigny à Abbeville , etc. — Le maire et les échevins dépensèrent , en 1593 , 18 écus pour 9 écharpes de taffetas blanc dont ils firent présent aux officiers de la ville lors de la soumission d'Amiens à Henri IV.
Les mêmes registres contiennent des détails non moins précieux sur les fréquents pèlerinages qui se faisaient à N. D. de Boulogne dans le xv.» siècle , et sur la coutume qu'avait alors la ville d'Amiens d'offrir des chapeaux de roses aux conseillers du parlement qui faisaient expédier ses affaires avec célérité.
Si l'on désire avoir des renseignements exacts sur la manière de voyager des échevins d'une grande ville au xv." et au xvi.'= siècles qu'on lise ces registres , on y verra quels étaient les moyens de transport du temps. Pour se rendre à Paris on mettait trois ou quatre jours , et encore ne pouvait - on toujours arriver car les chemins étaient peu sûrs. En 1419 , un messager de pied de la ville d'Amiens s'avança jusqu'à Pont-Ste-Maxence ; mais arrivé là, pour le double des gens d'armes estant sur le pays, il n'osa passer outre et retourna à Amiens avec les lettres qu'il portait pour un procureur au parlement.
Nous le répétons, en finissant, les archives communales de la ville d'Amiens , offrent des documents du plus grand intérêt ; on y trouve des chartes précieuses , d'intéressants récits se rattachant à des événements mémorables , à des victoires , des sièges , des combats, des fêtes et des spectacles. Il est donc im-
portant que Ton s'occupe enfin de classer ces archives avec méthode et que Ton veille à leur conservation avec le plus grand soin.
REVUE
HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE
DES ÉGLISES DE PICARDIE ET D'ARTOIS