‹ Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique, et littéraire, de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 159 sur 170 · ET LES BOURGEOIS D'ARRAS · texte numérisé non relu

ET LES BOURGEOIS D'ARRAS

PRÈS la mort de Charles - le - Téméraire , I Louis XI prit sur le champ possession des places de l'Artois. Il ne prétendait pas les garder , disait-il , et les rendrait tout aussitôt que la princesse Marie , fille de Charles-le-Téméraire , aurait fait au roi de France hommage de suzeraineté. Pendant ce temps, les agents de Louis XI préparaient toutes choses pour que l'Ar-

1 Renseignements communiqués par M. l'abbé Dumas, desservant à Versigny.

lois demeurât à la France et Commines gagnait à la cause royale le célèbre d'Esquerdes , gouverneur de la province.

Cependant les bourgeois d'Arras, dont le dévouement à la maison de Bourgogne était à toute épreuve, se déterminèrent à envoyer vingt d'entre eux vers la princesse Marie pour l'éclairer sur les projets de Louis XI et sur les intrigues de ses agents '. Mais le roi, instruit de leurs résolutions, prit si bien ses mesures qu'ils furent arrêtés à Lens et conduits à Hesdin. Là le roi les interroge et, semblant faire taire tout ressentiment, il ordonne qu'un banquet soit préparé. Revenus de leur effroi , les bourgeois croient voir dans les dispositions de Louis XI une pensée de réconciliation, et sans nulle défiance ils s'asseyent à la table royale. Louis XI eut pour chacun d'eux les plus douces paroles et il avait fait cesser leurs dernières appréhen-

* Les vingt bourgeois furent choisis le 18 avril 1477 (v. st.) Le chef de la députation était Oudart de Bucy , procureur-général de la province, homme d'un éminent savoir et d'une grande vertu. On voit dans une lettre écrite par Louis XI au sire de Brcssulre que ce prince cherche à justifler la mort d'Oudart de Bucy par le prétexte que ce magistrat avait accepté de lui une seigneurie en parlement. Les chroniques rapportent qu'après le meurtre d'Oudart de Bucy , le roi avait fait recouvrir sa tête d'un chapeau d'écarlate fourré d'hermines qu'il fit exposer aux railleries de la foule sur la principale place d'Hesdin.

Parmi les bourgeois députés on remarquit aussi Baudouin de Caulers, échevin, et M." Clérembaut Couronnel, avocat de la ville. On ne trouve pas quels furent leurs compagnons d'infortune. Le commandant du détachement qui les arrêta à Lens s'appelait Guérard Asset, sergent royal. Guérard Asset sut mettre à profit pour ses enfants et pour lui le dévouement dont il avait fait preuve dans cette occasion. On le fit prévôt royal de Beauqucsnc. Son second fils, Martin Asset , devint abbé de Saint-Vaast d'Arras ; Pierre Asset , son petitfils , fut président du conseil d'Artois. ( Notes de M. le baron de IIaute- CLOCQUE , ancien maire d'Arras ).

sions lorsque , vers la fin du repas , Tristan , le grandprévôt parut ! Aussitôt l'effroi glace tous les visages ; car l'aspect de cet homme commandait la terreur et on savait bien que ses paroles étaient des arrêts de mort, ce Messieurs, — dit -il enfin, en promenant son » regard sur les bourgeois atterrés, — mettez-vous en » paix avec Dieu; je vais vous dépêcher à lui. » Cependant les bourgeois se jetèrent aux pieds du roi implorant sa pitié ; mais Louis XI fut inflexible et , sur son ordre, les Ecossais de sa garde conduisirent les malheureux bourgeois sur la place publique d'Hesdin où ils furent décapités.

P. ROGER

NOTICES

SUR QUELQUES FAMILLES

D'ANCIENNE NOBLESSE ÉTABLIES

EN PICARDIE OU EN ARTOIS

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