‹ Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique, et littéraire, de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 162 sur 170 · PROGRAMME ET DÉTAIL DES DIVERSES CÉRÉMONIES DE LA FÊTE · texte numérisé non relu

PROGRAMME ET DÉTAIL DES DIVERSES CÉRÉMONIES DE LA FÊTE

Le lundi 23 août, à 6 heures du soir, les Hérauts d'Armes de la ville d'Arras , escortés des sergents du Châtelain , vont proclamer sur les différentes places de la ville la solennité du lendemain ; ils donnent lecture du programme de la fête, de la marche du cortège du Prince dans les différentes rues de la ville, et invitent les habitants à orner leurs maisons et à pavoiser leurs fenêtres d'étendards, bannières ou banderoles aux armes du Prince, de la province ou de la ville.

Les habitants sont également invités à illuminer les façades de leurs maisons pour le cortège de nuit du mercredi.

Le lendemain mardi à 8 heures du matin cette proclamation est répétée dans les mêmes lieux.

A une heure de l'après-midi , la première partie du cortège ( composée des compagnies d'Arbalétriers , Archers , Piquiers ; les Corporations , l'Échevinage de la Cité, les dignitaires de l'Abbaye Royale de St.-Vaast, les Députés des États, etc., etc., etc.,) réunis et organisés, part du Jardin Botanique et vient à l'Hôtel-de-Ville , en passant par la place St.-Vaast, rue des Jongleurs, place du Théâtre, rues Ernestale et St.-Géry, Petite-Place, prendre l'Échevinage d'Arras, le Gouverneur de la ville et celui de la province.

En ce moment les quêteurs réunis se dispersent et vont par toute la ville remplir leur généreuse mission.

L'Échevinage et ses officiers ayant pris rang dans le cortège, on se rend en bon ordre près la porte St. -Michel pour y recevoir le Prince qui s'est obligeamment détourné de sa route pour faire son entrée par celte porte af fectée de toute ancienneté aux joyeuses entrées des comtes et comtesses d'Artois et de leurs premiers-nés.

Le cortège , pour arriver au lieu ci-dessus indiqué , poursuit sa marche par

( 1 Extrait des Registres inëmoriaux de l'Hôtel-dc-Ville . )

les rues des Trois-Visages , Marché-aux-Filets, place Sainte-Croix, rue Sainte- Croix , Grand'Place.

La tête de la colonne se place vers la rue de la Taillerie.

A. deux heures, un Poursuivant d'Armes de la maison du Prince ayant annoncé l'arrivée de S. A. , le corps de la ville députe vers lui le Conseiller- Pensionnaire , revêtu de son épitoge , et deux Échevins pour lui adresser les remontrances ordinaires relatives aux Bannis et à la prestation de serment.

A peine cette députalion est-elle de retour que déjà le Gouverneur d'Arras, Louis Lejosne jire de Contajr , Robert de Markais , son lieutenant, Philippe de Crévecœur, Gouverneur-Général d'Artois, le Maieur d'Arras et le Corps de la ville tous à cheval , accompagnés des Archers assermentés de la ville , et leur Connétable en tête vont au devant du Prince vers la porte St.- Michel. Ils descendent de cheval et Ricard Pinchon , Conseiller-Pensionnaire , après avoir fait une harangue, ouvre le livre aux Serments et en lit la formule au Prince qui prête ce serment en étendant les mains vers la ville et prenant la main du Maieur.

A son tour celui-ci , en touchant la main du Duc , prête le serment de fidélité au nom de la Communauté des habitants d'Arras; il lui présente les clés de la ville que le Duc remet au Bâtard de Bourgogne, son premier Chambellan.

Cependant le peuple fait éclater sa joie cl crie Noël , et la bancloque de sa grosse voix et toutes les cloches des églises et des chapelles sur tous les tons saluent la bonne arrivée du Prince. Puis le Châtelain et les Barons de St.- Vaast, représentant l'Abbaye Royale de ce nom, viennent présenter leurs hommages.

Après les présentations, le Duc fait son entrée à Arras et se dirige en cortège vers l'Hôtel - de - Ville et l'église N.-D. , en passant par les rues et places dont les noms suivent : la Grand'Place , la Taillerie , Petite-Place , station vis-à-vis l'Hôtel-de-Ville.

La tête de la colonne se déploie vers la rue des Balances.

En ce moment un chevaucheur de la maison de Sigismond , archiduc d'Autriche, vient annoncer l'arrivée de ce Prince au gouverneur d'Arras. Celui ci rend compte de cet événement à Charles-le-Téméraire qui charge Antoine , bâtard de Bourgogne, son premier chambellan , et Pierre de Gouy, son chancelier, d'aller recevoir l'Archiduc à la porte Méaulens.

Ces deux seigneurs, suivis d'une compagnie d'Archers à cheval, partent au galop pour aller remplir leur mission.

Au même instant un Héraut d'Armes de la ville vient annoncer au maieur d'Arras l'arrivée des princesses qui sont arrêtées à la porte Ronvillc.

Le maieur ayant informé le Prince de l'arrivée de LL. AA. Charles, duc de Bourgogne, donne les ordres nécessaires pour aller à leur rencontre immédiatement après la réception de l'Archiduc.

L'archiduc Sigismond, précédé des gentilshommes qui étaient allés au-devant de lui, accompagné d'un Conseiller Aulique, de son premier Ècuyer , de plusieurs Chevaliers de l'Ordre Teulonique, des Gentilshommes de sa maison et

d'une compagnie de Croates Allemands, arrive sur la Petite-Place et se présente au Duc qui le reçoit cordialement.

Les Princes , ayant fait entre eux un échange de félicitations , partent en cortège pour aller recevoir les Princesses en passant par les rues des Balances , des Trois-Faucilles , de Ronville et s'arrêtent à la Porte.

Immédiatement après l'entrée et la réception des Princesses qui prennent place au cortège et complètent son organisation , on se remet en marche dans l'ordre suivant:

La Bannière de la Fête Historique escortée de quatre Commissaires à cheval. — Un Poursuivant d'Armes du Prince. — Trompettes à cheval , leur pavillon est aux armes de la Ville. — Hérauts d'Armes. — Tambours. — Compagnie d'Arbalétriers. — Musique bourgeoise , 45 musiciens. — Compagnie des Archers assermentés de la ville , leur connétable en tête. — La Corporation des Sayetteurs. — Bannière des Présents. — Brancard des Présents porté par huit Sergents à Verge. — Tambours. — Bannière de la Ville. — Compagnie de Piquiers, représentant les quinze Compagnies bourgeoises de la Ville. — La Confrérie de N.-D. des Ardens. — Le Mayeur d'Arras, (Jehan Lejosnej.

— Le Conseiller-Pensionnaire (Ricard Pinchon), — Lé Procureur de la Ville.

— L'Argentier (Jehan de Henau l'aîné). — Les Échevins. — Le Clerc de la Ville (Florent Muette). — Les Commis aux ouvrages. — Sergents à Masse.

— Bannière de la Cité. — Hérauts d'Armes. — Le Bailli de l'Évêque. — Le Capitaine de la Cité. — Le Lieutenant de la Cité. — Le Prévôt de la Cité (Nicolas Oudard) , Conseiller du duc. — Les Échevins de la Cité. — BrmTTTrés' d'Armes. ^Bannière de St.-Vaast. — Le Châtelain d'Arras. — Les Sergents du Châtelain. — Les Barons de St.-Vaast. — Bannière d'Artois. — Le Gouverneur d'Arras, Louis LejpsnCj sire de Conlay. — Le Lieutenant du Gouverneur (Robert de Markais). — Le Procureur - Général d'Artois (Pierre Caulier). — Le Greffier , (Jean de Raincheval). — Philippe de Crèvecœur , Gouverneur d'Artois, Chevalier de la Toison-d'Or. — Les Députés des trois Ordres des États d'Artois. — Gens du Serment du Jeu d'Épée. — Sergens d'Armes. — Chevaucheurs de l'écurie du Prince. — Tambours. — Compagnie d'Archers. — Musique à pied de la maison de S. A. (45 Musiciens). — Hérauts d'Armes. — Bannière de Bourgogne , au centre d'une compagnie de Hallebardiers. — Gentilshommes d'honneur, désignés pour accompagner la Duchesse. — Philippe Pot, Pierre de Hennin, Seigneur de Bossut, Jean de Neufchâtel, Seigneur de Montaigne, Chevaliers de la Toison-d'Or. — Marguerite d'York, Duchesse de Bourgogne, accompagnée de son premier écuyer.

— Pages de la Duchesse. — Dames d'Honneur et leurs Écuyers. — Marie, Princesse de Bourgogne et sa Gouvernante. — Leurs Écuyers. — Gentilshommes de la maison de la Duchesse de Bourgogne. — Musique de la maison du duc , (20 Musiciens à cheval). — Écuyers du Duc de Bourgogne. — Écuyers porte-épée du Duc, porte-casque et porte-lance. — Charles, Duc de Bourgogne , ayant à sa gauche Sigismond , Duc d'Autriche , et les Pages et Damoiseaux des Princes. — Antoine, bâtard de Bourgogne, premier Chambellan. — Baudouin, bâtard de Bourgogne. — Pierre de Gouy, Chancelier de Bourgogne.

— Jacques de Luxembourg, Chevalier de la Toison-d'Or. — Jean de Luxembourg , sire de Roucy , Chevalier de la Toison-d'Or. — Philippe de Savoie , Chevalier de la Toison-d'Or. — Jacques de Bourbon , Sire de Carency, Chevalier de la Toison-d'Or. — Rodolphe de Hochberg , Marquis de Rhotelin, — JuOuis de Châlons, Seigneur de Château-Guyon, Chevalier de la Toison-d'Or.

— Guillaume de Châlons, Prince d'Orange, Seigneur d'Argueil. — Charles de Châlons , comte de Joigny , Chevalier de la Toison-d'Or. — Philippe de Montmorency-Neuville , Seigneur de Courrières , Conseiller et Chambellan du Duc, Gavenier de Douai. — Marc de Montmorency-Croisilles. — Jean V Sire de Créquy , Chevalier de la Toison-d'Or, Conseiller et Chambellan du DiJC. — Antoine de Château-Neuf, Baron dfù Lau , ancien Grand-Bouteiller de France et Sénéchal de Guyenne. — Philippe de Croy, Baron de Quiévrain , Chevalier de la Toison-d'Or. — Philippe de Cohen. — Jean de Melun , Châtelain de Gand , Seigneur de Boubers. — Thibaut de Neufchâtel , Maréchal de Bourgogne, Chevalier de la Toison-d'Or. — Pierre de Berghes, Seigneur de Cohen, Gouverneur d'Aire. — Antoine , Sire de Hallewin , Conseiller et Chambellan du Duc. — Jean de Bailleul , Grand'Queux du Duc. — Antoine Rollin , seigneur d'Eymeries, Maréchal et Grand-Bailly du Hainaut. — Alard de Rabodenghe. Chevalier, Seigneur de Moulle, Bailli de Saint-Onier. — Jean Sire de Sailly, Châtelain de Péronne. — Jacques du Bois, Seigneur d'Annequin (de la maison de Fienncsj. — Robert de Thiennes, Conseiller et Chambellan du Duc. — Jean de Houchin , Seigneur de Longastre. — Le Bon de Rely. — Le Sire de Beaumetz , Châtelain de Bapaume. — Pierre de Miraumont, Seigneur de la Bouteillerie. — Le Conseiller Aulique de l'Archiduc Sigismond. — Plusieurs Gentilshommes Artésiens. — Les Écuyers de l'Archiduc. — Les Chevaliers de l'Ordre Teutonique. — Une compagnie de Croates Allemands. — Poursuivants d'Armes , portant les cotes d'armes des Juges du Tournoi. — L'Écuyer Grand-Échanson , gentilhomme de la maison du Duc. — Le roi d'armes , Gilles Gobert. — Le Chevalier d'Honneur. — Les Juges Dizeurs précédés de leurs Écuyers. — Jean de Bournonville, Baron d'Ordre , Gouverneur d'Hardelot. — R. de Mauville. — Rasse de Rivière. — Jacques de liâmes.

— Gentilshommes de la maison du Chevalier d'Honneur. — Compagnie d'Archers à cheval de l'escorte du Duc de Bourgogne. — Cent Porte-Torches, escortant le Cortège.

Le Cortège , organisé ainsi qu'il vient d'être expliqué , poursuit sa marche en passant par les rues St.-Jean-en-Ronville , Ernestale , place du Théâtre , St.- Aubert, St.-Jean-en-Lestrée , Pont de Cité, Baudimont, Cloître.

Arrivé au Cloître vis-à-vis l'Église, les Maieurs et Prévôts des Ville et Cité d'Arras font l'offre des Présents.

Les Présents acceptés par le duc de Bourgogne, le Cortège continue sa roule par les rues des Chanoines, d'Amiens, Sainte -Claire, Quai des Casernes, rues de l'Arsenal , des Capucins , du Collège , Ernestale , place du Théâtre , rue des Jongleurs , place St.-Vaast , rue des Teinturiers , de l'Abbaye, Marché aux Filets , place Ste-Croix , rue Ste-Croix , Grand'Place et Petite Place. Station et séparation à l'Hôlel-de-Ville. (Extrait du Programme de la Fête de 1841 ).

REVUE

HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE

DES ÉGLISES DE PICARDIE ET D'ARTOIS

e," ABTICIiE. — DIOCÈSE DE SOISSO^ii.

CCI. Eglise cTEtreux ( arrondissement de Vervins. ) — On ne sait rien de positif sur l'origine et sur la première construction de cette église. Plusieurs personnes croient qu'elle remonte au temps des guerres de partisans et qu'elle était alors un fort où se réfugiaient les habitants pendant les invasions. Les quatre tours qui flanquaient ses angles et dont deux existent encore semblent justifier cette tradition. L'église d'Etreux, placée sous l'invocation de la Ste - Vierge , fut brillée en 1793 lors du siège de Landrecies par les Autrichiens. Elle a été reconstruite en partie quelque temps après ; on a diminué un peu la hauteur des murs •.

CCIL Eglise cCOisy. — cette église a été reconstruite en 1823; une tour carrée surmonte le portail. Les ouvertures de cette tour sont cintrées par le haut et garnies d'ouies. St. -Nicolas est le patron de l'église d'Oisy ».

CCIIL Eglise de Ribeauvillc. — Cette église a une nef plus large que le chœur; ses bas-côtés se terminent par deux chapelles adossées au mur du sanctuaire. La principale porte est accompagnée de deux pilastres en pierre bleue supportant un fronton surmonté d'une croix également en pierre bleue. Une petite tour carrée s'élève au-dessus du portail ; elle renferme un escalier par lequel on arrive à l'intérieur. Cette tour se termine par une flèche en bois recouverte en ardoises. A l'intérieur on voit deux rangs de colonnes en pierre bleue de Marbay , au nombre de quatre , accompagnées d'autant de demi-colonnes. Les voûtes sont cintrées, en bois, et peintes en couleur bleu céleste. La chaire à prêcher offre un évangéliste sur chacun des quatre panneaux ; la cuve est supportée par un Samson ; l'ange du Jugement surmonte les consoles de l'abat-voix. On remarque deux grandes dalles en pierre servant de pavé dans cette église ; elles recouvrent la sépulture de deux anciens curés de la paroisse. St.-Jean-Baptiste est le patron de l'église de Ribeauville. On ne sait rien de positif sur l'époque de sa construction, tous ses

1 Renieignement* communiqués p»r M. l'abbé Creveaux , outé de Wassigny. s Id. Id.

titres ayant été perdus oU brûlés en 1793. La nef fat reconstruite en entier en 1776 ; le curé se rendit adjudicataire des travaux et les habitants coopérèrent généreusement à sa réédification , en faisant toutes les corvées sans rien exiger '.

CCIV- Église de Sdint-Martin ■Rivière. — L'église de Saint-Martin-Rivière n'a qu'une nef. La flèche est placée sur le mur qui sépare la nef du chœur ; le chœur se termine en hémicycle. Cette partie de l'édifice date du xv." siècle ; la nef remonte à peu près au milieu du xvii'. A l'intérieur, on remarque contre les murailles des statues et des bustes d'une assez grande dimension peints au naturel et chargés d'or. Le plancher, formant la voûte, est d'une exécution très-soignée. On l'a couvert d'une couleur bleu de ciel et d'étoiles, pour figurer le firmament. Plusieurs peintures décorent ce plancher. On y remarque principalement un écusson accompagné d'une rose et de cette devise: SuAVKM MiTTiT oDOREM. Des viciUards assurent que l'abbé de La Rose, supérieur de l'ancienne abbaye du Gâteau , avait fait bâtir le chœur de cette église , ce qui expliquerait cet emblème et cette inscription. La chaire fixe l'attention des étrangers ; elle a quatre petites colonnes torses ornées de chapiteaux corinthiens. L'escalier est garni de colonnes semblables. L'abat-voix se fait remarquer par la richesse et la beauté de ses sculptures •.

CCV. Eglise de Tupigny. — Cette église était en forme de croix latine; mais un des bras de la croix a disparu. Le chœur semble fort ancien; ses arcades appartiennent au xi."" siècle et rappellent le style lombard. La nef est moderne et parait avoir été bâtie peu de temps avant la révolution de 1789. Les bases des colonnes qui soutiennent la nef sont élevées et ornées de cordons. Une tour, placée à droite contre la chapelle, surmonte l'église; cet édifice a Ste-Madeleine pour patronne. Il dépendait , autrefois , de l'abbaye de Coïncy. On s'y rend en pèlerinage à la fête de St-Antoine patron secondaire de Tupigny '.

CCVI. Église de Wassigny. — Tout indique que cette église a été construite à diverses reprises , car il n'y a point d'ensemble entre la maçonnerie de la nef et celle du chœur. Les guerres , surtout celles de Flandre , auront sans doute occasionné bien des destructions. Le chœur de l'église de Wassigny se termine en hémicycle. La principale porte a quelques moulures autour du cintre. Une flèche élevée surmonte le portail. L'intérieur offre deux nefs latérales terminées chacune par un autel adossé au mur du chœur. Les piliers sont carrés et sans chapiteaux. Vers la porte d'entrée, se trouvent deux massifs en pierre avec voûtes supportant la poutre et le plancher d'une tribune. L'égUse de Wassigny est sous l'invocation de la Ste- Vierge *.

1 Renieignementi coDimuniqués pat M. l'abbé Cteveanx ; curé de Wassigny.

S là. là.

S Id. Id.

4 Id. Id.

CCVII. Église de Vervins. — L'église de Vervins est construite presque entièrement en grés. Le style primitif de ce monument, placé sous l'invocation de la Ste - Vierge, a été altéré par des réparations successives. On remarque avec surprise au grand portail des colonnes à chapiteaux grecs qui contrastent d'une manière bizarre avec le reste du monument. Une tour carrée surmonte le portail ; cette tour est lourde quoique assez élevée. Le plan de l'édifice offre une croix latine ; sa longueur est de 56 mètres , sa largeur de 27. Ses voûtes ne sont pas sans hardiesse. La chaire, qui était ornée de sculptures d'un travail remarquable, a perdu une partie de sa riche décoration pendant la Terreur. On fut, dit-on, forcé alors de transformer les mitres d'abbés qu'on y remarquait en bonnets phrygiens, pour calmer certains démagogues qui voulaient à toute force fbriser ces emblèmes du fanatisme et du pouvoir sacerdotal. Cette belle chaire vient de la chartreuse du Val-Saint-Pierre. Ce n'est point la seule dépouille dont l'église de Vervins se soit enrichie aux dépens de ce monastère. Elle a aussi recueilli ses orgues , aux sons si harmonieux , et plusieurs tableaux de prix. Celui qui représente le repas de Simon a 9 mètres de largeur sur 6 de hauteur. On le doit au pinceau de Jouvenet ; il est signé de cet habile artiste et porte la date de 1699 , année où il l'exécuta. Il offre des beautés de premier ordre et mérite d'être conservé avec soin. On doit souhaiter, surtout, qu'il n'éprouve pas le sort fatal d'un autre tableau attribué aussi à Jouvenet et représentant Jésus-Christ au jardin des Oliviers. Un inepte barbouilleur a rendu ce tableau méconnaissable, au moyen des couches épaisses de couleur dont il l'a recouvert *.

CCVIIL Eglise de Berny-Rivière ( arrondissement de Soissons ). — L'église de Berny présente dans son portail une grande ressemblance avec celle de Vic-sur-Aisne *. Le porche a la même forme générale; peut-être offrait-il les mêmes détails, avant qu'une main barbare ne l'eût récemment rhabillé à la Grecque , sous prétexte de le consolider et de le restaurer. La fenêtre centrale est soutenue par deux colonnes à chapiteaux réticulés ; leurs fûts sont diversement décorés; celui de droite d'une torsade, celui de gauche d'un zigzag, parsemés l'un et l'autre de perles. L'archivolte offre un double quart de rond denticulé et disposé en échiquier ; au-dessus est un bandeau plissé , le même que celui du porche de Vic-sur-Aisne. Sur le premier pilier butant latéral gauche , on remarque un lion accroupi , antique souvenir de la justice seigneuriale qui se rendait inter leones *. A côté, on trouve une porte carrée surmontée d'un plein cintre. Les trois nefs se terminent par autant d'absides arrondies et en application. Celle de droite a été supprimée. Celle du centre est ouverte à droite par une fenêtre remarquable en plein cintre, soutenue par deux colonnes annelées et surmontées d'un fronton triangulaire.

1 Notes de M. H. Dusevel.

2 Voy. la Description de l'église de Vic-sur-Aisne, pag. 200.

3 On sait qu'il existait à Berny-Rivière une maison royale du temps des rois des deux premières race». Voy. les Archives Historiques et Ecclésiastiques de Picardie et d'Artois, tom. Il pag. 12.

Le clocher , placé sur le portail , ressemble à celui de Vic-sur-Aisne ; il est ouvert par les mêmes ouïes et décoré du même ordre ionique. Dans l'intérieur , des piliers carrés cantonnés crucialement de colonnes rondes soutiennent la nef; les arcs sont en plein cintre ainsi que les fenêtres; la colonne antérieure montait jusqu'à la voûte qui n'existe plus; on a cru bien faire en rasant au dedans , comme au-dehors , les chapiteaux et les moulures qui fournissaient de précieuses indications. On voit , à l'entrée du chœur , la date de 1552 , époque où l'édifice aura subi un remaniement qui a beaucoup altéré son caractère. A droite du portail est l'épitaphe de M. Louis Guermon de La Rozière , ancien avocat au parlement , mort en 1777. Il fut le bienfaiteur de l'église à laquelle il donna le tableau qui décore la chapelle de droite '.

CCIX. Eglise de Courmelles. — On voyait jadis trois églises à Courmelles ; deux sont maintenant converties en grange. L'église paroissiale actuelle est en forme de croix romaine dont les bras étaient autrefois terminés en hémicycles servant de chapelle; mais on les a fait disparaître en 1557 et on n'en aperçoit plus que les traces. Le chœur a cinq ouvertures en plein cintre; l'une de ces ouvertures forme l'hémicycle. L'unique porte de l'église est en plein cintre , mais l'archivolte du portail a la forme ogivale. Cet archivolte est soutenu par trois rangs de colonnes surmontées de chapiteaux représentant des plantes grasses ou des feuilles de chêne. On voit encore une autre porte supprimée au XV.'' siècle ; cette porte était ornée de roses et d'étoiles. On remarquait autrefois un porche en pierre à l'extérieur ; mais on en fit un autre en bois beaucoup plus grand en 1557. Ce porche ressemble à une halle et nuit à l'aspect et à la beauté du portail. La corniche de la nef offre une espèce de draperie ; celle de l'abside , qui est double et superposée , représente dans sa partie inférieure des figures grimaçantes d'hommes et d'animaux, des modillons et des étoiles ; au haut se trouvent aussi des figures grimaçantes desquelles sortent des guirlandes de feuillages. Les murs sont soutenus par des contre-forts adhérents. Ces contre-forts sont ornés de figures grotesques, d'aigles, de vipères, etc. La tour, dont la flèche était primitivement couverte en pierres , a une dimension énorme. Elle occupe toute la largeur du chœur. Ses ouvertures sont au nombre de huit. Les sculptures ont disparu lors de sa dernière reconstruction. Une autre tour existe près du portail de l'église; elle est ronde et sert d'escalier au clocher. On croit que l'abside et le chœur ont été bâtis par la princesse Rotilde, fille de Charles-le-Chauve, en 926 et la nef par Mathilde, petite-fille du roi Louis-le-Gros , en 1136. Les bras de la croix ont été voûtés et la façade du bras droit refaite par la princesse Catherine de Bourbon , fille de Charles de Bourbon , duc de Vendôme, et de Françoise d'Alençon, tante du roi Henri-le-Grand. Ces princesses étaient abbesses de Notre-Dame de Soissons dont l'église de Courmelles dépendait. Il y a deux

1 ReiKcignrnents communiqués par M. A. Goze.

rangées de piliers dans l'intérieur de l'édifice. On aperçoit aux angles des griffes ou pattes. Des chapiteaux décorent ces piliers ; les uns sont ornés de feuilles d'acanthe ou de chêne ; les autres représentent ici un évéque la mitre en tête ayant à ses pieds un duc ou prince qui porte une couronne, là des religieux recevant la discipline que leur administrent généreusement leurs confrères; plus loin un lion sur lequel est monté un enfant qui lui ouvre la gueule '. Ces chapiteaux étaient peints et, malgré les trois badigeons successifs dont on les a couverts, on distingue encore des couleurs dans lesquelles le bleu et le rouge semblent dominer. Toutes les croisées sont en plein cintre et ornées à l'extérieur de quatorze eolonnettes surmontées de chapiteaux sculptés. On dit que c'est de ces nombreuses colonnes que la commune tire son nom qu'on traduit en effet par Columelle , petite colonne. Les voûtes du chœur et de l'abside sont à plein cintre ; celles des bras de la croix , reconstruites en 1557, sont chargées de pendentifs ou de culs -de-lampe. On trouve dans l'église quinze grandes pierres tumulaires à la mémoire de cinq ecclésiastiques et de dix chevaliers. Elles ne remontent pas au-delà du xy." siècle et semblent appartenir à la même famille, aux seigneurs de Meelinois et Ploizy, baillis des pays et ville de Guise .

CCX. Eglise de Coucy ( arrondissement de Laon ). — L'église de Saint- Sauveur de Coucy date en grande partie des premières années du xin."" siècle, époque où l'on vit s'élever le magnifique château des seigneurs de ce nom. La révolution de 1793 détruisit le clocher construit à l'entrée de la nef; on en reconnaît la place au peu de soin avec lequel on répara le dommage, sans se conformer au style des parties voisines. Le portail , en plein cintre , est soutenu de chaque côté par trois colonnes à chapiteaux, à larges feuilles d'eau et à bases munies de griffes aux angles. L'archivolte mutilé était d'un dessin riche et élégant. Les colonnes qui portent la fenêtre à plein cintre de la façade sont annelécs ; celle de gauche a un sphynx dans son chapiteau. Au-dessus est une jolie galerie aveugle formée de six arcs trèfles. Le tympan du pignon que parcourt une doucine est ouvert par un oculus , bordé d'une rangée d'étoiles et de zig-zags et percé au centre par un trèfle renversé. L'abside a trois pans ; ses fenêtres sont étroites , ogivales et environnées d'un double biseau; elles étaient autrefois soutenues par des colonnes annelées. La litre dont l'église est entourée porte encore les armes de la famille d'Orléans qui posséda le domaine de Coucy. L'intérieur de l'édifice est peu remarquable ; presque tout a été reconstruit dans le style prismatique du xv.' siècle. On ne retrouve de vestiges des anciennes constructions qu'à l'entrée du chœur dont les piliers sont formés de eolonnettes rondes et carrées. A droite , sur une corniche , on voit parmi des feuillages deux animaux renversés , couverts d'écailles et semblables à des lézards qui dévorent des fruits. Les fonts baptis-

1 Ce prétendu enfant n'est autre que Samson qui déchire un lion. Voy. VEglise de Berteaucourt , ouvrage publié pur M. H. Dmevel , grand in-S." Amiens 1844.

S Renseignements communiqués par M. l'ubbé de Guise, desservant de Courmelles.

maux, en marbre noir, sont anciens et fort beaux. Le retable de l'autel de droite est soutenu par des colonnes torses, décoré de frontons circulaires brisés, dans le style de la fin de la Renaissance. On voit quelques restes de pierres tombales , entre autres à droite celle de Messire Charles Maurice Brodard de Vaudesson , chevalier , sieur du Faux , Hammancourt et autres lieux , chevalier de St. -Louis , ancien premier capitaine au régiment d'Orléans - cavalerie , lieutenant des ville et château de Coucy . capitaine des chasses du gouverneur de ladite ville et capitaine des châteaux royaux de Follembray et Saint-A Ibin , décédé le 2 juillet 1772. Ce monument fut érigé à sa mémoire par les soins de dame Anne-Marie-Thérèse d'Origny, son épouse. En haut sont des armoiries fascées d'argent et d'azur , au sautoir de gueules brochant sur le tout. Des lions pour supports , couronne de comte et croix de St.-Louis. Les armoiries d'en bas sont d'azur, à deux bars adossés d'or, couronne de comte '.

CCXL Eglise d'Urcel. L'édifice est en forme de croix latine. Des chapelles formant une saillie demi-circulaire entourent le chœur. L'hémicycle du sanctuaire est orné, à l'extérieur, de sculptures d'une perfection admirable. On voit en dehors du portail un porche dont les ouvertures à plein cintre attirent l'attention des connaisseurs. Il est ceint, comme le clocher, d'un cordon de billettes en damier et en relief. La corniche offre une suite immense de figures monstrueuses d'hommes et d'animaux entremêlées de trèfles et de feuillages exécutés avec beaucoup de soin. La tour du clocher remonte, dit-on, au XI.'' siècle et peut - être au - delà; c'est un mélange d'architecture romane et du style bizantin rapporté à la suite de la première croisade. Quatre rangs de piliers supportent la nef et les bas-côtés de l'édifice. Ces piliers sont ornés de chapiteaux très-richement sculptés. La multitude, la bizarrerie, la variété et l'air antique des sculptures attirent l'attention des connaisseurs et ont de quoi exercer la science des antiquaires. La plupart de ces sculptures représentent des hommes , des femmes , des quadrupèdes , des oiseaux , des êtres fantastiques , tels que chimères , sphynx , etc. Le sanctuaire et les chapelles latérales sont seuls voûtés. Les murailles et les piliers offrent des traces d'anciennes peintures sous la chaux qui les recouvre. L'entrée du sanctuaire est ouverte par une grande arcade ogivale ornée d'un triple et même d'un quadruple cordon de sculptures; ces sculptures présentent un coup d'oeil grandiose et imposant. Le mattre-autel , à la romaine et en forme de sépulcre, est sculpté avec goût. On a trouvé dans l'église d'Urcel, que la tradition du pays signale comme ayant appartenu aux Templiers ou Moines rouges, une pierre sépulcrale portant en relief une croix de Malte avec les insignes de cet ordre. M. le curé conserve religieusement cette pierre que l'ignorance a un peu mutilée. Il pourrait se faire qu'il existât dans cette église d'autres tombes fort intéressantes cachées ou perdues sous les 60 centimètres au moins de terre qu'on a eu la déplorable idée de rapporter à l'intérieur et qui couvrent la

1 Renseignements communiqués par M. 6ozr.

base des piliers dans toute la longueur de l'édifice. L'église d'Urcel est placée sous l'invocation de la Ste-Vierge. Si ce monument eut été plus connu et mieux apprécié , il est probable que les amis de nos antiquités nationales n'auraient point la douleur de le voir dans l'état de ruine et de dégradation où il se trouve maintenant '. P. ROGER. II. DUSEVEL.

NOTICES

SUR QUELQUES FAMILLES

D'ANCIENNE NOBLESSE ÉTABLIES

EN PICARDIE OU EN ARTOIS

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