‹ Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique, et littéraire, de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 17 sur 170 · SAINT -VULFRAN D'ABBE VILLE · texte numérisé non relu

SAINT -VULFRAN D'ABBE VILLE

/^ PRÈS la cathédrale d'Amiens et l'église de jv^Saint-Riquier, Saint-Vulfran est le temple •lie plus majestueux qui existe dans le département de la Somme. Son portail offre un [aspect grandiose , un coup-d'œil imposant, et si le reste de l'édifice répondait à sa magnificence, Saint - Vulfran jouirait d'une réputation européenne justement méritée.

Mais cette église a éprouvé le sort de la plupart des grands monuments commencés à la fin du xv.* siècle. Le pieux enthousiasme qui, au xiii.% enfanta tant de merveilles, n'existait plus alors, et le manque de fonds n'a point permis d'achever cet édifice d'après les plans primitifs.

Quoiqu'il en soit , l'église de Saint- Vulfran est fort remarquable. On chercherait vainement dans le nord de la France un édifice dont la façade fût plus riche , plus ornée , plus digne , en un mot , de fixer les regards de l'antiquaire et de l'ami des arts.

La première pierre de cette façade fut posée le 7 juin 1 488 , j3ar le maieur Antoine Postel , au nom du comte de Ponthieu, des trois états de la ville et du Roi, et par le doyen au nom du Chapitre. Ce magnifique portail se divise dans le bas en trois porches-ogives dont les faces sont décorées de hautes statues supportées par des consoles , ornées de figures grotesques. Plusieurs de ces statues ont été offertes à l'église par le clergé des anciennes paroisses d'Abbeville et par les marchands drapiers, tondeurs, bouchers, orfèvres et autres corporations de métiers de cette ville qui se plurent à décorer un monument aussi admirable des images de leurs saints patrons.

On distingue parmi celles qui ornent le porche central St-Jean, St-Eloi , St-Nicolas , St-Paul , St-Pierre; on j voit aussi un lion accroupi tenant une bannière et couvert d'un riche manteau fleurdelisé. Ce lion passe pour le symbole de l'alliance contractée entre la France et l'Angleterre en 1514, par suite du mariage de Louis xii avec Marie, sœur d'Henri viii. On sait que cet hymen, célébré à Abbeville le 10 octobre, fut de courte durée. On remarque aussi sous ce même porche la statue de St-Germain l'Ecossais ayant à ses pieds le dragon à sept têtes dont, suivant la légende j il purgea les environs du village de Saint-Germain-sur-Bresle oii l'on voit encore son tombeau; et enfin, celle de St-Firmin , premier évêque d'Amiens, l'apôtre de la Picardie. Son martyre est figuré, selon l'ancien usage , sur un petit bas-relief.

Les principaux traits de !a vie de Jésus-Christ décorent les bandeaux de la voussure de ce porche ; malheureusement plusieurs groupes ont disparu : les iconoclastes de 1793 ne les ont pas épargnés.

Des sculptures dans le goût de la Renaissance , mais un peu lourdes , ornent les ventaux de la porte qui est en bois et couverte d'une peinture grossière. Ces sculptures représentent, entr'autres sujets, plusieurs traits de V histoire de la Vierge et du Nouveau T'estament. On peut citer cette porte comme une des boiseries les plus curieuses qui restent en France. A l'extérieur on lit cette inscription :

IDtfrflc milr Ijumuiiia la porte li'amour tsXts.

C'est un refrain faisant allusion au nom de Gilles d'Amourette, qui était maître d'une confrérie religieuse et littéraire existant autrefois dans l'église de Saint-Vulfran , et qui donna cette porte en 1550.

Le porche à droite est également riche, également orné. On y voit les statues de St-Jacques , de Ste-Marie- Madeleine et de la Sainte Vierge ou de la Charité. Cette dernière statue attire l'attention par la singularité de son costume et ses divers attributs.

Le porche à gauche est aussi décoré de statues de saints. Celles de St-AmJré , de St-Jean^Baptiste et de St-Thomas-d' Aquin fixent les regards ; mais ce qui semble surtout piquer vivement la curiosité, c'est un groupe représentant un navire enrichi de plusieurs écussons et sur lequel paraissent quatre personnages dont deux se battent avec une sorte d'acharnement, tandis que les deux autres demeurent spectateurs tranquilles de cette lutte. Ce groupe allégorique, qui jusqu'à présent n'a pas été expliqué d'une manière satisfaisante ^ surmonte un

petit pilastre orné de moulures placé presqu'à la naissance de l'arc-ogive.

Chaque porche ou portique est terminé par un fronton à jour somme d'un écusson.

L'écusson du porche central était décoré des armes de Louis XII ; celui du portique à droite offrait les armes du cardinal d'Amboise qui fut chargé par le monarque de surveiller la construction du monument ; et l'écusson du porche à gauche, les armes des maïeurs d'Abbeville. Dans un moment d'effervescence politique, on a gratté impitoyablement ces écussons sans respect pour les souvenirs historiques.

Au haut du fronton central paraît Dieu le Père présentant son fils crucifié aux hommes. Cette représentation mystique est fort commune en Picardie ; presque partout le Père Eternel porte , comme à Saint- Vulfran , les vêtements d'un pape et tient la croix entre ses genoux : c'est un fait qui méritait d'être signalé en passant, pour l'histoire de la sculpture ou plutôt de l'iconographie dans cette province.

Une galerie règne au-dessus du fronton qui est de forme triangulaire ; les balustrades à jour de cette galerie exigent de promptes et importantes réparations.

La fenêtre placée au centre de la façade et que surmonte une rose ne date probablement que du xvii.^ siècle. On est au moins porté à le penser, en examinant cette fenêtre avec quelque attention.

Une seconde galerie , décorée d'une balustrade à entrelacs , se trouve un peu plus haut.

Le pignon n'est pas nu , comme celui de beaucoup d'églises du même temps; des ornements d'une grande variété et plusieurs statues de saints, placées dans des niches, l'enrichissent de toutes parts. Ces statues représentent la

Vierge , St-Nicolas et St- Vulfran , pour lesquels les Abbcvillois ont toujours eu une grande vénération. Cette partie de Tédifice est très-détériorée par les vents de mer.

A droite et à gauche de la façade que nous venons de décrire , s'élèvent deux tours quadrangulaires qui la flanquent et lui servent de soutien. Les escaliers se trouvent dans ces tours qui, de loin, produisent un eifet pittoresque et merveilleux. Leur hauteur est d'environ 50 mètres. Elles se terminent en plate-formes bordées, comme le reste du monument, d'une riche balustrade à jour; deux tourelles de forme octogone et pyramidale ornent les angles de ces tours ; les toits pointus qui les surmontent , et qui ont été faits pour abriter les guetteurs, leur donnent une grande légèreté et permettent de les apercevoir de fort loin.

De vieilles maisons , construites en partie sur le terrain de l'ancien cimetière de la paroisse où Henri iv toucha les malades atteints d'écrouclles en 1585, enserrent de tous côtés ce précieux édifice. Ce n'est qu'en pénétrant dans les cours de ces hideuses baraques , ou bien en parcourant , non sans quelque danger, les galeries pratiquées l'une au-dessus des voûtes des chapelles , l'autre au bas du grand comble, qu'on peut examiner ses dehors. Leur état délabré afflige l'ami des arts ; ou dirait des ruines échappées à quelque récent désastre. La tour dite de St- Firmin , qu'on voit à gauche de la croisée oii s'est arrêtée la construction entreprise au xv." siècle, menace de crouler ; il serait important de la réparer sans délai.

Le chœur, beaucoup plus bas que la nef, n'est à proprement parler qu'une longue chapelle , qu'un prolongement appliqué après coup à l'édifice. On le reconnaît aisément dès qu'on pénètre dans l'église. Ce chœur qui

ne répond, d'ailleurs, ni à la magnificence du portail ni à la beauté de la nef ne fut terminé qu'en 1633. Aussi voit-on au premier coup-d'œil que le monument est resté incomplet. Il ne consiste en quelque sorte qu'en une nef ^ deux bas-côtés et plusieurs chapelles. Il a 68 mètres environ de longueur , 32 de largeur , 30 de hauteur sous clefs de voûte.

Les piliers qui supportent les voûtes de la nef sont à nervures prismatiques; ceux du chœur sont ronds et peu remarquables.

Les clefs ciselées des voûtes de la nef offrent plusieurs images de saints <, telles que celles de St - Vulfran et de St - Georges, et divers écussons aux armes de France, de Louis XII , à' Anne de Bretagne , de la ville d' Ahheville et du comté de Ponthieu. Quelques-uns de ces écussons rappellent que des rois, des princes, des princesses contribuèrent à la construction de cette église, aujourd'hui si déchue de sa splendeur primitive.

Les fenêtres de la nef à meneaux flamboyants et en partie détruits ont perdu leur plus riche parure, depuis l'explosion du magasin à poudre d'Abbeville, arrivée le 2 novembre 1773; presque toutes sont dépouillées des vitraux peints qui les ornaient et qui retraçaient aux yeux des fidèles ici de pieuses légendes , là des emblèmes choisis pour armes par les corps d'arts et métiers de la ville. Une seule fenêtre, celle qu'on voit au fond du sanctuaire, a conservé presque intacte sa verrière représentant la création du monde; mais cette verrière ne remonte guère qu'au xvii.' siècle, temps où les vitraux peints avaient déjà perdu beaucoup de leurs brillantes couleurs. Alors les peintres-verriers d'iVbbeville , si renommés au moyen-âge, ne se distinguaient plus, comme aux siècles

précédents, par la pureté, la grâce et la correction du dessin.

Deux statues en marbre blanc, de grandeur naturelle, représentant l'une St - Bernard , sous les traits d'un ancien abbé de Valoires, l'autre le vénérable évêque d'A.miens, M. de la Motte, sont les seuls objets remarquables qui décorent l'entrée du sanctuaire.

Le maître-autel est fort simple ; un baldaquin en bois , couvert de dorures insignifiantes , sert de retable ou plutôt de couronnement à cet autel. On y expose la chasse de St-Vulfran à l'époque de sa fête. L'usage était autrefois de déposer cette chasse , le jour de l'A-Scension, dans une chapelle de fleurs et de verdure élevée au milieu du marché d'Abbeville où elle restait jusqu'au lendemain. Lorsqu'elle sortait de l'église , un massier du chapitre appelait à haute voix et à trois reprises différentes le sire A' Hall encourt. Ce seigneur et plusieurs autres vassaux étaient tenus de la garder en armes pendant toute la nuit. Le roi Louis xni avait une grande dévotion envers St-Vulfran ; ayant visité l'église sous son invocation , après avoir voué son royaume à la Vierge, il demanda à François Faure, évêque d'Amiens, une parcelle du bras de St- Vulfran qui lui fut accordée par le chapitre et le prélat. Il conserva, dit-on, précieusement cette relique jusqu'à sa mort et ne consentit jamais à s'en dessaisir^ même en faveur des églises de Paris.

Les principaux miracles du saint archevêque de Sens étaient représentés sur l'ancienne chasse et sur une curieuse tapisserie dont on parait autrefois le chœur de l'église, le jour de la fête du saint.

Le coffre de l'autel de Rétro ^ où se trouve maintenant la chasse de St-Vulfran, est décoré d'une peinture sur

fond doré qui date, dit-on, du xiv/ ou du xv." siècle; elle représente plusieurs scènes du Jugement dernier et peut fournir des renseignements d'un haut intérêt sur l'état de l'art à cette époque.

Les bas côtés de la nef contiennent chacun trois chapelles dont on restaure en ce moment le pavé avec une magnificence qui n'est pas en harmonie avec l'ensemble de ces chapelles. Celles du bas-côté droit sont aujourd'hui sous l'invocation de la Croix , de St-Michel et de St- Victor.

Cette dernière chapelle est sans contredit la plus curieuse pour l'ami de notre histoire et de nos antiquités nationales. Elle a probablement été construite par les libéralités de la famille Lessopier , dont les armes ornent les clefs de voûte. L'épitaphe en pierre noire , incrustée dans le mur au haut du confessionnal , doit avoir été rapportée après la démolition de l'ancienne église de Saint-Vulfran qui eut lieu au commencement de l'année 1531 ; cette épitaphe semble, en effet, remonter au xv.' siècle; celui dont elle rappelle la mémoire n'est autre que ce Jean Levasseur qui fut ro/>e et détroussé près du Pont-à-Vendin , par le célèbre chroniqueur Enguerrand de Monstrelet .' Jeanne Lessopier, sa femme, dont l'épitaphe fait également mention, descendait de ce fidèle châtelain de La Broyé qui reçut Philippe de Yalois dans son gothique manoir en 1346, après la sanglante bataille de Crécy. L'histoire a conservé la réponse faite par le monarque au qui vive du vieux châtelain de La Broyé ; mais cette réponse a été mal rapportée par la plupart des écrivains modernes. Philippe ne dit point au châtelain : Ouvrez ,

' {Bulletin de la Société de l'Histoire de France, tom. n , pag. 226. )

c'est la fortune de la France ; mais bien : Cest V infortuné roi de France \ La première réponse eut été trop orgueilleuse pour un roi vaincu ; la seconde convenait parfaitement à un monarque accablé par le cruel revers qu'il venait d'essuyer.

A l'entrée du bas-côté gauche et contre le mur de face , on remarque un caïman ou crocodile qui a donné lieu à mille contes ridicules. Le peuple, toujours crédule, suppose que ce caïman ( rapporté , dit-on , d'Amérique par un navigateur abbevillois ) aurait été tué dans l'une des tours de Saint-Vulfran où il s'était blotti. Il y faisait , ajoute la tradition, un bruit effrayant; les cloches sonnaient d'elles - mômes au milieu de la nuit, et les chanoines, tout étonnés de ce vacarme, n'osaient plus quitter leurs demeures pour venir chanter matines dans l'église.

Les chapelles de ce bas-côté sont dédiées à St-Louis , S t-Jeam- Baptiste et St-Firmin ; toutes renferment divers objets d'art dignes de l'attention des amateurs.

La chapelle St-Louis est décorée d'un bas-relief en pierre représentant la Crèche ou la Nativité; il fait voir quel était le talent de ces imagiers du xvi.® siècle qui ont légué tant de beaux et excellents ouvrages à nos églises.

Dans la chapelle de St- Jean-Baptiste on remarque un grand retable d'autel , ayant pour sujet le Jugement dernier. L'exécution de ce bas-relief, pleine à la fois de hardiesse et de naïveté, prouve le rare mérite de M. Louis Duthoit, sculpteur d'Amiens. Au fond d'une niche, sous la fenêtre de cette chapelle , on distingue un beau groupe en pierre représentant l'un des principaux traits de la vie de

*■ ( Voy. les Froissart ms. des Bibliothèques Publiques d'Amiens et d'Arras.)

St-Gengoul. Le saint est près d'une fontaine, avec son épouse adultère; il l'engage à plonger son bras dans l'eau de cette fontaine, pour se justifier des reproches qu'il lui adresse et des soupçons qu'il a conçus sur sa fidélité. La femme obéit, comptant bien sortir sans danger de cette facile épreuve; mais des flammes vengeresses paraissent tout à coup sur la surface de l'eau, lui brûlent les chairs, et viennent convaincre Gengoul de son malheur.

Ce groupe charmant a été en butte au mauvais goût qui régnait naguère encore. Un pinceau vandale l'a couvert d'une épaisse couleur à l'huile; et pour couronner l'œuvre, on s'était imaginé de placer à la ceinture du saint un énorme pistolet qu'un jeune prêtre , choqué de ce bizarre anachronisme, fit disparaître pendant qu'il exerçait les fonctions de vicaire à Saint- Vulfran.

La troisième et dernière chapelle renferme un tableau sur lequel St-Yulfran est représenté guérissant ou bénissant des malades. Ce tableau est d'un grand efliet , mais mal éclairé ; l'obscurité règne presque partout dans cette chapelle.

Contre le mur du bas-côté gauche du chœur, on remarque un autre tableau représentant Jésus-Christ au Jardin des Oliviers ; il a été donné par le gouvernement à l'église de Saint-Vulfran en 1834, sur la demande de M. Renouard , alors député de la Somme.

Les chapelles qui existent au fond des ailes du chœur sont sous l'invocation de la Sainte Vierge ; elles n'offrent rien de remarquable. Celle qui se trouve à gauche est décorée d'un tableau, peint par Rey, ayant pour sujet V Assomption.

Dans le bas-côté droit du chœur , près de la porte de la sacristie, est un petit bas-relief peint et doré qui fixe

particulièrement les regards. Il représente le supplice de St-Eustache et de ses enfants. Tous sont plongés dans le ventre d'un vaste taureau d'airain sous lequel des bourreaux mettent le feu.

Les arcades qui séparent le chœur de ce bas-côté sont ornées de clefs sculptées sur lesquelles on voit des balances et des bourses, attributs distinctifs de la corporation des merciers d'Abbeville. On dit qu'il fut construit avec leurs dons au commencement du xvn." siècle. Un cartouche portant la date de 1 622 vient , au reste , confirmer cette tradition.

Le chapitre de Saint-Vulfran a produit plusieurs personnages distingués ; mais les bornes de cette notice ne nous permettent de citer ici que Jean Alegrin , qui fut cardinal et patriarche de Constantinople. Les chanoines jouissaient, autrefois, d'un privilège bien étrange; ils s'emparaient de l'autorité municipale pendant l'octave de la Pentecôte. « Le mayeur-chanoine, élu par ses collègues » sous le nom de prévôt, dit M. Louandre dans son his- » toire d'Ahheville, sortait accompagné des officiers de sa )) compagnie , des bedeaux , des sergents , des huissiers du » chapitre, pour annoncer son élection au corps de ville )i dont les fonctions cessaient à l'instant même. Le nou- » veau maire , au bruit des instruments de musique et re- » vêtu des marques distinctives de sa magistrature, se )) rendait au Bourdois pour y tenir audience et faire su- )) bir les diverses peines qu'il infligeait pour les délits de » police municipale. Lorsque le fait comportait la pri- » son, les condamnés étaient conduits dans une grange, )) près de l'hôtel de la Gruthuse où les chanoines pla- » çaient les vingt mille gerbes de blé que leur valait la » dîme ; et comme leur juridiction temporelle leur don-

» nait le droit de justice , ce bâtiment nommé Grange du » Chapitre leur tenait lieu de prison. Lorsqu'il s'agissait » de peines plus graves, les instruments de supplice des » maïeurs étaient à leur disposition. »

C'est dans l'église de Saint-Vulfran que l'on exposa en 1765, à la suite d'une procession solennelle, le crucifix dont la mutilation fut imputée au jeune chevalier de Labarre. Ce déplorable sacrilège, commis pendant la nuit, au milieu d'une ville éminemment chrétienne , plongea les habitants d'Abbeville dans le deuil et la consternation. La peine de mort fut prononcée contre Labarre. L'évêque d'A.miens n'ayant pu obtenir sa grâce du roi Louis XV, il fut conduit au supplice en chemise, la corde au cou , tète et pieds nus , et fit amende honorable , en passant, sur la première marche du parvis de Saint-Vulfran. L'exécution de Labarre excita l'indignation de Voltaire ; il publia une foule d'écrits pour venger sa mémoire et peut-être aussi pour se venger lui-même, car le bourreau avait brûlé un exemplaire de son dictionnaire philosophique avec les restes du condamné.

H. DUSEVEL,

MEMBRE DU COMITÉ HISTORIQUE, DK LA SOCIÉTÉ ROYALE UES ANTIQUAIRES DE FRANCE, ETC.

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