PAR DU CANGE
« Quel puits de science que Du Gange 1 » On en est presque épouvanté. »
( M. DK CHATEAUBRIAND.
ES travaux de Du Cange ont rendu son nom immortel. Pleins de correction et de clarté , qualités trop rares cïîêz les érudits , ses écrits révélèrent à la fois le savant historien, le géographe exact, l'antiquaire éclairé, le numismate judicieux. Du Cange sut élever son style à la hauteur de sa pensée; il allia la philosophie de l'histoire à l'étude des lois féodales ; a il savait presque toutes les lan- » gués , dit Roquefort ; Du Cange avait puisé dans un nom- » bre infini de manuscrits et de pièces originales des con- » naissances sur les mœurs et les usages des siècles les plus » obscurs. Les savantes préfaces de ses glossaires font en- » core preuve d'un génie philosophique et sont, en leur » genre, ce qu'on peut lire de meilleur pour le fond et » pour le style. »
L'éloge de Du Cange n'est plus à faire et nous n'entreprendrons point de raconter sa vie. Les académies et les biographes y ont pourvu. Du Cange, toutefois, eut un peu
le sort de ces écrivains dont les savants travaux restent à l'état de manuscrits dans les poudreux rayons des bibliothèques publiques ; ignorées du grand nombre , ces œuvres laborieuses sont rarement consultées ; le plagiat littéraire est le seul honneur qui leur soit quelquefois réservé. Plusieurs ouvrages de Du Gange ont été imprimés ; ils devaient suffire pour sa gloire; mais le grand nombre ne sait pas quels immenses travaux Du Gange a laissés ; il ignore en général que beaucoup de ces travaux ne sont point publiés encore.
On sent que ceci ne saurait s'appliquer aux gens éclairés , à ceux qui fréquentent nos bibliothèques , aux amis des études historiques. Nous n'avons rien à leur apprendre sur Du Gange. Gomme nous ils Font consulté, comme nous ils se sont émerveillés d'un génie si fécond, d'une érudition si profonde , de cette concision savante qui rappelle quelquefois la grande manière de Tacite.
Du Gange , né à Amiens , voulait écrire une histoire de la Picardie ; l'amour du sol natal et le rôle brillant qu'eut toujours cette province dans les fastes de la vieille monarchie durent révéler ce dessein au génie de Du Gange. Le plan du travail fait partie de ses manuscrits. Nous le donnons ici. Il fut publié en décembre 1749 dans le Journal des Savants auquel nous en empruntons le texte.