‹ Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique, et littéraire, de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 22 sur 170 · AU MAIEUR DE LA VILLE DE SAINT-QUENTIN · texte numérisé non relu

AU MAIEUR DE LA VILLE DE SAINT-QUENTIN

Monsieur le Mayeur,

Je vous asseure que j'ay faict tout ce que j'ay peu en ma puissance pour rompre le desseing qu'avoit mons.»"^ de LongueviUe ; grâces au ciel il est résolu de ne bouger de la province où il attend les Reytres qui doibvent estre avec nous mecredy ou jeudy. Quant nous serons tous ensamble notre troupe fera plus de deux, mil cincq cens chevaulx et quelques quatre à cinq mil har-

quebuzes. Mon filz de est allé bazarder la fortune avec deux cens bons

chevaulx pour joindre le Roy où il n'esperre faire guerres long séjour, et fera tout ce qu'il poura pour persuader le Roy à passer en deçà. Sa Majesté est en armes devant Dours en résolution , si le duc de Mayenne passe la rivière , lui donner la bataille. Son armée est fort belle, et n'est croiable la quantité de noblesse qui y est, il ne se soucie nullement de son ennemy, sous sa cause si juste qu'il s'asseure que son avant garde est forte assez pour les faire tous fuir. Il a plus de deux mil cincq cens chevaux : je vous fais juge, quant ceste troupe sera ensamble, sy ce sera pour avoir la raison des ligueurs.

Monseigneur de LongueviUe a avec lui monsieur de La Noue; je feray tout ce que je pourray affin que notre armée passe en notre pays et qu'à ceste fois nous le puissions mettre en liberté et eslargir nos villes. Nous n'espérons pas estre ung seul jour inutil. Vous croiez qu'en tout ce que j'auray moien de servir à la patrie et à votre ville qu'incontinent je m'y emploieray et ma vie et moiens. Il est très nécessaire qu'il y ait toujours icy quelqu'ung pour avoir en recommandation ce qui nous touche.

Assurez messieurs de la ville que je suis à leur service et commandement. Si quelque chose se présente où puissions alraper Luc Firon de Ballaigny, ne soiez paresseux de nous en donner advis ; je vouldrois fort qu'il eust alaqné quelque place. Vous n'avez affaire, ny tous vos voisins, que de vous garder de surprise, car de siège nous vous en exemptons. Notre rendez vous est pour demain à Crespy en Vallois pour rester plus près des Rcystres. Voila ce que je puis vous mander sinon que je suis de tout à votre service et commandement vous donnant le bonsoir et prie Dieu , Monsieur le Mayeur, vous donner santé , heureuse et longue vye. De Compiègne ce lundy au soir XII mars 1590.

Vostre obéissant voisin et meilleur amy à vous obéir,

CIIAULNES.

Toute la noblesse qui est sortie de S.'-Quentin se porte fort bien , sinon mons.' de S.'-Siraon qui trouve point le hareng bon ou ne désire point retourner à S.'-Quentin , craignant que la molue ne lui face mal a l'estomac. Je vous assure que nous sommes une troupe d'enfans sans soucy qui désirons fort revoir ung petit en face le s."" de Balaigny. Mélencolie n'est qu'ennuy!

( Communiqué par M. DE Chauvetïet , Jw^re d'instruction à Saint-Quentin.)

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