SUR LE SCULPTEUR BLASSET
( D'après les Manuscrits de dom Grenier à la Bibliothèque Royale. )
H I COL A s Blasset, Fun des meilleurs artistes ^.^^du règne de Louis xiii, était originaire de irAmiénois. Le père Daire affirme qu'Ab- ^'beville fut le lieu de sa naissance ; cette opinion n'a point été partagée par dom Grenier qui cependant ne pense pas que Blasset soit né à Amiens. On sait qu'Amiens dispute à Abbeville l'honneur d'avoir vu naître cet habile sculpteur. Quoiqu'il en soit , Blasset passa presque toute sa vie à Amiens et remplit cette ville de ses chefs-d'œuvre ; il y mourut en 1659. Le tombeau élevé à sa mémoire fut placé dans l'église de Saint-Firmin-le-Confesseur.
Blasset réunissait au génie de la sculpture, les talents de l'architecte , l'art de la gravure , les connaissances du fondeur ; ce fut lui qui fondit en 1628, sur l'échafaud
dll
même , la grosse pomme du clocher de la cathédrale d'Amiens. On lui confia l'ordonnance et la décoration des théâtres et des arcs de triomphe que la ville d'Amiens fit construire en 1625 pour la réception solennelle d'Henriette de France , reine d'Angleterre.
Le graveur Lenfant , né à Abbeville , exécuta le portrait de Blasset et l'a représenté à demi-corps , couvert d'un manteau , avec l'inscription suivante :
Nicolaus Blasset, Ambianensis architectus et sculplor regius.
L'art fait presqu'en cette gravure Vivre Blasset une autre fois Mais l'art est ici cette fois Moindre qu'en lui n'est la nature.
Lenfant abbavilleus sculpsit , Parisiis 1658. NOTIONS
SUR LES DIVERS OUVRAGES DE BLASSET RECUEILLIES DANS LES HANDSCBITS DE DOH GRENIER.
A AMZEITS.
« On voit à un des piliers de la nef d'Amiens, à gauche , un tableau d'un » fond de jaspe avec un cadre de marbre noir, sur lequel est représenté en » bas-relief une Annonciation. La Vierge et l'ange sont de marbre blanc et » presque de grandeur naturelle, et au-dessus dans un cartouche aussi en » bas-relief et de marbre blanc la figure du Père Éternel. Ce dessin est très- » bien représenté. Le tableau fut donné en 1655 par Antoine Pièce , ancien » échevin.
» Un des chefs-d'œuvre de. Blasset est un ecce homo au-dessus de la prin- » cipale porte du cimetière de St-Denis. Il écrase le serpent. A côté du « piédestal sont deux têtes d'anges pleurants. C'est un ouvrage admirable par » son attitude. C'était l'ouvrage favori de Blasset ; car on tient que, plusieurs » années après qu'il fut placé et afin de le rendre parfait il monta à l'échelle, » y travailla plusieurs jours. C'est un don de Gabriel de Sachi, sieur du » Coudrai, et de Marianne de Villers, son épouse, en 1628. François Cressent » y a ajouté en 1711 les deux bras qui avaient été cassés.
» Les trois figures de la Vierge de grandeur naturelle qui sont à gauche » dans la nef de la cathédrale d'Amiens , sont de marbre blanc et posées cha- » cune sur une colonne de marbre noir de six pieds de haut non compris » le piédestal et le chapiteau. La première représente la Vierge qui écrase le » serpent et un squelette. L'autre est une Assomption. La Vierge est accom- » pagnée de deux anges de chaque côté et au-dessus est le Père Éternel qui » la reçoit. Le tout de marbre blanc. La troisième est toute simple tenant le
» petit Jésus dans un tableau avec le cadre de marbre noir , ainsi que les » deux autres figures. Quoique les deux dernières soient d'un travail exquis , » cependant les connaisseurs préfèrent la première qui est sans contredit la » plus belle pièce que Blasset ait jamais faite , soit en cette ville soit à Paris. » On ne peut se lasser de regarder la délicatesse du travail. Tout y est fini, » notamment la tête de mort et le squelette et surtout le serpent qui est » inimitable. Les deux petits anges qui voltigent au-dessus de la tête de la » Vierge et du petit Jésus, jetant des fleurs, sont d'une attitude, d'un goût, » d'un travail admirables.
» Tombeau de François Hémart , mort en 1635 , fait par Blasset. Il est » placé sur un des portiques du cloître qui conduit à l'église des Jésuites. Ce » mausolée est composé au moins de 25 figures de pierre, dont huit ou neuf » grandes comme nature , détachées de la pierre. Le reste en bas-relief presque » isolé où Notre-Seigneur est représenté ressuscitant le Lazare. Toutes les fi- » gures sont dans une attitude admirable. On dirait, en les considérant, qu'elles » sont animées et que le sculpteur les a rendues susceptibles de différentes » passions. On y voit une perspective inimitable. Les objets y sont d'une » manière surprenante et agréable à la vue.
» Les principaux SS. de l'ordre de St-Dominique , dans l'église des Jacobins » d'Amiens , ont été sculptés par Blasset. Ils décorent le chœur ( Histoire » d'Amiens , tome 2 page 280. ) N'aurait-il pas fait aussi ceux de Compiègnc ?
» Un mausolée fait par Blasset placé sous un des portiques du cloître de
» Saint-Denis, voisin de celui d'Hémart, et qui sert d'ornement à l'épitaphe
» de Jacques Mouret, décédé en 1641. C'est une Vierge tenant son fils Jésus,
» l'un et l'autre de pierre ; mais ce que l'on regarde comme un chef-d'œuvre
» en sculpture est un cadavre qui est au pied de cette vierge se développant
» de son suaire et levant la tête pour regarder le petit Jésus et lui offrir
» d'une main une couronne et de l'autre une branche de laurier , pour marque
» de la victoire qu'il devait remporter sur la mort. On y distingue les Veines ,
» les artères , les muscles , les nerfs, les os , tous placés suivant les règles de
» l'anatomie. Cette pièce et le mausolée d'Hémart ont été trop exposés à
» l'injure du temps , de l'air, et qui plus est à la pétulance des écoliers pour
» avoir été conservés intacts.
» Le tombeau de Guillain Lucas, dans la cathédrale d'Amiens, est tout en » marbre ; la Vierge tenant le petit Jésus y est représentée grande comme » nature devant laquelle la figure du chanoine est à genoux. Tout y est bien » travaillé ; mais ce qui fait l'admiration des connaisseurs ce sont trois têtes » d'anges qui pleurent en attitudes différentes. Elles sont de pierre au-dessus » du tombeau ; ensuite un ange entre la Vierge et le chanoine assis et pleu- » rant. Il a le coude droit appuyé sur une tête de mort et la main gauche » est posée sur un sablier ; le tout est en marbre blanc. C'est un des plus » rares morceaux de sculpture qu'il y ait en Europe tant pour son attitude « que pour l'exécution du dessin.
» Un des beaux morceaux de sculpture de la cathédrale d'Amiens , quoique » de pierre , est placé à l'un des piliers de la croisée presque vis-à-vis la ») chapelle de N. D. du Puy. On le prendrait pour un groupe par la liaison » des figures. On y voit la Vierge de grandeur naturelle tenant de la main » le petit Jésus posé sur un prie-Dieu où un prêtre en surplis à genoux » s'avance et se dispose à baiser un de ses pieds que le prêtre soutient de » la main droite couverte d'un linge. Derrière lui est Saint-Claude son patron » qui le présente. Toutes les figures paraissent animées.
» Un frère de Saint-Jean d'Amiens nommé Norbert ayant prédit au prince » de Condé étant à Amiens qu'il serait victorieux à Rocroy comme il le fut » en effet le 19 de mai 1643 , ce prince le fit venir et lui donna une somme » d'argent pour faire l'image de N. D. des Victoires qu'il lui avait promis. » Elle fut exécutée par Blasset. Elle est de marbre , de grandeur naturelle , » très délicatement travaillée. Les armes du prince sont au bas accolées de » celles de la princesse son épouse. Elle est placée dans la nef à un pilier » vis-à-vis la chaire du prédicateur.
» Dans la cathédrale d'Amiens on voit deux autels de Blasset adossés aux » gros piliers de la nef. Ils sont décorés l'un et l'autre de cinq figures de » grandeur naturelle, savoir à l'un St.-Roch et St.-Louis; cette statue attache » les regards ; la Justice et l'Abondance , deux vertus analogues au saint roy, » et St.-Sébaslien au-dessus. L'autre est orné de quatre figures de l'ancien » testament qui sont Moyse , David, Esther, Judith, et une Vierge miracu- » leuse au-dessus.
» Le mausolée de Nicolas de Lannoy , connétable héréditaire du Boulon- » nais, dans l'église des Cordeliers. Il est de marbre et fut travaillé en 1632. » (Voir l'Histoire d'Amiens du père Daire tome II, page 284.)
» Autres ouvrages de Blasset : un Ecce Homo dans l'église de Sainl-Ger- » main. — Un Saint-Fiacre aux Augustins. — Un Saint-François de Paule à » Saint-Firmin-le-Confés qui vaut bien celui des Minimes d'Abbeville. — Plu- » sieurs petits mausolées à Saint-Firmin. — Quelques figures et un buste aux » Prémontrés. — Huit figures de religieux et religieuses aux Jacobins ; elles » étaient en pierre et décoraient la chaire. — Un Christ en bois sur la balus- » trade du sanctuaire des Jacobins. — Le pupitre de l'église de l'abbaye de » Saint-Jean d'Amiens. — Des ébauches de bas-reliefs aux stalles des Jacobins » représentant la vie et la mort de J. C. Ils sont très-estimés.
A ABBEVnXE.
» Le tombeau et la chapelle de Ramburcs dans l'église des Minimes d'Ab- » beville. (Voir l'Almanach de Picardie de 1757 page 89.)
» On voit dans la même église, au sanctuaire près la porte de la sacristie , » une colonne sur laquelle est la statue de Saint-François de Paule à genoux. » Cette figure est de Blasset. »