PAR L'ARMÉE ANGLAISE
E roi d'Angleterre, dit Froissart, estoit moult pensif à Airaines. Si ouist messe avant le soleil levant, lors fit sonner ses trompettes de délogement. Il traversa le pays de Vimeu et s'approcha d'Abbeville.
Il brûla un gros village aux environs et vint gîter à l'hôpital d'Oisemont. Philippe, parti d'Amiens, ëtoit, à une heure de l'après-midi, à Airaines. Il y trouva des pourveances de chair en hastées , pain et pastes en four, vin en tonneaux et en barils, et moult de tables mises que les Anglois avoient laissées. Les deux maréchaux d'Edouard , descendus le long de la Somme jusqu'à Saint- Valéry , toujours pour s'enquérir d'un nouveau passage, revinrent le soir dire à leur maître qu'ils n'avoient pas été plus heureux qu'auparavant. Si Philippe avoit eu seulement l'avance de quelques heures , ou si le gué de Blanque- Taque eut été mieux gardé, c'en étoit fait des Anglois.
Ce monarque et cette armée , qui avoient causé tant d'épouvante, ressentoient à leur tour la terreur qu'ils avoient inspirée. Perdu de réputation comme général, méprisé comme roi, abhorré comme homme, Edouard alloit finir de la fin d'un aventurier et d'un incen-
diaire. La défaite en faisoit un chef sans mérite , sans prévoyance , sans courage ; le triomphe en fit un capitaine illustre : le succès semble être le génie ; un moment sépare la honte de la gloire.
Il étoit nuit ; personne , dans le camp anglois , ne dormoit: ceux-ci regrettoient le butin qu'ils alloient perdre; ceux-là pleuroient leurs femmes, leurs enfants, leur patrie. Les soldats qui ayoient exploré la rivière en faisoient des récits effrayants ; d'autres croyoient entendre déjà les clameurs de l'armée francoise, laquelle s'étoit promis de ne faire aucun quartier à l'ennemi ; serment que Philippe avoit prononcé dans la colère, et qu'il eut rétracté dans la victoire.
Les chefs n'étoient pas en de moindres alarmes: acculé à la mer, et retiré sous sa tente comme une bête noire dans sa bauge, Edouard rouloit en silence autour de lui des regards sombres qui s'attendrissoient en tombant sur son fils: ce prince adolescent, destiné à devenir le modèle de la chevalerie, étoit, sans le savoir, à la veille de sa renommée, et déjà comme tout brillant de l'aurore de cette gloire qui s'alloit lever pour lui. Son armure noire , donnant une bonne grâce particulière à sa haute taille et à sa jeunesse , relevoit encore la blancheur de son teint; car il étoit grand et pâle, tel qu'on a représenté depuis le capitaine Bayard ; mais il étoit plus beau.
Edouard , pour prendre une dernière résolution , assemble au flambeau son conseil : inspiré par la mauvaise fortune de la France, il fait amener devant lui des prisonniers du pays de Vimeu et de Ponthieu; il s'informe s'ils ne connoîtroient point un gué au-dessous d'Abbeville, promettant à quiconque indiqueroit ce
gué la liberté et celle de vingt autres captifs. Parmi ces malheureux se trou voit un valet Gobin- Agace ; l'histoire a retenu son nom ignoble , comme celui d'un de ces hommes de perdition que la providence emploie lorsqu'elle veut châtier les empires.
Ce valet déclara qu'il existoit un gué où douze soudoyers pouvoient passer de front à plusieurs endroits, deux fois par jour, à mer basse. Le fond de ce gué étoit composé d'un gravier blanc et dur, d'où lui étoit venu le nom de Blanque-Taque , ou de Blanche- Tache, ou de Blanche - Cayeux \ Le valet ajouta
' «D'après ce que dit Froissarl, il paraîtrait que le passage de Blanquetaque n'est pas , comme on le croit dans le pays , entre les villages de Noyelles et de Port, mais bien au Crotoy. L'histoire rapporte que Gondemar de Fay défendit le passage à Noyelles, et Froissart dit que les Anglais se portèrent à Saint- Valéry , à l'embouchure de la Somme , où l'on se battit , sans dire si cette ville fut prise. On ne sait plus que penser à ce langage, puisqu'on ne ne pouvait point passer au Crotoy sans être maître de Saint-Yalery. Il faut donc s'arrêter à croire Blanquetaque entre Noyelles et Port, à moins qu'il ne soit au-dessous du Crotoy, ce qui contredirait les traditions du pays d'autant plus à tort que ce gué existe encore en partie de nos jours, entre ces deux villages. » ( Baron Seymour de Constant. JRevue Anglo-Française. )
«L'armée anglaise partit à minuit d'Oiscmont, guidée par Gobin-A gâche , et arriva , vers cinq heures du matin , au gué de Blanquetaque. Cassini s'est trompé en plaçant ce gué à l'embouchure de la Somme , au-dessus du Crotoy. Ce que les marins nomment Blanquetaque, c'est-à-dire tache blanche, est le point le plus apparent de la falaise crayeuse qui forme, au-dessus de Port, une longue bande de couleur blanche. C'est donc à douze ou quinze cents mètres environ, à l'aval de ce village, que nous devons placer l'endroit où se trouvait ce passage. Sur tous les points de la Somme, depuis Port jusqu'au Crotoy , le fond de la rivière est mobile comme ses flots : chaque navire le creuse ou l'exhausse alternativement ; mais le gué de Blanquetaque n'a jamais varié. Dans les longues guerres du moyen-âge, il a toujours servi de passage aux nombreuses armées qui ravagèrent le pays. Aujourd'hui , comme au temps de Gobin-A gâche , ce gué est « à gravier de blanche marie, fort et dur, sur » quoi on peut fermement charrier » ( Froissart. ) Mais maintenant le fleuve est entièrement guéable depuis Port jusqu'à Noyelles. »
(M. P. C. LouANDRE. Revue Anglo-Française. )
qu'on le pouvoit traverser avec des chariots, et que les hommes n'y avoient de l'eau que jusqu'au genou. « Compains , s'écria Edouard transporté de joie , si je n treuve vrai ce que tu dis , je te quitterai ta prison n à toi et à tous tes compagnons, et je te baillerai n cent escus nobles. « Et Gobin-Agace lui répondit : « Sire, oyle en péril de ma teste. »
Aussitôt Edouard ordonne à ses capitaines de se tenir prêts. A minuit la trompette sonne; sommiers sont troussés, chars chargés; on prend les armes. Au point du jour les Anglois quittent Oisemont et commencent à défiler : Gobin-Agace servoit de guide ; Harcourt étoit à l'avant- garde : deux François marchoient à la tête de la fuite de nos ennemis. Le soleil se levoit lorsqu'on atteignit le gué. Si la joie des Anglois avoit été grande quand ils s'étoient flattés de franchir la Somme , ils retombèrent dans le désespoir en arrivant sur ses bords : la mer était haute ; le flux couloit à pleines rives. De l'autre coté du fleuve, on apercevoit douze mille François rangés en bataille, et commandés par ce brave Godemar du Fay qui avoit si vaillamment défendu Tournay. Philippe , prévoyant que l'ennemi découvriroit le gué de Blanque-Taque , avoit détaché de son armée mille hommes d'armes et six mille archers génois. Ce corps, auquel se réunirent les communes d'Abbeville, passa la Somme à Saint- Seigneur, et descendit à Blanque-Taque.
Quatre longues heures s'écoulèrent avant que le gué devint praticable. Le monarque anglois donne alors le signal, commande aux deux maréchaux Warvsrick et d'Harcourt de traverser la Somme , bannière au vent , au nom de Dieu et de Saint Georges , les plus
hachelereux et les mieux montés devant, Edouard , suivi du prince de Galles, se jette dans l'eau l'ëpée à la main. Les chevaliers François, au bord opposé, baissant la lance, viennent à la rencontre, et reçoivent chaudement l'ennemi. Un combat s'engage dans le lit même de la rivière. Le péril des Anglois étoit imminent : ils n'avoient plus que deux heures pour accomplir le passage de leurs troupes, chariots et bagages; le flux revenant les eût engloutis. Sur la rive qu'ils quittoient, on commençoit à apercevoir les coureurs de l'armée de Philippe. La nécessité double les forces et le courage des ennemis; leurs archers chassent à coups de flèches les archers génois qui longeoient la rive droite de la Somme. Harcourt et Warwick atteignent le bord avec quelques escadrons , chargent les François , les culbutent , gagnent un terrain où se forme derrière eux l'armée d'Edouard à mesure qu'elle sort de l'eau. Alors les milices commandées par du Fay prennent la fuite, et lui-même est obligé de se retirer.
A peine l'ennemi étoit -il passé que l'avant -garde de notre armée entra au campement abandonné des Anglois; elle s'empara des chariots, et prit trois ou quatre cents traînards. On auroit pu exercer des représailles sur ces brûleurs de chaumières: on leur accorda la vie. Philippe arrive, voit Edouard de l'autre côté de la Somme, et le veut suivre; mais, déjà montante , la marée noyoit le gué ; il fallut perdre un jour pour rétrograder et traverser la rivière à Àbbeville. Edouard effectua le passage le 24 d'août 1346, jour de Saint-Barthélémy.
Tel est le récit que Froissart et plusieurs auteurs
après lui font de la rencontre de Blanque - Taque ; mais le continuateur de Nangis et l'auteur anonyme de la chronique de Flandre affirment que Godemar du Fay se retira sans combattre. Mëzeray ajoute qu'il ëtoit parent de Geoffroy d'Harcourt, et qu'il se vendit à Edouard ; il est certain que Philippe voulut dans la suite le faire pendre comme traître. Mais la colère du roi, excitée par le malheur, et le témoignage de deux historiens qui adoptent tous les bruits populaires, ne suffisent pas pour détruire le récit circonstancié de Froissart , pour déshonorer la mémoire d'un vieux capitaine qui avoit donné tant de preuves de courage et de fidélité.
Edouard, ayant passé le gué, rendit grâces à Dieu, fit appeler Gobin-Agace , le délivra avec tous ses compagnons , lui donna les cent nobles promis et un roussin. M. de Chateaubriand.
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REVUE
HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE
DES ÉGLISES DE PICARDIE ET D'ARTOIS
te/ ARTICIiG. — DIOCÈSE D*i»lIIEIVS.
De nouveaux renseignements nous sont parvenus sur diverses églises du diocèse d'Amiens qui n'ont point encore été décrites dans la Bibliothèque Historique. Nous allons signaler ce qu'elles offrent de remarquable. ( Voir le 1." article , pages 90 et suivantes. )
LI. Eglise d' Àilly-le-Haut-Clocher ( arrondissement d'Abbeville.) La construction de cette église appartient à plusieurs époques. Le portail et la voûte du clocher furent refaits en 1562 par Antoine Moulard et Jean Daullé, habiles maçons de Fontaine-sur-Somme. On remarque, à l'extérieur, la tour haute de 175 pieds , y compris la flèche, et surtout l'escalier séparé de la tour. Cet escalier, de
un
forme octogone et divisé d'étage en étage par des cordons multipliés, est d'un effet fort pittoresque. Le haut, terminé en campane , est couronné par une statue de St-Jean que le peuple appelle Bonaparte, à cause, sans doute, de la ressemblance que la statue semble avoir, à distance, avec les figures en pied de Napoléon. L'intérieur de l'église d'Ailly est d'un bel aspect. Les fenêtres, autrefois garnies de vitres peintes, se terminent en ogive. Les arêtes en pierre de la voûte du chœur et de la chapelle du bas-côté droit sont saillantes; leurs nervures arrondies ont des rosaces ou des pendentifs à leur point de jonction. Les boiseries du chœur présentent, en quelques endroits, des écussons chargés de trois lézards en pal. La chaire est remarquable par les bas-reliefs qui la décorent. Ils représentent l'Annonciation^ la Naissance de la Vierge et l'Assomption. On voit une grande dalle en pierre noire à l'entrée du chœur ; l'inscription est effacée ; mais on sait , par tradition , qu'elle recouvre les restes d'un ancien seigneur d'Ailly de la famille Leboucher dont les armes sont placées au haut de la porte latérale de l'église qui donne sur le cimetière '.
LU. Eglise de Canchy. — Elle est d'une époque récente; le porche seul mérite quelque attention. Il est formé par une ancienne chapelle. Les arêtes de la voussure se croisent et forment un cintre plein. Un Ecce Homo en pierre décore ce porche; c'est un assez bon morceau. Un de ces juifs voyageurs qui font métier de parcourir les campagnes, pour dépouiller nos monuments de leurs antiquités les plus précieuses, en a offert jusqu'à cent francs.
Une ancienne chapelle existait à Canchy , au temps de la bataille de Crécy. Louis XI y est venu en pèlerinage. Elle a été réédiOée par le seigneur de Canchy en 1660. Une bulle du pape Clément X accorda des indulgences à tous ceux qui la visiteraient le jour de la Nativité de la Vierge *.
LUI. Eglise de Citerne. — Comme l'église de Canchy, celle de Citerne est moderne. On n'a conservé de l'ancienne église qu'une poutre sur laquelle on lit cette inscription en lettres gothiques : (l£n. l'on. 4549. fut. foit le comble neuf, le III.* ïie mot) mil. cinq, cens quoronte l)uit fut l'outre poc feu ïêtruit *.
LIV. Eglise de Coulonvillers. — On croit que cette église est l'ancienne chapelle du château construit sur un monticule voisin. Le chœur semble appartenir à la fin du style ogival. Les murs des collatéraux sont surmontés d'une corniche en bois ornée de rinceaux , de figures grimaçantes , de bustes et d'animaux. Un impitoyable barbouilleur a malheureusement badigeonné cette corniche ; et l'épaisseur du badigeon empêche, pour le moment, de bien déchiffrer les inscriptions suivantes:
1 Renseignements communiqués par M. l'abbé Duval , cuté-doyeii d'Ailly-le-Haut -Clocher. Noit» de MM. H. Dusevel et A. Goze.
2 Renseignements communiqué» par M. Leroy, desservant de Canchy.
S Id« par M. l'abbé Naillon , desservant à Citerne.
En quinze cent comble fut fait
Jl faut morir etc
Les bouts des solives de la voûte de la nef et du chœur sont terminés par des figures. On reconnaît celle de St-Pierre parmi les plus apparentes. — L'église de Coulonvillers est sous le vocable de St - Gervais et St - Protais. Elle n'était autrefois éclairée que par quatre petites croisées, garnies de verres peints; le curé fit agrandir ces croisées en 1820 afin que le jour éclairât mieux le chœur ».
LV. Eglise d'Hautevillers. — Son portail est peu remarquable. On voit aux extrémités de la corniche du pignon deux figures gravement altérées par le temps. Des vitraux peints ornaient jadis l'église ; il en reste quelques panneaux où sont représentés divers personnages et plusieurs anges jouant de la lyre ou battant le tambour*.
LVI. Eglise d'Huppy. — La tour de cette église , flanquée d'épais contreforts et renfermant un bel escalier, est quadrangulaire. Une galerie en pierres avec dessins à jour la termine, et elle est surmontée d'une flèche en bois. L'édifice est en forme de croix latine. Il y a, à l'intérieur, un rang de piliers garnis de feuillages à la naissance des voûtes. Ces voûtes ont des rosaces et des pendentifs en saillie d'un demi-mètre au moins. Une dalle, portant des armoiries à demi-elTacées , sert d'entrée au caveau qui se trouve dans le chœur. St-Sulpice est le patron de l'église d'Huppy •.
LVIL Eglise de Liercourt. Ce curieux monument est construit en pierres formant, d'espace en espace, des compartiments variés dans le bas des murs. Un archivolte très-orné surmonte la porte. Dans la niche parait St-Riquier, patron de l'église ; il est vêtu en grand seigneur et tient , comme St-Pierre , des clefs à la main; des marques de couvreurs sont gravées sur les murs du côté du cimetière. A l'intérieur, l'église de Liercourt offre beaucoup d'objets intéressants. Les corniches en bois de la nef et des bas-côtés sont infiniment curieuses. Les bouts des solives du bas-côté droit représentent des saints martyrs, de pieux abbés, tels que St-Quentin, St-Sébastien , St-Riquier, etc. — Les culs-de-lampe de l'abside et de la chapelle Notre-Dame fixent les regards. On y distingue, enlr'autres sujets, le Christ bénissant et la Trinité comme on la représentait ordinairement au xvi.' siècle ; on voit le Père Éternel tenant son fils attaché à la Croix et ayant le Saint-Esprit dans sa barbe. Les supports des statues , placées près du mur et aux piliers du bas-côté gauche , sont très-remarquables; ils offrent, au-dessous, une sorte de croix de Malte, ce qui a pu faire penser que ce monument avait appartenu aux Templiers ; mais cette opinion nous semble inadmissible, car l'ordre du Temple fut aboli
1 Renseignemenli communiqués par M. l'abbé Lafîtte, desservant à Coulonvillers.
2 M. par M. l'abbé Mélan , desservant d'Hautevillers.
3 Id. par M^ l'abbé Oeaavoye , desservant de Huppy.
dès 1309 et l'église de Liercourt ne remonte pas au-delà du xv.'^ siècle. Un banc d'œuvre sculpté et portant la date de 1588 , une piscine avec archivolte en anse de panier et les fonts qui sont très-élégants , attirent aussi l'attention de visiteurs '.
LVIII. Eglise de Mérêlessart. — On remarque surtout , dans cette église , de petites statues en albâtre depuis long-temps recouvertes de chaux. Ces statues sont groupées autour d'une représentation de la Nativité de la fin du xvi." siècle ' .
LIX. Eglise de Moyenneville. — La construction de l'église de Moyeoneville n'offre rien de particulier. Les fenêtres de ce monument sont en cintre ; celles du chœur ont la forme flamboyante en usage au xvi." siècle. La corniche de la nef est ornée de figures et de feuillages sculptés. Une belle flèche en pierre surmonte la tour , couronnée par une galerie en pierres découpées à jour et formant des rosaces. St-Samson est le patron de l'église de Moyenneville * .
LX. Eglise d'Ochancourt. — On n'a point de notions certaines sur l'origine de cette église. Mais on pense qu'elle fut reconstruite telle qu'on la voit aujourd'hui au commencement du xvi." siècle. Le clocher, d'une époque plus récente, porte sur ses ancres la date de 1712. On trouve dans l'église quelques restes de vitres peintes. Des dragons, des griffons et des armoiries décorent la corniche. On y remarque aussi un curieux tableau sur bois représentant au milieu le Sauveur du monde , à gauche St-Jean-Baptiste , à droite Ste-Barbe; près d'eux sont les donateurs de ce tableau et les membres de leur famille. Le cadre offre un grand intérêt ; il est couvert d'anciennes peintures représentant des j prophètes. Un pèlerinage a lieu à Ochancourt, chaque année, le 24 août; on tient pendant sa durée une petite foire profitable aux habitants du pays \
LXI. Eglise de Villers-sur-Authie. — La porte de cette église était ornée de colonnettes dont on n'a conservé que les chapiteaux. Les murs sont soutenus par des contreforts jadis décorés de statues et de clochetons. Les fenêtres sont en ogive. Presque toutes les scènes de la Passion se trouvent reproduites sur les vitraux peints. On y voit aussi quelques légendes en caractères gothiques. La voûte du chœur est en pierres ; les arêtes de ses nervures
i Renseignement» communiqués par M. l'abbé Gaffé, desservant de Liercourt. —Notes de M. H. Dusevel.
2 Renseignements communiqués par M. l'abbé Gaffet, desservant de Mérêlessart.
5 Id. par M. l'abbé Tabary, curé-doyen à Moyenneville.
4 Id. par M. l'abbé A. Henry, desservant à Ochancourt. — Notes
de M. H. Dusevel.
offrent, à leur point de jonction, des sculptures assez remarquables. L'église de Villers-sur-Authie est sous l'invocation de l'Assomption ' .
LXII. Eglise de Vron. — Le soubassement des murs extérieurs offre un damier en silex taillés et entourés de grés , formant bordure. Celte église n'a pour clocher qu'une de ces murailles appelées campenard au milieu desquelles on suspend ordinairement la cloche. Les médaillons de la voûte du chœur attirent les regards. Ils sont au nombre de quatre de chaque côté et de onze sur la nervure longitudinale et représentent des armoiries , Ste-Barbe , la Sainte-Face , des anges sonnant la trompette, etc. La corniche de la nef, en bois sculpté , représente une vigne que deux monstres placés aux extrémités semblent attirer à eux ; cette corniche est portée sur des bouts de solive terminés par des têtes grotesques. L'église de Vron est dédiée à St-André apôtre ; on s'y rend en pèlerinage le dimanche qui suit le 8 septembre pour honorer St- Hubert. Une confrérie placée sous le patronage de ce saint existe à Vron depuis un temps immémorial * .
LXIIL Eglise de Beauquesne (arrondissement de Doullens ). — Cette église est ancienne ; de massives arcades séparent la nef du seul bas-côté qui s'y trouve. Ses fenêtres étroites ne permettent guère de distinguer les animaux fantastiques de la corniche. La tour passe pour avoir été construite au commencement du xiii." siècle. Sa hauteur est d'environ 160 pieds et son architecture a quelque chose de grave et d'élégant qui plait à l'œil. Les ouvertures dont elle est percée , à ses quatre faces , ont fait penser qu'elle pourrait avoir servi de forteresse pour la retraite des habitants , à l'époque où l'Artois et la Picardie furent le théâtre de guerres acharnées entre les Impériaux et les armées françaises * .
LXIV. Eglise du Candas. — L'église du Candas , construite en briques à l'extérieur et en pierres dans la partie intérieure, se recommande par le souvenir d'un pèlerinage fort renommé en l'honneur de St-Fiacre. Le chœur, qui est la partie la plus ancienne de l'édifice, appartenait au commandeur de Fieffés et au prieur de .Jiagneux ; la nef, seule, était à la paroisse, et sou- "misea~Tâ^juridictîon du marquis de Brossié , "seigneur du lieu. Elle fut reconstruite de 1776 à 1780. Ses voûtes sont soutenues par deux rangs de piliers avec des chapiteaux dont les sculptures représentent diverses broderies * .
LXV. Eglise de Fienvillers. — Cette église est moderne. La nef fut bâtie sur les fondations de l'ancienne église en 1750 ; on construisit le chœur qui est assez beau vers 1775. Le clocher tenant au portail est en pierres et fort
1 RenieignemrnU comrouniquéi par M. l'abbé Flaquet, deiservant de Villeri-»ur-Authie.
3 1(1. par M. l'alibé Morgand , desseTvant à Vion. 5 Notes de M. H. Dusevel.
4 Renseignements communiqués par M. l'abbé Dufetelle , desservant du Canda».
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élevé. Un dôme en bois le couronne ; sur ce dôme s'élève une sorte de lanterne surmontée d'une flèche et d'une croix. Le clocher a servi de point géométrique pour la confection de la grande carte de France ' .
LXVI. Eglise de Forceville. — La construction de l'église de Forceville n'ofl"re rien de particulier. Au dessus du portail se trouve une tour carrée , renfermant un escalier. L'intérieur n'a de remarquable qu'une statue de St- Vaast , patron de l'église. On y conduit les enfants en pèlerinage le jour de la fête du saint et de celle du village " .
LXVIL Eglise d'Halloy-lez-Pernois. — Une tour carrée, dépourvue d'escalier , est placée sur le portail de cette église. Les statues qu'on y remarquait ont été enlevées dans la révolution du siècle dernier. On a badigeonné tout récemment les voûtes de cet édifice sur lequel on ne connaît d'ailleurs ni légendes, ni faits historiques intéressants.
LXVIII. Eglise de Senlis. — Cet édifice construit en 1827 à la place d'une ancienne église, ruinée faute d'entretien au commencement de la Révolution *, n'offre rien de remarquable sous le rapport de l'art. L'ancienne église était, dit-on, curieuse. On croit qu'elle appartenait au style roman. Les sculptures grotesques des chapiteaux et la raideur des statues mutilées semblaient au moins l'indiquer aux antiquaires qui, avant 1827, avaient visité ce monument.
LXIX. Eglise de Cartigny ( Arrondissement de Péronne ). — Elle est presque entièrement construite en grés. Deux rangs de piliers carrés soutiennent les cintres des arcades qui séparent la nef des bas-côtés. Le clocher, placé au bas de l'église, est également carré. Les ouvertures qui existent dans le bas sont des sortes de meurtrières. Stc-Radegonde est la patrone de cette église *.
LXX. Eglise de Driencourt. — L'église de Driencourt remonte à plusieurs époques. Sur la voûte du chœur , construite en pierres avec nervures anguleuses, on voit la date de 1585 ; celle de 1759 se trouve sur la voûte de la nef qui est en bois. Les moines de l'abbaye du Mont-Saint-Quentin , près Péronne, ont fait bâtir le chœur et l'ont entretenu avec soin jusqu'à l'époque où les ordres religieux furent supprimés en France ' .
LXXI. Eglise de Grandcourt. — Cette église, placée sous l'invocation de St-Remi, a une belle tour en briques de forme carrée, qui n'a jamais subi le moindre affaissement bien que bâtie sur un terrain marécageux et , pour ainsi dire , au milieu des eaux. Les boiseries des autels et les sculptures
1 Renseignements communiqués par M. l'abbé Goret, desservant de Fienvillers.
2 Id. pat M. l'abbé Seillier, desservant à Forreville. 5 Id* par M. l'abbé Carton , desservant de Senlis.
4 Id. par M. l'abbé Mascré , desservant de Cartigny.
:> Iii» par M. l'abbé Moircz, desservant à Driencourt.
dont elles sont ornées méritent d'être examinées. Nous ne pensons pas , du reste , qu'il faille, comme l'indique M. le desservant de Grandcourt, charger ces boiseries de nouvelles dorures et de couleurs plus fraîches pour en faire ressortir le mérite et la beauté *.
LXXII. Eglise d'Hardecourt-aux-Bois. — On voit dans cette église des fonts baptismaux , paraissant remonter à une époque assez reculée. Les bords du bassin sont entourés d'un ornement qu'on croit appartenir au style roman. Les chapiteaux des quatre colonnettes qui soutiennent ces fonts représentent des feuilles de chêne d'un travail fort lourd et des figures d'hommes grossièrement sculptées *.
LXXIII. Eglise d'Herleville. — L'extérieur de celte église est peu remarquable. Sa forme est celle d'une croix latine. Deux chapelles environnent le chœur qui se termine en hémicycle. Plusieurs rangs de piliers divisent la nef et les bas-côtés. Au-dessus des chapiteaux de ces piliers s'élève un faisceau de colonnettes qui vont se perdre dans les nervures des voûtes. Quatre petites statues en pierre , admirablement sculptées , enrichissent les pendentifs de ces voûtes. On remarque dans le sanctuaire trois écussons , placés au-dessus de l'autel , et différents médaillons du style gothique flamboyant , représentant les quatre Evangélistes avec leurs attributs. La chaire, en bois de chêne, est d'une beauté et d'une richesse d'exécution peu communes. Des bas-reliefs travaillés avec art ornent ses divers panneaux et représentent entr' autres sujets : St- Aubin, patron de la paroisse, revêtu de ses habits pontificaux, annonçant la parole divine à ses outilles; le Père Eternel donnant sa loi au Monde, au milieu des nuages; Jésus-Christ tenté par le démon; la Samaritaine, etc. Le baldaquin est digne du reste de la chaire; de nombreuses sculptures l'embellissent. Le chœur est entouré d'une magnifique boiserie et décoré d'un autel en marbre. On dit que ce chœur et les chapelles ont été construits par les soins d'une abbaye de Noyon et du prieuré de Lihons , qui étaient autrefois gros décimateurs de la paroisse d'Herleville. La nef fut reconstruite en 1750 sur une partie des ruines de l'ancienne église , par les dons de M. Loisel, curé de cette paroisse*.
LXXIV. Eglise de Longueval. — L'église actuelle de Longueval est moderne, d'ordre toscan et peu remarquable, comme le sont en général les édifices reUgieux construits de nos jours. L'ancienne tour qui a été conservée excite seule l'attention du voyageur. Elle est carrée et renferme un escalier en spirale dont les marches , autrefois en pierre , ont été remplacées par des marches en bois. La flèche, de forme hexagone, avait de 50 à 60 pieds de hauteur. Le Gouvernement la fit enlever en 1793 ou 1794 pour placer un télégraphe sur la tour. On s'aperçut plus lard que la position n'était pas favorable pour *
1 Renseignements communiqués par M. l'abbé Thuillier, desservant k Grandcourt.
2 Id. par M. l'abbé Hutelier, desservant d'Hardecourf .
3 Id. par M. l'abbé Lematte, desservant d'Herleville.
un télégraphe et la tour resta découverte pendant huit ans. Les habitants, ne voulant pas la laisser plus long-temps exposée aux intempéries des saisons , Orent alors construire le petit toît qui existe aujourd'hui; mais cette précaution tardive n'empêcha pas la tour de perdre sa solidité; elle menace maintenant de s'écrouler. Le Gouvernement, à qui le mal a été signalé, ne devrait pas tarder davantage à accorder une indemnité à la commune de Longueval puisqu'elle manque de ressources pour assurer la conservation de sa tour.
L'église de Longueval est dédiée à St-Nicolas. On voyait dans l'ancienne église un curieux lambris où étaient peintes diverses scènes de l'Ecriture-Sainte. Un morceau de ce lambris représentant le mystère de l'Annonciation sert encore aujourd'hui de porte à une armoire de la sacristie. Les seigneurs de Longueval avaient leur sépulture dans xme chapelle de l'église. On y déterra, pendant la Révolution, plusieurs cercueils en plomb qui mirent à découvert des épitaphes rappelant les beaux noms des Longueval et des Montmorency '.
LXXV. Eglise de Morcourt. — Quelques antiquaires ont pensé que l'église de Morcourt remontait au xm.» siècle ; d'autres croient , avec plus de raison , qu'elle ne date que du xv.' ou du xvi," siècle. Un des bas - côtés a été reconstruit en 1720. Le portail est surmonté d'une tour sans escalier. Un Ecce Homo en pierre décore l'extérieur. A l'intérieur, les piliers qui supportent les retombées des voûtes ont des chapiteaux à feuilles de vigne. On aperçoit des salamandres sur les bases de ces piliers. La voûte de la chapelle de la Vierge est enrichie d'un pendentif représentant la Reine des Cieux. Les contre-forts sont ornés, sur un côté, de sculptures assez curieuses. L'église est placée sous l'invocation de Saints Fuscien , Yictorice et Gentien ".
LXXVL Eglise de Templeux-la-Fosse. — Cette église passe pour avoir été bâtie par des religieux Trinitaires el remonte , dit-on , au xv." siècle. Le chœur offre un octogone au-dehors et n'a point de chapelles. Plusieurs statues en pierre, dont une porte la date de 1607, décorent l'intérieur de ce monument. On remarque , au-dessus de l'autel , une sorte de rétable à colonnes d'ordre corinthien, dont le fronton circulaire est orné de petites figures superposées. La chaire offre quelques sculptures '.
LXXVn. Eglise de Vauvillers. — L'église de Vauvillers, construite en briques et en pierre , n'a rien de remarquable à l'extérieur. Le clocher en bois est placé sur le chœur; quatre énormes piliers le soutiennent. On croit que la cuve baptismale date du x." ou du xi.'^ siècle. Elle est d'une assez grande dimension , quoique formée d'un seul morceau de pierre *. L'église de Vauvillers appartenait au chapitre de Nesle; la construction du chœur est fort ancienne; celle de la nef ne dépasse pas cent à cent cinquante ans.
1 Renseignement! communiqués par M, l'abbé Dengteville, desservant de Longueval. S Id. par M. l'abbé Maurice, desservant de Morcourt.
5 Id. ■ par M. l'abbé Pion , desservant de Templeux-la-Fosse.
t Id. par M. l'abbé Boissart, desservant de Vauvillers.
LXXVIII. Eglise de Villers-Faucon. — Avant la Bévolution, Villers-Faucon avait deux églises connues sous les noms de Saint-Quentin et de Notre-Dame. Cette dernière église est aujourd'hui la seule paroisse de Villers-Faucon. Le portail et le chœur paraissent assez anciens; mais la nef a été rebâtie en 1789, avec addition de petites nefs collatérales. Le clocher est placé au-dessus du portail. Le chœur et les encadrements des portes et fenêtres sont en pierre; les briques forment la nef. Cette église est sous l'invocation de Notre-Dame. On ignore l'époque précise de sa construction ' .
LXXIX. Eglise d'Andéchy ( arrondissement de Montdidier. ) — Le portail de l'église d'Andéchy, bâtie en pierres et en briques, rappelle l'époque de la Renaissance. Ses niches sont bien travaillées. On remarque , au-dessus des plus grandes, les statues de Jésus-Christ et de la Vierge et une fort belle frise au-dessous. Le cintre du porche, formé de rosaces, est assez remarquable. Les bas-côtés ont été reconstruits en 1843. On voyait dans l'aile droite une ouverture recouverte aujourd'hui par les fonts et donnant entrée à un vaste souterrain régnant sous l'église, sous une partie du village et s'étendant au loin dans la campagne. On a conservé sur un pilier l'inscription suivante, portant la date de 1600 : Entrée du Terrier.
La voûte du chœur et celle de la sacristie sont assez remarquables. La forme primitive des fenêtres a été altérée en 1843. La chaire et les lambris sont du temps de Louis XV. Le grand autel est fort beau. On voit entre ses colonnes les bustes de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Une statue en pierre assez ancienne est placée dans la sacristie où l'on remarque aussi une dalle représentant un chevalier. L'inscription est devenue illisible. Le clocher, qui s'élève entre la nef et le chœur, consiste en une tour carrée construite en pierre et en briques surmontée d'un petit toit ®.
LXXX. Eglise de Beaufort. — Cette église , qui passe pour la plus vieille du pays, ne nous paraît guères antérieure au xni." siècle. Quelques parties de l'édiflce sont même moins anciennes. Nous citerons , entr'autres , la porte collatérale, d'un travail assez délicat, avec des pilastres cannelés et une belle corniche. Les chapiteaux des piliers de la nef et des bas-côtés n'ont pour tout ornement qu'une grosse moulure. Une partie de la muraille offre des restes d'une peinture jaunâtre et de filets rouges. Deux statues un peu mutilées représentant la Sainte -Vierge assise et Ste - Catherine sont placées dans cette église. On y voit aussi une dalle en marbre reproduisant les traits d'un ecclésiastique. Les fonts baptismaux sont en pierre ; les douze apôtres paraissent autour dans douze niches gothiques. Le vandalisme n'a pas entièrement respecté ce curieux travail.
L'église de Beaufort est sous l'invocation de la Sainte-Vierge. La tradition lui donne une origine antérieure aux Croisades. Suivant cette tradition , le chef
1 Renseignements communiqués par M. Tabbé Hocquet , desservant de Villers-Faucon.
2 Id. par M. l'abbé Leconte , desservant d'Andéchy.
de Saint-Jean-Baptiste, rapporté en 1204 de Constanlinople par Walon de Sarton, reposa pendant huit jours sur les fonts baptismaux de Beaufort, avant d'être déposé dans la cathédrale d'Amiens. Le même Walon de Sarton laissa à l'église de Beaufort une relique de St-Georges martyr, qu'elle possède encore. On s'y rendait autrefois en pèlerinage à la fête de St-Maur. Ce pèlerinage a presque entièrement cessé depuis que la reUque du saint a disparu '.
LXXXI. Eglise de Champien. — L'église de Champien est de construction récente. On a conservé de l'ancienne église une fenêtre en ogive. On voit au milieu du chœur un tombeau sans statue ; l'inscription indique que ce monument funèbre attend la dépouille mortelle de M. le comte Anne - Alphonse d'Haute fort, possesseur actuel du château de Champien. Ce caveau, recouvert d'une table de marbre, renferme les restes de son frère, M. Amédée d'Hautefort, mort à Paris en 1809 '.
LXXXIL Eglise de Crécy-lez-Roye. — Celte église , construite avec la plus grande simplicité, offre à l'intérieur quelques pilastres d'ordre toscan et quatre piliers cylindriques qui soutiennent le clocher. Elle est placée sous l'invocation de St-Crépin et St-Crépinien. Les personnes pieuses des environs y viennent invoquer la Sainte-Vierge sous le litre de Notre-Dame-des-Anges , pour la guérison des enfants malades '.
LXXXIIL Eglise d'Erches. — Le portail et la tour ou clocher de cet édifice n'ont rien de remarquable. A l'intérieur deux rangs de piliers , composés d'un faisceau de quatre colonnes , séparent la nef des bas-côtés. Les fenêtres , terminées en cintre, sont divisées au milieu par une colonnette au-dessus de laquelle se trouve une sorte d'œil de bœuf. St-Amand est le patron de l'église d'Erches. On s'y rend en pèlerinage à la fête du saint ".
LXXXIV. Eglise d'Etelfay. — L'église d'Etelfay forme la croix latine et a deux bas-côtés. On remarque aux murs très-épais du chœur et de la tour des portions assez importantes en pierres carrées, de petit appareil , et quelques briques plates incrustées dans la maçonnerie. Les fenêtres du chœur sont en plein cintre; celles des chapelles en ogive. La chapelle de St-Sébastien offre une corniche sculptée en dents de scie. On voit dans celle des Fonts une ancienne grille dont les barreaux, formant un faisceau de colonnes, s'unissent en ogive au sommet. L'église d'Etelfay renferme aussi deux grandes dalles rappelant l'une, la mémoire de M. de Vendeuil, écuyer, seigneur d'Etelfay, mort en 1614, et de M."« de Prouville, sa première femme, décédée en 1592; l'autre, le souvenir de M. Audoy, doyen de Montdidier, curé d'Etelfay, mort en 1764. L'église possède des reliques de St-Sébastien ; deux fois par an on les porte en procession : le 20 janvier et le jour de l'Ascension. La construction de l'église d'Etelfay, dédiée à St-Martin , évéque de Tours , remonte , dit-on , au
1 Kenseignements communiqués pat M. l'abbé Ruminy , dcssetTant à Beaufort.
2 1(1. pat M. l'abbé Boucly, desservant de Champien.
3 , Id. pat M. l'abbé Meurice , desservant à Crccy-lez-Roye. ji Id. pat M. l'abbé Hocedc , desservant à Erches.
II.' siècle. La chapelle de St-Sébastien paraît appartenir au xin." ; celle de la Sainte-Vierge et les bas-côtés ont la date de 1760. La tour a été réédifiée en 1832 ».
LXXXV. Eglise de L'Echelle. — Cet édifice est en pierre. Une des fenêtres a conservé quelques restes de vitraux coloriés, sur lesquels on remarque V Enfant Jésus et diverses armoiries. Les arêtes des voûtes sont saillantes; on y voit la face des douze apôtres. La chaire est ornée de sculptures en bois. Elle serait la plus ancienne du diocèse si elle remontait au xv." siècle, comme l'a cru M. le desservant de cette égUse. Trois dalles attirent l'attention ; elles offrent des figures de chevaliers et d'ecclésiastiques; les inscriptions sont assez bien conservées. L'église de L'Echelle est sous l'invocation de St-Pierre et St- Paul *.
LXXXVI. Eglise de Merville-aux-Bois. — L'église de Merville présente peu d'intérêt pour l'archéologue et l'historien. Elle n*a de remarquable qu'un autel doré fort beau, deux anges adorateurs et la boiserie en chêne qui couvre presque tout l'édiOce ".
LXXXYIL Eglise de Parvillers. — Cette église a trois nefs et deux rangs de piliers ronds. On remarque au portail du bas-côté gauche une belle statue équestre de St-Martin, appartenant au style de la Renaissance. L'armure du saint offre des mascarons aux genouillères et aux épaules. Des Vandales ont mutilé cette statue dans la Révolution. Les fonts de l'église sont remarquables; ils portent la date de 1556 et offrent, entr'autres sculptures, le baptême de Jésus-Christ. L'église de Parvillers renfermait, dit-on, de magnifiques groupes de statuettes au nombre d'environ six cents. On les a impitoyablement brisées en 1837 ou 1838. Le desservant actuel, M. l'abbé Messio, qui en a retrouvé les débris , assure qu'elles étaient d'une bonne exécution *.
LXXXVin. Eglise de Warvillers. — L'église de Warvillers, sous l'invocation de St-Martin de Tours, n'est réellement qu'une chapelle longue et fort étroite. On n'a aucun renseignement sur son origine; elle parait avoir été presque entièrement reconstruite dans le siècle dernier. Les poutres sont sculptées et assez anciennes. L'église renferme plusieurs pierres sépulcrales. L'une de ces pierres , où l'on a représenté un chevalier , porte ces mots :
Cy gist le home de la chambre
De Mosrigneur le cardinal de Bourbon
Lequel deceda le X.' de septembre 1597;
Priez Dieu pour son âme.
La chaire est un assez bel ouvrage de menuiserie. Des écussons ornent les
Renseignements communiqués par M. l'abbé Bourgeois, dessetvaDt d'Etelfay. Id. par M. le desserrant de l'Echelle.
Id. pur M. l'abbé Bertbe , desservant à Mervillc-aux-Bois.
Id. par M. l'abbé Messio, desservant à Parvillers.
fonts baptismaux. L'un de ces écussons offre tous les emblèmes des pèlerins de Saint-Jacques; on y distingue le bourdon, la calebasse et les coquilles ^
LXXXIX. Eglise du Bosquel ( arrondissement d'Amiens. ) — Un fronton triangulaire , au milieu duquel paraît l'agneau sur la Croix , surmonte la porte de l'église. La tour qui s'élève au-dessus est carrée et soutenue à l'intérieur par deux piliers. Le clocher est de construction moderne. Il fut édifié ainsi que l'église dans le cours du xvm." siècle. On remarque au haut de l'autel une représentation assez curieuse de la Sainte-Trinité. Cette représentation et certains usages observés dans l'église du Bosquel font croire qu'elle était primitivement placée sous l'invocation des trois personnes divines. L'église est aujourd'hui dédiée à St-Blaise *.
LXL. Eglise de Camps-en-Amiénois. — L'église de Camps, en forme de croix latine , a un portail qui n'est pas sans mérite. Deux rangs de colonnes soutiennent le cintre des portes. Les chapiteaux de ces colonnes sont ornés de volutes ou quatre - feuilles en creux très-mutilées. Le clocher, placé entre le choeur et la nef, est de forme octogone. Une petite tour qui y conduit renferme un escalier tournant en grès fort remarquable. Les voûtes du chœur et des deux chapelles formant la croix sont en pierre et cintrées. Quelques culsde-lampe les décorent à leur point de joncfion. Les fenêtres, dont quelquesunes sont terminées en ogive, ont conservé des restes de vitraux coloriés. On remarque dans le chœur les quatre figures symboliques des Évangélistes et audessus de l'autel le Père Eternel, sculpture en bois doré. L'origine de l'église de Camps remonte , dit-on , au xm." siècle ; mais la date des reconstructions est inconnue. On voit seulement, par une inscription placée au haut du maître-autel, que l'édifice a été décoré en 1761 par les soins de M. l'abbé Delomel , curé de Camps. St-Nicolas est le patron de cette église ".
LXLL Eglise de Contay, — Bien qu'on ait mutilé le portail de cette église en 1825, lorsqu'on répara le clocher, il offre encore quelque intérêt. Les cintres sont portés par de belles colonnettes entre lesquelles règne un ornement d'une assez bonne exécution. La tour est carrée et sans escalier. Deux de ses fenêtres ont une forme ancienne tréflée. On lit l'inscription suivante sur l'un des contre-forts extérieurs : Cette église fut bâtie en l'an 1457.
Les voûtes du chœur et des chapelles sont légères. On distingue , au point de jonction des nervures de ces voûtes, un écusson entouré d'une couronne et une étoile avec rosace au milieu. On aperçoit , à la naissance des arêtes , de belles consoles ornées de fleurs et d'animaux. La chapelle seigneuriale a conservé la niche ou arcade d'un tombeau aux extrémités de laquelle s'élèvent deux
1 Renieignetnents communiqués par M. l'abbé Rumigny , desservant de Warvillers.
J Id. par M. l'abbé Oger, desservant au Bosquel.
3 Id. par M. l'abbé Rousselle, desservant à Camps-en-Amiénois.
petits pilastres élancés et enrichis de diverses sculptures. L'église de Contay est sous l'invocation de St-Hilaire de Poitiers*.
LXLII. Eglise de Contre. — L'église de Contre est un curieux édifice. Son clocher rappelle la transition du style roman au style ogival. L'une des fenêtres ne se divise point comme les autres par une colonnelte en forme de meneau; elle offre seulement dans sa partie supérieure des compartiments reposant sur un petit pendentif. On remarque dans l'intérieur un ancien sépulcre en pierre et la corniche de la nef supportée par des poutres dont les extrémités représentent plusieurs personnages grotesques. Au haut d'une espèce d'arcade séparant la nef du chœur, on distingue le Christ en croix et près de lui la Ste-Vierge et St-Jean. Contre le mur à la droite du chœur, se trouve un tableau du xvi.' siècle, peint sur bois et divisé en trois panneaux. Il représente St-Cyr et Stc-JuUte sa mère; Jésus crucifié et le donateur. Le panneau du milieu est le plus intéressant : au-dessus de Jésus-Christ on voit le Saint-Esprit, puis la boule du Monde et plus haut le Père Eternel. Cette manière de représenter la Sainte-Trinité est peu commune surtout en Picardie. Au bas des fenêtres, à la gauche du chœur , se trouvent quelques groupes en bois provenant d'une ancienne Passion ".
LXLIII. Eglise de Flesselles. — Nous ne pouvons partager l'opinion de M. le desservant de Flesselles qui a pensé que son église n'offrait rien qui pût fixer l'attention des archéologues. On voit à l'extérieur, sur un cœur en pierre qui décore le clocher, la date de 1573. A l'intérieur, la hardiesse des arcades, qui forment la séparation de la nef et des bas-côtés, arrête les regards des connaisseurs. Le bénitier en marbre noir, orné de sculptures romanes, mérite aussi d'être examiné. La chaire n'est pas sans intérêt. Ses panneaux sont couverts de bas -reliefs représentant plusieurs saints docteurs que l'Église révère *. On remarque encore dans l'église de Flesselles des statues en pierre que M. le desservant aurait grand tort de faire disparaître, comme il en a manifesté la pensée.
LXLIV. Eglise de Flixecourt. — Le clocher de cette église est ancien. Au haut sont des monstres allés , servant de gargouilles et d'une forme assez étrange. Sous ce clocher, à l'intérieur, on voit une voûte de vieille date. C'est par le trou pratiqué dans cette voûte qu'on lançait autrefois un pigeon destiné à figurer la descente du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte. La chaire est d'une assez belle exécution et vient de l'abbaye de Berteaucourt. On remarque dans les bas-côtés deux tableaux fort curieux : le premier représente St-Nicolas; un marin lui offre un petit navire, un prisonnier lui présente ses fers et un malade guéri sans doute par l'intercession du saint semble lui rendre
1 Rrnseignements communiqurs par M. l'abbé Débarre, desservant de Contay.
3 Notet de H. H. Dusevel.
3 Renseignements communiqués par M. l'abbé Roussel, desservant de Flesselles.
grâces ; ce malade porte une seringue en bandoulière. On voit sur le second tableau St-Bernard à genoux devant la Ste-Vierge et l'enfant Jésus qui fait jaillir du sein de sa mère le lait que boit St-Bernard. Quatre mitres sont aux pieds du célèbre abbé de Clairvaux, pour rappeler peut-être les quatre évêchés qu'on lui offrit et qu'il refusa. Une belle statue en bois de Ste-Catherine est placée dans le bas-côté gauche. Des Vandales ont coupé le pied de la sainte, afin qu'elle pût entrer dans la niche beaucoup trop basse qu'elle occupe maintenant. A droite et à gauche des autels situés au fond des aîles de l'église, on remarque quatre charmants petits tableaux peints à l'huile ; ils décoraient autrefois l'église de Berteaucourt. Les mieux conservés représentent la Ste-Vierge et le Sauveur du Monde '.
LX.LV. Eglise de Frettemolle. -^ L'église de FrettemoUe est sous le vocable de St-Martin. Un groupe très-mutilé , représentant ce saint à cheval et donnant la moitié de son manteau à un pauvre, embellit la voussure de l'ancien porche qu'on avait eu l'intention de démolir avant de le joindre à la nouvelle église, reconstruite au milieu du xvn." siècle. Les ornements de ce porche sont bien fouillés ; ici ils offrent un cordon à nœuds d'une bonne exécution ; là une vigne ; plus loin des feuilles de choux frisés ; et enfin des branches de chêne chargées de glands. On se rend en pèlerinage dans l'éghse de Frettemolle le 3 février, jour de St-Blaise, pour y vénérer une relique du saint, enchâssée dan» un bras de bois. Le jour de la Chandeleur, après le Magnificat, cette relique est portée en procession, et l'on chante l'hymne des premières vêpres de St-Blaise. La même cérémonie a lieu le jour de la fête de Frettemolle *.
LXLVI. Eglise de Gentelles. — Cette ^gUse est, comme celle de Frettemolle, dédiée à St-Martin. On voit dans une niche du portail la statuette en bois de ce saint d'un travail remarquable. Sur le seuil en grès de la porte on lit la date de 1577. Une tour carrée, surmontée d'une flèche octogone, s'élève à l'entrée de la nef. L'intérieur n'a qu'un rang de piliers très-écrasés et ornés de courts chapiteaux. Les arcades sont larges et en ogive. Les fenêtres paraissent de la fin du xv.' siècle. La corniche est parcourue par un cep de vigne recouvert de badigeon. Les poutres apparentes offrent deux têtes de loup sculptées en pendentif. La cuve baptismale de forme carrée est assez ancienne; des colonnes enrichies de chapiteaux sont placées à chacun de ses angles. L'église de Gentelles dépendait autrefois de l'abbaye de Corbie *.
LXLVII. Eglise de Molliens-Vidame. — Cette église, sous l'invocation de St-Martin , paraît remonter au xv!.' siècle. Le clocher formant l'entrée de l'édifice s'ouvre sur l'église par une haute ogive; le cintre des portes a un couronnement en saillie. Les fenêtres de forme ogivale étaient anciennement
1 Notes (te M. H. Dusevcl.
a Renseignemenis communiqués par M. l'ablië Roger, desservant de Frettemolle.
5 Id. par M. l'abl)é Retourne, desservant de Gentelles.
décorées de vitres peintes ; il ne reste qu'un Christ d'environ deux pieds de haut, un soleil et deux étoiles. Les voûtes surbaissées offrent plusieurs écussons entr'autres celui de Philibert-Emmanuel d'Ailly, entouré du collier de l'ordre de St-Michel ' . On vient en pèlerinage à MoUiens-Vidame pour honorer la relique de St-Domice qui reste exposée dans l'église pendant les deux premiers dimanches de mai *.
LXLVIII. Eglise de Montières. — L'archivolte en accolade de la porte de cette église est assez remarquable. Des feuillages et des griffons en décorent les rampants. La tour s'élève à l'extrémité de l'édifice. Une flèche en pierre la surmontait autrefois ; mais la négligence apportée à sa restauration entraîna sa chute il y a environ quarante ans '. L'église de Montières est dédiée à St-Pierre. On remarque à l'intérieur un bon tableau représentant l'Assomption de la Vierge et une Sainte-Cécile assez estimée des connaisseurs *.
LXLIX. Eglise d'Oisemont. — L'église d'Oisemont se compose de trois nefs offrant une saillie semi-circulaire. Le portail en plein cintre, parcouru par un tore chevronné , indique assez l'ancienneté de l'édifice ■*. Les deux nefs collatérales se prolongent jusqu'au sanctuaire, et chacune d'elles se termine par une chapelle; la première de ces chapelles est dédiée à la Vierge, la seconde est sous l'invocation de St-Joseph. Le sanctuaire, en angle aigu, est coupé par un mur qui ferme l'église. Les pierres employées à la construction de ce monument paraissent avoir été tirées d'Oisemont même , car ce bourg est presque entièrement bâti sur des carrières dont quelques-unes ont jusqu'à cent pieds de longueur '. Au premier pilier placé à gauche en entrant, on remarque la statue de St-Christophe un peu mutilée. La chaire en bois offre quelques sculptures. On ne peut fixer l'époque à laquelle l'église fut construite, les archives de la mairie ayant péri dans l'incendie de 1787; mais l'architecture du portail accuse le style du xii," siècle. Avant la Révolution, une commanderie de l'ordre de Malte, de laquelle dépendait l'église, était établie à Oisemont. Le commandeur était chargé de la réparation de l'édifice et nommait à la cure ainsi qu'aux sept vicariats. La paroisse se vit réduite à une affreuse détresse après l'incendie de 1787; la suppression de la commanderie, survenue presqu'en même temps, ne permit pas de s'occuper alors de rebâtir l'église d'Oisemont. Ce ne fut qu'en 1808 que l'on songea à la reconstruire. La dépense s'éleva à la somme de 29,000 francs *■.
1 Note de M. Goze , correspondant du Comité des Arts, à Amiens.
2 Renseignements communiqués par M. l'aljbé Dupré, curé-doyen de MoUiens-Vidame.
3 Id. par M. l'abbé Criguier, desservant de Montières.
4 Note de M. Letellier, peintre, à Amiens.
5 Note de M. Goze , correspondant du Comité des Arts.
6 Ces carrières sont probablement d'anciennes criptes où les habitants se reliraient en temps de guerre. H. B.
7 Renseignements communiqués par M. l'abbé Marcel, curé-doyen d'Oisemont.
C. Eglise de Remiencourt. — Cette église, placée sous l'invocation de la Nativité de la Sainte-Vierge, ne remonte pas à une époque reculée. C'est un petit édifice moderne ressemblant beaucoup plus à une simple chapelle qu'à une église. La tour est surmontée d'une flèche en bois de forme hexagone. Le chœur se termine à trois pans. Les fenêtres sont cintrées. La cuve baptismale romane, supportée par quatre colonnettes munies de pâtes, mérite d'être examinée. On voit vis-à-vis la chaire une croix avec médaillons en trèfle et fleurs de lis. On lit cette inscription sur la muraille du chœur :
EN ATTENDANT la Résvrection cy git le corps de havt et pvissant seignevr mesir Charles de Jiovfflers chevalier seignevr de Remiencovrt , Goulancourt , Dommartin , Laval, La Bvcaille et avtres lievx , mort en son chateav de Remiencovrt, le sixiesme jovr de mars mil sept cent vn, âgé de qvarante quatre ans. Requiescat in pace.
On distingue dans le bas les armes accolées des Boufllers, Remiencourt et
Du Bos, soutenues à dextre par un tigre et à seneslre par un lion.
P. ROGER. H. DUSEVEL.
NOTES