AIRE
27 et 28 février 1844.
T'^iRE €st une petite ville moderne fortifiée,
H renfermant âmes et dont les plus an -
Iciennes maisons ne vont guères au-delà du xvii/ siècle ; ses rues en général larges et ! droites sont bâties de maisons à un ou deux étages , d'un aspect propre et agréable comme presque toutes celles de Flandre , étant peintes pour la plupart ainsi que les murs.
La ville possède trois fontaines , dont l'eau provient de puits artésiens; l'une est décorée d'un obélisque ou pyramide quadrangulaire ; l'autre est un dé portant une vasque; la troisième est insignifiante.
Au fond d'une place triangulaire (la grande place), bâtie assez régulièrement de maisons de deux étages compris dans des pilastres corinthiens , se trouve l'hôtelde- ville, très-bel édifice du commencement du xvni." siècle (1715). Sa façade se compose d'un seul étage de onze fenêtres de face ; trois au centre, huit aux ailes. Celles-ci sont couronnées de frontons et séparées par des pilastres corinthiens ayant pour base le soubassement appartenant au rez-de-chaussée.
Un balcon circulaire , porté sur un encorbellement sculpté de feuillages, orne la fenêtre du milieu. Audessus du corps central de l'édifice, non décoré de pilastres, s'élève un attique malheureusement de mauvais goût, couronné d'un fronton semi- circulaire accompagné à sa base des statues colossales de la Force et de la Justice. Sur chacune des deux ailes s'élèvent des balustrades , divisées par des acrotères alternativement chargés d'urnes et de faisceaux d'armes.
L'intérieur renferme la bibliothèque publique, entr'autres pièces une salle d'une grande beauté, pour l'étendue et la hauteur; elle sert pour les fêtes et bals.
Sur le derrière de l'hôtel-de-ville , s'élève un beffroi. C'est une tour carrée, bâtie aussi en pierre, dont les deux derniers étages sont percés sur leurs quatre faces de baies à plein cintre , avec pilastres aux angles , couronnés d'une balustrade et surmontés d'un petit dôme d'une forme ordinaire, couvert d'ardoise et portant une girouette.
Tout près de l'hôtel-de-ville , à l'angle de la grande place et de la rue d'Arras , est un joli petit édifice à un étage, avec attique, décoré dans le goût de la Renaissance. Il porte la date de 1600. C'était le siège
du Bailliage. C'est aujourd'hui celui de la justice de paix. Le rez-de-chaussée sert de corps-de-garde. Deux des côtés de ce corps-de-garde ferment extérieurement une galerie couverte , décorée de légères colonnes supportant des arcs surbaissés, le tout de pierre noirâtre du pays. Du coté de la même place est une sorte de chaire ou tribune en encorbellement. De ce côté, dans les bas-reliefs de Fattique , on reconnaît la Justice , la Vérité , la Force et un quatrième sujet que nous n'avons pu expliquer. Sur le devant sont la Foi, TEspérance et la Charité , et en amortissement , aux deux extrémités , deux lions portant des écussons. A la troisième face , sur la rue d'Arras , on voit quatre figures allégoriques d'hommes fort dégradées et dont nous n'avons pu traduire la pensée.
L'ancienne église des Jésuites , servant de magasin de fourrages, est un très-bel édifice du xvn." siècle, offrant un haut portail en pierre, au sommet duquel sont un fronton et des ailerons. Ce portail se compose des deux ordres ionique et corinthien rustiques , de bandes accompagnant une fenêtre centrale ; il est chargé de niches, cartels et blasons répétés. Les écus de ces blasons portent un chevron et trois étoiles , deux en chef, l'une en pointe.
La porte d'entrée, en plein cintre et du même style, est accompagnée de colonnes ioniques engagées , portant un fronton en ailerons brisé au milieu duquel s'élève une niche.
Sur un cartouche, à main gauche, on lit anno 1688 ; et, au-dessus de la porte même, sur un marbre noir en lettres d'or, cette autre inscription consacrée à la
donatrice et formant un rébus qui indique la date de la fondation de l'édifice , c'est-à-dire 1682 : Mar la De Ca VereL eXtrVXIt.
L'intérieur se présente en forme de croix latine et sous des proportions élégantes. L'ensemble est fort beau, mais les détails, comme ceux du portail, ne sont pas du goût le plus pur.
Ce beau vaisseau n'a ni collatéraux , ni chapelles. Sa décoration se compose de pilastres ioniques, avec un ordre attique au dessus , d'une forme bizarre et sur lequel reposent les bandeaux et les nervures des voûtes, dont les intersections offrent des ouvertures circulaires , comme on en voit sous les clochers pour donner passage aux cloches.
La seule paroisse de la ville est l'église Saint-Pierre, grand et bel édifice bâti ( excepté la tour qui est en pierre) de brique et de pierre mais d'un style bâtard. Il consiste en une large nef, avec bas-côtés et chapelles s'étendant autour du chœur, et transepts.
Le portail principal et unique se compose d'une ample tour carrée , terminée par une balustrade décorée à ses quatre angles de pyramides avec d'autres plus petites. La masse est gothique ; les détails , pilastres et frises, sont empruntés à l'architecture romaine et mêlés à des motifs gothiques.
Au pied de la tour, est la porte d'entrée, de forme ogivale, dont les arceaux reposent sur des supports diversement composés. Le tympan offre un mur nu et une colonne engagée séparant les deux vantaux, dorique par son chapiteau et gothique par sa base.
La tour est cantonnée des murs de fond des collatéraux, ornés de balustrades d'un galbe de mauvais
goût, comme celles que Ton voit aux diverses parties de l'édifice. Il y a aussi des balustrades imitées du gothique, mais mal imitées; les contreforts sont également construits à l'instar des contreforts gothiques.
La partie inférieure du portail appartient à la fin du XV." siècle. On y lit le chronogramme de 1469, peut-être mis après coup ; l'abside porte aussi le caractère de cette époque; mais le reste a été construit au xvn.* siècle, et la partie supérieure de la tour plus tard encore, ainsi que le constate le millésime de 1735, sculpté sur l'angle à droite de la tour.
Les fenêtres sont ogivales , privées de meneaux , excepté les trois que l'on a décorées de peintures sur verre , dans la chapelle du rond-point.
L'orgue est placé sous la tour, au bas de la nef, porté sur une tribune en pierre. Cette tribune, dont le dessous offre une large voussure gothique, récemment reconstruite ou agrandie , donne lieu à de justes critiques quant à l'imperfection d'un style que tous les architectes , maçons , etc. se mêlent de reproduire , sans avoir les lumières nécessaires. x\ussi , pourquoi demande-t-on du gothique à des gens dont la position ne leur permet pas des études sérieuses et approfondies de ce style qui est pour eux comme une langue morte !
Les piliers qui séparent les bas-côtés des chapelles , faits de pierre dure , bleuâtre ou noirâtre du pays , remarquables par leur ténuité , supportent les retombées des arceaux et nervures multipliées des voûtes des chapelles et des bas-côtés.
La nef est large , belle et bien éclairée , trop sans doute , comme le reste de l'édifice. Un demi-jour est plus favorable au recueillement et à la prière.
Autour de la nef et des transepts, règne une galerie aveugle , avec des balustrades à jour sur lesquelles s'inscrivent des arcs en plein cintre, ornés d'une imitation de pignons et chardons gothiques , sur l'extrados de l'arc , et d'une dentelle tréflée détachée du mur en dedans de cet arc ; décoration bizarre , qui ne manque pas d'un certain effet, placée qu'elle est au-dessus des arcades ogives sur lesquelles le beau vaisseau s'élève. Sous les grandes voûtes règne un rang de fenêtres à plein cintre. Partout dans les hautes voûtes , les croisements des nervures offrent à leur point d'intersection un œil de bœuf comme à l'église des Jésuites ; ici cet œil de bœuf est fermé et occupé par un sujet peint.
Le chœur vient d'être entouré d'une grille de fer fondu, dont le motif d'ornement est une singulière fantaisie à laquelle nous ne pouvons accorder notre approbation.
A. l'entrée du chœur, on voit un jubé léger et élégant, où l'architecte a reproduit avec assez de bonheur les idées des artistes du moyen-âge; mais l'exécution est bien loin de répondre à la pensée de l'auteur du plan.
On a doré les parties saillantes de ce jubé construit en bois , et au centre duquel s'élève comme une lanterne à jour , décorée des quatre Evangélistes , et à son sommet d'une figure du Christ. On a eu la malheureuse idée de barioler ces statues de bleu , de
rouge, de vert, etc
Les fenêtres du fond des transepts sont en ogive et au nombre de trois. Celle du milieu s'élève au-dessus des autres. Serait-ce par imitation de ce qui se pra-
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tiquait au xii." siècle sieux et ailleurs.
et de ce que l'on voit à Li-
Chapelle de la Vierge. Trois fenêtres, chacune de trois travées, à meneaux rayonnant sous l'ogive.
Fenêtre du milieu. La travée du centre , murée , est occupée par une statue de la Vierge sur un croissant ; les vêtements sont dorés , la figure et les cheveux sont peints. La tête a beaucoup de naturel; deux anges peints sur verre l'accompagnent.
La fenêtre à gauche représente l'adoration des Mages; celle de droite le Saint-Esprit descendant en langue de feu sur la Sainte- Vierge et les Apôtres réunis.
Ces verrières laissent beaucoup à désirer sous le rapport de la composition , du dessin et même des couleurs. Elles portent le nom de E. Thévenot , avec les dates de 1842 et 1843.
La clôture de la chapelle, qui est à côté à main droite , exécutée en marbre blanc et noir et ornée de sculptures, porte le millésime de 1645.
La chaire, en bois de chêne, est une production du siècle dernier. Parmi les sculptures qui la décorent , on remarque un bas-relief ayant pour sujet les trois vertus théologales. Elle est supportée par une cariatide, figure d'homme dont la partie inférieure du corps se termine en gaine.
Aire porte de gueules, à l'aigle d'argent, éployée, becquée et onglée d'or. Ses archives municipales ont été , dit-on, classées par M. Morand, archiviste de la ville de Boulogne.
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SAIMT-OMER.
29 février 1841.
SUR l'église de l'ancienne abbaye de saint-behtin.
C'était une grande et belle église, avec bas -côtés sans chapelles jusqu'au transept , dont il ne reste plus que la grosse tour carrée , occupant le grand portail , et qui comprenait la largeur de la nef, plus le mur nord de cette nef, percé de fenêtres un peu étroites, dont les meneaux sont brisés , jusqu'au commencement du bras de la croix; le reste a disparu et ne présente plus que des débris. On voit encore, par dessus ces fenêtres , les piliers surmontés de pyramides qui contrebutaient la voûte de la nef.
Une ancienne et curieuse peinture se trouve dans le tympan de l'ogive de la grande porte. Elle représente , au milieu d'anges jouant de divers instruments , une femme agenouillée devant un homme à long manteau ; cinq statues mutilées décorent ce portail dont les petites niches dans la voussure sont entièrement vides. La porte s'ouvre à deux vantaux , séparés par un pilier avec dais où l'une des cinq statues est placée.
Sur le linteau même on lit en caractères gravés en creux :