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l’aide des documents qui s’y trouvent énumérés, à découvrir les mystères les plus cachés de la science et de la philosophie antiques. <
Le lecteur ne se formalisera pas de mon assurance. N'est-il pas naturel qu’en parlant de mes livres et de mes documents, j'énonce sans détour les résultats que m'ont procurés leur investigation et leur étude ? Ne convient-il pas que je mette le public au courant des questions que ces résultats ont soulevées et qu'ils sont destinés à soulever encore dans l’avenir? Ceux qui me connaissent savent que je n'ai point d’arrière-pensée. C’est pour eux que j'écris; c’est pour eux que je ferai connaître prochainement, s’il plaît à Dieu, l’ensemble des découvertes dont je suis redevable à ma bibliothèque. En attendant, je crois devoir informer les lecteurs qui ont eu la patience de me suivre, depuis dix-sept ans, dans les différentes phases de mes travaux scientifiques, que mes prévisions, relativement au double sens, enveloppé dans la lettre des livres anciens, se sont réalisées au delà de mes espérances. La critique atrabilaire de quelques savants de l’école germanique, pas plus que le silence significatif des académiciens qui ont “ fait leur siége, » n’a réussi à me décourager. Je répète donc, hardiment, comme il y a cinq ans, dans mes Quatre Lettres sur le Mexique, que philologues et historiens font entièrement fausse route, en cherchant en Asie le berceau commun de la civilisation et des religions de l'antiquité.
Ce n’est pas sur des conjectures que je fonde cette assertion. Elle est basée entièrement sur des faits; elle n’est que le résumé, en trois mots, de toute une série d’annales historiques, dont la mythologie orientale a gardé le secret et dont l'étude assidue des langues et de la mythologie américaines m'a ouvert et fait comprendre l’admirable ensemble. Quelques professeurs aux prétentions classiques diront encore une fois, sans doute, que mon livre n’est qu'un tissu de paradoxes. Je leur répondrai, comme il y a cinq ans, que si,selon
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le dictionnaire, le paradoxe est une “ proposition contraire à l'opinion commune, ; ils auront entièrement raison. J’ajouterai même l'exemple, fourni par le dictionnaire, et je dirai que si “ le mouvement de la terre autour du soleil a été » regardé longtemps comme un paradoxe, » il en sera de même de la proposition que j'avançai, il y a cinq ans, sur les origines de la civilisation et des institutions antiques.
A partir d'Homère et d'Hésiode, une foule de textes grecs et latins, guides plus sûrs et surtout plus clairs que les idées de l'école germanique, font de l'Occident le point de départ des dieux et de la mythologie. Deux fois, Homère met dans la bouche de Junon (!) ces paroles remarquables : “ Je vais » visiter, aux confins de la terre féconde, l'Océan, père des » dieux, et la vénérable Téthys, qui m'ont élevée et nourrie » dans leurs demeures. » D’autres textes, non moins explicites et que je citerai à l’occasion, affirment la même idée. On la trouve dans les Védas, ainsi que dans la plupart des traditions antiques de l'Asie et jusque dans celles des Aryas, que l’on invoque si mal à propos en faveur d’une origine orientale; car leurs chants sont d'accord pour reléguer leur berceau dans une région du nord-ouest, dont la nature se serait refroidie subitement et dont nul orientaliste n’a été Jusqu'ici capable de fixer la situation.
C'est dans ce nord-ouest lointain que les anciens s'accordent à placer les Champs-Élyséens, ainsi que les souvenirs d'une antique géographie océanique qui s'effacèrent de plus en plus, à mesure qu'on se rapprochait des temps modernes. Les Phéniciens et les Carthaginois, qui s'étaient réservé le monopole du commerce dans les îles de la mer Britannique, avaient poussé leur navigation dans les contrées les plus septentrionales, et l’on conjecture que c'était la route qu'ils suivaient pour se rendre aux côtes de l'Amérique ou plutôt pour
() Ztiade, ch. XIV.
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en revenir. Car il est probable que, se laissant entraîner par les vents alizés, de l'Afrique au continent opposé, ils prenaient ensuite la direction du nord, en suivant, pour s'en retourner, le courant du Gutf-Stream, parfaitement connu des anciens, et partaient des Antilles, en touchant aux côtes de l'Islande et des autres îles de l'Atlantique du nord, aujourd'hui disparues sous les flots, avant d'atteindre les îles Britanniques.
On a trop longtemps relégué au rang des fables les idées que les anciens s'étaient faites sur l'existence de l’hémisphère occidental : il est, en effet, bien plus commode de traiter de fable ce que l’on ne comprend pas, que de se donner la peine d'aller au fond des choses pour en rechercher l'authenticité. C'est là une fin de non-recevoir que les adeptes français de l’école germanique ont mis en avant, depuis un demi-siècle, avec une pertinacité qui ne fait guère honneur à leur savoir.
“ En soulevant des questions qui offriraient déjà de l’importance dans l'intérêt des études philologiques, dit à ce sujet Alexandre de Humboldt (‘), je n’ai pu gagner sur moi de passer entièrement sous silence ce qui appartient moins à la description du monde réel qu’au cycle de la géographie mythique. Il en est de l’espace comme du temps: on ne saurait traiter l’histoire sous un point de vue philosophique, en ensevelissant dans un oubli absolu les temps héroïques. Les mythes des peuples, mêlés à l’histoire et à la géographie, ne sont pas en entier du domaine idéal: si le vague est un de leurs traits distinctifs, si le symbole y couvre la réalité d'un voile plus ou moins épais, les mythes, intimement liés entre eux,n'en révèlent pas moins la souche antique des premiers aperçus de cosmogonie et de physique. Les faits de l'histoire et de la géographie primitive ne sont pas seulement
(:) Essai sur l'hist. de la géographie du Nouveau-Continent, tome I, pag. 112 et suiv.
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d'ingénieuses fictions ; les opinions qu'on s’est formées sur le monde idéal s'y reflètent.
» La grande terre, située vers le nord-ouest, indiquée comme Méropis, dans les fragments de Théopompe et comme Continent Cronien dans deux passages de Plutarque, que nous examinerons plus tard, tient à un cercle de mythes (dont le voile en entier se lève dans les documents mexicains) qui, malgré les sarcasmes des pères de l'Église (!), remonte à une haute antiquité dans la sphère des opinions helléniques, comme tout ce qui a rapport, soit à Silène (?), devin et personnage cosmogonique, soit à cet empire des Titans et de Saturne, refoulé progressivement vers l’ouest et le nordouest (5). Le mythe de l’Atlantide ou d’un grand continent occidental, lors même qu’on ne le croirait pas importé d'Egypte et purement dû au génie poétique de Solon, date pour le moins du VI siècle avant notre ère. Lorsque l'hypothèse de la sphéricité de la terre, sortie de l’école des Pythagoriciens, parvint à se répandre et à pénétrer dans les esprits, les discussions sur les zônes habitables et la probabilité de l'existence d’autres terres, dont le climat était égal au nôtre, sous des parallèles hétéronymes et dans des saisons opposées, devinrent la matière d’un chapitre qui ne pouvait manquer dans aucun traité de la sphère ou de la cosmogonie. Ceux qui n'avaient pas entrevu, comme Polybe et KErathostène, que l'élévation des terres, le ralentissement de la marche apparente du soleil en approchant des tropiques et l'éloignement des deux passages du soleil par le zénith du lieu, rendaient, dans la zône
(:) Ou plutôt d’un père de l’église. Tertull. de Patio, cap. 2. (Opp. ed. Paris, 1664, pag. 112.) Cf. aussi Tertull., Adversus Hermog., cap. 25. (Opp. pag. 242), sur “ Silenum illum de atio orbe obseverantem. ;
(2) Creuzer, Symobot., tome II, pag. 213, 215, 225.
(8) Voss, rit. Biätter, tome II, pag. 364-366. Selon Théopompe, Saturne même est, chez les Occidentaux, une incarnation de l'hiver. (Plutar., de Iside et Osir., cap. 69).
équinoxiale, l'équateur même moins chaud (‘) que les règions plus voisines des tropiques; ceux-là submergeaient, par l'effet d’un courant équatorial, cette partie de la surface du globe qui, brûlée par le soleil, ne leur paraissait aucunement propre à être habitée; c'était l'opinion répandue surtout par Cléanthe le Stoïcien et par le grammairien Cratès (2). Elle fut réfutée par Geminius, mais reparut dans toute sa force au commencement du Ve siècle, dans la théorie des impulsions océaniques, que Macrobe émit comme une théorie du flux et du reflux de la mer (5). Au delà de ce bras de l'Océan équatorial qui traverse la zône torride, au delà de notre masse de terres continentales, qui sont étendues, en forme de chlamyde (*) et isolées dans une partie de l’hémisphère boréal, on supposait d'autres masses de terres, dans lesquelles se répètent les mêmes phénomènes climatériques que nous observons chez nous. Il ne paraissait guère probable que la grande portion de la surface du globe, non occupée par notre oixovuivn, fût uniquement couverte d’eau. Des idées d'équilibre et de symétrie, dont la fausse application a conduit jusque dans les temps modernes à de nombreux rêves DR PRIE semblaient même s'y opposer.
“ C’est sous l'empire de ces idées que prirent naïssance les groupes isolés de continents dans l’hémisphère opposé, indiqués par Aristote et son école (°); les doubles Éthiopiens de Cratès, dont les uns habitaient au sud du bras de mer équa-
(:) Strab. Geogr. Il, pag. 153-155. Alm. 97-98 cas. — Cleomed. I, 6, édit. Schmidt, 1832, pag. 25. — Gemin. Étement. Astron. cap. 13. — Petau, Uran. pag. 54. Comparez, pour prononcer sur la justesse de ces idées, les résultats des températures moyennes sous l’équateur, sous les tropiques et dans la zône sous-tropicale, consignés dans Humboldt, Relation historique, tome III, pag. 498-501.
(2) Strab. Geogr. pag. 56. Alm. pag. 31, cas. — Macrob. Sat., cap.28.
(#) In Somn. Scip. II, 9.
(#) Strab. Geogr. II, pag. 173, 179.
(5) Meteorotog. II, 5, de Mundo, cap. 3.
torial (!); autre monde, &\n vixovutyn, de Strabon (?), l’atter orbis de Mela (5), une véritable terre australe (*); les deux zônes (cinguli) habitables de Cicéron, dont l’une est celle de nos antipodes insulaires; enfin, la terra quadrifida ou les quatuor habitationes vel insulae (quatre masses de terres séparées les unes des autres) de Macrobe (*). Dans le système pythagoricien de Philolaus, d’après lequel le soleil n'était qu'un immense réflecteur recevant la lumière d’un corps central (Hestia), la terre et l’Antichthon d'Hicétas de Syracuse (Nicetas, selon quelques manuscrits de Ciceron) se mouvaient parallèlement dans leur orbite commun; mais cet Antichthon n'était que l'hémisphère opposé au nôtre (f), hémisphère que les géographes peuplaient à leur gré (). J'ai cru, ajoute Humboldt, devoir donner cet aperçu général des idées que les hommes se sont constamment formées, dès les temps les plus reculés, sur l'existence d’un autre monde ou de continents trans-océaniques.
«“ Les pères de l'Église, dont le moine Cosmas s'était fait l'interprète, ont travesti ces conceptions primitives de la manière la plus bizarre, en supposant une terra ultra oceanum ($), qui encadre le parallélogramme de leur mappemonde. Le moyen âge, ne vivant que de souvenirs qu'il supposait classiques et n'ayant foi dans ses propres découvertes qu'autant qu'il croyait en trouver des indices chez les an-
(:) Strab. Geogr. I, pag. 55.
(2) Zoia. II, pag. 179.
() Mela, I, 9, 4.
() “ Quod si est atter orbis sunt que oppositi nobis a meridie Antichthones, etc. (Tzschucke, Aa Mer. Vol. IT, part. I, pag. 226 et 334.)
(5) Comment. in Somn. Scip. 11, 9.
(5) Boeckh. Disp. de Pltat. syst. Coet. glob., 1810, page 19; id. Phitotaos, 1819, pag. 115, 117, etc.
(7) Mela I, pag. 1, 2.
(8) Cosmas Indicopl. Topogr. Christ. dans Montfaucon, Cou. Nov. Pat. tom. IT, pag. 159.
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ciens, a été agité Jusqu'au temps de Colomb par tous les rêves cosmogoniques des siècles antérieurs. »
Je m'arrête ici avec Humboldt, dont la sagacité entrevoyait si bien la vérité, cachée sous le voile de ces rêves cosmogoniques, qu'il reconnaît justement, en commençant n'être pas tellement du domaine idéal. Mais ce qu'il dit, en terminant, du moyen âge, n’est pas moins applicable aux nombreux écrivains latins et grecs qu'il cite partout, avec tant d’à propos. Ces écrivains ne vivaient non plus que de souvenirs, et si ceux du moyen âge en parlaient avec moins de clarté, c’est qu'ils étaient bien plus éloignés des origines, que ne l'étaient les philosophes et les géographes de l’époque grecque et romaine. Ces souvenirs, on y avait foi, parce qu'ils se rattachaient à toutes les traditions des peuples. Car ils rappelaient un passé, dont les mystères antiques avaient gardé le secret et dont ces souvenirs n'étaient plus que les pâles reflets. Mais les rares voyageurs de cette époque les retrouvaient vivants dans les ports de mer, sur toutes les côtes de l'Atlantique et jusque dans les villes maritimes de l'Inde : ces souvenirs s'y mêlaient à des souvenirs plus anciens, de prodiges effrayants, de montres surnaturels, de terres disparues sous les flots, et les légendes de la Bretagne, de l'Irlande et de la Norwége en sont encore remplies aujourd'hui. Les pêcheurs de nos côtes les racontaient à l’envie pour alimenter la curiosité et exciter dans la jeunesse le goût des navigations périlleuses. Ils servirent surtout à Colomb pour découvrir les terres trans-océaniques de l’Amérique. Ce qu'il y a, toutefois, d'étrange à cet égard et ce qui prouve bien la légèreté et l’inconstance des écoles modernes, c’est qu'on cessa d'y croire, précisément à l'époque où se vérifièrent, avec le plus d'éclat, les rêves du moyen âge.
Les rêveurs de l’école germanique sont pleins de contradictions de ce genre : mais à cette école tout est permis; elle sait que ses théories, même les plus extravagantes, trouveront toujours chez nous de l'écho. Aussi, quand j'ai osé
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ressusciter les rêves du moyen âge et les souvenirs cosmogoniques des anciens, ont-ils trouvé que je retournais de trois siècles en arrière. Ces souvenirs, les textes nombreux qui existent à leur appui dans les auteurs grecs et latins, dérangent leurs systèmes, bouleversent leur linguistique, échafaudée à grands renforts de mots nouveaux et vides de sens. Les Grecs comme les Latins leur conviennent, quand ils y découvrent, par hasard, quelque chose qui semble leur prêter de l'appui; mais du moment que ces auteurs respectés paraissent contenir des témoignages comme ceux qu’invoqua Colomb, et que reproduit Humboldt, ce ne sont plus que des souvenirs mythiques, que des rêves dignes, tout au plus, de l'ignorance du moyen âge. Comme si les mythes n'étaient pas le voile à l’aide duquel les sages des temps pré-historiques dérobaient au vulgaire la connaissance du monde et les mystères de la science antique. Je le répète, et ce n'est pas sans dessein, c'est l'école germanique, c'est la philosophie allemande, dont nos savants continuent à se faire, depuis surtout un demi-siècle, les serviles copistes, qui ont fourvoyé nos écoles.
“ La langue française, disaient les rédacteurs de la Revue Germanique (!), est la langue de la clarté, de la sociabilité et de la vulgarisation. Enveloppe transparente et solide de l'idée, elle ne lui permet ni de se cacher, ni de se détendre, D'un autre côté, elle ne sépare point; elle unit... La langue allemande à un tout autre caractère. L’exacte précision et la clarté limpide du français lui font défaut. Elle flotte autour de la pensée en plis épais et indécis, et elle abonde en mots vagues qui laissent à l'esprit la périlleuse facilité de l'à peu près. »
Ce portrait est de MM. Dollfus et Nefitzer, l'un et l’autre
(:) De l'esprit français et de l'esprit allemand, 1% art. de la Revue Germanique, 1858, pag. 9.
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panégyristes de la langue et des travaux de l’école germanique. Si la langue est l'expression du génie d’un peuple, que dirons-nous d’après ce portrait, du génie germanique et de ses travaux ? J'en laisse toute l'appréciation au lecteur. Tel est, cependant, le drapeau que suivent les professeurs du Collége de France. L'école germanique, dont l’érudition est incontestable, mais qui n’est pas moins embrouillée que sa langue, n’a réalisé, depuis cinquante ans, que des contre-sens en philosophie, comme en philologie et en religion. Elle nous a imposé une technologie nouvelle, non moins ôbscure que sa linguistique, pour les besoins de laquelle elle a été inventée. Elle nous a imposé ses Aryas et son Aryaque, dont elle ne sait comment se tirer, tout en faisant de cette nuageuse nation ou tribu la source du beau et du grand, et l’Aryanismescientifique des Allemands à envahi ainsi les domaines académiques, comme il y a quatorze siècles, l’Arianisme religieux, qu'ils travaillent à ressusciter, s’imposa au monde romain. Remarquez que je ne prétends d'aucune manière ravaler ce qu'il y à de mérites dans les travaux scientifiques de l'Allemagne. Ils sont immenses. Mais je me demande à quoi ils ont abouti. Qu'est-il résulté de leurs savants fatras sur la linguistique, depuis Bopp, le maître de l'école, le chéri du Collége de France ? rien que des rapprochements indécis entre certains groupes de langues, ou des dissertations sans fin sur la valeur d’une lettre permutée, sur la formation d’un adjectif ou des cas d’une déclinaison. Ouvrez les traductions diverses qu'on à faites des Védas et des autres livres sacrés de l’Inde : lisez-en les commentaires, pensés et repensés par les plus savants professeurs de l'époque. En quoi se résument ces chants augustes des Aryas, ces hymnes védiques, composés par les plus sages de l'antiquité brahmanique, eh! bien, au témoignage même de l’oracle d'Oxford, tout se réduit à « des combats entre les nuages et les brouillards! » Quoi! c’est là tout ce qu’on a trouvé dans les livres divins de l'Inde! c’est dans de telles niaïiseries que, durant quatre
— xVT — mille ans, les sages adorateurs de Brahma auront passé leur temps! et vous croyez cela, germanistes? En vérité, votre science est bien pauvre; vous rabaïissez par trop au niveau de votre ignorance cette littérature dont vous êtes si fiers. Avouez plutôt que vous ne comprenez rien aux Védas. Confessez franchement que vous êtes incapables de pénétrer les mystères voilés sous les termes à double sens de ces poèmes vénérables, dont vous saisissez à peine le côté le plus vulgaire. Ce n'est qu'à ce prix que l’histoire vous saura quelque gré de tant de veilles et d'illustres travaux.
Indignez-vous, si cela vous plaît. C’est un profane qui vous parle. C’est le traducteur du Popol Vuh, des livres mexicains et quichés, pour lesquels vous montrez un si profond dédain, c'est lui qui touche sans respect à votre arche sainte et ose vous demander où vous a conduit l'école germanique. Indignez-vous, jetez-moi à la face toutes vos épithètes d'écolâtres hautains. Vous ne m’empêcherez pas de vous dire la vérité. Engoués, comme vous l’êtes, de l'Orient, encore plus que vos maîtres, illusionnés par cette technologie absurde où le germanisme vous à pris comme en des filets, vous tournez le dos à la lumière : vous avez fait fausse route et vous vous êtes obstinés à croire que le soleil n'éclairait que d'un côté. Vous avez dédaigné l'Occident. Vous n'avez pas seulement repoussé les témoignages qui pouvaient vous venir de cet hémisphère; mais vous les avez dénigrés. Vous avez méprisé les monuments, dont l'étude était seule capable de dissiper l'obscurité qui continue à envelopper tous ceux de l'Orient, en dépit de vos honorables labeurs. Vous avez mis tout en œuvre pour faire jaillir la lumière aux lieux où elle semble commencer et vous avez oublié que le soleil, dans sa carrière, fait le tour du monde ou vice versa. Vous avez remué la poussière de toutes les bibliothèques, relevé toutes les inscriptions, des bords du Tibre aux marais de l'Euphrate. Puis, lorsque vous vous êtes cru les maîtres de la science antique, vous avez prononcé du haut de vos chaires. Vous,
qui tournez en ridicule l’infaillibilité doctrinale du Pontife Romain, vous avez promulgué un syllabus sur des matières sujettes à toutes les vicissitudes, à tous les caprices du génie humain.
Mais qui a jamais ouï dire, même aux nations les plus sauvages, que pour parler au nom de la justice, on ne dût consulter qu’une des deux parties en présence, sans écouter l’autre? Quel généalogiste fut jamais assez insensé pour s'imaginer de dresser un tableau généalogique, en ne prenant les ascendants que d’un seul côté ? Qui serait assez fou, parmi les naturalistes, pour affirmer qu'un enfant pût être engendré sans le secours de l’un des deux conjoints? C’est, cependant, ainsi que l’école germanique a prétendu asseoir les bases de l’histoire et de la linguistique. La linguistique, surtout.
0 Lilliputiens! vous avez enveloppé Gulliver endormi de vos ligaments: maïs Gulliver s'est éveillé et, en se levant, il a rompu vos faibles chaînes. Vous avez offert tous vos encens à la statue de Nabuchodonosor; mais une pierre est descendue de la montagne et la statue d'or, aux pieds d'argile, s’est brisée en mille pièces.
N’est-il pas bien téméraire de ma part de m'exprimer avec si peu de déférence sur le compte de l’école germanique, objet de tant d’adulations, depuis cinquante ans, en France et en Angleterre ? maïs, que voulez-vous? je n'ai jamais éprouvé de sympathie pour cette école outrecuidante de l’Aryanisme, qui prétend tout peser dans la moitié d’une balance. Eh! bien, la pierre qui brisera ce monument de l’orgueil scientifique, qui fera rouler en morceaux cette arche creuse, elle est ici: elle est dans les documents de cette bibliothèque que J'ai le plaisir de faire connaître au public.
Vous avez bâti une histoire et une linguistique à votre façon. Vous recommencerez. C’est une peine que vous vous fussiez épargnée, si, attentifs à la voix d’un génie, le seul que l’Allemagne ait eu depuis Leiïbnitz, Alexandre de Humboldt, vous aviez étudié les langues et les monuments de
l'Amérique, où il obtint ses premiers et plus glorieux lauriers. On ne m'objectera pas les difficultés. Vous allez en Asie. Qui vous empêchait d'aller en Amérique? Vous pouviez, sans même vous donner ce travail, consulter les excellents ouvrages, écrits en latin ou en espagnol, à l'époque de Charles- Quint et de Philippe II, ou aller fouiller aux archives de Séville et de Simancas, comme vous avez fouillé celles du reste de l'Europe. Avec un peu d'impartialité, vous eussiez suivi les traces de Humboldt et, depuis cinquante ans, qu'il a écrit son Essai sur l'histoire de la géographie du nouveau continent et ses Vues des Cordillères, etc. vous eussiez pu doter la science d'une portion incalculable de documents, non moins importants pour la linguistique que pour l’histoire. Vous eussiez rempli les deux plateaux de la balance. Vous seriez aujourd'hui en possession d’un véritable tableau généalogique des peuples et des tribus, d’une histoire et d’une linguistique solides, basées sur l’ensemble des monuments et des langues des deux mondes.
Vous avez beau faire. Aucun argument ne saurait justifier aux yeux des savants équitables votre incurie et votre ignorance, C’est vous qui l’avez voulu. Vous avez bâti un système à grands frais et vous avez prétendu en faire une science. Votre manie à été l'Orient: vous en avez tout fait sortir; vous prétendez encore y ramener toutes les origines. Votre engouement, d’ailleurs, a été si loin, que Max Müller, votre oracle d'Oxford, sans consulter même le Mithridates d'Adelung, a fait, pour s'épargner la peine d'une nouvelle étude, une seule fournée de toutes les langues américaines, en les décorant du titre vague de touraniennes, dont il serait hors d'état de définir l’acception. Pauvre école germanique! creuse autant que la statue de Nabuchodonosor, sonore comme tout ce qui est creux; en dépit des éléments précieux qui sont entrés dans sa composition, elle ne tardera pas à s'écrouler, ainsi que ces édifices branlants, qui n’ont que du sable pour ciment et pour base.