‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 104 sur 205 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« Le 3 novembre, le prince Eugène » s'acheminait vers Viazma, où son ar- » tillerie et ses équipages le précé- » daient, quand les premières lueurs » du jour lui montrèrent à la fois sa re- » traite menacée, à sa gauche, par une » armée, derrière lui son arrière-garde » coupée , à sa droite la plaine couverte » do Iraîneurs et de chai'iots épars » fuyant sous les lances ennemies. »

(Page 174.)

Il est faux que le corps du Vice-Roi ait eu derrière lui son arrière-garde coupée. Ce corps marchait suivi immédiatement de celui du prince d'Eckmûhl , dont la division Gérard formait l'arrièrc-garde. La communication entre ces deux corps fut toujours libre.

L'auteur suppose que Taylillerie du Vice-Roi était à Viazma. Ce fait est encore inexact ; il n'y avait que les équipages de ce prince. Il n'aurait pas commis la fimte de marcher sans son artillerie.

Le récit du combat de Viazma , si {glorieux pour les troupes du maréchal Davout et du prince Eugène, est étrangement défiguré; on voit que M. le MarécJial-des-logis du palais ne l'a pas compris. Voici ce (|ui se passa :

Lorsque le prince Eugène , s(.' dirigeant sur Viazma, suivi du corps de Davout , vit que rcnneini , qui venait ri"

sa gauche , voulait lui couper la grande route près de cette ville, il en fit prévenir le Maréchal, et concerta avec lui son mouvement. Le corps du Prince se plaça en colonne sur la droite de la grande route (regardant Viazma); une de ses divisions resta à gauche de la route faisant face aux ennemis qui arrivaient de ce côté. Le corps de Davout continua de marcher sur Viazma. La division Compans faisant tète de colonne, après avoir culbuté les troupes russes, qui lui barraient le chemin, passa le ravin de Pruditcha; et aussitôt tournant à gauche , elle se forma en bataille en arrière de ce ravin , couvrant la ville. La division italienne, placée à gauche de la route, contenait Tennemi pendant ce mouvement. Lorsque Compans fut en ligne derrière le ravin, ainsi que les autres divisions du premier corps, cette division italienne et les autres du Vice-Roi passèrent à leur tour le ravin pour venir se former à la gauche du premier corps, couvrant également Viazma. Établies dans cette position, nos troupes, (pie Tennemi espérait culbuter sur la ville, repoussèrent toutes ses attaques , et lui tuèrent beaucoup de monde.

« Eugène et Davout entendaient un » autre combat en arrière de leur » droite. Ils crurent que c*était tout le )) reste de l'armée russe, qui arrivait » sur Viazma, par le chemin d'Iucknow, î) dont Ney défendait le débouché... Le » bruit de cette bataille , en arrière de 0 leur bataille , et menaçant leur rc- » traite, les inquiéta, etc. » {Page 177.)

Ceci est une nouvelle preuve que Tauteur ne se rappelle pas morne le lieu du combat. Autrement, il saurait ((u'Eugène et Davout, de la position (ju'ils occupaient, voyaient parfaitement tous les mouvements de Tennemi opposé au maréchal Ney, et qu'ils n'a-

L'EMPIRE

valent rien à craindre de ce oâté. Le corps du Vice-Roi s'écoula, à la nuit, par Viazma couverte son tour par celui du maréchal Davout. La division Compans ne traversa pas la ville , mais passa la Viazma en dehors , sur le pont qui y avait été établi.

L'armée française, à cette époque, n'était pas dans un état de désordre et de démoralisation tel que l'historien français voudrait le faire croire ; et la meilleure preuve, c'est que les seuls corps d'Eugène et de Davout culbutèrent les vingt-cinq mille Russes, qui voulaient nous fermer la route, et qui étaient commandés par ce même général Miloradov^itch , si vanté par M. de Ségur dans le chapitre précédent.

(( Kutusoff se reposa indiflTéremraent » au bruit du combat. » Le commissaire anglais « l'excite vainement, l'appelle » même traître; rien ne peut l'émou- » voir. » (Page 176.) Parmi plusieurs raisons que l'auteur donne de l'inaction de ce temporisateur, ainsi qu'il l'appelle, il oublie de faire entrer celle du souvenir de la bataille de Malo-Jaroslavetz, où trois divisions françaises avaient repoussé son armée.

Il dit : « Les Russes avaient pénétré » dans cette ville (Viazma), lorsque m Davout voulut y passer à son tour. » (Page 178.) Il aurait été utile d'expliquer comment les Russes entrèrent dans Viazma, entre le corps du Vice-Roi et celui du maréchal Davout, qui se joignaient dans leur marche, et comment ils causèrent l'échautFourée dont il est question. Mais M. de Ségur ne se charge pas de justifier ce qu'il avance. Sous sa plume , nos pertes s'étendent et celles des Russes ne sont point notées.

GAMPA6NB DE 1812.

Page 1