‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 108 sur 205 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

« Au même jour, à la même heure, » toute la Russie avait repris l'offen- » sive. Le plan général des Russes s'é- » tait tout à coup développé, etc. »

(Page 216.)

Ce plan général des Russes, qui se développe tout à coup, au même jour, à la même heure, est bon à supposer aujourd'hui aprè* l'événement; mais alors Kutusoff n'était occupé quà se défendre et à se réorganiser.

Le 18 octobre, « à l'instant même » où le canon de Kutusoff avait détruit » les illusions de gloire et de paix de » Napoléon, Wittgenstein, à cent lieues » derrière sa gauche, s'était précipité » sur Polosk, Titchakoft* derrière sa

» droite et tous deux, l'un des-

» cendant du nord, l'autre s'élevant » du sud, s'étaient efforcés de se re- » joindre vers Boiisow. C'était le pas- » sage le plus <lifficile de notre re- » traite, et déjà ces deux armées enne- » mies y touchaient , quand douze » marches, l'hiver, la famine et la )) grande armée russe en séparaient » Napoléon. » (Pages 215 et 216.)

A en croire l'auteur, l'Empereur eût appris, par l'attaque de Kutusofi* à Winkowo, que toute espérance de paix était détruite; et cependant les ordres donnés par ce prince (1) les 5,

(1) Le 5 octobre, Napoléeok écrit au Hajor^ ce I général au sujet de TévacviatioD des

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464 LEMPIBE.

6, 10, 13, ik et 15 octobre, font voir qu'il avait déjà pris des mesures pour évacuer Moscou et se porter sur Smolensk.

L'assertion de M. de Ségur, relative à Wittgenstein et à Titchakoff, est tout aussi erronée. Titchakoff était, le 18 octobre, à Brezecz-Litowski sur le Bug.

Le même jour, Wittgenstein attaquait Polosk. De Polosk à Borisow, il y a cinq journées de marche, et de Brezecz à ce même point de Borisow, il y a au moins douze marches. Ainsi, ces deux généraux que M. de Ségur représente comme se donnant la main, sont éloignés Tun de Vautre de dix-sept journées. En écrivant ce passage, il faut que le Maréchal-des-logis du palais n'ait consulté aucune carte. Comment suppose-t-il que Kutusoff, qui était placé sur la route de Kalouga, séparait l'armée française de Borisow? Il y a plus; ce même jour, 18 octobre, où Titchakoff et Wittgenstein sont supposés $e touchant y Titchakoff se faisait battre par Reynier, en voulant marcher

qui se trouvent i Mojaïsk, à Tabbaye de KoloUkoî et à GJat.

Le 6 octobre, Napoléon écrit au Major-général pour que Junot évacue tous les blessés sur Viazma, et Baraguay d'HilUers de Viazma sur Smoiensk, prescrivant que de là à huit jours il ne reste pas un blessé a Rouza, àTÀbbaye, à M ojaïsk et à Gjat.

Le 6 octobre. Napoléon écrit au Major-général pour que aucune troupe ne dépasse ni Gjat ni Mojaîsk.

Le 10 octobre. Napoléon écrit au Major-général de donner Tordre d*arréter les détachements d*infanterie, cavalerie, artillerie, à Smoiensk.

Le la octobre, lettre du Major^néral au roi de Naples, pour lui annoncer que Tarmée va se mettre en marche de Moscou pour se Joindre 2i lai, et chasser Kutus&fT.

Le 15 octobre, TEmpereur donne ordre aux premier, troisième et quatrième corps delà garde de se tenir prêts k marcher.

sur Varsovie. Ce ne fut que l tobre, qu'il revint à sa poé Brezecz. Le 28 seulement^ afl laissé vingt-huit mille homn ordres de Sacken, qu'il chaigdi veiller Schwarzenberg et de À le mouvement qu'il Ceiit sur 1 se met en marche sur cette villi^ tété de colonne arrive le 16 wà Le prince Schwarzenberg venaiti renforcé p^ la division Dunq qui portait à environ cinquantel hommes les forces soiis s Titchakoff partit de Minsk, le \%\ se porter sur Borisow, dont il se le 21 ; et le 23, il fit passer vière à la division Lambert, pou des nouvelles de Wittgenstein.

division rencontra le corps d'Oudil^ qui la culbuta, et la força de se sur la rive droite de la Bérésina.

plus d'un mois après l'époque I M. de Ségur supposait les corps^ Wittgenstein et de Titchakoff s€ ta chanty ils n'étaient pas encore rèuià

Le maréchal Saint-Cyr occupait, * puis le 18 août, un camp retrand en avant de Polosk. a Ce camp moi » trait avec quelle facilité l'armée e » pu hiverner sur les frontières litbt) » niennes. » (Page 216.) L'auteur < l'éloge de la bonne construction ( baraques de nos soldats : « c'étaient » beaux villages militaires, bien i » tranchés, à l'abri de l'hiver comi « de l'ennemi. »

Immédiatement après, il dit qt depuis deux mois, les Français p daient beaucoup de monde enalli chercher des vivres; « qu'ils élai' )) sans cesse trahis par les paysanf » même par leurs guides. » Puis, ajoute : « Ces échecs , la faim et » maladies avaient diminué de mo » les forces de Saint-Cyr. Les Ba ' )) rois étaient réduits de vingt-d€

CAMPAGNE • w nefti ^ hommes à quatre mille, etc. » 'revint i 5,^ devient donc cette facilité dVw- ' /fiQte»ea(,jr, si déjà nous avions éprouvé fWwrt mille bde pertes ? Et comme si la contra- ^ten, quBclBjpn n'était pas assez forte, il ajoute, '^awnbeijj été? page plus loin : « Ces ouvrages '^* qu'il âùsrétaient ébauchés qu*autant qu'il le artîèesDrcelie|ait, non pour couvrir leurs dé- 'le arrive le jfiijiseurs, mais pour leur marquer la bwarzenicijFtaace sur Laquelle ils devaient s'opina division j^àtrer. » ( Page 218. } Que signifient environ ciofods ces beaux villagtâ miUtairei bien forces sm ^fanchés ? Il paraîtrait que leurs forît delfiiisl,i^jBations se réduisaient à de simples msow, éoBiïpeis pour marquer remplacement r ii 6t paaer t les corps devaient iopiniâtrer. Cette >n Iami)ertp«lité d'hiverner n'était pas donc ^ Wittf^fà grande que le suppose l'auteur.

'aie corps il\

la força dex iebim. CHAPITBKII.

après ï^r^ Comment concilier ces passages : )osait ks lîs Wittgenstein repoussé , Steinheil i TiUMùlf battu, dix mille Russes et an géné-

pasenm^^^^ hors de combat » avec

l-Cvr occsfi^ l'orgueil et la joie dans le camp en- 1 csmp î^ uemi , » tandis que dans le ndtre aCeca^i^^ trouvent la tristesse et le dénùomilité tim ^ lisent. » ( Page 225. ) La tristesse de ùontièKst 4Uûi ? Est-ce d'avoir battu les Russes, S I issigt ou bien la tristesse d'abandonner un onstrucliB P^Y^ ^^ ^ f^^^ ^^ '^ maladie régnaient

• acéià (P^S^ ^^^)* pour entrer dans un pays ^ j0 abondant en toutes sortes de vivres et /'i/verâ* ^® fourrages? L'auteur a-t-il donc oublié que, lors de l'arrivée du deuxième

'lâ$ oorps à la Bérésina, les régiments > ^u a avaient des vivres en abondance et des A fui troupeaux à leur suite?

,.. ^^ M. de Ségur fait une sitiguliëre des-

^ cription de la retraite du maréchal 'V Saint-Cyr; il prétend qu'elle « se fit '^ » par toutes les routes qui condui- ' . » sent à Smoliany, » (Page 225.) Le ^ ^ motif de cette marche rétrograde était, ^ suivant lui, de trouver plus de vwres , ^ vu.

de marcher plus librement, avec plus d'ensemble, La raison de trouver des vivres est assez bonne, si l'ennemi ne suivait pas; mais celle de se diviser pour marcher ensemble (page 226), nous parait difficile à comprendre. Le maréchal Saint-Cyr, se retirant sur le corps du maréchal Victor, fort d'environ trente mille hommes, qui, partant de Smolensk, marchaient sur sa droite, et n'étant pas poussé vivement par les Russes qu'il venait de battre, n'avait rien qui pût gêner sa marche. Aussi ne reçut-il d'échec qu'à une colonne de sa gauche.

L'auteur nous représente l'Empereur à Mikalewska, n'apprenant que des désastres. « Sa figure reste la » môme; il ne change rien à ses ha- » bitudes, rien à la forme de ses or- » dres. A les lire , on croirait qu'il » commande encore à plusieurs ar- » mées. » (Page 229.)

Les corps d'armée étaient encore dans leur état d'organisation , composés de divisions, de brigades et de régiments. Les pertes que l'on avait éprouvées pendant la route, les avaient certainement beaucoup diminués ; mais ce n'était nullement une raison pour ne pas leur donner des ordres dans la forme ordinaire, puisque leur organisation était toujours la même.

Bien plus, lors du passage de la Bérésina , TEmpereur ne changea rien à la dénomination de ses corps d'armée, et il fit bien sous tous les rapports ; car l'ennemi voyant par les ordres du jour qu'il avait interceptés, par les prisonniers qu'il faisait, par tous les moyens qu'il avait d'être instruit , que l'armée avait le même nombre de cotps ' et la même organisation qu'à son entrée en campagne , n'a jamais pu croire aux pertes nombreuses que nous avions essuyées, et il nous a toujours considérés

çomm^ plus forts que nous n^étiops eu réalité. Si, au contraire, on eût réuni plusieurs corps pour n'en fonner qu'un ou deux» on eût par là révélé à l'enpemi notre faiblesse, en même temps que cela n'eût servi qu'à mettre de la confusion dans tout.

a QuantàBaraguey-d'HiUiers, qu'un » officier vient d'accuser , il le fait )> comparaître, et ce général, dépouillé » de ses distinctions , part pour Ber- 9 lin , où il préviendra son jugement, » en mourant de désespoir. » ( Page 330.)

Le général Baraguey-d'Hilliere avait été chargé du commandement d'une division, qui se formait à Smolensk ; il avait cantonné ses troupes sur la route de Smolensk à Elnia. L'approche de l'armée russe dans cette direction aurait dû le porter à réunir sa division , ce qu'il ne fit pas. Le 9 novembre, une de ses brigades fut attaquée par trois chefs de partisans russes; et, quoique forte de seize cents honunes , dont cipq cents de cavalerie, elle capitula et mit bas les armes. Le reste de la divisioD se replia eu toute hâte sur Smolensk. D'autres dépôts français, dk>nt le plus considérable était placé à Klemenstiewo, furent enlevés. La plupart des chevaux du train, qui se trou* yaient cantonnés dans les environs , à une assea grande distance, furent également enlevés par les Cosaques. L'Empereur témoigna son mécontentement au {[énéral Baraguey*d'Hilliers, de ce %M sachant la marche de l'ennemi , il avait ainsi éparpillé toutes ses forces. U lui 6ta son commandement, et l'eni(oya à Berlin. Il est fitux que ce général ait été dépouilU de $€S distinctions ; il devait être jugé. Pour un général aussi sensible à l'honneur et aussi bon Français que le général Baraguey-d'Hiitiers, le malheur d'avoir mérité d'être

L'EMNBB.

mis en jugement peut avoir eu une influence funeste sur sa santé déjà très délabrée (1).

Indépendamment des pertes irréparables en hommes et en chevaux , que cette imprévoyance du générai Baraguey-d'Hiiliers venait de nous causer, l'Empereur fut vivement blessé d'apprendre qu'un corps français de onze cents hommes d'infenterie et de cinq cents de cavalerie eût mis bas les armes devant des corps de partisans. Le maréchal Ney, quelques jours auparavant, pour montrer à ses soldats combien ces troupes de Cosaques étaient peu redoutables, avait donné ordre à un capitaine de grenadiers de choisir cinquante hommes, d'aller mettre le feu à un village situé à une demi-lieue de la route, puis de se retirer sur un second village qu'il lui montra de la main, en lui prescrivant de le rejoindre après cette expédition. «Vous serez,» lui dit-il, tt entouré par cinq à six cents Cosaques ou plus; mais, tenez bon, aucun de vous n'a rien à en craindre. » Le capitaine part , exécute son ordre de point en point. Il se voit entouré et harcelé par milîe à douze cents Cosaques. En vain , le commandant russe fait mettre pied à terre à la moitié de ses hommes ; il ne peut entamer cette poignée de

(1 ) Dans une lettre du prioce de Neucb4tel an général Charpenlier, gouverneur de Smolensk, datée de Viazma le 1" novembre 1812 , dans laquelle il lui rend compte des mouvements d« l'année , le charge d*ea prévenir !«»• gouverneurs de MohllolT ei de Minsk, lui prei^ crii de nouvelU'S mesures reblives aux approvisionnements, et lui demande également l'élat de tous les magasins, subsistances et munitions qui sont à Smolensk, on Ht : « Faites corinafire au général Baragaay-d'Hilliers le mouvement de rarmée , etc. Je vous ai déjà fait connaitre que ce général ne devait pas se comr promettre : renouvelex-lui d/s ma part cette éisposition» »

braves. Le maréchal Ney envoie alors un demi-bataillon au secours de ces cinquante grenadiers, qui, avec leur officier, rejoignent intacts la colonne.

Les réflexions que M. de Ségur, qui nous reporte sans cesse vers le passé pour accuser le présent, bit faire aux soldats sur les trente-*quatre jours de repos à Moscou , et sur le peu de soin pris pour pourvoir aux dift'érents besoins , ne montrent-elles pas le désir de eensurer TEmpereur? Pendant son séjour à Moscou, il prodigua S3s soins à son armée. Lors du départ, sa sollicitudo 86 porta d^abord sur les blessés : toutes les voitures, même les siennes, durent en recevoir. Les ordres donnés •Qx divevs commandants des corps, leur presorivaient d'emporter pour vingt joun de vivres , ce qui paraissait aufl&sant pour atteindre Smolensk avant les boiùs. Des troupes et des dépôts de vivres devaient se trouver à Viazma et k Dorogobouje. C'est donc à tort que l'auteur accuse Napoléon d'imprévoyance. Tous nos malheurs n'ont été causés que par le froid, et parce que les ordres de l'Empereur n'ont pas été exécutés.

M. de Ségur termine ces longues ré^ flexions, en disant que do Moscou k il 0 eût toujours fallu revenir, et que rien » n'avait été préparé, même pour un «retour pacifique.» (Page 232.) Eh quoi I si la paix avait été faite , nous n'aurions pas pu nous procurer des vivres , nous retirer sur notre ligne de ' démarcation I nous eussions manqué de ressources! Mais les Russes eoxmêmes n'eussent-îls donc pas été intéressés à nous en procurer?

L'Empereur espérait trouver dans Smolensk des troupas fraîches, des chevaux et des magasins considérables.

Quoique ses espérances ne se soient pas «possible, et Eugène celui de

entièrement réalisées , Smolensk nous

4é7 offrit quelques ressources. On donna de la fhrine aux corps, on distribua génèi'alement tout ce qui se trouva dans les magasins. l'Empereur avait eu prîmîtivement la pensée de conserver cette ville , et de prendre position vers la Duna et le Borîsthène. Ayant appris que l'amiral Titchakoff se portait sur Minsk , et que les ordres réitérés qu'il avait envoyés à Victor, de rejeter Wittgenstein au-delà de la Duna , n'avaient pas été exécutés , H se décida à se porter derrière la Bérésioa. L*aùteur parait reprocher à Napoléon d'être resté cinq jours à Smolensk; et cependant ces cinq jours avaient été employés aussi utilement que possible pour l'armée.

La longue marche qu'elle venait de faire depuis Moscou, sans s'arrêter, avait occasionné un grand nombre de traîneurs. On espérait que quelques jours de repos en rallieraient la plus grande partie. D'ailleurs les corps n'étaient pas tous arrivés à Smolensk en même temps que l'Empereur, et il dut attendre les derniers avant de se mettre en marche.

On conçoit que M. de Ségur, qui n'avait aucune connaissance des dispositions que faisait l'Empereur, ait imaginé qu'il perdait son temps à plaisir.

On conçoit aussi que parmi fes sages dont il nous a parlé plusieurs fois , et du nombre desquels il était sans doute, il y en ait eu quelques-uns qui auraient voulu se retirer en toute hâte sur WHna , et même au-delà du Niémen ou de la Vistule, quoi qu'il pût eN arriver au reste de l'armée. Le Maréchal-des< logis du palais est ici , comme ailleurs, l'organe des mécontents, dont il a enregistré les bavardages.

« On savait que Ney avait reçu Tor- » dre d'arriver à Smolensk le plus tard

i^ter » deux jours à Doukhowtchina. n (Page

468 L'EHPiai.

La lettre de Napoléon au Major- | teur était vrai , pourquoi les Russes,

dans toutes leurs relations , parlentr-ils de la terreur et de l'abattement que la prise de ce point important par les Français, causa dans toute la Russie (1)? Dans notre retraite, les circonstances étaient tout^à-£ait différentes. L'Empereur marchant sur Moscou, devait occuper Smolensk; se retirant sur la Bérésina , il ne pouvait conserver cette place. Kutusoff ne devait point perdre son temps à l'attaquer ; mais il devait chercher à se réunir , le plus vite possible, à l'armée de Titchakoff pour nous couper la retraite. Il était dans son pays, lui, il n'avait rien à craindre pour ses derrières.

« Augereau et sa brigade, enlevés sur » cette route, ne l'éclairent-ils point?» (Page 233.) Le général Augereau et sa brigade furent pris, non par Kutusoff, mais parles partisans russes Denisof, Dawidof , et Seslavin, qui se réunirent pour cette expédition.

L'auteur suppose que l'Empereur est resté dans Smolensk, pour le plaisir ce de dater cinq jours de cette ville, » et de donner à une déroute Tappa- » rence d'une lente et glorieuse re- » traite. » (Page SSï.) Ici l'humeur de ceux qui voulaient se mettre à l'abri du danger', et échapper aux privations le plus vite possible et à tout prix, est encore évidente. Nous sommes obligé de le répéter , l'Empereur n'est resté dans Smolensk que le temps nécessaire

général, que nous rapportons, dément ce qui est relatif à Ney (1). Quant à Eugène, il passa le Wop le 9, il arriva le 10 à Doukhowtchina ; il y séjourna, le 11, pour remettre l'ordre et donner un peu de repos à ses troupes ; ce ne fut que le 13 qu'il atteignit Smolensk. Entre autres réflexions que l'auteur prête aux soldats français, on trouve celle-ci : « L'Empereur a-t-il ignoré )i la joie des Russes, quand, trois mois » plus tôt, il se heurta si rudement » contre Smolensk, au lieu démarcher » adroite vers Ehiia, où il eût coupé » l'armée ennemie de sa capitale?....

» Aujourd'hui... ces Russes imiteront- 3> ils sa faute dont ils ont profité? » (Page 233.)

Qui pourrait croire que c'est un écrivain perlant le titre de général, qui fait une pareille réflexion ! Quoi I l'Empereur aurait dû ne pas prendre Smolensk et laisser cette place au pouvoir de l'ennemi, sur ses derrières, pour marcher sur Moscou I La paix ne pouvait avoir lieu qu'après avoir battu l'armée russe et s'être emparé de la capitale. Tout le plan de l'Empereur reposait sur cette base. Smolensk est , avec raison, considéré comme la clef de Moscou , puisque celui qui est maître de Smolensk peut se porter sur Moscou sans danger , en y appuyant sa ligne d'opérations. Si ce que dit l'au-

Semlewo, le a noTembre 1811.

I9apoUon au Hajùr^généraL

Mon Cousin, écrivez aa doc d'Etchiogea qa^oasitdt quMI aura pris le commandement de Tarrière-garde , U fasse filer l'armée le plus vite possible ; car on use ainsi le reste du beau temps sans marcher. Le prince d^Eckmùbl retient le Tice-Roi et le prince Poniatowski pour chaque charge de Cosaques qu*il aperçoit. Sur ce, etc., etc.

(1) «La perle de Smolensk avait répandu la » consternaUon dans rintérieur de TEmpire. » Si Napoléon eût pu pousser un corps jusqu^à » Moscou, avant que Tannée rusiie fOii en me- » sure de lui livrer une bataille générale, la » consternaUon eût été à son comble, et la na-« » Uon découragée eût peulp-ètre regretté les » sacrifices qu'elle avait hUs à son indépenn dance. » (Boutaurlin, Umê t, page SOI.)

pour rallier les bommes Isolés, évacuer ses blessés et ses malades (1) , profiter des ressources de cette ville, et empêcher que sa retraite ne se tournât en déroute, ce qui aurait eu lieu, s'il eût marché constamment et sans s'arrêter.

Une preuve que ces dnq jours ne furent pas perdus pour Tannée, c'est que , en sortant de Smolensk , elle a montré de nouveau, dans les combats de Krasnoï, qu'eUe n'était point dégénérée, et que, depuis ces combats, Kutusoff n'osa plus essayer de lui couper la retraite , ni même la suivre de trop près.

L'auteur prête ces réflexions, sur le séjour à Smolensk, à des officiers de Napoléon. Il ajoute qu'eUes étaient « secrètes , car leur dévouement de- » vait se soutenir tout entier deux ans » encore.» (Page 235.) Cet aveu est assez naïf. Quoi! le dévouement des officiers de l'Empereur ne devait durer qu'autant qu'il aurait des dotations, des honneurs, de l'or à leur prodiguer 1 1 1 Malgré les louanges données à Messieurs tels et tels , nous doutons qu'ils soient flattés de l'opinion que M. de Ségur a de leur attachement.

A la suite de quelques éloges du général Latour-Mauboui^ , l'auteur dit :

« n marcha toujours avec le même 9 ordre et la même mesure, au milieu T> d'un désordre démesuré , et pour- D tant, ce qui fait honneur au siècle , i> il arriva aussi vite, aussi haut et 9 aussitôt que les autres. x> (Page 235.)

On ne vdt pas trop ce qu'a de commun l'honneur du siècle avec l'avan-

(1) Le 7 novembre, il y avatt su bêpitaux de Smolensk, trois mille tix cent soizante-dixhttit malades, doul deux cenldeai Russes; le S, nenf cents lurent éracués sar Orcha, et les aaurts le furent pendant notre séjonr dans celte vUle.

cernent de M. Latour-Maubourg.

L'Empereur avait pour principe de récompenser le mérite où il le trouvait.

n est d'une rigoureuse équité de re* connaître qu'il l'a constamment mis en pratique, et de lui en laisser, tout l'honneur.

Suivant M. l'Officier du palais\ Tar»

mée firançaise, forte de cent mille combattants, avait été réduite en vingt-cinq jours à trente-six mille , et ces fiiibles restes étaient surchargés de soixante mille tralneurs sans armes ; ce qui ne supposerait que quatre mille hommes tués, blessés ou restés en arrière depuis le départ de Moscou.

Ces restes de corps d*armée... « Ku- » tusoff allait les faire passer tour k » tour par les armes. » (Page 237.1 Cette expression a quelque chose de révoltant dans la bouche d*un Français. Certes, si nos soldats panèrent par les armes de Kutusoff, les Russes passèrent par les armes françaises , et ils y passèrent si bien que depuis on ne les trouva plus.

CHAPrms m.

L'Empereur, en quittant Smolensk avec son armée, était obligé de l'échelonner succesmvement, pour éviter la confusion et l'encombrement de l'ar* tiilerie, des voitures et des tralneurs. Le 13, il fit partir la division Claparède avec le trésor et les bagages; et le It, il se mit en marche lui-même avec sa garde, laissant à Smolensk les corps de Davout et de Ney , qui devaient se soutenir mutuellement, et évacuer cette ville le 16, après en avoir iait sauter les fortifications.

Napoléon arriva à Koritnia, où il passa la nuit. Le lendemain, Miloradowitch, it la tête de vingt mille hommes.

n'osa pos barrer le chemin ; il se con* t^ota d'envoyer quelques boulets. L'Empereur atteignit Krasnoï: a Le » seul aspect de Sébastiani, et despre- » mien grenadiers qui le devançaient, » suffit pour en repousser rinfanterie » ennemie. » (Page 243.) C'est le ik, que la division Claparède , arrivant à Krasnoï , en chassa le corps volant d'Qjarowski» qui voulait s'y établir.

La garde impériale avec l'Empereur n'avait pas souffert^ les ennemis n'ayant pas osé l'attaquer. « Mais, dit l'auteur, » les Russes, de leurs collines, virent » tout l'intérieur de l'armée, ses diffor* » mités, ses faiblesses , ses parties les y^ plus honteuses, enfin ce que , d'or- » dinaire , on cache avec le plus de 9 aoip. » (Page 243.)

La garde marchait avec ordre , ces difformités, ces parties honteuses^ Milovadowitcb craignait de les voir de trop près, puisqu'il n'osa pas s'opposer à son passage. M. de Ségur , qui a fait un portrait si brillant de ce général ennemi , qu'il compare à Murât , se trouve ainsi forcé de démentir par les faits, les éloges qu*il lui a prodigués. Après le passage de la garde, « il s'eu- » hardit, resserra ses forces, et, des- » oendant de ses hauteurs , il s'établit » fortement avec vingt mille hommes » en travers de Li grande route. Par ce » nouTement, il séparait de TEmpe»

)) vtar, Eugène, Davout et Ney, et fer- » matt à ces trois chefo le chemin de » l'Europe. » (Page 244.) L'imagination de M. de Ségur l'emporta au point d'ottblier que la* scène se passe en Lithuanis.

L'EMPIBS.

Koritn'a le 15, était à trois Ileuei dt Krasnoï , lorsque les traineurs et les isolés, qui marchaient devant lui, îxx^ reut attaqués par les Cosaques de Mi<loradowitch. Ces honunes, pour k plupart sans armes, se pelotoBoèrent, repoussèrent ces attaques , et se retirèrent sur le corps d'armée dont ils avaient fait partie.

Eugène voyant que Miloradowiteh voulait lui barrer le chemin , plaça ia garde italienne à droite de la route, et les divisions Phelippon et Brousaior à la gauche. La troisièn^ division fat placée en arrière. Dans cette po8iti0ii, et quoiqu'il n'eût plus que quelques pièces d'artillerie, et que l'enneoii en^ gageât vingt mille hommes, il repousift vigoureusement toutes les attaques de Miloradowiteh. Pendant tout le combat, le prince avait manœuvré en menaçant la droite des Russes ; lorsque la nuit (ut venue, et qu'il vit qu'ils avaient considérablement renforcé celte droite menacée, il mit son corps d'année en marche , pour passer derrière la gauche des Russes. Par ce mouvement, il tourna le corps qui lui était opposé, et rejoignit , pendant la nuit , la jeune garde , qui était en avant de Krasnoï.

Notre historien décrit ces mouvements d'une manière diffuse , et les entremêle de réflexions intempestives, qui ne font que répandre de l'obecurité dans le récit. Que signifient < ces )) bataillons ennemis qui bordent les )) deux c6tés de la route » ())age 24*), sur laquelle marche te corps de traineurs pour se réunir à Eugène, et qui.

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