LA MOSKOWA
EXTRAIT DES MÉMOIRES INÉDITS DU GÉNÉRAL PELET SUR LA GUERRE DR RUSSIE, EN 1812 (1).
Il était i cette grande bataille loui lei man de Moscoo.... Ordra dujimr du 7 t§ptêmir§.
Les écrivains militaires ont beaucoup disserté sur les batailles. Ils ont établi des maximes générales qui s'appliquent plus ou moins bien à ces opérations capitales. Mais il était difiScile de poser les règles qui doivent les préparer et les conduire à leur dénouement.
Ceux qui ont gagné de nombreuses batailles, connaissent seuls les secrets de la victoire.
C'est en suivant les grands généraux
(1) Le Journal qui a servi de base à la rédac- Uon de cette campagne a été communiqué aux généraux Ségur et Gourgaud. Le premier a gardé les deux tolumes du journal assez longtemps, et n*a pas Jugé à propos d*en faire usage; le second a bien voulu j puiser quelques renseignements relatifs à la bataille de la Moskowa. Je dois en faire mention, afin d'indiquer d*où proviennent les répétitions qui pourraient être remarquées.
sur les champs d'honneur , qu'on ap prend les principes de leur école et l'art diflScile des batailles. C'est en étudiant sur leurs théâtres mêmes les opérations célèbres, qu'on peut espérer de découvrir les règles qui président à leur exécution. Une histoire exacte est ensuite la meilleure leçon ainsi que le meilleur modèle. Et quelle bataille fut jamais plus instructive que laMoskowa? Napoléon, Thomme qui de tous les temps a livré et gagné plus de batailles, n'a cessé de dire, que « celle-ci était la plus belle et la plus )) terrible; que les Français s'étaient » montrés dignes de la victoire, et que D les Russes avaient mérité d'être in- » vincibles. » À Sainte-Hélène, il disait encore : « Que sur cinquante batailles » données par lui , la Moskowa était » celle où Ton avait déployé le plus de
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» mérite et obtenu le mains dt résul- » tats.... » Il ajoutait , ftt mékne ftioment que : « les meilleures troupes » étaient celles qui gagnaient les ba- » tailles ; et que les Français étaient les » soldats qu'on pouvait le plus facile- )> ment rendre et maintenir les nieil- » leurs. »
Je pensé <|«e la bataille de h If 06kowa n'est pas mieux connue que la campagne de Russie, dont elle fut Taction la plus remarquable. Sans cela , je ^l'aurais pas entrepris d'écrire ces mémoires. Le Bulletin français, tracé dans la chaleur de 1 action, en présente un tableau frappant ; mais on n'y trouve pas les détails nécessaires. L'état-m^or russe, qui osa s'attribuer la victoire , n'a publié que ce qui pouvait dissimuler sa défaite.... Les renseignements ont manqué aux historiens; et aucun d'eux n'était convenablement placé pour connaître la vérité.
Après le passage du Niémen, Napoléon s'était attaché à dhfser les forces russes et à les combattre BéfMtrément.
La bataille , qu'il déeiraîl îivi'er «n* suite nftn de donner un c^raotère à cette campagne , semblait ftiir devant lui. A Smotendt, rien n'était décidé.
H tt'a^aîl conquis que quelques proviiïees nouvellement réunies à la Russie. Le vi€<il empire des Ofcare n'était entamé ni dans son territoire ni dans «es forcos réelles. Na]K)léon ne poirvait porter plus loin ses conquêtes , sans avoir ballu une mmée qui ««raie manœuvré sur ses Aancs et* sur «es derrièfês. Pour entrer dam la cafritaie ennetiHie, <q«i*eii disafît peuplée de trois cent miHe Atnes , il fattalt «ne victoire signalée. Llin ou l'tDtre de ces «vantagesétaft tiécesisaire afin de forcer à la paix des (ennemis qui pouvaient soule- MP fEnn^ fdftcée entre h Gtmde-
Âi*mée et la France. Ces combinaisons exercèrent une influence considérable sur la guerre.
Les généraux russes s'étaient réduits è cette extrémité d'abandonner Moscou ou de le sauver par une bataille.
Barclay de Tolly , minisire de la glierre^ ccmmandaiil en chef, ayant ei^fm rts<ila de combattre entre Gjatsk et Viazma, avait commencé à élever des retranchements à Tsarewo-Zaïmitche. Mais de grandes catastrophes avaient marqué le commenceftMtol defe hostiyiés. Les hommes qui avaient fait déclarer la guerre et qui tenaient Alexandre éloigné du théâtre des opérations, accusèrent le général étranger qu'ils avaient chargé de la direction des affaires ; quoique celui-ci eût évité de plus terribles désastres. Us appelèrent au commandement le Russe Rulusoff , connu par la défaite d'Austerlitz, et par d'insignifiants succès contre les Turcs. Ce général arriva le 29 août au camp russe, et continue la retraite qu'il de^-eit faire fesser, kymi reçu les renforts que Miloradowif ch et Markow lui amenaient, il s'err(^ta le 3 septembre à Borodinoear les Hmites de la province de Mosoon, et prit deriière la Kolocea une j^osition qu'il fit ratranchcr.
Le 30 aoàt, dans la aoinée, Nepeiéoti eut <x>n naissance à Viauaa du mootement rétrograde des Russes. B e'ivpè^ dia des ordres |)our porter l'année en avant. Dès ce moment, il annonça qu'une bataille générale aurait lieu dans trois ou quatre marches, soit qu'il eût appris l'arrivée de Kutusoff et des renforts, soit que le voisinage de Moscou lui fit sentir que cette action ne pouvait plus éti'e drfférée.
l'Empereur arriva à Gjatsk le ï*' septembre au soir, à la tête de Tavantgarde. Quelques coups de canon -cbair
GAMPA(ï(tK tt 1812.
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left Ckh^ftqueé qut protégeaient lé Itsa QU'6n AVïiit mis à celte ville , eôfnme à Smolensk , ?i Dorogobouje , i ViBîma. Littcendîe ftit promptement éteint. On trouva à Gjfttsk quelques provisions et des fruits en abon- Aince. Napoléon y demeura pendant trois Jours, afin d'attendfe des corps et les parcs d'artillerie. Il donna les ordres néceesaires pour rétablissement et la Kûreté de sa ligne d'opérations , pour l'organisation des dépôts de l'artàéé afnsi que des colonnes de marche, ^ pour préparer la bataille qui allait se lîvrèif.
Le quartier impérial se mit en marche !e 4 , vers midi , et se rendit à CrHiewo. Le lendemain , de très bonne lÉéuré, il continua son mouven^ent. Le fol do Naples, commandant Tavantgarde formée de !a cavalerie et de la division Compans, suivait la grande route de Smolensk à Moscou. Il était appuyé, à deux lieues de distance, par Davout, derrière lequel marchaient , à une lieue les uns des autres, les corps de la garde et de Ney. Junot vint occuper Gjatsk. Eugène et Ponîatowski flanquaient Tavant-garde à une ou deux lieues ; le premier était sur te chemîïi qui conduit à Borodino par Grias ; le second, sur la vieille route de Smolensk par Jellnia.
L'arrière - garde russe , commandée par Konownitzyn , se retirait devant nous en combattant. Débordée à Kolotskoï par Eugène, elle se replia sur le plateau qui est derrière Walouiewa et sur les hauteurs d'Alezinki. Là, elle fut soutenue par Gorzakow qui formait fegauchf de l'armée ennemie et occuï«rft, avec la division Neverofskoï, Che- IWHfdino ainrf que sa redoute. Poniat<3r#6ki, ayant dépassé Jellnia, était déjà engagé avec la cavalerie rus^e. Il ^t pfôbMyle que l'Empereur, trompé
par lès cartes (1) , ne devina pas, dcr-* rière l'af rière-garde , la singulière disposition de Kutusoff. Croyant que le corps de Gorzakow était placé en avant de l'armée russe pour soutenir Konownitzyn , il ordonna à la division Com^^ pans de passer le ruisseau et d'atta* quer l'ennemi. Celui-ci fut culbuté; et la redoute , enlevée en moins d'une heure, avec la plus brillante valeur. Napoléon n*aurait peut-être pas entrepris cette attaque, s'il avait connu le terrain, ou s'il avait eu le temps de le parcourir comme il le fit le lende^ main. Alors, la bataille pouvait avoir des résultats bien désastreux pour l'armée ennemie.
Dans la soirée , l'Empereur se plaignait de ne pas voir arriver un plus grand nombre de prisonniers, à la suite d'une attaque aussi vive et aussi meurtrière. Le duc de Vicence lui dit : « que leê tlusses st montf^ient inébrau" » labiés , et qu'il fallait Us démolir. — » Elibxen\ répondit-il , demain , avant » midi , y aurai mes réserves d* art il- » Icrie , et nous les démolirons. »
Les tentes de Napoléon furent disposées sur un plateau arrondi , à gauche de la grande route, et à trois cents toises ouest du village de Walouiewa.
La garde et le quartier impérial bivouaquèrent autour de lui. Tout le monde craignait de ne pas trouver le lendemain l'ennemi en position. Tous saluèrent de leurs acclamations les approches d'une bataille qui devait être funeste à un bien grand nombre.
Tels nous avions vu les soldats d'Austerlitz appeler avec une sorte de fureur
(1) Sur la carte gravée «a dépôt de la guerre à Paris, (raprèn le grand aUas ruffi%. le coan de la Kolocza présente un grand enfoicemesi vers Test, au-dessus de Borodiuo, comme sî elle descendait do Semenowskoi.
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l'attaque du lendemain , et promettre à leur chef une victoire assurée.
Les deux premières armées du monde allaient disputer le sceptre de l'Europe. D'un côté, vingt années de triomphes , l'art et l'habitude de la guerre, une organisation excellente, une valeur brillante et éclairée , une confiance fondée sur de continuelles victoires, une ardeur que la mort seule pût abattre : de l'autre , une ancienne réputation à rétablir et de nombreux désastres à faire oublier , un dévouement aveugle et un courage inerte, une obéissance passive façonnée par une discipline de fer, enfin la résolution de mourir plutôt que de céder.
L'armée française, entraînée par l'amour de la gloire si loin d'une patrie qu'elle veut illustrer, est tranquille sur la foi d'un seul homme. L'armée des anciens Scythes défend le sol qui l'a vu naître et ses temples, seul foyer que lui laisse connaître son servage. Dans' nos compagnies, chacun prend part aux afiaires, raisonne, calcule, prévoit ; chacun tire son plan^ pour se servir de l'expression si originale de nos braves soldats. Il n'est pas de sergent qui ne pût comniander sa compagnie , pas de sous -lieutenant qui ne fût capable de conduire son bataillon. Des officiers de haut mérite se trouvent en foule dans toutes les armes, prêts à succéder à tous les commandements.
Au milieu de l'armée opposée , parmi les peuplades sauvages et les hordes à moitié asiatiques qui en composent une partie, on exécute servilement l'ordre donné; il y a peu d'habileté dans les chefs et d'intelligence dans le soldat. Tous les grades sont mal remplis et plus difiicilement remplacés; chaque mort, chaque blessure produit un vide. Si quelque talent se fait remarquer, il est étranger , et par cela
seul suspect et même odieux. II faut le dire aussi, parmi ces officiers on distinguait plusieurs Français que les mal* heurs des anciens temps avaient exilés du sein de la patrie, et auxquels les Russes durent une grande partie de leurs succès. Ainsi on trouve des Français partout où il y a quelque gloire à acquérir.
Sous les drapeaux de Napoléon , on voit (à l'exception des Anglais] l'élite de la civilisation européenne. Les corps qui vont combattre à la Moskov^a comprennent un assez petit nombre d'étrangers. On y remarque pourtant ces Italiens , nos anciens maîtres dans les arts, même dans celui de la guerre ; ces Polonais, qui ont formé avec nous, sur tous les champs de bataille, une confraternité dont le souvenir durera longtemps dans le cœur des deux peuples; des Prussiens et des Westphaliens , soldats renommés de Frédéric; des Bavarois et des Wûrtembergeois qui se glorifiaient alors d'être les premiers de nos alliés; des Espagnols, des Portugais, des Croates, étonnés de sentir au fond de leur cœur le désir de lutter de zèle avec nous. Quelques Autrichiens se trouvent aussi au quartier impérial. .*. Tous se montrent fiers de suivre la Grande-Armée dans une expédition si mémorable.
Le 7, à la pointe du jour, on lit dans les compagnies françaises une proclamation de l'Empereur qui enflamme ces cœurs généreux, qui fera battre ceux de tous les pays et de tous les siècles : «Soldats, dit-il, voilà la ba- » taille que vous avez tant désirée I dé- )) sormais la victoire dépend de vous : » elle nous est nécessaire ; elle nous » donnera l'abondance, de bons quar- » tiers d'hiver, et un prompt retour » dans la patrie! Conduisez -vous ^) comme à Austerlitz, à Friedland , à
p Witepsk , à Smolensk ; et que la pos- » tenté la plus reculée cite avec orgueil » votre conduite dans cette journée.
D Que Ton dise de vous : // était à cette » grande bataille sous les murs de Mot- » cou ! » Les soldats répondent par des cris de joie; ils disent à Napoléon:
« Sois tranquille, nous avons tous juré » aujourd'hui de vaincre , noi» vain- » crons.yi
Dans la journée du 6 , le général russe fait distribuer avec profusion à ses troupes des vivres et des liqueurs. Il parcourt les camps processionnellement, entouré de popes portant des reliques prétendues miraculeuses. A Tarmée, à Moscou, partout, on fait entendre le langage de la plus grossière superstition. On profane le nom de la Divinité , en le mêlant dans des querelles que les hommes ont suscitées.
Lorsque la postérité lira les paroles adressées aux deux armées , aux deux peuples, elles pourra apprécier leurs qualités morales et la justice des deux causes.
L'Empereur monta à cheval le 6 de très bonne heure, et parcourut, pendant la majeure partie de la journée, le terrain qu'il avait à peine aperçu la veille. Il examina longtemps , souvent à pied, les points les plus importants II s'arrêta à la gauche , en avant de l'armée d'Italie; il visita avec le plus grand détail t dans les environs de Borodino, les vallées de la Kolocza et de la Woïna. Il fit commencer en face de leur confluent des ouvrages considérables qui devaient attirer l'attention de l'ennemi et assurer le pivot ainsi que la communication de l'armée. Napoléon se dirigea epsuite sur le centre, versChewardino et à la redoute prise la veille. Il alla au corps polonais, et monta sur une hauteur qui est entre Doronino et Outîtsa. Là, après avoir regardé avec sa
lunette posée sur l'épaule de Joachim, on l'entendit dire à Poniatowski « de » marcher le lendemain droit devant » lui ; de culbuter tout ce qu'il rencon- » trerait ; de se porter ensuite sur la » gauche, afin de tourner Tennemi ei y> de seconder l'attaque de l'armée » française. » Il revint sur les bords de la Woïna , en longeant le vallon qui est en avant de Semenowskoï.
Napoléon s'étant arrêté au milieu de l'après-midi à son quartier, y trouva M. de Beausset, envoyé par Marie- Louise pour lui présenter un portrait de son fils. Après avoir contemplé ce portrait avec des yeux de père, il le tourna vers la foule d'ofiiciers qui l'entouraient , et le laissa exposé pendant quelque temps aux regards avides de l'armée. Des soins plus graves réclamèrent bientôt l'attention de l'Empereur encore agité par ces vives émotions. Le colonel Fabvier venait lui rendre compte de la défaite des Aropiles qui ébranlait le trône d'Espagne et menaçait la frontière des Pyrénées. Au moment de livrer à six cents lieues de la France, une bataille qui pouvait décider du sort de sa famille et de son trône, le nouveau souverain recevait de terribles avis sur l'instabilité des affaires humaines. Mais des sentiments plus élevés dominaient l'homme qui savait combien ses destinées devaient avoir d'influence sur celles de l'Europe et du monde... A quelle époque vit-on mettre d'aussi grands intérêts dans la balance des combats ? Et comment at-on pu juger avec tant de légèreté celui qui devait soutenir la lutte (1)? Au
(1) « Le sort d'ane bataille est le résaltat » d'un instant, d'une pensée. On se fait une » idée pen Juste de la force d'&me oéeessaire » pour livrer avec une pleine méditation , une » de ces grandes batailles d'où vont dépendre
Mi
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», tvalt^U besoin de ces avertisse^ metits de la fortune, Thomme que flous avons vu avant de commencer la guerre, avant de marcher sur Moscou, envoyer à ses lieutenants les instructions les plus étendues et les plus précises, pour prévenir les malheurs qui sont arrivés.
La journée du 6 fut employée aux reconnaissances. Depuis Viazma , l'ar- Biée s'éloignait des monts Waldaï , où ta division des versants de la mer Noire et de la Baltique est presque insensible. Kn entrant dans le bassin de la Mosko- Wa, nous trouvions les accidents du lèrrain un peu plus prononcés. La contrée , qui devait servir de théâtre à h bataille , présente des plateaux assez largement ondulés , avec des sommités peu saillantes. Les pentes supérieures très douces deviennent rapides vers le pied , où elles offrent des escarpements tantôt abruptes, tantôt hérissés de broussailles. Des vallons profonds et nombreux, divisant ces hauteurs, servent à écouler quelques filets d'eau, les sommets sont couverts ordinairement de bois taillis; on y voit aussi beaucoup de hautes futaies. Les chemins , difSciles et étroits dans les vallons, sont tracés sur les plateaux au travers des cultures.
La Eolocza, que nous longions depuis Grîdnewo , à un millier de toises , fixa particulièrement notre attention. Ce ruisseau était le trait principal du champ de bataille. Coulant de l'ouest à Test, il tourne au-dessous de Borodino, et se dirige vers le nord pour rentrer dans la Moskowa. Son vallon offre des contours fréquents et des pentes assez ^' ■ ■ -■ - . ,
* le »ori d'une armée , d'un pays, la possession » d*t>n tr6 le. »
(Napoléon , Mémotial de Sainte-ffélène, t. It p. 18.)
raides; 1« fond est généralement resserré , sur une largeur de cinquante à cent toises. Plusieurs affluents tombent perpendiculairement au milieu de son cours; il faut excepter celui dePsarewo qui , détourne par les collines de Gorki, a une direction fort oblique.
Depuis Borodino jusqu'à la Moskowa, les pentes de laRolocza sont tellement escarpées , les abords si rares et si difficiles , que cette partie est presque infranchissable ; la rive droite est couvertes d'arbres et de broussailles; les hauteurs présentent des bois considérable. Les dispositions de rennemi, les ouvrages, les bivouacs, se trouvaient entièrement cachés derrière ce masque.
Le trait secondaire du champ de bataille était une sorte de chaîne de hauteurs dominantes , qui séparent les bassins de la Protwa et de la Moskowa. Elle s'étendent , des environs de Jellnia par Outîtsa et Alchinkowo, à seize ou dix-huit cents toises sud de la Kolocza. Formées de divers plateaux où naissent les vallons opposés, efles offrent un niveau assez égal sur leurs crêtes. Cn bois touffu et dénué de sentiers, occupant tout l'espace entre Outitsa, Doronîno et Jellnia, semblait limiter les mouvements des deux partis. Les hauteurs descendent vers la Kolocza par des plateaux en amphithéâtre qui dominent les collines de, la rive opposée.
La grande route de Moscou, suivie par les deux armées, étant fort large comme toutes celles de la Bussie , donnait passage à plusieurs cîolonnes de diverses troupes. Parallèle à la Kolocza, depuis Kolotskoï et surtout depuis Framkino, elle coupe ce ruisseau fort obliquement à Borodino, et s'en éloigne en se portant vers Mojaïsk. Du premier pont de Borodino à Gorki ,
nAMPAGNK cette route élevée sur une colline que resserrent la Kolocza et le ravin de Psaréwo, présente un défilé d'un millier de toises. La vieille route de Smolensk à Moscou, qui se réunit à la première avant d'entrer à Mojaïsk, passe sur la chaîne des hauteurs d'Oulitsa ; elle n'oppose d'autre obstacle que ce village et quelques bois. Sur le terrain où les armées combattirent, elle se trouve à deux mille toises de la grande route.
Parmi les affluents de la rive droite de la Kolocza , celui qui descend du plateau d'Outitsa est devenu à jamais célèbre par le sang généreux dont il fut inondé , et par les actions d'éclat dont îl a été le théâtre. Ce vallon séparait les deux armées, dans la soirée du 6.
Il tombe à peu près perpendiculairement du sud au nord sur la Kolocza , et se bifurque à trois cents toises du ruisseau. La branche orientale, sur les bords de laquelle se trouve Semenowskoï (que pendant la bataille on appelait le village brûlé) a seize cents toises de longueur, et remonte vers le sud-est; la branche occidentale présente seulement une longueur de douze cents toises. C'est derrière celle-ci queKulusoff appuya la gauche de ses dispositions dans la journée du 7.
Ce vallon est profond ; les pentes, escarpées et garnies de broussailles, sont diflSciles à franchir. Le fond a une cinquantaine de toises de largeur. La rive gauche est couverte de bois dans la partie inférieure. Ces bois, garnis do chasseurs russes, jouèrent un rôle assez important dans la bataille ; ils facilitèrent la défense , et empêchèrent de reconnaître les détails du terrain occupé par le centre de l'ennemi. La branche orientale du vallon ne put être aperçue que lorsqu'elle opposa de nouveaux obstacles à nos attaques,
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après le passage de la première. Sur la rive droite, à trois cents toises du vallon et à cinq cents de Semenowskoï , s'élève un mamelon assez prononcé qui domine tous les environs.
Au-dessous de l'issue de ce vallon dans la Kolocza, on rencontre sur la rive opposée l'embouchure de la Woina. Ce ruisseau semble prolonger celui qui descend d'Outitsa ; il séparait aussi les deux armées. La Woïna borde le village de Borodino , et oppose un premier obstacle à une attaque par la grande route. Le village , qui domine la rive droite, est très fort vei-s l'ouest ; mais il offre peu de moyens de résistance vers le nord.
Des plateaux occupés par nos troupes , nous apercevions les diverses hauteurs que couronnaient les ouvrages de Tcnnemi et quelques bivouacs do sa première ligne. Mais le fond du tableau était couvert par des bois qui, s'étendant d'un côté jusqu'à la Moskowa et de l'autre jusqu'à Mojaïsk , nous dérobaient les dispositions de l'aile droite , de la seconde ligne et des réserves. Ces dispositions ne furent connues de nous qu'après la victoire, et même bien plus tard.
Tel est le terrain qui borde la Kolocza. Avant d'indiquer la manière dont il fut occupé par les deux armées, il me parait nécessaire de rappeler un principe qui concerne les plus grands comme les plus petits corps, et que je regarde comme la base véritable des ordres de bataille. Une troupe, rangée suivant le terrain et la disposition convenable à chaque arme, doit établir au moment de combattre son front ou ligne de baiaille et sa directrice ou Li* gue de marche pour se porter en avant et en arrière (1). H faut que ces lignes
(1) T^a dirfC'T'Cf* p^îit ôln» transportée p.^n-
Si6
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se coupent le plus carrément possible, c'est-à-dire en se rapprochant de la perpendiculaire élevée sur le centre, parce que dans cette situation la directrice est mieux soutenue et mieux couverte par le front. Si ces lignes étaient séparées, Tennemi nécessairement fort rapproché pourrait se placer dans leur intervalle. Si elles se touchaient seulement par leur extrémité, le sommet de l'angle pourrait être forcé, et la séparation opérée. Dans ces deux cas , la communication est compromise. A mesure que ces lignes deviennent plus obliques, les extrémités du front peuvent être tournées ou coupées; les troupes, qui occupent ceUes-ci, peuvent se voir accablées ou du moins obligées de se retirer dans des directions excentriques. Ici, la directrice ou ligne de marche était pour les deux armées la grande route
dant la bauiUe même ou pendant une grande opération stratégique. La bataiUe de Marengo se réduisit à une évolution dans laqueUe le consul, pivotant sur sa droite et refusant successivement sa gauche, changea en même temps son front de bataille et sa directrice ou ligne de communication. Celle-ci fut portée de la route de Saint-Julien à Tortone, sur celle de Gastel-Novo à Yoghera.TJne seule combinaison remédia aax désavantages qui avaient signalé la majeure partie de la Journée. — A Austerlitz, Tannée française avait une ligne de communication préparée par Znaïm et Krems, pour le cas où les Austro-Russes seraient parvenus à occuper celle de Vienne. — Dans les batailles de la Laber, en avril 1800, Napoléon porta sa ligne d^Ingolstadt sur Augsbourg. — A Dresde, la ligne d'Brftirt étant au pouvoir des alliés, il nous restait celle de la rive droite de TElbe par Torgau, Wittemberg et Magdebourg. Avant la baudlle de Leipzig, la route d^Erfurt était encore coupée ; toutes les combinaisons furent dirigées d*abord sur une nouvelle base au milieu de la Prusse , et ensuite sur le rétablissement des communications avec Erfurt pendant les deux Journées des 16 et 18 octobre.
de Moscou; et leur front devcdt s'éta blir autant que possible sur des lignes perpendiculaires à cette route.
La disposition des Russes détermina celle de Napoléon. Je dois commencer par fixer la première qui a été intervertie par les historiens (1). J'opposerai à leurs assertions les bulletins de Kutusoff des 5 , 6 et 8 septembre ; ils annoncent que Tarmée française a fait le 5 tin mouvement sur l'aile gauche commandée par le prince Bagration, J'ai toujours pensé qu'avant le 5 , Kutusoff avait établi sa ligne de bataille sur les bords dç la Kolocza, la gauche appuyée au bois et au ruisseau de Doronino, la droite à laMoskowa. Comme Napoléon, le général ennemi a pu être trompé par les cartes sur la véritable direction de la Kolocza; mais étant maître du terrain , il devait le &ire examiner par son état -major avant de le retrancher.
Kutusoff avait fortifié les principaux points de ce front dans Tordre suivant : A la gauche, se trouvaient la redoute de Chewardino et les trois redans construits entre les deux branches du vallon de Semenowskoï. Le centre était occupé par les défenses élevées sur les ruines de ce village, par l'ouvrage bastionné qui couronnait la hauteur à l'est du vallon, par les redoutes de Gorki et les barricades de
(1) Boutourlin prétend que la redoute de Chewardino avait été élevée pour observer noê mouvementt et pour entraver la marche de nos colonnei... Ces motifs ne sont pas admissibles. On observe avec de la cavalerie et non avec des redoutes. L*ouvrage de Ghewardîno n*a pas entravé notre marche, puisqu'il est tombé à la première attaque de notre avant-garde. Il est probable que cette redoute , qui était flanquée par les villages de Chevrardino et de Doronlno, devait être liée avec les redans par un ouvrage intermédiaire.
Borodino ; les obstacles de la nature et de Fart rendaient le défilé de Gorki inattaquable de front. La droite était couverte par les retranchements angulaires qui s'étendaient sur la basse Kolocza jusqu'à la Moskowa, et que masquait entièrement l^paisseur des arbres. Le bois de Masslowo avait été entouré d'abatis et de lunettes formant un grand crochet.
Le système d'occupation adopté par le général russe était de garnir avec des bataillons de chasseurs les rives difficiles de la Kolocza ainsi que les villages qui bordent ce ruisseau , et de soutenir cette première ligne par les corps échelonnés, rangés sur deux lignes, dans une attitude entièrement défensive. La cavalerie était placée en arrière, comme pour arrêter les progrès de nos colonnes d'attaque.
On est autorisé à penser que les troupes russes furent d'abord rangées dans l'ordre habituel , par numéros de corps. La première armée, toujours sous les ordres de Barclay, était à la droite; la seconde, sous Bagration, à la gauche. L'aile droite, appuyée à la Moskowa vers Masslowo , était formée par l3 deuxième corps (Baggowouth), aupi'ès duquel devait se trouver le troisième (Touschkoff). Ensuite venaient le quatrième (Osterman), le sixième (DoctorofF), le septième (Raeffskoï). Borosdin , avec le huitième corps renforcé par la division de Neverofskoî , était à l'aile gauche qui doit avoir été appuyée primitivement à la redoute de Chewardino et au ravin de Doronino. Cette aile gauche, ayant été entamée dans le combat du 5, se reploya au-delà du ravin de Semenowskoï, et chercha un nouvel appui dans le bois dîfiicile qui se trouve vers Outitsa. Le troisième corps russe de Touschkoff fut porté sur la gauche. L'heure à laquelle son mou-
vement s'exécuta n'est pas bien déterminée; et je pense qu'il n'eut lieu que dans la matinée du 7.
Derrière le centre de l'armée russe, étaient la garde et la réserve qui formaient le cinquième corps. La cavalerie avait été répartie derrière la ligne, suivant les numéros des corps. Le premier touchait à la Moskowa ; le deuxième était à la droite de la grande route ; le troiâème en face de Borodino ; le quatrième entre Semenowskoï et la redoute bastionnée. Le centre de l'armée ennemie était déterminé par la grande route, entre Borodino et Gorki où avait été placé le quartier-général de Kutusoff. Ainsi , les principales forces de la cavalerie se trouvaient derrière la droite. A cette aile , on comptait plus de cinquante mille hommes; à la gauche, plus de quarante mille; derrière le centre et en réserve, dix-sept mille hommes de la garde et de grenadiers, avec dix mille hommes de milice. Sept mille Cosaques étaient répartis sur la ligne.... Le colonel Boutourlin porte la force de cette armée à cent trente-six mille hommes, avec six cents pièces de canon (1). Les corps , à l'exception du cinquième, étaient composés d'une même arme. Ceux d'infanterie avaient
(1) Boatourlin donne un détail des corps, qui ft*élève à 138,500 hommes, ei a?ecla cavalerie de Fabien , qui est oubliée , à 136.000 hommes. A Sainte-Hélène, Napoléon évaluait le nombre des soldats russes à 170,000 hommes (ifi^moirei^ tome II, page M). La différence avec la force donnée par Boutourlin peut venir des milices. Le colonel russe les compte seulement pour 10,000 hommes, tandis que les prodtmaiions du comte de Rostopcbiu aux habitants de Moscou portent les renforts , amenés de Kalouga par Miloradowitch , à 36,000 hommes dMn&nteric, 3,S00 de cavalerie avec Si canons ; et ceux de Markow à a4.000 hommes ; ce qui fait un total de 63,000 hommes, au lieu de 22,166 que donne Boutourlin.
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pourtant quelques escadrons de cavalerie ou de Cosaques. Ils se formèrent en colonnes de bataillons ; la cavalerie était en ligne déployée.
L'historien russe cherche à dissimuler les défauts de ces dispositions. Mais ils sont tellement frappants qu'on peut être surpris de ne pas les voir signalés par les écrivains militaires. D'aboid la ligne primitive de front était fort oblique avec la directrice ; car la Kolocza coule à peu près parallèlement à la grande route. L'aile gauche était très exposée à nos attaques, et prise à revers par le vieux chemin de Smolensk.
L'aile droite , presque entièrement adossée à la la Moskowa , couverte par un obstacle qui la rendait inattaquable, se trouvait si éloignée des bivouacs de Walouiewa, qu'elle n'avait rien à craindre. Tous ces motifs obligeaient Kutusoff à placer dans cette partie des troupes légères ou irrégulières, et non plus de la moitié de son armée. La fortune se chargea de redresser les dispositions des Russes ; dans la matinée du 7, leur aile gauche, étimt devenue à peu près perpendiculaire à la directrice , se trouva moins éloignée de la droite.
Si la supposition relative à la première formation de KutusofF sur la gauche , ne paraissait pas suffisamment démontrée, on devra reconnaître au moins l'exactitude des observations qui ont été faites au sujet de son aile droite. Le général russe, voulant livrer une bataille défensive, devait ranger ses troupes sur plusieurs lignes entre les deux routes par lesquelles pouvait marcher l'armée française, afin de porter ses forces sur la partie du front qui serait attaquée. Mais il les étendit sur une seule ligne longue de trois mille cinq cents toises ; et se trouva dès In matin sans autre réserve que la garde
qui fut engagée peu après le comme»
cément de l'action.
Les ouvrages russes avaient été fort mal disposés. Leur seul mérite consis^ tait dans l'aveugle courage de ceux qui devaient les défendre. Les redans groupés sur la gauche étaient séparés de Semenowskoï et de la redoute bastion* née , par la branche orientale du vallon. Cl ttc redoute , éloignée de sept oents toises, laissait un très grand intervalle dégarni. Les officiers russes avaient né* gligé d'occuper 1 embranchement du vallon, nœud de la défense des parties supérieure et inférieure, qui eût été fortement soutenu par le village et par louvrage bastionné. Nous ne pûmes pas profiter de cette négligence , parce que les bois nous cachaient la disposition du terrain. Sans cela, c'eût été de notre part une faute gi ave de ne pas lier par une masse d'infanterie les attaques du centre et de la gauolie. Les Russes avaient laissé aussi un trop grand espace dégarni entre la redoute bastionnéc et celle de Gorki. Quoique cette partie fût traversée par le ravin de Psai*e\vo , le défaut d'un ouvrage se fit sentir dans l'après-midi du 7.
Dans la soirée du 6 , l'Empereur donna des ordres pour la disposition des troupes et pour l'attaque du leude* main. Les aides-miijors-généraux de l'infanterie et de la cavalerie, les chefs du génie et de raililleric allèrent sur le terrain diriger les détails qui concernaient chaque arme. Pendant la nuit.
Napoléon revint à la gauche pour tâcher de découvrir les dispositions de l'ennemi dans cette partie; il suivit la ligne dt's avant-postes jusqu'à l'extrême gauche du (juatrième corps.
Il parait que l'Empereur crut les Russes établis entre les deux routes de Mojaïsk, et qu'il n'eut pas connaissance du prolongement de leur aile
CÂMPÀ6MB DE 1811.
Mt
droite (1). Napoléon fut trompé par cette faute grave qu'il lui était impossible d'apercevoir et surtout do deviner.
Cette opinion eut une grande influence sur ses premières dispositions et sur sa conduite pendant la journée. Il croyait livrer une bataille , presque de front, à ces troupes qui avaient opposé à Preu6s-£ylau une résistance invincible, et qui venaient de se montrer à Yalontina , dignes de leur ancienne réputation. Supérieures en nombre à l'armée firançaise, elles pouvaient à chaque instant reprendre Toffensive , tomber sur une partie de notre front , lancer une excellente cavalerie contre nos bataillons ébranlés, ou des nuées de Cosaques sur notre ligne de cc»nmuni« cation. Des précautions multipliée»
étaient nécessaires. II fallait avoir des lignes plus fortes et plus nombreuses, des réserves plus considérables et plus rapprochées. Les commandants des corps d'armée reçurent des instructions poKT agir acec ordre et méthode, pour tenir une grande tfuanlité de réseroa.., . Il fut prescrit à cbaque division d'en* gager successivement les brigades dont elle était oompoaée. Les divisions Priant et Chparède furent destinées à réparer lea erreurs commises pendant Tacticm, et à pourvoir aux événements impré^ vus. La garde était la véritable réserve de Tai^mée.
L'armée française comptait environ dix mille hommes de moins que 1 armée opposée, quatre-vingt-quatre mille
(1) Le BalleliD dit « qiie Tenneml avait une x> positioQ très ref serrée, belle et forte ; que »a » droite passa'u en ariifM'i? liu village do Boro- » dii»o , et était appuyée à deux hcAxix mume- » ions couronui^s c'e redoutes et de hallcries ..» D;ms ce Bulletin , la gauche de rarmée russe est iiidiqi:ce comme s'appuyant aux redaiis de Semeoowskoï , le centre à ce village, la droite à la redoule ba^lionnée et à ce) le de Gorki.
fantassins 9 vingt-sept oiiUe l^avaUen, quinze mille hommes de l'artillerie et génie , cinq cent soixante-trois pièces de canon (1). Bivouaquant dans la soirée sur les hauteurs qui bordent les vallons de Semeno^skoï et de la Woïna , elle occupait une étendue de quinze à seize cents toises. La Kolocza partageait cette ligne. Sur la rivé gauche, on voyait le quatrième corps, les divisions Morand et Gérard dU premier corps , la garde impériale , la cavalerie d'Ornano, le parc général.
Les ouvrages élevés vis-à*vis du confluent de la Woïna, durent tromper rennemi sur les véritaUeé projets de Napoléon. Vers Chewardino, étaient les trois autres divisions du premier oorpst ayant en arrière celles du troisième.
Les cinquième et huitième corps, ainsi que la cavalerie de réserve, se trOu* vaient derri^e les hauteui^, et cachés aux yeux de Kulusoff. Nos forces se présentaient devant ce général, en deux colonnes dirigées vers le centre de sa ligne. Une pareille ^iporition indiquait asses que Napoléon porterait larméé française sur Tune ou suv Tautre rive de la Kolocza ; car sans nné absolue nécessité , il ne pouvait co»^ mettre la faute de combattre aveouâ tel obstacle au milieu de son front de bataille.
Pondant la nuit, Tarmée française fut ainsi rangée. Les divisions formées par brigades s'échelonnèrent de la droite à la gauche; elles présentaient trois lignes qui se touchaient, d'après le peu d'étendue du front. Lés Polonais restèrent au sud de Doronino. A la droite, la division Compansvint se pla* cer dans le bois au sud de la redoute de
(!) Voyez le ta])leau de l'armée. On peut porter la Torce de l'armée, le jour de la bataille, à environ cent vingl-5îx mille hommes.
L'EMPIRE
Chewardino; Dessaix, un peu en arrière, entre le bois et la redoute ; Priant, plus en arrière à gauche. Le troisième corps se porta au centre, ayant en deuxième ligne les divisions westphaliennes du huitième. A ]a gauche et au-delà de la Kolocza, était Morand, ayant en seconde ligne Gérard. Broussier se trouvait à la hauteur de celuici; Delzons, à Textréme gauche de l'infanterie. En arrière du centre , se rangèrent également par lignes de brigades, la vieille et jeune garde près de la division Priant, au nord de la redoute prise le 5 ; la division Claparède, ou légion de la Yistule, à gauche de la garde. Le premier corps de cavalerie (Nansouty) était en colonne par brigades derrière la droite; le deuxième (Montbrun) , au centre; le troisième (Grouchy) , à la gauche ; le quatrième (Latour-Maubourg) , en réserve et en dernière ligne. Omano, avec quelques régiments de cavalerie légère, éclairait l'extrémité de la gauche. Des batteries furent construites pendant la nuit, devant la droite, le centre et la gauche de l'armée. Les deux premières devaient réunir leurs feux contre les redans placés au sud de Semenov^skoï et contre ce village.
La dernière était dirigée contre la redoute bastionnée. Des batteries mobiles , préparées et conduites par les commandants de Fartillerie des premier et troisième corps, devaient seconder Teffet des batteries stables.
Sorbier les appuyait avec tous les obusiers de la garde.
Les dispositions de l'Empereur sont claires et précises. Il veut déborder l'aile gauche de l'ennemi par la vieille route de Smolensk, et porter ses attaques réelles sur cette aile et sur le centre, depuis les redans jusqu'à la redoute bastionnée. L'attaque se fera
par échelons; la gauche sera refusée.
A la pointe du jour, Poniatowski se portera au village d'Outitsa, et tournera la position des Russes; Davout commencera l'attaque, à la droite. C'est la seule partie de la ligne dont Napoléon fasse mention dans les dispositions écrites; les ordres doivent être donnés aux autres corps , suivant les mouvements de l'ennemi. Ney avec les troisième et huitième corps d'infanterie, soutenus par le deuxième de cavalerie, tient le centre de la bataille ; il appuie sa droite au premier, sa gauche au quatrième (1). Le Vice-Roi, chargé de l'attaque de la gauche, a sous ses ordres, indépendamment du quatrième corps, les divisions Morand et Gérard avec le troisième de cavalerie. Le prince fera préparer des ponts pour jeter au-delà de la Kolocza, les divisions Morand et Gérard; celles-ci attaqueront la redoute baâtionnée et prolongeront la ligne de l'armée, au moment où Delzons s'emparera de Borodino. Ce village ne doit pas être dépassé, et formera le pivot de la ligne de bataille.
On observera que le front de Tarmée française était à peu près perpendiculaire à la direction générale de la route de Mojaïsk; celle-ci se trouvait couverte par une des divisions les plus fortes (Delzons] , et soutenue par des ouvrages ainsi que par Taile gauche entière. Napoléon avait renforcé à peu près également toutes les parties de soa ordre de bataille. Mais il devait assurer la gauche de son front où se trouvait la ligne de communication qui formait un grand coude vers le nord ; il devait surveiller tous les mouvements qu'un ennemi formidable pou- Ci) Rapport du duc d'Elchîngcn du 0 seplerabi-e 1812.
CAMPAGNE DE iSlS.
vait faire sur ce point important. La grande route de Moscou était nécessairement le pivot de Farmée. l'Empereur ne pouvait étendre davantage sa droite, sans la séparer entièrement de la route. Cette seule observation répond aux critiques qu'on a faites sur les dispositions de l'armée française, et aux conseils qu'on prétend avoir été donnés à Napoléon, pour se placer perpendiculairement à l'aile gauche de Kutusoff.
L'Empereur passa la nuit dans son premier bivouac de Walouiewa. Ses tentes étaient entourées par les feux resplendissants d'une partie de l'armée qui durent fixer l'attention des Russes. Il en partit à deux heures du matin, pour se rendre par un temps fort obscur et des chemins très difficiles, à la redoute enlevée le 5. Il attendit le jour au milieu de ses généraux, en leur donnant ses dernières instructions. Au lever d'un soleil brillant qui fut salué des souvenirs d'Austerlitz, toutes les troupes avaient pris leur place de bataille. Vers six heures, le feu commença à la droite par les batteries de position. Celle du centre ne tarda pas à leur répondre. Bientôt on entendit vers la gauche rartillerie du quatrième corps. La fusillade s'établît sur toute la ligne.
L'aile droite de l'armée française, formée par les divisions Compans et Dessaix , devait attaquer les redans qui formaient la gauche de l'ennemi , au sud de Semenowskoï. Pour atteindre ces ouvrages, elle avait à traverser cinq cents toises d'un terrain fort difficile. Elle marchait sur la lisière du bois, précédée de son artillerie. A moitié distance, elle trouve le ravin garni de chasseurs russes appuyés par la première ligne de Borosdin. Compans attaque sous le feu violent de
l'artillerie des ouvrages ennemis; Dessaix le suit de près. Ces braves divisions franchissent le ravin, et culbutent la ligne ennemie. Elles la poursuivent la baïonnette dans les reins, et chargent la seconde ligne. Celle-ci ne peut résister à leur impétuosité. Les redans sont enlevés par les premières troupes qui s'en voient chassées à leur tour. Ayant été soutenues, elles reprennent les ouvrages. Nos divisions essuient dès le commencement de la journée des pertes terribles. En un quart d'heure, Davout, Compans, Dessaix, Dupellin, Rapp, qui est venu remplacer Compans, sont frappés. Les blessures des chefs ne refroidissent pas l'ardeur du soldat; mais elles dérangent la direction des mouvements.
Le corps polonais, qui devait seconder l'aile droite, n'avait qu'une demilieue à parcourir pour atteindre les environs d'Outitsa. Il marcha fort lentement, fit de fréquentes haltes et ne parut que tard en présence de l'ennemi. Au lieu d'attaquer vivement, il engagea la canonnade; il donna à Touschkoff, qui avait laissé en arrière la division Konownitzyn , le temps de jeter la division Strogonoff dans le village. Ces retards exercèrent une funeste influence sur les affaires de la droite. Outitsa, située à environ cinq cents toises de Compans , fut enlevée plus tard sans beaucoup de résistance de la part des Russes.
Le maréchal Ney, destiné à former le centre de la ligne, entre le premier et le quatrième corps, reçut vers sept heures l'ordre d'attaquer. La direction indiquée le portait au nord de Semenowskoï, s\ir l'embranchement du vallon et sur le bois qui bordait la partie inférieure de celui-ci. Mais, à peine la tête du troisième corps est-elle descendue dans le vallon, que le bouillant
SftO
L*EHPIRE.
Chewardino; Dessaix, un peu en arrière, entre le bois et la redoute ; Priant, plus en arrière à gauche. Le troisième corps se porta au centre, ayant en deuxième ligne les divisions westphaliennes du huitième. A la gauche et au-delà de la Kolocza, était Morand, ayant en seconde ligne Gérard. Broussier se trouvait à la hauteur de celuici; Delzons, à Textrôme gauche de l'infanterie. En arrière du centre, se rangèrent également par lignes de brigades, la vieille et jeune garde près de la division Priant, au nord de la redoute prise le 5 ; la division Claparède, ou légion de la Yistule, à gauche de la garde. Le premier corps de cavalerie (Nansouty) était en colonne par brigades derrière la droite; le deuxième (Montbrun), au centre; le troisième (Grouchy), à la gauche; le quatrième (Latour-Maubourg) , en réserve et on dernière ligne. Omano, avec quelques régiments de cavalerie légère, éclairait l'extrémité de la gauche. Des batteries furent construites pendant la nuit, devant la droite, le centre et la gauche de Tarmée. Les deux premières devaient réunir leurs feux contre les redans placés au sud de Semenowskoï et contre ce village.
La dernière était dirigée contre la redoute bastionnée. Des batteries mobiles , préparées et conduites par les commandants de l'artillerie des premier et troisième corps, devaient seconder l'effet des batteries stables.
Sorbier les appuyait avec tous les obusiers de la garde.
Les dispositions de l'Empereur sont claires et précises. Il veut déborder l'aile gauche de l'ennemi par la vieille route de Smolensk, et porter ses attaques réelles sur cette aile et sur le centre, depuis les redans jusqu'à la redoute bastionnée. L'attaque se fera
par échelons; la gauche sera refusée.
A la pointe du jour, Poniatowski se portera au village d'Outitsa, et tournera la position des Russes; Davout commencera l'attaque, à la droite. C'est la seule partie de la ligne dont Napoléon fasse mention dans les dispositions écrites; les ordres doivent être donnés aux autres corps, suivant les mouvements de l'ennemi. Ney avec les troisième et huitième corps d'infanterie, soutenus par le deuxième de cavalerie, tient le centre de la bataille ; il appuie sa droite au premier, sa gauche au quatrième (1). Le Vice-Roi, chargé de l'attaque de la gauche, a sous ses ordres, indépendamment du quatrième corps, les divisions Morand et Gérard avec le troisième de cavalerie. Le prince fera préparer des ponts pour jeter au-delà de la Kolocza, les divisions Morand et Gérard; celles-ci attaqueront la redoute baâtionnée et prolongeront la ligne de l'armée, au moment où Delzons s'emparera de Borodino. Ce village ne doit pas être dépassé, et formera le pivot de la ligne de bataille.
On observera que le front de Tarmée française était à peu près perpendiculaire à la direction générale de la route de Mojaïsk; celle-ci se trouvait couverte par une des divisions les plus fortes (Delzons] , et soutenue par des ouvrages ainsi que par l'aile gauche entière. Napoléon avait renforcé à peu près également toutes les parties de soa ordre de bataille. Mais il devait assurer la gauche de son front où se trouvait la ligne de communication qui formait un grand coude vers le nord ; il devait surveiller tous les mouvements qu'un ennemi formidable pou-
(f)RDpporldu duc d'Elchingtn du 9 septembre 1812.
vait faire sur ce point important. La grande route de Moscou était nécessairement le pivot de Farmée. l'Empereur ne pouvait étendre davantage sa droite, sans la séparer entièrement de la route. Cette seule observation répond aux critiques qu'on a faites sur les dispositions de l'armée française, et aux conseils qu'on prétend avoir été donnés à Napoléon, pour se placer perpendiculairement à l'aile gauche de Kutusoff.
L'Empereur passa la nuit dans son premier bivouac de Walouiewa. Ses tentes étaient entourées par les feux resplendissants d'une partie de l'armée qui durent fixer l'attention des Russes. Il en partit à deux heures du matin, pour se rendre par un temps fort obscur et des chemins très difficiles, à la redoute enlevée le 5. Il attendit le jour au milieu de ses généraux, en leur donnant ses dernières instructions. Au lever d'un soleil brillant qui fut salué des souvenirs d'Austerlitz , toutes les troupes avaient pris leur place de bataille. Vers six heures, le feu commença à la droite par les batteries de position. Celle du centre ne tarda pas à leur répondre. Bientôt on entendit vers la gauche l'artillerie du quatrième corps. La fusillade s'établit sur toute la ligne.
L'aile droite de l'armée française, formée par les divisions Compans et Dessaix , devait attaquer les redans qui formaient la gauche de l'ennemi , au sud de Semenowskoï. Pour atteindre ces ouvrages, elle avait à traverser cinq cents toises d'un terrain fort difficile. Elle marchait sur la lisière du bois, précédée de son artillerie. A moitié distance, elle trouve le ravin garni de chasseurs russes appuyés par la première ligne de Borosdin. Compans attaque sous le feu violent de
l'artillerie des ouvrages ennemis; Dessaix le suit de près. Ces braves divisions franchissent le ravin, et culbutent la ligne ennemie. Elles la poursuivent la baïonnette dans les reins, et chargent la seconde ligne. Celle-ci ne peut résister à leur impétuosité. Les redans sont enlevés par les premières troupes qui s'en voient chassées à leur tour. Ayant été soutenues, elles reprennent les ouvrages. Nos divisions essuient dès le commencement de la journée des pertes terribles. En un quart d'heure, Davout, Compans, Dessaix, Dupellin, Rapp, qui est venu remplacer Compans, sont frappés. Les blessures des chefs ne refroidissent pas l'ardeur du soldat; mais elles dérangent la direction des mouvements.
Le corps polonais, qui devait seconder l'aile droite, n'avait qu'une demilieue à parcourir pour atteindre les environs d'Outitsa. Il marcha fort lentement, fit de fréquentes haltes et ne parut que tard en présence de l'ennemi. Au lieu d'attaquer vivement, il engagea la canonnade; il donna à Touschkoff, qui avait laissé en arrière la division Konownitzyn , le temps de jeter la division Strogonoff dans le village. Ces retards exercèrent une funeste influence sur les affaires de la droite. Outitsa, située à environ cinq cents toises de Compans , fut enlevée plus tard sans beaucoup de résistance de la part des Russes.
Le maréchal Ney, destiné à former le centre de la ligne, entre le premier et le quatrième corps, reçut vers sept heures l'ordre d'attaquer. La direction indiquée le portait au nord de Semenowskoï, sm» l'embranchement du vallon et sur le bois qui bordait la partie inférieure de celui-ci. Mais, à peine la tête du troisième corps est-elle descendue dans le vallon, que le bouillant
L'EUPIBI.
guerrier se jette vers la droite où l'appelle un feu très violent, où il aperçoit quelque hésitation dans les troupes du premier corps. Il court aux redans de Semenowskoï avec la division Ledru. Il atteint et prend celui qui est le plus rapproché du village. Les AVestphaliens se tiennent à sa hauteur, et rivalisent avec les Français. Tarreau, Damas , sont tués au premier rang.
Le Vice-Roi ayant aperçu l'attaque du centre met ses troupes en mouvement. Les divisions Morand et Broussier passent la Kolocza. Delzons traverse la Woïna ; le 106' enlève Borodino; Plauzonne tombe mort au milieu des tirailleurs. Ce régiment, emporté par son ardeur , dépasse les ordres qu'il a reçus, sort du village et franchit la Kolocza ; il s'avance sur la route de Moscou, où des forces considérables 1 accablent. Sa témérité est punie par des pertes graves ; mais elle prolonge les incertitudes de Kulusoif. Le général russe croit voir dans cette démonstration une attaque sur son centre. Le 106'' est ramené dans Borodino, où la division Delzons se maintient pendant toute la journée, malgré les efforts et le feu 'de l'en-» nemi.
Les premières clartés du jour avaient dévoilé à Kutusoff une pai^ tie des dispositions de son adversaire et les inconvénients de sa situation. Au travers des éclaircies d'un léger brouillard, il avait pu voir l'armée française groupée en face de son aile gauche. Les plateaux de Walouiewa étaient dégarnis des épais Lataillons qui les couvraient ; les environs de Chewardino se montraient hérissés de baïonnettes et chargés de canons. Le bruit du feu s'éehelonnant vers la Kolocza, aurait dû dissiper les incertitudes du général russe. Elles se prolon-
gèrent pouitaûty car il ne fit nmrcli^ que successivement les corps de la droite , qui devaient être portés par un seul et rapide mouvement sur Taile opposée.
Kutusoff envoya à l'extrémité de sa gauche , vers la vieille route de Smolensk , Touschkoff avec le troisième corps et une partie des milices.
Non seulement ces troupes y arrivèrent un peu tard; mais la division Konownitzyn , qui se trouvait libre par les retards de l'attaque des Polonais, fut arrêtée dans les environs de Semenowskoï. Vers sept heures , le général en chef russe se vit réduit à foire marcher, au secours de sa gauche, les cuirassiers, la moitié de la garde, les grenadiers réunis et Tartillerie du cinquième corps ; ainsi, dès les premiers moments de l'action, la majeure partie de ses réserves était déjà engagée. Un peu plus tard, il fit expédier à Baggowoutb, qui occupait l'extrémité de l'aile droite, près de Masslowo , Tordre de se porter vers la gauche.
Le vieux général russe, sa tenant constanmient près de Gorki, ne pouvait apercevoir que fort obliquement ce qui se passait à son aile gauche. U y resta toute la journée ; et personne ne lui en a foit un reproche. Le dévouement des généraux et la bravoure inébranlable des soldats sauvèrent la Russie. D'autres troupes auraient été battues et peut-être anéanties avant midi.
Cette armée mérita les plus grands éloges. Pourquoi ne pas avouer des fautes si glorieusement réparées ?
Les corps de Bagration se trouvaient devant Davout et Ney. Le prince russe opiK)sa d'abord la plus vive résistance, et repoussa plusieurs fois les attaques do nos colonnes. Se portant sur les points les plus menacés, il excitait par
CAHPAGNB 9on exemple les grenadiers de Woronloff , la division Neverosfkoï, les troupes de Konownitzyn. U les appuya avec les régiments de la garde [Isinaïlowskoï et Lithuanie) , avec les grenadiers et les cuirassiers. Ceux-ci firent sur le flanc gaucbe de nos colonnes des charges très vives qui arrêtèrent momentanément nos succès, mais qui fu« rent repoussées par iK)tre cavalerie.
Des redans disputés à Fennemi, on iq)ercevait les deux armées rangées sur les contreforts qui s'inclinent vers la Kolocza. Celle des Français était formée sur une pente douce qui permettait de découvrir chaque corps, et en quelque sorte chaque homme. Jamais on ne vit rien d'aussi brillant que la garde impériale, que cette multitude d'escadrons ou étincelaient , au milieu de couleurs éclatantes, les sabres et les lances, les casques et les cuirasses.
L'aile gauche de l'armée russe garnissait les pentes qui descendaient dans le vallon de Semenowskoï. Le centre et l'aile droite se montraient par moins grandes masses; leurs lignes se per* daient deiTière les ouvrages et dans l'épaisseur des bois d'où sortaient les colonnes qui venaient renforcer Ba-> gration.
Vers huit heures, les redans de la gauche russe avec leur artillerie , sont déflnitîvement au iK)Uvoir des premier et troisième corps. Bagration se voit obligé d'abandonner les ouvrages et de se retirer au-delà du ravin qu'ils couvraient. II le repasse plusieurs fois.
Ses attaques furieuses, renouvelées incessamment par des troupes fraîches, sont toujours repoussées. Pendant longtemps , le fort de la bataille reste fixé au nord de Semenowskoï, sur les bords du dernier ravin que nos soldats veulent franchir et qui présente aux lignes russes une excellente déf^MibC.
DE 181S. 2i«8
Joachim porte le premier corps de ci^ valerie derrière les redans enlevés, &t le quatrième sur la gauche du mare»
chai Ney. Cette cavalerie protège par sa présence et par quelques charges les flancs de notre infanterie.
A l'aile gauche, l'action n'est pas moins vive ; Broussier et Moinmd ont culbuté les postes de chasseurs russes qui défendent les bords de la Kolocza.
Le premier, écrasé par le feu croisé de la redoute bastionnée et de celle de Gorki , est arrêté par la marche rétrogr-ade de la brigade Plauzonne; il prend sur les bords d'un ravin, au-delà de la Kolocza, une position avantageuse qui protège les mouvements de la gauche, et dans laquelle il brave les attaques de l'ennemi. Morand gravit le plateau, marche sur le grand ouvrage bastionné, et renverse tout ce qui se présente devant lui. La division Paskevitch tente vainement de résister ; elle est mise en pièces; ses débris duper tés ne présen* tentplus que des colonnes informes (1).
Morand atteint le pied de la redoute.
Le général Bonamy, avec le 30° régiment, escalade le rempart et se précipite dans rintérieur. Si Morand est soutenu, s'il peut se n[iaintenir, la bataille est complètement perdue pour les Russes. Leur centre est percé ; les forces de Bagration et de Barclay sont séparées ; elles ne pourront peut-être plus se rejoindre.
Mais notre brave division se trouve isolée au milieu de l'armée moscovite, au-delà du vallon que n'a pas encore dépassé l'aile droite. Elle a déjà essuyé des pertes graves ; elle est écrasée par le feu de toute la ligne ennemie. Kutusoff fait voler au secours de Paskevitch le reste de la réserve, la gauche de Doctoroff et la division Kolubakin.
;i) Doutourlin, tomel^^S page 338.
Stt4
L'EMPIRE
Les généraux russes, vivement firappés des dangers qui menacent Farm^ et Tempire, Raeffskoï, Koutaisoff, Yermolof se mettent à la tête des troupes. Le second est tué; le troisième, blessé.
Morand résiste pendant longtemps ; il repousse les charges de la cavalerie de Pahlen. Il se voit enfin obligé d'abandonner l'ouvrage bastionné, et se reploie avec le plus grand ordre. S'établissant derrière un petit ravin, il conserve une partie du plateau et se prépare à de nouvelles attaques. Bonamy, criblé de blessures, reste dans la redoute.
Il était neuf heures. La ligne ennemie se trouvait entamée sur les points principaux. Les redans de Semenowskoï , la partie supérieure ainsi que l'embouchure du vallon étaient en notre pouvoir. La Woïna était traversée ; le poste de Borodino, enlevé. La gauche, le centre, la réserve même des Russes avaient considérablement souffert. Le sort de la bataille aurait dû être décidé dans ce moment. Mais Poniatowski était encore fort éloigné de notre droite. Davout et Ney avaient réuni leurs têtes de colonne contre les redans de la gauche qui se touchaient.
Les divisions Compans et Ledru, qui devaient partager l'intervalle de six cents toises , des redans à la redoute bastionnée, étaient entrées pêle-mêle dans le même ouvrage. Il en résultait, entre Ledru et Morand, un vide immense, occupé par le bois encore rempli de chasseurs russes. Enfin, le Vice- Roi n'avait ni retenu les troupes de Delzons, ni appuyé celles de Morand.
Ces fautes retardaient et compromettaient la victoire.
Napoléon se tenait sur un petit tertre, en avant de la redoute enlevée le 5. Il dominait toutes les parties du champ de bataille qui n'avait pas plus d'une demi-lieue de développement. D'aucun
autre point, il n'aurait pu découvrir l'ensemble et les détails de l'action. A cinq cents toises de la ligne ennemie, souvent dépassée par les boulets (1], il dirigeait tous les mouvements de ce grand drame. Cependant il n'avait pu suivre ou rectifier les directions de toutes les colonnes ni même réparer certaines fautes. La tête des divisions disparaissant dans les vallons, se remontrait ensuite loin des points où elles devaient se porter. Les ordres avaient été dépassés ou affaiblis. Lors même que Napoléon aurait suivi d'un peu plus près les mouvements de l'attaque, il n'aurait pu faire davantage. La guerre est une affaire de tact; et dans les grands engagements surtout , il y a des inconvénients qu'il faut savoir subir.
Chaque corps d'armée, formé sur plusieurs lignes, avait ses réserves.
L'Empereur gardait près de lui les divisions Priant et Claparède; il voulait se ménager des réserves pour l'armée entière, et économiser les forces suivant la marche de la bataille. Obligé d'envoyer la division Priant pour fermer une partie du vide qui se trouvait au centre , il la dirigea sur les bords du premier vallon en face de Semenowskoï, et la fit soutenir par le quatrième corps de cavalerie. Un peu plus tard, Claparède remplit le même objet , en allant occuper le bois qui bordait la partie inférieure du vallon , sur la droite du Vice-Roi. Aussitôt que les chasseurs russes furent expulsés du bois, le deuxième corps de cavalerie reçut l'ordre de venir s'y appuyer et de se rapprocher du vallon , afin de remplir l'intervalle du centre à la gauche; il
(1) Pendant la canonnade, le comte de Lobaa appela le maréchal Ney qui était avec le troisième corps , et qui vint prendre les ordres de TEnipereur.
engagea la canonnade avec Tennemi.
Ces dispositions de cavalerie vers le centre, contraires aux principes et à Tusage 9 étaient justifiées par la nécessité.
Jusqu'à ce moment, les Russes avaient combattu à Tabri de leurs épaulements et des obstacles du terrain.
Mais lorsqu'ils assaillirent nos troupes couvertes par les mêmes obstacles, ils éprouvèrent des pertes immenses. Le caractère de la bataille avait été offensif de notre côté ; nous n'avions cessé d'attaquer afin d'enlever les ouvrages des Russes; maintenant, ceux-ci attaquaient pour les reprendre. La ligne de Bagration , légèrement recourbée derrière le ravin qui est au sud de Semenowskoï, entourait les mamelons sur lesquels étaient groupés les troupes de Davout et de Ney. Elle suivait les bords du vallon; et de l'embranchement, elle gagnait la redoute bastionné. Bagration avait disposé de formidables batteries.
Vainement il activait le feu de son ar^ tillerie, afin de protéger le passage du vallon. La mitraille couvrait le terrain occupé par nos soldats ; mais ils n'en furent nullement ébranlés, et continuèrent à repousser les colonnes russes qui s'obstinaient à reprendre les positions perdues.
Les troupes des premier et troisième corps, n'étant pas encore appuyées sur la droite par les Polonais , avaient dû se jeter de ce cdté pour contenir la gauche des Russes. L'Empereur fait donner au général Priant l'ordre d'enlever le village de Semenowskoï qui est le centre et l'appui des dispositions de Bagration. Cette division est remplacée sur les bords du vallon par le général Roguet de la garde. Priant franchit le premier la branche orientale du vallon; il attaque avec le i&^ léger et le hS^ l'épaulement qui couvre les ruines du village ; celui-ci est emporté à la baïonnette. Priant doit
prolonger d'abord sa ligne vers les redans. Bientôt attaqué dans le poste qu'il vient d'enlever, ce général y réunit sa division, et fait avancer l'artillerie des corps de cavalerie. Il est blessé à répaule , et reçoit une secondé blessure vers la fin du combat.
Les Polonais , forts d'une dizaine de mille hommes , devaient se trouver supérieurs aux forces russes qui leur étaient opposées. Ayant occupé Outitsa, ils se bornèrent à canonner le mamelon qui domine la plaine, à l'est du village. Les opérations des Polonais n'offrirent point les résultats qu'on pouvait espérer de leur valeur et des sentiments qui les animaient contre les Russes.
Napoléon avait longtemps attendu que ce corps d'armée vint seconder les progrès du centre ; il dirigea de ce côté les Westphaliens qui étaient assez faibles, et qui avaient déjà essuyé de grandes pertes. Ils s'y portèrent vivement, et ne tardèrent pas à se trouver en présence de la division Olsoufieff arrivant des bords de la Hoskowa. Les Polonais et les Westphaliens attaquèrent de concert les Russes; ceux-ci, ayant résisté pendant assez de temps, cédèrent enfin du terrain. Touschkoff, grièvement blessé à la tête de ses troupes, fut remplacé par Baggowouth.
Aussitôt que Semenowskoï avait été enlevé , Bagration l'avait attaqué avec les grenadiers du prince de Mecklembourg et de Woronsow, soutenus par le reste de son armée. Le Prince fut bientôt blessé. Un vif combat s'engagea devant le village et sur les bords du vallon. Davout et Ney luttaient contre les grenadiers, contre les corps de Eonownitzyn, de Kolubakin, qu'appuyaient la garde à pied et à cheval, la cavalerie de Siewers et celle de Douka. Cependant l'ennemi ne cesse de rece- I voir des renforts ; il ne peut parve-
L'EMPIRE
nir k reprendre le village et voit ses assauts repoussés (1). A la droite, Saint- Gemiain et Bruyères, chargeant la cavalerie et Finfanterie de Tennemi , balayent et coupent le terrain qui les sépare de SemenowSkoï. A la gauche, Latour-Maubourg s'élance sur les batteries russes et les force à la retraite. La cavalerie des deux armées, combattant par grandes masses, prend, dès le commencement de la bataille , une part fort active à tous les engagements.
La lutte est aussi animée sur le reste de la ligne. Les Russes tentent vainement d'enlever les positions occupées par le prince Eugène. Depuis les hauteurs dOutitsa jusqu'à celles de Gorki, Tartillerie des deux armées est entassée sur un terrain fort rétréci. Son fracas épouvantable semble ébranler la terre.
Les combattants, officiers et soldats, déploient un courage et un dévouement admirables. Ils se montrent dignes les uns des autres ; ils méritent les éloges de leurs adversaires. Les écrivains russes en ont parlé avec enthousiasme.
Dans cette terrible mêlée, Bagration est blessé, ainsi que Saint-Pricst, son chef d'état-major; l'un des généraux Touschkoff est tué.
Kutusoff s'apercevait enfin qu'il n'avait rien à craindre pour la droite de sa ligne;, il apprenait qu'il fallait au plus vite remplacer le corps de Raefskoï , qui , suivant Boutourlin , se troutait pour ainsi dire anéanti. Il dirigea sur ce point les troupes d'Ostermaii et celles de Korf. Il essaya en même temps d'arrêter, par une diversion, les progrès des premier et troisième corps. Le général russe dirigea sur notre gauclie Ui
(i) Bappatt de la deuxième âitigion du ffnmitr corp$ et du 33' régiment <l^infant€rU, D'après ces pièces , les Russes n'out pas repris le village après l'avoir perrlu.
ca\'alerie d'Ouvarow et de IHatow, forte de trente-huit escadrons, et dans laquelle on comptait trois régiments de la garde. Mais la droite de la ligne russe était fort oblique avec le front de la bataille , et très éloignée de la Woïna ainsi que de la route de Walouiewa.
Cette démonstration, qui n'était pas soutenue par l'infanterie, se trouvait beaucoup trop faible pour produire quelque effet. La cavalerie franchit la Kolocza au-dessous de Borodino, cl força les troupes légères d'Ornano à repasser la Woïna. Elle chargea vainement quelques bataillons de Delzons, qui occupaient le plateau au nord de Borodino et qui se formèrent en carrés.
Le Vice-Roi , suivi par la garde italienne, accourut pour défendre la gauche, et se plaça d'abord dans un carré du Si^. Ouvarow et Platow ne poussèrent pas plus loin leur tentative. S'ils eussc^nt gagné les environs de Walouîewa, ils auraient jeté du désordre sur les derrières et sur la ligne de l'armée , ainsi que dans les parcs qui couvraient la route ; mais aucun inconvénient grave n'en serait résulté.
Comme rien ne s'opposait à leur mouvement , comme ils avaient pour se retirer près d'une lieue du terrain libre entre Borodino et la Moskowa , on est en droit de supposer que Kutusofï renonça à sa diversion et qu il leur envoya Tordre de se reployer.
Il était onze heures. Napoléon avait calculé la marche de la bataille d'après les données qui étaient venues à sa connaissance, d'après le terrain, la force des Russes et le nombre de leurs troupes qui avaient successivement combattu. Il savait que, dès le matin, la garde , les grenadiers , les cuirassiers avaient donné. Mais il savait aussi qu'une grande partie de l'armée enne-
CAMPAGNE mie n'arait pas encore été engagée ; il devait être inquiet surla destination que lui réservait Kutusoff. Ses regards se tournaient souvent vers la Kolocza ; n aperçut les charges d*Ouvarow,la retraite de nos escadrons, le feu des bataillons, la fuite de quelques équipages. Aussitôt il monta à cheval , et courut de l'autre côté du ruisseau. Ayant appris les résultats de ce hourra, et la disparition de la cavalerie russe , il revint bientôt au centre. Dans sa course, il examina la droite du centre ennemi et les colonnes qui , traversant le ravin d£ Psarewo , venaient secourir Bagration ; c'étaient les régiments d'Osterman et de Korf.
L*aile gauche de Tarmée russe, obligée d'abandonner ses positions et mille toises de champ de bataille , avait marché avec beaucoup de régularité. Les corps battus se réunissaient à quelques pas et disputaient vivement le terrain.
La redoute bastionnée servait de pivot à celte aile. Une nouvelle ligne se forma sur le plateau qui s'élève à l'orient de Semenowskoï. Elle se prolongeait en avant de la redoute qui écrasait de son feu les environs , et prenait de grands revers sur notre front. La droite des Russes rejoignait le ravin de Psarewo, près du pont de Borodino. L'infanterie de la garde moscovite finit par se trou* ver à la gauche de l'armée de Bagration , devant la cavalerie de Nansouty. La division du prince de Wurtemberg, qui était à l'extrême droite , porla du secours au troisième corps éloigné de plus d'une lieue, à l'extrémité de l'aile opposée.
A mesure que les troupes de Bagration recevaient des renforts, elles marchaient en avant avec la plus grande résolution , sur les cadavres de Q%nx qui avaient succombé, pour aller reprendre les postes perdus. Nous
voyions les masses russes manœuvrer à la voix de leurs officiers, comme des redoutes mobiles , hérissées de fer et vomissant le feu. Au milieu des terrains découverts, la mitraille de notre artillerie, les charges de la cavalerie et de l'infanterie, leur faisaient éprouver des pertes énormes. Mais, tant qu'il leur restait quelque force , ces braves soldats recommençaient leurs attaques. Les corps de Ney et de Davout, fatigués de vaincre, soutenaient une lutte meurtrière sur le terrain conquis. Priant défendait Semenowskoï. Les divisions du Vice-Roi combattaient les corps du centre qui recevaient à chaque instant de nouvelles forces , et qu'animait le voisinage de Kutusoff. Joachim occupait le milieu de la ligne ; ses corps de cavalerie étaient placés un peu en arrière.
Plus de la moitié de la journée est déjà écoulée. L'Empereur a reconnu que toute l'armée russe se trouve enfin engagée. Il est temps d'enlever la grande redoute bastionnée sur laquelle s'appuie encore la ligne de Kutusoff* Napoléon envoie au roi de Naples et à Eugène l'ordre de faire un mouvement combiné contre cet ouvrage. Joachim porte au-delà du vallon le deuxième corps de cavalerie, et lui ordonne de balayer le terrain entre le mamelon de la redoute bastionnée et Semenowskoï. Caulaincourt , qui rem* place Montbrun enlevé par un boulet, doit se rabattre sur la gauche, et attaquer la redoute par derrière, tandis que les colonnes d'Eugène marcheront de front.
On voit alors ce que peut faire une excellente cavalerie vivement conduite.
Les cuirassiers culbutent et dispersent tout ce qu'ils rencontrent ; ils vofent au travers du terrain, couvert d'une mitraille qui écrasait les colonnes pe-
L'EMPIRE
santés de rinfanterie. Bientôt on aperçoit sur la hauteur une masse d'acier étincelant, où se réfléchissent les rayons du soleil. Elle gravit les pentes du volcan qui vomit la foudre de toutes parts; elle se précipite au milieu du gouflFre. Celui-ci s'éteint, après une dernière et terrible explosion. Caulaincourt , nouveau Décius, perd la vie au milieu de ce triomphe si nouveau pour la cavalerie. Les Russes se font tuer sur leurs pièces; et le général Likaczew est pris après avoir été blessé. Vingt-un canons qui armaient cette redoute, tombent en notre pouvoir. Les colonnes du Vice-Roi s'avancent en même temps vers la redoute ennemie. Les premiers régiments 'des divisions Morand, Gérard, Broussier escaladent le rempart, et y entrent peu de moments après les cuirassiers.
Ce fait d'armes si merveilleux suspend pour quelques instants la lutte acharnée qui captivait les deux armées.
D'un côté, l'admiration la plus vive; de l'autre, l'étonhement le plus complet saisissent tous les esprits. Honneur au 6« régiment de cuirassiers qui lègue à la cavalerie française ce glorieux exemple, germe fécond de nouveaux exploits I
La bataille a suivi jusqu'alors son cours régulier. Nos succès ont été ralentis par la mort des chefs, par la résistance opiniâtre des soldats de Bagration, par l'arrivée des corps de Barclay. Il a fallu combattre continuellement contre de nouvelles troupes. Les progrès ont été peu rapides , mais toujours assurés. Maintenant les appuis du centre ennemi sont enlevés. Faut-il attaquer, forcer la nouvelle ligne des
Russes? Napoléon veut juger par
lui-même cette haute question. Il va d'abord aux redans enlevés , de là au
village de Semenowskoï, où il reste pendant longtemps. Le feu de mitraille et de mousqueterie est si vif, qu'on ordonne à l'état-major de mettre pied à terre. Les balles ennemies viennent chercher les têtes qui se montrent.
L'Empereur s'est porté en avant presque seul. Il reconnatt la nécessité d'ébranler encore à coups de canon les masses russes, et d'opposer un feu égal à l'ennemi , qui ne cesse d'augmenter le nombre de ses pièces. Il envoie chercher l'artillerie de la garde, afin de renforcer les batteries de la ligne.
Après une canonnade très vive, Napoléon donne au corps d'armée Tordre de se porter en avant. Davout et Ney attaquent l'ennemi de front et débordent sa gauche. Priant marche en avant de Semenowskoï. Joachim court alternativement à la tête des diverses troupes de cavalerie; il dirige leurs charges, et montre aux deux armées sa brillante bravoure. Sous ses ordres se distinguent les carabiniers, les chasseurs de Pajol, les cuirassiers de Saint- Germain et la cavalerie légère de Bruyères. Les hussards prussiens, les chasseurs wûrtembergeois rivalisent avec les lanciers français. La cavalerie polonaise, les cuirassiers saxons et westphaliensse couvrent de gloire sous la conduite de Latour-Maubourg. Poniatowski et Junot enlèvent le mamelon qui est en avant d'Outitsa , et poussent les Russes jusqu'à l'entrée des bois. A la gauche, le Vice-Roi met en mouvement ses divisions d'infanterie et la cavalerie de Grouchy. Ici, les cuirassiers et les dragons français, les chasseurs italiens, les chevau-légers bavarois livrent un combat brillant à la cavalerie de la garde moscovite. Tous les étrangers font les plus grands efforts pour mériter l'approbation des généraux français qui les
coiiduisent. Malgré la plus vive résistance, les Russes sont obligés de céder encore du terrain sur le centre. La présence de Napoléon a ranimé Tardeur des soldats. Il dirige le mouvement de cette longue ligne ; il marche devant les carabiniers. Vers trois heures il est à la redoute bastionnée. Là on voit couchés pôle-méle les vainqueurs et les vaincus, au milieu des pièces conquises. Les cuirassiers ont renversé celles-ci , afin que l'ennemi ne puisse en feire usage s'il reprend la redoute.
Miloradowitch , commandant les corps d'Osterman et de Korf, avait recueilli les débris de Borosdin, de Raeffskoï et de Doctoroff; il formait la dernière ligne, que pouvait présenter les Russes. Cette ligne, imposante par son attitude bien plus que par sa force réelle, occupait la crête du plateau qui s'étend entre Semenowskoï, Knioskowo et le ravin de Gorki. En arrière, se trouvaient le reste de Tinfanterie et de la cavalerie de la garde, le deuxième et le troisième corps de cavalerie , enfin les chevaliers-gardes. Le front était masqué par des bois taillis, en avant desquels on n'apercevait que des batteries et quelques têtes de colonnes. La droite était fortement appuyée par les ouvrages de Gorki , garnis de gros canons et auxquels le ravin servait de fossé. Cette batterie et celle qui couvrait la haute colline entourée par le ravin et par la Kolocza, prenaient de flanc une grande partie du champ de bataille, et foudroyaient les corps français chaque fois qu'ils dépassaient la ligne. Kutusoff avait fait avancer tout ce qui lui restait d'artillerie pour former ce nouveau front, et couvrir les forces épuisées de son armée. Une terrible canonnade recommença sur eette nouvelle position.
Napoléon était peu satisfait des ré-
sultats de la bataille qu'on ne put apprécier réellement que les jours suivants. L'ennemi avait fait des pertes énormes depuis qu'il avait dû subir à découvert le feu de notre artillerie. Les champs se dérobaient sous des monceaux de cadavres ; ils offraient plusieurs Russes pour un Français. Cependant nous n'avions pris que des hommes isolés, des blessés et le*s pièces renfermées dans les ouvrages. Les Russes avaient opposé partout une résistance qui ne cessait qu'avec la vie»
Napoléon voulait rompre l'armée ennemie, et la poursuivre l'épée dans les reins, afin de compléter sa destruction. Il fallait pour cela enlever un dernier ouvrage : cette redoute de Gorki qui, appuyant la défense du ravin de Psarewo , prenait à revers tout le terrain compris entre le village et la redoute des cuirassiers.
L'Empereur, ayant le dessein d'attaquer cet ouvrage, s'en approcha pour le reconnaître. Le feu était extrêmement vif. Vers quatre heures, Napoléon laissant l'état-major en arrière, s'avança au-delà d'un petit bois en face de Gorki. Berthier, Caulaincourt, Duroc et Bessières le suivaient avec un seul page; Joachim vint l'y joindre. Us étaient sous la fusillade des tirailleurs ennemis. Napoléon s'obstinait à vouloir enlever cette redoute, et répétait que la victoire n'avait pas produit en^ core les résultats que Von pouvait en at^ tendre. Tous ceux qui l'accompagnaient furent opposés à l'attaque.
Tous prétendaient que l'armée était excédée de fatigue et qu'il ne restait que la garde. Berthier disait : Qu^on se trouvait à six cents lieues de la France ; qu'on avait déjà perdu plus de trente généraux ; que pour forcer eette position difficile , on sacrifieraii Us meilleurs soldats; et qu*on ne pren^
SA
L'EMPIEE
drait que guelquei eéntatnes d*kommes*^ que le prix de la bataille était ian$ Moscou.,.. Bessières ajouta qu'il fallait conserver la garde, dernière réserve de P armée, qui répondait de C Empereur à la France, e te . Tous pressaient Napoléon de ne pas rester sous la fusillade ennemie, et s'oflrirent d'aller plus avant pour mieux voir le terrain. Il persistait encore; lorsqu'un général ou un olSicier supérieur du premier corps, excité par la vue des dangers qui menaçaient TEmpereur , vint le prendre par le bras et lui dire : Ce n* est pas là votre place ; Vennemi vient d* apercevoir ce groupe ; et il dirige ses pièces de ce côté. Napoléon se laissa emmener ; et peu après, le terrain fut sillonné par la mitraille.
Dès ce moment la bataille était terminée. La canonnade continua encore assez vivement ; elle cessa toutrà-fait vers six heures. L'armée française bivouaqua sur le terrain pris à Tennemi, et près du bois où celui-ci s'était retiré. La division Roguet la rejoignit dans la soirée. L'Empereur établit son bivouac auprès de la vieille garde, au pied de la redoute enlevée le 5.
Kutusoff se retira pendant la nuit , et se porta au-delà de Mojaïsk, à quatre lieues du champ de bataille. Il établit son quartier-général à Joukowo.
Profitant d'une position plus favorable que celle de la Kolocza, et qui se trouve entre la Moskowa et les affluents de la Protwa, il disposa les troupes qui avaient le moins souffert, afin de recueillir les débris de son armée échappés au massacre de Borodino (1).
Boutourlin déguise avec beaucoup d'art tout ce qui parait contraire à la gloire des généraux et des armées moscovites.
(!) Boutourlin , tome II , page 116.
Mais a-t-il pu croire que Kutusoff ait eu l'intention de recommencer la ba* taille le lendemain ? Les aveux de l'historien peignent la situation où se trouvait cette armée et la supériorité qu'elle reconnaissait à ses adversaires (1).
Le général russe laissa à Platow sa meilleure cavalerie, et lui ordonna de défendre Mojaïsk jusqu'à la dernière extrémité. La retraite, remarquable par l'ordre qui y régna, fut favorisée par l'extrême largeur de la grande route de Moscou, sur laquelle filaient à la fois plusieurs colonnes de diverses armes. Kutusoff put également envoyer sur les flancs tout ce qui aurait entravé sa marche; car nos détachements ne s'étendaient pas à deux lieuâ»
au-delà de la grande route. Mais les villages, les bois, les buissons étaient remplis de cadavres ou de blessés. Un très grand nombre de ces derniers périrent dans les maisons auxquelles leurs barbares compagnons mettaient le feu.
Le général russe se retirait vers les frontières de l'Asie (2). Il n'avait d'au-
(1) J'ajouterai me duUou à celles que f ai déjà donnéef : « Il était d'auUut plus urgent » de faire croire aux troupes russaa que Tott 9 combattait encore pour la défense de Mos- » cou, que c'était peut-être Tunique moyen de » les reunir sous leurs drapeaux, et de les » empêcher de ae débander dans cette ville 9 immense, j»
(2) Le quatrième jour seulement, après avoir traversé Moscou, Kolusoff s'aperçut qu'il abandonnait les provinces les plus fertiles de la Russie, les riches établissements de TonJa et de Kalouga, enfin les cemmunications avec les armées du midi. C'est ce jour-là qu'il quiiu la route de Riazan pour se porter sur celle de Kalouga. Si le général russe avait le projet de gagner celte direction, pourquoi ne marchailril pas de MojaU sur Boroirsk, ou de Kottbinskoé siur Tarutlno ? Pourquoi , eu sortant de Moscou , ne prit-il pas la route de Podolsk ?
GAMPAORt
irai «oyent que TincMufie pour 6oq&traire à nos annes la vieille capitale de rempine. U osa néanmoins se pro^ damer yainqueur ; U annonça son pré- Jendu triomphe, non seulement aux habitants de llosoou et au Czar qui était retenu dans Saint - Pétersbouiig par te parti de ta guerre , mais aux conmBndaots des autres années russes que ces dépêches abusèrent. Alexandre fit chanter des Te Deum ; il accorda à aon armée de grandes récompenses, et an général vaincu le grade de feldoiarécbal, très rare en Russie.
L'armée française était âitigaée par on oombot si long et si animé. Dans la matinée du 8, NiqK>léon lui laissa quel» quoi moments (te repos , qui furent consacrés aux soins des blessés et à des mesures d'ordre dans l'intérieur des corps. A dix heures, le Major-général envoya à Joacbim , commandant Ta*vaat*garde composée de la cavalerie de l'armée et de la division Priant, l'ordre de ae porter à six ou sept werstes au-delà de Mojaïsk. Eugène et Ponia^ towski continuaient à marcher à sa iiauteur, sur les deux flancs de la route. Le maréchal Mortier devait l'appuyer avec la Jeune garde et la divis^ion Claparède. Le reste de l'armée le suivait. Ces mouvements s'exécutèrent avant midi. La vieille garde se mit en marche à trois heures.
L'ennemi occupait un excellent ter^ rain en avant de Mojaïsk. Des bois épais, bordant la route , rétrécissaient le débouché vers la ville. Joachim attaqua de front la position au lieu de la tourner par sa droite. Des nuées de Cosaques se montraient sur les flancs , en pous^ sant des cris affreux. Le combat se prolongea dans la soirée. Les premières maisons de Mojsdsk étaient au pouvoir de la division Friant. Cependant Napoléon ne vouhit pas engager un combat
d'inftnterie au milieu des rues à l'entrée de la nuit. Il s'établit dans un petit village en arrière de la ville qui fht occupée le lendemain matin.
M. le docteur Larrey évalue les pertes de Tarmée française à neuf mille morts et à douze ou treize mille blessés. Boutourlin avoue cinquante mille havor mes hors de combat, dont quinte mille tués. Ceux qui ont parcouru le chatnp de bataille pendant ou après l'action, conviennent que le nombre des morts russes dépassait de beaucoup celui des morts français. J'ai encore présent à Peaprit le spectacle horrible qu'offrait le revers oriental du vallon de Semenowskoï. Nos blessés forent conservés à l'armée française , tandis qu'une partie des blessés russes périrent sur les chemins ou dans Moscou (1). Mais la perte la plus grave pour l'ennemi, perte irréparable qui s'est fait sentir tant que la guerre a duré , fut celle des officiers-généraux , supérieurs , et même subalternes, qui tombèrent sur ce champ d'honneur. Il est fort difficile de les remplacer chez les Russes. Pourtant , leurs soldats ont absolument besoin d'être commandés. Aussi trouvames^nous sur les chemins , et particulièrement dans Moscou , des bandes de ces braves conservant leurs armes que les Français dédaignaient de briser. Si l'on ajoute à cela, les fusils, les muni^ tions, les effets, les canons que l'ennemi perdit sur le champ de bataille, sur la route et à Moscou , on peut dire qu'après notre entrée dans cette capî-
(1) a J>s blessés restés à Moscou sont recommandés à l'humanité des troupes françaises, » Signé K AissAROFF, chef de tétai de service, etc. Tandis que ce billet était remis à nos aranlrpostes le 14 septembre, des hommes, que l'histoire signalera, organisaient Tiocendie qui devait dévorer ces malheureuses victimes de leur politique.
L'EMPISE.
taie, la principale force des Russes était presque entièrement détruite.
Les mauvaises dispositions de Kutusofi contribuèrent beaucoup à la perte de la bataille. Si les 4roupes russes avaient appuyé leur droite aux redoutes de Gorki ; si le terrain qu'occupait Ba» gration avait reçu les ouvrages inutilement prodigués vers la droite, toutes les chances de succès auraient été en leur faveur. Du 30 août (jour où Kutusoff doit avoir pris sa résolution) au 7 septembre, il avait sept jours entiers pendant lesquels il pouvait rendre sa position inabordable de front et l'assurer fortement par les flancs; il pouvait &ire venir de Moscou toute Tartillerie nécessaire pour la garnir. Le général russe aurait gagné à chaque retard qu'éprouvait l'attaque. Les secours de toute sorte lui seraient arrivés. Les G>saques , les paysans à cheval auraient désolé nos conmiunications , intercepté nos parcs et nos vivres.
Cependant l'armée française ne pouvait rester plusieurs jours sur les bords de laKolocza, sans prendre une décision ; il fallait combattre ou se retirer. Si Napoléon voulait manœuvrer par les flancs et menacer la route de Moscou, il risquait de perdre sa ligne de communication, n n'avait que celle de Smolensk; tandis que tous les points du cercle qui entourait les deux armées pouvaient servir à établir les lignes de son adversaire. Kutusoff devait donc éviter tout engagement, et gagner du temps; il devait manœuvrer ou se placer dans des positions inattaquables.
La conduite du général ennemi pendant la bataille a mérité quelques éloges. Si Kutusofif s'est mal posté d'abord; s'il n'a pas su voir assez tét ce qu'il avait à faire , il a montré dans le reste de la journée ce caractère qui est une des qualités les plus précieuses
du commandant en chef. SatenâcUéa balancé et a déjoué en partie les hautes combinaisons de l'Empereur. Si celuici eût fiait une seule faute en présence de tels ennemis, il pouvait être perdu. Mais un général habile et audacieux aurait pris l'armée française en flagrant délit , comme le disait souvent Napoléon. Vers huit heures, il aurait ressaisi l'initiative avec les cinquante mille hommes de la droite , en les portant au-delà de la basse Kok)cza, sur les bords de la Woïna. Répétant les manœuvres napoléoniennes d'Âusterlits et de Wagram, il aurait enlevé vivement Borodino par le plateau septentrimial.
Le Vice-Roi devait être accablé d'abord par des forces supérieures. L'Empereur aurait été obligé de courir à la gauche, d'employer toutes les rés6r\*es pour appuyer Eugène, et de rapprocher le troisième corps du quatrième. Il avait prévu cette circonstance et &it retran** cher le confluent de la Woïna. Mais le fort du combat se serait toujours porté sur ce point. Probablement la journée aurait été employée à disputer les bords de la Wolna et du vallon de Semenowskoï. La victoire demeurait indécise. Si Napoléon avait continué ses attaques sur la droite , il aurait obtenu des succès plus îàciles contre des forces moins considérables; mais KutusoS était libre de poursuivre ses avantages. Dans cette supposition même, les chances n'étaient pas égales. Si Bagration était repoussé de l'autre côté du ravin de Psarewo, l'armée russe avait tous les chemins qui se trouvaient derrière elle ; tandis que Farmée française, jetée sur la rive droite de la Kolocza, perdait sa ligne do communication sur Gjatsk; elle ne tenait plus que par son extrême gauche à la vieille route de Smolensk qui conduit à Yiazma, et qui forme un grand détour vers le midi.
Kutusoff donna, dans ce moment, la mesure de son talent et de la force d'inertie d'une année russe; il Fen- Toya au-detant de la mort, mais il ne sut pas la conduire à la victoire.
Nous avons vu comment Napoléon, qui a été si sévèrement blAmé, a dirigé tous les mouvements de cette bataiUe.
Le front de l'armée française n*avait pas plus de quinze cents toises de dévelo{>pement, depuis Borodino jusqu'au bois d'Outitsa, sans y comprendre le corps polonab que l'on doit considérer comme détadié. Elle se composait de douze divisions d'infanteriç qui pouvaient agir en première ligne ; la garde ainsi que les corps de cavalerie formaient la deuxième ligne ou réserve.
Un simple général en chef n'aurait pu établir de meilleures dispositions que celles de Napoléon. Mais, après avoir donné des instructions précises aux Polonais et à la division de gauche qui combattaient isolément, il aurait dû prendre lui-même la direction des autres divisions, et les faire manœuvrer à son commandement. Formant alors la première ligne d'attaque de cinq divisions par échelon, dirigées sur les deux extrémités des redans de Semenowskof , sur le village , sur l'embranchement du vaDon et sur le plateau qui est en face, enfin sur la redoute bastionnée , il aurait soutenu cette ligne par deux autres de quatre éL de trois divisions égale* ment échelonnées.
Le général aurait mené vivement l'attaque de la droite, écrasé de son feu la ligne opposée , et enlevé promptement les redans de SemenowskoL Ses échelons auraient occupé successivement ce village et la redoute bastionnée , en pivotant sur Borodino qui, dans aucune circonstance, ne devait être dépassé, et en s*appuyant à la.
vieille route de Smolensk. A mesure
qu'il aurait gagné du terrain , il aurait reformé sa ligne entre Semenowskoî et Psarev^o. La gauche de Tarmée ennemie devait être détruite , avant que l'aile droite et surtout que les troupes placées vers Masslowo fussent arrivées à son secours. Suivant les pertes que ce général aurait essuyées, il aurait continué sa marche ou attendu l'aile droite des Russes. Ceux-ci se seraient retirés par les routes de Hojaïsk et de Rouza, plutôt que de songer à franchir, sous le feu de l'armée victorieuse , le ravin difficile de Gorki.
Ce système d'attaque aurait eu probablement un succès complet ; mais ce qu'eût fait un général en chef, le souverain d'un vaste et nouvel empire qui, avec une armée de coalition , se trouvait entraîné par les chances de la guerre si loin de ses États et de ses bases d'opérations, pouvait-il, devaitil le hasarder? Lorsque, vers la fin de l'action , l'Empereur s'est porté sur les points les plus périlleux, il s'y trouvait contraint par la résistance inattendue qu'avaient opposée les Russes, et par la nécessité de donner plus d'ensemble aux attaques de ses lieutenants.
Suivant quelques historiens, les commandants des corps d'armée avaient demandé que la garde fût envoyée au secours de la ligne , et des personnages éminents avaient aussi émis cette opinion. Ceux qui ont fréquenté les champs de bataille savent qu'il n'est pas de théâtre où l'on donne moins de conseils. En général, les hommes qui voient clair dans les désordres du com* bat sont assez rares. Jusqu'à une heure, Napoléon et ceux qui l'entouraient ne pouvaient savoir quand seraient épuisés les secours qui arrivaient successivement derrière la ligne russe; ils ignoraient quelle espèce de troupes étaient ces milices que l'on apercevait
yEHHBK
sur les borda du bois, ok qui n'atafeot pas pris part à Vaciion. Dans la soiiAe, fallait-il &if e avancer aons un feo teiv rible la garde ixopériala , saule réserva qui n'eût point été engagée? Avant d'avoir atteint Fennemi avec sa redovhtable baïonnette, ellepouvait être écra«^ sée. Ce n'est pas à de tels combata qu'elle était destinée. D'ailleurs, dan»
sa position, à cinq cents toises des redans de SemenowdioiL, elle assurait les derrières des troupes engagées, contre un kùurra semblable à celai d'Onva- TOYf ou à celui qui eut lieu le lende^ main dans Taprès-midi. Ce corps d'éfite était nécessaire à la conservation de Tannée. Son influence morale s'exer* çait sur nos soldats, sur les alliés, sur les ennemis et jusqu'aux extrémités de Tempire. L'expérience, la théorie, la politique prescrivaient de ne faire marcher la dernière réserve qu'à la dernière extrémité.
Les batailles peuvent être classées en divers genres. Chaque époque a aussi son caractère. Frédéric a produit dans les opérations militaires une telle révolution, qu'on est dispensé de remonter aux temps qui ont précédé la guerre de sept ans. Ce grand capitaine , profitant de la supériorité que son génie, son autorité suprême, et des armées extrêmement manœuvrières, lui donnaient sur ses adversaires , les a pi^sque toujours attaqués. Il défilait en longues colonnes par lignes, et exécutait ce qu'on appelle le mouvement processionntlj de manière à se reformer en bataille par une simple conversion. A peine ce mouvement était-il couvert par quelques hauteurs ou par une simple chaîne de postes.
Cet ordre qu'il serait si difficile de justifier, est pourtant celui qu'il recommande dans ses instructions.
Comment les généraux ennemis ne
kimbaMiit-ils pas iiir cIm ainsi décomuei ? LmBqu» le prine» d« Soubise vouhit tenter une pareUl« n^ mruvre devaat le gnnd Boi, celupei vint , par un simple moiifeBicnt d»
flanc, écrasear la tête des colooneafrançBÎsai. Tel est l'anoieD système du don h«ifième alàcle.
Napoléon, qu'on a af^Ié h ftmtè^ tre deâ baSmlUs , est la créateur d«i nouveau syslèm d'dpéralMinf* Dèt um début , secondé par l'armée d'Ita* lie , accoutumée à braver les dangert et les fatigues, il ne ceMi d'attaque»
les Autrichiens. Tootea ses bataiUea ftirent d'abovd des condMls de postes, oii il se donnait, par des mouvementtf stratégiques, l'avantage du nombre, et prenait soigneusement celui du ter* rain. Dans la Lombardie même, où il avait à réparer les fautes du siège d^ Mantoue qui n'ont pas été assez remar»* quées, toutes les batailea eurent ce caractère, excepté celle de CastigfioM qui se livra dans une phùne rase. Là » pourtant , avec la majeure partie de ses forces, il aecafai» le plus graad eorps de l'ennemL
Marengo fut la première de ses ba-^ taillas tactiques. L'engagement eut lieu à k suite d'une surprise, an nii«lieu d'un mouvement stratégique. L* manœuvre exerrtA la plus grande influence dans cette action qui se doB«' naît sur une plaine unie. Aosterliusfat aussi une bataille de haute taeti^ae^ livrée dans un terrain acddealé , mais entièpement découvert. Cette attire a qualqoe analogie avec «elle de^ la Mes-' kowa. Les veilles des deux jotiméesse reswmUent surtout beauôevfp; elles^ furent employées à parcourir le teiv rain, à- s'examiner, à s'attendte, si IVnv peut s'exprimer aînst. Mais à Auster»
lit^, Napoléon connaissait bien' le <hé(k tre qu'il avait miantieusemwt étudié,
CAMPÀ6NB SS 1812.
et savait ce qu'il aurait coûté de soldats pour forcer les positions des Austro-Russes de Tautre côté de la Littawa. Il attendit non seulement que les divisions de Davout et de Bernadotte fussent arrivées, mais que les mouvements de ses adv^wires fussent commencés. Il découvrit sa droite pour attirer les colonnes austro-russes, les attaquer pendant leur marche, et finir d'un seul coup la guerre qui allait i'étendre depuis la mer du Nord jusqu'au golfe Adriatique. Kutusoff, ee grand homme ^ suivant Boutourlin, sage wmme Fabius , artificieux comme le premier Philippe de Macédoine, ne mérita pas ces pompeux éloges en 1805. U donna tête baissée dans le piège, et en fut cruellement puni. Le flénéral russe fut mieux conseillé sur les bords de la Moskowa, où Napoléon attendit vainement qu'il fit quelques mouvements hasardés.
Le premier établissement de Tarmée française semblait annoncer une bataille de choc, livrée parallèlement sur tout le front de la ligne. Cependant la véritable disposition du 7 au matin peut être classée dans les batailles é*ordre oblique ; car Taile gauche étant entièrement refusée, Tannée pivotait sur le village de Borodino, et Textrême droite embrassait la gauche de Tennemi. Cette disposition peut aussi être désignée comme un ordre renforcé sur la droite. Quel que soit le nom qu'on lui donne, Tordre est classique, et conforme aux principes posés depuis Végèce jusqu'à Frédéric, depuis Leuctres jusqu'à Leuthen. Seulement, il faut observer que le général français manœuvrait de manière que le général |
ennemi ne pût avoir quelque connaissance de ses projets qu'au dernier moment, lorsque, sans le dévouement admirable des troupes russes, il n'aurait plus eu le temps de s'y opposer.
Il &ut remarquer aussi que par un simirie changement de direction, les divisions du Yice-Roi devaient être portées sur le centre de Tarmée ennemie et sur les points que Napoléon voulait écreiser. L'heure choisie pour Texécution assurait le succès de ces dis» positions. Un brouillard assez épais prolongea Tobscurité de la nuit; et plusieurs heures s'écoulèrent, avant que Kutusoff pût parw aux coups qui lui étaient portés.
Le déploiement des troupes fran«çaises à la Moskowa , s'exécuta par le centre, suivant le système adopté par Napoléon, dans la plupart de ses grandes batailles. Cette formation en avant^ pour établir le front suivant la disposition projetée, est la manœuvre la plus prompte et la plus solide ; car elle part du centre des forces et des communications. C'est le déploiement classique de Tépoque actuelle, entrevu par Guibert, et entièrement différent de celui de Frédéric. Mais à la Moskowa, ce déploiement fut de deux natures. Les corps qui bivouaquaient sur la rive droite de la Kolocza se déployèrent directement en avant et en éventail , pour aller former le centre et la droite de la ligne de bataille. Ceux qui se trouvaient sur la rive opposée firent un mouvement oblique à droite; et par un simple changement de direction^ ils prolongèrent le centre de Tarmée jusqu'à son pivot.
RELEVÉ m
deu dtfféreiite Corpu de rAnM
CORPS IVAftlliB.
PRÉSENTS A L'APPRU
OmSIGNS OU BRIGADES.
l«r Gorpt de rétenre de cavalerie , Général Nakioott.
i« Corof de rétenre de cartlerle , Général Momtuun.
S« Corps de réserre de caTalerfe, Général Gsoucbt.
4* Corps de réserre de caralerie.
Générai L4TODR*llAiiBOimo (9).
Rrigades déuchéet sous les ordres du Roi OB Naplrs.
i*»- Corps d'armée , Maréchal prince d'BauivBL.
?^« Corps d'armée , Maréchal duc d'ELcaiiiOBR.
4« Corps d*armée.
Prince Eugânb.
5« Corps d*armée {PoitmaU).
Prince PoKiATOwnu.
S* Oorpi d'armée (ffetiphaliéni), Général duc d'ÀBBAMTBfl.
r I Maréchal duc de DANTZfo.
S < Maréchal duc de TafivitB.
"S I Maréchal duc dlffrtn.
Ir* dif. de cav. légère.
Ire dlr. de cuirassiers. 5« dir. d*idem
9* div. de cuirassiers .
4« diT. û'idem
3« diT. de caTalerie légère 6* div. de grosse cavalerie.
4« diT. de cavalerie légère.
7« div. de grosse cavalerie.
U* brig. do cavalerie légère
9« brig. 6'idem
9* brig àUàem
44* brig. lïidem
U* div. d'Infanterie
9* div. d'idem
3e div. d'tdem
4« div. û*idem
5e diT. û'idem
Artillerie de réserve , parc, génie.
iO« div. d'infanterie. . .
ll^' div d'tifem . . . . ,
95e div. d'iVim
Réserve, parc, génie . .
Artillerie régimentaire,
Garde rovale
iS« div. d'infanterie ,
44e div. d'idem
15* div. d'idem
13e brig. de cavalerie
Cavalerie éaearotee
Parc d'artillerie, réserve et génie.
Parc du génie
16« div. d'infanterie. . .
18e div. d'fdem
Cavalerie
Parc d'artillerie et génie
93e div. d'infanterie , 9|e div. d'idem . . .
Cavalerie
Parc de réserve . . .
Grand pare du génie j
eeM
Infanterie, vieille garde
( 9e division ...
Jeune garde. ] Lég. de la Vistule
( Rés. d'art, et train.
Cavalerie de la garde
Réserve d'artillerie
Génie de la vieil, garde et marine.
de l'arlillerie)