‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 126 sur 205 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La oonclusiou de M. le Maréchalëes-logis est que a rétoile du nord

» remporta sur celle de Napoléon

» que la pente du genre humain esi B vers le sud; qu'il tourne le dos au » nord..,, qu'on ne remonte pas im- » punément ce grand cours des hom- 9 mes; qu'on a vu les armé^'s russes » sur l'Elbe , ot peu après en Italie ; n qu'elles sont venues la reconnaître ; » qu'un Jour elles viendront s'y éta- » blir.... et que l'invasion du midi par » le nord , recommencée par Caihe- )i rine II , continuera. » (Pages 469 , HO et 471.)

Voilà une assertion formellement établie, et appuyée par des raisonnements spécieux , quoique exprimés en termes quelquefois bizarres.

L'auteur s'adressent ensuite à ceui qu'il appelle ses compagnons, leur dit : « Quel qu'ait été le motif de notre ex- D pédition , voilà en quoi elle importait » à l'Europe ; son but fut d'arracher la » Pologne à la Russie ; son résultat eût » été d'éloigner le danger d'un nouvel f) envahissement des hommes du nord, » d'aflàiblir ce torrent, de lui opposer » une nouvelle digue. » (Page Wl.)

Voilà encore M. de Ségur pris en flagrant délit; la nécessité de l'expédition se trouve démontrée par luimême. Ce serait être trop exigeant que de demander qu'il eût assigné la véritable cause de la guerre.

Enfin, il ajoute : « Et quel homme, » quelle circonstance pour le succès » d'une si grande entreprise ! ♦> ' Page

471.) loi, éolat0 enoQi^ l'av^q qa%h moment de l'expédition était oppoiv lun , et que l'Empereur était l'homme qui pouvait en assurer le succès.

Ainsi l'auteur, qui s'est plu dans tout le cours dç 3on ouvrage à présenter l'expédition de Russie comme une agression injuste, comme l'œuvre de l'ambition personnelle de Napoléon, désavoue dans ce peu de mots ce qu'il a avancé, et justifie la nécessité, le but et l'opportunité de cette mémorable entreprise. Mais qu'im* porte cette sorte de rétractation tardive I Que servent de vaines louanges, qui ne paraissent lui échapper que pour absoudre sa conscience des t^ proches injustes dont il a cherché à noircir la mémoire de ce grand homme! Etait-* ce la peino de nous montrer Napoléon déchu do lui-même, livré à une honteuse faiblesse , dépourvu de toute énergie morale et physique , et d'avoir affligé l'^me da lecteur par d'horribles peintures rér pandues dans un millier de pagee, pour en revenir au point d'op il mu rait dû partir, e'e^l^ès^ire à la yénté f

Il termine ainsi : « Compagnmie , B mon œuvre eat finie. Maintenant » c'est à vous de rendre témoignage » à la vérité de ce tableau. Ses eour » leurs paraîtront pâles sans doute à » vos yeux et h vos cœurs encore tout » remplis de ces grands souvenirs, e (Page 473.)

Les vétérans de la Grande-Armée ne reconnaîtront pas la vérité dans ce tableau , où leur illustre chef , leurs sentiments , leur constance , leurs victoires sont si étrangement défigurés.

Comment l'auteur croit-11 que ces couleurs paraîtront pâles , quand « sa » mémoire , d comme il le dit luimême ( page 393 ) , « ne remue que

» des cendres, ne compte que des dé- » sastres , et n'écrit que sur des tom- » beaux? »

Nous pouvons dire comme lui : notre tâche est remplie , autant qu'il a dépendu de nous; elle a été pénible.

Nous n'avons pas entrepris de redresser en détail toutes les erreurs ou les injustices dont l'ouvrage abonde ; nous eussions été entraîné au-delà des bornes que nous nous sommes prescrites. Nous n'avons pas signalé tous les passages qui démontrent que M. de Ségur n'a cherché qu'à flatter les passions du moment où il a écrit son livre, et qui s'éteignent chaque jour. Il aurait fallu s'arrêter à toutes les pages ; et d'ailleurs, ne serait-ce pas calomnier le gouvernement, que de supposer qu'un ouvrage qui rabaisse l'honneur de nos armes, et qui ne flatte que l'étranger , serait un titre à des faveurs militaires?

Nous avons remarqué bien rarement les bizarreries du style de M. de Ségur, qui heureusement n'aura pas d'imitateurs ; notre but était trop

élevé pour nous attacher à ces misé* res. Peu nous importe qu'il prétende aux palmes académiques. Nous avons voulu, non venger la mémoire d'un grand homme qui se défend assez d'elle-même, et dont le nom traversera les siècles ; non relever la gloire d'une armée, dont la renommée est au-dessus de toute atteinte; mais rendre hommage à la vérité ; mais appeler les faits, les documents et les hommes en témoignage contre un écrivain qui, s'abandonnant aux écarts d'une imagination déréglée, ou spéculant sur le besoin des émotions fortes, contracté par la génération présente, s'est joué dans un livre, roman, poème ou mélodrame en deux volumes, de tout ce qui est en possession du respect des âmes élevées, le génie, le courage et le malheur. Puissent les soldats de Napoléon , puissent les amis de la gloire française , apprécier le sentiment qui a conduit notre plume, et nous savoir quelque gré de nos efforts !

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