‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 133 sur 205 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

SCK

DE LA CAMPAGNE DE RUSSm.

8I0LENSI ET YALOUTINi

Le général Okouneff, page 104, s'exprime ainsi sur la lutte remarquable de Smolensk :

a La bataille de Smolensk, quant à la » valeur que les troupes russes y ont 9 déployée, doit être mise au rang d'un n des plus beaux faits d*armes de cette » campagne. Que le lecteur jette un » regard sur le nombre des assaillants » et sur celui des défenseurs : Trente » mille hommes ont résisté toute une 7> journée à l'impulsion de cent mille v hommes. Que de probabilités un » courage aussi héroïque n'offrait-il p pas pour une défense plus opinià- » tre? »

Sans nul doute, la bataille de Smolensk mérite le rang que lui assigne le général Okouneff ; mais nous ne pouvons approuver son opinion sur le courage héroïque que les trente mille Russes opposèrent , dans cette lutte , aux^ cent mille Français qui les attaquèrent : nous prétendons, au contraire ( sans porter la moindre atteinte à leur bravoure), que les trente mille Russes purent aisément se défendre, non

point contre cent mille hommes, chiffre très inexact, mais contre cinquantecinq à soixante mille au plus.

Le colonel Boutourlin a écrit, tome K page 269:

« Que soixante-douze mille Français » prirent part au combat. »

Nous croyons ce nombre oicore trop élevé. Les Français , d'ailleurs , combattaient à découvert, et les Russes étaient par&ûtement abrités dans les faubourgs.

Voici l'opinion de l'Anglais Ker- Porter, qu'on n'accusera certaine* ment pas d'être favorable à l'armée française :

(( Les Français s'élancèrent sur les » Russes avec une énergie à laquelle » rien ne semblait devoir résister, et )> malgré le feu de l'artillerie ennemie, » ils s'élancèrent dans les faubourgs ï> retranchés, et, à l'embouchure même » des canons , attaquèrent les troupes » moscovites à la pointe de la baïon- » nette. Les pertes de part et d'autre » furent prodigieuses. » (Page 111.)

L'assertion du général Okouneff n'a

du reste rien d*ex(c^Qrd)i)fk^rQ« quand on sait que les Rfmet plibKèreiit itti bulletin où on peut lire :

« Les Français ont perdu à Smolensk » vingt mille hommes et beaucoup de » prisonniers. Des bataillons entiers y> ont mis bas les armes. Trois régi- » ments de cavalerie et trois de Cosa- » ques ont battu toute la cavalerie du » roi de Naples. »

Si ce bulletin dit la vérité , comment se faitril que l'armée russe ait abandonné Smolensk et se soit retirée dans la direction do Moscou? Qaant aux six régiments de cavalerie russe qui battirent toute celle du roi dANik< pies, nous ferons remarquer , que sous les murs de Smolensk, Murât commandait vingt-cinq mille chevaux. De tels mensonges méritent d'être signalés.

Parmi les historiens qui ont parlé de la bataille de Smolensk , on trouve le général Rogniat , qui , toujours guidé par un sentiment d'hostilité, continue •a prétendue réfutation des notes 12 et 13 des Mémoires de l'Empereur ; il ê'twptitm ainsi pages 9M et 206 :

a Napoléon nous dit dans son trei<- » «ème Bulletin que le 16 août (jour » de son arrivée) , rennomt occupait » Smolensk avec trente mille hommes; » que le reste de son armée se formait » sur les belles positions de la rive » droite du fleuve, vis-è-vis la ville, y » communiquant par trois ponts. »

« Il nous dit à Sainte-Hélène, qu'une » division de quinze mille hommes , p qui se tiM)uvait par hasard à Smo- » lensk, eut le bonheur de défendre » cette place un jour, ce qui donna le » temps à Barclay d'arriver le lendo- » main» »

« Lequel croire de Napoléon écri- » vant sur le «hamp de bataille, ou » de Napoléon écrivant à Ttle Sainte- » Hélène? i>

L'EMPIRE

. No|iji fi^ i^v>ms reconnaître la #oatiluli«tien qut m général Rogniat reproche à l'Empereur , et qu'il iSEdt ressortir avec tant de satisfaction.

Nous prétendons, au contraire, qu'dle n'existe pas et qu'il y avait de la malveillance de sa part à tronquer le treizième Bulletin, afin de pouvou* dire :

icLequfl croire de Napoléon écri- » vant sur le champ de bataille, ou de » Napoléon écrivant à Sainte-Hélène ? o Si le général Rogniat , lorsqu'il répondait aux notes de l'Empereur, avait été guidé par 4e bons sentiments, il se serait sans doute abstenu de faire une demande qui semble indiquer que la version de Smolensk n'est pas plus vraie que celle de Sainte-Hélène, tandis qu'elles sont exactes l'une et l'autre.

Il aurait en outre remarqué que le treirième Bulletin n*est nullement in«firme par ce qui a été écrit quelques années plus tard, car ce même Bulletin n'établit pas positivement que le 16, au moment où l'Empereur parut devant Smolensk, cette ville était défendue par trente mille hommes ; il dit :

« Le 16, et pendant la moitié de la » journée du 17, on resta en observa- » tion. La fusillade se soutint sur la » ligne. L'ennemi occupait la ville » avec trente mille hommes et le reste » de son armée se formait sur les » belles positions de la rive droite du » fleuve, vis-à-vis de la ville, y com- » muniquant par trois ponts [Moniteur » du h septembre 1812). »

Il est certain que ce paragraphe du treizième Bulletin ne s'applique pas précisément à la journée insignifiante du 16 , mais bien plutôt à celle autrement sérieuse du 17, pendant laquelle se passa le drame sanglant de Smolensk.

Si ce que nous avons transcrit de ce même Bulletin ne le confirmait pas,

CÀMPAfiMI DE iSlS.

MK

nous en trouverimis U preuve dans ces mots:

a T communiquant par trois ponts.»

Puisqu'ils ont été écrits , il est impossible que TEmpereur ait voulu dire que toute Tarmée russe était, le 16, $m la rive droite d\i fleuve , et qu'elle pou*» vait passer sur la rive gauche au moyen des ivoîs ponts;

Parce qu'il est certain ,

Que, le 16, il n'y avait qu'un seul jK>nt sur pilotis, et que les deux airtrei furent consU'uits dans la nuit du 16 au (7- Le colonel Boutourlin le confirme, tome I^", p. 363.

Quant à Tarrivée de Tarmée du gé* aérai Barclay devant Smolensk, indé« pendamment des divers historiens qui en ont &it connaître le moment, le généra} Roman Soltyk l'indique d'une manièi» précise; il donne à ce sujet des détails curieux qui établissent que oe ftat assez tard dans la soirée du 16 que parut la tête des colonnes de cette armée, accourant en toute hâte, et que le reste arriva dans la nuit ; ce qui dut autoriser l'Empereur à écrire à Sainte* Hélène qu'elle ne fut devant Smolensk que le 17. Mais ce qui confirme phtô positivement qu'il ne se trcHnpait pas, en disant que le 16 la ville n'était défendue que par seize mille hommes, ce sont les renseignements bien plus curieux encore que ceux du général Roman Soltyk, renseignements fournis par le général de Bismark, tome XUV, p.J36.

Il en ressort la preuve, d'abord ,

tt Que le général Barclay reçut, le B 16 seulement, dans son camp de 2) Wolskowaja (entre Rudnia et Nudwa), » l'avis de ce qui se passait sur la rive » gauche du Dnieper, et qu'il se mit » aussitôt en marche pour Smolensk. »

Et ensuite ,

<i Que le général Raeftkol ne croyait

» pas qu'il fàt possible de défendre » Smolensk avec les faibles ressources » dont il disposait ; et si, à l'arrivée des I» Français , il ne se retira pas Immé» » diatement sur la rive droite du Dnié- 9 per, il ai fut uniquement empêché » par la crainte que sa retraite ne lui f> fût reprochée comme une làdielé : il » prit la résolution de se sacrifier, de » résister avec courage et de donner à ]> Tarmée le temps d'arriver à son se- D eours. »

« Bagration , qui se trouvait le plus 0 près de la ville, envoya un de seÉ » aidesKie-camp avec le billet suivant :

a Je me bâte; je voudrais avoir des » ailes pour voler à ton second !

» Courage I et que Dieu te soutienne ! » (Mémoires de Raefbkoï.}»

Le général Rogniat, lorsqull écrivit sa réponse, ne pouvait connaître ces documents qui sont venus après la ptH blication de son ouvrage; mais il avait celui du colonel Boutourlin qui dit, tomel, page 358 :

a Au moment où l'Empereur parut » devant SmolenA, la ville n'était dé* » fendue que par quinze miHe hommes » sous les ordres de Raeffskoî ? »

En répondant aux notes de l'Empereur, il avait dû consulter aussi les historiens russes , et on doit le blâmer d'avoir commis ces deux grossières erreurs :

La première , page 202,

« Le général Barclay n'avait qu'un » corps d'observation sur la rive gau- » che du Dnieper, lequel se replia sur » Sniolensk. Napoléon le suivit, et le » 16 au soir, son avant-garde parut » devant cette place. » L'avant-garde française y arriva le 16, avant sept heures du matin , et l'Empereur vers huit heures.

La deuxième , page 203 ,

(( Le général Barclay, instruit du

L'EMPIRE

» mouvement de Napoléon sur la me » gauche du Dnieper, se hâta de chan- » ger son front , afin d'éviter d'être » tourné. Le général firançais le trouva » faisant face au Dnieper, sa droite vis- » à-vis de Smolensk , sa gauche à deux » ou trois lieues sur la route de Mos- » cou. H défendait Smolensk , conune » tête de pont , avec vingt à trente » mille hommes. »

De telles erreurs, et Ton en pourrait dter d'autres, ne sont point excusables. La dernière a été aussi commise par le colonel Rocquancourt , tome III , page 416 , qui a eu le tort de copier presque textuellement le général Rogniat.

Revenons au général Okouneff.

« Les raisons qui ont décidé l'aban- » don de Smolendi , sont-elles péremp- » toires? page iOik. »

C'est ce que Técrivain russe n'explique pas d'une manière assez afSrma-»

tive; car après avoir, dans les pages 104h àll5, qui méritent d'être lues attentivement, tracé avec talent les deux hypothèses que l'armée française avait pour elle, savoir, l'opération du passage du Dnieper avant les combats du 16 et du 17, ou après la journée du 17, il décide imparfaitement la question qu'il a posée, et de plus, nous croyons qu'il s'est trompé en écrivant , page 115 :

(( Le manque de préparatifs à Smo- » lensk ne permit pas aux Russes de s'y » arrêter assez de temps pour se mettre B en corrélation avec l'armée de Mol- » davie. Faute de points défensifs per- » manents , et à cause du manque d'éx>quilibre des forces physiques, les » armées russes ne pouvant prendre » l'offensive , on résolut d'attirer Ten- » nemi au fond du pays et à une dis- » tance hors de mesure de toutes ses » ressources. »

Lorsque le général Okouneff attribue à de semblables motifs l'évacuation de

Smolensk, à notre avis, il prête aux généraux russes des intentions qu'ils n'eurent point ; car s'ils avaient voulu attirer les Français au fond du pays, et si cette pensée avait été dominante dans leur esprit, pourquoi accepter le combat du 17, &cile à éviter, et dont le résultat ne pouvait que leur être défavorable?

Puisqu'ils racceptaient, pourquoi alors envoyer, dans la matinée du 17, la deuxième armée russe derrière la Kolodnia, à huit kilomètres de Smolensk, où elle prit position et d'où elle ne devait être d'aucune utilité à la première, faute dont le général Okouneff ne parle pas? Elle méritait pourtant d'être signalée; car, si le général Barclay voulait livrer bataille sous les murs de Smolensk, toutes ses forces lui étaient nécessaires. Dans le cas contraire, la lutte du 17 était inutile; il fallait suivre le mouvement de la deuxième armée ?

Il semble donc, que les véritables causes qui engagèrent le général Barclay à abandonner Smolensk, contre l'avis du prince Bagration et des principaux oflSciers des deux armées, ne sont point celles indiquées par le général Okouneff; mais, comme le dit le colonel Boutourlin , tome II, page 453 : tt On croit donner plus de relief à » nos armées en voulant que notre re- » traite , depuis le Niémen jusqu'à 0 Moscou, ait été exécutée en vertu » d'un plan profondément combiné.

» La vérité est que, nous trouvant trop » faibles, nous nous sommes d'abord » retirés jusqu'à Smolensk pour réunû* » nos deux armées , et puis de Smo- » lensk sur Moscou pour nous rappro- » cher de nos ressources. »

Cette observation du colonel Boutourlin réfute victorieusement celle du général Okouneff; mais ce qui la réfute

JUh

bien plus victorieusement encore, c'est te qu'il a lui-même écrit , pages 117 et 118, sur l'intention du général Bar^ day de livrer bataille, d'abord à Dorogobouje, ensuite à Viazma , et enfin à Tzarevo>Zaimichtche, dont la position lui parut avantageuse pour une grande lutte.

Comment, il prétend que le général Barday abandonne Smolensk, pour attirer l'armée française au fond du pays, puis il écrit :

« La retraite commencée, le général » en chef songe, du 19 au 29 août, à » s'arrêter pour combattre son ad- » versaire ; mais les positions ne lui » paraissant pas favorables , chaque » jour il les abandonne, jusqu'à ce » qu'enfin celle de Tzarevo-Zaîmicht- » die vienne lui donner la facilité TU d'exécuter son projet. »

Nous aurions pu , en raison du fait peu important, nous abstenir de réfuter l'opinion du général Okouneif , mais nous avons dû le foire, afin de démontrer de nouveau que la Russie ne fut point sauvée par l'habileté de ses généraux, ainsi que l'ont voulu plusieurs historiens.

Le général Okouneff a écrit, pages 116 et 116 :

« Qu'en évacuant Smolensk, la pre- » miëre année russe exécuta sa re- » traite en deux colonnes par la route » de Smolensk à Saint-Pétersbourg, au » lieu de prendre la route directe de » Moscou, longeant la rive droite du » Dnieper : mouvement excentrique » qui fut nécessité par la possibilité » que les Français possédaient d'in- » quiéter la retraite de la première ar- » mée, en étaUissant de fortes batte- » ries sur la rive gauche. »

Le motif que donne Técanvain russe, pour justifier cet ordre de marche, ne peut ôtre accepté pour valable, parce vn.

que les dispositions du général Bar> clay étaient si mauvaises, que, sans plusieurs circonstances où sa volonté ne fut pour rien, une partie de son armée était anéantie.

Le général Barclay , après avoir abandonné Smolensk, au lieu de sui^ vre la route qu'avait prise, le 17, la deuxième armée , se dirigea vers le nord par celle de Saint-Pétersboui^, pour se rabattre ensuite par des chemins de traverse sur la grande route de Moscou. On doit supposer qu'il ne vit pas d'abord dans quel immense danger il se jetait , en feisant parcourir à son armée un grand cercle, dont Farmée française tenait la corde. Mais il se hâta de modifier ses premières dispositions , quand il ac« quit la certitude qu'il était compromis.

Quelques historiens de la campagne de Russie disent , comme le généra!

Okouneff, que ce fut la crainte des batteries françaises qui fit prendre au génénd Barclay la décision que nous blâmons. Ce motif peut paraître plausible ; cependant nous ne voyons pas pourquoi la première armée russe aurait couru plus de dangers, en traversant, dans la nuit du 17 au 18, la portion de la route de Moscou qui côtoie le Dnieper pendant l'espace de six kilomètres, que la deuxième armée, dont la marche vers la Koloddia se fit par le même chemin le 17 à quatre heures du matin, c'est-à-dire au grand jour.

La retraite des Russes, dans la direction du nord, était donc fautive. Entreprise pour éviter un danger, elle les rejetait dans un danger plus grand.

Le général Okouneff dit, page 116 :

« Ney, qui passa le premier le Dnié- » per, poussa en avant par Stabna et » Gorbounovo ; il fut suivi par la cava- » terie du roi de Naples. »

l'incertitude où se trouva Tempereur Napoléon sur la marche de la première armée russe (incertitude qu'on ne peut lui reprocher) , fut d'autant plus fâcheuse qu'elle ne lui permit pas de profiter de la faute commise par son ^versaiie : fauta si grave , qu'elle plaçait ce dernier dans une position bien plus critique que sa retraite sur le camp de Prissa; n^i^, heureusement pour lui, l'Empereuf* rignora complètemiçnt.

En lançant le maréchal Ney sur les traces de l'fu^rièr^garde du général Barclay, plutôt que de le diriger sur b route de Moscou, il ne put devinei?

que cette mesure, indiquée par ]^ re^ traite des ennemis, serait une des caur ses de leur salut; car, comme le dit, avec ju3te raison, le général lominj,, tome IV, page 48 :

(( Si le maréchal Ney, au^ lieu de D prendre la direc^on de Gorbounovo», » où il attaqua lesdeirnièr^ troupe de )) Baggowoutb , eût marché droit à )) Loubiqo, par la route de Moscou,, il » y arrivait en méine temps que les » fusses eng^és dan^ leur large mou- )) vement de ilanc. »

En seraient-ils sortis victorieux?

Peut-on assigner une limite aux pertes qu'ils auraient faites? Nous ne le pensons pas.

Quant à la cavalerie du roi de Naples, c'est à tort que le général Okouneff lui fait suivre le mouvement du maréchal Ney sur Gorbounovo; elle avait, au contraire, pris la route de Moscou, où le maréchal Ney la trouva lorsqu'il s'y rabattit.

Même page 116, le général Okouneff prétend :

fc Qup le huitième corps frapchit le w Dnieper à Prouditchevo pçi^r toi^rr )) ner la gauche dos Russç§; mais ^^ n'ayant point reçu d'ordre direct d«

}^ Napoléon d'engager eea troupei tant » de suite après le pillage, le généial Sw » pot resta specti^taor înaetif des eflbrto » réitérés de ses oompagnonad'armet.»

Apr^ les détfûis si précis , a) eireonar tanciés que le gtoétml Gûuifjaad avait 4oiuié!S dana SOI) Qttviwgc^, pagaa m et 173, sur ce qui s'était passé entre lui et le général Junol , le j0^r d« oonM de VidQutiM, il n'était plua permis an g^ néral Okouneff, vA à auouB autve ktak torien russe, de dire qut

^ Le générdJimot resta ioaetif après 9 son pMsage du Dbiéper, paroe fa'8 » n'avait pas reçu d'oiAre de l%n|pe« )> reur d'engager ses troupes. »

NoKs ne covqprenons dono poîpt, poivrqim eu 1839t, épocpie où ont parv ses çonatdémtîoBS, le général Okouuei n'ci pas accepté pour vBaia les fiûtachés en 1825 par le général Ckmigaud, c'estàf^re quatre anapluatdt: âôts d'une portée iaunenae; fiuAs qu'on Be^peut phis f^oquer en doute et qu'tt bmn dpaift qoii^toujt le monde eonaftt, pwM qu'aHJo^rd'hiii il e^t awéré (|u& cette inaction dagéséral Junot (due d'Abrai^ tès)^ doot Ift valeur eh^atsiesqiM ai l'audace avaient été jusqu6*»là si ve** mangiables, fut TuniquiB cause de ce qu'une grande partie de b^pnemiève arm^e russe nemit pomi bas lea armes au combat deValoulina»

Cet épi^e étant» sans contredit^ un^ des plus importants de la.campagnedo Russie, noùSkUe pouvons le bisser pas* ser san$. l'examiner sous toute» ses faces , s^ns répéter. les observationa dfe» historiens Boutourlin, Jomini, de Chafnbray, ^ I^abaume, Bocquancourt, deFezensac, Âibert du Gasie, qui .en ont.parlé, e4aans jouter qu«i la version si caractériati^ua du général Gourga^d est'confirmée par l^génétol ft«i)fi» d«A9 lesNéntfireadiifuel ontitv pme.91 :

« Junoft a £ût manquer la plus belle » occasion de la campagne ; il est cause 9 que l'armée russe n'a pas mis bas les » armes. 9

Par sir Robert Wilson, qui a écrit, page 57:

a Junot perdit à Valoutina le plus beau jour de sa vie. »

Par le général Jomini, dont la page 103 du tome lY'' renferme ces mots :

« Il faut attribuer la mollesse fà- » cheuse que montra Junot au prélude D de Taliénation mentale dont il fut » frappé plus tard et dont il mourut. »

Et enfin par le généml de Bismark, lequel prétend, page 141 :

a Que rSmpereur, arrivé le 20 août, » à trois heures du matin, sur le champ » de bataille de Valoutina, en examina » la position , et adressa les plus vifs » reproches au général Junot, dont » la folie n'était pas encore décla- » rée.»

Yoilà certes des renseignements bien précis, que dans nos observations nous croyons pouvoir augmenter par d*autres renseignements non moins positifs.

Il faut en convenir ; malgré soi , on* éprouve un vif sentiment de peine quand on voit à quoi a tenu la destinée d'une pallie de l'armée russe; car, on ne saurait le répéter et le pro« clamer trop haut, cette lutte devait changer complètement la marche de la guerre, et comme, dans ce cas, il est impossible de calculer quelles en eussent été les conséquences, il faut déplorer un incident en dehors de toutes les prévisions humaines.

Cette conduite si extraordinaire du général Junot mécontenta tellement l'Empereur, qu'il prescrivit au major^[énéral , le prince Berthier, de lui ôter le commandement du huitième corps et de le remettre au général Rapp ; mais des amis du général Junot

étant intervenus, ils firent revenir l'Empereur de sa décision.

On ne manquera pas de répondre que la narration du général Gourgaud est contredite par la copie d'une lettre que la duchesse d'Abrantès aurait trouvée dans les papiers de son mari, et qui a été reproduite dans ses Mémoires, tome XV, pages 2T7.

Notre impartialité veut que nous transcrivions cette lettre adressée à l'Empereur, et datée de Moladetckeno le 3 décembre 1812 (trois mois et demi après le combat de Valoutina). Nous en donnons ce qui est relatif au combat du 19 août, tout en prévenant le lecteur, que cette impartialité veut aussi que nous fassions connaître ce que le général de division AUix a écrit sur le combat de Valoutina, dans le tome V% pages 601 à 603, du Journal des Sciences militaires. Faisant alors partie du huitième corps, en qualité de général de brigade, son opinion a une grande valeur;. aussi nous la reproduirons en entier, parce que la vérité sur cette époque n'étant pas établie pour tous , il importe que ce document fournisse sa part de lumière et contribue à détruire le doute qui existe encore.

Voici la lettre du général Junot:

a Nous passâmes assez lentement à » causedenotre artillerie, les rampes du » pont étant très mauvaises. Les chc- )) mins que nous avions été obligés de » faire, nous ayant beaucoup retardés » aussi , je ne pus déboucher du bois » qu'àdeux heures et je pris position.... » Je n'avais reçu aucun ordre de corn- » battre, j'ignorais même. Sire, quelles » étaient les troupes qui se battaient k » ma gauche; mais après une demi- » heure, et lorsque la division Gudinar- )) riva, lefeuayant commencé beaucoup » plus fort, je montai à cheval et passai

» un ravin que j'avais devant moi, avec » deux bataillons et ma cavalerie. J*ar- » rivai sur une superbe position en ar- » rière de l'ennemi. La plaine ou plu- » tôt le plateau qui nous séparait de » Tarrière-garde russe était couvert de » tirailleurs et de cavalerie. Néan- » moins, persuadé que nous pouvions » être utiles à Tattaque de front, je fis » passer une petite avant-garde, qui D reconnut que rartillerie devait re- D faire un pont dans un village à » droite pour pouvoir passer , ce qui » fut exécuté, tandis que j'envoyai Tor- » Are au huitième corps de venir me » joindre en entier et le plus prompte- » ment possible..... Il y a lieu de » croire qu'il manque quelques lignes » à cette copie de la lettre à l'Empe* » reur , mais elles sont peu impoi^nji tes.»

Il est bien évident, en admettant que cette lettre ait été réellement écrite et envoyée à l'Empereur, trois mois et demi après l'événement, ce qu'il ne faut pas oublier, que, si d'une part, le général Junot a pu dire , « qu'à deux » heures il prit position et qu'il n'avait D reçu aucun ordre de combattre » (ce qui était possible avant le passage du Dnieper); de l'autre, il a gardé le silence le plus complet sur les instruc^ tions de l'Empereur apportées plus tard, d'abord par l'officier d'ordonnance Gourgaud, et ensuite par le général comte de Lobau, dont il n'a pas encore été fait mention, et dont nous parlerons ailleurs.

Il est bien évident encore , que le huitième corps resta sans bouger depuis deux heures , jusqu'au moment où la division Gudin entra en ligne, vers cinq heures du soir et non deux heures et demie, comme le prétend à tort le général Junot dans sa lettre.

Nous disons à tort, car il est consttmt.

L'EMPIBE.

d'après le cdonel Boutburliû, le gêné* rai Jomini, le général de Ghambray 6t d'autres historiens, que c'est vers cinq heures que la division Gudin commença son attaque. Comme la différence entre les deux versions méritait par son importance d'être vérifiée»

nous nous sommes adressés au maréchal Gérard, qui, en qualité de général de brigade , prit le commandement de la troisième division, sitôt après la blessure à mort du général Gudin. H nous a répondu que l'attaque eut lieu vers cinq heures. Nous avons donc raison de signaler cette erreur inconcevable du général Junot , parce que c'est dans l'intervalle de deux à cinq heures qu'il résista, non seulement aux ordres de l'Empereur, mais encore aux sollicitations de tous les généraux de son corps d'armée, et surtout à celles du roi Murât qui, voyant son inaction, quitta la position où il était et vint lé joindre en remontant le Dnieper. Du plus loin qu'il le vit : « Pourquoi n'at^ » taquez-vous pas? lui cria-4-il; vous » êtes dans la plus favorable position » pour seconder Ney. — Je ne le puis, 1» répondit Junot, j'ai ordre de prendre » position sur la rive droite du fleuve » immédiatement après mon passage* » {Général de Chambray, tome /«', pagi » 324). »

À cette réponse du général Junot ^ qui n'est point complète, nous ajoute* rons ces mots : « D'ailleurs mes troupes » ne veulent pas avancer. — Cela n'est » pas possible, s'écria le roi Murât, et » je vais te donner la preuve du con«' » traire ! » Se mettant alors à la tète d'un régiment de cavalerie westphaliennc, il le lança jusque sur la route de Moscou; i^uis revenant auprès du général Junot , il lui dit : <c Avance main* )) tenant, les Russes sont perdus ! Ton » bâton de maréchal est au boutl... »

Ce fUt nous a été rapporté par le chef d'esoadron Priant, aide-de-camp de son père, et qui se trouvait auprès du roi Muret au moment où se passa cette scène extraordinaire. Il nous a affirmé avoir vu et avoir entendu.

Le général Rapp, auquel l'Empereur donna directement Tordre de prendre le oommttQdement du huitième corps, tient, pages 190 et 191, un semblable langage. Ce sont les mêmes paroles fiunilières du roi Murat.

Il est bien évident, enfin, que le général JuBot était arrivé sur une superbe position en arrière de Tennemi (il en convient dans sa lettre); quila été le maître d'utiliser cet heureux mouvement ; qu'il ne l'a point fiiit, et que si le combat de Valoutina n'a pas donné pour résultat la destruction d'une partie de l'armée russe , c'est à lui seul qu'on doit l'imputer.

Le lecteur a pu s'en convaincre par les faits divere que nous venons de relater , et nous pensons que sa conviction prendra encore de la force par suite de la narration du général Allix, qui trouve ici sa place, et surtout par ce nouveau témoignage d'une grande puissance, que nous lui présentons, par celui, en un mot, du maréchal comte de Lofaau, lequel nous a assuré dans le temps , que non seulement le général Junot reçut un ordre direct d'agir, mais que lui-même lui en porta un deuxième qui ne fut pas plus écouté que le premier. En nous donnant ce renseignement, le Maréchal igouta : « Sans une déférence que » j'avais pour le général Junot , plus » ancien général que moi, je me serais » mis à la tête des Westphaliens pour » les conduire à Tennemi. Depuis ce » moment je regrette et je regrette- » rai loujoure de n'avoir point suivi V cette inspiration. » Ces paroles jd'un

homme comme le maréchal de Lobau, qui confirmaient un épisode remarquable de la campagne de Russie»

avaient une trop grande valeur pour qu'elles ne se fussent point grevées dans notre mémoire; aussi, nous sommes certain, en les faisant connaître aujourd'hui, de les reproduire comme elles ont été prononcées, il y a plu-^ sieurs années.

Quant au général Allix, voici dei quelle manière il s'exprime :

« Le huitième corps, après avoir » franchi le Dnieper et après deux » heures de marche, se trouva en vuîj » de la grande route de Moscou sur » laquelle Tennemi rétrogradait en » toute hàtè vers Valoutina , où son 9 arrière-garde était aux prises avec » les troupes du maréchal Ney. Mar- » chant avec l'avant-garde et ne voyant » pas, dans une circonstance aussi pré- »cieuse, arriver le huitième corps, » je retournai en arrière , et , à mon » grand étonnement, le trouvai arrêté » à une distance non loin de son avant- » garde, les armes en faisceaux et fai- » sant troni en arrière. Je me rendis » aussitôt auprès du général Junot, » auquel je fis part de la situatibn des » choses en le sollicitant de se porter » en avant. Le général Junot me ré- B pondit qu'il ne le pouvait pas, parce » que l'ennemi était sur ses derrières » et marchait sur lui , ce qui était im- 9 possible, puisque le huitième corps » était couvert par le fleuve qu'il ve- » nût de passer. Enfin» à force de sol- 9 licitations, tant de ma part, que de 9 celle du général de division Thar- 9 reau, qui commandait la première 9 ligne du huitième corps, le général 9 Junot se détermina, non sans peine, 9 à se réunir à son avantgarde.

9 Arrivé dans cette position, qui » était à trois quarts de lieue en avant

L'BMnill.

»d8 Valouiifta> c'était h dereir et » Jiijhot de mâroh^r sur les denrièret » de rennetni; nmiB il K'opiniàtrt, mal* » gré les repréeentfttkmi des officiers » son» ses ordres, à rester dans la po* » siUon de Tavant-garde» Il y était de^ » puis plus de quatre heures , lors^ s qu'enfin > Ven les cinq heures du » soir^ le roi de Naples vint au corps » d'armée. Il lui fit des reproches très s Vifs de son inaction, luaot se coun tenta de répondre qu'il n'a^t point j» d'ordres. Enfin, bi«*s une discus- » siofi très vivo, et n'ayant pu dAtermi-^ » ftèr Junot à marcher à l*onnenii^ le » roi de Naples se détourna vers nous, ^ et nous ifit : « Marches, vous autres» » et làiss694e là. Le général Tharreau » pHt le commandement et exécutait » le mouvemeut. Nous n'étions plus » qu*à un quart de lieue de la grande D route^ lorsque Junot vint nous re^ » Joindre ; il reprit le commandement, » et au lieu de continuer la marche )» commencée , et qui était si utile , il n arrête de nouveau son ootps d'ar-- » mée et le maintient dans une posi^ » tion, d'où il vit passer les troupes » russes qui avaient «combattu à Tatou^ 9 tina, sans chérdier même à apporter )V le moindre obstacle à leur retrâitOi» Ce document, qui indique si bien toutes les phases de Tinaction malheureuse du général Junot > pendant la journée de Yaloutina , quoiqull ne parle pas de son entrevue avec Tofficier d'ordonnance Oourgaud, donne pour^ tant une grande force à la version de ce dernier; aussi, on comprendra que nous avions raison de dbo qu'il n'^t point permis au général (Ncouneff d'ossigner à la noti-H^oopération du gêné* rtd Junot la cause qu'il lui donne; assertion d'autant moins exacte qu'il connaissait les narrations des généraux AflixetGourgaud.

Qu'il se soit trompé on oslte oirconstance, conmie Russe i son erreur est presqu'oxousdde; mais que les historiens français , la génénJ de Ghambray, le colonel Bocquancourti le commandant B. Labaumo, le géoé* ml de Fesensac et le dqpîtaiM AUsert du Cassoi prétendeati ^doux |m^ nders, a que le général JidMt ne pro^ » fltn pointée son lie«rmso position « » paroe qu'il n'a^t pas reçu d'oi^ » dres, D et les trois ouiresi « qu'A at » prit point pntà khitte de VakmtiÉa, » parce qu'A s'étak égaré ou avnit » ohongé do direction; » œ sont des opiDsons que nous devons eoasbattre{ car les AiiSs ont ou itfio si grands ian porUttOe^ et ils ont été préesntés, «veo un tel oaohet de vérité, par les géné-^ muït kVbL et Goui^aud, que ne psa y i^oiMer foi, co oeiuit de k paitiaMléi Si ces historien épronvaionl du douta,, a Csliait alhir à la souiM, ils oo aersiont sans doute oonvitaicns ; ù^ an oon*> tnâre, ils temnent 4 ne pn s'éclsirsr (OS que l'on peut dMidicniani odnsaS tre) , ils devoiont alars a^Astenir et ïm pas Màmer t'Eroporsurd'isne AnSe qM commettait un de ses i

Voyons donc oansm^it s'^ les historiens sUr <ye sujet

1«» te général doChaiiiliray, «enssi», pageStt;

« Les BuUeiins «nnçais puliièvent » que llnsiotion ée ianot avutt oansi » le satart do Barday. Ce reprocha ra» n Jaillit wr Napoléon, cnr il ponusil, v^iei moins d'une denn4Nnre>, ftrira » pai^tnÉf désordres à ee général, d »il n'en tt rien; a'iUûl éésbé que » Jnnotnttsqnlil l'OMeni^ il n^sit pas d Ml rétrograder lIofnAd,doift kinar-' n che était ignorée des Busses, «t iqui » allait déboudier «or leurs denéènB.

» Junot pensa^ uv^c raison, •que ^apo- » léon désirait qu'il losflt <

CAHPAONC tm i812.

B^mi) p«i9(i|u1l m lui envoyait pas * l'ordre d'attâqUer. »

Sa térllé, OU fie comprend pas éMBomi te général de Ghambray, qui ddlinriéÉidt les récits dés généraux kU Ifat et Gourgattd, a pu écrire : a Que n Junot peuM atec raison qu'il devait it Itatet* dans TinacUM , puisqu'il ne lé Yeeevali pas d'ordres ; » tnais en adilMtiknt qu'A n'ait voulu tenir aucun compte des renseignements prédeux Mmis par dkM généraux, appartemull, eotnmé lui, à l'arme de rartilerie, ne devait^il pas se rappeler qu'il dOMe, luMnéme, tome I*", page 926, le détail dé la scène qui eut lieu entre lé M Murât et le général Junot ; puisqu'il nous faisait connaître ces paroles cRi Bol r <x Pourquoi n'attaquez-vous » pas ? vous êtes dans la position la » plus favorable pour seconder Ney ? » le général de Chambray aurait dû concevoir que ces mêmes paroles étaient plus que suflSsantes pour déterminer le général Junot à agir ; que, dans ce cas, 11 était Uen possible qu'il outrepassât ses instructions, mais qu'elles étrient pourtant de ceBes qu'un général, Rvré à lui-même, peut modifier, suivant les circonstances; et que si, en se portant en avant, au lieu de rester dans l'inaction, il commettait une faute , elle était néanmoins rachetée par les immenses résultats qu'elle conttfbtfaii k tare obtenir. Est-ce que d'sSHeurs foute la responsabilité n'en était pas acceptée par le roi Murair

Toutefois, nous devons faire obseN ver que ce n'est pas positivement la craMe ée dépasser ses ordres, qui arrêta le générai Junot, puisqu'il convient, dans sa lettre du 3 décembre à l'Empereur , m qu'arrivé sur une su- » perbe posîlten en arrière de l'ennemi, A et persuadé quH pouvait être utile à

» l'attaque de front , il se porta en » avant. »

Pourquoi donc cette heureuse inspiration d'un moment ne dura-t-elle pas ? Parce que le prélude de cette cruelle maladie, qui devait l'enlever, et dont on trouve la preuve dans ses paroles et sa conduite pendant le combat de Valoutina, vint malheureusement paralyser sa bonne volonté et son courage, jadis si beau et si chevaleresque.

Le général de Chambray, en s'appuyant sur l'ordre envoyé au général Morand (première division du premier corps) de rétrograder, afin de démontrer que l'inaction de Junot rejaillit sur l'Empereur, n'a point fait attention que la position des deux généraux, n'étant pas la même, les mouvements de l'un ne peuvent servir de base pour condamner ceux de l'autre. En effet, si on examine ce qui s'est passé, il sera fitcile de s'en convaincre; surtout, lorsqu'on lira ce que le général de Chambray a lui-même écrit sur ce sujet, tome I'', pages 327, 328 et

(c Le général Morand , en sortant de » Smolensk, avait pris un chemin de » traverse, qui , partant de la grande » route de Moscou, le conduisait par- » delà le flanc droit des Russes que le » maréchal Ney poussait devant lui.

)) L'Empereur ayant appris que le » nombre d'ennemis augmentait 'et » que Ney était réduit à la défensive , » envoya la division Gudîn à son se- » cours, et craignant que Morand ne » fftt compromis , au lieu de le faire » suivre par les divisions du premier » corps , il lui fît donner l'ordre de ré- » trograder. Le général était alors enp gagé dans un bois de sapin impratî- » cable ; ses troupe^ étaient entassées » sur un chemin si étroit, que l'artille-

LEMPlRf.

9 rie fut obligée de le suivre encore » pendant deux kilomètres, escortée » par un seul bataillon , avant de trou- » ver une place où elle pût exécuter » son mouvement rétrograde. L'en- » nemi ne parut point. Lprsque Tordre n de Napoléon parvint à Morand, il se » trouvait à la hauteur du lieu où Ton » se battait; encore une heure de mar- B che et Ton allait déboucher sur la » route de Moscou , en arrière des » Russes. Il fallut rétrograder, et la » fortune , qui a tant de part aux évé- » nements de la guerre , sauva ainsi » Barclay d'un péril extrême , sans » qu'il en ait peut-être jamais eu con- » naissance ; car on ne parla point de » ce mouvement dans les Bulletins, et » il n'en est point question dans les au- » teurs qui ont écrit sur la campagne i> de Russie. »

Maintenant le lecteur comprendra facilement que si l'Empereur avait eu de bonnes cartes, et s'il avait pu connaître, par des renseignements certains, la véritable position et les mouvements de l'ennemi (le général de Chambray, tome I, pages 307 et 324, est convenu que cela ne lui fut jamais possible en Russie), cet écrivain blâmerait avec raison l'Empereur de Tordre qu'il fit donner à la division Morand de revenir sur ses pas. Mais pouvait-il deviner, que ce qui lui parut un faux mouvement qui compromettait cette division, produirait, par l'effet du hasaid, justement tout le contraire ? U lui était donc moins facile de prévoir qu'il se trompait en arrêtant la marche du général Morand , qu'au général Chambray de le dire après les événements.

Quant au général Junot, il se trouvait dans une position toute différente.

11 avait passé le Dnieper à Prouditchevo d'après les ordres de l'Empereur, qui savait très bien que la première armée

russe, après Tévicuation deSmolanak, n'avait pas pris la route directe de Moscou. En prescrivant au général Junot de venir s'y placer, il ne craignait donc point qu'il y fût comjMromis par un mouvement de l'ennemi sur cette direction non occupée ou lisiblement occupée; tandis que la marche du général Morand le portait au milieu de toute Tarmée russe passant de la route du nord sur celle de Moscou.

D'après ces explications, noua pensons que le gtoéral de Giambray a tort de dire :

« Que le reproche d'inaction adressé » par les Bulletins au général Junot fe- )) jaillit sur Napdéon, qui ne hii fit » point parvenir Tordre d'attaquer. »

Et que le colonel Bocquancourt commet la même faute en écrivant, tome III, page 440 :

« Junot ne prit point part au com- » bat, parce qu'il fut effrayé d'agir sans » ordres. »

2<> £. Labaume.

Nous nous serions abstenu de parler du récit de cet écrivain, s'il n'avait pas voulu lui donner une valeur historique officielle, en citant les treizième et quatorzième Bulletins; mais l'appui qu'il demande ne nous permettait pas de garder le silence; pai*ce qu'ainsi que nous Tavons déjà dit, l'épisode de Valoutina a exercé une trop grande influence sur les destinées de Tarmée française , pour ne pas rétablir, dans toute leur vérité, les faits qui s'y rattachent.

Par ce motif, nous devons réfiiter cette version de la page 112 :

« Le 19, vers quatre heures après- » midi, la fusillade s'engagea de nou- » veau. Le général Junot, qui s'était D égaré sur la droite de Smolensk, fit x> un faux mouvement, et ne put se » porter avec assez de promptitude sur 9 la route de Moscou , pour couper

CAIIPA6NK Dit MIS.

ukrelniteàiiasaâvemires.» 18* et li'BuUelins.

L'erreur quecommet le commandant Latiaume est d'autant plus remarquatde , que pour prouver la véracité de ce qu'il écrit, il se sert de deux Bulletins qui ne disent pas un seul mot du bux mouvement qu'aurait fait le général Junot pendant la journée du 19.

Celui qui est attribué au huitième oorpst et dont il est question dans le treizième Bulletin, daté de Smolensk, du 21 août , Moniteur du k septembre 1812, où Ton trouve ces mots :

« Le général Junot s'était égaré et » avait iait un fiiux mouvement , »

Concerne la journée du 17, pendant la lutte de Smolensk, et non le 19, jour du combat de Valoutina.

Quant au quatorzième Bulletin , il est si précis qu*il n'est point possible de s'en servir, afin de prouver que si le général Junot ne prit aucune part sérieuse à la lutte , c'est qu'il s'était égaré et avait fiiit un faux mouvement. Nous transcrivons un paragraphe de ce Bulletin :

« Le général Junot... avait passé le » Dnieper à deux ligues sur la droite de » Smolensk ; il se trouvait déboucher » sur les derrières de l'ennemi ; il pou- » vait , en marchant avec décision , in* » tercepter la grande route de Moscou, » et rendre diflScile la retraite de cette » arrière-garde. » Smolensk, le S3 août, Mimiteur du 5 septembre 1813.

Qu'un historien, qui n'a pas toujours la possibilité de s'éclairer, se trompe, on peut admettre l'excuse; mais que Ton fiisse des erreurs semblables à celles que nous signalons, lorsqu'on s'appuie sur des précis historiques, c'est ce qui ne peut être accepté, et mérite le blÀme le plus sévère. Elles prouvent avec quelle légèreté le commandant B. Labauipe a écrit sa rela-

campagne de

tion complète de la Russie.

3<^ Le général de Fezensac.

Cet historien semble abonder dans le sens du commandant E. Labaume, en disant, page 33 :

« Le huitième corps avait reçu l'ordre » de passer le Dnieper au-dessus de » Smolensk; ce corps d'armée resta » encore en arrière, et son absence » empêcha de compléter le succès de » la journée; j'ignore quelle cause re- » tarda sa marche ou fit changer sa » direction. »

Puis ilajoute :

» Quoi qu'il en soit, l'Empereur en » garda rancune au général Junot, et » refusa de le recevoir la première fois » qu'il se présenta devant lui.

» Le troisième corps déploya dans » cette journée une valeur û brillante, » que les Russes crurent avoir affaire à » la garde impériale; TEmpereur, qui » avait été prient au combat, retourna » le lendemain sur le champ de ba- » taille ; il passa en revue sur le ter- » rain , et au milieu des morts , les » troupes qui avaient combattu la » veille. »

On ne comprend point qu'en 1819, date de la publication de son journal, le général de Fezensac ne soit pas encore fixé sur cet événement si majeur de la campagne de Russie, et qu'il ait écrit:

« J'ignore quelle cause retarda sa » marche ou fit changer sa direction. » Cette ignorance ou cette erreur est d'autant plus extraordinaire, qu'au moment du combat de Valoutina, il était aide-de-camp du prince Berthier, par conséquent il faisait partie de la maison militaire de l'Empereur. On s'étonne , puisqu*il convient que ce démi^ refusa de recevoir le général Junot, que lui, attaché au Major-

iU

L'SIIHM.

général, ne se aoit point préoccupé du motif d'un tel refus , qui , en rai^ son du personxiage, éuât assez significatif pour produire une certaine sensation dans Je grand quartier-général, où des événements de cette nature devaient être commentés de toutes les manières.

Notre observaUon ne s'appliquant qu'aux années qui se sont écoulées de 1813 à 1825, rignorance du général Fexensac pourrait, aubescûni s'expli* quer et s'admettre; mais de 1825| époque où l'on a connu l'ouvrage du général Gourgaud, à 18&9, elle paraîtra étrange.

Quant au deuxième paragraphe de la narration du général de Fesensac, il y a deux erreurs que nous devons si* gnaler, afin de rendre à chacun ce qui lui appartient.

Ce n'est point particulièrement du troisième corps d'armée , sous les ordres du maréchal Ney que le général Barclay a voulu parler en écrivant dans son rapport « que ses troupes se sont » battues contre la garde impériale , )> mais de la troisième division du premier corps, commandée d'abord par le général Gudin et ensuite par le général Gérard ( division dont le général de Fezensac ne dit pas un mot). Sans nul doute le troisième corps contribua puissamment au succès de Yaloutina; mais pourtant, on ne peut lui accorder la plus belle part de cette affaire, ce que l'Empereur reconnut bien lui-même le lendemain , eu comblant d'éloges la troisième division du premier corps et en lui accordant de nombreuses récompenses, sans toutefois oublier le troisième corps d'armée.

L'Empereur ne fut point présent au combat de Yaloutina, ainsi que le pré^ tend à tort le général de Feiensao:

seukH&ent, impatieiit û'êmàt ém tt^^ velles de la retraite de l'ennemi » 9 wé porta à une lieue da SmolcDdc, d'où il donna ses ordres et rentra ensuite à Smolensk vers cinq heures. D en par^ tît à trois heures du matin pour ie champ de bataille, mais encore une fois, il n'assista pas à it lutte de Vakm* tina. Si l'Empereur eût été sur les lieux, il est certain que les fidts se se» raient passés d'une autre manière, Otf il est impossible d'admettre qu'il n'efti pas utilisé l'admirable position du hm* tième corpB^ Aussi, on peut diroi sans crainte de se tromper, que ce fut un grand malheur, qu'un choc qui ne dut paraître à l'Empereur qu'une afflûre d'arrière^garde, n'eXH géant pas sa présence, devint une lutte où elle eût été si nécessaire.

k"" Le capitaine Albert du Casée, page 3ia.

Parlant de raffiûre de Yaloutina, il a écrit:

« Les Wes^iihaliefls (quatorze miHe » liommes], restés sans autre ordre que » celui de se maintenir dans leur posi- » tion, ne prirent de part à l'aflah^e » qu'en envoyant quelques boviets à » l'ennemi. »

Puis, même page, vient cette Acte que nous copions :

tt Le colonel BoutourHn prétend » (page 280) , que ie huitième eorps ne » prit pas part au combat parce qull » fit un feux mouvement et s'égara ; » le BuUeiim de Im Gramde'Ârmée , où y> il est question de ce fait et dans 0 lequel Napoléon semble rspiocher à » Junot son inaction, prouve que l'a»* » teur russe a été induit en erreur en » cette circonstance. Du reste, la ftiute, » si faute il y a, ne saurut être attri- D buée qu'à l'Empereur hii - même, D qui , laissant le général Junot sans D ordre d'attaque, lui At Gi%\m lom

GAMPÀSIII l'fl tÊfMà lÉuiB «es »|MJ6l» Al coaserver le bailiènie » Mr|» w obeervatioii wt comme ré* ]iMr?e. »

Le wpila&iie du Ceeie a rmoa de en qw le eolonel Boukniriiii 8*eil ttompé en attribnnt h aoii*«coopére^ du huitième eorps à un Émx ^'il aufiii Êûl , mais il B'mi mt i^Ies aiasi quand il ajoute :

« iâ ftnte, «i Imte il y «, ne eaundt s «Ire «ttribuée qu% l'SnqpeMu* toismAme, ele. »

Si Imie il 71. Cerlaincmsni il yen ont «ne * oommiBeà VekmtiDa. Une iiMWmae, peuMire h plus grande de toute la eampegne ; car sans elle tnnte'Qittq à quanuite mille Russes poNKViient être fliits prisonniers , ou du meinS) mis dans un tel état de dean action^ que ia force de Fermée emoemie en eftt été affaiblie an point de m pooMir {dus espérer k moindus dianoe de snccès. liais 11&praober eette iaite à rSmperoar , et le reprocher en 1852 , quand un ri gmnd nombre de documents etistent pmaepnmmt le contraire, c'est une er»

iMDr que nous devions signaler, et cala etvee d^sotant phm de raiaim, que tous 1« hiatmens de la campagne deBMsie^qm ont parlé du eombat de Tahmtina^ ii'ont point fttil remarquer qn'il anrait dA changer les destinées de Amée française et par suite cefles deleAramce.

Le yinéral Okouneff termine son appféeiatioii du eondiat 4e Yaloutina p«eesmQ(t8,pagell«:

«Lm mouvements des français fch » rent paralysés par la courageuse per- »)«éeéraiice de la première armée.

» Encore une fois, les Russes comlmt^ » tirent un contre deus^ et cqpendanti D leurs efforts furent couronnés d*un ntncc^eempiet. »

LecénérelOkmmef n*a|^ écrire^ mns altérer étrangemenl la vérité ^ «qne ka efforts des Ensses ftunaai » couronnés d'un suecès eompiit, a puisqu'ils ne sortirent peint, sans éire cruellement mulilés, de latnisae po^ siEion où le général Bardey les avait plaeés; de même qu'il n'e pas été plus véridique quaâd il a prétendu « que les mourements des Français » furent pamtyséa par la counssnae )) persévérance de leurs adversairesi qui » nnraîent oooAnttas on conire deux.»

Si, dans eette lutte adonraUe, la dé* fense des Russes fut vigoureuse» on est forcé de convenir qde Tattalpie des iYançais fut plue \igimreuee encore. On en trouve la preuve dans le rapport du général Barclay. Ne ditr^l pas « qu'à Yaloutina ses troupes se h^ » tirent contré la garde impériale ? » Sans mil doute, cell&HÛ étak digne de jouer le rtMe que lui donne le génénl russe; mais, restée à Smolensk pendant le journée du 1B , k gloire de tm beau Aût d'armée ne peut fan être attri* bnée, c'est à la trocrième diviskm dn premier corps, qu'elle appartient en qnel(pie sorte^ tooientière; dhriflion qui n'avait pns plus de huitmille bom»

mes, répartis dane leT> Uger^ les if, 21», Wf et 15RP*de ligne, conduite par le général de brigade Gérard, a^te la Ueesore mortirite du général de division Gudin.

Dans eecombat^qu'on pourrait, ajuste titre, appder un oosynt de géants, tes soldats français firent tout ce qu'il est donné à la puissance humaine de &ire:

au «^ delà, c'était l'impoasiUe; aussi , nous dirons au général OlumneS; que si le courage, dont ils donnèrent tant d'héroïques preuves, avait été employé à déimdre ht posUîon, au lieu de l'attaquer, pas «1 lusse n'aurait franchi le ruissean et ne earait arrivé là, oft

(RM

LmPDB.

les Françâig planlàrent victorieasemeni leur dr4>eau, et où le général Toactkof fat &it prisonnier au milieu des siens, par un lieutenant de vcdtigeors au 12« de ligne. Fait dont Técrivain russe ne parle pas.

Nous lui dirons, en outre, que s'il avait parcouru le champ de bataille, jonché de cadavres, et compté, parmi les morts, quatre Russes pour un Français, il n'aurait vraisemblablement pas écrit :

c Les Russes combattirent un con* a tre deux, et leurs efforts furent cou- » ronnés d'un succès complet. »

Si , en s'exprimant ainsi , il était resté dans le vrai , Tempereur Napoléon aurait-il donc pu dire, quand il parut, le 90, à six heures du matin, devant la troisième division ?

« Général Gérard , voilà coomie » j'aime un champ de bataQle ! quaa tre Russes pour un Français ! »

Puisque ces paroles ont été prononcées (le maréchal Gérard nous en a donné lui-même Tassuranae) , il faut donc que le prétendu succès des Russes n'ait pas été aussi complet que le veut le général Okouneff : il faut enowe que la troisième division ne se soit pas trouvée deux contre un.

Le général Jomini, tome IV, page lOS, nous en fournit la preuve par ces mots:

« La troisième division donna au 9 milieu d'une armée entière. »

liais cet écrivain n'est plus aussi exact, quand, dans la même page, il ajoute:

c La troisième division est de nou- » veau ramenée, malgré les plus glo- » rieux efforts, » et quelques lignes après : « Le général Gudin ayant été a tué, la troisième division fut repousa sée, malgré des prodiges de valeur. » Nous devions signaler ces erreurs du giftnéral Jomini, parce que nous avons

la certitude que la troisième divlaioii ne fut ni ramenée, ni repoussée; car, après avoir franchi le pont, elle ne fit pas un seul mouvement rétrograde (le nuuréchal Gérard nous Ta affirmé).

En enlevant les hauteurs que l'ennemi défendit avec vigueur , elle éprouva, sans nul doute , des temps d'arrêt plus ou moins longs, occasionnés par la réûstancé de ses adversaires; mais s*arréter n'est pas reculer, et il est certain que si ce malbettr était arrivé à la troisième division , dans cette circonstance si importante, les Russes n'auraient pas manqué de h rejeter de l'autre côté du Stragan.

Dans cette hypothèse, nous ne pensons pas qu'elle eût pu bivouaquer sur ce champ de bataille, où elle venait de se couvrir d'une gloire inmioi^ telle, en renversant les meilleures troupes russes, et en s'emparant d'une position à laquelle T^uiemi attachait une grande importance et la certitude de la victoire, puisqu'il raiq)elait le Champ sacré.

Tout en disant, tome I*', page 983« « que le combat de Yaloutina peut » être considéré, à juste titre, comme » un chef-d'oeuvre de fermeté de la » part des Russes, » (ce qui rend plus remarquable encore l'attaque de la troisième division), le colonel Routourlin convient cependant qu'elle se battit contre des grenadiers réunis; mais, ainsi que le général Jomini, il veut « qu'dle ait été culbutée et D qu'elle dût repasser le Stragan. a

Nous pensons que nos précédentes observations réfutent complètement de telles erreurs.

Nous dirons aussi qu'il se trompe, quand il fait combattre 4 Yaloutina trente -cinq mille Français contre quinze mille Russes.

Le dit est, que les forces de ces

CAAil\V(;NE J)E 1812.

derniers s'élevaient à quarante-un raille soldats, dont cinq mille de cavalerie, et que celles des Français se comportaient de quarante-trois mille hommes, sur lesquels les six mille chevaux du roi de Naples et les quatorze mille combattants du général Junot ne prirent nucune part à la lutte ; tandis que toutes les troupes russes y contribuèrent.

Nous ferons, en outre, remarquer que si le terrain n'avait point paralysé les mouvements de la cavalerie française, le roi Murât, si bouillant, si beau, lors* que le canon se faisait entendre, n'aurait certainement pas laissé au repos ses six mille sabres. La cavalerie russe put, au contraire, participer au com** bat.

LA MOSHOWA.

Le général Okouneff dit, page 132 :

«Le général Kutusoff, investi du » commandement en chef de toutes les » années russes, venait de rejoindre » Tarmée ; ayant trouvé la position de » Tzarevo-Zaïmîchtche trop faible, il » Tabandonna le 31 août pour s'arrêter » le 3 septembre à Borodino.

» Cette bataille mémorable a fait, à «juste titre, époque dans les annales p militaires. Elle a été très opiniâtre , » car un des partis la cherchait depuis » son passage du Niémen , tandis que » l'autre crut le moment arrivé de la » recevoir. »

Avant de nous occuper de ce qu*a écrit le général Okouneff sur cette bataille de Borodino, que les Français appellent de la Moskowa, et que Técrivain russe a présentée avec impartialité, nous devons faire observer que nous ne pensons pas qu'il en a été complètement de même de la part du colonel Boutourlin , du général Jomini , du général de Chambray et du maréchal Gouvion Saint-Cy r, historiens que nous réfuterons les uns après les autres, et auxquels nous ajouterons , seulement pour mémoire , le général de Ségur, le colonel Rocquancourt , le général de Bismark I le général deFezensac, M. do

Puibusque, sîr Robert Ker-Porter, Durdent, le général Sarrazin.

Notre réfutation , s'appuyant principalement sur la narration remarquable du général Pelet, et sur l'ouvrage du général Gourgaud, tous deux si bien en mesure de donner des renseigne-ments exacts sur cette célèbre bataille, dont ils ont pu suivre toutes les phases, puisqu'ils étiiient attachés , le premier, au grand état-major, le deuxième, à l'Empereur, comme officier d'ordonnance ; nous espérons qu'il en ressortira la preuve que l'Empereur n'y fut pas au-dessous de sa réputation , ainsi que l'a prétendu le général de Chambray.

Le général Okouneff, passant à la description du champ de bataille, la donne exactement dans les pages 133, 13i et 135 ; mais nous jouterons à sa description :

Chewardino était défendu par une redoute établie sur le mamelon qui domine cette position.

Semenowskoï avait été démoli et de ses débris on y avait fait un retranche- . ment.

Entre ce village et celui de Gorki , se . trouvait un fort ouvrage bastionné.

Gorki et son défdé étaient protégés par des redoutes et par les obstacles

L'EMPIRE

de la nature qui rendaient cette position inattaquable.

De ce point à la Moskowa , on avait couvert le terrain de retranchements.

Le bois de Masslowo, entre la Moskowa et la grande route de Moscou, était garanti par de grands abatis et par des demi-lunes.

A la gauche de Semenowskoï , trois forts redans défendaient tout le vallon qui règne de ce village au bois d'Outitza. Ce bois était occupé par de nombreux chasseurs, dont les régiments avaient été débandés dans les broussailles, dans les villages et les défilés situés en avant du front.

D*après l'esquisse du champ de bataille de la Moskowa, présentée par le général Okouneff , et les quelques mots que nous y avons ajoutés, on voit que la victoire de l'armée française fut d*autant plus remarquable, qu'obligée de vaincre des diflScultés de terrain presqu*insurmontables, difficultés qu'augmentaient encore un grand nombre de points fortifiés, elle eut en outre à lutter contre une armée de plus de cent trente mille hommes avec sept cents pièces de canon , placée en quelque sorte sur un amphithéâtre retranché; tandis qu'elle n'avait à lui opposer quecent vingt à cent vingt-cinq mille combattants et cinq cent soixante canons.

Suivant le général Okouneff, cette même esquisse indique que c'est à Gorki que devait être placée la droite de l'armée russe et non entre ce village et la Moskowa , position d'un accès si difficile, que des troupes légères ou la milice de Moscou qui était à Outitza pouvait la garder. JLe maréchal Kutusoff avait, au contraire, fait la faute d'y placer trois corps d'infanterie , trois corps de cavalerie, une masse de Cosaques et les réserves.

Comme le dit avec raison l'écrivain russe, page 140:

« En mettant la droite à Gorki, les » Russes resserrdent leur champ de » bataille, ce qui leur offrait les moyens » de placer des forces majeures sur » tous les pomts. »

Cette observation est parfaitement juste , car il est certain , que si la droite des Russes avait été établie à Goiki même, les difficultés que l'armée française éprouva pour enlever les positions eussent été bien plus grandes.

Ainsi que le général Okouneff, nous pensons que le point stratégique était Outitza , car il ouvrait aux Français la vieille route de Moscou et favorisait aussi un mouvement de conversion , la droite en avant ; ce qui forçait les défenseurs à abandonner Semenowskoï et à s'éloigner des redoutes; mais nous ferons remarquer que ce point stratégique d'Outitza ne pouvait être adopté, parce que les motifs qui s'y opposaient et que nous expliquerons plus loin, étaient si puissants, qu'il sera facile de comprendre pourquoi l'Empereur l'abandonna.

Le général Okouneff donne, pages 133 à lU,

Le placement des troupes russes; fait ressortir ce qu'il avait de vicieux ; désigne les positions qu'elles auraient dû occuper, en ajoutant que les Français firent de leur troupe un partage plus convenable; il passe ensuite à l'engagement et présente , pages lU à 146, des considérations tactiques qu'il ter « mine par ces observations, pages 146 et IW :

« Mais ces défauts furent, en grande » partie, réparés par le courage des » troupes. Le mépris de la vie s'est-il » jamais prononcé en traits plus dis- » tincts que sur le champ de bataille » do Borodino? Ces fameux Grecs morts

CÀMPAGRS Dfe i8i2.

» dafis les défilés des Thermopyles, ou « cette poignée de braves ensevelis sous ^ les cendres de Missolunghi , peuvent- )• Ils l'emporter par la beauté de leur » dévouement et de leur inébranlable » courage , sur ces deux armées formi- » dables, sWétant sur le champ dé » bataille pour vaincre ou pour mou- » rirt Le sang de quatre^vingt tnillè n lléroS(cinquanteniiIléttUsséset trente » mille Français) venait d'humecter » cette plaine devenue sacrée pour les n braves de tous les pays.

> Que d'éclatantes actions lie se sont- « eReâ pas perdues dans ce chaos de t) sang et de calHage ! Ces mài^rsdu pa< 1» triotisme ont payé leur dette aux pays » qui les ont vus naître; ils Tontrache- V tée par lé sacrifice de leur existence, I» et ont impo^ , à ceux qui leur ont • survécu, la tâche sacrée d'honorer n leur mémoire, au hiveau de la gran- « deUr aV60 laqaelte Ib Se Vouèrent » tous à la mort ! »

Si dans ses considérations Técrivain russe s'était toujours renfermé dans de semblables limites et es:primé aussi noblement, nous n'aurions point songé a le réfuter, car oii ne peut que partager son opinion sur le dévouement et le courage que les deux armées montrëfent à la bataille de ta Moskowa ; mais, nous le disons à regret, les deux paragraphes que nous venons de transcrite et qui peignent si bien fadmîratton qtf on éprouve en pensant à ce grand drame , sotif beaucoup trop rares dans son ouvrage.

Toutefois, nous nous écrierons avec lui:

Oui f la plaine humectée du sang de quatre-vingt mille héros est devenue sacrée f et nous ajouterons :

Oui ? elle sera toujours visitée avec mtprofoÈd recueillement, et ceux qui pêifcdwtotkt ces fieux fameux cftt suc-

combèrent tant dé braves , en garderont un profond et religieux souvenir I

Suivant le général OkoUneff , pages U8étU9;

a La bataille de la lioskolva ne peut ï> être appelée, comme celle d*Ëckmûhi » et de Wagram, unç bataille de ma* n DceUVres ; c'était Une bataille de choc ^ottreittpérettr Napoléon, en n^fi* » géant de mandeovrer, laissia U tic- » foiroindédsë, car il fiit Hlfidéle S su vUfaxîme flhroHte, celle d'occuite* 9 YBtmetià sur son front et de lé » tcfUrfl^ p«r Un de ses^ flancs. Cetid li fais^i , ta éoUthiife, il pHt, Comme X» M dit vdlgriireUient, le taureau paf » les coT^rkes, il itttstqUa les f'edoUtéi » qu'il devril tottftoer et fit des perfé^ » immenses et sans résultats. »

Nous Ile pQi&vons accepter cte rèpY'oche.L'écrivaiii russe devait savoir, parce qu'il n'a pas été sàUs le Hre, qtiefe d«^ huiDèitie BiiRotift def la GraUde-Arméé (le Mletin rekitif à hi bâtarde de la Mo^ kowa , AM de Mojalsk, le 12 septem-bre),ir«xpi1i)fie ainsi:

«La position de TeimeM paMK » Mto 01 îùtie. Il étaK ftcllé dO ma- » nœuVrer et de l'obliger à l*éVa<{ûef , » mais cela aurait tëtùis la p^tHîe, et sj » position rie fut pas jUgée teflemerit » fèrfo qu'il fiiDût éluder fe comiitat. »

Si donc FEmpereur pf it le taureau par les cornés et fut JUfldèlé à sa maxkne fiivorîte, c'est qu'il Voulait empêcher la retraite de l'armée russe qu'il craigteiit de voir exécuter. A ce sujet, son inquiétude fut si grande, qu'en envoyant, dans la soirée dufif, sa proclanfiation aux troupes, il ordonna expressément

denélalirequelelendemaiii

matin, si on se battait, et il éprouva Une vive satislkctiori, quand il apprit le 7, à deux heures du matin , que son adversaires avait cohseVv'é sa position.

seo

L'Ennui.

Il ressortira de ces expiications la preuve certaine que le général Okouneff, le colonel Boutourlin et le maréréchal Gouvion Saint-Cyr, qui ont

blamé l'Empereur de n'avoir point

numoeuvré fortement sur la droite, ont eu deux torts très graves.

Le premier, d'avoir oublié qu'il y avait un dix-huitième Bulletin qui en expliquait les motib ;

Le deuxième, de faire supposer, par leurs reproches, que l'Empereur n'avait pas même remarqué l'importance du mouvement dont ils parlent, lorsque, le 6, il examina avec la plus grande attention le front de l'armée russe, en parcourant sa ligne depuis Borodino jusqu'à Outitza.

Comment, le grand Capitaine, qui étonna le monde par ses admirables conceptions militaires sur les champs de bataille, n'aurait pas compris, à la Ho6kowa,Ies avantages que présentait, sous certains rapports, la concentration de ses forces sur la gauche des Russes, au lieu de les réunir sur leur centre gauche ?

Mais n'était-il donc plus le général de la bataille de Wagram, où, par ses étonnantes dispositions, l'armée française se trouva , la veille de cette bataille, de l'autre côté du Danube, se déployant à la pointe du jour dans la phiine de Marchfeld, et prenant à revers les formidables positions d'Euzersdorf, d'Esslinget d'Aspem, que les Autrichiens durent abandonner sans les défendre? En vérité , quand on voit les trois historiens que nous venons de citer, se tromper sciemment, afin de blâmer ce qui ne méritait pas de l'être , on éprouve plus que de rétonnement.

Le général Okouneff prétend, page ikS:

« Que les deux armées, après s'être

» battues pendant la moitié de la jour- » née, ont couché sur le même champ » de bataille et à peu près sur les » mêmes places sur lesquelles l'action » a commencé. »

Quoique cette erreur ne soit pas d'une grande importance, nous devons la relever , parce qu'il est positif que l'armée française passa la nuit sur le terrain qu'occupait l'armée russe avant la bataille.

Sur ce iait, nos souvenirs sont restés si fidèles, qu'en écrivant ces hgnes, nous croyons encore voir la position au-delà des redans où resta pendant la nuit la quatrième division ( premier corps, général Dessaix), dont nous faisions partie.

De son câté, le général Pelet, page 142, cite le rapport du général Priant et celui du 33* régiment de ligne, appartenant à la division de ce général (deuxième du premier corps), lesquels disent :

« La deuxième division et le 33* » bivouaquèrent sur le plateau en D arrière du bois où l'ennemi s'était » retiré. »

Le général Okouneff veut, page 149 :

a Que les forces de l'Empereur ayant » été concentrées dans son centre , » l'engagement du prince Poniatowski » se présente comme une opération se- » condaire plutôt que primitive , tan- » dis que les engagements en front des » maréchaux Davout et Ney n'auraient D dû être qu'un corollaire desnumœu- » vres du prince Poniatowski. »

L'idée dominante de l'écrivain nitte étant que l'Empereur aurait dû manœuvrer par la droite, nous n'iyouterons rien à ce que nous avons dit sur cette opinion ; mais nous devons établir que si l'Empereur ne fit pas de sa droite l'action principale, il y attacha néanmoins une importance plus grande

que ne le croit l'écrivain russe. Les observations suivantes le prouveront.

Dans la reconnaissance qu'il fit, le 6, legénâral Pdet nous apprend, pages 113 et 113, quel soin l'Empereur apporta à examiner la position de l'ennemi, depuis Borodino jusqu'à Outitza. « Arrivé au corps polonais, il » monta sur une hauteur , qui est entttre Doronino et Outitza; là, après » avoir regardé avec sa lunette, posée j» sur l'^aule du roi de Naples, on » l'entendit dtreà Poniatow^i de mar- » cher le lendemain droit devant lui , » de culbuter tout ce qu'il rencontre- » rait , de se porter ensuite sur la gau- » che , afin de toumeir l'ennemi et se- » couder Tattaque de l'armée franj) çaise. »

Ce renseignement, si précis, est d'autant plus caractéristique , que le gâterai Pelet a accompagné l'Empereur dans toutes ses reconnaissances , et, qu'en outre, il est, en quelque sorte , confirmé par le général Roman Soltyk, qui, page 217, nous fait connaître :

c Qu'au moment où la lutte allait » commencer, l'Empereur fit appeler » le général polonais Sokolnicki , at- » taché à son état-major, et lui dit : « ADez prévenir Poniatowski qu'il at- » taque l'aile gauche de l'ennemi ; » mon plan consiste à opérer par écho- » Ions, par ma droite, et dans ce mou- » vement successif le cinquième corps j» (polonais) doit engager le premier. »

Les paroles de l'Empereur , le 6 , au prince Poniatovirski ; celles du 7,

au général Sokolnicki, indiquent de ^» vait espérer, le prince Poniatowski

la manière la plus claire , l'importance qull attachait au mouvement du prince Poniatowski et les résultats qu'il attendait de cet ordre :

a De marcher droit devant lui et de » culbuter tout ce qu'il rencontrerait. »

Si cet ordre ne fut point exécuté , est-ce l'ennemi qui s'y opposa ? Mon Dieu, non, car, comme nous l'ap* prend encore le général Pelet, pages 126 et 127:

a Le prince Poniatowski, qui devait » seconder l'aile droite, et n'avait que » deux kilomètres pour atteindre Ou- » titza, marcha très lentement, fit de » fréquentes haltes, et parut tard en » présence de l'ennemi : au lieu d'at- » taquer vivement, il engagea la canon- » nade ; il donna le temps à TouschkolT » de jeter la division Stronoff dans le » village. Ces retards exercèrent une » funeste influence sur les atfaires de x> la droite. Outitza , situé à environ » mille mètres de Compaos, fut enlevé )) plus tard sans beaucoup de résistance D de b part des Russes. »

De son côté , le général Roman SoU tyk avoue, page 219 :

(( Que le général Sokolnicki, étant » revenu de sa mission auprès du » prince Poniatowski , annonça que » l'attaque des Polonais serait tardive » parla faute de leur chef, qui n'avait » pas, dès la veille, ce qu'il pouvait 0 exécuter facilement , fait préparer, à » l'aide de ses sapeurs, les routes di- » rectes à l'usage de son artillerie, ce » qui l'obligeait à s'éïoigner beau- » coup trop sur la droite de la direc- » tion qu'il devait suivre pour aborder » l'ennemi. »

Puis le même général Roman Soltyk convient, page 238 :

(( Qu'après la première attaque, qui 0 n'eut pas tout le succès qu'on dc-

» donna un repos de deux heures à y> ses troupes. »

Cet aveu d'un général polonais est à remarquer, car la halte du prince Poniatowski, indépendamment de la lenteur qu'il mit dans sa marche pour

LEMPiBË.

iiborder rennemi , tandis qu*il Oallait exécuter tout le contraire, justifie complètement le reproche qu'on peut adresser au chef du cinquième corps, d'avoir été une des principales causes de ce que la bataille de la Moskowa ne donna pas des résultats plus importants.

On ne saurait trop insister sur ce point, parce qu'il est certain que le retard des Polonais fut funeste, comme la dit le général Pelet, puisqu'il permit au général Kutusoff de changer les mauvaises dispositions qu'il avait prises et qui devaient le perdre, si l'ordre de l'Empereur avait été exécuté Les précédentes observations le démontrent, comme elles prouvent :

l'» Que le général Okouneif s'est trompé quand il a écrit :

« Que l'Empereur n'avait fait de To- » pération des Polonais qu'une opé- I) ration secondaire, au lieu d'une opé- » .ration primitive. »

2^' Et que si le prince Poniatowski avait marché haut la main (il le pouvait) , le prince Bagration n'aurait pas fait venir, en toute hâte, des environs d'Outitza, la division Konownitzyn pour soutenir sa gauche sérieusement menacée par les maréchaux Ney et Davout. Alors, la résistance des Russes y eût été moins vive, et la position de Semenowskoî enlevée beaucoup plus tôt et avec une bien moins grande perte d'hommes.

Qui pourrait nier que les suites d'un tel résultat n'eussent été immenses ?

Nous venons de signaler, dans les premières opérations de la droite de Tarmée française, une des causes de ce que la bataille de la Moskowa fut moins complète qu'elle aurait dû l'étrç. Examinons maintenant les mouvements de la gauche, qui produisirent des effets peut-être plus fâcheux encore.

L'ordre à» rEmperatlr, pouf k 1mm taille du 7, après avoir indiqué ict.

diverses dispositioDS à prendre, dèt le début de la lutte, s'exprime ainn aur celles à exécuter pour le qiMnèum corps, sous les ordres du prinae Sagène, et sous le commandement diH quel on avait placé les divisions Uo* rand et Gérard (première el troiiiènie du premier corps, maréchal Dttvattl)^ Ces troupes étaient près de Borodino.

tt La canonnade de la gauche com- » mencera au même monmit qu'on » entendra la canonnade de k droite.

» Une forte fusillade de tirailleurs sera » engagée par la division Morand et par » les division» du Yice-Roi, aussitôt » qu'ils verront l'attaque de la droite 1) commencée. Le Vice-Roi s'emparera » du village, débouchera par les traia » ponts sur la liauteur, dans te lemya » que les généraux Morand et Gérard » déboucheront , sous les ordres du » Vice-Roi, pour s'empara de la re-- » doute de l'ennemi et former la Ugoe t> de bataille. »

Cet ordre si formel, dans lequel il était prescrit au Yice-Roi de déboucher sur la hauteur, et de marcher à la tête des divisions Morand et Girard, * pour s'emparer de la redoute ennemie .

et former la ligne de bataille; cet op» ^ dre , di$ons*nous, fut-il complètement exécuté ? Malheureusement non, eC on peut le reprocher au Yice-Hoi.

D'après des instructions aussi posi' iivesque celles qui le concernaient, on devait s'attendre à ce qu'elles seraient fidèlement remplies ; mais l'Em*^ pereur n'étant pas là (il ne pouvait y être), on opéra comme si elles n'a^ taient pas existé , [et sans s'inquiéter , du résultat que devait amener l'inexéeution des mesures qui prédisposaient si bien les diverses fractions de Taroiée

W^ ftitaqii^ «»'^U6ft dteient entre- INrendre contra les Busses.

Im exi^icatioi)^ suivantes rétablifont pour h gauche.

Aux premiers ocups de canon tirés Y«rs le centre (six heures du matin) , le Vice-Roi met ses troupes en mou- Ytnient. Le 106* régiment de ligne, qui forma tète de colonne de la division Deteons (quatrième corps), eidève Bovodino. Emporté par son ardeur , il paffselaKolocza. Le général Plauzonne, voulant modérer cette ardeur, est tué.

La i06« est un instant compromis et il n^tre enveloppé, lorsque le 92« régiment de ligne vole à son secours et le dégage. La division Dejzons reste maitresse de Borodino.

Pendant cet épisode, les divisions Broussier, Morand et Gérard traver-* 9Bnt h JLolocza. La division Morand, qui est à la droite des deux autres, mBiïtie sur le plateau et marche hardiment à la redoute. En vain, la division russe Padiewitch veut s'y opposer, elle ast culbutée avec de grandes pertes <le colond Boutourlin en convient , tome I"^; page 331) , et le SO*" régiment 4a ligne, le général de brigade Bo* namy à sa tète, se précipitant sur la redoute, escalade ses remparts, où il plante son drapeau, malgré les Russes qui se font tuer à leur poste.

Conune ledit, avec raison, la gêné* f&I Pelet, page 130 :

« Si Morand est soutenu, s'il peut D se maintenir, la bataille est complè- D tement perdue pour les Busses. Leur j> centre est percé, les forces de Ba- » gration et de Barclay sont séparées, » elles ne pourront peut-être plus se » rejoindre. »

Pourquoi cet immense résultat n'est* il pas obtenu ? Parce que le Vice-Roi ne suit pas ses instructions, et qu'au Uau de diriger les «mouvements sur le

plateau des divisions Morand, Gérard et Broussier, il laisse la première le gra-* vir seule, tandis que les deux autres s'établissent dans des rayios ,où elles sont à l'abri des projectiles da l'ennemi.

Ce dernier, voyant la division Mo^ rand isolée sur la plateau, et maltressa d'une position si importante, qui, sui* vant le colonel Boutourlin, tome I«, page 332 :

» Pouvait fixer le sort de la jour- » née en faveur des Français ; 9

Ce dernier, disons-nous, fait alors les plus grands efforts pour la re^ prendre ; mais, malgré les pertes énorr mes qu'éprouve la division Moraqd , malgré les charges de cavalerie du gérnéral Pahlen , ejle reste inébranlable jusqu'au moment où le général Kutusoff, s'apercevant enfin du danger qu'il court, s'il ne renverse cette coIcHine, qui est sur le plateau comme une dq*doute vivante, dirige contre elle up ai grand nombre de troupes, que l'our vrage bastionné est repris (le général Bonamy y reste criblé de blessures) et que la division Morand est forcée de se retirer, mais sans désordre, toujours en combattant , et laissant le terrain jon» ché de morts et de blessés, preuve^ terribles de son héroïque résistance.

Ces courts détails doivent indiquer que nous avions raison de signaler la faute commise par le Vice-Roi. On objectera, sans doute , pour justifier sa conduite, qu'il ne put agir autrement, et que le soir même de la bataille, l'Empereur le comi^imenta pour les dispositions qu'il avait prises ; nous répondrons que cette preuve, toute puissante, ne change aucunement notre opinion, et qu'elle ne nous empêche pas de demander :

1" Pourquoi la division Morand parut seule sur le plateau, où elle s'empara de l'ouvrage bastionné ?

L'EUPIRE.

S* Pourquoi resta-i-elle isolée dans cette position, assez longtemps, pour ' que le général Kutusoff, effrayé de la perte qu'il venait de faire, ait eu la facilité de réunir des forces si considérables, que la division Morand, après avoir longuement résisté, fut forcée d'abandonner ce qu'elle avait si vaillamment conquis ?

30 Pourquoi la division Gérard qui, pendant ces moments précieux , aurait dû être sur le plateau avec la division Morand, et toutes deux sous le commandement du Vice-Boi, resta4-elle en arrière ?

4» Pourquoi la division Broussier, qui devait aussi arriver sur le plateau , se logea-t-elle dans un ravin ?

Comme nous croyons qu'il serait bien difficile de répondre à ces questions, il en résulte dès-lors la preuve, qu'une grande foute a été commise à la gauche de l'armée française, et que cette foute doit être imputée au Vice-Roi.

Le maréchal Gérard , commandant la division de ce nom, dont le témoignage est d'un grand poids, Ta confirmée, en nous donnant l'assurance qu'il y eut beaucoup de décousu (c'est son expression) dans les premiers mouvements de la gauche.

Ce manque d'ensemble, là où on devait voir tout le contraire , puisque c'était des premiers efforts que dépendait , en quelque sorte , le gain de la bataille, indique parfaitement une autre des causes du demi^uccès de celle de la Moskowa : cause que l'Empereur ne put prévoir, ni empêcher, et qui n'aurait certainement point existé s'il lui avait été possible de se trouver à cette heure du cdté de Borodino. Dans ce cas, trois divisions seraient arrivées sur le plateau , au lieu d'une seule, et puisque cette dernière

put, au commencement de la lutte, y obtenir un très beau succès, que ne devaiton pas espérer, si les deux autres étaient entrées en ligne dans le même moment. Ce qui se serait exécuté sous les yeux de FEmpereur, pouvait se foire de même sans sa présence ; car rien dans les écrits sur h bataille de la Moskowa ne prouvant qu'il y ait eu à la gauche un invincible empêchement à l'entière et stricte exécution de l'ordre du 6, on comprendra aisément que cette aile de l'armée française ne remplit pas conve* nablement la première mission qu'elle avait reçue.

Si le contraire avait eu lieu ( rien ne s'y opposait), le général Kutusoff se serait trouvé dans la position la plus critique.

Obligé de résister vers Semenowskol aux attaques des maréchaux Davout et Ney; occupé sérieusement, à Borodino, par le Vice-Roi, il n'aurait pu envoyer assez à temps les troupes de son extrême droite au secours du prince Bagration ; le centre des Russes était alors percé, et toute la partie de leur armée comprise entre Semenowskoi et la Moskowa rejetée dans l'angle formé par cette rivière et la Kolocza. £n serait-elle sortie intacte ?

Nous ne le pensons pas, car il est impossible que l'Empereur n'eût point profité de cette heureuse situation, pour lancer dans la trouée les deuxième et quatrième corps de cavalerie (généraux Montbrun et Latour-Maubourg) , composés de deux divisions de cuirassiers, d'une division de dragons et de deux divisions de cavalerie légère, sous les ordres du roi de Naples, et alors. Dieu seul sait ce qui serait arrivé I

Nous voulions terminer ici ce qui

est relatif à la première attaque du

. Vice-Roi , mais le général Pelet ayant

écrit

ce Que la division Broussier, arrêtée » par la manche rétrograde de la bri- » gade Plauzonne, prend sur les bords » du ravin, au-<lelà de la Kolocza, une » position avantageuse qui protège le » mouvement de la gauche, et dans la- » quelle elle brave les attaques de l'en- 9 nemi. »

Nous croyons qu'il y a dans cette version une erreur, parce que le mouve ment rétrograde de la brigade Planzonne ne put arrêter la division Broussier qui n'était point derrière elle, l'une et Fautre ayant passé la Kolocza sur deux points différents, la brigade Plauzonne à Borodino, la division Broussier sur un des trois ponts qu'on avait construits le 6 entre ce village et celui d'Aleksinki.

Si le général Pelet a voulu dire que la division Broussier ne monta pas sur le plateau par suite de l'échec momentané qu'éprouva la brigade Plauzonne, nous répondrons que l'incident du 106* régiment de ligne, au-delà de Borodino, ne dut exercer aucune influence sur elle, puisque vers ce point, le 92« régiment de ligne, en intervenant avec rapidité , paralysa complètement l'action de l'ennemi, qui ne put reprendre Borodino.

Il ressortira de cette ex )lication un fait constant , c'est que la division Broussier, qui avait Tordre d'arriver sur la hauteur, devait l'exécuter sans tenir compte de ses pertei. , qui n'étaient pas plus grandes que celles de la division Morand. En se conformant à ses instructions, elle pouvait, tout aussi bien de la position qu'elle aurait occupée, que du ravin où elle s'était logée, protéger les opérations de la gauche, mais elle aurait en outre secondé les mouvements de la divisionMorand.

CAMPA«fffi DE 1812. !$68

La division Broussier manqua donc à sa mission , c'est ce que le général Pelet n'a point remarqué, comme il n'a point parlé de l'inaction de la division Gérard: inaction malheureuse, qu'on ne doit imputer qu'au Tioih Roi.

Examinons actuellement ce qui se passa au centre, où on ne peut dire que des fautes furent commises , mais où un incident imprévu exerça pourtant une influence fâcheuse.

Ainsi que l'ordre du 6 le prescrivait, le feu ayant commencé aux batteries construites en face des redans, défen-dus par le prince Bagration , le maréchal Davout donne Tordre de marcher contre ces redans. Les divisions Dessaix et Compans se mettent en mouvement. Forcées de traverser un terrain très difficile, la première à travers un bois, la deuxième sur la lisière, elles arrivent sur le bord du ravin rempli de tirailleurs russes.

L'action commence aussitôt avec une grande énergie, et l'ennemi, soutenu par le feu terrible des redans, tout en résistant avec beaucoup de courage , est cependant culbuté sur la seconde ligne qui, à son tour, est obligée de céder du terrain. Les Français, la serrant de près , enlèvent un redan, qu'ils doivent abandonner, mais qu'ils reprennent un peu plus tard. Dans ces luttes, les pertes sont énormes. Le maréchal Davout est blessé : son chef d'état^major, le général Romeuf, est tué. Les généraux Compans , Dessaix , Duppelin « Bapp sont blessés. Pertes funestes à cette heure suprême, car si elles ne paralysent pas l'ardeur des troupes, elles enlèvent du moins la direction et l'ensemble si nécessaires dans l'attaque contre les redans. Qu'on le sache bien » dans des opérations de la nature de

LISMFIIE.

oelles dont nous parions, quand les principaux généraux sont enlevés, quelle que soit Tétoffe des chefs subalternes et le courage des soldats, on ne peut plus attendre complètement â*etix œ qu'on aurait obtenu, si la tète donnant la direction et Timpulaion n'avait pas manqué.

Pendant ces divers chocs, le maréchal Ney, qui doit avec son cotps d'arfhée (le troisième, le huitième était aussi sous ses ordres) se porter au nord de Semenowskoï et former le centre de l'armée, marche à l'ennemi. À peine l'a-t-il joint, et contrairement à ses instructions, il ne se dirige pas vers le point désigné, mais il se jette sur la droite où s'est engagée une très vive fusillade , et où il remarque dans les divisions Dessaix et Compans quelque hésitation causée par la perte des chefs.

Ce mouvenient vers la droite, qu'on ne peut pourtant blâmer , eut néanmoins des suites iftcheuses , car si, au lieu de marcher int les redans, dans l'un desquels entre le 2i* régiment de ligne (division Ledru, troisième corps), en même temps que le 57' régiment de ligne (division Compans, premier corps) y pénètre du côté opposé, le Maréchal Ney s'était porté au nord de Semenowskoï, le fort de la bataille ne s'y serait pas fixé aussi longtemps, puisqu'il s'emparait avant huit heures de cette position. Entre ses mains elle devenait pour les Français d'une telle importance, qu'il ne pouvait manquer de profiter de ce succès, soit en marchant aussitôt devant lui , soit en menaçant la droite du prince Bagration.

En se dirigeant, au contraire, sur la droite, il seconda, il est vrai, les divisions Dessaix et Compans dans leur attaque des redans , qu'elles seraient

cependant parvenues à prendre* son assistance; mais Semenowskoï, point d'appui du prince Bagration, en restant encore quelques heures entre ses mains, joua un grand rôle dans les divers chocs qui eurent lieu au centre jusqu'au nK>ment (entre dix et onze heures), où il fut enlevé par la division Priant (deuxième du premier corps). Ce même mouvement vers la droite eut en outre le grave inconvénient de laisser entre les l^èdans et la redoute bastionnée un vide de près de mille mètres, dont l'enneiAi ne sut point profiter.

Cette observation sur un des fhits de la bataille de la Moskowa, qu'à l'etception du général Pelet, aucun des historiens de la campagne de Russie n'a signalé, n'a point été présentée dans un esprit de blâme contre le maréchal Ney , car nous savons qu'il y fut admirable , et que nul , mieux que lui, ne mérita, à juste titre, le nom glorieux de prince de la Moskowa que lui décerna l'Empereur; mais nous avons dû expliquer cet incident, qui, à notre avis, fut encore une des causes de ce que la bataille de la Moskowa resta andessous de ce qu'elle devait être.

Nous revenons au général Okouneff.

Examinant, pages 155 et 156, les engagements des différentes armes , il commence par l'artillerie qui, selon lui:

« Eut le plus à faire dans cette san- » glante journée, ce qu'attestent les j) pertes énormes de part et d'autre. »

Puis il ajoute :

a En rassemblant les bouches à feu en » grandes batteries , et en se décidant » à attaquer le front fortifié des lignes » de bataille de ses ennemis, Napoléon T> dut se reposer sur l'effet de son ar- » tillerie, et il le fit. Les dispositions » qu'il prit la veille le démontrent

GAMPAMK ftt 1812.

» d*uAê maniera évidente. Ces disposi- » lions ne s*oocupent principalement » que du rassemblement des masses » d'artillerie. »

Sans nul doute , les sept cents bouches à feu des Russes et les cinq cent soixante des Français jouèrent un très grand rôle à la Hoskowa , et 11 ne pouvait en être autrement, parce que ce champ de bataille d'une petite étendue par rapport à la masse considérable de canons qu*on y employa, devait produire Teffet dont parle le général Okouneff, lequel était inévitable; car pour attaquer l'ennemi, défendu par des retranchements armés d'une nombreuse artillerie , il importait d'en écraser les feux en se servant d'une artillerie aussi formidable. De là, les disposi* tions que prit la veille l'Empereur pour en organiser les diverses masses. Né pas agir ainsi , eût été une faute qu'il ne pouvait commettre; comme il ne fit pas celle de ne s'occuper que de leur rassemblement, erreur de la part de récrivain russe qui s'est encore trompé en voulant que ce fût rartillerie qui eut le plus à faire dans la sanglante Journée dé la Moskowa.

Il est certain qu'elle y tint dignement sa place ; mais il est certain aussi que l'infanterie et la cavalerie ne lui furent pas inférieures.

L'infanterie surtout. Indépendamment de la mission difficile d'enlever des positions retranchées, se trouva plusieurs fois dans des crises terribles. Nous citerons celle devant Semenowskoï, où sept cents bouches à feu, réunies sur un espace de moins de mille mèti*es, vomissaient sans relâche une pluie de feu sur les défenseurs et sur les assaillants. Résister, sans faiblir un seulinstant, à cet épouvantable capnage, n'était-ce pas pour l'infanterie faire autant, sinon plus, que rartillerie?»

Passant à l'infimlerie, lè général Okounefif dit :

« Son rôle se borna à prendre et à » reprendre les fortifications qu'cm T» avait hérissées de bouches à feu ; ce » rôle fut diflSoile , mais elle le remplit y> avec une persévérance courageuse.

» Ses pertes furent énormes; mais ellas » le furent plus par la nég^gence de » combiner ses mouvements offensife » avec ceux de l'artillerie , qui prén céda rarement l'infanterie dans sas n mouvements offensifs, comme cdui » de la division Morand. »

L'écrivain russe, en convenant que l'infimterie eut un rôle difficile k jouer, et qu'elle le remplit avec une persévérance courageuse, confirme la vérité de notre précédente observation sur cette arme; mais nous ne comprenons point son erreur quand il prétend qu'on négligea de combiner les mouvements offensifs de l'infanterie avec ceux de l'artillerie; parce que, nonobstant la lettre du prince Rerthier au maréchal Davout, que nous fait connaître le général Pelet, il y a l'ordre du 6 pour le 7, qui indique la part des» tinée à Partillerie dans l'attaque des maréchaux Davout et Ney.

Les batteries formées en avant des divisions Dessait et Compans, celles des divisions des troisième et huitièfme corps placées sur la gauche de 6es mêmes divisions, démontrent évidemment qu'on combina les mouvements offensifs des deux armes.

Si , dans le cours de la lutte , ceux de l'infanterie ne furent pas toujours appuyés par de fortes batteries , ce ne fu t point par négligence, mais parce que le ten*ain ne le permit pas.

£tait-il possible à la division Dessaix, lorsqu'elle traversa un bois pour arriver à l'ennemi , d'être , non point pré cédée, mais seulement appuyée par

L'EMPIRE

son l'artillerie^ Non, cela ne se pouvait pas.

£tait-il encore possible à la division Morand , quand elle noonta sur la hauteur et marcha contre l'ouvrage bas^ tionné, d'avoir avec elle son artillerie? Pas davantage. Mais, admettant que cette artillerie eût pu la suivre sur le plateau , lui aurait-elle servi , comme le croit le général Okouneff ? Nous ne le pensons pas ; car la masse d'ennemis avec ses canons, qui se porta contre cette division , fut si considérable que son artillerie eût été aussitôt écrasée, et que , malgré ses efforts , elle n'aurait pu empêcher le mouvement rétrograde ni diminuer les pertes que fit le général Morand. Le général Okouneff s'est donc trompé en attribuant à la négligence un résultat qu'on dut aux difficultés du terrain.

Quant à la cavalerie, le général Okouneff s*exprime ainsi :

« Pour ce qui regarde les combats de » cavalerie , comme les moments où » on fit agir cette arme furent oppor- D tuns, la plupart de ses engagements » furent couronnés d'un succès com- ))plet; mais n'étant que partiels, ils » n'eurent aucun résultat décisif. »

A la bataille de la Moskowa , la cavalerie des deux armées manœuvra par grandes masses, mais nous n'accordons point au général Okouneff que les engagements de celle des Russes furent couronnés d'un succès complet , puisqu'ils n'arrêtèrent point les mouvements des Français qui , quoique lents, atteignirent le but vers lequel ils se dirigeaient. La cavalerie française, au contraire , paralysée en grande partie dans son action par les difficultés du champ de bataille, obtint néanmoins ce qu'on lui demandait dans une lutte semblable, où il fut impossible de l'utiliser comme ou l'aurait feit sur des

terrains moins accidentés. Ici, les masses ennemies avaient pour appui des redoutes et des bois.

Ce que firent les cuirassiers , sous les ordres du général Caulaincourt, qui avait remplacé le général Montbrun, enlevé par un coup de canon , indique quels magnifiques résultats ils auraient pu avoir sur un autre terrain.

Lancés entre Semenowskoï et la redoute bastionnée, ces cavaliers, malgré leurs chevaux en grande partie exténués, renversèrent tout ce qu'ils trouvèrent devant eux, et prenant la redoute à revers, le 5^ régiment de cuirassiers y pénétra , le général Caulaincourt en tête : il y trouva la mort.

Ce fait d'armes nouveau dans les annales militaires , donne la mesure de ce qu'on pouvait attendre de cette admirable cavalerie.

Le général Okouneff, page 157, en parlant du mouvement de conversion du général Ouvarow, dit :

« Ce mouvement très difficile à exé- » cuter (il en explique les motifs), quoi- » que très hasardé, fut cependantavan » tageux en ce qu'il fit naître une es- » pèce d'irrésolution dans les opérations )) offensivesdu centre des ennemis, hési- » tation dont lesRusses profitèrent pour » reformer leurs masses fatiguées. »

Ce mouvement de conversion a été apprécié à sa juste valeur par le général Pelet, pages 135 et 136, qui démontre qu'il fut moins « difficile à exécuter » que le prétend l'écrivain russe, et » qu'aucun inconvénient grave n'en » serait résulté si le général Ouvarow » l'avait poussé plus loin. »

Ce qui est vrai , tel qu'il fut exécuté; mais il n'en aurait plus été de même, si le général Kutusoff avait formé (il le pouvait] une colonne plus considérable dans laquelle serait entrée de l'infanterie.

Quoi qu'il en soit» ce mouvement eut pourtant assez d'action sur la gauche de Tannée française, pour que TEmpereur, en apercevant les charges de cette colonne d'infanterie, se crût oUigé de monter à cheval pour se porter de l'autre côté de la Kolocza,d'où il revint au centre quand il aperçut la retraite d'Ouvarow.

Le général Okouneff veut ensuite, page 159 :

« Que si les Russes essuyèrent des » échecs momentanés sur plusieurs » points de leur champ de bataille, ils » le durent à la disposition vicieuse de » leurs troupes, qui , étendues sur une » distance de sept kilomètres, et ne » pouvant oifrir à leurs adversaires que » des lignes sans profondeur, eurent » tous les désavantages tactiques de » leur côté, tandis que les Français, » n'occupant qu'un espace de trois ki- » lomètres et demi, purent donner à » leur ligne une profondeur favorable; » ce qui leur permit d'avoir sur tous » les points décisifs l'avantage des for- » ces physiques, et de lutter depuis Se- D menowskoï jusqu'à Gorki avec un » nombre double de combattants. »

Si l'armée russe avait occupe sur un autre champ de bataille que celui de la Hoskowa l'étendue de sept kilomètres, et que les faits s'y fussent passés ainsi que l'explique récrivain russe , nous n'aurions pas un seul mot à répondre ; mais nous ferons observer qu'il oublie complètement que la position retranchée des Russes leur donnait une force tellement grande, que, malgré leur infériorité sur certains points, ce que nous n'admettons pas entièrement , ils avaient dans le terrain et les redoutes des auxiliaires formidables, qui leur permettaient de suppléer , non seulement au nombre , mais de le doubler.

Cette observation paraîtra d'autant

plus juste, que dans tous les mouvements offensifs des Français, depuis Outitza jusqu'à Gorki, ces mêmes positions leur présentèrent de si sérieuses difficultés, elles demandèrent de si grands efforts pour les enlever, que le général Kutusoff eut le temps de réparer la disposition vicieuse de ses troupes, en faisant venir de sa droite, sur les points attaqués, des renforts considérables.

Le général Okouneff a-t-il donc cru que, si le champ de bataille de la Moskowa n'eût pas été fortifié , l'Empereur aurait pris les mesures qu'on connaît?

Nous ne le pensons pas; comme on doit croire que le général Kutusoff, se fiant sans doute dans la position , ne vit pas la faute qu'il commettait en donnant à sa ligne de bataille une étendue de sept kilomètres , se considérant en quelque sorte invincible dans son camp retranché, il espéra, sans doute encore, que les attaques des Français viendraient se briser contre les redoutes et la résistance de son armée.

Son espoir fut trompé, parce que la défense, quoique énergique, fut encore moins énergique que l'agression.

En nous exprimant ainsi , nous ne voulons pas porter la moindre atteinte au courage de l'armée russe. Loin de nous cette pensée; car nous n'avons pas oublié qu'elle y fut remarquable sous tous les rapports, et par conséquent une digne adversaire de l'armée française; mais tout en reconnaissant ce qui est vrai , nous sommes cependant obligé , pour réfuter cette opinion du général Okouneff :

a DepuisSemenowskoï jusqu'à Gorki, y) les Russes eurent à lutter contre des » forces doubles ; d

Nous devons donc dire, que ce n'est pas au nombre que les Français durent la victoire , mais à leur valeur.

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