‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 134 sur 205 · RIO · texte numérisé non relu

RIO

L'EMHIIC.

Si nous ti^ett ationd pÀë une profonde conviction , que rien ne peut changer, nous en trouverions la preuve dans ces mots du colonel Boutourlin , tome l^, page 83T :

« Devant SemenoMrskoï, les Français n s'avancèrent avec une contenance » assurée dans cette plaine fatale , où » l'enfer semblait avoir déchaîné toutes » ses furies. En vain les Russes se flat- » tèrent d'arrêter les assaillants en di- » figeant contre eux un feu des plus » violents ! Les colonnes de Ney, se- » condées de celles de Davout , quoique » mitraillées cruellement, resserraient » leurs rangs éclaircis par les ravages 1» du canon et delà fusillade des Russes, » et continuaient leur mouvement avec » une constance admirable. L'accroisn sèment du danger ne faisait que re- » doubler l'ardeur et la bravoure du » soldat français , foulant aux pieds les » cadavres de ses camarades qui l'a- » valent précédé dans le chemin de la I» gloire, pour s'élancer avec fureur sur » les Flèches. »

Non seulement, un tel éloge en dit beaucoup plus que nous n'aurions osé le faire , mais il confirme encore toutes nos précédentes observations sur la force que donnèrent aux Russes leurs retranchements, et sur les difficultés qu'ils opposèrent aux attaques des Français.

Le général Okoun^, page 159 , termine sa narration de la bataille de la Môskowa par ce paragraphe :

« Les pertes de l'armée russe furent » de nature à ne pouvoir plus recevoir » d'engagement le lendemain, qui cer- » tainement eût eu lieu, car les Français » avaient une réserve intacte (la garde » impériale). Le général KutusoflP or- » donna donc la retraite , et le lende- » main matin, il abandonna ce champ » de carnage k son adversaire. »

L'écrlvàin russe né s'est point trompé en disant que l'armée russe ne pouvait plus recevoir d'engagement le lendemain de la bataille ; mais contrairement à son opinion, nous croyons que ce fut moins parce qu'elle aurait eu à lutter contre la garde impériale, que parce que ses pertes furent considérables, surtout en officiers, qu'il est si difficile de remplacer de suite. Pendant la nuit qui suivit la bataille , les soldats abandonnèrent leurs drapeaux en si grande quantité qu'on peut l'estimer, sans exagération , à un tiers du gros de Tarmée qui se retirait; tandis que dans l'armée française les pertes considéra^ blés qu'elle éprouva , n'exercèrent sur son moral aucune influence , puisque le lendemain elle était prête k recommencer la lutte avec la même énei^e ; ceux qui restaient étaient dignes de ceux qui avaient succombé. Le général Kutusoff eut donc raison de se retirer surMojalsk, mais ce fût dans la nuit même , et non le lendemain matin , comme le veut à tort le général Okounefî.

Nous passons au colonel Boutourlin, un des historiens de la campagne de Russie dont nous avons cité les noms.

Tout en convenant, tome I*, page 312, que le 5 septembre les Russes furent obligés de laisser définitivement la redoute de Chewardino entre les mains des Français, il donne dans les pages suivantes un récit de cette prise qui renferme d'assez grandes erreurs.

l» Il fait attaquer la redoute par le 61* régiment de ligne (division Compans, premier corps), et, selon lui , elle fut prise et reprise trois fois.

2° Il veut qu'une colonne française ait été culbutée par deux régiments de cuirassiers qui , en avant de Doronino, enlevèrent une batterie, dont ils ne

cahpaAMI

parent e«p«ndatit munenev que cinq pièces.

9^ Il prétend que deux autres colonties françaises furent renversées par deux régiments de dragons, qui 8*emperèrent de deux pièces, et qu'à la fa- , yeur de ces charges de cavalerie, les grenadiers russes reprirent la redoute où ils détruisirent un bataillon du 61®.

Les détails si précis sur cette afihire de Gbewardino dans lesquels le général Gourgaud est entré , se rapportant éomplètement avec ce que nous avons vu dans les moments mêmes , nous dirons, avec cet historien, que c'est un bataillon du 57* régiment de ligne ( division Compans ) qui prit la redoute dans laquelle il entra sans y trouver de défenseurs, les Russes l'ayant abandonnée à la fin de l'attaque que fit ce bataillon; que les Russes n'enlevèrent pas plus une batterie en avant de Doronino qu'ils ne détruisirent dans la redoute un bataillon du 61».

Quant aux deux pièces qui restèrent entre leurs mains, voici la vérité entière sur ce fait.

Le 111* régiment de ligne (division Compans ), placé sur la gauche, fut attaqué par la cavalerie au moment où il se portait en avant sur une seule colonne et non sur deux. Sans se laisser entamer et sans &ire un pas rétrograde, ce régiment résista avec vigueur, mais dans ce choc il perdit deux de aes quatre pièces régimentaires (depuis 1809, chaque régiment d^infanterie du premier corps avait quatre pièces d'artillerie servies par les soldats du régiment). Cette perte est d'autant moins extraordinaire , que la lutte du lit* eut lieu lorsque la nuit était venue, et que dans son com-^ bat contre la cavalerie, il ne put voir Ce qui se pmtAi et, par conséquent, èe

DE 1812. mi

porter au secoui^ ûè èon artillèirie , dont deux pièces vinrent le rejoindre.

Le colonel Boutourlin , passant à la bataille de la Moskowa, en fait ttne narration, où, comme le dit avec justo raison le général Pelet, page ikH : u II » déguise avec beaucoup d'art tout ce » qui parait contraire à la gloire dos » généraux et de l'armée russe. »

En eifet, d'après le colonel Boutourlin, il n'est pas un seul des mouvements oiF(msifs des Français qui n'ait été repoussé avec de grandes pertes, et pourtant, il est forcé de convenir que ces mêmes troupes, qui d'abord n'ont pu réussir, finissent par occuper les positions qu'elles attaquent.

En lisant ces continuels éloges m faveur des Russes, on se demande comment il se fait qu'ayant commencé par repousser leurs adversaires , ils n'aient point profité de cet immense avantage pour abandonner la défensive et les culbuter complètement. Mais laissant de côté l'ensemble delà narration du colonel Boutourlin, nous en abordons les détails, sur quelques-uns desquels nous nous arrêterons.

Moins impartial pour la bataille de la Moskowa que le général Okouneff, reproche que le reste de son ouvrage ne nous avait pas habitué à lui adresser dans nos observations sur la campagne de Russie, il s'est abstenu d'esquisser le champ de bataille, avec l'arrière^pensée , nous le supposons , que ses lecteurs he sachant pas quelles énormes difficultés il offrait aux Français, leur victoire n'eût plus pour eux la même valeur. Mais, s'il a gardé le silence sur ce sujet, il n'en est plus de même pour le placement des troupes des deux armées, qu'il donne avec exactitude dans les pages 31& à 320; seulement, il prétend que l'armée française avait 86u» les armes cent cinquante

L'EMMBE.

mille combattants et mille pièces d'artillerie, quand il devait savoir qu*elle n'a jamais dépassé le chiffre de cent vingt-cinq miUe hommes et six cents canons.

Après avoir, en quelques mots fort justes, [fait comprendre la disposition des esprits des deux armées pendant les instants qui précédèrent cette grande bataille, le colonel Boutourlin ajoute que le général Kutusoff <c prépara con- » venablement la sienne en Télectrisant » par tous les moyens possibles , et en » faisant porter dans tous les rangs » une image réputée miraculeuse qui » avait été sauvée de Smolensk; » puis, page 323, il donne textuellement la proclamation de l'empereur Napoléon à l'armée française :

a Qui , lue au soleil levant par tous » les capitaines à leurs compagnies, fut » accueillie par des cris mille fois ré- » pétés de Vive l'Empereur !

Cette preuve d'impartialité , qu'on ne peut que louer , eût été cependant bien plus complète de la part du colonel Boutourlin , s'il avait fait connaître la proclamation que le général Kutusoff adressa à son armée. En se taisant sur ce sujet, il a pensé, ou sans doute espéré, qu'on n'établirait pas de comparaison entre ces deux documents. Comparaison qui ne pouvait être ni à l'avantage du général Kutusoff , ni à celui de l'armée russe.

Comme le général Okouneff, le colonel Boutourlin , pages 315 et 316 , blâme l'Empereur de n'avoir pas manœuvré par la droite, tout en faisant cependant remarquer :

a Que ces manoeuvres n'auraient » fait que prolonger la guerre, etc. r>

Appréciation fort juste et qui est en harmonie avec ce qu'on exécuta, mais dont l'écrivain russe détruit toute la valeur par cette inconcevable obser-

vation, que nous ne pensions pas trouver dans la page 350 :

« L'empereur Napoléon, en manœu- » vrant par sa droite, aurait pu déci- » der la victoire en sa foveur » (singulière prétention du colonel Boutourlin de vouloir que la victoire n'ait pas été pour les Français); « mais ce qui » s'y opposa , c'est qu'il se trouvait » dans un pays tout-4-fait inconnu , » sans cartes et sans moyen de se pro- » curer des guides sûrs; aussi, n'osait- » il presque jamais * s'écarter de la » grande route. »

En parlant de la première attaque des divisions Dessaix et Compans , le même historien prétend, page 325 :

(( Qu'après avoir vaincu les diffi- )) cultes du terrain , elles vinrent se » reformer en colonnes d'attaque , » presqu'à portée de mitraille des bat- » teries russes, mais que les tètes de » ces deux divisions, foudroyées par le » feu de ces batteries et des chasseurs » répandus dans les bois , furent , à » plusieurs reprises , ramenées dans le D taillis. »

Nous ne pouvons accepter cette narration pour vraie , parce que nous avons la conviction que les deux divisions ne furent pas un seul instant ramenées. Poursuivant leur marche, malgré les pertes cruelles qu'elles faisaient, elles arrivèrent au pied des redans, dont un tomba au pouvoir de la division Compans, qu'elle dut abandonner, il est vrai, mais qu'elle reprit un peu plus tard.

Dans ce mouvement offensif, où, on peu d'instants, la plupart des chefs furent blessés, il y eut des temps d'arrêt, de l'hésitation même , mais, encore une fois, les deux divisions ne furent point ramenées dans le taillis, nous pouvons le certifier , car nos souvenirs sont restés si fidèles , qu'en

écrivant ces lignes, il nous semble assister à cette lutte terrible, et, pour^ tant, il y a quarante ans qu'elle s'est

Pages 330 et 331, le colonel Boutourlin donne le détail des attaques des maréchaux Ney et Davout qui , secondés par la division Priant (deuxième du premier corps), s'emparent des Flèches et de Semenowskoî.

Triomphe , ajoute-t-il , qui ne fut pas de longue durée, a car les Fran- » çais, attaqués à la baïonnette, furent B culbutés et menés battant jusqu'au B bois ; mais ce succès des Russes j> n'ayant pas découragé les généraux » français, ils lancèrent de nouvelles » colonnes d'infanterie et de cavale- D rie, qui enlevèrent de rechef les Flè- » ches disputées, où elles n'eurent pas » le temps de s'établir, parce qu'eUes » furent chargées par la division Ko- B nownitzin qui les obligea de rentrer » dans le bois. »

Suivant le système qu'il a adopté , on remarquera que l'écrivain russe fidt d'abord culbuter et mener battant jusqu'au bois la division Priant et les troupes qui se sont emparées de Semenowskoî et des Flèches; ensuite, ces mêmes Flèches étant retombées de nouveau au pouvoir des Français, il les en fait chasser une seconde fois et rentrer dans les bois.

La vérité ayant été encore ici tronquée d'une manière adroite, nous la rétablissons en affirmant que la division Priant ne fit pas de mouvement rétrograde. Maltresse du village do Semenowskoî et des retranchements que les Russes y avaient établis, lesquels furent enlevés par le i5« d'infanterie légère et le tô^" de ligne, elle n'abandonna plus cette position, dont le général Priant, qui fut blessé dans l'attaque, avait compris toute l'impor-

tance; aussi les dispositions qu'il prit, malgré son état de souffrance, furent si bonnes, que les efforts réitérés des Russes échouèrent complètement ; cet incident, où le général Priant montra beaucoup d'énergie, nousa été confirmé par son fils, qui était aide-de-camp de son père, et qui ne l'a pas quitté un seul instant. Il nous a donné l'assurance que les écrivains qui ont écrit que Semenowskoî avait été repris par les Russes, avaient commis une très grande erreur.

Il en est de même pour les FlècheSi qui ne furent pas prises et reprises deux fois. CeUe de gauche, qui avait été enlevée dès le début de la bataille, abandonnée aussitôt,, et quelques instants après reprise par le ^k^ léger et le 57® de ligne, était toujours occupée par les Français, lorsque les deux autres tombèrent en leur pouvoir.

Le colonel Boutourlin veut, pages 333 et 334 :

« Que le maréchal Ney, voyant que r> l'attaque des Flèches n'avançait pas, x> ait voulu les tourner en faisant por- » ter le huitième corps (Westphaliens) , » dans l'intervalle qui se trouvait entre D ces Flèches et Outitza, ce qui aurait » fortement compromis l'armée russe , » si ce corps avait percé de ce côté ; )) mais que les Russes s'y opposèrent » en l'attaquant avec tant de vigueur, » que les tôtes des colonnes furent » culbutées et ramenées dans les bois, » où une d'elles fut taillée en pièces par » l'infanterie russe. »

Dans ce paragraphe il y a une erreur assez importante que nous devons relever, car il est positif que le mouvement des Westphaliens ne fut point ordonné par le maréchal Ney, mais par l'Empereur, pour lier la droite des troupes des maréchaux Ney et Davout avec les Polonais , dont le re-

L'IMMU.

t^di Ifdçiaii un vide qu'il importait de rempUr. L'heure à laquellâ il «e fit (huit heures), n'étant point celle de récrivain ru^se ( dix heures ) , il est po>* sitif encore que , dans ce moment , on ne songea point à faire exécuter un mouvement, qui n'était pas possible, ni même nécessaire.

Quafit aux succès que , d'après le eolonel Boutourlin, les Russes obtinrent sur ce corps d'armée, et un peu plus tard sur la division de cuirassiers du général Saint - Germain (premier corps de (cavalerie, Nansouty ) , qui fut complètement défaite et rejetéc de r^utre côté du ravin, nous ne pouvons accepter cette version inexacte , et qui prouve que Técrivain russe ne s'écarte point de la ligne qu'il s'est tra* eée , sans toutefois remarquer que sa version n'est pas à la louange des Rus* ses ; puisqu'ils débutaient si bien , ils ne devaient plus se laisser battre.

En cela , nous ne prétendons pas établir que toutes les attaques des Francis réussirent, nous savons parfaitement qu'ils éprouvèrent les vicis* situdes qui se présentent dans toutes les batailles, e'est-à-dire qu'il y en eut d'heureuses et d'autres qui le furent beaucoup moins; mais pourtant ees dernières n'eurent pas toujours le sort indiqué par le colonel Bourtoulin, le*quel prétend, pages 3t»6 et 347 :

tx 1* Qu'à la nuit tombante les Fr^n- » çais rétrogradèrent vers la position H qu'ils avaient occupée au commen- » cernent de la bataille ;

» Sf> Que le 8, à six heures du ma- » tin, l'armée rusée évacua sa position » pour s établir en arrière de Mo* D jajffik;

» 3^ Qu'il parait certain que le gé- » uéral KutUBoff avait l'intention d'ao* » cqpter le combat le lendemain. »

En léfiitani le général Okouoeff^

nous avons démontré TinexaetHude des deux premières aasertbns : quant à la troisième , noua ne la croyons pas plus vraie, car il est certain que le général Kutusoff, en réunissant les troupes qui avaient le moins souiFert, n'eut d'autre but que de masquer sa retraite, et non d'engager une lutte qui était impossible. Les généraux Okouneff, Jomini et Pelet le eonfir^ ment.

Dans son appréciatbn sur la perte des deux armées à la bataille de la Voskowa , le colonel Boutourlin, page 350 , avoue que les Russes y perdirent cinquante mille hommes (le général Danilewski le porte à cinquante-huit mille) , dont quinse mille tués et plus de trente mille blessés ; mais il ne dit pas le nombre des généraux tuéa et blessés ; nous croyons qu'il s'éleva à plus de quarante.

Il ajoute ensuite :

(( Que les Français eurent soixante » mille hommes hors de combat, dont » vingt mille tués.

»Que les trophées forent balancés^ D comme la victoire.

» Les Russes enlevèrent dix canon»

» aux ennemis qui, en revanche, s'em-* » perèrent de treize pièces russes. »

Les pertes de l'armée française ne furent point celles indiquées par le colonel Boutourlin , mais bien celles fournies par le baron Denniée, d'après les états, dont les originaux sont au d^t de la guerre, et qui s'élèvent à vingt-huit mille quatrc-vingt^x tués et blessés, savoir : quarante-neuf gé« néraux tués ou blessés ( douxe tués ) ; trente-sept colonels tués ou blessés (dix tués); six mille cinq cent qua^ rante-sept officiers, sous -officiers ^ soldats tués; vingt-un miile quatro cent einquante-ti'ois officiera, sou»* officiers et soUata blesaéa.

CAMPAGNR

. QaantAux trophées, qai furent ba- Itacés comme k vietoire < nom ne comprenons pas que l'éerivain russe ait pu tenir un tel langage et surtout écrire : « La victoire balancée i »

Mais il a donc oublié, qu'il est convenu lui-même , qu'il foUut entièrement réoii;aniser les corps qui avaient échappé au massacre de laMoskowa (ce sont ses expressions), et que les Busses furent forcés d'abandonner le champ de bataille, de se retirer sur Moscou, qu'ils incendièrent en l'évacuant.

Il a encore oublié que les sept canons de la redoute de Chewardino, les vingt-un de l'ouvrage bastionné et tous ceux des redans, restèrent au pouvoir des Français, tandis que les Russes ne prirent que deux pièces d'artillerie régimentaire ; pour les huit autres, noua ne savons où ils auraient pu les enlever.

Il iyoute, môme page :

« L'empereur Alexandre, voulant » donner une preuve de sa satisfaction » aux troupes qui avaient si vaillam-* » ment combattu, accorda à tous les » soldats une gratification de 5 rou- » bles (S francs) par tête. Le prince » Kutusoff fut élevé à la dignité de » feld-maréch^, et reçut 100,000 rou<^ ]> bles. Les généraux et officiers furent » aus» récompensés. »

Nous nous serions bien gardé de dire un seul mot sur ce passage , si l'Empereur n'avait que récompensé le courage des généraux, officiers et sol-dats; mais en signalant les foveurs dont fut comblé le général Kutusoff, l'écrivain russe savait parfaitement qu'elles étaient le résultat des rapports mensongers que ce dernier adressa à son souverain sur la bataille du 7, où il se déclare vainqueur*

j^age 351^ le colonel Boutourlin finit

son appréciation de la batalHé de la Moskowa par cette observatkm :

« Rien ne peut disculper rempe^^ » reur Napolérâ d'aVoir terminé lA ba-» » taille, pour ainri dire à trois betires, » dans un rocnnent où les demièrestroii* » pe» russes se trouvaient angagfées, et » de n'avoir point alors fait donn^ l'iki-* » bnterie et la cavalerie de sa gaide^ » ce qui aurmt amené la déroute de D l'armée tusse, n

Des reprcKdies semUabkNi ont (Hil adressés à l'Empereur par plusieurs historiens, d'abord, pour avoir refusé au maréchal Ney de lui envoyer, vers once heures, la jeune garde, et ensuite, pour n'avoir pas, |4us tard, Mt don* ner la garde impériale entière ; tandis que d'auUw le justifienl eom^ tement de la décision qu'il prit de garder intacte sa réserve. Dans ées demies, nous remarqucnS les géné^ raux Gourgaud et Pelot qiti donnent, à ce sujet, des détails très précis | et le général Jomini^ dont les obeervatlons, renfermées dans le tome IV, pagas 13<^, 185 et 186, reposesit sur des Me tellement vrais« qu'eltes démodtrentf de la manière la plus évidente^ que^ dans ces circcmstimces , l'Empereur eut parfaitement raison de se cmduire ainsi qu'il le fit. Toutefois, avant de tennincr cette questioui nous deman^ derons : est-il biçn certain que le roa« réchal Ney, ou d'autres généraux, aient, pendant le couls de la bataille^ demandé des secours? Les uns disent oui, d'autres disent non. Dans l'alter*» ilative où nous nous trouvons, nous au^ rions hésité à nous prononcer, mais no^ tre hésitation a disparu^ en préswoedat renseignements que nous islffnisseai les généraux Gourgaud el Pekt i rgiH seigncments si positife qu'ils détruisent complètement les aseertiems de ceux qui se sont déclarés four Vaffitsnaltve*

LTMPIRE.

En effet, il est certain que si rEmpercur avait pu savoir dans quelle situation se trouvait, vers les trois heures de l'après-midi, Tarmée russe, il aurait commis une grande faute de ne pas engager sa réserve; mais comme on n'avait pas fait de prisonniers, ni obtenu un de ces succès qui in-diquent que Tarmée ennemie a perdu sa force , l'Empereur avait donc raison de garder intacte sa réserve , et de répondre ces paroles que lui prête le général deSégur, tomel*', page 393, lesquelles sont contre* dites par le général Gourgaud , non parce qu'elles ne sont pas justes, mais parce qu'elles ne furent point prononcées : « S'il y a une deuxième » bataille deoiain, avec quoi la livre- »rai-je?»

Mais admettant que l'Empereur eût adhéré à la demande du maréchal Ney ou à celle d'autres généraux de faire avancer la garde impériale, et en supposant que le général Kutusoff , mieux inspiré, eût tenté sur la gauche de l'armée française une diversion beau* coup plus forte que celle du général Ouvarow ( il le pouvait ) , avec quoi donc l'Empereur aurait-il arrêté ce mouvement, si ce n'est avec la garde impériale ? En cédant aux prétendues % demmdes qui lui furent faites, cette ' même garde se serait trouvée depuis longtemps aux prises avec l'ennemi lorsque la diversion du général Ouvarow eut lieu.

Si, par exemple encore, on n'avait pas déjoué la dernière et formidable attaque des Russes, lorsqu'ils eurent définitivement perdu les Flèches et Semenowskof, avec quoi l'Empereur aurait*il pu arrêter leur succès, si ce n'est avec la garde impériale? On pourra répondre qu'il aurait dû la faire donner dans ce moment ; c'est po<;$i-

ble; mais nous ferons observer qu*il ne put croire que ce mouvement agressif était, en quelque sorte, le dernier soupir de l'armée russe.

Le général Jomini , le deuxième historien cité. *

Dans sa narration, il i^t ressortir avec talent le vice de la premi^ disposition des Russes, qu'heureusement pour eux ils modifièrent dans la nuit du 6 au 7, en faisant porter le corps entier du général Touschkoif sur leur gauche pour la prolonger jusqu'à Outitza. Puis il explique , tome IV, pages 116 et 117, les mesures de l'EmpereUr pour gagner la vieille route de Moscou par la droite sous le prince Poniatowski; foire accabler la gauche des Russes par les maréchaux Davout et Ney, et refouler ainsi leur centre et leur droite dans la Modccwa, tandis que le Vice-Roi contiendrait cette partie de l'armée ennemie. Ces mesures ne purent s'exécuter, parce que l'ennemi modifia à temps ses dispositions, et que l'Empereur lui-même changea d'avis, en donnant au Vice-Roi une coopération plus active, celle d'attaquer le centre de l'ennemi. Il le renforça de deux divisions du corps de Davout; ce que, suivant le général Jomini, ce maréchal vit à regret, car il aurait voulu conserver ses cinq divisions pour tourner la position avant d'attaquer les Flèches.

La relation si explicite du général Pelet démontre que la coopération du Vice-Roi, telle que l'explique le général Jomini, n'est point admissible, parce qu'il est positif que le prince Eugène , tout en attaquant le centre de l'ennemi, devait cependant formule pivot sur lequel manœuvrerait le reste de l'armée française.

Il est possible aussi que le maréchal Davout ait éprouvé le regret et mani*

CAUTACrNl M 1812.

en

ktié le désir dont parle le mèone écri* ?aiii; mais, d'un autre côté» il a le soin de fiiire remarquer, sans doute pour détroire l'importance des intentions du maréchal Davout :

« Que ce mouvement , très bon d'ail- » leurs, ne pouvait entrer dans les vues » de rEaq>ereur, parce qu'il aurait dé- » ddé les Busses à quitter le champ de a bataille et par cpméquent prolonger a la guerre. »

C(Mnment se fait-il, puisque le gênérai Jomini convient que ce résultat était à craindre si on avait suivi la marche indiquée par le maréchal Davout, qu'il ait complètement oublié son observation si juste de la page 117, pour écrire, page 119 :

« Que la première disposition pour » l'atlaque fut cause de la tournure n peu décisive que prit la bataille ; » qu'il aurait iaUu jeter le maréchal » Davout , avec quatre de ses divisions, » dans la trouée entre la redoute de » gauche et le bois d'Outitsa; le fsire » suivre par le roi Murât et sa cavalerie, 31 et appuyer par le maréchal Ney et les a Westphaliens. On eût alors tourné la *a gauche des Susses, qu'on eût foroée a à un changement de front parallèle à » la grande route de Moscou et de la » Moskowa, qu'ils auraient eue à dos.

» Ce succès ne paraissait pas douteux, B puisqu'il n'y avait dans la trouée que » quatre régiments de chasseurs em- » busqués dans les taillis. »

U nous semble que le général Jomini aurait bien dû hire accorder ces deux opinions des pages 117 et 119.

Dans l'une, il prétend que l'attaque, telle que voulait la faire le maréchal Davout, aurait forcé l'ennemi à se retirer; dans l'autre, il bl&me de ce qu'on ne la fit pas ainsi. Mais, dans ce dernier cas, c'est seulement un changement de front qui devait en Atrc h va

résultat et non b retnâle de Taritoée ennemie.

D'après cet histcurien , le réeit de la bataille de b Moskowa présentant b marche connue, nous nous abstien* drons de le suivre ; seulement, nous croyons utile de relater lès bits sur lesquels il s'est totMnpé.

Pariant de b part que les Weaffèar liens ( huitième eoi^) prirent à eetia bataiUe, et lors du mouvement qu'ib firent vers b droite, il a écrit, pagia ISS et 1S3 :

a Qu'exécuté une heure pios tôt, €# » mouvement aurait été dédaif ; mais » la cavalerie du prince Galitiôi et b » division d'inbnterb du prince £«* agène de Wûrtembtfg Tarrétèrani » complètement et repoussèrent daM » les bob les colonnes westphaHeaiies.

» Dans cette attaque, b cavabrie dt » prince Galitan s'en^iara d'une batte- » rie de réserve , lorsqu'un brave régi- » ment d'infanterie de b division Dtfi^ » saix ( le troisième ) , débouchant du » taillis, repoussa cette cavabrie al » sauva lartillerie. »

U y a dans ces lignes deux erreun que nous dev<ms rebver.

Première erreur :

Au conunencement de b batailb^ les WestphaUens étaient sur denx lignes derrière b troisième corps. La première ligne prit part à b lutte du maréchal Ney ; quant à b deuxième, suivie par ce qui restait de b première, elle ne se porta point k droite au moment voulu par b général Jomini, mais à celui que nous indiquerons plus loin.

Deuxième erreur :

Le général Jomini bit enlever par b cavalerie du prince Galitsin une batterie de réserve, qui est sauvée par b 3* régiment d§ ligne de b division Dessaix.

A«leiir dMt It lut*e teil il «t id question , nous aflSrmons que lagénéral ibttlinl t'ait trompé en préseirtaiit les mt^ëé cette vunièra. Housleprovfwi ptrlB&MAàbttfid^ee fpà sspasn ÊÊÊtB iimiiefit.

V Ia ehai^jv de larralerie (cuinenerB) ne fut point exéeotée sttr une batterie émitÊsne qui ft^étiit pas là, ni &e pou- «M y«tre; eOe frappe sur le 86" régi* aient de ligne et non le S*, qui ii'eiis^ iil pas dans la divîskm Dessaix, oooh posée du SS"* d'infonterie légère et deé W et IM^d'inhotarie de ligne. Lé 83»

ne ee trmmât point à la Mod^owa; il tf^ril 4Êè fanasé k Minsk, au mois de juMst, ionqae la dirision Dessaix y pÊm. Cette etoge ne se fit pas à Mtt hetnee, mais, presqu'au détrâit de kl Ifaïaîlle, an moment où le 85«, sorillt du b<ria,et se portail sur lesredahs. PMÉsée très tlgoureasement, nous le réeenlMisBena, elle t>ouTait avoir des Sttifes ftinestes pour le M^, dont tout Mnsembte araK été, en qudqne sorte, dâtrtdtpérunemsrcfae au pas de charge à travers un bois difBcHe ; mais le eoioiM Fiât (aujourdliu? général de brigade en retraite et sénateur) sut ins* pirer, par son exemple, tant d'énergie k êon régiment, que, quoique le temps ëllft poftsifoilHé de refermer les rangs eussent manqué , la charge fut entiè* Mfhiént paralysée. Malgré leurs efforts centre ces soldats qui , k début de Tordre en carré, s^étaient réunis les Uns à côté des autres en masse com^ pacte, les cuirassiers durent tourner bKtIe en laissant bon nombre d'offi^ ciers et de soldats tués ou blessés.

Pendant cet épisode très honorable ^nr le 85*, en raison de l'espèce de désorganisation où il se trouva à la sortie du bois, les Wèsiphaliens étaient kfsa gauche: ils n'Avaient donc pu se porter à droite , ainsi que le veulent 11

tort le général Jemiai et le mkmâ Boutouriin, qui a cemaais la même m^ rew. C'est seulement Bptèg la diaifk de cavalerie qu'ils exéestérenl eè mouvement.

Au BajetdBboMrriMduSS^ktmvacar le bois, qu'it nom aoîi peraoia de préseaalcr une okasavaikin que noua ne crayons pas sans quelque nkmt.

Lorsque le 8IK se nnteo moQveaMnl pour pénétrer dans le bois quH afàît devant hiiet qui n'était point gardé fm Tennemi , le gteéral de brigade Frie^ derichs, qui eonmandait oe légimMly cemoae général, it battra te pas 4e cbaige par toua les tambours, quand on se trouvait encore k une asaet grande distance du bois ; il le fit cent* tinuer pendant tout le temps qu'on le parcourut. D en résulta qu'à h sertie, officiers et soldats avaient dépensé la {dus grande partie de leur énergie, et que sans Fimpulslon que le coieneinit Mt communiquer k tout son régiment, il auniit8uceDmbé,non point par manqué de coinrage, mais parce que le pas de cfaaiige avait été battu beauéeop trop tdt.

Il iiut avoir été mMat ou oflldér ' snbaHmie, et#'étre trouvé déns des circonstances semblables k celles dont nous parion», peur bien connaître quelle action entraînante produit cette batterie daifl un moment suprême; aussi , nous croyons , qu'employée à une courte distance de Tennemi, il est bien dMRcile de résister à Fâan qtl'eBe donne. Les armées des autres nations peuvent avoir autant de courage, autant de ténacité que l'armée firançaise; nous doutons qu elles possèdent au même degré cet entraînement que dans certaines occasions montrent nos soldats, et que depuis un temps immémorial les Italiens ont appelé la Furie frtinçaîije.

' DMff iDQ «taenration gênent sur la btlftWe de la Moskowa, te général Jioiiiti a écrit page lit :

« L'Empereur était à aix heures du » matin en mesure devant la gauche 9 de fetonemi, qui avaH le gros de ses r> ft>rctt à Tatle opposée; il felhdt donc » en profiter vivement. Il a fait une » fftuté évidente de ne pas donner le n grand coup de collier dès la première » attaque, puisqu'il a laissé le temps à rt Baggawout et à Ostermann de réveil itirau point menacé. »

Le général Jomini s'est encore ici trtmpé, car il devait savoir que ce ^nd coup de collier fut donné à la première attaque, et qnc s'il ne réussit point au gré de l'Empereur, on ne peut le lui imputer , parce qu'il ne fut pas

càhse :

l^Que la perte des chefs des divisions Dessaix et Compa'ns enlèverait cel ensemble qui devait amener la prise immédiate des redans.

S* Que dan^ ce cas, le maréchal Ney avrait suivi ses instructions en se por^ tant au nord de Semenowskoî, dont il se serait sans doute emparé, au lieu àb êè jeter sur la droite.

9^ Que hi lenteur de la marche des Menais pennit au prince Bagration d» bire venir à son secours, et en toute hâte, des «[^virons d*Outitsa, la <fivision Konovniitzyn , laquelle exerça une grande influence sur les suites de la bataille, ce dont les écrivains russes et le générai Jomini, lui-même, conviennent.

4» Que la faute du Vice-Roi , dont nous avons parlé ailleurs, pennit au général Kutusoif d'envoyer vers le point décisif les troupes des généraux Beggawout et Ostermann , formant un renfort de plus de trente mille hommes avec deuti oents pièces de canon.

CAHPieNI DS 1812.

de ce fi

est un écrivain mifitiHre trop habile, pour n'avoir pas compris que si l'attaque de Touvrage bastionné , fiiite par le général Morand, avait été soutenue comme elle devait Fétre par les divisions Broussier et Gérard , le général Kutusoif se serait trouvé dans rimpossibilité d'envoyer vers Semenowskoi un secours -aussi considé^ rable.

Il prétend, page 135:

« Qu'en jugeant la bataille d'aprèa » ce qui se passait dans les deux aN » mées, on peut dire que la faute évî^ » dente fut d'avoir fait attaquer la re- » doute du centre à dix heures par la » seule division Morand. Si le Vice-Roi » Yeùt assaillie, comme à deux heures » avec toutes ses forces réunies , et » qu'au même instant TEmpereur eût » lancé la jeune garde au soutien de » Ney sur Semenowskoï , la victoire » eût été certaine et complète dès onze » heures du matin. »

Comment cet écrivain a-t-îl pu écrire que la feute évidente fut d^avoir fait attaquer la redoute du centre, à dix heures, par la seule division Morand, quand lui, ordinairement si exact pour tous les mouvements des troupes , ne devait pas ignorer que ce ne fut pas à dix heures, mais à huit que la redoute tomba au pouvoir du général Morand : différence de deux heures. Ajoutons qu'en outre , l'ordre du 6 pour le 7, prescrivant clairement au Vice-Roi ce qu'il devait exécuter, il ne lui était plus permis de faire peser sur TEmpereur le blâme de ce qu'une position importante , qui , d'après ses instructions, devait être attaquée par deux divisions, soutenues par une troisième, ne le fut que par une seule. Ce blâme, réversé sur celuiqui ne le méritait pomt, est d'autant

lé général Jomini , qui convient -plus extraordinaire, que le général J<v

L*EMPIRE

mini avait à sa disposition Tordre qui traçait la conduite que devait tenir le Vice-Boi. Si celui-ci s'y était strictement conformé , la victoire eût été sans doute décidée en faveur des Français, sans avoir besoin de Tassistance de la jeune garde.

Le reste des observations générales sur la bataille de la Moskowa, renfermé dans les pages 137 à 1<^0, forme une appréciation fort juste des motifs qui décidèrent TEmpereur à agir ainsi qu'il le fit. Nous croyons que cette appréciation réfute assez victorieusement les historiens qui, en désapprouvant sa conduite dans cette grande lutte, n*ont vu que les faits mêmes, sans s'inquiéter des causes qui les produisaient.

Le général de Chambray.

Nous le disons avec peine, le sentiment d'hostilité contre l'Empereur de la part de cet historien ( sentiment que nous avons déjà plusieurs fois fait remarquer) se retrouve si fortement reproduit dans sa relation de la bataille de la MoskoMra , qu'en la lisant , on croirait avoir entre les mains l'œuvre d'un auteur étranger.

Les passages que nous allons citer cil fourniront la preuve.

Expliquant l'affaire du 5 ( la prise de la redoute de Chewardino), il veut, tome II, pages kS et &6, que cette position ait été prise et reprise plusieurs fois.

Que dans la première édition de son ouvrage, en 1823, il eût commis cette erreur, on peut l'excuser; l'examen critique du général Gourgaud n'avait pas encore paru. Mais qu'il l'ait reproduite dans la deuxième édition de 1825 et la troisième de 1838, i^rès les détails, si circonstanciés, fournis par ce dernier écrivain , cela n'est plus admissible.

II donne succinctement, pages U à 51, la position des deux armées, puis, pages 51 k 54 la proclamation da général Kutusoff, qu'il accompagne de réflexions politiques, dans lesquelles nous ne le suivrons point, et qu'il ter^ mine par un portrait de l'empereur Niq)oléon.

A l'exception de l'éloge de belles dents et d'un profil grec, qui est , ditil, celui de la plupart des Corses, tout le reste du portrait porte un tel cachet demidveillance, qu'en le lisant, ceux qui n'ont point vu l'Empereur s'en feront une idée bien différente de ce qu'il était réellement. Nous n'avons certes pas la pensée de vouloir que son physique ait été parfait sous tous les rapports, mais il nous semble, puisque le général de Chambray vou« lait le foire connaître, qu'il ne follait pas s'attacher seulement à en dessiner les imperfections. L'ombre ne doit point effacer l'image.

Dans les pages 55 à 58, il explique les dispositions générales prises par l'Empereur pour la bataille. Il ressort des détails qu'il donne à ce sujet, la preuve irrécusable, que dans aucune des précédentes grandes batailles , il n'avait fait autant usage d'ordres écrits ou verbaux qu'à celle de la Moskowa, ce que nous savions parbitement par d'autres ouvrages que celui du général de Chambray; mais nous avons dû le citer, afin de le mettre en contradiction avec son opinion de la page 55 :

« Qu'à la Moskowa, l'Empereur fut » au-dessous de sa réputation et num- » qua entièrement à sa fortune. »

Au-dessous de sa réputation? Eh I mon Dieu, oui, d*après les idées du général de Chambray , mais pour les militaires impartiaux, non...

Pages 59 et 60, il U^nscrit la pro-

oluiuiti<m de l'Empereur, qui est suivie de ces mots :

« Les esprits n'étant pas disposés » à l'enthousiasme, cette proclamation » fut reçue froidement. »

Qu'un sentiment d'indifférence ait existé chez le général de Chambray, lorsqu'il entendit lire cet appel de TEmpereur k ses scridats, c'est pAssiUe ; mais qu'il veuille que toute l'armée l'ait partagé, c'est ce que nous contredisons hautement. Nous affirmons que dans les divisions Dessaix et Compans, réunies pour attaquer les redans, la lecture de la proclamation électrisa tous les cœurs, et les derniers mots en étaient à peine prononcés, qu'on y répondit par les plus vives acclamations. Le même enthousiasme se manifesta dans le reste de l'armée.

Il fiftut bien que cela ait eu lieu puisque le partial E. Labaume, page ikk , le confirme pour le corps du Vice-Roi; et que le colonel Boutourlin écrit, tome I**, page 323 :

« Des cris mille fois répétés de Vive » l'Empereur I répondirent à cet éner- » gique appel. »

Pourquoi donc, le général de Chambray, un Français, a-t-il été moins véridique qu'un Russe, sur cet épisode de la tataille de la Moskowa?

Même page 60, il prétend :

a Que dans l'armée on se souvenait » que depuis la bataille d'Auster- 9 litz, aucun des régiments (excepté » la garde impériale) , n'avait revu la 9 France que pour la traverser en al- » lant en Espagne. On blâmait son » ambition. On trouvait qu'il y avait » de la folie à s'enfoncer, comme il le 9 faisait, en Moscovie. »

En signalant la singulière opinion du général de Chambray , relativement à U proclamation de l'Empereur,

nous avons contracté l'obligation de relever celle non moins inconcevable que nous venons de transcrire, et que cet historien ne nous aurait cer* tainement pas fait connaître s'il avait appartenu au premier corps d'armée, ( maréchal Davout). Il y aurait appris que les sentiments d'affection , de dévouement , d'abnégation qui régnaient dans les régiments dont il était composé, n'étaient pas de nature à s'altérer, même pendant la campagne de Russie; et pourtant, ces mêmes régiments n'avaient pas repassé le Rhin depuis le 96 septembre 1805, jour de leur entrée en Allemagne. S'ils ne témoignèrent dans aucune occasion le regret d'être aussi longtemps éloignés de la patrie, on doit supposer qu'il en fut de même dans les régiments qui , plus heureux , traversèrent la France pour aller en Espagne.

Nous le disons avec une profonde conviction, parce que cela est vrai pour le premier corps d'armée , jamais un seul reproche de blâme sur l'ambition de l'Empereur ne s'y est fait entendre parmi les subalternes, parmi ceux , en un mot, qui avaient le plus de droit de se plaindre, parce qu'ils devaient le plus en souffrir.

Qu'à la suite de nos désastres, on ait condamné à satiété cette prétendue ambition , cela se comprend , ne fallait-il pas chercher à justifier tant de défections et même de trahisons ; mais qu'en 1838 , date de la dernière édition de son ouvrage , le général de Chambray, un écrivain mi-litaire sérieux , s'en fasse l'écho, et reproduise ces récriminations pitoyables, c'est ce qu'on doit hautement désapprouver.

Il veut, page 66 :

« Que ce conquérant soit resté, de^

L'fiMFiR£«

» puis lecoiumeuceaieut àe la b«iUilie, f) dftos le môme endroit, ttrésolu oon* B ire 8(m habitude, ae donnant point » d'ordres, consultant à chaque ins* » tant le prince Bertfaier; refusant à » un de 66S officiers d'ordonnance les » troupes qne demandait le maréchal » Ney, auprès duqud il Tavait envoyé D poursuivre les opérations de ce ma- » réchal ; se décidant à faire marcher » Claparède ; arrêtant ce mouvement, 9 consultant de nouveau le prince Ber- »ithier, et finissant par envoyer Priant » au secours de Ney. Irrésolution in- 9 concevable qui fit perdre une demî- » heure , retard qui dut «voir une » grande influence sur te sort de la faa- * taille. »

Si d'autres relations que ceUe du général deChambray n'existaient pas , on serait indécis pour former son opinion sur cette partie de la lutte. Malgré lasurprise que Ton éprouve en lisant ce jugement extraordinaire sur l'Empereur qui, jusque-là, avait toujours compris si parfaitement les moments opportuns où il fallait agir ; malgré ce qu'il fit, dans les campagnes suivantes , où il étonna le monde entier par la hardiesse et la spontanéité de ses conceptions brillantes, on pourrait encore se demander, disons-nous, s'il est possible qu'il soit resté dans cette grande bataille du 7, si en dehors des habitudes de toute sa vie. Mais les deux généraux Gourgaud et Pelet, qui ne l'ont presque pas quitté de la journée , ont fourni des renseignements trop positifs sur les divers incidents qui survinrent. Le doute, dès-lors, n*est plus permis, el Ton doit considérer la version du général de Chambray comme empreinte d'une grande partialité.

Le mot, a ce conquérant, » par lequel il commence son aitiele, indique d'ail- Wnrs l%2pri88ioii «|ui le domfarait

qvand il Ta écrit, ft fmive , «i ni»

tre, que, dans cette circoB9lfiMe,l'U»»

torien a disparu. Il le |ii0ttve, d'une manière bien plus certaine » nnx f%gf% 66 et 77, quand A dit :

(c À la Moskowa, on vH TEmpcfOur )> vesAer avec apathie, pendant preafM » touile la bataille, dans un endroit » frop âoigné du théàtrt des iipàm- » tions, pour qu'il pAt les jnfer fn V» ses yeux, et d'où il ne donnait q»a » des ordres soni«ntterdift. »

Les deux généraux Goui^ud m Pélet ont ftit justice de cea aateiiions (le dernier, démontre combien dka sont inexacta^.Xousn'ajoateronsdane pas un seul mot sur ce avj^; nMM nous contentions de fiiire remarquer encore , que leurs relatioitt «ymt été publiées avant les deux dernières éditions de l'histoire du général de GhanK bray, s'il avait voulu être vrai, il anrait dû rectifier son erreur.

Pages 72 et 73, il a écrit :

« Que lorsque les Buases fomtèreiit » une grande masse pour reprendre » Semcnowskoï, ce ftrt le général Sorî> hier qui l'aperçut le premier, qu'il » en fit instruire l'Empereur, et porter » au centre la batterie ée résewe de la » garde qui, jointe à rartîîlerie de Mu- » rat et de Davout qu'il fit aussi aver- )) tir, formèrent une réunion de plus )) de quatre-vingts bouches à feu : que )) l'Empereur , éclairé sur le danger » qui menaçait son centre, ordonna à » l'infanterie de la ganie d'avancer , » afin d'être à portée de le secounrnu » besoin. »

On retrouve encore dans ce paragraphe la même partialité ; car onue peut admettre que ce soit le général Sorbier qui ait pris toutes les dispositions pour arrêter ce mouvement des Russes, et que TEttipereur n'y intervint que pour ordonner t Wrftaterti

CAMPItWI IB 181^.

Qm te géfttori Sorbier, qui oon^ ■MiAiit faiiMeiie de la gnde , 4oaA

une partie étiùt é^ eep^ée, «it ^'- 4mmê ft la batterie de résM^e de se f itoi efi afram, «*étail son deipoir, farae quHm fénéral «i flief ne peut pae toulftireeiécater; ma» noua fe- MM <elMer¥er tfve dana aa fiersion le gÉBénilde Qmmh^j bmëMi însiiMieF qn rSlaapemHr «e a'apereevêiil nèoM pas des préparatifs de renneiDi. CefOBdaBtilaéerk, page1>2 : « Les disaftosMoBs fffépsmtetrea de «e frmd a nettu^menl 8*exéc«lèrent avec tant adelemeiir, qa'on put de plurîetnrs » ^hits de rarmée française vm l'o- » rage se former. »

Oe Mt étftilt exaet, il est impossible qite FEmperear n'ait pa le remorquer èa petit tertre où il se tenait en a^ant ie la vodome de Chewardino, et d'oè Il dominait toutea les parties da efaamp êe bsflaiBe ; mais le général Gonrgand^ par sa narration, noas apprend, pages «2 et ÏAI:

a Que, dans ce moment, il était au« » près de la diirision Friant; qvt^ voyant » les forces considérables avec lesquels » les Tennemi se disposait à attaquer » tSemenowskoî, il fit établir tnoia régi** » ments sur le mamelon en arrière de » ee viHage ; (it former le SS* de ligne » en carré sur l'emplacement de Se- » menowslLOï, ayant le 15' léger à sa » gauche ; donna l'ordre au maréchal » ffey de tourner l'ennemi par sa gau-« » che , avec les disions Dessaix et n €ompans ; mit la cavalerie du roi de » !7aples et TartHlerie de réserve en » mouvement ; fit placer la division de » la jeune garde (Rogaet) en deuxième » ligne derrière la division Priant; puis, » se portant rapidement au centre, il «envoya f ordre au Vicc-R6î d'atta-

» doute. »

En «n mot, eo %Êi lUmpoNm ^i oMôDM ces disporitioAs , ei> non lar avis du génénl Soifcier. Nous «von»

dû le prower, «fin de laisser h^haestt: ce qui lui appartient ; ce que n'a pot Mt le génénd de ChMdbray, dont h poèaage que no«s réfMons.

Il dit, pageTS :

a C'est seulement vers trois hower; » que rCfliperenr , montant à chetal, »se dirigea vers les redans, ^ vMta n la partie du diamp de batsSIe oh iU » 00 trouvaient. Sa présence , qui nu- » rait été ri nfilo quand on se tes db- » putait, devint alors indifiérente. •»

Cette t)bservation ' renferme un gmnd rojirodie t le général de CShunbray, sans donte -pcm en diminner la foras, renvoie h la page 91^7 , oh on lit dans une note :

« Je suis loin de prétendre que Na^ » poléon aurait dû s'exposer cQnune » un simple général. Je sais qu'un gé- » néral en ohef ne doit se déplacer » que quand il le juge nécessaire , » parée que les officiers qui viennent » lui Mre des rapports le trouvent plus » &ciiement quand il reste longtemps «À la même place; mais assurément » Napoléon tomba dans Pexcès eon-- » traire, en restant onze heures dans » un endroit situé à trois quarts de » lieue du point où se décidait le soit 0 de la bataille. »

D'une part, le génénl de Chambray blâme l'Empereur de n'avoir pas été vers les redans quand on les attaquait, c*est4iiH}ire entre huit et neuf heures ; et de Tautre, dans sa note, fl approuve, en quelque sorte, le eontra»e. Il commet aussi ces deux graves er-' peure :

« Napoléon resta onxe heures ktrois * » quarts de tîeue du point (Seme^"

L'IMMBK.

»wwakoi)où ledéekkilleaorldek » bataille. »

Eneun démontrées si péramptoiremeot par les généraux Gourgaud et Pdet, qu'on ne s'explique pas la persistance du général de Ghambray.

Dans son examen général sur la bataille, pages ^% et T9, parmi les fautes qu'il reproche à rEmpereur* nous remarquons celles-ci :

«i 1* De s*étre enfoncé en Mosoovie p sans vivres, sans assurer ses derriè- » res, n'ayant de munitions que pour » une bataille , ^[Nrouvant les plus » grandes difficultés pour les rempla* » cer.

» S« D'avoir &it placer la cavalerie sur » un grand nombre de lignes très rap- » prochées , et immédiatement der- 9 rière les troupes qui étaient engagées, » où elle éprouva des pertes très sen- » sibles et irréparables. »

Cependant, ajoute-t*il :

« Malgré ces fiiutes, le succès eût été » plus prononcé, si quelques batteries » n'eussent été obligées de ralentir leur » feu, d'autres de ie cesser entière* » ment, par suite du manque de mu- » nitions. »

Nos précédentes observations sur la campagne de Russie ont fait connaître les causes qui empêchèrent l'armée française d'être constamment pourvue de vivres ; causes tout-è-fait indépendantes de la volonté de l'Empereur, et qu'on ne peut lui r^Mrocher.

U ne s'était point enfoncé en Moscovie sans assurer ses derrières, comme le veut à tort le général de Gbambray, puisque le général Pelet prouve , page 106, qu'il fit , à Gjatsk, un travail pour l'établissement de trois lignes de dépôts d'infanterie sur la Dwina et le Dnieper, le Niémen, laVistule; que ^Emper^ur donna des ordres en conséquence , les-

quels, du reste, n*élaieBl <|ue la npM ? duction de ceux qui avaient été pceacrits à Wihia, k Witepsk et à SaaokMk. Le maréchal Gouvion Saini-Gyr leeein* firme dans ses Mémoires.

Comment le général de C3iamhnqF peui-il faire le rqiroche à l'Empwemr de s'être enfoncé ea Moscovie n'ayant de munitions que pour une seule bataille , lorsqu'il a lui-niéoie piiUîé, tome IIl,page U( , une lettre de l'Emperairau marédial Boaytooa, où en trouve ces mots?

«Si, pour entrer à Moscou , il avait » fallu une deuxième bataille, et qrn » l'état remis par le général Larttm-* Y si^ eût-été de vingt mille eoiq» de » canon de moins, je me aeraîa ar- » rété. »

Le même historien n'a pas été non plus sans lire une autre lettre au général Lariboisière, datée de Moscou da 3 octobre, que nous bit connaître le général Gourgaud , page 531, dans laquelle l'Empereur dit, « que le prince » Poniatowcài se plaint d'avoir cent » caissons pleins de trop et qu'il déeire 0 qu'on les lui retire. »

il y avait donc, à la terrible journée du 7, un approvisionnement bien pins considérable que pour une seule bataille, puisque Tétat remis par le général Lariboisière le prouve» et qu'un chef de corps d'armée demandait qu'on lui retirât cent caissons pleins qui l'embarrassaient.

Le général de Chambray, qui avait une parfaite connaissance du premier de ces deux faits , aurait dû s'abstenir ainsi d'un blâme d'autant plus injuste, qu'il n'ign(u*ait pas que, quand le général Lariboisière donnait l'état des munitions, on n'avait pu encore en remphcer entièrement l'énorme consommation fiaite à la Moskowa.

Que des batteries aient ralenti leur

CAMPASNI DB 18) 2.

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