‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 160 sur 205 · DB · texte numérisé non relu

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armées ennemies se renforcerai^it de tout ce qu'elles avaioit sur leurs derrières. Six mille Anglais étaient débarqués à Ostende d^uis peu de jours : c'étaient des troupes de retour d'Amérique. Il serait impossible que l'armée française se hasardât de traverser la forêt de Soignes pour combattre au débouché des forces plus que doubles, formées et en position ; et cependant, sous peu de semaines, l'armée russe, autrichienne, bavaroise, etc. , alhdt passer le Rhin, se porter sur la Marne. Le cinquième corps, en observation en Alsace, n'était que de vingt mille hommes.

A une heure du matin, fort préoccupé de ces grandes pensées , il sortit à pied, accompagné seulement de son grand-maréchal ; son desseûi était de suivre l'armée anglaise dans sa retraite, et de tftcher de l'entamer, malgré l'obscurité de la nuit, aussitôt qu'elle serait en marche. Il parcourut la ligne des grandes gardes. La forêt de Soignes apparaissait comme un incendie ; l'horizon entre cette forêt , Braine-la-Leud, les fermes de la Belle-Aliiance et de la Haye, était resplendissante du feu des bivouacs, le plus profond silence régnait. L'armée anglo-hollandaise était ensevelie dans un profond sonmieil, suite des fatigues qu'elle avait essuyées les jours précédents. Arrivé près des bois du château d'Hougomont, il entendit le bruit d'ime colonne en marche; il était deux heures et demie. Or, à cette heure , Farrière-garde devait commencera quitter sa position si l'ennemi était en retraite ; mais cette illusion fut courte. Le bruit cessa ; la pluie tombait par torrents. Divers officiers envoyés en reconnaissance et des affidés, de retour à trois heures et demie, confirmèrent que les Anglo-Hollandais ne faisaient Hiucun mouvement. A qua-

LUMMAE.

tpe hfeiires , lt»s coureurt lui amenèrent un paysan qui avait servi de guide à une brigade de cavalerie anglaise qui avait été prendre position sur l'extrêrae gauche, au village d'Ohain. Deux déserteurs belges , qui venaient de quitter leur régiment, lui rapportèrent que leur armée se préparait à la bataille; qu'aucun mouvement rétrograde n'avait eu lieu ; que la Belgique faisait des vœux pour les succès de TEmpereur ; que les Anglais et les Prussiens y étaient également haïs.

Le général ennemi ne pouvait rien fidre de plus contraire aux intérêts de son parti et de sa nation , à Tesprit général de cette campagne, et même aux règles les plus simples de la guerre, . que de rester dans la position qu'il occupait ; il avait derrière lui les défilés delà forêt de Soignes; s'il était battu, toute i*etraite lui était impossible. Les troupes françaises étaient bivouaquées au milieu de la boue ; les officiers tenaient pour impossible de donner bataille dans ce jour ; Tartillerie et la cavalerie ne pourraient manœuvrer dans les terres, tant elles étaient détrempées; ils estimaient qu'il faudrait douze heures de beau temps pour les étancher. Le jour commençait à poindre ; l'Empereur rentra à son quartiergénéral plein de satisfaction de la grande faute que feisait le général ennemi , et fort inquiet que le mauvais temps ne Tempéchàt d'en profiter.

Mais déjà l'atmosphère s'éclaircissait ; à cinq heures , il aperçut quelques faibles rayons de ce soleil qui devait, avant de se coucher , éclairer la perte de l'armée anglaise : l'oligarchie britannique en serait renversée! la France allait se relever dans ce jour, plus glorieuse , plus puissante et plus grande que jamais !

L'armée anglo-hoUand^ise était en

bataille sur la chaussée de Charleroi à Bruxelles , en avant de la forêt de Soignes , couronnant un assez beau plateau. La droite, oompoaée des première et deuxième divisions anglaises et de la division de Brunswick , commandées par les généraux Cook et Clinton , s'appuyait à un ravin au-delà de la route de Nivelles ; elle occupait en avant de son front le château d'Hougomont par un détachement. Le centre , composé de la troisième division anglaise et des première et deuxième division belges , commandées par les généraux Alten , Gollaert et Chassé, était en avant de Mont-Saint4ean ; sa gauche était appuyée à la chaussée de Charleroi et occupait la ferme de la Haye-Sainte par une de ses brigades. La gauche , composée des cinquième et sixième divisions anglaises , et de la troisième division belge , commandées par les généraux Picton , Lambert et Percfaoncher, avait sa droite appuyée à la chaussée de Charleroi , sa gauche en arrière du village de la Haye , qtt'dle occupait par un ibrt détachement. La réserve était à Mont-Saint^ean , intersection des chaussées de Charleroi et Nivelles à Bruxelles. La cavalerie, rangée sur trois lignes à la hauteur de Mont-Saint-Jean , garnissait tous les derrières de la ligne de batùUe de l'armée, dont l'étendue était de deux mille cinq cents toises. Le ttoni de Vennemi était couvert par un obstacle naturel.

Le plateau était légèrement concave à son centre , et le terrain finissait eD pente douce par un ravin plus profond.

La quatrième division anglaise , commandée par te général Colville , occupait en flanqueurs de droite tous les débouchés depuis Hall jusqu'à Brainéla-Leud. Une brigade de caVderie anglaise occupait en flanqueurs de gauche tous les débouchés depuis ie vil-

CAMPMJNB BB m».

Iflge d'Ohafa). Les forces que rennemi mmirait étaiei&t diversement évaluées; mais les officiers les plas exercés les estimaient , en y comprenant les corps de fianqueurs, à quatre-vingt^lix mille hommes , ce qui s'accordait avec les mseignemenla généraux. L'armée française n'était que de soixante^nauf mille hcMnmes , mais la victoire n'en paraissait pas moins certaine. Ces Boixante-neuf mille hommes étaient de bonnes troupes; et dans l'armée ennemie, les Anglais seuls, qui étaient au nombre de quarante raille hommes au plus, pouvaient être comptés comme tels.

A huit heures , on apporta le déjeu*net de l'Empereur , où s'assirent plusieurs officier»-généraux. U dit : « L'ar- .)) mée ennemie est supérieure à la » nôtre de près d'un quart ; nous » n'en avons pe» moins quatre-vingt^ D dix chances pour nous , et pas dix n contre. » -- «i Sans doute , dit le ma- » réchal Ney , qui entrait dans ce mo- » ment; si le duc de Wellington était » assez simple pour attendre Votre » Majesté ; mais je viens lui annoncer » que déjà ses colonnes sont en pleine » retraite; elles disparaissent dans la fo- » rét. » — « Vous avez mal vu , lui ré- » pondit ce prince, il n'est plus à » temps, il s'exposerait à une perte n certaine ; il a jeté les dés, et ils sont » pour nous 1 1 1 1» Dans ce moment des oficiers d'artillerie , qui avaient parcouru la plaine , annoncèrent que l'artiOerie pouvait manœuvrer, quoique avec quelques difficultés qui, dans une heure, seraient bien diminuées. Ausaitôt l'Empereur monta à cheval ; il se porta aux tirailleurs vis«à-vis la Haye- Sainte, reconnut de nouveau la ligne ennemie , et chargea le général Haxo , offider de confiance, de s'en approdier diavantage, pour s'assurer s'il avait été

élevé quelques redoutes ou retranchements* Ce général revint promptement rendre compte qu'il n'avait aperçu aucune trace de fortification. L'Empereur réfléchit un quart d'heure, dicta l'ordre de bataille , qhe deux généruix écrivaient assis par terre. Les aides-d»camp le portèrent aux divers corps d'armée, qui étaient sous les armes, pleins d'impatience et d'ardeur. L'armée s'ébranla et se mit en marche sur onze colonnes.

II. Ces onze colonnes étaient destinées, quatre à former la première ligne, quatre la seconde ligne , trois la troi- ^me. Les quatre colonnes de ht première ligne étaient : celle de gauche , formée par la cavalerie du deuxième corps ; la deuxième, par trois divisions d'infanterie du deuxième corps; la troisième, par les quatre divisions d'itofànterie du premier corps; la quatrième, par la cavalerie légère du premier corps. Les quatre colonnes de la seconde ligne étaient : celle de gauche , formée par le corps de cuirassiers de Kellermann; la deuxième, par les deux divisions d'in&nterie du sixième corps; la troisième, par deux divisions de cavalerie légère , l'une du sixième corps , commandée par le général de division Daumont; l'autre détachée du corps de Pajol, et commandée par le général de division Subervie ; la quatrième, par le corps de cuirassiers de Milhaud : celle de gauche , formée par la division de grenadiers à cheval et de dragons de la garde, commandée par le général Guyot; la seconde, perles trois divisions de la vieille , moyenne et jeune garde, commandées par les lieutenants-g^éraux Priant , Morand et Duhesme; la troisième, par les chasseurs à cheval et les lanclevs de ta garde, commandés par le lieutenantgénéral Lefebvre-U^iiouetfes. L'arlll*

L'BMHBI.

lerie marchait sur les flancs des colonnes; les parcs et les ambulances à la queue.

A neuf heures , les tètes des quatre colonnes, fonnant la première ligne, arrivèrent où dles dévaluât se déployer. En même temps on aperçut plus ou moins loin les s&pi autres colonnes qui débouchaient des hauteurs; elles étaient en marche, les trompettes et tambours sonnaient au champ, la musique retentissait des airs qui retraçaient aux soldats le souvenir de cent victoires. La terre paraissait orgueilleuse de porter tant de braves.

Ce spectacle était magnifique ; et Tennemi, qui était placé de manière à découvrir jusqu'au dernier homme, dut en être frappé ; l'armée dut lui paraître double en nombre de ce qu'elle était réellement.

Ces onze colonnes se déployèrent avec tant de précision, qu'il n'y eut aucune confusion; et chacun occupa la place qui lui était désignée dans la pensée du chef; jamais de si grandes masses ne se remuèrent avec tant de facilité. La cavalerie légère du deuxième corps , qui formait la première colonne de gauche de la première ligne, se dé- {doya sur trois lignes à cheval sur la chaussée de Nivelles à Bruxelles, à peu près à la hauteur des premiers bois du parc d'Hougomont, éclairant par la gauche toute la plaine , et ayant de grandes gardes sur Braine-Ia- Leud; sa batterie d'artillerie légère sur la chaussée de Nivelles. Le deuxième occupa Teqpace compris entre la chaussée de Nivelles et celle de Charleroi; c'était une étendue de neuf cents à mille toises; la division du prince Jérôme tenant la gauche , près la chaussée de Nivelles et le bds d'Hougomont, le général Bachelu la droite , qui arrivait à la chaussée de

Charleroi , près la ferme de la BeBe- Âlliance. Chaque division d'iniiuiterie était sur deux lignes , la deuxième k trente toises de la {uremière , ayant son artillerie sur le front , et ses parcs en arrière près la chaussée de Nivelles. La troisième colonne , formée par le premier corps , et commandée par le Hentenant-général comte d'Erlon, appuya sa gauche à la Belle-Àlliance, sur la droite de la chaussée de Charleroi , et sa droite vis-à-vis la ferme de la Haye , où était la gauche de l'ennemi. Chaque division d'infanterie était sur deux lignes ; l'artillerie dans les intervalles des brigades. Sa cavalerie légère , qui formait la quatrième colonne, se déploya h sa droite sur trois lignes, observant la Haye , Frischermont , et jetant des postes sur Ofaaln , pour observer les flanqueurs de l'ennemi ; son artillerie légère était sur sa droite.

La première ligne était h peine formée, que les tètes des quatre colonnes de la deuxième ligne arrivèrent au point où elles devaient se déployer ; les cuirassiers de Kellermann s'établirent sur deux lignes à trente toises l'une de l'autre , appuyant leur gauche à la chaussée de Nivelles , à cent toises de la deuxième ligne du deuxième corps, et leur droite à la chaussée de Charleroi. L'espace était de onze cents toises. Une de leurs batteries prit position sur la gauche , près la chaussée de Nivelles ; l'autre sur la droite , près de la chaussée de Charleroi. La deuxième colonne, commandée par le lieutenant* général comte de Lobau, se porta k cinquante toises derrière la deuxième ligne du deuxième corps; elle resta en colonne serrée par division , occupant une centaine de toises de {urofondeur, le long et sur la gaudie de la chaussée de Charleroi , avec une distance de dix

UAMPA61» DS 1818.

toises entre les deux ooloanes de division, son artillerie sur son flâne gauche. La troisième colonne, celle de sa cavalerie légère, commandée par le général de division Daumont, suivie par celle du général Subervie , se plaça en colonne serrée par escadron, la gauche appuyée à la chaussée de Charleroi, vis-à-vis son infanterie, dont elle n'était séparée que par cette chaussée; son artillerie légère était sur son flanc droit. La quatrième colonne, le corps de cuirassiers Milhaud, se déploya sur deux lignes à trente toises d'intervalle et cent toises derrière la deuxième ligne du premier corps, la gauche appuyée à la chaussée de Charleroi, la droite dans la direction de Frischermont ; elle occupait une étendue d'environ neuf cents toises, ses batteries étaient sur sa gauche ^ près de la chaussée de Charleroi, el sur son centre.

Avant que cette deuxième ligne ne fût formée, les têtes des trois colonnes de la réserve arrivèrent à leurs points de déploiement. La grosse cavalerie de la garde se plaça à cent toises derrière Kellermann , en bataille sur deux lignes, à trente toises d'intervalle , la gauche du côté de la chaussée de Nivelles, la droite du côté de celle de Charleroi, l'artillerie au centre. La colonne du centre, formée par l'infanterie de la garde, se déploya sur six lignes, chacune de quatre bataiUons, à distance de dix toises Tune de l'autre, à cheval sur la route de Charieroi et un peu avant la ferme de Rossomme. Les batteries d'artilleries appartenant aux différents régiments se placèrent sur la gauche et la droite ; eelle à pied et à cheval de la r&erve derrière les lignes. La troisième colonne, les chasseui^ à cheval et les lanciers de la garde, se déploya sur deux lignes à trente toises d'intervalle,

à cent toiaes derrière le gfoéral Mithaud, la gauche à la chaussée de Charleroi , et la droite du côté de Frischermont, son artillerie légère sur son centre. A dix heures et demie, ce qui parait incroyable, tout le mouvement était achevé, toutes les troupes étaient à leur position, le plus profond silence régnait sur le champ de bataille.

L'armée se trouvait rangée sur six lignes formant la figure de six V ; les deux premières d'infanterie ayant la cavalerie l^ère sur les ailes ; la troisième et la quatrième de cuirassiers, la cinquième et la sixième de cavalerie de la garde, avec six lignes d'infanterie de la garde perpendiculairement placées au sommet des six Y, et le sixième corps, en colonne serrée, perpendiculairement aux deux lignes qu'occupait la garde. L'infanterie sur la gauche de la route , sa cavalerie sur la droite.

Les chaussées de Charleroi et de Nivelles étaient libres; c'étaient les moyens de communication pour que l'artillerie de réserve pût arriver rapidement sur les divers points de la ligne.

L'Empereur parcourut les rangs ; il serait difficile d'exprimer Tenthousiasme qui animait tous les soldats:

l'in&nterie élevait ses schakos au bout des bidfonnettes , les cuirassiers, dragons et cavalerie légère , leurs casques ou schakos au bout de leurs sabres. La victoire paraissait certaine ; les vieux soldats qui avaient assisté à tant de combats, admirèrent ce nouvel ordre de bataille ; ils cherchaient à pénétrer les vues ultérieures de leur général; ils discutaient le point et la manière dont devait avoir lieu l'attaque. Pendant ce temps, l'Empereur donna ses derniers ordres, et se porta à la tête de sa garde au sommet des six Y , sur les hauteurs de Rossomme, mit pied à

MO

Liunltt.

teite. 00 il, il déeottthdt Idâdettt ar-' mées; h «ne s'élendait fbri loin à droite et b gauche du champ de bataille.

Une bataille est une action dramatique qui a son commencement, son milieu et sa fin. L'ordre de bataille que prennent les deux armées, les premiers mouvements pour en venir aux mains, sont l'exposition; les oontre-mouvements que fait l'armée attaquée , forment le nœud, ce qui oblige à de nouvelles dispositions et amène la crise d'où naît le résultat ou dénouement.

Aussitôt que l'attaque du centre de l'armée française aurait été démasquée, le général ennemi ferait des contremouvements, soit par ses ailes, soit derrière sa ligne, pour faire diversion ou accourir au secours du point attaqué; aucun de ces mouvements ne pouvait échapper à l'œil exercé de Napoléon dans la position centrale ou il s'était placé , et il avait dans sa main toutes ses réserves pour les porter à volonté où l'urgence des circonstances exigerait leur présence.

m. Dix divisions d'artillerie , parmi lesquelles trois divisions de douze, se réunirent , la gauche appuyée à la chaussée de Charla*oi , sur les monti* cules au-delà de la Belle-ÀUianoe et en avant de la division de gauche du premier corps. Elles étaient destinées à soutenir l'attaque de la Haye-Sainte, que devaient faire deux divisions du premier corps et les deux divisicms du sixième dans le temps que les deux autres divisions se porteraient sur la Haye. Par ce moyen , toute la gauche de l'ennemi serait tournée. La division de cavalerie légère du sixième corps, en edonne serrée, et celle du premier corps qui était sur ses ailes , devaient participer à cette attaque, que Iqs deuxième et troisième lignes de eavft-

lerie sbUtiëndrai^t, ainai que btite la garde à pied et à cheval. L'armée fhmçaise, maltresse de la Haye et de Mont- Saint-Jean , couperait la chaussée de Bruxelles à toute la droite de l'armée anglaise, où étaient ses principales forces. L'Empereur avait préféré tourner la gaubhé de l'ennemi plutôt que sa droite : 1*» afln de le couper d'avec les Prussiens qui étaient à Wavres, et de s'opposer à leur réunion , s'ils l'avaient préméditée ; et quand même ils ne l'eussent pas préméditée, si l'attaque ae f&t faite par la droite , l'armée anglaise, repoussée, se serait reployée sur l'armée i^ussienne ; au Heu que, faite sur la gauche, elle en était séparée et jetée dans la direction de la mer ; 3^ parce que la gauche parut beaucoup plus iaible ; 3» enfin , que l'Empereur attendait à chaque instant l'arrivée d'un détachement du maréchal Grouchy pour sa droite, et ne voutilh pas courir les chances de s'en trouver séparé (1).

(1) L^ariBée Drançaiie était Inrtisés par las plaies, les mauvais cbemios el les mafchei forcées. Napoléon aurait pu trouver quelque intérêt ^ lui donner du repos, et k déloger ênsufle WelHiIgton par dc^ manœuvres ; mais trois rent mille ennemis allaient envahir la Lorraine et mppoler le obef de l*Êtai avec ses principales forces sur la Moselle; d'un autre côté Bliîcber allait bientôt se rallier, se reoforcer , et tout exigeait ainsi d*cn flulr le plus tèt poMlMo avec lés Anglais.

L*Empereur avait reconnu leur porttloii : ils occupaient , en avant de Mont^uil-4ean , un beau plateau , dont le talus en glacis étail fjvorable au feu, et d*où ils découvraient tous les mouvements des Français. La droite s^étendait Jusque derHère Bf«ine-la-4ieiK}, et un œrpê néerlindais de quinxe wllle iMMumea était encore détaclié jusqu'à Hall pour couvrir la chaussée de Mons à Bruxelles. La position en elle-même avait de grands avantages défeasil^ , car les villages de Braine et de Her» kes , te dbàimi a'^eagoMat, la i

CÀMPAttnt SS 1846.

fetfdânl que tout se préparait pdor eette attaque décisite , la dmsion dd prince Jérôme, aur la gauche, engagea ia foaiHade au bois d'Hougomont ; bientôt elle devint très vive ; Tminemi ayant démasqué près de quarante pië-

la Haie et Frischermont, foririaieni comme des bastions avancés qui empêchaient d*alx>rder la ligne. Mais elle sa trottvait adossée k la vaste forêt de Soignes ; or , NafMriéon pensait qaa si c*estun avantage pour nne arrière-garde d'être ainsi postée, attendu que le défilé protège sa retraite, il ]l*en est pas de même pour une grande armés , avec son inlmense matériel et sa nombreuse cavalerie , n'ayant peur iasue qu'une cbaosaée étroite et deux traverses encombrées de pares, de blessés» etc., etc., etc.; il croyait donc toutes les chances pour lui.

L'opportunité de livrer bataille était bien reconnue ; restait à savoir quel système serait le plus convenable pour attaquer les Anglais. Manœuvrer par la gauche pour déborder leur droite . était difficile et ne menait à rien de décisif; ce n'était pas une lionne direclion stratégique, puisque cela éloignait entièrement dii centre d'opéraUona, qui se rattachait naturelleftent par la droite à Grouehy et an chemin de Lorraine : outre cela, Taile droite ennemie était protégée par la ferme d'Hougomont et par les deux grands bourgs de Braine-la- Lend et de Merke-Braine.

Attaquer avec la droite poair écraser la gauche des Anglais était bien préférable, pafaqne cela maintiendrait en relation directe ou en ligne intérieure avec Grouehy > et empêcherait la jonction des deux armées ennemies ; niais pour gagner en masse cette extrême gauche, il aurait ihllu s'étendre au-dalh de Frischermont, laisser 3i découvert la ligne de retraite, et se jeter dans le pays fourré de Saintp-Lambert, où une défaite etVt été sans remède.

Il restait à Hapoléon un parti moyen à prendre, eeloi de renouveler la manœuvre de Wagram et de laMoskowa, c*est^à«dire, d*aFiaiblir la gauche en même temps qu'il enfoncerait le centre. C'est un des meilleurs systèmes de bataille que Ton puisse adopter, et il lui avait souvent litossi. Forcer uniquement le ceatie est diflhsile et dangereux, à mqins que leoMreae se trtave un point ftdMettdé*

eës d'aruilêiré, lé ^mi Ment» Bl avancer la batterie de èâ tttbxième division, et llStnpereiur envoya Tordire éU général Eellermânn db ftdre avatilsm* ses douze pièces d'artillerie légère ; U canonnade détint bientôt fott vive. Lé

garni, comme à AUsterlitx, à Bivoli, à Moiitenbtte; or , on ne trouve pas toujours d^ ennemis assez complaisants ponr vou^ pt^ eurer un tel avantage, et il lerait absurde de Tespérer contre une armée qui suit un bon système , ou plutôt qui connaît les principes de la guerre. Mais faire un effort sur une aile, la déborder et fondre en même tenips avec une maase sur le point où iceue aile te rattanka au eantre , o'eat une opération toajoara avaa* tageuse quand elle est bien exéeutée.

Napoléon résolut donc de le tenter. Toutefois, au lieu de réunir le gros de ses masses contre ta gauche, comme à la Moskowa, il les dirigea sur le centre; retirême gauebe aè peut être afihiblie que par la division formant la droite du corps jl^Erlon, qui attaquerait Papelotte et la Haie; Ney dut conduire les trois autres divisions à droite de la Haie-Salnie qhi se trouvait au centre (et quMI ne Ihut pas confondre avee la Haie, sitnée à l'aile gaaelife des alliés) ; le corps de Reille appuferait et mouvement à gauche de la chaussée de Mont- Saint- Jean ; les divisions Bachetu et Foy entr^ cette chaussée et la ferme d*Hougomont; celle de lérême attaquerait cette forme, point sslllant de la Uipie ennemie, dont Welliflgteh avait folt créneler le cbaïaau et le parc» et ea il avait placé les gardes anglaisea. Le comte de Lobau, avec le sixième corps et une masse de cavalerie, suivrait en troisième et quatrième ligne au centre, à droite et I gauche de la chaussée , pottr appuyer l*eflbrt de Ney aar laHaie^ainte; enfin, vingt-quatre batalllow de gardes et les cuirassiers du duc de Yalmy seconderaient au besoin le choc dédsif en cinquième et sixième ligne.

Tel fot le plan que plusieurs inddenta viareni déranger, et que Napoléon pedt livrer sans crainte à Texamen des maîtres de Tart. Il ne pouvait rien faire de mieux , si ce n'est de porter ses réserves un peu plus près de sa droite , ponr donner plus de vigueur à TefTort entre Papelotte et la cbaornée de Ghurlelrol. (Ugéoéialloniaî.)

LinmiB*

prinee JérAme enleva jdliisîenrs fois le bois d'Hoogomont, et plusieurs fois en fiit repoussé ; il était défmdu par la division des gardes anglaises, les meilleures troupes de Tennemi, qu'on vit avec plaisir être sur sa droite, ce qui rendait plus facile la grande attaque sur la gauche. La division Foy soutint la division du prince Jérôme ; il se fit de part et d'autre des prodiges de valeur; les gardes anglaises couvrirent de leurs cadavres les bois et les avenues du château, mais non sans vendre chèrement leur sang. Après diverses vicissitudes qui occupèrent plusieurs heures de la journée , le bois tout entier resta aux Français ; mais le chà« teaui où s'étaient crénelés plusieurs centaines de braves, opposait une réûstance invincible; TEmpereur ordonna de réunir une batterie de huit obusiers qui mirent le feu aux granges et aux toits , et rendirent les Français maîtres de cette position.

Le maréchal Ney obtint l'honneur de comnuuider la grande attaque du centre ; elle ne pouvait pas être confiée à un homme plus brave et plus accoutumé à ce genre d'afEsûre. Il envoya un de ses aides-de-camp prévenir que tout était prêt et qu'il n'attendait plus que le signal. Avant de le donner, l'Empereur voulut jeter un dernier regard sur tout le champ de bataille, et aperçut dans la direction de Saint-Lambert un nuage qui lui parut être des troupes.

n dit à son Major général : a — Mare- » chai, que voyez-vous sur Saint-Lam- » bert ? — J'y crois voir cinq à six » mille hommes ; c'est probablement » un détachement de Grouchy. » Toutes les lunettes de l'état-major furent fixées sur ce point. Le temps était assez brumeux. Les uns soutenaient, comme il arrive en pareille occasion , qu'il n'y avait pas de troupes, que c'étaient des

arbres; d'autres que c^étaiMt des colonnes en position ; quelques-uns que c'étaient des troupes en marche. Dans cette incertitude, sans plus délibérer, il fit appeler le lieutenant-général Daumont, et lui ordonna de se porter avec sa division de cavalerie légère et ceOe du général Subervie, pour éclairer sa droite, communiquer promptement avec les troupes qui arrivaient de Saint-Lambert, opérer la réunion si elles appartenaient au maréchal Grou< chy , les contenir si elles étaient ennemies. Ces trois mille hommes de cavalerie n'eurent qu'à faire un à droite par quatre , pour être hors des lignes de l'armée; ils se portèrent rapidement et sans confusion à trois mille toises, et s'y rangèrent en bataille en potence sur toute hi droite de l'armée. IV. Un quart d'heure après, un ofitder de chasseurs amena un hussard noir prussien qui venait d'être fait prisonnier par les coureurs d'une colonne volante de trois cents chasseurs, qui battait l'estrade entre Wavres et Planchenoit. Ce hussard était porteur d'une lettre ; il était fort intelligent, et donna de vive voix tous les renseignements que l'on put désirer. La colonne qu'on apercevait à Saint-Lambert était l'avant- ^utie du général prussien Bulow, qui arrivait avec trente mille hommes; c'était le quatrième corps prussien, qui n'avait pas donné à Ligny. La lettre était effectivement l'annonce de l'arrivée de ce corps ; ce général demandait au duc de Wellington des ordres ultérieurs. Le hussard dit qu'il avait été le matin à Wavres, que les trois autres corps de l'armée prussienne y étaient campés, qu'il y avaient passé la nuit du 17 au 18, qu'ils n'avaient aucun Français devant eux ; qu'il supposait que les Français avaient marché sur Planchenoit ; qu'une patrouille de

CAMPAfiHS m 1815.

8iS

son régiment avait été dans la nuit joaqu'à deax lieues de Wavres sans rencontrer aucun c<»ps finançais. Le duc de Delmatie expédia su]>-l6-champ la lettre interceptée et le rapport du hussard au maréchal Groudiy , auquel il réitéra Tordre de marcher de suite sur Saint-Lambert, et de prendre à dos le corps du général Bulow. Il était onze heures; Tofficier n'avait au plus que quatre ou cinq lieues à faire, toujours sur de bons chemins, pour atteindre le maréchal Grouchy : il promit d'y être à une heure. Par la dernière nouvelle reçue de ce maréchal, on savait qu'il devait, à la pointe du jour, se porter sur Wavres; or, de Gembloux à Wavres il n'y a que trois lieues : soit qu'il eût ou non reçu les ordres expédiés dans la nuit du quartier impérial, il devait être indubitablement engagé à l'heure qu'il était devant Wavres. Les lunettes dirigées sur ce point n'apercevaient rien, on n'entendait aucun coup de canon. Peu après, le général Daumont envoya dire que quelques coureurs bien montés qui le précédaient , avaient rencontré des patrouilles eime- *mies dans la direction de Saint*Lambert; qu'on pouvait tenir pour sûr que les troupes que Ton y voyait étaient ennemies ; qu'il avait envoyé dans plusieurs directions des patrouilles d'élite pour communiquer avec le maréchal Chrouchy et lui porter des avis et des ordres.

L'Empereur fit ordonner immédiate-»

ment au comte de Lobau de traverser la chaussée de Charleroi, par un changement de direction à droite par division, et de se porter pour soutenir la cavalerie légère du côté de Saint-Lambert; de choisir une bonne position intermédiaire, où il pût, avec dix mille hommes, en arrêta trente mille, si cela devenait nécessaire; d'attaquer vive-

ment lee Prussiens, auflrilAt qu'il entendrait les premiers coups de canon des troupes que le maréchal Grouchy avait détadiées derrière eux. Ces dispositions furent exécutées sur-le-champ.

Il était de la plus haute importance que le mouvement du comte de Lobau se fit sans retard. Le maréchal Grouchy devait avoir, de Wavres, détaché six à sept mille hommes sur Saint-Lambert, lesquels se trouveraient compromis, puisque le corps du général Bulow était de trente mille hommes ; tout comme le corps du général Bulow serait compromis et perdu si , au moment qu'il serait attaqué en queue par six à sept mille hommes , il était attaqué en tête par unhomme du caractèredu comte de Lobau. Dix-sept à dix-huit mille Français disposés et commandés ainsi , étaient d'une valeur bien supérieure à trente mille Prussiens ; mais ces événements portèrent du changement dans le premier plan de l'Empereur, il se trouva afiaibli sur le champ de bataille, de dix mille hommes qu'il était obligé d'envoyer contre le général Bulow ; ce n'était plus que cinquante-neuf mille hommes qu'il avait contre quatre-vingtdix mille; ainsi l'armée ennemie, contre laquelle il avait à lutter, venait d'être augmentée de trente mille hommes déjà rendus sur le champ de bataille; elle était de cent vingt mille hommes contre soixante-neuf mille , c'était un contre deux. « Nous avions ce matin y> qvatre^ngt^dix chances pour nous, » dit-il au duc de Dalmatie , Varrif)ée » de Bulow nous en fait perdre trente ; » mais nous en avons encore soixante » contre quarante, et si Grou^chy répare » l'horrible faute qu'il a commise hier » de s'amuser à Gembloux, et envoie son » détachement avec rapidité, la victoire » en sera plus décisive, car le corps de' » Bulow sera entiirement perdu. »

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réGlu4 Grottc)])Y ) «près le déU)cb«nfiw( qu'il aurail pu Um «ur S{|ia(-Laul)en, il lui rosAît QOpQre viogM^ i^ YiPgthuit miUa bomiiM ; or, les trois corpn que le loaréctuil Blûd^er avait à Wa-r vm, qui devant Ugiiy étaient de quatro-vingtrdii mille bomniea» étaient réduits à quarante mille, n<m seulement par 1^ perte de trente mille qu il avait éprouvée dans la bataille , mais aussi par oelle de vingt mille hommes qui s'étaient débandés et ravageaient les bords de la M^P^* et par quelques détachements auxquels ce maréchal avait été obligé pow les couvrir, ainsi que les bagages qui se trouvaient dans I4 direction de Namur et de Liège; or, quarante miUc ou quarante-cinq mille Prussiens, battus, découragés, ne pouvaient pas en imposer à vingt-huit mille Français bien placés et victorieux.

y. U était midi, les tirailleurs étaient engagés sur toute la ligne; mais le combat n'avait réellement lieu que sur la gauche, dans le bois et au château d'Qougomont. Du côté de rextrôme clro,ite, les troupes du général Bulow étaient encore stationnaires ; elles parai^ent se former et attendre que leur artillerie e(U passé le défilé. L'Empereur envpya Tordre au maréchal Ney de commencer le feu de ses batteries, de s'emparer de la ferme de la Baye- Siainte et d'y mettre en position une div^ion d'infanterie ; de s'emparer également du village de la Haje et d'en déposter l'ennemi, afin d'intercepter toute communication entre l'armée anglo-hpllandaise et le corps du général Bulow. Quatre-vingts bouches à feu vomirent bientôt la. mort sur toute la gauchie de la ligne anglaise; une de ses divisions fut entièrement détruite par les boulets et la mitraille. Pendant que cette attaque était dé^iasquée, TEm-

pereur oèservait avto attentîoii qMl serait la mouvement du général ob^ nemi ; il n'en fit aucun sur sa draile; mais il s'aperçnt quil prépatait sur la gauche une gnmde obairge de cavalerie ; il s'y porta au galop. La charfe avail eu lieu ; elle avait repoussé une colonne dinfMterie qui s'avançait sur le plateau, lui avait enlevé deux aigles et désorganisé sept pièces de canon. U or^ donmi à une brigade de cuirassitts du général Milhaud, de la deuxième ligm« de charger cette cavalme. Elle partit aux cris de vive l'Empereur; la cavalerie anglaise fut rompue, la plusgnuMe partie resta sur le ébàsop de bataille ; les canons furent repris , l'infiuiterie protégée. Diverses charges d'infimlerie et de cavalerie eurent lieu ; le détail en appartient plus à l'histoire de chaque régîment, qu'à l'histoire générale de la baiaille, où ces récits muttiptiés ne porteraient que du désordre ; il suf fit de dire qu'après trois heures de combat, la ferme de la Haye-&ânte, malgré la résistance des régiments écossais, fut occupée par l'inianterie française , et le but que s'était promis le général français obtenu. Les ciur quièmeet sixième divisions an^aises furent détruites, le général Picton resta mort sur le champ de bataille.

L'Empei-eur parcourut pendant ce combat la ligne d'infanterie du premier corps , la ligne de cavalerie des cuirassiers Milhaud et celle en troisième ligne de la garde, au milieu des boulets, de la mitraille et des obus; ils ricochaient d'uAe ligne à l'autre. Le brave général Devau)^ , commandant l'artillerie de la garde , qui était à ses côtés, fut enlevé par un boulet : perte sensible, surtout dans ce moment, puisqu'il savait mieux que personne les positions qu'occupaient les réserves de l'artiUeriia de la garde, fortes de quatre-viiigtrseise hou-

CAMPIfiillMISIS*

ait

dmè f$n. Le gép^ de MgadeMleqaaqd lui succéda, et an ïAmé peu afNrès.

ie désordre étsil dans Tmoée aag^sîse; les bagages, les cbarrois, les blessés, voyant les Frauçais s'approcher de la duMissée 4e Bruxelles et da principal débouché d^ la (brét, accouraieut en foiUe popr opérer leur retraite. Tous les Aiyards anglais , beiges, alleinands , qiii avai^t été sabrés par la cavalerie , se pfécipît^ient si^r 9ruxeUes. Il élait qiMtre fieures ; la vîctmre aurait dësr lors été décidée; mais le corps du géné|n»l Biilov opéra dans ce moment sa puissante diversion. Dès deux heures après midi , le général Daumont avait ùii prévenir que le général Bulow dé* bouchait sur trois colonnes, et que les chasseurs français tiraillaient tout en se retirant devant Fennemi, qui lui paraissait très nombreux; il Tévaluait à plus de quasante mille hoaunes; il disait de pbis que ses coureurs , bien moalés, avaient fait plusieurs lieues dans ^vorees directions, n'avaient rapporté aucune nouydle du maréchal Groudiy, qu'ilne fallait doncpascompter sur lui. Dans ces laéraes moments, rSmpeieur reçut de Gemhloux des nouvelles bien fèdieuses. L^ maréchal Groucby , au Uett d'être pitfti de Gembloux à la petite pointe du jour, comme il l'avait annoncé piur sa dépêche de deux heures après minuit , n'avait pas encore quitté ce camp à dix heures du matin. L'officier l'attribuait ^ rhorrihie teuqps qu'il faisait; motif ri<Ucule; cette inexcusable lenteur dans des drconstances si déUc^es, de la part d'^m officier aussi sélé, ne se pouvait expliquer.

YI. G^wttdant la canonnade tank peu à s'engager entre le général Bulow et le comto de Lobau. L'armée prussiennes marchait en échelons; le

ceot»^ en avant. Sa ligne de fartaiUe était perpendicutaîve sur le flanc droit de l'armée , parallèlement k la chau»sée de la Baye-Saînte fc Plaachenoit L'échelon du cintre démasqua i|ne trentaine de boudies àfeu : l'artiMerie lui en opposa un pareO nond>re. Après une heure de canonnade , le comte de Loban , s'apercevant quf» le premier édidon n'était pas soutenu , marcha à lui, l'enfonça et le repoussa fort loin ; mais les deux autres l^es, qui paraissaient avoir été retardées par les mauvais chemins, rallièrent le premier édidon , et sans essayer d'enfoncer la ligne française , eUes dierchèrent k déborder par un à gauche en bataille.

Le comte de Lobau, craignant d'être tourné , exécute sa retraite en échiquier, en s'approdumt de Tarmée. Les feux des batteries prussiennes douUèrant; on con^pta jusqu'à soixante bouches à Smi; les boulets ^tombaient sur la chaussée en avant et en arrière de la Beile-Alhance, où se trouvait l'Empereur avec la garde; c'était la ligne d'opération de l'armée : au moment le plus critiqua , l'ennemi s'était tell^ ment approché que sa mitraille labourait cette chaussée; l'Empereur ar^ donna alors au général Duhesme , qui oommandait la jeune garde, de se porter sur la droite du sixième corps avec ses deux hrigades d'infimterie et vingt-quatre bouches à feu de la gaide. Un quartrd'heure après, cette fiNrmi* dable bat|erie commença le feu; l'ar* tiUerie françaiae ne tarda pas à acquérir la sapériorité; elle était mieux servie et mieux placée. Aussitét que la jeune garde fut engagée , le mouvement dea Prussiens parut arrêté; cm rwnarqua du flotteoient dans leur ligne; mais cepemlant ils continuèivnt encore à la prdonger par leur gauche , dd)ordai^t la dmite française arrivant jusqu'à

uamvE.

la hanlear de Planchenoit ; le lieutenant-général Morand se porta alors a? ec quatre bataiOcms de vieille garde et sme pièces de canon à la droite de la jeune garde; deux régiments de vieÛle garde prirent position en avant de PlanchemMt; la ligne prussienne se trouva débordée; le général Bulow fut repoussé , sa gauche fit un mouvement en arrière, convergea, et insensiblement toute sa ligne recula. Le comte de Lobau , le général Duhesme et le général Morand marchèrent en avant ; i)3 occupèrent bientôt les positions qu'avait occupées Tartillerie du général Bulow. Non seulement ce général avait épuisé son attaque, démasqué toutes ses réserves ; mais d'abord contenu , il était à présent en retraite. Les boulets prussiens, non seulement n'aiw rivaient plus sur la chaussée de Charleroi , mais n'atteignaient pas les positions qu'avait occupées le comte Lobau : il était sept heures du soir :

YII. Il y avait deux heures que le comte d'Erion s'était emparé de la Haye, avait déb(mié toute la gauche anglaise et la droite du général Bulov^. La cavalerie légère du premier corps , poursuivant Tinfant^e ennemie sur le plateau de la Haye , avait été ramenée par une cavalerie supérieure en nombre ; le comte MiBiaud gravit alors la hauteur avec ses cuirassiers , et fit prévenir le général Lefebvre-Desnonettes , qui se mit aussitôt au trot pour le soutenir. Il était chiq heures; c'était le moment où l'attaque du général Bttlovf était le plus menaçante ^ où, loin d*étre contenu, il montrait tottjoura de nouvelles troupes qui étendaient sa ligne sur la drotte. La cavalerie ane^sc ftit repoussée par les intrépides cuirasaiera et les chasseurs de la garde. Les Anglais abandonnèrent tout le champ de bataille ratre la Haye-

Sainte et Mont-Sinnt4ean , cdui qu'avait occupé toute leur gauche, et furent acculés sur leur droite. A la vue de ces charges brillantes , des cris de victove se firent entendre sur le champ de bataille. L'Empereur dit : « CM trop Êôl d'une heure ; cependantjil faut eautenir ce qui est fait, n II envoya l'ordre aux cuirassiers Kellermann , qui étaient toujours en position sur la gauche, de se porter au grand trot pour appuyer la cavalerie sur le plateau. Le général Bulow menaça dans ce moment le flanc et les derrières de l'armée ; il étut important de ne fiâre aucun mouvement rétrograde nulle part , et de se maintenir dans la position, quoique prématurée ^ qu'avait prise la cavalerie. Ce mouvement au grand trot de- trois mille cuirassiera qui défilait aux cris de vive l'Bmpereur, et sous la canonnade des Prussiens , fit une diversion heureuse dans ce moment de crise. La cavalerie mar^ chait comme à la poursuite de l'année anglaise , et l'armée du général Bulow faisait encore des progrès sur le flâne et les derrières. Pour savoir si on était vainqueur ou en danger, le soldat, rofficier même cherchait à deviner dans le regard du chef; mais il ne respirait que la confiance. C'était depuis vingt ans la cinquantième hataifle rangée qu'il ooramandait. Cependant la division de grosse cavalerie de la garde, sous les ordres du général Guyot, qui était en deuxitoie ligne derrière les cuirassiera Kellennann, suivait au grand trot et se portait sur le plateau; rBmpereor s'en aperçât; il envoya le comte B^rand pour h rappeler ; c'était sa réserve : quand ce gàiéral arriva, elle était déjà engagée, et tout n^uvement rétrograde eût été dangereux* Dès cinq heures du soir, l'Empereur se trouva ainsi privé de sa

GàMPÂGNE DB 1815.

réserve de cavalerie , de cette réserve qui , bien employée , lui avait donné tant de fois la victoire. Cependant ces douze mille hommes de cavalerie d'élite firent des miracles; ils culbuièrent toute la cavalerie plus nombreuse de Tennemi qui voulut s'opposer à eux, enfoncèrent plusieurs carrés d'infanterie , désorganisèrent , s'emparèrent de plusieurs bouches à feu , et prirent au milieu des carrés six drapeaux, que trois chasseurs de la garde et trois cuirassiers présentèrent à l'Empereur devant la Belle-Alliance.

L'ennemi , pour la seconde fois de- la journée , crut la bataille perdue , et voyait avec effroi combien le mauvais champ de bataille qu'il avait choisi allait apporter de difficultés à sa retraite. La brigade Ponsonby , chargée par les lanciers rouges de la garde , commandés par le général Colbert, fut enfoncée ; son général fut percé de sept coups de lance et tomba mort. Le prince d'Orange, sur le point d'être pris, fut blessé grièvement; mais n'étant pas soutenue par une forte masse d'infanterie qui était encore retenue par l'attaque du général Bulow , cette brave cavalerie dut se borner à conserver le champ de bataille qu'elle avait conquis. Enfin , à sept heures , lorsque l'attaque du général Bulow eut été repoussée et que la cavalerie se maintenait toujours sur le plateau qu'elle avait conquis , la victoire était gagnée ; soixante-neuf mille Français avaient battu cent vingt mille hommes.

La joie était sur toutes les figures , et l'espoir dans tous les cœurs. Ce sentiment succédait à l'étonnement qu'on avait éprouvé pendant la durée de cette attaque de flanc, faite par une armée tout entière, et qui pendant une heure avait menacé la retraite même de l'armée. Dans ce moment on vu.

entendit distinctement la canonnade du maréchal Grouchy, elle avait dépassé Wavres dans le point le plus éloigné et dans le point le plus près : elle était derrière Saint-^Lambert.

YIIL Le maréchal Grouchy n'était parti qu'à dix heures du matin de son camp de Gembloux, se trouvant entre midi et une heure à mi-chemin de Wavres. Il entendit l'épouvantable canonnade de Waterloo. Aucun homme exercé ne pouvait s'y tromper ; c'é* talent plusieurs centaines de bouches à feu, et dès-lors deux armées qui s'envoyaient réciproquement la mort.

Le général Excelmans , qui commandait la cavalerie, en fut vivement ému; il se rendit près du Maréchal et lui dit : a L'Empereur est aux mains avec » l'armée anglaise; cela n'est pas dou- )) teux , un feu aussi terrible ne peut » pas être une rencontre. Monsieur lo » Maréchal, il faut marcher sur le feu. )) Je suis un vieux soldat de l'armée » d'Italie ; j'ai cent fois entendu le gé- )) néral Bonaparte prêcher ce principe.

» Si nous prenons à gauche , nous se- » rons dans deux heures sur le champ » de bataille. — Je crois, lui dit le Ma- » réchal , que vous avez raison ; mais » si Blûcher débouche de Wavres sur » moi, et me prend en flanc , je serai » compromis pour n'avoir point obéi » à mon ordre , qui est de marcher » contre Blucher. » Le comte GÉRARD joignit dans ce moment le Maréchal , et lui donna le même conseil que le général Excelmans. « Votre ordre » porte, lui dit-il , d'être hier à Watt vres , et non aujourd'hui ; le plus » sûr est d'aller sur le champ de ba- » taille. Vous ne pouvez vous dissimu- )) 1er que Blûcher a gagné une marche » sur vous ; il était hier à Wavres, et » vous à Gembloux, et qui sait main- » tenant où il est ! S'il s'est réuni à

LIMPIBB.

» Wellington , nous le trouverons sur » le champ de bataille , et dès-lors » votre ordre est exécuté à la lettre ! » s'il n'y est pas, votre arrivée décidera » de I«i bataille! Dans deux heures, » nous pouvons prendre part au feu, » et si nous avons détruit l'armée an- » glaise , que nous fait Blûcher déjà x) battu ! » Le Maréchal parut convaincu; mais dans ce moment, il reçut le rapport que sa cavalerie légère était arrivée à Wavres , et était aux mains avec les Prussiens; que toutes leurs forces y étaient réunies, et qu'elles consistaient au moins en quatre-vingt mille hommes. A cette nouvelle , il continua son mouvement sur Wavres ; il y arriva à quatre heures après midi. Croyant avoir devant lui toute l'armée prussienne, il mit deux heures pour se ranger en bataille et faire ses dispositions. C'est alors qu'il reçut l'ofiScier expédié du champ de bataille à dix heures du matin. Il détacha le général Pajol avec douze mille hommes pour se porter sur Limate, pont sur la Dyle, à une lieue derrière Saint -Lambert.

Ce général y arriva à sept heures du soir; il traversa la rivière : pendant ce temps , le maréchal Grouchy attaqua Wavres.

IX. Le maréchal Blucher avait passé la nuit du 17 au 18 à Wavres avec les quatre corps de son armée, formant soixante -quinze mille hommes. Instruit que le duc de Wellington était décidé à recevoir la bataille en face de la forêt de Soignes , s'il pouvait compter sur son concours, il détacha dans la matinée son quatrième corps, qui passa la Dyle à Limate et se réunit à Saint-Lambert. Ce corps était entier ; c'était celui qui n'avait pas donné à Ligny. La cavalerie légère du maréchal Blûcher, qui battait l'estrade à deux lieues de son camp de Wavres, n'avait

encore aucune nouvelle du maréchal Grouchy ; à sept heures du matin, ello ne voyait que quelques piquets de coureurs. Blûcher en conclut que toute l'armée était réunie devant Mont« SaintJéan; il mit en mouvement le deuxième corps commandé par le général Pirch. Ce corps était réduit à dixhuit mille hommes. Il marcha luimême avec le premier corps du général Ziethen , réduit à treize mille hom* mes, et laissa le général Thiehnan avec le troisième corps en portion à Wavres.

Le deuxième corps du général Pirch marcha par Lasne, et Blûcher avec le premier corps marcha sur Ohain , où il se réunit, à six heures du soir, à la brigade de cavalerie anglaise qui était en flanqueurs. Il y reçut le rapport que le maréchal Grouchy, avec des forces considérables, s'était présenté devant Wavres à quatre heures ; qu'il faisait des dispositions d'attaque; que le troisième corps n'était pas en mesure de lui résister. Le maréchal Blûcher n'avait pas deux partis à prendre.

Il appuya sur ses principales forces, le général Bulow et les Anglais, et envoya Tordre au général Thielinan de tenir aussi l(Higtemps que possible, et de se retirer sur lui, s'il y était forcé. Effiactivement, il n'était plus en mesure de retourner sur Wavres; il n'y serait arrivé qu'à la nuit close , et si l'armée anglo-hollandaise était battue, il se serait trouvé entre deux feux, tandis que, s'il continuait sur l'armée anglo-hollandaise et qu'elle eût la victoire, il serait toujours à temps de retourner c>ontre le maréchal Grouchy. Son mouvement fut fort lent , ses troupes étaient très fatiguées et les chemins tout à-feit défoncés et pleins de défilés. Ces deux colonnes, fortes ensemble de trente-et-un mille hommes, ouvri*

rent la communication entre le général Bttlow et les Anglais. Le premier , qui . était en pleine retraite, s'arrêta ; Wellington, qui était au désespoir et n'avait devant lui que la perspective d'une défaite assurée , vit son salut. La brigade de cavalerie anglaise, qui était à Ohain, le rejoignit, ainsi qu'une partie de la quatrième division des flanqueurs de droite. Si le maréchal Grouchy eût couché devant Wavres, comme il le devait et en avait Tordre, le soir du 17, le maréchal Blùcher y fût resté en observation avec toutes ses forces, se croyant poursuivi par toute l'armée firançaise. Si le maréchal Grouchy , comme il l'avait écrit à deux heures après minuit, de son camp de Gembloux , eût pris les armes h la pointe du jour , c'est-à-dire , à quatre heures du matin, il ne fût pas arrivé à Wavres à temps pour empêcher le détachement du général Bulow , mais il eût arrêtéies trois autres corps du maréchal Blûcher : la victoire était encore certaine. Mais le maréchal Grouchy n'arriva qu'à quatre heures et demie devant Wavres, et n'attaqua qu'à six heures ; il n'était plus temps!! L'armée française, forte de soixante mille hommes, qui, à sept heures du soir, était victorieuse d'une armée de cent vingt mille hommes , occupait la moitié du champ de bataille des Anglo-Hollandais, et avait repoussé le corps du général Bulow, se vit arracher la victoire par l'arrivée du maréchal Blûcher avec trente mille hommes de troupes fraîches, renfort qui portait l'armée en Bgne à près de cent cinquante mille hommes, c'est-à-dire deux et demi contre un.

X. Aussitôt que l'attaque du général Bulow eut été repoussée , l'Empereur donna des ordres au général Drouot, qui faisait les fonctions d'aide-major

général de la garde , pour rallier toute sa garde en avant de la ferme de la Belle- Alliance, où il était avec huit ba taillons, qui étaient rangés sur deux lignes; les huit autres avaient marché pour soutenir la jeune garde et défendre Planchenoit. Cependant la cavalerie, qui contiûuait à occuper la position sur le plateau d'où elle dominait tout le champ de bataille , s'étant aperçue du mouvement du général Bulow, mais prenant confiance dans les réserves de la garde qu'elle voyait là pour le contenir , n'en conçut pas d'inquiétude, et poussa des cris de vicr toire lorsqu'elle vit ce corps repoussé; elle n'attendait que l'arrivée de l'infanterie de la garde pour décider de la victoire ; mais elle éprouva de l'étonnement lorsqu'elle aperçut l'arrivée des colonnes nombreuses du maréchal Blùcher. Quelques régiments firent un mouvement en arrière ; l'Empereur s'en aperçut. Il était de la plus haute importance de redonner conte-^ nance à la cavalerie ; et voyant qu'il lui fallait encore un quart d'heure pour rallier toute sa garde, il se mit à la tête de quatre bataillons, et s'avança sur la gauche en avant de la Haye- Sainte, envoyant des aideà-de-camp parcourir la ligne pour annoncer l'arrivée du maréchal Grouchy, et dire qu'avec un peu de contenance , la victoire allait se décider. Le général Reille réunit tout son corps sur la gauche, en avant du château d'Hougomont, et prépara son attaque ; il était important que la garde s'engageât tout à la fois, mais les huit autres bataillons étaient encore en arrière. Maîtrisé par les événements, voyant la cavalerie décontenancée, et qu'il fallait une réserve d'infanterie pour la soutenir, il ordonna au général Friant de se porter avec ses quatre bataillons de la

moyenne garde, au-devant de l'attaque de l'ennemi ; la cavalerie se rassit et marcha en avant avec son intrépidité accoutumée. Les quatre bataillons de la garde repoussèrent tout ce qu41s rencontrèrent ; des charges de cavalerie portèrent la terreur dans les rangs anglais. Dix minutes après , les autres bataillons de la garde arrivèrent ; l'Empereur les rangea par brigades, deux bataillons en bataille et deux en colonnes sur la droite et la gauche; la deuxième brigade en échelons, ce qui réunissait l'avantage des deux ordres. Le soleil était couché; le général Priant , blessé , passant dans ce moment, dit que tout allait bien, que l'ennemi paraissait former son arrièregarde pour appuyer sa retraite , mais qu'il serait entièrement rompu aussitôt que le reste de la garde déboucherait. Il fallait un quart d'heure ! C'est dans ce moment que le maréchal Blûcher arriva à la Haye, et culbuta le corps français qui la défendait; c'était la quatrième division du premier corps; elle se mit en déroute et ne rendit qu'un léger combat. Quoiqu'elle fût attaquée par des forces quadruples, pour peu qu'elle eût montré quelque résolution , ou qu'elle se fût crénelée dans les maisons, il était nuit, le maréchal Blûcher n'aurait pas eu le temps de forcer le village. C est là où Ton dit avoir entendu le cri de sauve qui peut. La trouée faîte , la ligne rompue par le peu de vigueur des troupes de la Haye, la cavalerie inonda le champ de bataille. Le général Bulow marcha en avant, le comte de Lobau fit bonne contenance. La cohue devint telle, qu'il fallut ordonner un changement de front à la garde qui était formée pour se porter en avant. Ce mouvement s'exécuta avec ordre; la garde fit lace en orrièrc; la gauche du cdlc

L'EHPIRË.

de la Haye-Sainte, et la droite du côté de la Belle-Alliance , faisant front aux Prussiens et à l'attaque de la Haye ; immédiatement après, chaque bataillon se forma en carré. Les quatre escadrons de service chargèrent les Prussiens. Dans ce moment la brigade de cavalerie anglaise, qui arrivait d'Ohain, marcha en avant. Ces deux mille chevaux pénétrèrent entre le général Reille et la garde. Le désordre devint épouvantable sur tout le champ de bataille; l'Empereur n'eut que le temps de se mettre sous la protection d'un des carrés de la garde. Si la division de cavalerie de réserve du général Guyot ne se fût pas engagée sans or dre à la suite des cuirassiers Kellermann, elle eût repoussé cette charge, empêché la cavalerie anglaise de pénétrer sur le champ de bataille , et la garde à pied eût alors pu contenir tous les efibrts de l'ennemi. Le général Bulow marcha par sa gauche , débordant toujours tout le champ de bataille. La nuit augmentait le désordre et s*opposait à tout : s'il eût fait jour, et que les troupes eussent pu voir l'Empereur , elles se fussent ralliées : rien n'était possible dans l'obscurité.

La garde se mit en retraite ; le feu de l'ennemi était déjà à quatre cents toises sur les derrières, et les chaussées coupées. L'Empereur, nvec son état-major, resta longtemps avec les régiments de la garde sur un mamelon. Quatre pièces de canon qui y t'étaient, tirèrent vivement dans la plaine; la dernière décharge blessa lord Paget, général de »la cavalerie anglaise. Enfin, il n'y avait plus un moment à perdre. L'Empereur ne put faire sa retraite qu'à travers champs : cavalerie, artillerie, infanterie, tout était pêle-mêle. L'état-major gagn? la petite ville de Gennapes ; il espérait pouvoii y rallier un corps d'ar-

rière- garde; mais le désordre était épouvantable, tous les efforts qu'on fit furent vains. Il était onze heures du soir. Dans Timpossibilité d'organiser une défense, il mit son espoir ilans la division Girard, troisième du deuxième corps , qu'il avait laissée sur le champ de bataille de Ligny , et à laquelle il avait envoyé Tordre de se porter aux Quatre-Bras pour soutenir la retraite.

Jamais Tarmée française ne s'est mieux battue que dans cette journée ; elle a fait des prodiges de valeur ; et la supériorité des troupes françaises, infonterie, cavalerie, artillerie, était telle sur Tennemi, que, sans Farrivée des premier et deuxième corps prussiens, la victoire aurait été remportée et eût été complète contre Tarmée anglo-hollandaise, et le corps du général Bulow, c'estrà-dire, un contre-deux (soixanteneuf mille hommes contre cent vingt mille).

La perte de Farmée anglo-hollandaise et celle du général Bulow furent, pendant la bataille, de beaucoup supérieures à celle des Français, et les pertes que les Français éprouvèrent dans la retraite, quoique très considérables, puisqu'ils eurent six mille prisonniers, ne compensent pas encore les pertes des alliés dans ces quatre jours, perte qu'ils avouent être de soixante mille honunes, savoir : onze mille trois cents Anglais, trois mille cinq cents Hanovriens, huit mille Belges, Nassaus, Brunswickois : total, vingt-deux mille huit cents, pour l'armée anglo-hollandaise : Prussiens, trente-huit mille; total général, soixante mille huit cents.

Les pertes de l'armée française, même y compris celles éprouvées dans la déroute et jusqu'aux portes de Paris, ont été de quarante-un mille hommes.

La garde impériale a soutenu son ancienne réputation ; mais elle s'est

trouvée engagée dans de malheureuses circonstances; elle était débordée par la droite et la gauche , inondée de fuyards et d'ennemis lorsqu'elle a commencé à entrer en ligne ; car si cette garde eût pu se battre , les flancs appuyés, elle eût repoussé les efforts des deux armées ennemies réunies. Pendant plus de quatre heures, douze mille hommes de cavalerie fa'ançaise ont été maîtres d'une partie du champ de bataille de l'ennemi , ont lutté contre toute Finfanterie et contre dix-huit mille hommes de cavalerie anglo-hollandaise qui ont été constamment repoussés dans toutes leurs charges. Le lieutenant-général Duhesme, vieux soldat couvert de blessures, et de la plus grande bravoure, fut fiait prisonnier en voulant rallier une arrière-garde. Le comte de Lobau a été pris de même.

Gambronne, général de la garde, est resté grièvement blessé sur le champ de bataille. Sur vingt-quatre généraux anglais, douze ont été tués ou blessés grièvement. Les Hollandais ont perdu trois généraux. Le général français Duhesme a été assassiné le 19 par un hussaixl de Brunswick , quoique prisonnier; ce crime est resté impuni.

C'était un soldat intrépide, un général consommé, qui s'est toujours montré ferme et inébranlable, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune.

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