‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 173 sur 205 · CAMPAGNES DE PRUSSE ET DE POLOGNE · texte numérisé non relu

CAMPAGNES DE PRUSSE ET DE POLOGNE

Proclamation de V Empereur et Roi.

Soldats,

L'ordre pour votre rentrée en France était parti ; vous vous en étiez déjà rapprochés de plusieurs marches. Des fêtes triomphales vous attendaient, et les préparatifs pour vous recevoir étaient commencés dans la capitale.

Mais, lorsque nous nous abandonnions à cette trop confiante sécurité, de nouvelles trames s'ourdissaient sous le masque de l'amitié et de Talliairce. Des cris de guerre se sont fait entendre à Berlin ; depuis deux mois nous sommes provoqués tous les jours davanta^.

La même faction, le même esprit de vertige qui, à la faveur de nos dissensions intestines, conduisit, il y a quatorze ans, les Prussiens au milieu des plaines de la Champagne, domine dans leurs conseils.

Si ce n'est plus Paris qu'ils veulent brûler et renverser jusque dans ses fondements , c'est aujourd hui leurs drapeaux qu'ils se vantent de planter dans les capitales de nos alliés; c'est la Saxe qu'ils veulent obliger à renoncer, par une transaction honteuse, à son indéoendance, en la rangeant au nombre de leurs provinces; c'est enfin vos lauriers qu'ils veulent arracher de votre front Us veulent que nous évacuions TÂlIemagne à l'aspect de leur armée ! Les insensés ! 1 ! qu'ils sachent donc qu il serait mille fois plus facile de détruire la grande capitale que de flétrir l'honneur (les enfants du grand peuple et de ses alliés. Leurs projets furent confondus alors ; ils trouvèrent dans les plaines de la Champagne la défaite, la mort et la honte : mais les leçons de l'expérience s'effacent, et il est des hommes chez lesquels le. sentiment de la haine et de la jalousie ne meurt jamais.

Soldais, il n'est aucun de vous qui veuille retourner en France par un autre chemin que par celui de l'honneur. Nou?

ne devons y rentrer que sous des arcs de triomphe.

Eh quoi ! aurions-nous donc bravé les saisons, les mers, les déserts; vaincu l'Europe plusieurs fois coalisée contre nous ; porté notre gloire de l'Orient à l'Occident, pour retourner aujourd'hui dans notre patrie comme des transfuges, après avoir abandonné nos alliés, et pour entendre dire que l'aigle française a fui é{K>uvantée à l'aspect des armées prussiennes..,. Mais déjà ils sont arrivés sur nos avant-postes.

Marchons donc , puisque la modération n'a pu les faire sortir de cette étonnante ivresse. Que l'armée prussienne éprouve le même sort qu'elle éprouva il y a quatorze ans ! q^u ils apprennent que s'il est facile d'acquérir un accroissement de domaines et de puissance avec l'amitié d« grand peuple, son inimitié (qu'on ne peat peut provoquer que par l'abandon de tout esprit de sagesse et de raison) est plus terrible que les tempêtes de TOcéan.

Donné en notre quartier impérial, à Bamberg, le 6 octobre 1806.

Signé^ NAPOLEOff.

Pour ampliation :

Le Major-géniral prince de NeuchéM $1 Fal0ll^à^

Signé, Maréchal Bbrthiei.

PREMIER BULLETIN

Bamberg, le B octobre 1806.

La paix avec la Russie^ conclue et signée le 26 juillet, des négociations avec l'Angleterre, entamées et presque conduites à leur maturité, avaient porté l'alarme à Berlin. Les bruits vagues qui se multiplièrent, et la conscience des torts de ce cabinet envers toutes les puissances, qu'il avait successivement trahies, le portèrent

à ajonter croyance aux bruits répandus qu'un des articles secrets du traité conclu avec la Russie donnait la Pologne au

grince Constantin, avec le titre de roi, la ilésie à TAutricbe, en échange de la portion autrichienne de la Pologne, et le Hanovre à l'Angleterre. Il se persuada enfin que ces trois puissances étaient d'accord avec la France, et que de cet accord résultait un danger imminent pour la Prusse.

Les torts de la Prusse envers la France remontaient à des époques fort éloignées. La première, elle avait armé pour profiter de nos dissensions intestines. On la vit ensuite courir aux armes au moment de rinvasion du duc d'York en Hollande ; et lors des événements de la dernière guerre, quoiqu'elle n'eût aucun motif de mécontentement contre la France, elle arma de nouveau, et signa, le i*' octobre 1805, ce fameux traité de Postdam, qui fut, un mois après , remplacé par le traité de Vienne.

Elle avait des torts envers la Russie, qui ne peut oublier l'inexécution du traité de Postdam et la conclusion subséquente du traité de Vienne.

Ses torts envers l'empereur d'Allemagne et le corps germanique, plus nombreux et plus anciens, ont été connus de tous les temps. Elle se tint toujours en opposition avec la diète. Quand le corps (germanique était en guerre, elle était en paix avec ses ennemis. Jamais ses traités avec l'Autriche ne recevaient d'exécution, et sa constante étude était d'exciter les puissances au combat, afin de pouvoir, au moment de la paix, venir recueillir les fruits de son adresse et de leurs succès.

Ceux qui supposeraient que tant de versatilité tient à un défaut de moralité de la part du prince, seraient dans une grande erreur. Depuis quinze ans la cour de Berlin est une arène où les^ partis se combattent et triomphent tour-à-tour; l'un veut la ^erre, et l'autre la paix. Le moindre événement politique, le plus léger incident donne l'avantage à l'un ou à Tautre ; et le Roi, au milieu de ce mouvement des passions opposées, au sein de ce dédale d'intrigues , flotte incertain sans cesser un moment d'être honnête homme.

Le il août, un courrier de M. le marquis de Lucchesini arriva à Berlin, et y porta, dans les termes les plus positifs, l'assurance de ces prétendues dispositions, par lesquelles la France et la Russie seraient convenues, par le traité du 20 juillet, de rétablir le royaume de Pologne et d'enlever la Silésie à la Prusse. Les partisans de la guerre s'enflammèrent aussitôt ; ils firent violence aux sentiments })ersonnels du Roi ; quarante courriers partirent dans une seule nuit, et l'on courut aux armes.

La nouvelle de cette explosion soudaine parvint à Paris le 20 du même mois. On

{)laiffnitun allié si cruellement abusé; on ui donna sur-le-cbamp des explications, des assurances précises, et comme une erreur manifeste était le seul motif de ces armements imprévus , on espérait que la réflexion calmerait une effervescence aussi peu motivée.

Cependant le traité signé à Paris ne fut pas ratifié à Saint-Pétersbourg, et des renseignements de toute espèce ne tardèrent pas à faire connaître à la Prusse, que M. le marquis de Lucchesini avait puisé ses renseignements dans les réunions les plus suspectes de la capitale, et panni les nommes d'intrigue qui composaient sa société habituelle. En conséquence , il fut rappelé; on annonça nour lui suc^séder M. le baron de Knobelsaorff, homme d'un caractère plein de droiture et de franchise, d'une moralité parfaite.

Cet envoyé extraordinaire arriva bientôt à Paris, porteur d'une lettre du roi de Prusse, datée du 13 août.

Cette lettre était remplie d'expressions obligeantes et de déclarations pacifiques , et l'Empereur y répondit d'une manière franche et rassurante.

Le lendemain du jour où partit le courrier porteur de cette réponse , on apprit que des chansons outrageantes pour la France avaient été chantées sur le théâtre de Berlin ; qu'aussitôt après le départ de M. de Knobelsdorff les armements avaient redoublé, et quoique les hommes demeurés de sang-froid eussent rougi de ces fausses alarmes, le parti de la guerre, soufflant la discorde de tous côtés, avait si bien exalté toutes les têtes, que le Roi se trouvait dans l'impuissance de résister au torrent.

On commença dès lors à comprendre à Paris que le parti de la paix, ayant lui-même été alarmé des assurances mensongères et des apparences trompeuses, avait perdu tous ses avantages, tandis que le parti de la guerre , mettant à profit 1 erreur dans laquelle ses adversaires s'étaient laissé entraîner, avait ajouté provocation à provocation, et accumule insulte sur insulte, et que les choses étaient arrivées à un tel point, qu'on ne pourrait sortir de cette situation que par la guerre.

L'Empereur vit alors que telle était la force des circonstances, qu'il ne pouvait éviter de prendre les armes contre son allié. 11 ordonna des préparatifs.

Tout marchait à Berlin avec une grande rapidité ; les troupes prussiennes entrèrent en Saxe, arrivèrent sur les frontières de la confédération, et insultèrent les avantrpostes.

Le 24 septembre, la garde impériale partit de Paris pour Bamberg, où elle est arrivée le 6 octobre» Les ordres furent ex-

L'EMPIFfE.

pédiés pour Tarmée , et tout se mil eu mouvement.

Ce fut le 25 septembre que l'Empereur quitta Paris; le 28 il était à Mayoncc, le 2 octobre à Wiirtzbourg, et le 6 à Bamber«ç.

Le même jour, deux coups de carabine forent tirés , par les hussards prussiens, sur un officier de Vélat-major français. Les deux armées pouvaient se considérer comme en présence.

Le 7, S. M. i'Emnereur reçut un courrier de Mayenoe, dépêché par le prince de Bénévent, qui était porteur de deux dépèdies importantes : 1 une était une lettre du roi de Prusse, d'une vingtaine de pages, qui n'était réellement qu'un mauvais pamphlet contre la France, dans le genre de ceux que le cabinet anglais fait faire par ses écrivains à 500 liv. st. par an. L'Empereur n'en acheva point la lecture, et dit aux personnes ^ui l'entouraient : < Je

> plains mon frère le roi de Prusse, il

> n'entend pas le français : il n'a pas su- » renent lu celte rapsodie. > À cette lettre était jointe la célèbre note de M. Knobelsdorff. « Maréchal, dit rEmnereur au maré- » chai Berthier, on nous uonne un rendez- » vous d'honneur pour le 8 ; jamais un

> Français n'y a manqué; mais comme on

• dit qu'il y a une belle reine qui veut

* être témoin des combats, soyons cour- » lois , et marchons , sans nous coucher, » pour la Saxe. » L'Empereur avait raison de parler ainsi, car la reine de Prusse est à l'armée, habillée en amazone, portant Tuniforme de son régiment de dragons, écrivant vingt lettres par jour pour exciter de toutes parts rinceodie. Il semble voir Armide, dTans son é2;arement, mettant le feu à son propre palais. Après elle . le prince Louis de Prusse, jeune prince plein ue bravoure et de courage, excité par le parti, croit trouver une grande renommée dans les vicissitudes de la guerre. A l'exemple de ces deux grands personnages, toute la cour crie à la guerre ; mais quand la guerre se sera présentée avec toutes ses horreurs, tout le monde s'excusera d'avoir été coupable, et d'avoir attiré la foudre sur les provinces paisibles du Nord; alors, par une suite naturelle des inconséquences des gens de la cour, on verra les auteurs de la guerre, non seulement la trouver insensée, s'excuser de l'avoir provoquée, et dire qu'ils la voulaient, mais dans un autre temps ; mais même en faire retomber le blâme sur le Roi, honnête homme qu'ils ont rendu la dupe de leurs intrigues et de leurs artifices.

Voici la disposition de l'armée française.

L'armée doit se mettre en marche par trois débouchés :

La droite, composée des corps des maréchaux Soidt et Ney, et d'utie division des

Bavarois, part d'Aitibeiig (t dé Niifâ»^ berg, se réunit à Rayreuth, et doit se poi^ ter sur Hoff, où elle arrivera le 9.

Le centre, composé de la réserve éa grand-<luc de Berg, du corps du maréchal

B rince de Ponte-Corvo et du maréchal ►avout, et de la garde impériale , débouche par Bamberg-sor-Cronach, arriverai 8 à Saaibourg, et de là se portera, par Saaibourg et Schleitz, sur Géra.

La gauche, composée des corps des maréchaux Lannes et Augereau, doit se porter de Schwenfurt sur Gobourg, Granenthaï et Saalfeld.

DEUXIÈME BULLETIN

Âuma, U iS oclobrt fSOS.

L'Empereur est parti de Bambei^; le 6 octobre, à trois heures du matin, et est arrivé à neuf heures à Cronadi. Sa Majesté a traversé la forêt de Franconieà la pointe du jour du 9, pour se rendre à Ebersdorff, et de là elle s'est portée sur Schleitz, ou elle a assisté au premier combat de la campagne. Elle est revenue coucher à Ebers^ dorff, en est repartie le 10 pour Schleîtx , et est arrivée le 1 1 à Auma, où elle a cou« ché, après avoir passé la journée à Géra. Le quartier-général part dans rinstanl même pour Géra. Tous les ordres de l'Empereur ont été parfaitement exécutés.

Le maréchal Soult se portait le 7 à Bayreuth, se présentait te vi à HoiT, a enlevé tous les magasins de rennemi, lui a fiitt

Plusieurs prisonniers, et s'est porté sur laiien le 1 0.

Le maréchal Ney a suivi sou mouvement à une demi-iournéede distance.

Le 8, le grand-duc de Berg a débouché, avec la cavalerie légère, de Cronach., d s'est porté devant Saaibourg, ayant avec lui le 25' régiment d'infanterie fegère. Un régiment prussien voulut défendre le passage de la Saale; après une canonnade d'une demi-heure, menacé d'être tourné, il a abandonné sa position et la Saak.

Le 9, le grand-duc de Berg se porta sur Schleitz; un général prussien y était avec dix mille hommes. L'Empereur y arriva à midi , et chargea le maréchal prince de Ponte-Corvo d'attaquer et d'enlever le village, voulant l'avoir avant la fin du jour. Le Maréchal fit ses dispositions, se tait à la tête de ses colonnes; le village fiit enlevé et l'ennemi poursuivi. Sans lanuit, la plus grande partie de cette division efit été prise. Le général Watier, avec le 4* régiment de hussards et le 5* régiment de chasseurs, fit une belle charge de cavalerie cou"tre trois régiments prussiens. Quairs otm-

pagDîes du â7« d'inlanterie légère , se frouvant en {Avilie, farent chargées par les hassards prassiens ; mais ceux-ci vireot coiniHe4*iiifaiiterie française reçoit la ca~ Valérie prussienne. Deux cents cavaliers prussiens restèrenl «wr le champ de bataille. Le général Maisons txMnmandaitrinfanterie légère. Un coèond ennemi fut toé, deux pièces de canon prises, trois cents hommes furent faits prisonniers et guatre cents tués. Notre perte a été de pm tfhommes; Tinfant^e prussienne a jeté ses armes et a fui épouvantée devant les baïonnettes françaises. Le grand-duc de Berg était au milieu des charges , le sabre à la main.

Le 10, le prinœ de Ponte^orvo a porté son quartier-général à Auma; le 11, le |prand--duc de Berg est arrivé à Géra. Le général Lasalle, de la cavalerie de réserve, a culbuté Tescorte des barges ennemis : cinq cents caissons et voitures de bagages ont été pris par les hussards français. Notre cavalerie légère est couverte aor. Les épiipages de pont et plusieurs objets importants Tout partie du convoi.

La gauche a eu des succès égaux. \je maréchal Lannes est entré à (^obourg le 8, et se portait le 9 sur Graffenthal. Il a attaqué le 10, àSaalfeld, l'avant-garde du {>nnce Hohenlohe,quiétait commandée par e prince Louis de Prusse, un des champions de la guerre. La canonnade n*a duré que deux heures ; la moitié de la division du général Su(^t a seule donné. La cavalerie prussienne a été culbutée par les 9* et 10' régiments de hussards. L'infanterie prussienne n'a pu conserver aucun ordre de retraite : partie a été culbutée dans un marais, partie dispersée dans les bois. On a fait mille prisonniers; six cents hommes sont restés sur le champ de bataille; trente pièces de canon sont tombées au pouvoir de Tarmée.

Voyant ainsi la déroute de ses gens, le prince Louis de Prusse, en brave et loyal soldat, se prit corps à corps avec un maréchaWes-logis du 10* régiment de hussards. « Rendez-vous, colonel, lui dit le » hussard, ou vous êtes mort. » Le Prince lui répondit par un coup de sabre ; le Maréchal-des-logis riposta par un coup de pointe, elle Prince tomba mort. Si les derniers instants de sa vie ont été ceux d'un mauvais citoyen , sa mort est glorieuse et digne de regrets. Il est mort comme doit désirer de mourir tout bon soldat. Deux de ses aides-de-camp ont été tués à ses côtés. On a trouvé sur lui des lettres de Berlin qui font voir que le projet de Pennemi était d'attaquer incontinent, et que le parti de la guerre, à Ja tète duquel étaient le jeune Prince et la Reine, craignait toujours que les intentions pacifiques du Roi, et Famour qu'il porte à ses sujets.

ne déjouassent leurs «réelles espéranôeê. Qn peut dire que les premiers coups 4e la guerro ont tué Pnn de «es antéurs.

Dresde ni Berlin ne #Mit couverts pMr ancun corps d'armée. Dôurtiée (Mir sa lynche, prise en flagrant délits a« inomenloA elle se livrait aux combinaisons led plus hasardées, l'aimée prassienne setroilve^ dès le début, (kas uttê poBition a«set i^ritiqtie. Elle occupe Sisenach^ Gotha, iSrfuit) Weymar. Le i2, Tannée française occupe Saaifeld et Géra, et marche sur Naumbouiig et léna. Des coureurs de l'armée française inondent la plaine de LMpsig.

Tontes les lettres interceptées peignent le conseil du Roi déchiré par dee opinions différentes, toujours délioératt et Jamais d'accord. L'incertitnde, l'alarme et répouvante paraissent déjà succéder à ParrO" gance, à l'inconsidération et à ia folie.

Hier 11 , en passant à Géra devant ie 27* régiment d infanterie légère, l'Smpereur a chargé le colonel de témoigner sé satisfaction a ce régimeiit sur sa bonne conduite.

Dans tous ces combats, nous n'âvond à regretter aucun officier de mar<|Ue ; le pins élevé en grade est le capitaine Campo* basse, du 27* régiment d'infanterie lé|$ère, brave et loyal officier. Nous n'avons en que quarante tués et soixante blessés.

TROISIÈME BULLETIN

Géra, M Mfoftfv 1«06.

Le combat de Schleitc, qui a ouvert In campagne, et qui a été très liineste à l'ar'^ mée prussienne, celui de Saaifeld, qui l'a suivi le lendemain, ont porté la consternation chezrennemi. Toutes les lettres interceptées disent que la consternation est à £rmrt, où se trouvent encore le Roi, la Reine, le duc de Brunswick, etc.; qu'on discute sur le parti à prendre, sans pouvoir s'accorder. Mais, pendant qu'on délibère, l'armée française marche. A M esprit d'effervescence, à cette excessivn jactance, commencent à succéder des ob^ servations critiques sur l'inutilité de cette

fuerre, sur Pinjuslice de s'en prendre à la rance, sur Pimpossibilité d'être secouru^ sur la mauvaise volonté des soldat», sur ce qu'on n'a pas fait ceci, et mille et une autres observations, qui sont tonjouin dans la bouche de la multitude lorsque les princes sont assez faibles pour la consulter sur les grands intérète politiques au-dessus de sa portée.

Cependant, le 11 au soir, lei oburédï»

de l'armée firançaise étaient aul portes

de Leipftig; le quartier-général du grandduc de Berg, entre Zeist et Leipsig; celui du prince de Ponte-Corvo à Zeist; le quartier impériale Géra; la garde impériale et le corps d'armée du maréchal Soultà Géra; le corps d'armée du maréchal Ney à Neustadt; en première ligne, le corps d'armée du maréchal Davout à Naumoourg; celui du maréchal Lannes à léna ; celui du maréchal Augereau à Kala. Le prince Jérôme, auquel lEmpereur a confie le commandement des alliés et d'un corps de troupes bavaroises, est arrivé à Schleitz, après avoir fait bloquer le fort de Culenbach par un régiment.

L'ennemi, coupé de Dresde, était encore le 11 à Erfurt, et travaillait à réunir ses colonnes, qu'il avait envoyées sur Casse! et Wiirtzbourg, dans des projets offensifs, voulant ouvrir la campagne par une invasion en Allemagne. Le Weser, où il avait construit des batteries, la Saale, qu'il prétendait également défendre, et les autres rivières, sont tournées à peu près comme le fut riiler, l'année passée; de sorte que l'armée française borde la Saale, ayant le dos à TElbe et marchant sur l'armée prussienne, q,ui^ de son côté, a le dos sur le Rhin ; position assez bizarre, d'où doivent naître des événements d'une grande importance.

Le temps, depuis notre entrée en campagne, est superbe, le pays abondant, le soldat plein de vigueur et de santé. On fait des marches de dix lieues, et pas un traineur; jamais l'armée n'a été si belle.

Toutefois, les intentions du roi de Prusse se trouvent exécutées : il voulait que le 8 octobre, l'armée française eût évacué le territoire de la Confédération, et elle l'avait évacué; mais au lieu de repasser le Rhin, elle a passé la Saale.

CINQUIÈME BULLETIN

QUATRIÈME BULLETIN

Géraj h 15 octobre, d dix h^rei du malin.

Les événements se succèdent avee rapidité. L'armée prussienne est prise en flagrant délit, ses magasins enlevés ; elle est tournée.

Le maréchal Davout est arrivé à Naumbourg le 12, à neuf heures du soir, y a saisi les magasins de l'armée ennemie, fait des prisonniers, et pris un superbe équipage de dix -huit pontons de cuivre attelés.

Il parait que l'armée prussienne se met en marche pour gajçner Magdebourg; mais l'armée française a gagné trois marches sur elle. L'anniversaire des affaires d'Ulm sera célèbre dans l'histoire de France.

lina, le i5 octobre i9».

La bataille d'Iéna a lavé Taffront de Rosbach, et décidé , en sept jours , une campagne qui a entièrement calmé 'cette frénésie guerrière qui s'était emparée des tètes prussiennes.

Voici la position de l'armée au 13 :

Le grand-duc de Berg et le maréchal Davout, avec leurs corps d'armée, étaient à Naumbourg, ayant dfes partis sur Leipsig et Halle.

Le corps du maréchal prince de Ponte- Corvo était en marche pour se rendre a Dornbourg.

Le corps du maréchal Lannes arrivait à léna.

Le corps du maréchal Augereau était en position a Kala.

Le corps du maréchal Ney était à Roda.

Le quartier-général à Gera«

L'Empereur, en marche pour se tendre à léna.

Le corps du maréchal Soult, de Géra était en marche pour prendre une position plus rapprochée, à l'embranchement des routes (le Naumbourg et d'Iéna.

Voici la position de l'ennemi :

Le roi de Prusse, voulant commencer les hostilités au 9 octobre, en débouchant sur Francfort par sa droite , sur Wiirtzbourg par son centre, et sur Bamberg par sa gauche, toutes les divisions de son armée étaient disposées pour exécuter ce Plan ; mais l'armée française, tournant sur extrémité de sa gauche, se trouva en peu de jours à Saalbourg, à Lobenstein, à Schleitz, à Géra, à Naumbourg. L'armée prussienne, tournée, employa les journées du 9, 10, 11 et 12 à rappeler tous ses détachements, et le 13, elle se présenta en bataille entre Capeldorff et Auerstadt, forte de près de cent cinquante mille hommes.

Le 13, à deux heures après midi, l'Empereur arriva à léna, et, sur un petit plateau qu'occupait notre avant-garde, il aperçut les dispositions de l'ennemi, qui

Paraissait manœuvrer pour attaquer le mdemain , et forcer les divers débouchés de la Saale. L'ennemi défendait en force, et par une position inexpugnable, la chaussée de léna à Weymar, et paraissait penser que les Français ne pourraient déboucher dans la plaine, sans avoir forcé ce passage. Il ne paraissait pas possible, en effet, de faire monter de 1 artilterie sur le plateau, qui, d'ailleurs, était si petit, que quatre bataillons pouvaient à peine s'y déployer. On fit travailler toute la nuit à un chemin dans le roc, et l'on parvint à conduire l'artillerie sur la hauteur.

BULLETINS DE LA 6RAMDB-ARMÉB.

Le maréchal Davout reçut Tordre de deboucher par Naumboarg, pour défendre les défilés de Koësen, si 1 ennemi voulait marcher sur Naumoourg> ou pour se rendre à Alpoda pour le prendre à dos, s'il restait dans la position où il était.

Le corps du maréchal prince de Ponte- Corvo fut destiné à déboucher de Dornbourg pour tomber sur les derrières de rennemi, soit qu'il se portât en force sur Naumboorg, soit qu'il se portât sur Icna.

La grosse cavalerie, qui n'avait pas encore rejoint l'armée, ne pouvait la rejoindre qu à midi ; la cavalerie de la garde impériale était à trente-six heures de distance, quelque fortes marches qu'elle eût faites depuis son départ de Paris. Mais> il est des moments à la guerre où aucune considération ne doit balancer l'avantage de prévenir Tennemi et de l'attaquer le premier. L'Empereur fit ranger sur le plateau qu'occupait Tavant-garde, que 1 ennemi paraissait avoir négligé, et vis-à-vis duquel il était en position, tout le corps du maréchal Lannes ; ce corps d'armée tut rangé par les soins du général Victor , chaque division formant une aile. Le ma* réchal Lefebvre fit ranger au sommet la garde impériale en bataillon carré. L'Empereur bivouaqua au milieu de ses braves. La nuit offrait un spectacle digne d'observation , celui de deux armées, dont l'une déployait son front sur six lieues d'étendue, et embrasait de ses feux l'atmosphère ; Tautre dont les feux apparents étaient concentrés sur un petit point ; et dans l'une et l'autre armée, de l'activité et du mouvement : les feux des deux armées étaient à une demi-portée de canon : les sentinelles se touchaient presque, et il ne se faisait pas un mouvement qui ne fût entendu.

Les corps des maréchaux Ney et Soult passaient la nuit en marche. A la pointe du jour, toute l'armée prit les armes. La division Gazan était rangée sur trois lignes, sur la gauche du plateau. La division Suchet formait la droite; la garde impériale occupait le sommet du monticule, chacun de ces corps ayant ses canons dans les intervalles. De la ville et des vallées voisines, on avait pratiqué des débouchés qui permettaient le déploiement le plus facile aux troupes qui n'avaient pu être placées sur le plateau; car c'était peut-être la première fois qu'une armée devait passer par un si petit débouché.

Un brouillard épais obscurcissait le jour. L'Empereur passa devant plusieurs lignes. Il recommanda aux soldais de se teoir en garde contre cette cavalerie prussienne qu'on peignait comme si redoutable, il les fit souvenir (fu'il y avait un an qu'à la même époque ils avaient pris Ulm ; que l'armée prussienne, comme Vannée autri-

chienne, était aujourd'hui cernée, ayant perdu sa ligne d'opérations, ses magasins; qu'elle ne se battait plus dans ce moment pour la gloire, mais pour sa retraite; que, cherchant à faire une trouée sur différents points, les corps d'armée qui la laisseraient passer seraient perdus d'honneur et de réputation. Ace discours animé, le soldat répondit par des cris de marchons.

Les tirailleurs engagèrent l'action; la fusillade devint vive. Quelque bonne que fût la position que l'ennemi occupait, il en fut débusqué, et l'armée française, débouchant dans la plaine, commença à prendre son ordre de bataille.

De son côté, le gros de l'armée ennemie, qui n'avait eu le projet d'attaquer que lorsque le brouillard serait dissipé, prit les armes. Un corps de cinquante mille hommes de la gauche se posta pour couvrir les défilés de Naumbourg et s'emparer des débouchés de Koësen; mais ii avait déjà été prévenu par le maréchal Davout. Les deux autres corps, formant une force de quatre-vingt mille hommes, se portèrent en avant de l'armée française, qui débouchait du plateau de léna. Le brouillard couvrit les deux armées pendant deux heures ; mais enfin il fut dissipé par un beau soleil d'automne. Les deux armées s'aperçurent à petite portée de canon. La gauche de l'armée française, appuyée sur un village et des bois, était commandée par le maréchal Augereau. La garde impériale la séparait du centre, qu'occupait le corps du maréchal Lannes. La droite était formée par le corps du maréchal Soult ; le maréchal Ney n'avait qu'un simple corps de trois mille hommes, seules troupes qui fussent arrivées de son corps d'armée.

L'armée ennemie était nombreuse et montrait une belle cavalerie. Ses manœuvres étaient exécutées avec précision et rapidité. L'Empereur eût désiré retarder de deux heures d'en venir aux mains, afin d'attendre, dans la position qu'il venait de prendre après l'attaque du matin, les troupes qui devaient le joindre, et surtout sa cavalerie; mais l'ardeur française l'emporta. Plusieurs bataillons s'étant engagea au village de HoUstedt, il vit l'ennemi s'ébranler pour les en déposter. Le maréchal Lannes reçut ordre sur-le-champ de marcher en échelons pour soutenir ce village. Le maréchal Soult avait attaqué un bois sur la droite; l'ennemi ayant fait un mouvement de sa droite sur notre gauche, le maréchal Augereau fut chargé de le repousser; en moins dune heure, l'action devint générale : trois cent mille hommes, avec sept ou huit cents pièces de canon, semaient partout la mort , et offraient un de ces spectacles rares dans Thistoire. De part et d'autre on manœuvra constamment

L*EI»IBE«

I à wm pwtmAe, Hxmi bûb tfovpeg, \\ n'y ^ttt ja«ai6 te laoiwlre désordre ; k Tîotoire ne fut pas m moment incorUiine. L Empereur eat krajoors auprès de lai, indépendammeiit de la garde impériale , un bon nombre de tixmpes de reserve pour pouvoir parer à tout accident imprévu.

Le maréoh&l Soult, ayant enlevé le bois quil attaquait depuis deux heures, fit un mouvement en avant. Dans cet instant, on prévint l'Erapereur que la division de cavalerie française de réserve commençait à se placer, et que deux nouvelles divisions du corps du maréchal Ney se plaçaient en arrière sur le champ de bataille. On fit alors avancer toutes les trou})es qui étaient en réserve sur la première ligne, et qui, se trouvant ainsi appuyées, culbutèrent Tennemi dans un clin-d œil, et le mirent en pleine retraite. 11 la fit en ordre pendant kt première heure ; mais elle devint un allVeux désordre du moment que nos divisions de dragons et nos cuirassiers, ayant, le grand-duc de Berg à leur lèle, purent prendre part à TalTaire. Ces braver cavaliers, frémissant de voir la victoire se décider sans eux, se précipitèrent partout où ils rencontrèrent des ennemis. La cavalerie, l'infanterie prussienne, ne purent soutenir leur choc. En vain rinfanterie ennemie se forma en bataillons carrés; cinq de ces bataillons furent enfonoés ; artillerie, cavalerie, infanterie, tout fut culbute et pris. Les Français arrivèrent à Weymarenmème temps queTenneini, qui fut ainsi poursuivi pendant l'espace de six lieues.

A notre droite, le corps du maréchal Davout faisait des prodiges. Non seulement il contint, mais mena battant, pendant plus de trois lieues, le gros des troupes ennemies qui devait déboucher du côté de Koësen. Ce maréchal a déployé «ne bravoure distinguée et de la fermeté de caractère, première qualité d'un homme de guerre, il a été secondé par les généraux Gudin, Priant, Morand, Daultanne, chef de Tétat-major, et par la rare intrépidité de son brave corps d'armée.

ijG» résultats de la bataille sont tnmte à quarante mille prisonniers ; il en arrive à chaque moment ; vingt-cinq ou trente drapeaux, trois cents pièces de canon, des magasins immenses de subsistances. Parmi les prisonniers se trouvent plus de vingt généraux, dont plusieurs lieutenants-généraux, entre autres le lieutenant-général Schmettan. Le nombre des morts est immense dans l'armée prussienne. On compte qu il y a plus de vingt mille tués ou blessés. Le feld-maréchal Moëllendorff a été blessé; le duc de Brunswick a été tué ; le générai Biichel a été tué; le prince Henri de Prusse grièvement blessé. Au dire des déserteurs des prisonniers et des parle-

mentaires, le détordre «t la oftimmalltm Mki extrêmes dans k» éébris de f muée

ennemie.

De notre c6té, nous n'avons à regretter^ parmi les généraux, que la perte du général de brisçade Dehitly, excellent soldit; parmi les blessés, le général de brigade Conroux ; parmi les ccrfonets morts, les colonels Vergés, du tS* régiment d'infanterie de ligne; Lamotte, du so** ; Barbanègre, du 'r de hussards ; Marigny, du ftî* de chasseurs; ILurispe, itu 16' d'infanterie légère ; Dulembour^, du I -' de dragons ; Nicolas, du 61' de ligne; Viala, du 81% Higonet, dn t08^

Les hussards et les chasseurs ont montré dans cette journée une audace digne des plus grands éloges. La cavalerie prussienne n'a jamais tenu devant eux, et toutes les charges qu'ils ont faites devant l'infanterie ont été heureuses.

Nous ne parlons pas de rinfanterie française ; il est reconnu depuis longtemps que c'est la meilleure infanterie du monde.

L'EmiJereur a déclaré qne la cavalerie française, après rexpérienee des deux campagnes ot de cette dernière bataille, n'avait pas d'égale.

L'armée prussienne a, dans cette bataille, perdu toute retraite et toute sa ligne d'opérations. Sa gauche, poursuivie parle maréchal Davout, opéra sa retraitesur VVeymar, dans le temps que sa droite et son centre se retiraient de Weymar sur Naum!)ourg. I/a confusion fut donc extrême. Le Roi a dû se retirer à travers cbamps^ à la tète de son régiment de cavalerie»

Notre perte est évaluée à mille ou onse cents tués et trois mille blessés.

Le grand-duc de Berg investit en ce moment la place d'Eriurt, où se trouve m corps d'ennemis que commandent le maréchal Moëllendorff et le prince d*Omnfe.

L'état-major s'occupe d'une relation officielle qui fera connaître dans tous ses détails cette bataille et les services rendus par les dificr«'nts corps d'aroM^e et régiments. Si cela peut ajouter quelque chose aux ti-* 1res qu a l'armée à l'estime et à la considération de la nation, rien ne pourra ajouter au sentiment d'attendrissctieiii qu'ont éprouvé ceux qui ont été témoins de l'enthousiasme et de l'amour qu'elle témoignait à l'Empereur au plusfertdntombat. S'il y avait un moment d'hésitation, le seul en de viw t Empereur ! ranimait les courages et retrempait toutes k» âmes. Au fort de la mêlée, P Empereur^ voyant ses ailes menacées par la cavalerie, se portait au galop pour ordonner des ma* noeuvres et des changements de firont en carrés; il était interrompu à chaque instant par des cris de vive l'Etnptreur ! La garde impériale à pied voyait, avec un dépit qu'elle ne pouvait dissimuler» tout le

BULLETINS Dï tk GRANDE-ARMÉE.

Mttdé MX mains ai elle dans rinactioti. ftusiears voix firent entendre les mots : En ù/oani ! « Qtt'est-ce? dit TEmpereur ; ce ne peat être du'un jeune homme qui n'a pas de barbe q«! peut vouloir préjuger ce que je dois faire • quM! attende qu il ait commandé dans Irente batailles rangées, avant de prétendre me donner des avis. » C'était effectivement des véliles, dont le jeune courage était impatient de se signaler.

Dans une mêlée aussi chaude, |;endant que Tennemi perdait presque tous ses généraux, on doit remercier cette providence qui gardait notre armée. Aucun homme de marque n*a été tué ni blessé. Le maréchal Lannes a eu un biscaïen qui lui a rasé la poitrine sans le blesser, un maréchal Davout a eu son chapeau emporté et un grand nombre de balles dans ses habits. L'Empereur a toujours été entouré, partout où il a paru, du prince de Neiichatel, du maréchal Bessières, du grand-maréchal du palais Duroc, du grand-écuyer Caulaiûcourl, et de ses aides -de-camp et écuyers de service. Une partie de Tarraée n'a pas donné, ou est encore sans avoir tiré UH coup de fusiL

SIXIÈME BULLETIN

Weymart le IS octobre au ioir.

Six mille Saxons et plus de trois cents officiers ont été faits prisonniers. L'Empereur a fait réunir les officiers, et leur a dit qu'il voyait avec peine que leur armée iVLÏ faisait la guerre ; qu'il n'avait pris les armes que pour assurer Tindépendance de la nation saxonne, et s'opposer à ce qu'elle fftl incorporée à la monarchie prussienne; que son intention était de les renvoyer tous chez eux, s'ils donnaient leur parole de ne jamais servir contre la France; que leur souverain , dont il reconnaissait les qualités, avait été d'une extrême faiblesse en cédant ainsi aux menaces dos Pnissiens, et en les laissant entrer sur son territoire; mais qu'il fallait que tout cela fintt, que les Prussiens restassent en Prusse et qu ils ne se muassent en rien des affaires de l'Allemagne; que les Saxons devaient se trouver réunis dans la confédé • ration du Rhin, sous la protection de la France, protection qui n'était pas nouvelle, puisque depuis deux cents ans, sans la France, ils eussent été envahis par l'Autriche ou par la Prusse ; que l'Empereur n'avait pris les armes que lorsque la Prusse avait envahi la Saxe; qu'il fallait mettre un lerme à ces violences ; que le oofiUneiit avait besoin de repos ; et tpïe,

malgré les intrifçues elles lasses iia^Bsiaos qui agitent plusieurs cours, il fanait que ce repos existât, dût-il en coûter la chute de quelques trônes.

Effectivement, tous lee prisonniers saxons ont été renvoyés chez eux avec la proclamation de l'Empereur aux Saxons, et des assurances qu'on n'en voulait point à leur nation. (Ci-jointe la déclaration signée par les officiers saxons.)

Nous, soussignés, général, tselonels, lieutenants-colonels, majors, ci^iitaineê et officiers saxons, jurons , sur noire parole d'honneur, de ne point i)orter les armes contre S. M. Tempereur des Français, roi d'Italie, et ses alliés ; et nous prenûnê le même engagement et faisons le même serment au nom de tous tes bas-offieiers el soldats qui ont été faits prisonniers avec BOUS, et dont l'état est cwoint , ffi^ne si nous en recevions Tordre formel de notre souverain l'électeur de Saxe.

ïéna, le 1-5 octobre 1806. ( SuiVitit les signatures,)

SEPTIÈME BULLETIN

Weymar, te 16 octobre 180S.

Le grand-duc de Berg a cerné Erfurt le 4 S, dans la matinée. Le 16, la p]ac« a ca-^ pitulé. Par ce moyen, quatorze mille h(MÉ«* mes, dont huit mille blessés et six mille bien portants, sont devenus prisonniers de guerre, parmi lesquels sont le prince d'Orange, le feld-maréchal Moëttendorff, ie lieutenant-général Graver, les généraux-^ majors Leffave et Zveiffel. Un parc dte cent vingt pièces d'artillme apfirovisionné est également tombé en notre poiivoir. On ramasse tous les jours des prisonniers.

l^ roi de Prusse a envoyé un aide-decamp à l'Empereur, avec une lettre en réponse à celle que l'Empereur lui avait écrite avant la bataille; mais le roi de Prusse n'a répondu qu'après. Cette démarche de l'eranereur Napoléon était pareille à celle qu'il fit auprès de l'empereur de Russie avant la bataille d'Austerlitz ; il dit au roi de Prusse : « Le succès de mes armes n'est point incertain. Vos troupes seront battues ; mais il en coûtera le sang de mes enfants ; s'il pouvait être épargne

Par quelque arrangement compatible avec honneur de ma couronne , il n'y a rien que je ne fasse pour épargner un sang si précieux. Il n'y a que l'honneur qui, à mes yeux, soit encore plus précieux que le sang de mes soldats. >

Il parait que les débris de l'armée prussienne se retirent sur Magdebourg. Dé

L*EMPIRB.

tottte oett6 immenge et belle armée, il ne B en réanira que des débris.

HUITIÈME BULLETIN

Weymar, U 16 octobre 1806, au toir.

Les différents corps d'armée qui sont à la poursuite de l'ennerai, annoncent à chaque instant des prisonniers, la prise de bagages, de pièces de canon, de magasins, de munitions de toute espèce. Le maréchal Davout vient de prendre trente pièces de canon ; le maréchal Soult un convoi de trois mille tonneaux de farine; le maréchal Bernadolte quinze cents prisonniers. L'armée ennemie est tellement dispersée et mêlée avec nos troupes, qu'un de ses bataillons vint se placer dans un de nos bivouacs, se croyant dans le sien.

Le roi de Prusse tâche de gagner Magdebourg. Le général Moëllendorff est très malade a Erfurt j le grand-duc de Berg lui a envoyé son médecin.

La reine de Prusse a été plusieurs fois en vue de nos postes ; elle est dans des transes et des alarmes continuelles. La veille , elle avait passé son régiment en revue. Elle excitait sans cesse le Roi et les généraux. Elle voulait du sang : le sang le plus précieux a coulé. Les généraux les plus marquants sont ceux sur qui sont tombés les premiers coups.

Le général de brigade Durosnel a fait, av^ les 7« et 20» de chasseurs, une charge hardie qui a eu le plus grand effet. I^ major du ao* régiment s'y est distingué. Le général de brigade Cofbert, à la tôle ou 4; de hussards et du 12* de chasseurs, a fait sur l'infanterie ennemie plusieurs charges qui ont eu le plus grand succès.

NEUVIÈME BULLETIN

Weymar, le 17 octobre 1806.

La garnison d'Erfurt a déOlé. On y a trouvé beaucoup plus de monde qu'on ne croyait. 11 y a une grande quantité de magasins. L'Empereur a nomme le général Clarke gouverneur de la ville et citadelle d'Erfurt et du pays environnant. La citadelle d'Erfurt est un bel octogone bastionné avec casemates et bien armé. C'est une acquisition précieuse qui nous servira de point d'appui au milieu de nos opérations.

On a dit, dans le cinquième Bulletin, qu'on avait pris vingt-cinq à trente drapeaux ; il y en a jusqu'ici quarante-cinq

au quartier-fténéral. li est probable qu'il y en aura plus de soixante. Ce sont des drapeaux donnés par le grand Frédéric à ses soldats. Celui du régiment des gardes, celui du régiment de la Reine, brodé des mains de cette. princesse, se trouvent du nombre. Il paraît que l'ennemi veut tâcher de se rallier sur Magdebourg ; mais, pendant ce temps -là , on marche de tous côtés. Les différents corps de l'armée sont à sa poursuite par différents chemins. A chaque instant, arrivent des courriers, annonçant que des bataillons entiers sont coupés, des pièces de canon prises, des bapges, etc.

L'Empereur est logé au palais de Weymar, où logeait, quelques jours avant, la reine de Prusse. Il paraît que ce qu'on a dit d'elle est vrai. C'est une femme d'une jolie figure, mais de peu d'esprit, incapable de présager les conséquences de ce qu'elle faisait. Il faut aujourd'hui, au lieu de l'accuser, la plaindre; car elle doit avoir bien des remords des maux qu'elle a faits à sa patrie, et de l'ascendant (qu'elle a exerce sur le Roi son mari, qu'on s accorde à présenter comme un parfait honnête homme, qui voulait la paix et le bien de ses peuples.

DIXIÈME BULLETIN

NawnbowrQf te 18 octobre 4606.

Parmi les soixante drapeaux qui ont été pris à la bataille d'Iéna, il s'en trouve plusieurs des gardes du roi de Prusse et un des gardes du corps, sur lequel la légende est écrite en français.

Le roi de Prusse a fait demander un armistice de six semaines. L'Empereur a répondu qu'il était impossible, après une victoire, de donner a l'ennemi le temps de se rallier.

Cependant, les Prussiens ont fait tdletnent courir ce bruit, que plusieurs de nos ffénéraux les ayant rencontrés , on leur a fait croire que cet armistice était conclu.

Le maréchal Soult est arrivé le 16 à Greussen, poursuivant devant lui la colonne où était le Roi, qu'on estimait forte de dix à douze mille hommes. Le général Kalkreuth, qui la commandait, fit dire au maréchal Soult qu'un armistice avait ^ conclu. Ce maréchal répondit quil impossible que rEmpereur eût fait cette faute ; qu il croirait à cet armistice, lorsqu'il lui aurait été annoncé officiellement. Le général Kalkreuth témoigna le désir de voir le maréchal Soult, qui se rendit aux avant-postes. < Que voulezvous de nous ? lui dit le général prussien ;

BULLETINS DE LA GBANDË-ABMËE.

le duc de Brunswick est mort, tous nos généraux sont tués, blessés ou pris; la

Ï^lus grande partie de notre armée est en ùite ; vos succès sont assez grands. Le Boi a demandé une suspension d'armes ; il est impossible aue votre Empereur ne raccorde pas. — M. le g;énéraJ, lui répondit le maréchal Soult, il y a longtemps qu*on en agit ainsi avec nous ; on en appelle à notre générosité quand on est vaincu, et on oublie, un instant après, la magnanimité que nous avons coutume de montrer. Apres la bataille d'Austerlitz, TEmpereur accorda un armistice à Tarmée russe ; cet armistice sauva Tannée. Voyez la manière indigne dont agissent aujourd'hui les Busses. On dit qu'ils veulent revenir; nous brûlons du désir de les revoir. S'il y avait eu chez eun autant de générosité que chez nous, on nous aurait laissés tranquilles enfin, après la modération que nous avons montrée dans la victoire. Nous n'avons en rien provoqué la guerre injuste que vous nous faites; vous l'avez déclarée de gaîlé de cœur: la bataille d'Iéua a décidé du sort de la campagne. Notre métier est de vous faire le plus de mal que nous pourrons. Posez les armes, j'attendrai, dans cette situation, les ordres de l'Empereur. » Le vieux général Kalkreuth vit bien qu'il n'avait rien à répoudre. Les deux généraux se séparèrent, et les hostilités recommencèrent un instant après : le village de Greussen fut enlevé, l'ennemi culbute et poursuivi i'épée dans les reins.

Le grand-duc de Berg et les maréchaux Souit et Ney doivent, dans les journées des 17 et 18, se réunir par des marches combinées, et écraser l'ennemi. Ils auront sans doute cerné un bon nombre de fuyards; les campagnes en sont couvertes, et les routes sont encombrées de caissons et de bagages de toute espèce.

Jamais plus grande victoire ne fut signalée par de plus grands désastres. La réserve, que commande le prince Eugène de Wiirtemberg, est arrivée a Halle. Ainsi, nous ne sommes qu'au neuvième jour de la campagne, et déjà Tennemi est obligé de mettre en avant sa dernière ressource. L'Empereur marche à elle : elle sera attaquée demain, si eUe tient dans la position de Halle.

Le maréchal Davout est parti aujourd'hui pour prendre possession de Leipsig et jeter un pont sur l'Elbe. La garde impériale à cheval vient enfin nous joindre.

Indépendamment des magasins considérables trouvés à Naumbourg, on en a trouvé un grand nombre à Weissenfels.

Le général en chef Bûchel a été trouvé dans un village, mortellement blessé ; le maréchal SouU lui a envoyé son chirur-

S'en. Il semble que ce soit un dé<»et de Providence, que tous ceux qui ont poussé à cette guerre aient été frappés par ses premiers coups.

ONZIÈME BULLETIN

Mênebourg, le 19 octobre 1806.

Le nombre des prisonniers qui ont été faits à Erfurt est plus considérable qu'on ne le croyait. Les passe-ports accordés aux officiers qui doivent retourner chez eux sur parole, en vertu d'un des articles de la capitulation, se montent à six cents.

Le corps du maréchal Davout a pris possession, le 18, de Leipsig.

Le prince de Ponle-Corvo, qui se trouvait le 17 à Eisleben, pour couper des colonnes prussiennes, ayant appris que la réserve de S. M. le roi de Prusse, commandée par le prince Eugène de Wurtemberg, était arrivée à Halle, s'y porta. Après avoir fait ses dispositions, le prince de Ponte-Corvo fit attaquer Halle par le général Dupont, et laissa la division Drouet en réserve sur sa gauche : le 52* et le 9* d'infanterie légère passèrent les trois ponts au pas de charge, et entrèrent dans la ville, soutenus par le 96*. En moins d'une heure tout fut culbuté. Les 2* et 4* régiments de hussards, et toute la division du général Bivaut, traversèrent la ville et chassèrent l'ennemi de Dienitz, de Peissenet de Babatz. La cavalerie prussienne voulut charger le 8* et le 96* d infanterie, mais elle fut vivement reçue et repoussée.

La réserve du prince de Wiirtemberg fut mise dans la plus complète déroute, et poursuivie l'espace de quatre lieues.

Les résultats de ce combat, qui mérite une relation particulière et soignée, sont cinq mille prisonniers , dont deux généraux et trois colonels, quatre drapeaux et trente-quatre pièces de canon.

Le général Dupont s'est conduit avec beaucoup de distinction.

Le général de division Bouyer a eu un cheval tué sous lui. Le général de division Drouet a pris en entier le régiment de Treskow.

De notre côté, la perte ne se monte qu*à quarante hommes tués et deux cents blessés. Le colonel du 9*^ régiment d'infanterie légère a été blessé.

Le général Léopold Berthier, chef de l'état-major du prince de Ponte-Corvo, s'est comporté avec distinction.

Par le résultat du combat de Halle, il n'est plus de troupes ennemies qui n'aient été entamées.

L*EMPlfiS.

Le géoéral prussien Blucher, avec cinq mille hommes , a traversé la division de de dragons da général Klein^ qui Tavait coupé. Ayant allégué au gênerai Kleiu qn'il y avait un armistice oe six semaines, ce général a eu la simplicité de le croire.

L'ofRcier d'ordonnance près de TEmpereur, MoaCesquiou/qui avait été envoyé en parlementaire auprès du roi de Prusse Favant-veillc de la bataille, est de retour. Il a été entraîné pendant plusieurs jours avec les fuyards ennemis ; il dépeint le désordbrc de 1 armée prussienne comme inexprimable. Cependant, la veille de la babille, leur jactance était sans égale. Il n'était question de rien moins que de cou< per l'armée française et d'enlever des colonnes de quarante mille hommes. Les ^é« uéraux prussieiis singeaient, autant qu ils pouvaient, les manières du grand Frédéric

Quoique nous fussions dans leur pays, les généraux paraissaient être dans Tignorance la plus absolue de nos mouvements. Us croyaient qu'ils n'y avait, sur le petit plateau diéna, que quatre mille hommes; et cependant la plus grande partie de Tarmée a débouché sur ce plateau.

L'armée ennemie se retire à force sur .Magdebourg. tl est probable que plusieurs colonnes seront coupées avant d y arriver. On n'a point de nouvelles^ depuis plusieurs jours du maréchal Soult, qui a été détaché, avec quarante mille hommes , pour poursuivre l'armée ennemie.

L'Empereur a traversé le champ de bataille de Rosbach ; il a ordonné que la colonne qui y avait été élevée fut transportée à Paris.

Le quartier-général de l'Empereur a été le 18 a Mcrsebourg; il sera le 19 à Halle. On a trouvé dans celte dernière ville des magasins de toute espèce très considérables.

DOUZIÈME BULLETIN

ileUiê, le 49 ocU>br9 1806.

Le maréchal Soult a poursuivi l'ennemi jusqu'aux portes de Magdebours.

Plusieurs fois les Prussiens ont vouhi prendre pœition, et toujours ils ont été cttÛutés.

On a trouvé à Nordhausen des magasins considérables, et même une caisse du roi de Prusse remplie d'argent.

Pendant les cinq^ jours que le maréchal Soult a employés a la poursuite de l'ennemi, il a fait douze cents prisonniers et pris trente pièces de canon, et deux ou trois cents caissons.

Le premier objet de la campagne se trouve rempli. La Saxe, la Westphaiie^ el tous les pays situés sur la rive gauche de TEIbe, sont délivra de la présence de l'armée prussienne. Cette armée, battue el poursuivie l'épée dans le^ reins pendant plus de trente lieues, est aujourd'hui sans artillerie, sans bagages, sans officiers, ié~ duite au-dessous du tiers de ce quelle était il y a huit jours; et, ce qui est en* core pis que cela, elle a perdu son moral et toute confiance en elle-même.

Deux corps de Tarmée française soni sur l'Elbe ^ occupés à construire dea ponts.

Le quartieî-géjuéral est à HaOe,

TREUIÈME BULLETIN.

Is général Maçon, ccNumandant à L«psig, a fait aux banquiers^ négociants el marchands de cette ville, la notificatiea ci-jointe. < Puisque les oppresseurs des mers ne respectent aucun pavillon, l'iiK tenlion de TEmpereuf est de saisir partool leursmarcitaudiseset deles bloquer véri* blement dans leur lie. »

On a trouvé, dans les magasins militaires de Leipsig, quinze mille quintaux de farine et beaucoup d'auties denrées d'appro V isionnement.

Le grand-duc de Berg est arrivé à Ual* berstadt le 19. Le 20, U a inondé toute la plaine de Magdebourg, par sa cavalerie, jusqu'à la portée du canon. Les troupes ennemies, les détachements isolés, leshommes perdus, seront pris au moment où ils se présenteront pour entrer dans la place. lin régiment de hussards ennemi croyait que Halberstadt était encore occupé par les Prussiens ; il a été chargé par le t" de hussards, et a éprouvé une perte de trois cents hommes.

Le général Beaumont s'est emparé de six cents hommes de la garde du Roi, et de tous les équipages de ce corps.

Deux heures auparavant, deux compagnies de la garde royale à pied avaient été prises par le maréchal Soult.

Le lieutenant-général comte de Schmettan, qui avait été lait prisonnier, Tient de mourir h Weymar.

Ainsi, de cette belle et superbe année qui, il y a peu de jours, menaçait d'envahir la confédération du Rhin, et qui inspirait à son souverain une telle confiance, qu'il osait ordonner à l'empereur Napoléon de sortir de l'Allemagne avant fe 8 octobre, s il ne voulait pas y être contraint par la force; de cette belle et superbe armée, diSQas-nous, il ne reste que les dé*

BULLETINS Ot U «lUNDE-ÂRMEE.

bf «s, elMM jiilbrme qui nette pluM te IMNMde ras^embleneat ooe celui d'année.

9^ oe«t floixanle «iLlto bowve» au'avait le roi de Prusse, il serait dtfkàle d'eni lémjr i^Qs de cûuquante milte. eneore iftoMb sans artillerie et sans bagages, aimés en partie, tn partie désarmée. Tous ces évéoesieAls justifient ee qm r£«k|»e^ reur a dit dans sa piemiète pfeelamatisB, lorsqu'il s*esl exwmé ainsi : • Qu'ils a|^ prennent que s'il est facile d'aoquérii un ae^ioissaHimt de deiuaiBes et de puissaaee avse Tamitié du iprand prsuple, sott inimitié est plus terrible que les tenapèles d(S i'Océaja. li^

^ Risft as re69eBri)le en ^el davaata^ à l'état aotuei de Fanaée prussienjie, que bs débris d'un ftattârajos. C'était une beUe «4 «CMobreiise flotte, qui ne prétoodait pas moins qu'assevvir les mers : les Yents impétueux du nord onl soulevé l'Océan eontr» «Uc. U fte rentre au port qu'une petite partie des équipages, qui n'ont trouvé de salut qu'en se sauvant sur des débris.

Le cabiaet piussien a été dupe de fausses apparences. Il a pris la modéralioa de Fempereur Napoléon pour de la faiblesse. De ce que ce monarque no voulait pas la guerre, et faisait tout ce qui pouvait être eonvenaWepoiwr l'éviter,, on a conclu qu'il n'était pas en mesure, et qu'il avait besoin de deux cent mille conscrits pour recruter ssn armée.

Cependant Tarmée française n etail ptus etoquemurée dans les camps de Boulogne : elle était en Allemagne. Reconnaissons dAuc ici la votonté de cette provictence, qui ne laisse pas à nos ennemis des yeux pour voir, des oreilles pour entendre , du Jugement et de la raison pour raisonner.

Il parait que M. C.-L. de Uesse convoitait seulement Mayence. Pourquoi pas IMietz? Pourqum pas les autres places de l'ouest de la France ? Ne dites don6|>lus que l'ambition des Français vous, a fait prendre les armes ; convenez que c'est votre ambition mal raisonnée qui vous a excités à la guerre. Parce quit y avait une armée farançaise à Naples, une autre en Dalmatie, vous avez projeté de tomber sur le grand peuple ! mais en sept jours vos projets ont été confondus. Vous vouliez attaquer La France sans eourir aucun danger, et déjà vous avez cessé d'ejiister.

On rapporte que If empereur Napoléon ayant, avant de quitter Pari», rassemblé ses ministres, leur dit : « Je suis innocent de cette guerre; je ne l'ai provoquée en rien ; elle n'est point entrée dans saes calculs. Que je sois battu si elle est de mon fait. Un des principaux motifs de ta cooûance dans laquelle je suis que mes ennemis seront détruits, c'est que je vois dans leur conduite le doigt de la providence, qui, v<^uLaut que les traîtres soient punis,

a tellement éloigné toute sagesse de leurs conseils, que lorsqu'ils pensent m^attaquer dans un moment de faiblesse, ils choisissent MnstaBt oè j« fsm le plus fort.

QUATORZIÈME BULLETIN

JPtftfiMK te as oêHoÙTB 180«.

Le maréchal Davoat est arrivé le ^ à Wittemberg, et a surpris le pont sur l'Elbe au moment où l'ennemi y mettait le feu.

Le maréchal Lannes est arrivé à Dessau; le pont était brûlé ; il a fait travailler sur-le-champ à le réparer.

Le marquis de Lucehesini s'est présenté aux avant-postes avec une lettre du roi de Prusse. L'Empereur a envoyé le grandmaréchal de son palais, Duroc, pour conférer avec lui.

Magdebourg est bloqué. Le général de division Legrand, dans sa marche sur Magdebourg, a fait quelques prisonniers.

Le maréchal Soult a ses postes autour de la ville. Le grand-duc de Berg y a envoyé son chef d'état-major, le général Belliard, Ce général y a vu le prince Hohenlohe. Le langage des officiers prussiens était bien changé. Ils demandent la paix à grands cris * Que veut votre Empereur ? nous disent-ils. Nous poursuivra-t-il toujours l'épée dans les reins ? Nous n'avons pas un moment de repos depuis la bataille. » Ces messieurs étaient sans doute accoutumés aux manœuvres de la guerre de sept ans. Ils voulaient demander trois jours pour enterrer les morts. « Songez aux vivants, a répondu l'Empereur, et laissez-nous le soin d'enterrer les morts ; il n'y a pas besoin de trêve pour cela. »

La confusion est extrême dans Berlin.

Tous les bons citoyens, c^ui gémissaient de la fausse direction donnée a la politique de leur pays, reprochent avec raison aux boute-feux excités par l'Angleterre les tristes effets de leurs menées. 11 n'y a qu'un cri contre la Reine dans tous le pays.

Il paraît que l'ennemi cherche à se rallier derrière I Oder.

Le souverain de Saxe a remercié TEmpereur de la générosité avec laquelle il l'a traité, et qui va Tarracher à finfhience prussienne. Cependant, bon nombre de ses soldats ont péri dans toute cette bagarre.

Le quartier-général était le ^ a Dessau.

L*BMPI1IB.

QUINZIÈME BULLETIN

WUUmbTii U 33 wMtrt 1806.

Voici les renseipements qa'on a pu re« coeillir sur les caases de cette étrange guerre :

Le général Schmettan (mort prisonnier àWeymar) fit un mémoire écrit avec beaucoup de force, et dans lequel il établissait que Tannée prussienne devait se regarder comme déshonorée, qu'elle était cependant en état de battre les Trançais, et qu'il fallait faire la guerre.

Les généraux Riichel (tué) et Bliicher (qui ne s'est sauvé que par un subterfuge, et en abusant de la bonne foi française) souscrivirent ce mémoire, qui était rédigé en forme de pétition au Roi. Le prince Louis-Ferdinand de Prusse (tu") l'appuya de toutes sortes de sarcasmes. L'incendie gagna (ouïes les tèles. Le duc de Brunswick (blessé très grièvement), homme connu pour être sans volonté et sans caractère, fut enrôlé dans la faction de la guerre. Enfin, le mémoire étant ainsi appuyé, on le présenta au Roi. La Reine se chargea de disposer Tesprit de ce prince, et de lui faire connaître ce qu'on pensait de lui. Elle lui rapporta qu'on disait qu'il n'était pas brave, et aue, s'il ne faisait pas la guerre, c'est qu il n'osait pas se mettre à la tète de l'armée. Le Roi, réellement aussi brave qu^aucun prince de Prusse, se laissa entraîner sans cesser de conserver l'opinion intime qu'il faisait une grande faute.

Il faut signaler les hommes qui n'ont pas partagé les illusions des partisans de la guerre. Ce sont le respectable feld-maréchal MoëllendorfT et le général Kalkreuth.

On assure qu'après Ta belle charge du 9' et du 10' régiment de hussards à Saalfeld, le roi dit : « Vous prétendiez que la cavalerie française ne valait rien ; voyez cependant ce que fait la cavalerie légère , et jugez ce que feront les cuirassiers ! Ces troupes ont acquis leur supériorité par quinze ans de combat. Il en faudrait autant, afin de parvenir à les égaler ; mais qui de nous serait assez ennemi de la Prusse pour désirer cette terrible épreuve?*

L'Empereur, déjà maître de toutes les communications et des magasins de l'ennemi, écrivit , le 12 de ce mois, la lettre ci-jointe, qu'il envoya au roi Je Prusse par l'officier-d'ordonnance Montesquieu.

Cet officier arriva le 13^ à quatre heures après midi, au quartier du général Hohenlohe, qui le retint auprès de lui, et qui prit la lettre dont il était porteur.

Le camp du roi de Prusse était à deux lieues en arrière. Ce prince devait donc recevoir la lettre de l'Empereur au plus

tard à six heures du soir. On asgore cependant qu'il ne la reçut que le 14, à neuf heures dn matin ; c'est-à-dire, lorsque déjà l'on se battait.

On rapporte aussi que le roi de Prusse dit alors : « Si cette lettre était arrivée

Elus tôt, peut-être aurait-on pu ne pas se attre; mais ces jeunes gens ont la tète teUement montée, que s'il eût été question hier de la paix, je n'aurais pas ramené le tiers de mon armée à Berlin. >

Le roi de Prusse a eu deux chevaux tués sous lui, et a reçu un coup de fusil dans la manche.

Le duc de Brunswick a eu tous les torts dans cette guerre; il a mal conçu et mal dirigé les mouvementsde l'armée : il croyait l'Empereur à Paris, lorsqu'il se trouvait sur ses flancs; il pensait avoir Tinitiative des mouvements, et il était déjà tourné.

Au reste, la veille de la bataille, la consternation était déjà dans les chefs : ils reconnaissaient qu on était mal posté, qu'on allait jouer le va-tout de la monarchie. Ils disaient tous : a Eh bien ! nous paierons de notre personne.» Ce qui est d'ordinaire le sentiment des hommes qui conservent peu d espérance.

La Reine se trouvait toujours au quartiergénéral, à Weymar; il a bien fallu lui dire enfin que les circonstances étaient sérieuses, et que le lendemain il pouvait se passer de grands événements pour la monarchie prussienne. Elle voulait que le Roi lui dît de s'en aller; en effet, elle rut mise dans le cas départir.

Lord Morpeth , envoyé par la cour de Londres pour marchanderle sang prussien, mission véritablement indigne d'un homme tel que lui , arriva le 11 à Weymar, chargé de faire des offres séduisantes, et de proposer des subsides considérables. L'honzon s'était déjà fort obscurci : le cabinet ne voulut pas voir cet envoyé ; il lui fit dire qu'il y avait peut-être peu de sûreté pour sa personne , et il l'engagea à rétourner à Hambourg, pour y attendre l'événement, '^n'aurait dit la duchesse de Devonshire, si

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elle avait vu son gendre, chargé de souffler le feu de la guerre, de venir oflfrir un or empoisonné, et obligé de retourner sur ses pas tristement et en grande hâte ? On ne peut que s'indigner de voir l'Angleterre compromettre de la sorte des agents estimables et jouer un rôle aussi odieux.

On n'a point encore de nouvelles de la conclusion d'un traité entre la Prusse et la Russie, et il est certain qu'aucun Russe n'a paru jusqu'à ce jour sur le territoire prussien. Du reste, l'armée désire fort les voir : ils trouveront Austerlitz en Prusse.

Le prince Louis-Ferdinand de Prusse, et les autres généraux, qui ont succombé sous les premiers coups des Français, sont dé^ signés aujourd'hui comme les principaux

moteurs de cette incroyable frénésie. Le roi, qui en a couru toutes les chances, et qui supporte tous les malheurs qui en ont été le résultat, est de tous les hommes entraînés par elle celui qui y était demeuré le plus étranger.

Il Y a à Leipsick une telle quantité de marcliandises anglaises, qu'on a déjà offert soixante millions pour les racheter.

On se demande ce que l'Angleterre gagnera à tout ceci. Elle pouvait recouvrer le Hanovre, garder le cap de Bonne-Espérance, conserver Malte, faire une paix honorable et rendre la tranquillité au monde. Elle a voulu exciter la Prusse contre la France, pousser l'Empereur et la France à bout ; eh bien ! elle a conduit la Prusse à sa ruine, procuré à l'Empereur une plus grande gloire, à la France une plus grande puissance : et le temps approche ou l'on pourra déclarer l'Angleterre en état de blocus continenlal. Est^^ donc avec du sang que les Anglais ont espéré alimenter leur commerce et ranimer leur industrie? De grands malheurs peuvent fondre sur l'Angleterre : l'Europe les attribuera à la perte de ce ministre honnête homme qui voulait gouverner par des idées grandes et libérales , et que le peuple anglais pleurera un jour avec des larmes de sang.

Les colonnes françaises sont déjà en marche sur Postdam et Berlin. Les députés de Postdam sont arrivés pour demander une sauvegarde.

Le quartier impérial est aujourd'hui à Wittemberg.

Lettre au roi de Prusse, portée par M. de Montesquiou, capitaine, officier d* ordonnance, parti de Géra le \Z octobre 1806 , à 10 heures du matin, arrivé au camp du général Hohen^ lohe à 4 heures après midi.

Monsieur mon frère, je n'ai reçu que le 7 la lettre de Votre Majesté, du 25 septembre. Je suis fâché qu'on lui ait fait signer cette espèce de pamphlet (1). Je ne lui réponds que pour lui prolester que jamais je n'attribuerai à elle les choses qui y sont

(1) Ceci a rapport à une lettre du roi de Prusse, composée de Yingt pages, yéritablo rapsodfe, cl que 1res certainement le Roi n'a pu ni lire ni comprendre. Nous n'avons pu l'imprimer, attendu que tout ce qui tient à la correspondance parlicutiëre des souverains reste dans le portereuille de i'Ëm-

Eereur, et no vient point à la connaissance du nulic. Si nous publions celle do Sa Majesté, c est pArcc que beaucoup d'exemplaires en avaient été ^its au quartier-général de's Prussiens, où on la trouva Vfés belle; une copie en eat tombée entre nos mains.

vu.

contenues; toutes sont contraires à son caractère et à Fhonneur de tous deux. Je plains et dédaigne les rédacteurs d'un pareil ouvrage. J'ai reçu immédiatement après la note de son ministre, du 4" octobre. Elle m'a donné rendez-vous le 8 ; en bon chevalier, je lui ai tenu parole : je suis au milieu de la Saxe. Qu elle m'en croie : j'ai des forces telles, que toutes ses forces ne peuvent balancer longtemps la victoire. Mais pourquoi répandre tant de san^ ? à quel but ? Je tiendrai à Votre Majesté le même langage que j'ai tenu à l'empereur Alexandre, deux jours avant la bataille d'Austerlitz. Fasse le ciel que des hommes vendus ou fanatisés, plus les ennemis d'elle et de son règne , qu'ils ne le sont des miens et de ma nation , ne lui donnent pas les mêmes conseils pour la faire arriver au même résultat !

Sire, j'ai été ami de Votre Majesté depuis six ans. Je ne veux point proffter de cette espèce de vertige qui anime ses conseils, qui lui ont fait commettre des erreurs politiques dont l'Europe est encore tout étonnée, et des erreurs militaires de l'énormité desquelles l'Europe ne tardera pas à retentir. Si elle m'eût demandé des choses possibles par sa note, je les lui eusse accordées; elle a demandé mon déshonneur; elle devait être certaine de ma réponse. La guerre est donc faite entre nous, ralliance rompue pour jamais. Mais pourquoi faire égorger nos sujets ? Je ne prise point une victoire qui sera achetée par la vie d'un bon nombre de mes enfants. Si j'étais à mon début dans la carrière militaire, si je pouvais craindre les hasards des combats, ce langage serait tout-à-fait déplacé. Sire, Votre Majesté sera vaincue : elle aura compromis le repos de ses jours, l'existence de ^es sujets, sans l'ombre d'un prétexte. Elle est aujourd'hui intacte et peut traiter avec moi d'une manière conforme à son rang ; elle traitera avant un mois dans une situation différente. Elle s'est laissée aller à des irritations qu'on a calculées et préparées avec art ; elle m'a dit qu'elle m'avait souvent rendu des services ; eh bien ! je veux lui donner la preuve du souvenir que j'en ai ; elle est maîtresse de sauver à ses sujets les ravages et les malheurs de la guerre ; à peine commencée, elle peut la terminer, et elle fera une chose dont l'Europe lui saura gré. Si elle écoute les furibonds

?ui , il y a quatorze ans, voulaient prendre aris , et qui aujourd'hui l'ont embarquée dans une guerre, et immédiatement après dans des plans offensifs également inconcevables, elle fera à son peuple un mal que le reste de sa vie ne pourra guérir. Sire, je n'ai rien à gagner contre Votre Majesté : -je ne veux rien et n'ai rien voulu d'elle : la guerre actuelle est une guerre impolitique. Je sens que peut-être j'irrite

L'EMPIBE.

dans oells lettie une certaine Buseeptibilité natureUe à tout souverain ; mais les circonstances ne demandent aucun ménagement ; ie lui dis les choses comme je les pense. £t, d ailleurs, que Votre Majesté me permette de le lui dire : ce n'est pas

Sour l'Europe une grande découverte gue 'apprendre que la France est du triple plus populeuse, et aussi brave et aguerrie

Sue les états de Votre Majesté Je ne lui ai Dnné aucun gàjet réel de guerre. Qu'elle ordonne à cet essaim de malveillants et d'inconsidérés de se taire à Faspect de son trône dans le respect oui lui est dû ; et qu'elle rende la tranquillité à elle et à ses états. Si elle ne retrouve plus jamais en moi un alli^, elle retrouvera un homme désireux de ne iaire que.des guerres indisoensables à la politique de mes peuples, et oe ne point répandre le sang dans une lutte avec des souverains qui n*ont avec moi aucune opposition d'industrie, de commerce et de politique. Je prie Votre Majesté de ne voir dans cette lettre que le désir que j'ai d'épargner le sang des hommes, et d'éviter a une nation qui, géo-

fraphiquement, ne saurait être ennemie e la mienne, l'amer repentir d'avoir trop écouté ces sentiments éphémères qui s excitent et se calment avec tant de facilité parnù les peuples.

Sur ce, je prie Dieu, monsieur mon frère, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

De Votre Majesté , le bon frère, Signée Napoléon.

Be mon camp impérial de Géra, le 22 octobre id06.

SEIZIÈME BULLETIN

Le duc de Brunswick a envoyé son maréchal du palais à I Empereur. Cet officier était chargé d'une lettre par laquelle le duc recommandait ses états a Sa Majesté.

L'Empereur lui a dit : < Si je faisais dé- Biolirla ville de Brunswick, et si je n'y laissais pas pierre sur pierre, que dirait votre prince? La loi du talion ne me permet-eUe pas de faire d Brunswick ce quïl voulait faire dans ma capitale ? Annoncer le projet de démolir des villes, cela peut être insensé ; mais vouloir ôter Thonneur à toute une armée de braves gens, lui proposer de quitter rAUemagae par journées d'étapes, a la seule sommation de Tarmce prussienne, voilà ce que la postérité aura peine à croire. Le duc de Brunswick n'eût lamais dû se permettre un tel outrage : lorsqu'on a blanchi sous les armes, on doit respecter Thonneur militaire; et ce n'est pas d'ailleurs dans les plaines de Champa-

rque ce général a pu acquérir le droit traiter les drapeaux français avec un tel mépris. Une pareille sommation ne déshonorera que ie militaire qui Ta pu faire. Ce n'est pas au roi de Prusse que restera ce déshonneur : c'est au chef de son conseil militaire; c'est au (général à qui, dans ces circonstances difficiles, il avait remis le soin des affaires; c'est enfin le duc de Brunswick que la France et la Prusse peuvent accuser seul de la guerre. La frénésie dont ce vieux général a donné l'exemi^e, a autorisé une jeunesse turbulente et entraîné le roi contre sa propre pensée et son intime conviction. Toutefois, Monsieur, dites aux habitants du pays de Brunswick qu'ils trouveront dans les Français des ennemis généreux, que je désire adoucir à leur égard les rigueurs de la pçuerre, et que le mal que pourrait occasionner le

Sassage des trou|ies serait contre mon gré. ^itès au général Brunswick qu'il sera traité avec tous les égards dus à un officier prussien , mais que je ne puis reconnaître dans un général prussien un souverain* S'il arrive que la maison de Brunswick perde la souveraineté de ses ancêtres, elle ne pourra s'en prendre qu'à l'auteur de deux guerres, qui, dans Tune, voulut saper jusqiie dans ses fondements la grande capitale ; qui, dans l'autre, prétendit déshonorer deux cent mille braves qu'on parviendrait peut-être à vaincre, mais qu'on ne surprendra jamais hors du chemin de . 1 honneur et de la gloire. Beaucoup de sang a été verî^é en peu de jours ; de grands désastres pèsent sur la monarchie prussienne. Qu'il est dipe de blâme cet homme qui d'un mot pouvait les prévenir! Si, comme Nestor, élevant la parole au milieu des conseils, il avait dit :

« Jeunesse inconsidérée, taisez-vous; femmes, retournez à vos fuseaux et rentrez dans l'intérieur de vos ménages ; et vous. Sire, croyez-en le compagnon du plus illustre de vos prédécesseurs ; puisque lempereur Nupoléon ne veut pas la guerre, ne le placez pas entre la gloire et le déshonneur ; ne vous engagez pas dans une lutte dangereuse avec une armée qui s honore de quinze ans de travaux glorieux, et que la victoire a accoutumée à tout soumettre !» — Au lieu de tenir ce langage, qui convenait si bien à*la prudence de son âge et à l'expérience de sa longue carrière, il a été le premier à crier «nux armes. H a méconnu jusqu'aux liens du sang, en armant un fils contre son père ; il a menacé de planter ses drapeaux sur le palais de Slultgard ; et, accompagnant ces démarches (rimi)récations contre la France, il s'est déclaré l'auteur de ce manifeste insensé, quil avait désavoué pendant quatorze ans, quoiqu'il n'osât pas vier de 1 avoir revêtu de sa signature. ^

BULLETIiNS P lA QRANDE-ARMÉE.

Ou a rem^ufqué que, pendant cette conversatiou, iEmpereur, avec cello chaleur dont il esl quelquefois animé, a répété souvent: «Renverser et détruire les habitations des citoyens paisibles^ cest un crime qui se répare avec du temps et de Targent ; mais déshonorer une armée, vouloir qu'elle fuie hors de T Allemagne devant raille prussienne, c'est une bassesse que celui-là seul qui la conseille était capable de commettre. »

M. de Lucchesini est toujours au quartier-général. L'Empereur a refusé de le voir ; mais on observe qu'il a de fréquentes conférences avec le grand maré- .cnal du palais, Duroc.

. L'Empereur a ordonné de faire présent, sur la grande quantité de draps ang[lais qui a été trouvée à Leipsig , d'un halallement complet à chaque officier, et d'une capote et d'un habit a chaque soldat.

Le quartier-général est a Kiospstad.

DIX-SEPTIÈME BULLETIN

A Potldcm, i9 23 octobre 1806.

Le corps du maréchal Lannes est arrivé le ^ à Postdam.

Le corps du maréchal Davout a fait son entrée le 25, à dix heures du matin, à Berlin.

Le corps du maréchal prince de Ponte- Corvo est à Brandenbourg.

Le corps du maréchal Augereau fera son entrée à Berlin, demain 26.

L'Empereur est arrivé hier à Postdam, et est descendu au palais. i)ans la soirée, il est allé visiter le nouveau palais de Sans-Souci et toutes les positions qui environnent Postdam. 11 a trouvé la situation et la distribution du château de Sans- Souci agréables. 11 est resté quelque temps dans la chambre du grand Frédéric, qui se trouve tendue et meublée telle qu'elle rélait à sa mort.

Le prince Ferdinand, frère du grand Frédéric est demeuré à Berlin.

On a trouvé dans Tai'senal de Berlin cinq cents pièces de canon, plusieurs centaines de milliers de poudre et plusieurs milliers de fusils.

Le général Ilullin est nommé commandant de Berlin.

Le général Bertrand, aide-de-camp de TEmpereur, s'est rendu à Spandau; la forteresse se défend; il en a fait l'investissement avec les dragons de la division Dupont.

Le grand-duc de Berg s'est rendu à Spandau pour se mettre à la poursuite duAQ colonne qui file de Spandau sur Stettin, et qu'on espère couper.

Le tuaréchal Lefebvre , commandant la garde imjiériale à. pied , et le maréchal Bessières, commandant la garde impériale à cheval, sont arrivés à Postdam, le 24, à neuf heures du soir. La garde à pied a fait quatorze lieues dans un jour.

Le corps du maréchal Ney nloque Magdebourg.

Le corps du maréchal Soult a pa^sé l'Elbe à une journée de Magdebourg, et poursuit l'ennemi mr Stettin.

Le temps continue à être su|;>erbe; c'est le plus bel automne que l'on ait vu.

En route, TEmpereur étant à cheval, pour se rendre de Wittemberg à Postdam. a été surpris par un ora^e , et a mis pied à terre dans la maison au grand veneur de Saxe. Sa Majesté a été fort étonnée de s'entendre appeler par son nom par une jolie femme; c était une égyptienne,, veuve d'un officier français de l'armée d'Egypte, et qui se trouvait en Saxe depuis trois mois : elle demeurait chez le grand veneur de Saxe, qui l'avait recueillie et honorablement traitée. L'Empereur lui a fait une pension de i200 francs, et s'est chargé de placer son enfant. < C'est la première fois, a dit l'Empereur, que je mets pied à terre pour un orage ; j'avais le pressentiment qu'une bonne action m'attendait là.» ^ On remarque comme une singularité que l'empereur Napoléon est arrive à Postdam et descendu dans le même appartement, le jour même, et presque à la même heure que l'empereur de Russie , lors du voyage q^ue fit ce prince, l'an passe, et qui a Se si funeste a la Prusse. C'est de ce moment que la reine a quitté le soin de ses affaires intérieures et les graves occupations de la toilette pour se mêler des affaires d'état, influencer le roi, et susciter partout ce feu dont elle était possédée.

La saine partie de la nation prussienne regarde ce voyage comme un des plus grands malheurs qui soient arrivés a la Prusse. On ne se fait point d'idée de l'activité de la faction pour porter le roi à la guerre malgré lui.

Le résultat du célèbre serment fait sur )e tombeau du grand Frédéric, le 4 novembre 1805, a été la bataille d'Austerlitz, et Vévacualion de l' Allemagne par l'armée russe à journée d'étapes. On fit, vingtquatre heures après, sur ce sujet une gravure qu'on trouve dans toutes les boutiques, et qui excite le rire même des paysans. On y voit le bel empereur de nussie, près de lui la reine, et de l'autre côlé, le roi qui lève la main sur le tombeau du grand Frédéric: la reine ellemême, drapée d'un châle, à peu près comme les gravures de Londres représentent lady Hamilt^m , appuie la main sur sou cœur , et a l'air de regarder l'empereur de Bussie. Ou ne conçoit point que la

L'EHPIHI.

police de Berlin ait laissé répandre une aussi pitoyable satire.

Toutefois, l'ombre du grand Frédéric n'a pu que s indi^er de cette scène scandaleuse. Son esprit, son f^énieel ses vœux, étaient avec la nation ()uMl a tant estimée, et dont il disait que s*il en était roi, il ne M tirerait pas un coup de canon en Europe tans sa permission.

DIX-HUITIÈME BUrXETIN.

Poitdam, le 96 octobre 1806.

L'Empereur a passé à Postdam la revue de fa garde à pied, composée de dix bataillons et de soixante pièces d'artillerie, servies par l'artillerie à cheval. Ces troupes, qui ont éprouvé tant de Tatisues, avaient la même tenue qu'à la parade de Paris.

A la bataille d'Iéna, le général de division Victor a reçu un biscayen qui lui a fait une contusion : il a été obligé de garder le lit pendant quelques jours. Le général de brigade Gardaune, aide-de i^amp de TErapereur, a eu un cheval tué, et a été légèrement blessé. Quelques officiers supérieurs ont eu des blessures, d'autres des chevaux tués, et tous ont rivalisé de courage et de zèle.

L'Empereur a été voir le tombeau du

{;rand Frédéric. Les restes de ce grand lomme sont renfermés dans un cercueil de bois recouvert en cuivre, placé /dans un caveau sans ornement, sans trophées, sans aucunes distinctions qui rappellent les grandes actions qu'il a faites.

L Empereur a fait présent à l'hôtel des Invalides de Paris de l'épée de Frédéric, de son cordon de l'Aigle-Noire, de sa ceinture de général , ainsi que aes drapeaux que portait sa garde dans la guerre de sept ans. Les vieux invalides de l'armée de Hanovre accueilleront avec un respect religieux tout ce qui a appartenu à un des premiers capitaines dont l'histoire conservera le souvenir.

Lord Morpetb, envoyé d'Angleterre auprès du cabinet prussien, ne se trouvait, pendant la journée de léna, qu'à six lieues du champ de bataille, il a entendu le canon. Un courrier vint bientôt lui annoncer que la bataille était perdue, et en un moment il fut entouré de fuyards qui le poussaient de tous côtés. Il courait en cnant : Il ne faut pas que Je sois pris ! Il offrit jusqu à soixante guinées pour obtenir un cheval ; il en obtint un et se sauva.

La citadelle de Spandau, située à trois lieues de Berlin, et à quatre lieues de Postdam, forte par sa situation au milieu des eaux, et renfermant douze cents hom-

mes de garnison et une grande quantité de munitions de guerre et de bouche, a été cernée le 24 dans la nuit. Le général Bertrand, aide-de-camp de l'Empereur, avait déjà reconnu la place. Les pièces étaient oisposées pour jeter des obus et intimider la garnison. Le maréchal Lannes a fait signer par le commandant la capi* tulation ci-jointe.

On a trouvé à Berlin des magasins considérables d'effets de campement et d'habillement ; on en dresse les inventaires.

Une colonne commandée par le duc de Weymar est poursuivie |)ar le maréchal Soult. Elle s^est présentée le 23 devant Magdebourg. Nos troupes étaient là depuis le 20. Il est probable que cette colonne, forte de quinze mille nommes, sera coupée et prise. Magdebourg est le premier point de rendez-vous des troupes prussiennes. Beaucoup de corps s'y rendent. Les Français le bloquent.

Une lettre de Helmstadt, récemment interceptée, contient des détails curieux. Elle est Ci-jointe.

MM. les princes d'Hatzfeld; Bnschins, président de la police; le président ae iCercheisen ; Formey, conseiller intime ; Poizig , conseiller de la municipalité ; MM. Ruek, Siegr et de Hermensdorf, conseillers, députés de la ville de Berlin, ont remis ce matin à l'Empereur, à Postdam, les clés de la ville de Berlin. Ils étaient accompagnés de MM. Grote, conseiller des finances, le baron de Yichnitz et le baron d'Eckarlstein. Ils ont dit que les bruits qu'on avait répandus sur 1 esprit de cette ville étaient faux ; que les bourgeois et la masse du peuple avaient vu la guerre avec peine ; qu'une poignée de femmes et de jeunes omciers avaient fait seuls ce tapage ; qu'il n'y avait pas un seul homme sensé qui n'eût vu ce qu'on avaitii craindre, et qui pût deviner ce qu'on avait à espérer. Comme tous les Prussiens, ils accusent le voyage de l'empereur Alexandre des malheurs de la Prusse. Le changement qui s'est dès-lors opéré dans Tesprit de la reine, qui, de femme timide et modeste, s'occupant de son intérieur , est devenue turbulente et guerrière, a été une révolution subite. Elle a voulu tout-à-coup avoir un régiment, aller au conseil ; et elle a si bien mené la monarchie, quen peu de jours elle l'a conduite au bord du précipice.

Le quartier-général est à Charlottembourg.

DIX-NEUVIÈME BULLETIN

CharMtembowrgt U 97 octobre 1806.

L Empereur, parti de Postdan> aujour-

d'hui à midi, a été visiter la forteresse de Spandau. Il a donné des ordres au général de division Ghasseloup, commandant le ffénie de l'armée, sur les améliorations à faire aux fortifications de cette place. C'est un ouvrage superbe ; les magasins sont magnifiques. On a trouvé à Spandau des farines, des grains, de Tavoine, pour nourrir Farmée pendant deux mois, des munitions de guerre pour doubler Tapprovisionnement de l'artillerie. Cette forteresse, située sur la Sprée, à deux lieues de Berlin, est une acquisition inestimable. Dans nos mains, elle soutiendra deux mois de tranchée ouverte. Si les Prussiens ne l'ont pas défendue, c'est que le commandant n'avait pas reçu d'ordre . et que les Français y sont arrivés en même temps que la' nouvelle de la bataille perdue. Les batteries n'étaient pas faites et lanlace était désarmée.

Pour donner une idée de l'extrême confusion qui règne dans cette monarchie, il suffit de dire que la reine, à son retour de ses ridicules et tristes vo)rages d'Erfurt et de Weymar, a passé la nuit a Berlin sans voir personne, qu'on a été longtemps sans avoir de nouvelles du Roi ; que personne n'a pourvu à la sûreté de la capitale, et que les bourgeois ont été obliges de se réunir pour former un gouvernement provisoire.

L'indignation est* à son comble contre les auteurs de la guerre. Le manifeste,

gue Ton appelle à Berlin un indécent lielle , où aucun grief n'a été articulé , a soulevé la ùation contre son auteur, misérable scribe nommé Gentz , un de ces hommes sans honneur qui se vendent pour de l'argent.

Tout le monde avoue que la reine est l'auteur des maux que souffre la nation prussienne. On entend dire partout : Elle était si bonne, si douce il n'y a pas un an ! Mais, depuis cette fatale entrevue avec l'empereur Alexandre , combien elle est changée !

Il n'y a eu aucun ordre donné dans les

Palais; de manière qu'on a trouvé à ostdam l'épée du grand Frédéric, la ceinture de général qu'il portait à la guerre de sept ans , et son cordon de TAigle- Noire. L'Empereur s'est saisi de ces trophées avec empressement , et a dit :

« J'aime mieux cela que vingt millions. » Puis, pensant un moment à qui il confierait ce précieux dépôt : < Je les enverrai, dit-il, a mes vieux soldats de la guerre' d'Hanovre, j'en ferai présent au gouverneur des Invalides : cela restera à l'hôtel. > On a trouvé, dans l'appartement qu'occu-

Fait la Reine, à Posldam , le portrait de empereur de Russie, dont ce prince lui avait Uit présent ; on a trouvé a Charlot-

tembourg sa correspondance avec le Roi pendant trois ans, et des mémoires rédigés par des écrivains anglais, pour prouver qu'on ne devait tenir aucun compte des traités conclus avec l'empereur Napoléon, mais se tourner tout-a-fait du œté de la Russie. Ces pièces surtout sont des pièces historiques ; elles démontreraient, si cela avait besoin d'une démonstration, combien sont malheureux les princes qui laissent prendre aux femmes l'influence sur les affaires politiques. Les notes, les rapports, les papiers d'état étaient musgues, et se trouvaient mêlés avec des chiffons et d'autres effets de la toilette de la Reine. Cette princesse avait exalté les têtes de toutes les femmes de Berlin ; mais aujourd'hui elles ont bien changé. Les

{>reiffliers fuyardB ont été mal reçus , on enr a rappelé, avec ironie, le jour où ils aiguisaient leurs sabres sur les places de Berlin, voulant tout tuer et tout pourfendre.

Le général Savary, envoyé , avec un détachement de cavalerie, à la recherche de l'ennemi, mande que le prince de Hohenlohe, obligé de quitter Magdebourg, te trouvait, le 25, entre Rathenau et Rnppin, se retirant sur Stettin.

Le maréchal Lannes était déjà à Zehdenich ; il est probable que les débris de ce corps ne parviendront pas à se sauver sans être de nouveau entamés.

Le corps bavarois doit être rentré ce matin à Dresde : on n'en a pas encore de nouvelles.

Le prince Louis-Ferdinand , qui a été tué dans la première affaire de la campagne, est apjpielé publiquement à Berlin le petit duc d Orléans. Ce jeune homme abusait de la bonté du Roi au point de l'insulter. C'est lui qui, à la tète d'une troupe déjeunes officiers, se porta, pendant une nuit, à la maison de M. d'Augwitz, lorsque ce ministre revint de Paris , et cassa ses fenêtres.

On ne sait si l'on doit le plus s'étonner de tant d'audace ou de tant de faiblesse.

Une grande partie de ce qui a été dirigé de Berlin sur Magdebourg et sur l'Oder, a été interceptée par la cavalerie légère. On a déjà arrêté plus de soixante bateaux chargés d'effets d'habillement, de farine et d'artillerie. Il y a des régiments de hussards qui ont plus de 500,000 francs. On a rendu compte qu'ils achetaient de l'or pour de l'argent à cinquante pour cent de perte.

Le château de Charlottcmbourg , où loge l'Empereur, est situé à une lieue de Berlin, sur la Sprée.

L'EMPIRE

VINGTIÈME BULLETIN

Charioltembomrg, /« 17 octobre 1806.

Si les événements nilitairos n'ont plus Fintérèt de rinoeititade, ils ont toujours rïntérét des combinaisons, des marches et des manœuvres. L'infatigable grand-duc de Berg se trouvait à Zehdenick le 26, à trois heures après midi, avec la brigade de cavalerie légère du général Lasalle ; et les divisions de dragons des généraux Beaumont et Grouchy étaient en marche pour arriver sur ce point.

La brigade du général Lasalle contint Tennemi, qui lui montra près de six mille hommes de cavalerie. C'était toute la cavalerie deTannéeprussienne qui. ayant abandonné Magdobourg, formait ravanl-gardc du corps du prince de Hohenlohe, qui se dirigeait sur èletlin. \ quatre heures après midi, les deux divisions de dragons étant arrivées, la brigade du général Lasalle chargea l'ennemi avec celte singulière intrépidité qui a caractérisé les hussards et les chasseurs français dans cette campagne. La ligne de 1 ennemi, quoique triple, fut rompue . Tennemi poursuivi dans le villa^' de Zehdenick et culbuté dans les déihâ. Le régiment des dragons de la Reine voulut se reformer; mais les dragons de la division (irouchy se présentèrent, chargèrent Tennemi et en firent un horrible carnage. De ces six mille hommes de cavalerie, une partie a été culbutée dans les marais, trois cents hommes sont restés sur le champ de Iwilaille, sept cents ont été pris avec leurs chevaux ; le colonel du régiment de la Reine et un grand nombre d'officiers sont de ce nombre.

L'étendard de ce régiment a été pris. Le corps du maréchal Lannes est en pleine marche pour soutenir la cavalerie. Les cuirassiers se portent en colonnes sur la droite, et un autre corps d'armée se porte sur Granzée. Nous arriverons à Steltin avant cette armée , qui, attaquée dans sa marche en flanc, est déjà débordée par sa tète. Démoralisée comme elle l'est, on a lieu d'espérer que rien n échappera, et que toute la partie de l'armée prussienne qui a inutilement perdu deux jours à Magdebourg pour se rallier, n'arrivera pas sur rOder.

Ce combat de cavalerie de Zehdenick a son intérêt comme fait militaire. De part et d'autre, il n'y avait pas d'infanterie ; mais la cavalerie prussienne est si loin de la nôtre, que les événements de la campagne ont prouvé qu'elle ne pouvait tenir vis-à-vis de forces moindres de la moitié.

Un adjoint de Tétat-major, arrêté par un parti ennemi, du côté de la Thuringe,

lorsqu'il portait des ordres au niaréeliiil Mortier , a été conduit à Custrin , et y a vu le Roi. Il rapporte quau-delÀ de rOder, il nest arrivé que très peu de fuyards , soit à Stettin, soit à Custrin ; il n'a presque point vu de troupes d'infanterie.

VINGT-UNIÈME BULLETIN

Berlin, U Se ûetobre 4806.

L'Empereur a fait, hier Î7, une entrée solennelle à Berlin. Il était environné du prince de Neuchâlel , des maréchaux Davout et Augoreau, de son jçrand maréchal du palais, de son grand ecuycr et de ses aides -de -camp. Le maréchal Lefebvre ouvrait la marche à la lêle (te la garde impériale à pied ; les cuirassiers de la division Nansouly étaient en bataille sur le chemin. L'Empereur marchait entre les grenadiers et les chasseurs à cheval de sa garde. Il est descendu au palais à trois heures après midi. 11 a été reçu par le grand maréchal du palais, Duroc. Une foule immense était accourue sur son passage. L'avenue de Charlotlembourg à Berlin est très belle ; l'entrée par cette porte est magnifique. La journée était superbe. Tout le corps de la ville, présenté par le général Hullin, commandant elc la place, est venu à la pirle offrir les clefs de la ville à l'Empereur. Ce corps sVst rendu ensuite chez Sa Majesté. Le général, prince d'IIatzfeld, était à la tête.

L'Empereur a ordonné que les deux mille bourgeois les plus riches se réunissent à rhôtel-de-vill<*, pour nommer soixante d'entre eux qui formeront le corps municipal. Les vingt cantons fourniront une garde de soixante hommes chacun, ce qui fera douze cents des plus riches bourgeois, pour garder la ville et en faire la police. L'Empereur a dit au prince d'Hatzfeld : « Ne vous présentez pas devant moi, je n'ai pas besoin de vos services; retirez-vous dans vos terres. H a reçu le chancelier et les ministres du roi de Prusse.

Le 28, à neuf heures du matin, les ministres de Bavière» d'Espagne, dé Portugal et de la Porte, qui étaient à Berlin, ont été admis à l'audience de l'Empereur. Il a dit au ministre de la Porte d'envoirer un courrier à Constantinople, pour porter des nouvelles de ce qui se passait , et annoncer que les Russes n'entreraient pas aujourd'hui en Moldavie, et qu'ils ne tenteraient rien contre l'empire Ottoman. Ensuite, il a reçu tout le clergé protestant et calviniste. Il y a à Berlin plus de dix ou douze mille Français réfugiés par suite de ledit de Nantes. Sa Majesté a causé a vw les principaux d*entre eux. Il leur a dit

fiW

qu'ils vivaient de justes droits à sa protection, et que leurs privilèges et leur culte seraient maintenus. Il leur a recomuiandé de s'occuper de leurs affaires , de rester tranquilles, et de porter obéissance et respect à César.

Les cours de justice lui ont été présentées par le chancelier, il s'est entretenu avec les membres de la division des cours d'appel et de première instance; il s est informé de la manière dont se rendait la justice.

M. le comte de Néale s'étant présenté dans les salons de l'Empereur, Sa Majesté lui a dit : < Eh bien, Monsieur, vos femmes ont voulu la guerre; en voici le résultat : vous devriez mieux contenir votre famille. > Des lettres de sa fille avaient été interceptées. « Napoléon, disaient ces lettres, ne veut pas faire la suerre, il faut la lui iaire. » Non, dit Sa Majesté à M. de Néale, je ne veux pas la guerre ; non pas que je me défie de ma puissance, comme vous le pensez, mais parce que le sang de mes peuples m'est précieux, et que mon premier devoir est de ne le répandre que pour sa sûreté et son bonneur. Mais ce bon peuple de Berlin est victime de la guerre , tandis que ceux qui l'ont attirée se sont sauvés. Je rendrai cette noblesse de cour si petite, qu'elle sera obligée de mendier son pain. >

£n faisant connaître ses intentions au corps municipal, < j'entends, dit l'Empereur , qu'on ne casse les fenêtres de personne. Mon frère le roi de Prusse a cessé d'être roi depuis le jour où il n'a pas fait pendre le prince Louis Ferdinand, lorsqu'il a été assez osé pour aller casser les lenêtres de ses ministres. >

Aujourd'hui siS, l'Empereur est monté à cheval pour passer en revue le corps du maréchal Davout; demain, sa Majesté passera en revue le corps du maréchal Augereau.

Le grand-duc de Berg et les maréchaux Lannes et prince de Ponte-Corvo , sont à la poursuite du prince de Honenlohe.

Après le brillant combat de cavalerie de Zehdenick, le grand-duc de Berg s'est porté à Templin ; il a trouvé les vivres et le dîner préparés pour les généraux et les troupes prussiennes.

A Gransee, le prince de Ilohenlohe a changé de route, et s'est dirigé sur Furstemberg. Il est probable qu'il sera coupé sur l Oder, et qu'il sera enveloppé et pris. Le duc de Weymar est dans une position semblable vis-à-vis du maréchal Soult. Ce duc a montré l'intention de passer lElbe à Tanger-Munde, pour gagner l'Oder. Le 25, le maréchal Soult 1^ prévenu. S'il est joint, pas un homme n'échappera ; s'il parvient à passer, il tombe dans les mains du grand-duc de Berg , et

des maréchaux LanAes et prince de Ponté^ Corvo. Une partie de nos troupes borde l'Oder. Le roi de Prusse a passé la Vistule.

M. le comte de Zastrow a été présenté à l*Empereur, le 27, à Charlottemberg, et lui a remis une lettre du roi de Prusse.

Au moment même, l'Empereur reçoit un aide-de-camp du prince Eugène, qui lui annonce une victoire remportée sur les Russes en Albanie.

Voici la proclamation que TEmpereur a faite à ses soldats :

• Proclamation de VEmpereur et Roi.

Soldats I

Vous avez justifié mon attente et ré* pondu dignement à la confiance du peuple français. Vous avez supporté les privations et les fatigues avec autant de courage que vous avez montré d'intrépidité et de sang-froid au milieu des combats. Vous êtes les dignes défenseurs de l'honneur de ma couronne et de la gloire du grand peuple ; tant que vous serez animés de cet esprit, rien ne pourra vous résister. La cavalerie a rivalisé avec l'infanterie et l'artillerie : je ne sais désormais à quelle arme je dois donner la préférence... Vous êtes tous de bons soldats. Voici les résultats de nos travaux :

Une des premières puissances militaires de l'Europe, qui osa n'âguère nous proposer une honteuse capitulation, est anéantie. Les forêts, les défilés de la Franconie, la Saale, l'Elbe, que nos pères n'eussent pas traversés en sept ans, nous les avons traversés en sept jours, et livré dans l'intervalle quatre combats et une grande bataille. Nous avons précédé à Postdam, à Berlin , la renommée de nos victoires. Kous avons fait soixante mille prisonniers, pris cinquante*cinq drapeaux, parmi lesquels sont ceux des gardes du roi de Prusse, six cents pièces de canon, trois forteresses, plus cfe ving[t généraux. Cependant, près de la moitié de vous regrettent ae n'avoir pas encore tiré un coup de fusil. Toutes les provinces de )a monarchie prussienne jusqu'à l'Oder , sont en notre pouvoir.

Soldats, les Russes se vantent de venir à nous ; nous marcherons à leur rencontre, nous leur épargnerons la moitié du chemin ; ils retrouveront Austerlitz au milieu de la Prusse. Une nation qui a aussitôt oublié la générosité dont nous ayons usé envers elle, après cette bataille où son empereur, sa cour, les débris de son armée, n'ont dû leur salut qu'à la capitulation que nous leur avons accordée, est une nation qui ne saurait lutter avec succès con-^ tre nous.

Cependant, tandis que nous marohOBS

L'EMPIRE

au-devani des Russes, de nouvelles armées, formées dans Tintérieur de l'empire, viennent prendre notre place pour garder nos conquêtes. Mon peuple tout entier s'est levé, indigné de la honteuse capitulation que les ministres prussiens, dans leur délire, nous ont proposée. Nos routes et nos villes frontières sont remplies de conscrits qui brûlent de marcher sur vos traces. Nous ne serons plus désormais les jouets d'une paix traîtresse , et nous ne poserons plus les armes que nous n'ayons obligé les Anglais, ces éternels ennemis de notre nation, à renoncer au projet de troubler le continent, et à la tyrannie des mers.

Soldats 1 je ne puis mieux vous exprimer les sentiments que j'ai pour vous, qu'en vous disant que je vous porte dans mon cœur l'amour que vous me montrez tous les jours.

De notre camp impérial de Postdam , le 26 octobre 1806.

Signée Napoléon.

Par TEmpereur,

Le Major-Général de la Grande-Armée, prince de Pfeuchdlel et de Valiengin,

Maréchal Alex. Bbrthieb.

VINGT-DEUXIÈME BULLETIN

Berlin, le 29 octobre 1806.

Les événements se succèdent avec rapidité. Le grand-duc de Berg est arrive le 27 à Hasîeben avec une division de dragons. Il avait envoyé à Botzembourg le général Milhaud avec le iS** régiment de chasseurs, et la brigade de cavalerie légère du général Lasalle sur Pretzlow. Instruit que l'ennemi était en force à Botzembourg, il s'est porté à Wigneensdorfs. A peine arrivé là, il s'aperçut qu'une brigade de cavalerie ennemie s'était portée sur la puche, dans l'intention de couper le général Milhaud. Les voir, les charger, jeter le corns des gendarmes du Roi dans le lac, fut 1 affaire d'un moment. Ce régiment, se voyant perdu, demanda à capituler. I^ Prince , toujours généreux, le lui accorda. Cinq cents hommes mirent pied à terre et rendirent leurs chevaux. Les offisiers se retirent chez eux sur parole. Quatre étendards de la garde, tous d'or, furent le trophée du petit combat de Wiéneensdorfs, qui n'était que le prélude de la belle affaire de Prentziow.

Ces célèbres gendarmes , qui ont trouvé tant de commisération après la défaite, sont le^ mêmes qui, pendant trois mois, ont révolté la ville de Berlin par toutes sortes de provocations. Us allaient sous les fenêtres de M. Laforêt, ministre de France, aiguiser leurs sabres ; les gens de bon sens

haussaient les épaules ; mais la jeunesse sans expérience et les femmes passionnées, à l'exemple de la Reine . voyaient dans celte ri(hcule fanfaronnade un pronostic sur des grandes destinées qui attendaient l'armée prussienne.

Le prince de Hohenlohe, avec les débris de la bataille d'Iéna, cherchait à gagner Stetlin. Il avait été obligé de changer de route, parce que le grand-duc de Berg était à Templin avant lui. 11 voulut déboucher de Botzembourg sur Halseben; il fut trompé dans son mouvement. Le grand-duc de Berg jugea que Vennemi cherchait à gagner Prentziow; cette conjecture était fondée. Le Prince marcha toute la nuit avec les divisions de dragons des généraux Beaumont etGrouchy, éclairés par la cavalerie légère du général Lasalle. Les premiers postes de nos hussards arrivèrent à Prentziow avec l'ennemi ; mais ils furent obligés de se retirer, le 28 au matin , devant les forces supérieures que déploya le prince de Hohenlohe. A neuf heures du matin, le fcrand-duc de Berg arriva à Prentziow, et à dix, il vit l'armée ennemie en pleine marche. Sans perdre de temps en vains mouvemements, le Prince ordonna au général Lasalle de charger dans les faubourgs de Prentziow, et le fit soutenir par les généraux Grouchy et Beaumont , et leurs six pièces d'artillerie légère. Il fit traverser a Golmitz la petite rivière qui passe à Prentziow, par trois régiments de dragons, attaquer le flanc de l'ennemi, et chargea son autre brigade de dragons de tourner la ville. Nos braves canonniers à cheval placèrent si bien leurs pièces, et tirèrent avec tant d'assurance , qu'ils mirent de rincertitude dans les mouvements de l'ennemi. Dans le moment, le général Grouchy reçut l'ordre de charger; ses braves dragons s'en acquittèrent avec intrépidité. Cavalerie, infanterie, artillerie, tout fut culbuté dans les faubourgs de Prentziow. On pouvait entrer pêle-mêle avec 1 ennemi dans la ville, mais le Prince

g référa les faire sommer par le général éliard. Les portes de la ville étaient déjà brisées. Sans espérance, le prince de Hohenlohe, un des principaux boute-feux de cette guerre impie, capitula, et défila devant l'armée française avec seize mille hommes d'infanterie, presque tous gardes ou grenadiers, six régiments de cavalerie, quarante-cinq drapeaux et soixante-quatre pièces d'artillerie attelées. Tout ce qui avait échappé des gardes du roi de Prusse à la bataille d'Iéna est tombé en notre pouvoir. Nous avons tous les drapeaux des gardes à pied et à cheval du roi. Le prince (le Hohenlohe, commandant en chef après la blessure du duc de Brunswick, un prince de Mecklembourg-Schwerin et plusieurs généraux, sont nos prisonniers.

BULLETINS DE LA 6RANDE-ABMÉE.

< Mais il n*y a rien cle fait tant qu'il reste à faire, écrivit l'Empereur au grandduc de Berg. Vous avez débordé une colonne de nuit mille hommes commandée par le général Biii'cher, que j'apprenne bientôt qu'elle a éprouvé le même sort. »

Uue autre de dix mille hommes a passé l'Elbe; elle est commandée par le duc de Weymar. Tout porte à croire que lui et toute sa colonne vont être enveloppés.

Le prince Auguste-Ferdinand, frère du prince Louis, tué à Saaifeld. et fils du prince Ferdinand, frère du grand Frédéric, a été pris par nos dragons les armes à la main.

Ainsi, cette grande et belle armée prussienne a disparu comme un brouillard d'automne au lever du soleil. Généraux en chef, généraux commandant les corps d'armée, princes, infanterie, cavalerie, artillerie, il n'en reste plus rien. Nos postes étant entrés à Francfort-sur-l'Oder, le roi de Prusse s'est porté plus loin. Il ne lui reste pas quinze mille hommes ; et, pour un tel résultai, il n'y a presque aucune perte de notre côté.

Le général Glarke, gouverneur du pays d'Erfurt, a fait capituler un bataillon saxon qui errait sans direction.

L'Empereur a passé, le 28, la revue du corps du maréchal Davout, sous les murs de Berlin. Il a nommé à toutes les places vacantes : il a récompensé les braves. Il a ensuite réuni les oificiers et sous-officiers en cercle, et leur a dit : « Officiers et sous-officiers du troisième corps d'armée, vous vous êtes couverts de gloire à la bataille d'iéna ; j'en conserverai un éternel souvenir. Les "braves qui sont morts sont morts avec gloire. Nous devons désirer de mourir dans des circonstances si glorieuses. » En passant la revue des 12% 61' et 85' régiments de ligne, qui ont le plus perdu a cette bataille, parce qu'ils ont dû soutenir les plus grands efforts, l'Empereur a été attendri de savoir morts ou ffnèvement blessés beaucoup de vieux soldats dont il connaissait le dévouement et la bravoure depuis quatorze ans. Le 12* ré-

Siment surtout a montré une Intrépidité igné des plus grands éloges.

Aujourd'hui, à midi, l'Empereur a passé la revue du septième corps, que commande le maréchal Au^ereau. to corps a très peu souffert. La moitié des soldats n'a pas eu occasion de tirer un coup de fusil , mais tous avaient la même volonté, la même intrépidité La vue de ce corps était magnifique. « Votre corps, a dit l'Empereur, est plus fort que tout ce qui reste au roi de Prusse, et vous ne composez pas le dixième de mon armée ! •

Tous les dragons à pied que l'Empereur avait fait venir à la Grande-Armée sont montés, et il y a au grand dépôt de Span-

dau quatre mille chevaux sellés et bridés dont on ne sait que (aire, fmrce qu'il n'y a pas de cavaliers gui en aient besoin. On attend avec impatience l'arrivée des dépôts.

Le prince Auguste a été présenté à l'Empereur au palais de Berlin, après la revue du septième corps d'armée. Ce prince a été renvoyé chez son père, le prince Ferdinand, pour se reposer et se faire panser de ses blessures.

Hier, avant d'aller à la revue du corps du maréchal Davout , l'Empereur avait rendu visite à la veuve du prince Henri, et au prince et à la princesse Ferdinand, qui se sont toujours fait remarquer par la manière distinguée avec laquelle ils n'ont cessé d'accueillir les Français.

Dans le palais qu'habite l'Empereur, à Berlin, se trouve la sœur du roi oe Prusse, princesse électorale de Hesse-Cassel. Cette princesse est en couches. L'Empereur a ordonné à son grand maréchal du palais de veiller à ce qu'elle ne fût point incommodée du bruit et des mouvements du quartier-général.

Le dernier bulletin rapporte la manière dont l'Empereur a reçu le prince d'Hatzfeld à son audience. Quelques instants après, ce prince fut arrêté. Il aurait été traduit devant une commission militaire et inévitablement condamné à mort. Des lettres de ce prince au prince Hohenlohe , interceptées aux avant-postes, avaient appris que, quoiqu'il se dit chargé du gouvernement civil de la ville, il instruisait Teonemi des mouvements des Français. Sa femme, fille du ministre Schulembourg, est venue se jeter aux pieds de l'Empereur ; elle croyait que son mari était arrêté à cause de la haine que le ministre Schulembourg portait à Fa France. L'Empreur la dissuada bientôt, et lui fîtconnatire qu'on avait intercepté des papiers dont il résultait que son mari faisait un double rôle, et que les lois de la snerre étaient impitoyables sur un pareil aiélit. La princesse attribuait à l'imposture de ses ennemis ce qu'elle appelait une calomnie. « Vous connaissez l'écriture de votre mari , dit l'Empereur; je vais vous faire juge. * Il fit apporter la lettre interceptée et la lui remit. Cette femme, grosse de plus de huit mois, s'évanouissait à chaque mot gui lui découvrait jusqu'à quel point était compromis son mari, dont elle reconnaissait l'écriture. L'Empereur fut touché de sa douleur, de sa confusion, des angoisses qui la déchiraient. « Eh bien, lui dit-il, vous tenez celte lettre, jetez-la au feu; cette pièce anéantie, je ne pourrai plus faire condamner votre mari. » (Cette scène touchante se passait près de la cheminée.) Madame d'Hatzfeld ne se le fit pas dire deux fois. Immédiatement après , le prince de Nea-

906 L'KkniBé

châtel reçut ordre de lui rendre son marL La commission militaire était déjà réunie. La lettre seule de M. d'Hatefeld le condamnait : trois heures plustard^ il était fusillét

Le général Marmont mande de Vieux- Raguse, en date du 4 octobre 1806, qu'il avait à peine fait quelques dispositions relatives a la remise qui devait lui ôlre faite des bouches du Galtaro, que l'amiral russe Sinavin, informé de la nouvelle rupture, temporisa encore sous divers prétextes, et chercha même à s'opposer à l'enlèvement des approvisionnements que le général Marmont avait rassemblés à Malonla.

Après s'ôlre retiré sur Vieux-Kaguse, le général Marmont eut connaissance d'un rassemblement de six mille Kusses et de neuf à dix mille Monténégrins, à Caslel- Novo, dans la vallée de Satorina et sur le col de Débiiibrich ; il résolut de les attaquer, et surtout de les déposter de ce col, par où ils menaçaient sa communication avec Raguse.

La nuit (lu 29 au 30 septembre, le général Marmont se mit en marche avec un cor|)9 d'environ six mille hommes, composé (les 5% 11% 25« et 79"^ de ligne, du 18* d'inlianterie légère et de la garde italienne. Les voUig(»urs et grenadiers dos 5% •^5'^ et 79"^ régiments, le général Lauriston à leur tête, dispersèrent les avant-postes russes, et, soutenus par le 11% ils s'iMnparcrent du col (le Débiiibrich, malgré la vive résistance des Monténégrins, dont une soixantaine resta sur le carreau; l'ennemi se retira de position en position sans combattre ; la dilTiculté du terrain ne permettait pas de le fort or à un engagement.

Le lendemain, le général Marmont continua sa marche, et s approcha de Castel- Novo, dirigeant les 79% ^3% 18' régiments et la garde, par échelons dans la vallée, et faisant attaquer les hauteurs en face de la ville par les trou|)es d élite et par le H' régiment. Le général Launay enleva, î\ la têt(î de ses grenadiers, celle position, défendue par une nuée de Monténégrins et par un bataillon russe. Le ll*^ régiment, commandé par le colonel BachcUi et le général Aubree, culbuta à la baïonnette deux bataillons russes, et dispersa le reste des Monténégrins. Ils laissèrent quatre cents des leurs sur le champ de bataille.

Cette position enlevée, la colonne qui agissait par la vallée, déboucha et arriva sur une ligne de quatre mille Russes rangés en bataille ; le 79% formé en colonne, se précipite aussiliit sur celle ligne et lébranle ; le !£5* arrive, le général Delzons à sa tète; le général Marmont lui fait prendre la droite, fait déployer le 79' en l'appuyant aux hauteurs de la gauche; et^

pendant quecedemieir régitaent èttMltent unfeudemousqueterietirès vif avec l'enn^ mi, il ordonne au 33' de charger en co^ lonne. Ce régiment s'avance; le 48' vient prendre sa place en lifjne, et la garde reste en réserve : Tennemi ne peut résister à la charge conduite par le général Delzons ; sa droite est coup^, son centre débordé; il se retire en désordre sous le ^anon de la place et de la flotte russe, qui envoie des chaloupes pour assurer sa mite, La perte de Tennemi dans cette journée a été de cinq cents hommes tués, autant de blessés, et (feux cents prisonniers ; nous avons eu vingt-cinq hommes tués et cent blessés.

L'anjudant-major Couturier, du 13% et l'aide -de-camp du général Marmont, Gayet, ont été tués; le sous-lieutenant Courtot, du 79% a été blessé en prenant un drapeau russe.

Les Monténégrins n'avaient cessé d'inquiéter les avant-postes du général Marmont, môme pendant la suspension des hostilités; il a ordonné qu'on orûlât leurs villages et le faulwurg de Castel-Novo, centre de leurs intrigues ; une seule maison, dont le mattre avait sauvé la vie à un Français, a été respectée.

Pendant que les villages brûlaient, plusieurs millio,rs de Monténégrins se sont présentés pour nous attaquer ; mais ils ont été bientôt dispersés par les i l* et 79" régiments, et par la garde italienne, qui en ont tué ou blessé deux à trois cents : le chef de bataillon Rossy, de la garde, a été blessé.

Après avoir ainsi jeté l'épouvante et la terreur parmi ces bandes (fe brigands, le général Marmont a ramoné son armée au Vieux-Raguse , et n'a pas vu un seul Russe ni un Monténégrin dans sa marche.

L'amiral Sin:ivin continue de croiser, mais l'échec qu'il a éprouvé le met dans l'impossibilité de rien tenter; ses moyens sont épuisés.

Toutes les troupos se sont distinguées : le giMîéral Marmont fait l'élogo de tous les généraux et chefs de corps.

VL\GT-TROISIÈMK BULLETIN.

Berlin, le 30 oetôbn IMS.

Le duc de Woymar est parvenu à passer l'Elbe à Havorborg. Le maréchal Soull s'est porté le 29 à Rathnau, et le 50 à Wertedhausen.

Le 29, la colonne du duc de Weymar était à Rhinsberg, et le maréchal prince de Ponte-Corvo à Furstomborg II n'y a pas de doute que ces quatorze mille hommes iic soient tombés ou ne tombent dans ce mo- , ment au pouvoir de l'armée française.

BULLETINS DE L4 fJftANDE-ARMÉE.

D'un autre c6té, le général Blucher^ avec sept mille hommes, quittait Rhinsbei^, le 29 au malin, pour se porter sur Steltin. Le maréchal Lannes et le grand-duc de Berg avaient trois marches d'avance sur lui. Dette colonne est tombée en notre pouvoir, ou y tombera sous quarante-huit heures.

Nous avons rendu compte, dans le dernier Bulletin, qu'à rafiaire de Prentstow, le grand-duc de Berg avait fait mettre bas les armes au prince de Hohenlohe et à ses dix-sept mille hommes. Le 29, une colonne ennemie de six mille hommes a capitulé dans les mains du général Milhaud à Passewalk. Cela nous ilonne encore deux mille chevaux sellés et bridés, avec les sabres. Voilà plus de six mille chevaux que l'Empereur a ainsi à Spandau, après avoir monté sa cavalerie.

Le maréchal Soult, arrivé à Rathnau, a rencontré cinq escadrons de cavalerie saxonne qui ontdemandé à capituler. C'est encore cl ncfuante chevaux pour Tarraée.

Le maréchal Davoul a passé l'Oder à Francfort. Les alliés bavarois et wurtembergeois, sous les ordres du prince Jérôme, sont en marche de Dresde sur Francfart.

Le roi de Prusse a quille l'Oder et a |>assé la Vistule; il est à Graudentz. Les places de Silésie sont sans garnison et sans approvisionnements. Il est probable que la place de Slettin ne tardera pas à tomber en notre pouvoir. Le roi de Prusse est sans armée, sans artillerie, sans fusils. C'est beaucoup que d'évaluer à douze ou quinze mille hommes ce qu'il aura pu réunir sur la Vistule. Rien n'est curieux comme les mouvements actuels. C'est une espèce de chasse, où la cavalerie légère, qui va aux aiïtiels des corps d'armée , est sans cesse détournée par des colonne*? ennemies qui sont coupées.

Jusquà cette heure, nous avons cent cinquante drapeaux , parmi lesquels sont C3UX brodés des mains de la belle Reine, beauté aussi funeste aux pptipies de la Prusse, que le fut Hélène aux 'Troyens.

Les gendarmes de la garde onl traversé Berlin pour se rendre prisonniers à Span dau. Le peuple qui les avait vus si arrogaïUs, il y a peu de semaines, les a vus dans toute leur humiliation.

L'Empereur a fait aujourirhul une grande parade, qui a duré depuis onze heures du malin jusqu'à six heures du soir. Il a vu en détail toule sa garde à pied et à cheval, et les beaux régiments de carabiniers et de cuirassiers de la division Nansouty ; il a fait différentes promotions en se faisant rendre compte de tout dans le plus grand détail.

Le générai Savary , avec deux régiments de cavalerie, a déjà atteint le corps du duc de Weymar, et sert de communi-

cation \mt llransm&nrelébhehsefffftetnents ail grand-duc de Berç, aU prince de Ponte- Corvo et au maréchal Sottll.

On a pris possession des états fia duc de Brunswick. On croit que ce duc s'est réfuffié en Angleterre. Toutes ses troupes ont été désarmées. Si ce prince a mérité, à juste titre, l'animadversion du peuple français, il a aussi encouru celle du peuple et de l'armée prussienne ; du peuple, qui lui reproche d*6lre l'un des auteurs de la guerre; de l'armée, qui se plaint de ses manœuvres et de sa conduite militaire. Les faux calculs des jeunes gendarmes sont pardonnables; mais la conduite de ce vieux prince, âgé de soixante-douze ans, est un excès de délire, et dont la catastrophe ne saurait exciter de regrets.

Qu'aura donc de respectable la vleilfcsse, SI, aux défauts do son âge, elle joint la fanfaronnade et l'inconsidération de la jeunesse ?

VINGT-QUATRIÈME BULLETIN

Berlin^ U 31 oclobrt 1906.

Stettin est en notre pouvoir. Pendant que la gauche du grand-duc de Berç, commandée par le général Milhaud, faisait mettre bas les armes à une colonne de six mille hommes à Passe walk, la droite, commandée par le général l.asalle, sommait la ville de Stettin. Stettin est une place en bon état, bien armée et bien palissades.. Cent soixante pièces de canon, des magasins considérables, une garnison de six mille hommes de belles troupes, prisonnière, beaucoup de généraux; tel est le résultat de la capitulation de Slettin, qui ne peut s'expliquer que par Textrème découragement qu'a nroduit sur l'Oder et dans tous les pays de la rive droite, la disparition de la grande armée prussienne.

De toute cette belle armée de cent quatre-vingt mille hommes, rien n'a passé rOder. Tout a été pris, tué, ou erre encore entre l'Elbe et ro.ler, et sera pris avant quatre jours. Le nombre des prisonniers montera à près de cent mille hommes.

Il est inutile de faire sentir l'importance de la prise de la ville de Stettin. une des places les plus commerçantes de la Prusse, et qui assure à l'armée un bon pont sur rOder et une bonne ligne d'opérations.

Du moment que les colonnes du duc de Weymar et du général Bliicher, qui sont débordées par la droite et la gauche , et poursuivies par la queue, seront rendues, l'armée prendra quelques jours de repos.

On n'entend point encore parler des Russes. Nous désirons fort qu'il en vienne une centaine de milliers. Mais le bruit de

L'EMPIRE

leur marche est une vraie fanfaronnade.

Hs n'oseront pas venir à notre rencontre. La journée d'Austerlitz se représente à leurs veux. Ce qui indigne les gens sensés, c est d'entendre Tempereur Alexandre, et son Sénat dirigeant dire que ce sont les alliés qui ont été battus. Toute l'Europe sait bien qu'il n'y a pas de familles en Russie qui ne portent le deuil. Ce n'est point la perte de ses alliés qu'elles pleurent : cent quatre-vingt-quinze pièces de bataille russes qui om été prises , et qui sont à Strasbourg, ne sont pas les canons des alliés. Les cinquante drapeaux qui sont suspendus à Notre-Dame de Paris ne sont pomt les drapeaux des alliés. Les bandes de Russes qui sont morts dans nos hôpitaux ou sont prisonniers dans nos villes, ne sont pas les soldats des alliés.

L'empereur Alexandre, qui commandait à Austerlitz et à Yischau avec un si grand corps d'armée, et qui faisait tant de tapage, ne commandait pas les alliés.

Le prince qui a capitulé et s'est soumis à évacuer TAllemagne par journées d'étapes, n'était pas sans doute un prince allié. On ne peut que hausser les épaules à de pareilles forfanteries. Yoilà le résultat de la faiblesse des princes et de la vénalité des ministres. Il était bien plus simple pour l'empereur Alexandre de ratifier le traité de paix qu'avait conclu son plénipotentiaire, et de donner le repos au continent. Plus la guerre durera, plus la chimère de la Russie s'effacera, et elle finira pair être anéantie : autant la sage politique de Catherine était parvenue à faire de sa puissance un immense épouvantail, autant Textravagance et la folie dos ministres actuels la rendront ridicule en Europe.

Le roi de Hollande, avec l'avant-garde de l'armée du Nord, est arrivé le Si à Gottingue. Le maréchal Mortier, avec les deux divisions du huitième corps de la Grande Armée, commandées par les sénéraux Lagrange et Dupas, est arrivé le 26 à Fulde.

Le roi de Hollande a trouvé à Miinster, dans le comté de la Marck et autres états prussiens, des magasins et de l'artillerie. '

On a ôté à Fulde et à Brunswick les armes du prince d'Orange et celles du duc. Ces deux princes ne régneront plus. Ce sont les principaux auteurs de cette nouvelle coalition.

Les Anglais n'ont pas voulu faire la paix , ils la feront ; mais la France aura plus d'états et de côtes dans son système fédératif.

VINGT-CINQUIÈME BULLETIN

Jl«rltii, ie S noeembre 1801.

Le général de division Beaumont a pcésente aujourd'hui à l'Empereur cinquante nouveaux drapeaux et étendards pris sur l'ennemi ; il a traversé toute la ville avec les dragons qu'il commande , et qui portaient ces trophées. Le nombre des dra<^ peaux dont la prise a été la suite de la bataille d'iéna, s'élève en ce moment à deux cents.

Le maréchal Davont a fait cerner et sommer Custrin , et cette place s'est rendue : on y a fait quatre mine hommes prisonniers de guerre. Les officiers retournent chez eux sur parole , et les soldats sont conduits en France : quatre-vingtdix pièces de canon ont été trouvées sur les remparts. La place, en très bon état, est située au milieu des marais ; elle renferme des magasins considérables. C'est une des conquêtes les plus importantes de l'armée ; elle a achevé de nous rendre maîtres de toutes les places sur l'Oder.

Le maréchal Ney va attaquer en règle M agdebourg, et il est probable que cette forteresse fera peu de résistance.

Le duc de Berg avait son quartier-général le 31 à Friediand. Ses dispositions faites, il a ordonné l'attaque delà colonne du Sénéral prussien Bila, que le générai Beoer a chargé sur la plaine en avant de la petite ville d'Anclam, avec la brigade de dragons du général Boussart. Tout a été enfoncé, cavalerie et infanterie ; et le général Becker est entré dans la ville avec les ennemis, qu'il a forcés de capituler. Le résultat de cette capitulation a été quatre mille prisonniers de guerre : les officiers sont renvoyés sur parole, et les soldats sont conduits en France. Parmi ces prisonniers, se trouve le régiment des hussards de la garde du Roi, qui, après la guerre de sept ans, avaient reçu deVimpératrice Catherine, en témoignage de leur bonne conduite, des pelisses & peau de tigre.

La caisse du corps du général Bila, et une partie des bag;ages, avaient passé la Peene et se trouvaient dans la Poméranie suédoise. Le grand-duc de Berg les a &it réclamer.

Le 1 *' novembre au soir, le grand-duc avait son quartier-général à Demmin.

Le général Bliicher et le duc de Weymar, voyant le chemin de SteUin ferihé, se portaient sur leur gauche comme pour retourner sur rE!l)e; mais le maréchal SouU avait prévu ce mouvement, et il y a peu de doute que ces deux corps ne tombent bientôt entre nos mains.

Le Maréchal a réuni son corps d'armée

BULLETINS DE LA GRANDfi-ABM&S.

à StettîQ, où l'on trouve encore chaque jour des magasins et des pièces de canon.

Nos coureurs sont déjà entrés en Pologne.

Le prince Jérôme, avec les Bavarois et les ^iirtembergeois, formant un corps d*armée, se jx)rteen silésie.

Sa Majesté a nommé le général Clarke,

fDuverneur Général de Berlin et de la russe, et a déjà arrêté toutes les bases de l'organisation intérieure du pays.

Le roi de Hollande marche sur Hanovre, et le maréchal Mortier sur CasseL

YINGT^IXIÉME BULLETIN.

Berlin, 8 novembre 1806.

On n'a pas encore reçu la nouvelle de la

Srise des colonnes du (général Bliicher et uducdeWeymar. Yoici la situation de ces deux divisions ennemies et celle de nos troupes. Le général Biûcher, avec sa colonne, s'éUit dirigé sur Slettin. Ayant appris que nous étions déjà dans cette ville , et que nous avions gagné deux marches sur lui, il se reploya, de Gransay, où nous arrivions en même temps que lui, sur Neustrelitz, où il arriva le 50 octobre , ne 8*arrèlant point là, et se dirigeant sur Wharen, ou on le suppose arrivé le 31, avec le projet de chercher à se retirer du côté de Rostock, pour s'y embarquer.

Le 51, six heures après son départ , le général Savary, avec uoe colonne de six cents chevaux, est arrivé à Strelilz , où il a fait prisonnier le frère de la reine de Prusse, qui est général au service du Roi.

Le i" novembre, le grand-duc de Berg était à Demmin, filant pour arriver à Rostock et couper la mer an général Blucher.

Le maréchal prince de Ponte-Corvo avait débordé le général Bliicher. Ce maréchal se trouvait le 51, avec son corps d'armée, à Neubrandebourg, et se mettait en marche sur Wharen, ce qui a dû le mettre aux prises, dans la journée du 1'% avec le général Bliicher.

La colonne commandée par le duc de Wcymar était arrivée le 29 octobre à Neustrelilz ; mais, instruit que la roule de Steltin était coupée, et ayant rencontré les avant-postes français, il fit une marche rétrograde le 29 sur Wistock. Le 30, le maréchal Soult en avait connaissance par ses hussards, et se mettait en marche sur Werlhenhausen. Il Ta immanquablement rencontré le 51 ou le 1 "^ Ces deux colonnes ont donc été prises hier ou aujourd'hui au plus tard.

Voici leurs forces : Le général Blucher

a 30 pièces de canon, 7 bataillons d'infonterie, et 1 ,500 hommes de cavalerie. II est difficile d'évaluer la force de ce corps ; ses équipages, ses caissons, ses munitions, ont été pris. Il est dans la plus pitoyable situation.

Le duc de ^Yeymar a douze bataillons et trente-cinq escadrons en bon état, mais il n'a pas une pièce d'artillerie.

Tels sont les faibles débris de toute l'armée prussienne. Il n'en restera rien. Ces deux colonnes prises, la puissance de la Prusse est anéantie, et elle n'a presque plus de soldats. En évaluant à dix mille hommes ce qui s'est retiré avec le roi sur la Vistule, ce serait exagérer.

M. Schullembourg s est présenté à Strelitz pour demander un passeport pour Berlin, il a dit au général Savary : « Il y a huit heures que j'ai vu passer les débris de la monarchie prussienne; vous les aurez aujourd'hui ou demain, Quelle destinée inconcevable et inattendue ! La foudre nous a frappés. > Il est vrai que depuis que l'Empereur est entré en campagne, il n a pas pris un moment de repos, toujours en marches forcées, devinant constamment les mouvements de l'ennemi. Les résultats en sont tels, qu'il n'y en a aucun exemple dans Thistoire. De plus de cent cinquante mille hommes qui se sont présentés à la bataille d léna, pas un ne s'est échappé pour en porter la nouvelle au-delà de i 0der. Certes, jamais aggression ne fut plus injuste j jamais guerre ne fut plus intempestive. Puisse cet exemple servir de leçon aux princes faibles que les intrigues, les cris et l'or de l'Angleterre excitent toujours à des entreprises insensées !

La division bavaroise, commandée par le général de Wrède, est partie de Dresde le ôl octobre. Celle commandée par le général Deroi, est narlie le i "^ novembre. La colonne wiirtemoergeoise est partie le 5. Toutes ces colonnes se rendent sur l'Oder; elles forment le corps d'armée du prince Jérôme.

Le général Durosnel a été envoyé à Odesbcrg avec un parti de cavalerie, immédiatement après notre entrée à Berlin, pour intercepter tout ce qui se jetterait du canal dans l Oder. Il a pris plus de quatrevingts bateaux chargés de munitions de toute espèce, qu il a envoyés àSpandau.

On a trouve à Custrin des magasins de vivres suffisants pour nourrir l'armée pendant deux mois.

Le général de brigade Maçon, que l'Empereur avait nommé commandant de Leipsig, est mort dans cette ville d'une fièvre putride. C'étaitun parfait honnête homme. L'Empereur en faisait cas et a été très af-

c de sa mort.

1,'EIIPIW,

Ordre du Jour du premier corps d'armée de réserve, au quurtier-gé'fiéral, à Boulogne, le ^novembre 1806, co^itenant le XXI ^ Bulletin de la Grande-Année.

Soldats!

Vous lirez quinze jours de suite dans \os chambrées la proclamation sublime de S. M. VEmpcrour et Roi à sa Grande-Armée.

Vous rapprendrez par cœur ; chacun de vous, attendri, répandra les larmes du courage, et sera pénétré de cet enthousiasme irrésistible qu'inspire l'héroïsme.

Souvenez-vous toujours de ces mots sacrés de Sa Majesté.

< Soldats ! je ne puis mieux vous exprimer les sentiments que j'ai pour vous, qu'en vous disant que je vous porte dans mon cœur l'amour que vous me montrez tous les jours. >

Signée Maréchal BiiuiiB.

VINGT-SEPTIÈME BULLETIN

Berlin, le 6 novembre 4806.

On a trouvé à Stettin une grande quantité de marchandises anglaises , à l'entre-

pôt sur rOder : on y a trouvé cinq cents

■' * et d(

râbles de vivres.

pièces de canon et des magasins considé-

Le i*'^ novembre, le grand-duc de Berg était à Demmin, le â à Teterow , ayant sa droite sur Rostock. Le général Savary était le 1" à Kratzbourg, et le 2 de bonne heure à Wharem et à JaLel. Le prince de Ponte-Gorvo attaqua le soir du i'% à Jabcl, l'arrière-garde de l'eûnenii. Le combat fut assez soutenu ; le corps en^ nemi fut plusieurs fois mis en déroute ; il eût été entièrement enlevé, si les lacs et la difficulté de passer le pays de Mecklembourg ne l'eussent encore sauvé ce jour-là. Le prince de Ponte-Corvo, en chargeant avec la cavalerie, a fait une chute do cheval qui n'a eu aucune suite. Le maréchal SouU est arrivé le i^ à Flauer.

Ainsi, 1 ennemi a renoncé à se porter sur roder. H change tous les jours de projets. Voyantque la route de l'Oder lui était fermée, il a voulu se retirer sur la Poméranie suédoise. Voyant celle-ci également interceptée, il a voulu retourner sur l'Elbe; mais le maréchal Soull l'ayanl prévenu, il parait se diriger sur le poinileplus prochain des côlesî. Il doit avoir été à bout, le 4 ou le 5 novembre. Cependant, tous les jours un ou deux bataillons, et même des esca-

drons de cette colonne , tombent en notre pouvoir. Elle n'a plus ni caissons ni bagages.

Le maréchal Lannes est à Stettin ;

Le maréchal Davout à Francfort;

Le prince Jérôme en Silésie.

Le duc de Weypur a quitté le commandement pour retourner chez lui, et l'a laissé à un général peu conpu.

L'Empereur a passé aujourd'hui la revue de la division des dragons du général Beaumont, sur la place du palais de Berlin : il a fait différentes promotions.

Tous les honmies de cavalerie qui se trouvaient à pied, se sont rendus à Postdam, où l'on a envoyé les chevaux de prise. Le général de division Bourcier a été chargé de la diroilion de ce grand dépôt. Deux mille dragons à pied qui suivaient l'armée, sont déjà montés.

On travaille avec activité à armer la forteresse de Spandau, et à rétablir les fortifications de Wittemberg, d'Erfurth, de Custrin et de Stettin.

Le maréchal Mortier, commandant le huitième coriis de la Grande- Armée, s'est mis en marche le 30 octobre sur Cassel. 11 y est arrivé le 31.

VINGT-HUITIÈME BULLETIN

Berlin, le 7 movemkre iM9.

Sa Majesté a passé aujourd'hui, sur la place du palais de Berlin , defmis onze heures du matin jusqu'à trois heures après midi , la revue de la division de drajgms du général Klein. Elle a fait pinceurs promotions. Cette division a donné avec distinction à la bataille d'iéna, et a enfoncé plusieurs cariés d'infanterie prussienne. L'Empereur a vu ensuite défiler le grand parc de l'armée, Téqui page de pont et le parc du génie : le grand parc (îst commandé par le général d'artillerie Saint-Laurent ; l'équipage de pont par le colonel Boucher, et le i arc du génie par le général du génie Casais.

Sa Majesté a témoigné au général Songis, inspecteur général, sa satisfaction de l'activité qu'il mettait dans rorganisatinn des différentes parties du service de Tartillerie de cette grande armà^.

Le général Savary a tourné près de Wismar sur la Baltique, à la tète de cinq cents chevaux du 1'' de hussards et du 7* de chasseurs, le gém rai prussien Husdunne, et l'a fait prisonnier avec deux brigades de hussards et deux batailkms de grenadiers. Il a pris aussi plusieurs pièces de canon. Cette colonne appartient au corps que poursuivent le grand-duc de Berg, le prin :e de Ponte-Co^o et le ma-

BULLETINS W U OIANDË-ARMÉE.

lëebal SoqH, leooel oDrp», coupé du oAlé de rOder et de la Pomérauie, parait acculé du côté de (.ubeck«

Le colonel Exoelmans, commandant le V régiment de chasseurs du marédial Davout, est entré à Poson, capitale de la grande Pologne. Il y a été reçu avec un enthousiasme diilicile à peindre; la ville était remplie de monde, les fenêtres pa> rées comme en un jour de fête ; à peine la cavalerie pouvait-elle se laire jour pour traverser les rues.

\s général du génie Bertrand, aide-decamp de l'Empereur, s*est embarqué sur le lac de Steltin, pour faire la reconnaissance (le toutes les passes. .

On a formé à Dresde et à Wittemberg uu équipage de siège rour Magdebourg ; I Elbe en est couvert. Il est à espérer que celle place ne tiendra pas lon^emrs. Le maréchal Ney est chargé dç ce siège.

VINGT-NEUVIÈME BULLETIN

Bwlin^ h 9 novembre 1806.

La brigade de dragons du général Be- Kcr a paru aujourd'hui à la parade.

Sa aiajeslé , voulant récompenser la bonne conduite des régiments qui la composent, a fait différeules promotions.

Mille dragons, qui élaienl venus à pied à rarmée, et qui ont été monlés au dépôt de Posldam, ont passé hier la revue du maréchal Bessières ; ils ont été munis de quelques objets d'équipement gui leur manquaient , et ils partent aujourd'hui pour rejoindre leurs corps respectifs , pourvus de bonnes selles et montés sur de bons chevaux, fruits de la victoire.

Sa Majesté a ordonné qu'il serait frappé une contribution de cent cinquante mfl- Ijons sur les étals prussiens et sur ceux des alliés de la Prusse.

Après la capitulation du prince de Honenloh^ le général Bliicher, qui le suivait, changea de direction, et parvint à se réunir à la colonne du duc de Weymar, à laquelle s'était jointe celle du prince Frédéric-Guillaume Brunswick-aEls, fils du duc de Brunswick. Ces trois divisions se trouvèrent ainsi sous les ordres du général Bliicher. Différentes petites colonnes se joignirent également à ce corps.

Pendant j^lusieurs jours, ces troupes essayèrent de pénétrer par des chemins que les Français pouvaient avoir laissés lihres* mais les marches combinées du grand-duc de Berg , du maréchal Soult et du prince de Ponle-Corvo, avaient obstrué tous les passages.

L'ennemi tenta d'abord de se porter sur

ABolam, el ensuite sur Rostock : prévenu dans 1 exécution de ce projet, il essaya de revenir sur l'Elbe; mais s'élantirouv-é encore prévenu, il marcha devant lui pour gagner Lubeck. *^

Le 4 novembre, il prit position à Creyismulen ; le prince de Ponte-Corvo culbuta l'arrière-garde; mais il ne put entamer ce corps, parce qu'il n'avait que six cents hommes de cavalerie, et que celle de 1 ennemi était beaucoup plus forte 1 e général Waltier a fait dans cette affaire de très bettes charges, soutenu par les généraux Paclod et Maison, avec le 27* régiment d'infanterie légère et le 8» de ligne.

On remarque dans les différentes circonstances de ce combat, qu'une compagnie déclaireurs du 94« régiment, comnaandee par le capitaine Razout, fut entourée par quelques escadrons ennemis : mais les voltigeurs français ne redoutent point le choc des cuirassiers prussiens. Ils les reçurent de pied ferme, et firent un feu si bien nourri et si adroitement dirigé , aue 1 ennemi renonça à les enfoncer. On vit alors les voltigeurs à pied poursuivre la cavalerie à toute course. Les Prussiens perdirent sept pièces de canon et mille nommes.

Mais le 4 au soir, le grand-duc de Berg qui s était porté sur la droite, arriva avec sa cavalerie sur Tennemi , dont le proiet était encore incertain. Le maréchalSouIt marcha par Ralzebourg, le prince de Ponte- Corvo marcha par Rehna II coucha du 5 au 6 à Schoemberg, d'où il partit à deux heures après minuit. Arrivé à Schlukup sur la Trave, il fit environner un corps de seize cents Suédois qui avaient enfin jugé convenable d'opérer leur retraite dq Lauenbourg , pour s'embarquer sur ta Trave D^ coups de canon coulèrent les bâliments préparés pour rembarquement. Les Suédois, après avoir riposté, mirent bas les armes.

Un convoi de trois cents voitures, oue le gênerai Savary avait poursuivi de \Vismar, fut enveloppé par la colonne du prince de Ponte-Corvo, el pris.

Cependant Tennemi se fortifiait à Lu beck. Le maréchal Soult n'avait pas perdu de temps dans sa marche de Ratzebourcrde sorte au il arriva à la porte de Mullen' lorsque le prince de Ponte-Corvo arrivait aceUe de la Trave. Le grand^lùcdc Berg avec sa cavalerie, était entre deux

L'ennemi avait arrangé à la hâte l'ancienne enceinte de Lubeck; il avait dispose des batteries sur les bastions ; il ne doutait pas qu'il ne pût gagner là une journée; mais le voir, le reconnaître et Tattaquer, fut l'affaire d'un instant.

Le général Drouel, à la tête du 27' régiment d'infanterie légère el des 94* et 95« regunents, aborda le» balteries avec 'ce

L'EMPIHB.

sang-froid et cette intrépidité qui appartiennent aux troupes françaises. Les portes sont aussitôt enfoncées, les bastions escaladés, l'ennemi mis en fuite, et le corps du prince de Ponte-Corvo entre par la Trave.

Les chasseurs corses, les tirailleurs du Pô et le 'Hd' d'infanterie légère composant la division d'avant-fi;ardedu général Legrand, qui n'avaient point encore combattu dans oetle campagne, et qui étaient impatients de se mesurer avec l'ennemi, marchèrent avec la rapidité de l'éclair: redoutes, bastions, fossés, tout est franchi ; et le corps du maréchal Souit entre par la porte de Mullen.

Ce fut en vain que Tennemi voulut se défendre dans les rues, dans les places; il fut poursuivi partout. Toutes les rues, toutes les places furent jonchées de cadavres. Les deux corps d'armée arrivant de deux côtés opposés, se réunirent au milieu de la ville. A peine le ^rand-duc de Berg

Î)ut-il passer, qu'il se mit à la poursuite des ùvaras : quatre cents prisonniers, soixante pièces de canon, plusieurs généraux, un grand nombre d'oftîciers tués ou pris ; tel est le résultat de cette belle journée.

\a\ 7 , avant le jour, tout le monde était à cheval, et le grand-duc de Berg cernait l'ennemi près de Schwartau avec la bri-

§ade Lasalle et la division de cuirassiers 'Hautpoul. Le général Bliicher, le prince Frédéric-Guillaume de Brunswick-OEls, et tous les généraux se présentent alors aux vainqueurs , demandent à signer une capitulation, et défilent devant l'armée française.

Ces deux journées ont détruit le dernier corps qui restait de Tarmée prussienne, et nous ont valu le reste de l'artillerie de celte armée, beaucoup de drapeaux et seize mille prisonniers, parmi lesquels^ se trouvent quatre mille hommes de cavalerie.

Ainsi ces généraux prussiens qui, dans le délire de leur vanité, s étaient permis tant de sarcasmes contre les généraux autrichiens, ont renouvelé quatre fois la catastrophe d'Ulm : la première, par la capitulation d'Erfurt; la seconde, par celle du prince Hohenlohe; la troisième par la reddition de Stettin; et la quatrième, par la capitulation de Schwartau.

La ville de Lubeck a considérablement souffert: prise d'assaut, ses places, ses rues ont été le théâtre du carnage. Elle ne doit s'en prendre qu'à ceux qui ont attiré la guerre dans ses murs.

Le Mecklembourf; a été également ravagé par les armées française et prussienne. Un grand nombre do troupes se croisant en tout sens, et à marches forcées sur ce territoire, n'a pu trouver sa subsistance qu'aux dépens de cette contrée. Ce pays est intimement lié avec la Russie; son sort servira d'exemple aux prinoes

d'Allemagne qui cherchent des relations éloignées avec une puissance à l'abri des malheurs qu'elle attire sur eux, et qui ne fait rien pour secourir ceux qui lui sont attachés par les liens les plus étroits da sauji;, et par les rapports les phis intimes. L'aide-de-camp du grand -duc de Berg, Dery, a fait capituler le corps qui escortait les bagages qui s'étaient retirés derrière la Peene. Les Suédois ont livré les fuyards et les caissons. Cette capitulation a produit quinze cents prisonniers et une grande quantité de baga^s et de chariots, il y a aujourd'hui des régiments de cavalerie qui possèdent plusieurs centaines de milliers d'écus.

Le maréchal Ney , chargé du siège de llagdebourg, a fait bombarder cette place. Plusieurs maisons ayant été brûlées, les habitants ont manifesté leur mécontentement, et le commandant a demandé à capituler. 11 Y a dans cette forteresse beaucoup d'artillerie, des magasins considérables, seize mille hommes appartenant à plus de soixante-dix bataillons, et beaucoup de caisses des corps.

Pendant ces événements importants, plusieurs corps de notre armée arrivent sur la Vistule.

La malle de Varsovie a apporté beaucoup de lettres de Russie qui ont été interceptées. On y voit que, dans ce pays, les fables des journaux anglais trouvent une grande croyance : ainsi, l'on est persuadé en Russie que le maréchal Massena a été tué, que la ville de Naples s'est soulevée, qu'elle a été occupée par les Galabrois,

Tie le roi s'est réfugié a Rome, et que les nglais, avec cinq ou six mille hommes, sont mattrcH de Pltalie; il ne faudrait cependant qu'un peu de réflexion pour rejeter de pareils bruits. La France n'a-t-elle donc plus d'armée en Italie? Le roi de Naples est dans sa capitale ; il a quatrevingt mille Français; il est maître des deux Calabres, et à Pétersbourg, on croit les Galabrois à Rome. Si quelques galériens armés et endoctrinés par cet infâme Sidncy Smith, la honte des braves militaires anglais, tuent des hommes isolés, égorgent des propriétaires riches et paisibles , la gendarmerie et l'échafaud en font justice. La marine anglaise ne désavouera point le titre d'infâme donné à Sidney Smith. Les généraux Stuart et Fox, tous les oflîciers de terre, s'indignent de voir le nom anglais associé à des brigands. Le brave général Stuart s'est même élevé publiquement contre ces menées aussi impuissantes qu'atroces, et qui tendent à faire du noble métier de la guerre, un échange d'assassinats et de brigandage ; mais quand Sidney Smith a été choisi pour seconder les fureurs de la Reine, on n'a vu en lui qu'un de ces instrument

BULLETlPiS DE LA GRANDE-ARMËE.

que les gouvernements emploient trop souvent, et qu'ils abandonnent au mépris

Îtt'iU sont les premiers à avoir pour eux. es Napolitains feront connaître, un jour, avec détail les lettres de Sidney Smith, les missions qu'il a donitées. Tardent qu'il a répandu pour Texécution des atrocités dont il est 1 agent en chef.

On voit aussi dans les lettres de Pétersbourg, et même dans les dépèches officielles, qu'on croit au il n'y a plus de Français dans l'Italie supérieure: on doit savoir, cependant, qu'indépendamment de l'armée de Naples, il y a encore en Italie cent mille hommes prêts à punir ceux qui voudraient y porter la guerre. On attend aussi à Pétersoourg des succès de la division de Gorfou ; mais on ne tardera pas à apprendre que cette division, à peine débarquée aux bouches du Cattaro, a été défaite par le général Marmont, qu'une partie a été prise, et l'autre rejetée dans ses vaisseaux : c'est une chose fort différente d'avoir affaire à des Français» ou à des Turcs, que l'on tient dans la crainte et dans l'oppression, en fomentant avec art la discorde dans les provinces !

Mais quoi qu'il en puisse être, les Russes ne seront point embarrassés pour détourner d'eux ropprobre de ces résultats.

Un décret du sénat dirigeant a déclaré qu'à Austerlilz ce n'étaient point les Russes, mais leurs alliés qui avaient été battus. S'il y a sur la \istule une nouvelle bataille d'Austerlitz, ce sera encore d'autres qu'eux qui auront été vaincus, quoique, aujourd hui, comme alors, leurs al^ liés n'aient point de troupes à joindre à leurs troupes, et que leur armée ne puisse être composée que de Russes.

Les états de mouvement et ceux des marches de l'armée russe sont tombés dans les mains de l'état-major fiançais. Il n'y aurait rien de plus ridicule que les plans d'opérations des Russes, si leurs vaines espérances if étaient plus ridicules encore.

Le général Lagrange a été déclaré gouverneur-général de Cassel et des états de Hesse.

Le maréchal Mortier s'est mis en marche pour le Hanovre et pour Hambourg avec son corps d'armée.

Le roi de Hollande a fait bloquer Hameln.

Il faut que cette guerre soit la dernière, et que ses auteurs soient si sévèrement punis, que quiconque voudra désormais prendre les armes contre le peuple français, sache bien, avant de s'engager dans une telle entreprise , quelles peuvent en èlre les conséquences.

TRENTIÈME BULLETIN

vu.

Berlin, le 10 novembre 1806.

La place de Magdebourg s'est rendue le 8. Le 9, les portes ont été occupées par les troupes françaises.

Seize mille hommes, près de quatrevingts pièces de canon, aes magasins de toute espèce, tombent en notre pouvoir.

Le prince Jérôme a fait bloquer la place de Glogau, capitale de la haute Sifésie, par le général de brigade Lefebvre, à la tête de deux mille chevaux bavarois. La place a été bombardée le 8 par dix obusiers servis par de l'artillerie légère. Le prince fait l'éloge de la conduite de la cavalerie bavaroise. Le général Deroi, avec sa division, a investi Glogau le 9 : on est entré en pourparler pour sa reddition.

Le maréchal Davout est entré à Posen, avec un corps d'armée, le 10. Il est extrêmement content de l'esprit qui anime les Polonais. Les agents prussiens auraient été massacrés si l'armée française ne les eût mis sous sa protection.

La tête de quatre colon nés russes, fortes chacune de quinze miUe hommes, entrait dans les états prussiens par Georgembourg, Olita, Grodno et Jalowka : le 25 octobre, ces tètes de colonnes avaient fait deux marches, lorsgu'elles reçurent la nouvelle de la bataille du 14 et des événements qui l'ont suivie; elles rétrogradèrent ?ur-lechamp. Tant de succès, des événements d'une si haute importance, ne doivent pas ralentir en France les préparatifs militaires; on doit, au contraire, les poursuivre avec une nouvelle énergie, non pour satisfaire une ambition insatiable, mais pour mettre un terme à Délie de nos ennemis.

L'armée française ne quittera pas la Pologne et Berlin que la Porte ne soit rétablie dans toute son indépendance, et que la Valachie et la Moldavie ne soient déclarées appartenantes en toute suzeraineté à la Porte.

L'armé*, française ne quittera point Berlin que les possessions des colonies espagnoles , hollandaises et françaises « no soient rendues, et la paix générale faite.

On a intercepté une malle de Dantziff, dans laquelle on a trouvé beaucoup oe lettres venant de Pétersbourget de Vienne. On use à Vienne d'une ruse assez simple pour répandre de faux bruits. Avec chaque exemplaire des gazettes , dont le ton est fort réservé, on envoie, sous la même enveloppe, un bulletin à la main qui contient les nouvelles les plus absurdes. On Y lit que la France n'a plus d'armée en Italie ; que toute cette contrée est en feu ;

L'EMPIBB.

8ang-froki et cette intrépidité qui appartiennent aux troupes françaises. Les portes sont aussitôt enfoncées, les bastions escaladés, l'ennemi mis en fuite, et le corps du prince de Ponte-Corvo entre par la Trave.

Les chasseurs corses, les tirailleurs du Pô et le i6' d'infanterie légère composant la division d*aYant-(çardedu général Legrand, qui n'avaient point encore combattu dans cette campagne, et qui étalent impatients de se mesurer avecrennemi, marchèrent avec la rapidité de l'éclair: redoutes, bastions, fossés, tout est franchi; et le corps du maréchal Soult entre par la porte de Mullen.

Ce fut en vain que Tennemi voulut se défendre dans les rues, dans les places; il fut poursuivi partout. Toutes les rues, toutes les places furent jonchées de cadavres. Les deux corps d'armée arrivant de deux côtés opposés, se réunirent au milieu de la ville. A peine le ^rand-duc de fierg )ut-il passer, qu'il se mit à la poursuite des uyarctô : quatre cents prisonniers, soixante pièces de canon, plusieurs généraux, un grand nombre d officiers tués ou pris ; tel est le résultat de cette heWe journée.

L('. 7 , avant le jour, tout le monde était à cheval, et le grand-duc de Berg cernait l'ennemi près de Schwarlau avec la brigade Lasalle et la division de cuirassiers d'Hautpoul. Le général Bliicher, le prince Frédéric-Guillaume de Brunswick-Cffils, et tous les généraux se présentent alors aux vainqueurs , demandent à signer une capitulation, et défilent devant l'armée française.

Ces deux journées ont détruit le dernier corps qui restait de l'armée prussienne, et nous ont valu le reste de l'artillerie de cette armée, beaucoup de drapeaux et seize mille prisonniers, parmi lesquels se trouvent quatre mille hommes de ca- Valérie

Ainsi ces généraux prussiens qui, dans le délire de leur vanité, s'étaient permis tant de sarcasmes contre les généraux autrichiens, ont renouvelé quatre fois la catastrophe d'Ulm : la première, par la capitulation d'Erfurt; la seconde, par celle du prince Hohenlohe; la troisième par la reddition de Sletlin; et la quatrième, par la capitulation de Scbwartau.

La ville de Lubeck a considérablement souffert: prise d'assaut, ses places, ses rues ont été le théâtre du carnage. Elle ne doit s'en prendre qu'à ceux qui ont attiré la guerre dans ses murs.

Le Meckiembourfi; a été é|^alement ravagé par les armées française et prussienne, tn grand nombre de troupes se croisant en tout sens, et à marches forcées sur ce territoire, n'a pu trouver sa subsistance qu'aux dépens de cette contrée. Ce pays est intimement lié avec la Russie; son sort servira d'exemple aux princes

d'Allemagne qui cherchent des relations éloignées avec une puissance à l'abri des malheurs qu'elle attire sur eux, et qui ne fait rien pour secourir ceux qui lui sont attachés par les liens les plus étroits du san0, et par les rapports les pins intimes. L'aide-de-camp du grand -duo de Berg, Dery, a fait capituler le corps qui escor* tait les bagages qui s'étaient retirés derrière la Pèene. Les Suédois ont livré les fuyards et les caissons. Celte capitulation a produit quinze cents prisonniers et une grande quantité de bajçaf^es et de chariots, il y a aujourd'hui des régiments de ravalerie qui possèdent plusieurs centaines de milliers d'écus.

Le maréchal Ney , chargé du siège de llagdebourg, a fait bombarder cette place Plusieurs maisons ayant été brûlées, les habitants ont manifesté leur mécontentement, et le commandant a demandé à capituler. Il Y a dans cette forteresse beaucoup d'artillerie, des magasins considérables, seize mille hommes appartenant à plus de soixante-dix bataillons, et beaucoup de caisses des corps.

Pendant ces événements importants, plusieurs corps de notre armée arrivent sur la Yistule.

La malle de Varsovie a apporté beaucoup de lettres de Russie qui ont été interceptées. On y voit que, dans ce pays, les fables des journaux anglais trouvent une grande croyance : ainsi, l'on est persuadé en Russie que le maréchal Massena a été tué, que la ville de Naples s'est soulevée, qu'elle a été occupée par les Calabrois, que le roi s est réfugié a Rome, et que les Anglais, avec cinq ou six mille hommes, sont maîtres de Tltalie ; il ne faudrait cependant qu'un peu de réflexion pour rejeter de pareils bruits. La France n*a-t-elle donc plus d'armée en Italie? Le roi dé Naples est dans sa capitale; il a quatrevingt mille Français; il est maître des deux Calabres, et à Pétersbourg, on croit les Calabrois à Rome. Si quelques galériens armés et endoctrinés par cet infâme Sidncy Smith, la honte des braves militaires anglais, tuent des hommes isolés, égorgent des propriétaires riches et paisibles , la gendarmerie et l'cchafaud en font justice. La marine anglaise ne désavouera point le titre d'infâme donné à Sidney Smith. Les généraux Stuart et Fox, tons les officiers de terre, s'indignent de voir le nom anf^lais associé à des brigands. Le brave général Stuart s'est même élevé publiquement contre ces menées aussi impuissantes qu'atroces, et qui tendent à faire du noble métier de la guerre, un échange d'assassinats et de brigandage ; mais quand Sidney Smith a été choisi pour seconder les fureurs de la Reine, on n'a vu en lui qu'un de ces instruments

que les gouvernements emploienl Irop souvent, et qu'ils abandcmnent au mépris

2u*iU sont les premiers à avoir pour eux. es Napolitains feront connaître, un jour, avec détail les lettres de Sidney Smith, les missions qu'il a données, Targent qu'il a répandu pour l'exécution des atrocités dont il est 1 agent en chef.

On voit aussi dans les lettres de Pétersbourg, et même dans les dépèches officielles, quon croit qu il n'y a plus de Français dans l'Italie supérieure: on doit savoir, cependant, qu*indépendammeiit de l'armée de Naples, il y a encore en Italie cent mille hommes prêts à punir ceux qui voudraient y norter la guerre. On attend aussi à Pétersoourg des succès de la division de Gorfou ; mais on ne tardera pas à apprendre que cette division, à peine débarquée aux bouches du Cattaro, a été défaite par le général Marmont, qu'une partie a été prise, et l'autre rejetée dans ses vaisseaux : c'est une chose fort différente d'avoir affaire à des Français» ou à des Turcs, que l'on tient dans la crainte et dans l'oppression, en fomentant avec art la discorde dans les provinces !

Mais quoi qu'il en puisse être, les Russes ne seront point embarrassés pour détourner d'eux Topprobre de ces résultats.

Un décret du sénat dirigeant a déclaré qu'à Austerlitz ce n'étaient point les Russes, mais leurs alliés qui avaient été battus. S'il y a sur la Vistule une nouvelle bataille d' Austerlitz, ce sera encore d'autres qu'eux qui auront été vaincus, quoique, aujourd hui, comme alors, leurs alliés n'aient point de troupes à joindre à leurs troupes, et que leur armée ne puisse être composée que de Russes.

Les états de mouvement et ceux des marches de l'armée russe sont tombés dans les mains de l'état-major fiançais. Il n'y aurait rien de plus ridicule que les plans d opérations des Russes, si leurs vaines espérances if étaient plus ridicules encore.

Le g'Miéral Lagrange a été déclaré gouverneur-général de Cassel et des états de

Le maréchal Mortier s'est mis en marche pour le Hanovre et pour Hambourg avec son corps d'armée.

Le roi de Hollande a fait bloquer Hameln.

Il faut que cette guerre soit la dernière, et que ses auteurs soient si sévèrement punis, que quiconque voudra désormais prendre les armes contre le peuple français, sache bien, avant de s'engager dans une telle entreprise , quelles peuvent en èlre les conséquences.

vu.

TRENTIÈME BULLETIN

Berlin, le 10 notetnbre 1806.

La place de Magdebourg s'est rendue le 8. Le 9, les portes ont été occupées par les troupes françaises.

Seize mille nommes, près de quatrevingts pièces de canon, aes magasins de toute espèce, tombent en notre pouvoir.

Le prince Jérôme a fait bloquer la place de Glogau, capitale de la haute Silésie, par le général de brigade Lefebvre, à la tête de deux mille chevaux bavarois. La place a été bombardée le 8 par dix obusiers servis par de l'artillerie légère. Le prince fait l'éloge de la conduite de la cavalerie bavaroise. Le général Deroi, avec sa division, a investi Glogau le 9 : on est entré en pourparler pour sa reddition.

Le maréchal Davout est entré à Posen, avec un corps d'armée, le 10. Il est extrêmement content de l'esprit gui anime les Polonais. Les agents prussiens auraient été massacrés si l'armée française ne les eût mis sous sa protection.

La tête de quatre colonnes russes, fortes chacune de quinze mille hommes, entrait dans les états prussiens par Georgembourg, Olita, Grodno et Jalowka : le 25 octobre» ces tètes de colonnes avaient fait deux marches, lorsgu'elles reçurent la nouvelle de la bataille du 14 et des événements qui l'ont suivie; elles rétrogradèrent pur-lechamp. Tant de succès, des événements d'une si haute importance, ne doivent pas ralentir en France les préparatifs militaires; on doit, au contraire, les poursuivre avec une nouvelle énergie, non pour satisfaire une ambition insatiable, mais pour mettre un terme à Délie de nos ennemis.

L'armée française ne quittera pas la Pologne et Rerlin que la Porte ne soit rétablie dans toute son indépendance, et que la Valachie et la Moldavie ne soient déclarées appartenant^^ en toute suzeraineté à la Porte.

L'arma; française ne quittera point Berlin que les possessions des colonies espagnoles , hollandaises et françaises « ne soient rendues, et la paix générale faite.

On a intercepté une malle de Dantzig, dans laquelle on a trouvé beaucoup de lettres venant de Pétersbourg et de Vienne. On use à Vienne d'une ruse assez simple pour répandre de faux bruits. Avec chaque exemplaire des gazettes , dont le ton est fort réservé, on envoie, sous la même enveloppe, un bulletin à la main qui contient les nouvelles les plus absurdes. On Y lit que la France n'a plus d'armée en Italie ; que toute cette contrée est en feu ;

L*EMNMB.

que YtM de Venise est dans le plas grand mécontentement et a les armes à la main ; que les Russes ont attaqué Tarmée française en Dalmalie, et Tont complètement battue. Quelque fausses et ridicules que soient ces nouvelles, elles arrivent de «int de côtés à la fois, qu'elles oliscurcissent la vérité. I^ous sommes autorisés à dire que TErapereur a deux cent mille koAnies en Italie, dont quatre-vingt mille k Naples, (!t vingt-cinq mille en Dalmatie; que le royaume de Naples n'a jamais été troublé que par des brigandages et des asrsassinats ; que le roi de Naples est maître de toute la Calabre; que si les Anglais veulent y débarquer avec des troupes ré-

rlières, ils trouveront à qui parler ; que maréchal Masséna n a jamais eu que des succès, et que le roi est tranquille dans sa capitale, occupé des soins de son armée et de l'adDûnistration de son royaume ; que le générai Marmont, commandant i armée française on Dalmatie, a complètement battu les Russes et les Monténégrins, entre lesquels la division règne ; que les Monténégrins accusent les Russes (le s'être mal battus, et que les Russes reprochent aux Monlénégrins d'avoir fui ; que, de toutes les troupes de l'Europe, les moins propres à faire la guerre en Dalmatie, sont certainement les troupes russes; aussi y font-elles en général une fort mauvaise figure.

Cependant le corps diplomatique, endoctriné par ces fausses directions données à Vienne à l'opinion, cgaro les cabinets par ces rapsodies. De faux calculs s'établissent là-dessus ; et comme tout ce qui est bâti sur le mensonge et sur I erreur tombe promptement en ruine, des entreprises aussi mal calculées tournent à la confusion de ledrs auteurs. Certainement, dans la guerre actuelle, l'Empereur n'a pas voulu affaiblir son armée d'Italie ; il n'en a pas retiré un seul homme ; il s'est contenté de faire revenir huit escadrons de cuirassiers , parce que les troupes de cette arme sont inutiles en Italie. Ces escadrons ne sont pas encore arrivés à 1nspruch. Depuis la dernière campagne, FEmpereur a, au contraire, auj|;menté son armée d'Italie de (|uinze régiments qui étaient dans l'intérieur , et de neuf régiments du corps du général Marmont.

Quarante mille conscrits, presque tous de la conscription de 1806, ont été dirigés sur l'Italie ; et par les états de situation de cette armée au t*^ novembre, vingtcinq mille y étaient «léjà arrivés. Quant au peuple des états vénitiens, l'Empereur ne saurait être que très satisfait de l'esî)rit qui l'anime. Aussi Sa Majesté s'occupe-l-eîlc des plus chers intérels des Vénitiens ; aussi a-l-olle ordonné des travaux pour n'»parer et «améliorer leur port,

et pour rendre 1a pmm deMalmacoo pro»

pre aux vaisseaux de tout rang.

Du reste, tous ces faiseurs de nouveBas en veulent beaucoub a nos maréchaux et à nos généraux : ils ont tué le marédud Masséna à Naples; ils ont tué en AUeiBftgne le grandHiuo de Berg, le maréch«i Soult. Cela n'empêche heureusement personne de se porter très bien.

TRENTE-UNIÈME BULLETIN

Bêriin^, U li netemkrt IMS.

La garnison de Magdebourg a éèÊHè le il, a neuf heures du matin, devant lé corps d'armée du maréchal Ney. Nmw avons vingt généraux, huit cents oAciets, vingt-deux mille prisonniers, parmi lesquels deux mille artilleurs, cinquantequatre drapeaux, cinq étendards, huit mille pièces de canon, un million de poadre, un grand équipa^ de pont, et iiii matériel immense d'artillerie.

Le colonel Gérard et l'adjudant commandant Ricard ont présenté, ce matin, à l'Empereur, au nom des premier et guatrième cor])s , soixante drapeaux, qui ont été pris à Lubeck au corps du général prussien Bliicher: il y avait vingt-deax étendards. Quatre mille chevaux tout harnachés, pris dans cette journée, se rendent au dépôt de Fostdam.

Dans le vingt-neuvième Bulletin, on a dit que le corps du général Blucher avait fourni seize mille prisonniers, parmi lesquels quatre mille de cavalerie, (hi s'est trompé : il y avait vingt-et-un mille prisonniers, parmi lesquels cinq mille hommes de cavalerie montés : de sorte que, par le résultat de ces deux capitulations, nous avons cent vingt drapeaux et étendards, et quarante-trois miUe prisonniers. Le nombre des prisonniers qui ont été faits dans la campagne, passe cent quarante mille ; le nombre des drapeaux pris passe deux cent cinquante; le nombre des pièces de campa9:ne prises dotant Pennemi et sur le chantp de bataille passe huit cents ; celui des pièces prises à Berlin et dans les places qui se sont rendues passe quatre mille.

L'Empereur a fait manoeuvrer hier sa garde à pied et à cheval dans tine pfâine aux portes de Berlin. La journée a été superbe.

Le général Savary, avec sa colonne mobile, s'est rendu à RosloCk, et y a pris quarante à cinquante bâtiments suédois sur leur lest ; il les a fait vendre sur-le* champ.

TRENTË-DBUXIÈME BULLETIN.

Berlin^ h 16 novembre 1806.

Après la prise de Magdebourg et l'affaire de Lubeck, la campagne contre la Prusse se trouve entièrement finie.

Voici quelle était la situation de Tarmée prussienne en entrant en campagne :

Le corps du général Rucbel, dit de Westphalie, était composé de trente-trois bataillons d*infanterio , de quatre compagnies de cbasseurs , de quarante-cinq escadrons de cavalerie, dun bataillon d'artillerie, et de sept batteries, indépendamment aes pièces de régiment.

Le corps au prince d Hobenlobe était composé ue vingt-quatre bataillons prussiens et de vingt-cinq bataillons saxons ; (le quarante-cinq escadrons prussiens et de trente-six escadrons saxons; de deux bataillons d'artillt^rie, de huit batteries prussiennes et de huit batteries saxonnes.

L*armée commandée par le Roi en personne, était composée d'une avant-garde de dix bataillons et de quinze escadrons, commandée par le duc de Weymar, et de trois divisions. La première, commandée par le prince d'Orange, était composée de onze bataillons et de vingt escadrons. La seconde division, commandée par le général Wartensleben , était composée de onze bataillons et de quinze escadrons.

La troisième division, commandée par le fanerai Schmettau, était composée de dix bataillons et de quinze escacfrons. Le corps de réserve de cette armée, que commandait le général Kalkreuth, était composé de deux divisions, chacune de dix bataillons des régiments de la garde on d*élite> et de vingt escadrons.

La réserve que commandait le prince Eugène de Wurtemberg, était composée de dtx-buit bataillons et de vingt escadrons.

Ainsi le total général de l'armée prussienne était de cent soixante bataillons, de deux cent trente-six escadrons et de trente batteries; ce qui faisait présents sous les armes cent quinze mille nommes d'infanterie, trente mille de cavalerie, et huit cents pièces de canon, y compris les canons de bataillon.

Toute cette armée se trouvait à la bataille du 14, hormis le corps du duc de Weymar, qui était encore sur Eisenach, et la réserve du prince de Wurtemberg ; ce qui porte les forces prussiennes qui se trouvaient à la bataille à cent vingt-six miUe hommes.

De ces cent vingt^i mille hommes, pas «n n'a échappé. Du corps du duc de Weyniiftr» pas QK homme n'a échappé. Du corps de réserve du chie de Wurtemberg, qui a

été battu à Halle, pas un homme n'est échappé.

Ainsi ces c^t quarante-cinq mille hommes ont tons été pris, blessés ou tués. Tous les drapeaux et étendards, tous les canons, tous les bagages, tous les généraux ont été pris, et rien n'a passé FOder. Le Roi, la Reine, le général Kalkreuth, et à peine dix ou douze officiers, voilà tout ce qui s'est sauvé. 11 reste aujourd'hui au roi de Prusse un régiment dans la place de Gros-Glogau qui est assiégée, un à Breslau, un a Brieg, deux à Varsovie, et quelques régiments à Kœnigsberg; en tout a peu près quinze mille hommes d'infanterie et trois ou quatre mille hommes de cavalerie. Une partie de ces troupes est enfermée dans des places fortes. Le Roi ne peut pas réunir à Kœnigsberg, où il s'est réfugié dans ce moment, plus de trois mille hommes.

Le souverain de Saxe a fait présent de son portrait au général Lemarois, gouverneur de Wiirlemberg, qui , se trouvant à Torgau, a remis l'ordre dans une maison de correction, parmi six cents brigands qui s'étaient armés et menaçaient de piller la ville.

Le lieutenant Lebrun a présenté hier à FEmpereur quatre étendards de quatre escadrons prussiens que commandait le général Pelet, et que le général Drouet a fait capituler du côté de Lauembourg. ils s'étaient échappés du corps du général Bliicher.

Le major Ameil, à la tête d'un escadron du 16* de chasseurs, envoyé par le maréchal Soult le long de l'Elbe, pour ramasser tout ce qui pourrait s'échapper du corps du général Bliicher, a fait un millier de prisonniers, dont cinq cents hussards, et a pris une grande quantité de bagages.

Voici la position de l'armée française.

La division de cuirassiers du général d Hautpoul, les divisions de dragons des généraux (irouchy et Sahuc, la cavalerie légère du général Lasatle, faisant partie de la réserve de cavalerie que le grand-duc de Berg avait à Lubeck, arrivent à Berlin.

La tête du corps du maréchal Ney, qui a fait capituler la glace de Magdeoourg, est entrée aujourd'hui à Berlin.

Les corps du prince de Ponte-Corvo et du maréchal Soult sont en route pour venir à Beriin. Le corps du maréchal Soult y arrivera le 20, celui du prince de Ponte- Corvo quelques jours après.

Le maréchal Mortier est arrivé avec le huitième ceps à Hambourg, pour fermer l'Elbe et le V?eser.

Le général Savary a été chargé du blocus de Hamelfi avec la division hollandaise.

Le corps du maréchal Lannes est à Thortï.

LIMPIU.

Le corps du maréchal Augereau est à Bromberg et vis-à-vis Graudentz.

I^ corps du maréchal Davout est en marche de Posen sur Varsovie, où se rend U\ grand-dnc de Berg avec l'autre partie de la réserve de cavalerie , composée des .divisions de dragons des généraux Beaumont, Klein et Beker, de la division de cuirassiers du général Nansouty, et de cavalerie légère du général Milhaud.

Le prince Jérôme, avec le corps des alliés, assiège Gros*Glogau; son équipage de siège a été formé à Custrin. Une de ses divisions investit Breslau. 11 prend possession de la Silésie.

Nos troupes occupent le fort de Lenczy , à mi-chemin de Posen a Varsovie. On y a trouvé des magasins ci de Tartillerie. Les À'olonais montrent la meilleure volonté; mais, jusqu'à la Vistule, ce pays est difficile ; il y a beaucoup de sables. Pour la Ï première fois la Vistule a vu Taigle gauoise.

L'Empereur a désiré que le roi de Hollande retournât dans son royaume pour veiller lui-même à sa défense.

Le roi de Ho lande a fait prendre possession du Hanovre par le corps du mari^chal Mortier. Les aigles prussiennes et los armes électorales en ont été ôtées enseiuble.

TREiNTE-TROISIÊME BULLETIN.

Berlin^ le 17 fMvembre 1S06.

La suspension d'armes ci-jointe a été signée hier à Charlottembourg. La saison se trouvant avancée, cette suspension d'armes rassied les quartiers de l'armée. Partie de la Pologne prussienne se trou ve ainsi occupée parrarmée française, et partie est neutre.

S. M. l'empereur des Français et roi d'Italie, et S. M. le roi de Prusse, en conséquence des négociations ouvertes depuis le 25 octobre dernier pour le rétablissement de la paix, si malheureusement altérée entre elles, ont jugé nécessaire de convenir d'une suspension d'armes, et, à cet effet, elles ont nommé pour leurs j^énipotentiaires, savoir : S. M. l'empereur des Français, roi d'Italie, le général de division Michel Duroc, grand cordon delà I^sion-dllonneur, chevalier des ordres de r Aigle-Noire etde l' Aigle-Rouge de Prusse, et de la Fidélité de Bade, et grand-maréchal du palais impérial ; et S. M. le roi de Prusse, le marquis de Lucchesini, son ministre d'État, chambellan et chevalier des ordres de l' Aigle-Noire et de l'Aiçle-Rouire de Prusse, et le général Frédéric-Guillaume de Zastrow, chef d'un régiment et

inspecteur-général d'iofaoterie, el chevalier des ordres de F Aigle-Rouge et pour le mérite: lesquels, après avoir échangé leurs pleins-pouvoirs, sont convenus des articles suivants :

Art.I". Les troupes de S. M. le roi de Prusse, qui se trouvent aujourd'hui sur la rive droite de la Vistule, se réuniront sor Kœntgsberg el dans la Prusse royale, depuis la rive droite de la Vistule.

II. Les troupes de S. M. l'^nupereur des Français, roi d'Italie, occuperont la partie de la Prusse méridionale qui se trouve sur la rive droite de la Vistule jusqu'à rembouchure de Bug, Thom, la forteresse et la ville de Graudentz, la ville et citadelle de Dantzig, les places de Colbcrget de Lescsyc, qui leur seront remises pour sûreté; et, en Silésie, les places de Glogaw et de Breslau , avec la portion de cette province qui se trouve sur la rive droite de l'Oder, et la partie de celle située sur la rive gauche de la même rivière, qui aura pour limite une ligne appuyée à ccHte rivière , à cinq lieues au-dessus de Breslau, passant à Oblau, Zobsen à trois lieues derrière Schweidnitz, et sans le comprendre, et de là à Freybourg, Landshut et joignant la Bohème à Liebau.

III. Les autres parties de la Prusse orientale ou nouvelle Prusse ori^tale ne seront occupées par aucune des armées, soit françaises, soit prussiennes ou russes : et si des troupes russes s'y trouvaient, S. 11. le roi de Prusse s'engage à les faire rétrograder jusque sur leur territoire; comme aussi de ne pas recevoir des troupes de cette puissance dans ses états pendant tovl le temps que durera la présente suspension d'armes.

IV . Les places de Hamein et N ieuboarfc, ainsi que celles désignées dans Tarticle II, seront remises aux troupes françaises avec leurs armements et munitions, ilont il sera dressé un inventaire dans les huit jours qui suivront l'échanj^edes ratifications de la présente suspension d'armes. Les garnisons de ces places ne seront point prisonnières de guerre; elles seront dirigées sur Kœnigsberg, et ou leur donnera à oot effet toutes les facilités nécessaires.

V. Ijos négociai ions seront continuées à Charlottembourg, et si la paix ne devait pas s'ensuivre, les deux hautes parties contractantes s'engagent à ne reprendre les hoHilités qu'après s'en être récipruqnement prévenues dix jours d'avance.

VI. U présente suspension d'armes sera ratifiée par les deux hautes puissances contractantes , et l'échange des ratifications aura lieu à Graudentz, an plus tard le 21 du présent mois.

En foi de quoi, les plénipotentiaires soussignés ont signé le présent, ei y odI apfiosé leurs sceaux respectifs.

Fait à Gharlûttemboiirg, ce 16 novembre 1806.

Signést Dcjrog, Luc€HBsiri, Zastrow.

TRENTE-QUATREÈME BULLETIN.

Birlim, U i3 novembre 1806.

On n'a point encore de nouvelles qoe la suspension d'armes, signée le 17, ait été ratifiée parle roi de Prusse, et que réchange lies ratifications ait eu lieu. En attendant, les hostilités continuent toujours, ne devant cesser qu*au moment de lïcbange.

Le générai Savar), auquel l'Empereur avait confié le cjmmandement de Haroeln, est arrivé le 19 à Ebersdorff, devant Hameinj a eu une conférence, le 20, avec le général I-ecoq ei les généraux prussiens enfermés dans cette place, et leur a fait signer la capitulation : neuf mille prisonniers, parmi lesquels six généraux, des magasins pour nourrir dix mille hommes pendant six mois, des munitions de toute espèce, une compagnie d'artillerie à cheval, trois cents hommes à cheval, sont en notre pouvoir.

Les seules troupes qu'avait le jjénéral Savaiy, étaient un régiment français d'infanterie légère, et deux régiments hollandais, que commandait le général hollandais Dumonceau,

Le général Savary est parti sur-lechamp pour Niembourg, pour faire capituler cette place, dans laquelle on croit qu'il y a deujiou tix)is mille hommes de garnison.

Un bataillon prussien de huit cents hommes, tenant garnison à Gzenstoscbau, à 1 extrémité de la Pologne prussienne, a capitulé le 13 devant cent cinquante chasseurs du 2« régiment, réunis a trois cents Polonais confédérés qui se sont présentés devant cette place. La garnison est prisonnière de guerre; il y a des magasins considérables.

L'Empereur a employé toute la journée à passer en revue l'Infanterie du quatrième «)rps d'armée, commandé par le maréchal Soult. Il a fait des promotions et distribué des récompenses dans chaque corps.

TRENTE-CINQUIÈME BULLETIN

Posen, h » novembre 1S06.

L Empereur est parti de Berlin le 25, à deux heures du matin, et est arrivé àCustrin le mèijoe jour, à dix heures du matin.

Il est arrivé à Mezeritz le 26, et à Posen le 27, à dix heures du soir. Le lendemain , Sa Majesté a reçu les différents ordres des Polonais. Le maréchal du palais Duroc a été jusqu'à Osterode. où il a vu le roi de Prusse, qui lui a déclaré qu'une partie de ses états était occupée par les Russes, et

3u'il était entièrement dans leur dépenance ; qu'en conséquence, il ne pouva ratifier la susfiension d'armes qu'avaien conclue ses plénipotentiaires, parce qu ne pourrait pas en exécuter les stipula tiens. Sa Majesté se rendait à Kœnigsberg.

Le grand-duc de Berg, avec une partie de sa réserve de cavalerie , et les corps (les maréchaux Davout, Lanncs et Augereau, est entré à Varsovie. Le général russe, Bennigsen, qui avait oc>cupé la ville avant l'approche des Français, l'a évacuée, apprenant que l'armée française venait à lui et voulait tenter un engagement.

Le prince Jérôme, avec le corps des Bavarois, se trouve à Kalitsch.

Tout le reste de l'armée est arrivé à Posen, ou est en marche par différentes directions pour s'y rendre.

Le maréchal Mortier marche sur Anklam, Rostock et la Poméranie suédoise, après avoir pris possession des villes anseatiqucs.

La reddition d'HamcIn a été accompagnée d'événements assez étranges. Outre la garnison destinée à la défense de cette place, quelques bataillcns prussiens paraissent s'y être réfugiés après la bataille du 14. L'anarchie régnait clans cette nombreuse garnison. Les officiers étaient insubordonnés contre les généraux, et les soldats contre les officiers. A peine la capitulation était-elle signée, que le général Savary reçut la lettre ci-joinle, N" 1 , du général Van Schœler ; il lui répondit par la lettre N<> II. Pendant ce temps, la garnison était insurgée, et le premier acte de la sédition fut de courir aux magasins d'eaude vie, de les enfoncer et d'en boire outre mesure. Bientôt, animés par ces boissons spiritueuses, on se fusilla dans les rues, soldats contre soldats, soldats contre officiers, soldats contre bourgeois : le désordre était extrême. Le général Van Schœler envoya courrier sur courrier au général Savary, pour le prier de venir prendre gossession de la place avant le moment xé pour sa remise. Le sénéral Savarv accourut aussitôt, entra cfans la ville a travers une grêle de balles, fit filer tous les soldats de la garnison par une porte, elles parqua dans une prairie. Il assembla en- {;uite les officiers, et leur fit connaître que ce qui arrivait était un effet de la mauvaise discipline, leur fit si.'^ner leur car* tel, et rétaolit Tordre dans la ville. On

TEMPUtB.

croit que, dans le tamalte, il y a eu plusieurs bourgeois de tués.

TRENTE-SIXIÈME BULLETIN

Posen, /e l«r décembre 1806.

Le quartier-général du duc de Berg était, le 27, à Lowiez.

Le général Bennigsen, commandant l'armée russe, espérant empêcher les Français d'entrer à Varsovie, avait envoyé une avant-garde border la rivière de Bsura. Les avant-postes se rencontrèrent dans la journée du 26* les Russes ont été culbutés. Le général Beaumont passa la Bsura à Lowiez, rétablit le pont, tua ou blessa plusieurs hussards russes^ fit prisonniers plusieurs Cosaques» et les poursuivit jusqu'à Elonic.

Le 27, quelques coups de sabre furent donnés entre les grand'gardes de cavalerie ; les Russes furent poursuivis ; on leur fit quelques prisonniers.

Le !2s, à la nuit tombante, le grandduc de Berg, avec sa cavalerie, entra à Varsovie. Le corps du maréchal Davout y est entré le 29. Les Russes avaient repasse la Vistule en brûlant le pont. Il est difiicile de peindre lenthousiasme des Polonais. Notre entrée dans cette grande ville était un triomphe ; et les sentiments que les Polonais de toutes les classes montrent depuis notre arrivée , ne sauraient s'exprimer.

L'amour de la patrie et le sentiment national est non seulement conservé en entier dans le cœur du peuple, mais il a été retrempé par le malheur : sa première passion, son premier désir est de redevenir nation. Les plus riches sortent de leurs châteaux pour venir demander à grands cris ie rétablissement de la nation , et offrir leurs enfants, leur fortune et leur influence. Ce spectacle est vraiment touchant. Déjà, ils ont partout repris leur ancien costume , leurs anciennes habitudes.

Le trône de Pologne se rétabiira-t-il, et cette grande nation reprendra4-elle son existence et son indépendance? du fond du tombeau renattra-t-elie à la vie ? Dieu seul, qui tient dans ses mains les combinaisons de tous les événements, est Tarbitre de ce grand problème politique; mais certes il n'y eut jamais d'événement plus mémorable, plus digne d'intérêt, et, par une correspondance de sentiments qui fait l'éloge des Français, des traînards qui avaient commis quelques excès dans d'autres pays, ont été touchés du bon accueil du peuple» et n*ont eu besoin d'aucun effort pour se bien comporter.

7 Nos soldats iroaTent <|«e les iolitades de la Pologne contrastent avec les campagnes riantes de leur patrie ; mais ils ajoatent aussitôt : Ce sont de honnei gens que les Polonais. Ce peuple se montre yrai* ment sous des couleurs intéressantes.

PROaAMÂTION.

Au ^uaritêr-ifénéwi (amiriél, h$4éeimir9i9».

é^â$mh

SoldaU!

Il y a aujourd'hui un an, à cette heure même, que vous étiez sur le champ mémorable d'Austerlitz. Les bataillons russes épouvantés fuyaient en déroute, ou enveloppés, rendaient les armes à leurs vainqueurs. Le lendemain , lis firent entendre des paroles de paix ; mais elles étaient trompeuses. A peine échappés, par l'effet d'une générosité peut-être condamnable, aux desastres de la troisième coalition^ ils en ont ourdi une quatrième. Mais Pallié, sur la tactique duquel ils fondaient leur principale espérance, n'est déjà plus. Ses places fortes, ses capitales, ses magasins, ses arsenaux , deux cent quatre-vingts drapeaux, sept cents pièces de bataille, cinq grandes places de guerre, sont en notre pouvoir. L'Oder, la warlha, les déserts (le la Pologne, les mauvais temps de la saison n'ont pu vous arrêter un moment. Vous avez tout bravé, tout surmonté; tout a fui à votre approche.

C'est en vain que les Russes ont voulu défendre la capitale de cette ancienne et illustre Pologne ; l'aigle français pl^ne sur la Vistule. Le brave et infortuné Polonais, en vous voyant, croit revoir les légions de Sobieski de retour de leur mémorable expédition.

Soldats ! nous ne déposerons point les armes que la paix générale n'ait affermi et assuré la puissance de nos alliés, n'ait restitué à notre commerce sa liberté et ses colonies. Nous avons conquis, sur l'Eibe et l'Oder , Pondichéry, nos établissements des Indes, le cap de Bonne-Espérance et les colonies espagnoles. Qui donnerait le droit de faire espérer aux Russes de balancer les destins ? Qui leur donnerait le droit de renverser de si justes desseins?

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