ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL
L'Empereur témoigne sa satisfaction au ^ péiiioent d'iaCuiterie lé«ère, au 100* de ligne, au Q"" d'infanterie leflère, au 5^ de ligne, pour Tintrépidité gu ils ont montrée au combat de Diernstein, où leur fermeté à conserver la position qu'ils occupaieoA, a forcé l'ennemi à quitter celle qu'il avait sur le Danube.
Sa Majesté témoigne sa satisfaction au i7* régiment de ligne et au 30*, qui. au combat de Lambacn , ont tenu tète à l'arrière-garde russe, l'ont entamée et lui ont feft quatre cents prisonniers.
L'Empereur témoigne également sa sa- 4i8fe.etioB aux grenadiers d'Oudinot, (jui, au combat d'Amsletten, ont repousse de leurs belles et formidables positions les corps russes et autrichiens . et ont fait
ÏBinze cents prisonniers , dont sià cents usses.
Sa Majesté est satisfaite des I*' , 16* et fî* régiments de chasseurs , 9* et 10* ré-
Siments de hussards, pour leur bonne conuite <kns toutes les charges qui ont eu Heu depuis i'inn Jusqu'aux portes de Vienne, et p )ur les nuit cents prisonniers russes faits à Stein.
te prince Murât , le maréchal Lannes, la réserve de cavalerie avec leurs corps d'armée, sont entrés à Vienne le 22, se sont emparés le même jour du pont sur le Danube, ont empêché qu'il ne fût Irûlé, Pont passé sur-le-champ, et se sont mis à b poursuite de l'armée russe.
Nous avons trouvé dans Vienn?. plus de deux mille pièces de canon; une salle d'armes garnie de cent mille fusils; des munitions de toutes es()èces; enfin de quoi former l'équipage de campagne de trois ou quatre armées.
L^ peuple de Vienne a paru voir l'armée avec amitié.
L'Empereur ordonne que I on porte te
fhis grand respect aux propriétés, et que on ait les plus grands égards pour ie peuple de cette capitale , qui a vu avec peine la guerre injuste qtf'on a faite , et
Sui nous témoigne par sa conduite autant 'anûtié qu'il montre de haine contre les
ses
lusses, peuple qui , par ses habitudes et ses mœurs barbares, doit inspirer le même sentiment à toutes les nations policées.
Maréchal B«aTBl£&.
VINGT^UATRIÈME BULLETIN.
au palaiê de Sch«mhrunn .
UUbrum/airtimTIf.
Au combat de Diernstein, le général ma jor autrichien Smith , qui dirif^eait les mouvements des Russes, a été tue , ainsi que deux généraux russes. Il paraît que le colonel ^\attier n'est pas mort, mais que son cheval ayant été blessé dans une' charge, il a été fait prisonnier. Cette nouvelle a causé la plus grande satisfaction à l'Empereur, qui fait un cas particulier de cet officier.
Une colonne de quatre mille hommes d'infanterie autrichienne et un régiment de cuirassiers ont traversé nos postes, qui les ont laissé passer sur un faux bruit (te suspension d'armes qui avait été répandu dans notre armée. On reconnaît à c^'ttc extrême facilité le caractère du Français , qui, brave dans la mêlée, est d'une générosité souvent irréfléchie hors de l'action.
Le général Milhaud, commandant l'avant-garde du corps du maréchal Davout, a pris cent quatre-vingt-onze pièces de canon avec tous les caissons aapprovisionnement et quatre cents hommes.
Ainsi la presque totalité de T^rtillerie de la monarchie autrichienne est en notre pouvoir.
Le palais de Schœnbrunn , dans lequel l'Empereitr est logé, a été bâti par Marie- Thérèse, dont le portrait se trouve dans presque tous les appartements.
pans le cabinet où travaille l'Empereur est une statue de marbre qui représente celte souveraine. L'Empereur , en la voyant, a dit que si cette grande reine vivait encore, elle ne se laisserait pas conduire par les intrigues d'une femme telle que madame de Colloredo. Constamment environnée, comme elle le fut toujours , des grands de son pays, de aurart connu la volonté de son peuple; elle n'aurait pas fait ravager ses provinces par les Cosaques et les Moscovites; elle n'aurait pas consulté , pour se résoudre à faire la guerre à la France, un courtisan comme ce Cobenizel, qui, trop éclairé sur les intrigues de la cour, craint de désobéir à une femme étrangère, investie du funeste crédit dont etle abuse ; un scribe comme ce Collembach; un homme enfin aussi universellement haï que Lemberty. EUe n'au-
L'EMPIRE
rait pas donné le commandement de son armée à des hommes tels que Mack, désignés , non par la volonté du souverain, non par la conGance de la nation , mais par 1 Angleterre et la Russie. C'est en effet une chose remarquable que cette unanimité d'opinion dans une nation tout entière contre les déterminations de la cour ; les citoyens de toutes les classes, tous les hommes éclairés, tous les princes même se sont opposés à la guerre. On dit que le prince Charles, au moment de partir pour l'armée d'Italie, écrivit encore à l'Empereur pour lui représenter l'imprudence de sa résolution, et lui pré lire la destruction de la monarchie. L'éiecleurde Saizbourg, les archiducs, les grands, tinrent le même langage. Tout le continent doit s'afDiger de ce que l'empereur d'Allemagne, qui • veut le bien, qui voit mieux que ses ministres, et qui, sous beaucoup de rapports, serait un grand prince , ait une tefle défiance de lui-même, et vive si constamment isolé : il apprendrait des grands de l'empire, qui l'estiment, à s'apprécier luimême; mais aucun d'eux, mais aucun des hommes considérables qui jugent et chérissent les intérêts de la patrie , n'ap-
I)rochent jamais de son intérieur. Cet isoement, dont on accuse l'influence de linipératrice, est la cause de la haine que la nation a conçue contre cette princesse.
Tant que cet ordre de choses subsistera, l'Empereur ne connaîtra jamais le vœu de son peuple , et sera toujours le jouet des subalternes que l'Angleterre corrompt, et qui le circonviennent de peur qu'il ne soit éclairé. Il n'y a qu'une voix à Vienne comme à Pans : les malheurs du continent sont lé funeste ouvrage des Anglais.
Toutes les colonnes de 1 armée sont en grande marche et se trouvent déjà en Moravie et .à plusieurs journées au-delà du Danube. Une patrouille de cavalerie est déjà parvenue jusqu'aux portes de Presbourg, capitale de la Haute - Hongrie.
Elle a intercepté le courrier de Venise au moment où il cherchait à entrer dans celte ville. Les dépêches de ce courrier ont appris que l'anuée du prince Charles se retire en grande bâte , dans Tespoir d'arriver à temps pour secourir Vienne.
Le général Narmont mande que le corps qui s était avancé jusqu'à OEdembourg par la vallée de la Muerh, a évacué cette contrée après avoir coupé tous les ponts , précaution qui l'a mis à l'abri d'une vive poursuite.
Le nombre des prisonniers que fait l'armée s'accroît à chaque instant.
Sa Majesté a donne audience aujourd'hui à M . le général-major batavc Bruce, beau-frère du cran» l-pensionnaire, venu pour féliciter l'Empereur de la part de LL. HH. PP. les états de la Hollande.
L'Empereur n'a encore reçu aucune des autorités de Vienne , mais seulement une députation de la ville qui , le jour de sod arrivée, est venue à sa rencontre à Sigarts-Kirschen. Elle était composée da prince de Sinzendorfs , du prélat deSeidenstetten, du comte de Veterani, du baron de Kess, du bourgmestre de la ville, M. de Wohebben, et du général Bourgeois, du corps de génie.
Sa Majesté les a accueillis avec beaucoup de Donté , et leur a dit qu'ils pouvaient assurer le peuple de Vienne de sa protection.
Le général de division Clarke est nommé
gouverneur-général de la Haute et de Ut asse-Autricne.
Le conseiller d'état Dam en est nommé intendant-général.
VINGT-CINQUIÈME BULLETIN
Schœnbrunn, (e SS brumaire m IIV.
Le prince Murât et le corps du maréchal Lannes ont rencontré hier l'armée russe à Hollabrunn. Une charge de cavalerie a eu lieu ; mais l'ennemi a aussitôt abandonné le terrain en laissant cent voitures d'équipages attelées.
L'ennemi ayant été joint , et les dispositions d attaque étant faites , un parlementaire autrichien s'est avancé et a demandé qu'il fût permis aux troupes de l'empereur d'Allemagne de se séparer des Russes. Sa demande lui a été accordée.
Peu de temps après , M. le baron de Wintzingerode, aide-de-camp général de S. M. l'Empereur de toutes les Russies, s'est présenté aux avant-postes , et a demandé à capituler pour l armée russe. Le prince Murât a cru devoir y consentir ; mais l'Empereur n'a pas pu approuver cette capitulation. 11 part au moment même pour se rendre aux avant-postes.
L'Empereur n'a pas pu donner son approbation, parce que cette capitulation est une espèce de traité, et que M. de Wintzingerode n'a pas justifié des pouvoirs de remnerour de Russie. Cependant Sa Majesléf tout en faisant marcher son année, a déclaré que l'empereur Alexandre se trouvant dans le voisinage , si ce prince ratifie la convention, elle est prêle à la ratifier également.
Le général Vialannes, commandant la cavalerie du maréchal Davout, est entré à Prosbourg. M. le général comte de Palffy écrit une lettre à laquelle le maréchal Davout a répondu : les deux lettres sont cijointes.
Un corps de trois mille Autrichiens s'é-
lait retranché dans la position de Waldermiinchen, au débouché de la Bohème.
Le général Baraguay-d*Hilliers , à la tète de trois bataillons de, dra^çons à pied,^ a marché contre ce corps, qui s'est hâté d'abandonner sa position .
Le général Baraguay-d'Hilliers était le 18 à Treinitz en Bohème; il espérait entamer ce corps.
Le maréchal Ney avait eu la mission de s'emparer du Tyrol : il s'en est acquitté avec son intelligence et son intrépidité accoutumées. Il a fait tourner les forts de Scharnilz et de Neustark, et s'en est emparé de vive force. Il a pris dans cette affaire dix-huit cents hommes, un drapeau et seize pièces de canon de campagne atlelées.
Le 16, à cinq heures après midi , il a fait son entrée a Inspruck ; il y a trouvé un arsenal rempli d'une artillerie considérable , seize mille fusils et une immense quantité de poudre. Le même jour il est entré à Hall , où il a aussi pris de très grands et très riches magasins , dont on n'a pas encore l'inventaire. L'archiduc Jean , qui commandait en Tyrol , s'est échappé par Luchsthall. Il a chargé un colonel de remettre tous les magasins aux Français, et de recommander à leur générosité douze cents malades qui sont à Inspruck.
A tous ces trophées de gloire est venue se joindre une scène qui a touché l'âme de tous les soldats. Pendant la guerre dernière, le 76* régiment de ligne avait perdu deux drapeaux dans les Grisons; celte perte était depuis longtemps pour ce corps le motif d'une affliction profonde. Ces braves savaient qiie l'Europe n'avait point oublié leur malheur, quoiqu'on ne pût en accuser leur courage. Ces drapeaux , sujets d'un si noble regret , se sont trouvés dans l'arsenal d'Inspruck ; un officier les a reconnus ; tous les soldats sont accourus aussitôt. Lorsque le maréchal Ney les leur a fait rendre avec pompe, des larmes coulaient des yeux de tous les vieux soldats. Les jeunes conscrits étaient fiers d'avoir servi à reprendre ces enseignes enlevées à leurs aines par les vicissitudes, de la guerre. L'Empereur a ordonné que celte scène touchante soit «consîicréc par un tableau. Le soldat français a pour ses drapeaux un sentiment qui tient de la tendresse. Ils sont l'objet de son culte, comme un présent reçu des mains dune maîtresse.
Le général Klein a fait une incursion en Bohème avec sa division de dragons.
Il a vu partout les Russes en horreur : les dévastations qu'ils commettent font frémir. L'irruption de ces barbares , appelés par le gouvernement lui-même, a presque éteint dans le cœur des sujets de l'Autriche toute affection pour leur prince. « Nous
vu.
et les Français, disent les Allemands, nous sommes les fils des Romains; les Russes sont les enfants des Tartares. Nous aimons mieux mille fois voir les Français armés contre nous, que des alliés tels que les Russes. > A Vienne, le nom seul d'un Russo inspirait la terreur. Ces hordes de sauvages ne se contentent pas de piller pour leur subsistance; ils enlèvent, ils détruisent tout. Un malheureux paysan qui ne possède dans sa chaumière que ses vêtements, en est dépouillé par eux. Un homme riche , qui occupe un palais, ne peut espérer de les assouvir par ses richesses : ils le dépouillent et le laissent nu sous ses lambris dévastés.
Sans doute, c'est pour la dernière fois que les gouvernements européens appelleront de si funestes secours. S'ils étaient capables de le vouloir encore, ils auraient à payer ces alliés du soulèvement de leur propre nation. D'ici à cent ans, il ne sera en Autriche au pouvoir d'aucun prince d'introduire des Russes dans ses états. Ce n'est pas qu'il n'y ait dans ces armées un grand nombre d'officiers dont l'éducation a été soignée, dont les mœurs sont douces et l'esprit éclairé. Ce qu'on dit d'une armée s'entend toujours de l'instinct naturel de la masse qui la compose.
Lettre du général comte de Palffy.
Général,
Son A. R. l'Archiduc palatin, en sa qua lité de chef suprême du militaire et du ci vil en Hongrie, a chargé le soussigné de déclarer que Son Altesse Royale a fait établir, le long de la frontière occidentale de ce royaume, un cordon de |;[ardes non militaires, soutenu par de très petits déta chemcnls de cavalerie composes d'invalides et (le recrues, dans la seule vue d'arrêter les maraudeurs de l'armée aulrichienno qui pourraient s'y présenter, et qu'ainsi il n est nullement question d'aucune sorte d'hostilité, lesdits détachements ayant l'ordre de se retirer dès que les troupes françaises s'approcheront de la frontière.
Ainsi, dans la circonstance où ces faibles détachements, qu'on ne peut regarder uniquement que comme des piquets a avertissement, se replieront à l'approche de l'armée française. Son Altesse Royale a ordonné d'avance aux maisons des invalides, à celles d'éducation, aux officiers pensionnés, aux individus employés aux bureaux de comptabilité des régiments et aux hôpitaux militaires, de rester en place, persuadée que le général ou commandant des troupes françaises ne leur refusera pas les sauvegardes nécessaires, et qu'il vou-
see
L'EMPIRE
dra bien donner ses ordres nour que les cokmnes et détachements de Varmee française, qui entreront en Hongrie, n'y commettent aucun excès, attendu qu'aucune sorte d'opposition ne sera faite aux troupes françaises, et qu'en conséquence de cette déclaration, le soussigné aurait plusieurs objets très intéressants à traiter avec le général ou commandant des troupes françaises.
Il le prie de lui assigner un rendezvous sur parole, sur un bateau, au milieu du Oanuoe.
11 attend en conséquence sa réponse, et a rhonneur d'être son très humble servi* teur,
LÉopoLD, comte Palffv,
Général ei commandatU à Pretbourg.
Presbourg, k..,.
Répùnse du maréchal Davout au général comte de Palffy.
Monsieur le Général,
J'ai mis sous les yeux de Sa Majesté la lettre que vous avez adressée au commandant de ma cavalerie légère; Sa Majesté m*a chargé de faire connatlre , par votre canal, à S. A. R. T Archiduc palatin, qu'elle était prête à considérer comme neutre la nation hongroise, à interdire à son armée l'entrée des frontières de Hongrie, si, de son côté, S. A. R, l'Archiduc palatin et la nation hongroise voulaient retirer leurs troupes, ne Taire aucune insurrection , continuer à approvisionner Vienne, et enfin conclure entre la nation hongroise et S. A. R. rArchi(tuc palatin et a. M. l'empereur des Français, une convention tendant à maintenir l'harmonie entre les deux pays. J'ai l'autorisation de laisser passer tout oriicier que S. A. R. l'Archiduc palatin voudrait envoyer auprès de mon souverain, pour traiter d'après ces bases. Je me trouverai heureux par là de faire une chose agréa- Ue à vos compatriotes, et d'assurer le bien-être et le repos d'une nation si estimable à tant de titres que la nation hongroise.
J ai l'honneur d'être, monsieur le général. Votre très humble serviteur,
Le Maréchal d^empire, l'un des colonels généraux de la garée dé 5. M. r Empereur et lioi\
Signée L. Davout.
SEPTIÈME BULLETIN
DB L'AMIÉE D'ITALIB.
Au pêartier-général de Goriùa , le M ^«iiMi«r« an XI V.
L'ennemi , en nous abandonnant les ri-
ves du Tagliamento. avait dirigé sa retraite sur Palma^-Nova^ H ne chercha point à défendre cette place, qu'il aurait pu tenir avec avantage, et ce ne fut qui plusieurs milles de la que nous rencontrâmes ses derniers postes. 11 s'engagea quelques affaires de peu d'intérêt, qal nous valurent cependant un certain nooh bre de prisonniers.
Le â4, l'armée se forma en deux colonnes, et se porta sur l'isonzo. L'avaotgarde, aux ordres du général Espagne, entra deux heures avant la nuit, dans Gradisca, où les Autrichiens n'opposèrent qu'une faible résistance. Les chasseurs à cheval remontèrent alors la rive droite do fleuve pour se porter sur Gorizia,et la division Seras s établit en même tempe ï Sagrado sur la rive gauche.
Le lendemain, les divisions Molitor, Gardanne et Partouneaux, longèrent la rive droite de l'isonzo, dans le dessein de le passer au-dessus de Gorizia; mais l'équipage de pont n'étant point encore arrive, ïe passage ne put s'effectuer sur ce point.
Les divisions Seras et Duhesme marchaient de leur côté sur Rubia et Savognt. Leurs avant-postes talonnaient l'ennemi.
Il y eut un engagement à la suite duquel sa cavalerie se replia dans le plus grand désordre ; son artillerie ne nous échappa qu'à la faveur de la nuit; nous l'avions poussé jusque sous les murs de Gorizia.
Le général en chef fit ses dispositioos pour une attaque générale dans la matinée du 2G ; les Autrichiens ne voulurent pas s'y exposer, ils avaient profité de la nuit même pour précipiter leur retraite. I.c général Kspagne les suit avec de la ca^ Valérie et de 1 infanterie légère. Il a l'ordre de les chasser devant lui jusqu'à len bach.
L'armée a pris position en avant de rison/o; trois cents nouveaux prisonniers sont conduits sur ses derrières, et l'on en voit à chaque instant arriver d'autres. Les magasins établis à Udine et à Palma-Nova sont tombés en nos mains.
Le général en chef se loue de l'activité soutenue de l'armée ; elle surn«)nte avec courage et gaîté les fatigues et les privations inévitables d'une marche aussi rapide. C'est un témoignage qu'il se plait à lui rendre auprès de S. M. rËmpereorel
\1NGT-SIXIÈME BULLETIN.
Znallm, le 27 brumaira a» lif.
Le prince Mural, instruit que les généraux russes, immédiatement après la si* gnature de la conventino, s'étaftMl mis m
nuucdie av«c une partioa de leur armée sur Znaïm, et que tout iudiqaait que l'autre partie allait la suivre et nous échapper, leur a fait connaître que l*£mpereur n'avait pas ratifié la convention, et quen conséquence il allait attaquer. En effet, le prince Murât a fait ses dispositions, a marché à Tennemi. et Ta attaqué le 25, à
Îruatre heures après midi, ce qui a donné leu au combat de Juntersdorif, dans lequel la partie de Tarmée russe qui formait
I arrière-garde a été mise en déroute , a perdu douze pièces de canon, cent voitures de bagages, deux mille prisonniers et deux mille nommes restés sur le champ de bataille. Le maréchal Lannes a fait attk-
Îruer Tennemi de front; et tandis au41 le aisait tourner par la gauche par la brigade de grenadiers du général Dupas , le maréchal Soult le faisait tourner par la droite par la brigade du générai Levasseur de la division Legrand, composée du 5* et 18' régiments de ligne. Le général de division Walther a chargé les Russes avec une brigade de dragons, et a fait trois cents prisonniers.
La brigade de grenadiers du général Laplanche-Mortière s'est distinguée. Sans la nuit, rien n'eût échappé. On s'est battu à Tarme blanche plusieurs fois. Des bataillons de erenauiers russes ont montré de rintrépiaité : le général Oudinot a été blessé ; ses deux aides-de-camp chefs d'escadron Demangeot et Lamotte, i ont été à ses côtés. La blessure du général Oudinot Tempèchera de servir pendant une quinzaine de jours. En attendant, TËmpereur, voulant donner une preuve de son estime aux grenadiers , a nommé le général Duroc pour les commander.
L'Empereur -a porté son quartier-général à Znaïm le ^6, à trois heures après midi. L'arrière-garde russe a été obligée de laisser ses hôpitaux à Znaïm, où nous avons trouvé des ma|çasins de farine et d'avoine assez considérables. Les Russes se sont retirés sur Briinn, et notre avantgarde les a poursuivis à mi-chemin; mais FEmpereur, instruit que l'empereur d'Autriche y était, a voulu donner une preuve d'égards pour ce prince, et s'est arrêté la journée du 47.
Le fort de Keuffstein a elé pris par les Bavarois. ^,„.„.
Le général Baraguay-d Ililliers a fait uue incursion jusqu'à Pilsen en Bohème, et obligé l'ennemi a évacuer ses positions.
II a pris quelques magasins, et rempli le but de sa mission. Les dragons à pied ont traversé avec rapidité les montagnes couvertes de glaces et de sapins qui séparent la Bohème et la Bavière.
On ne se fait pas d'idée de l'horreur .ue les Russes ont inspirée en Moravie. En faisant leur redite, ils brûlent les
plus beaux villages ; ils assomment les paysans. Aussi les habitants respirent-Us en les voyant s'éloigner. Us disent : c Nos ennemis sont partis > lis ne parlent d'eux quen se servant du terme de barbares oui ont apporté chez eux la désolation. Ceci ne s applique pas aux officiers, qui sont en général bien différents de leurs soldats, et dont plusieurs sont d'un mérite distingué; mais l'armée a un instinct sauvage que nous ne connaissons pas dans nos armées européennes.
Lorsqu'on demande aux habitants de rAutriche, de la Moravie, de la Bohème, s'ils aiment leur empereur : Nous l'aimions, répondent-ils, mais comment voulez-vous que nous .l'aimions encore? il a fait venir les Russes.
A Vienne , le bruit avait couru que les Russes avaient battu l'armée française, et venaient sur Vienne ; une femme a crié dans la rue : « Les Français sont battus, voici les Russes ! > L'alarme a été générale; la crainte et la stupeur ont été dans Vienne. Voilà cependant le résultat des funestes conseils de Cobentzel , de €olloredo et de Lamberti. Aussi ces hommes sont-ils en horreur à la nation, et l'empereur d'Autriche ne pourra reconquérir la confiance et l'amour de ses sujets qu'en les sacrifiant à la haine publique; et, un jour plus tôt, un jour plus tard, il faudra bien qu'il le fasse.
que
VINGT-SEPTIÈME BULLETIN
Porlilx, 28 brumaire an II V*
Depuis le combat de Zuntersdorf , l'ennemi a continué sa retraite avec la plus grande précipitation Le général Sébastiani, avec sa brigade de dragons, l'a poursuivi l'épée dans les reins. Les immenses plaines de la Moravie ont favorisé sa poursuite. Le 27, à la hauteur de Porlitz, il a coupé la retraite à plusieurs corps, et a fait dans la journée deux mille Russes prisonniers de guerre.
Le prince Murât est entré le 27, à trois heures après midi , à Brunn , capitale de la Moravie^ toujours suivant l'ennemi.
L'ennemi a évacué la ville et la citadelle, qui est un très bon ouvrage capable de soutenir un siège en rè^^le.
L'Empereur a mis son quartier-général à Porlitz.
Le maréchal Soult, avec son corps d'armée, est à Reimstschitz.
Le maréchal Lannes est en avant de Porlitz.
Les Moraves ont encore plus de haine pour les Russes et d'amitié pour nous , que les habitants de rAutriche. Le pays
L'EMPIftB.
est superbe, et beaucoop plus fertile que FAutridie. Les Moraves sont étonnés de voir, au milieu de leurs immenses plaines, les peuples de l'Ukraine, de Kamtschatka, de la Grande-Tartarie , et les Normands, les Gascons , les Bretons et les Bourguignons en venir aux mains et s'égorger , sans cependant que leur pays ait rien de commun, ou qu'il y ait entre eux aucun intérêt politique immédiat; et ils ont assez de bon sens pour dire, dans leur mauvais bohémien, que le sang humain est devenu une marchandise dans les mains des Anglais. Un f^ros fermier morave disait dernièrement a un officier français , en parlant de rempereur Joseph II, que c'était l'empereur des paysans , et que «s'il avait continué à vivre , il les aurait affranchis des droite féodaux qu'ils paient aux couvents des religieuses.
Nous avons trouve à Brûnn soixante pièces de canon , trois cent milliers de poudre, une grande quantité do blé et de larine, et des magasins d'habillement très considérables.
L'empereur d'Allemagne s'est retiré à Olmiitz. Nos postes sont à une marche de celte place.
VINGT-HUITIÈME BULLETIN
Briifin» le Zù brumaire an XIV,
L'Empereur est entré à Briinn le 29, à dix heures du matin.
Une députation des états de Moravie, à la tète de laquelle se trouvait l'èvêque, est venue à sa rencontre. L'Empereur est allé visiter les fortifications et a ordonné qu'on armât la citadelle, dans laquelle on a trouvé plus de six mille fusils, une grande quantité de munitions de guerre de toute espèce, et entre autres quatre cent milliers de poudre^
Les Russes avaient réuni toute leur cavalerie, qui formait un corps d'environ six mille nommes, et voulaient défendre la jonction des routes de Briinn et d'Olmiïtz. Le général Walther les contint toute la journée, et par différentes charges les obligea à abandonner du terrain. Le prince AJurat lit marcher la division de cuirassiers du général d'Hautpoul et quatre escadrons de la garde impériale*
Quoique nos chevaux fussent fatigués, l'ennemi fut chargé et mis en déroute, il laissa plus de deux cents hommes cuirassiers ou dragons d'élite sur le champ de bataille : cent chevaux sont restés aans nos mains.
Le maréchal Bessières, commandant la garde impériale, a fait, à la tète des quatre escadrons de la garde , une brillante cbargc qui a déroute et culbuté l'ennemi.
Rien ne contrastait comme le sHence de la ffarde et des cuirassiers et les hurlements des Russes.
Cette cavalerie russe est bien montée, bien équipée : elle a montré de l'intrépidité et de la résolution ; mais les hommes ne paraissent pas savoir se servir de leurs sabres ; et, à cet égard, notre cavalerie a un grand avjBintage. Nous avons eu quelques hommes tués et une soixantaine de blessés, parmi lesquels se trouvent le colonel Durosnel, du 16* de chasseurs, et le colonel Bourdon, du 14* de dragons.
L'ennemi s'est retiré de plusieurs li^es.
VINGT -NEUVIÈME BULLETIN
Briinn, le S frimaire an XIV.
Le maréchal Ney a fait occuper ^ixen, après avoir fait beaucoup de prisonniers à l'ennemi. Il a trouvé dans les hôpitaux un ^rand nombre de malades et blessés autrichiens. Le 26 brumaire, il s'est emparé de Glauzen et de Bolzen.
Le général Jellachlck, qui défendait le Voralberg, était coupé.
Le maréchal Bernadette occupe Igiau.
Ses partis sont entrés en Bohème.
Le général de Wrède , commandant les Bavarois, a pris une compagnie d'artillerie autricnienne, cent chevaux de trooM, cinquante cuirassiers et plusieurs officiers.
Il s'est emparé - d'un magasin considérable d'avoine et autres grains, et d'un grand nombre de chariots attelés, chargés u bagage de plusieurs régiments et oïïh ciers autrichiens.
L'adjudant-commandant Maison a fait prisonniers, sur la route d'Iglau à Briinn, deux cents nommes des dragons de la Tour et des cuirassiers de Hohenlobe. 11 a chargé un autre détachement de deux cents hommes et a fait cent cinquante prisonniers.
Des reconnaissances ont été portées jusqu'à Olmiitz. La cour a évacué celte place et s'est retirée en Pologne.
La saison comnu;nce à devenir rigoof^oureuse. L'armée française a pris position. Sa tète est appuyée par la place de Briinn, qui est très bonne, et qu'on s'occupe à armer et à mettre dans le meilleur état de défense.
HUITIÈME BULLETIN
DE L'aRUÉÈ D'ITALIE.
Au quartier-généfol de Corixia, le a frmaire on XIV.
L'armée conserve la position qu'elle â
BULLETINS DE LA GBANDE-ARMËE.
prise sur la rive gauche de Flsonzo. L'avant^garde, aux ordres du général Espagne, s'est portée sur Yipacco, a repoussé les ennemis jusqu'à Gauz; eldans plusieurs charges , conduites avec vigueur, leur a fait une centaine de prisonniers. La totalité de leur cavalerie s est retirée par la grandVoute; une partie considérable de leur infanterie a pris le chemin de la vallée dldria , pour gagner celle d'Oberleibach. Cinq compagnies de voltigeurs poursuivent fennemi dans cette direction, tandis que nos avant-postes ont déjà poussé des reconnaissances sur les retranchements de Prevald, et se dirigent vers Leibach.
^ Le général en chef a fait marcher la division Seras sur Trieste. Les Autrichiens, à notre approche, ont évacué la place, en y abandonnant trois cents blessés. Un corps de troupes les a suivis sur la route de Leibach, et leur a enlevé cinquante hommes.
Deux rédments de dragons, soutenus par de Tinianterie, se sont portés à notre gauche, sur la Chiusa-di-Pletz, que gardaient les deux régiments d'infanterie Sirasoldo et Deligné^ avec q^uelque cavalerie. Tous les postes ont été abandonnés le lendemain même de l'arrivée de nos troupes. Le général de brigade Lacour, qui les commande, a reçu l'ordre de pénétrer jusau'à Villach , et de tenter d'ouvrir
Ïuelque communication avec la Grandermee, dont les mouvements ont sans doute déterminé la retraite de Tenuemi, aui aura craint de se voir enveloppé. 11 a été aussi dirigé un détachement sur Ponteba-Yeneta, où l'ennemi, qui se trouvait en force, n'avait pas osé nous attendre.
Dans ces divers mouvements, nous avons fait près de quatre cents prisonniers.
Le ffénéral en chef a laissé , vers Padoue, Te corps de troupes venant de Naples. Il a joint une des divisions de Tarmée, la légion corse et le 2* régiment italien. Le lieutenant-général Gouvion-Saint- Cyr, qui commande ces forces réunies, observe Chiozza et Brondolo. Il se tient prêt à fondre sur les Russes et les Anglais , s'jls osaient tenter le débarquement, dont ils menacent les côtes d'Italie.
él
NEUVIÈME BULLETIN
DB l'armés D'iTAUB.
Au quartier^énirai âê (rortiSMi, le 5 frimaire an XtV.
Le général en chef était instruit par divers rapports, spécialement par une let-
tre du général Yial, ambassadeur de Sa Majesté! mpériale et Royale à Berne, qu'un corj)s de l'armée autrichienne, qui se trouvait coupé par suite des manœuvres de la Grande-Armée, devait descendre des montagnes du Tyrol. Il calcula que cette colonne, dans sa situation , chercherait, soit à traverser la ligne de l'armée pour arriver aux lagunes de Venise et se réunir aux troupes qui occupent cette place, soit à opérer par Filtre et Belluno , pour se joindre aux débris de l'armée du prince Charles par Leibach. Dans la première hypothèse, la position de l'aile droite, qu il avait laissée pour observer Venise, sous les ordres au lieutenant -général Gouvion-Saint-Gyr, lui répondait que les ennemis ne tenteraient pas impunément le passage; dans la seconde hypothèse, il avait Tait occuper les deux Ponteba et la Chiusa-di-Pletz, par plusieurs régiments de cavalerie et dinfanterie , sous les ordres des généraux de brigade Lacour et Lanchantin. Quelque direction que prit la colonne ennemie , la situation de 1 armée sur risonzo permettait de détacher à temps des forces suffisantes pour la couper, et cependant l'avant- garde continuait sa marche sur Leibach.
La colonne , forte d'environ sept mille hommes d'infanterie , et douze cents chevaux, commandée par le prince de Rohan, est venue le 2 frimaire se jeter sur Bassano; elle put aisément enlever le faible détachement de cent cinquante hommes qui formait la garnison, et elle se dirigea sur Castel-Franco.
Aussitôt que le lieutenant^général Saint- Cyr en eut avis, il Jugea que le but de l'ennemi était en eflret de traverser notre ligne, dont sans doute il ne connaissait pas la force, et il fit des dispositions pour le bien recevoir.
Le général en chef, qui avait tout prévu, était tranquille de ce côté; mais pour ne rien donner au hasard des événements, 11 prit des mesures pour faire arriver à marches forcées sur la Piave la division des grenadiers commandée par le général Partouneaux, deux brigades des divisions Duhesme et Seras, la division des cuirassiers et une brigade de dragons , les grenadiers devant remonter la Piave par il Bosco-del-Mantello, et tourner la position de Bassano. La division Gardanne, dirigée en même temps sur Venzone, devait renforcer les détachements envoyés aux deux Ponteba, pour couper toute retraite à l'ennemi, dans le cas où il eût déjà pris la route de Belluno et de la Pieva-di-Cadore, pour gagner Villach et rejoindre le prince Charfés à Leibach. Le général en chef avait laissé le reste des troupes sur risonzo, sous le commandement du général Duhesme , et se portail lui-même sur
L'EMWRE.
la Piave, pour y dirigt&r les mouvements qu'il avait ordonnés.
Le lieutenant-général Saint -Cyr manœuvrait pour reconnaître Tenuemi et l'arrêter j il avait formé une colonne tirée des divisions Régnier, Lecchi et Verdier: il était lui-même à Campo San-Pietro avec le réiçiment polonais commandé par le général Peyri. Le général Régnier, à Navale , avait ordre de marcner, le 3 frimaire, à la pointe du jour, sur Castel- Franco. L'ennemi, arrivé de la veille, et sentant la difficulté de sa position , prévint l'attaque ; il se jeta violemment sur la division Régnier, qui le reçut avec la plus ffrande vigueur, et l'eut bientôt culbuté; Il revint plusieurs fois à la charge, et heurta toujours contre le même écueil.
Pendant ce temps, le lieutenant-général Saint-Gyr fit faire un mouvement au ré-
S'ment polonais et tourna Tennemi ; ce ne t alors qu'une déroute jusqu'à Castel- Franco, où nos troupes arrivèrent aussitôt que les Autrichiens. Tout ce qui n'avait
{)as péri , ou qui n'avait pas été pris sur e champ de bataille , a demandé à capituler. Six mille hommes dinfanterie et mille chevaut sont restés en notre pouvoir ; c'est beaucoup plus que nous ne leur avions opposé de combattants effectifs; mais ils sentirent que, par l'effot nécessaire des dispositions qui les menaçaient de toutes parts, leur perte devenait inévitable, le général prince de Rohan, commandant le corps, plusieurs colonels et beaucoup d'officiers , sont au rang de nos prisonniers; six drapeaux et un étendard, douze pièces de canon, leurs caissons et d'immenses bagages , sont aussi le résultat de la victoire. Il a été perdu deux étendards dans la mêlée. Nous n'avons à regretter qu'une centaine d'hommes mis hors e combat. Nous avons retrouvé les prisonniers faits sur nous à Bissano.
Un corps de Croates, qu'on présume avoir fait partie de la colonne, est attendu aux débouchés des montagnes : il est difficile qu'il nous échappe , d'après les mesures déjà prises pour lui faire partager le même sort.
Le lieutenant-général Gouvion-Saint- Cyr a déployé une grande habileté dans les manoeuvres, il donne lui-môme de justes éloges à la bravoure et aux talents du eénéralde division Régnier. Il cite avec Honneur les chefs des 10" et 56" régiments de liçne, le chef de bataillon Glavel, comroanaant le bataillon suisse , les chefs de brigade Grabiuski et de bataillon Bialowiski et Glopski.
Le général de brigade Lacour est à Yillach; il pousse ses avant-postes sur Clagenfurth, et touche au moment de communiquer avec la Grande-Armée.
L'avant-garde, aux ordres du général
Espagne, fait à chaque pas de nouveaux
Krisonniers. Les roules d'idria et de Leiach sont couvertes de chevaux tués , de caissons rompus, et de milliers de boulets abandonnés.
TRENTIÈME BULLETIN
Aîut6rtii%, U 19 frimaire on HV,
Le 6 frimaire, l'Empereur, en recevant la communication des pleins pouvoirs de MM. de Sladion et de Giulay, offrit préalablement un armistice, afin d'épargner le sang, si Ton avait effectivement envie de s'arranger et d'en venir à un accommodement définitif.
Mais il fut facile à l'Empereur de s'apercevoir qu'on avait d'autres projets, et comme 1 espoir du succès ne pouvait venir à Tennemi que du côté de l'armée russe , il conjectura aisément que les deuxième et troisième armées étaient arrivées ou sur le point d'arriver à Olmûtz, et que les négociations n'étaient plus qu'une ruse de guerre pour endormir sa vigilance.
Le 7, à neuf heures du matin, une nuée de Cosaques , soutenue par la cavalerie russe, fil plier les avant-postes du prince Murât, cerna Vischau et y prit cinquante hommes à pied du 6« régiment de dragons. Dans la journée , l'empereur de Russie se rendit à Vischau, et toute l'armée russe prit position derrière cette ville.
L'Empereur avait envoyé son aide-decamp, le général Savary , pour compUmenler l'empereur de Russie dès qu'il avait su ce prince arrivé à l'armée. Le général Savary revint au moment où I'Euh pereur faisait la reconnaissance des feux de bivouac ennemis placés à Vischau. Il se loua beaucoup du non accueil, des grâces et des bons sentiments personnels de l'empet-eur de Russie, et même du grandduc Constantin, qui eut pour lui toute espèce de soins et d'attentions ; mais il loi lut facile de comprendre, par la suite des conversations qu ileutpendant trois jours avec une trentaine de freluquets qui, sous différents titres , environnent Tcmpereur de Russie, que la présomption , Timprudence et rinconsidération régneraient dans les décisions du cabinet militaire , comme elles avaient régné dans celle du cabinet politique.
Une armée ainsi conduite ne pouvait tarder à faire des fautes. Le plan oe l'Empereur fut, dès ce moment, de les attendre et d'épier l'instant d'en profiter. 11 donna sur-le-champ l'ordre de retraite à son armée , se retira de nuit comme s*il eût essuyé une défaite, prit une bonne position
BULLETINS DE L\ GRANDE-ARÎ^fÉE.
à trois Keues en arrière, fil travailler avec beaucoop d'oslenlalion à la fortifier et à y établir des batteries.
Il fit proposer une entrevue à l'empefeur de Russie, qui lui envoya son aiaede-camp, le prince DolgorouKi : cet aidede-camp put remarquer que tout respirait, dans la contenance de Farmée française, la réserve et la timidité. Le placement des ffrandeS' gardes, les fortifications que Ton misait en toute hâte , tout laissait voir à Tofficier russe une armée à demi-battue.
Contre lusage de l'Empereur, qui ne reçoit jamais avec tant de circonspection les parlementaires à son quartier-général , il se rendit lui-même à ses avant-postes.
Après les premiers compliments , l'officier russe voulut entamer des questions politiques. 11 tranchait sur tout avec une impertinence difficile à imaginer : il était dans rknorance la plus absolue des intérêts de r Europe et de la situation du continent C'était, en un mot. un ieune trompette de r Angleterre. Il partait à l'Empereur comme il parle aux officiers russes , que depuis longtemps il indigne par sa hauteur et ses mauvais procéJés. L'Empereur contint toute son indignation ; et ce jeune homme, qui a pris une véritable influence sur 1 empereur Alexandre , retourna plein de ridœ que l'armée française était à la veille de sa perte. On S2 convaincra de tout ce qu'a dû souffrir l'Empereur, quand on saura que sur la fin de la conversation, il lui proposa de céder la Belgique et de mettre la couronne de fer sur la tète des
Çlus implacables ennemis de la France, 'ouïes ces différentes démarches remplirent leur effet. Les jeunes têtes qui dirigent les aflFiires russes se livrèrent sans mesure à Tur présomption naturelle. 11 n'était plus question de battre l'armée française, mais de la tourner et de la prendre : elle n'avait tant fait que par la lâcheté des Autrichiens. On assure que plusieurs vieux généraux autrichiens, qui avaient fait des campagnes contre TEmpereur, prévinrent le conseil que ce n'était pas avec cette confiance qu'il fallait marcher contre une armée qui comptait tant de vieux soldats et d'ofticiers du premier mérite. Ils disaient qu'ils avaient vu lEmpereur , réduit à une poignée du monde dans les circonstances les plus difficiles , ressaisir la victoire par des opérations rapides et imprévues, et détruire les armées tes plus nombreuses ; que cependant ici on n avait obtenu aucun avantage ; qu'au contraire, toutes les affaires rfarnèregarde de la première armée russe avaient été en faveur de l'armée française, mais à cela cette jeunesse présomptueuse opposait la bravoure de quatre-vingt mille Russes, l'enthousiasme J[ue leur inspirait la présence <le leur Empereur , le corps d'élite
de la garde impériale de Russie, et. c$ qu'ils n'osaient probablement pas airo^ leur talent, dont ils étaient étonnés que les Autrichiens voulussent méconnaître h puissance.
Le 10, l'Empereur, du haut de son bivouac , aperçut, avec une indicible joie, l'armée russe, commençant , à deux por* lées de canon de ses avant-postes, un roou^ vement de flanc pour tourner sa droite. U vit alors jusqu'à quel point la présomp* lion et l'ignorance de Tari de. Fa guerre avaient égaré les conseils de cette orave armée. U dit plusieurs fois : < Avant de* main au soir cette armée est à moi. > Cependant le sentiment de l'ennemi était bien différent : il se présentait devant nos grandes gardes à portée de pistolet : il défilait par une marcoe de flanc sur une ligne de quatre lieues, en prolongeant l'armée française, qui paraissait ne pas oser sor* tir de sa position : il n'avait qu'une crainte , c était que l'armée française ne lui échappât. On fit tout pour confirmer l'ennemi dans cette idée. Le prince Murât fit avancer un petit corps de cavalerie dans la plaine; mais tout d'un coup il parut étonné des forces immenses de l'ennemi, et rentra à la hâte. Ainsi tout tendait à confirmer le général russe dans l'opération mal calculée qu'il avait arrêtée. I L'Empereur fit mettre à l'ordre la procla- ' mation ci -jointe. Le soir, il voulut visiter ; à pied et incognito tous les bivouacs, mais j à peine eut-il fait quelques pas qu'il fut ^ reconiu. Il serait impossible de peindre l'enthousiasme des soldats en le voyant. Des fanaux de paille furent mis en un instant au haut de milliers de perches , et quatre-vingt mille hommes se présentèrent au-devant de l'Empereur, en le saluant par des arclamations ; les uns pour fêter l'anniversaire de son couronnement^ les autres disant que ranrié3 donnerait le lendemain son bouquet à l'Empereur. Un des plus vieux grenadiers s'approcha de lui et lui dit : < Sire, tu n'auras pas besoin (fe l'exposer. Je le promets, au nom des grenadiers de Farmée , que tu n'auras à combattre que des yeux, et que nous t'armènerons demain les drapeaux et l'artillerie de Farmée russe , pour célébrer l'anniversaire de ton couronnement. >
L'Empereur dit en entrant dans son bivouac, qui consistait en une mauvaise ca^ hane ne paille sans toit • que lui avalent faite les grenadiers : < voilà la plus befle soirée de ma vie, mais je regrette de penser que je perdrai bon nombre de ces nrar ves gens. Je sens, au mal que cela ma fait, qu'ils sont véritablement mes enfants ; et , en vérité , je me reproche quelquefois ce sentiment , car je crains qu'il ne ma rende inhabile à faire la guerre. > Si Fen-* nemi eût pu voir ce spectade^ il efti été
L'EMPIRE
épouvanté. Mais Tlnsensé continuait toujours son mouvement, et courait a grands pas à sa perte.
L'Empereur fit sur-le-champ toutes ses dispositions de bataille. Il fit partir le maréchal Davout en toute hâte, pour se rendre au couvent de Raygern; il devait, avec une de ses divisions et une division de drag[ons, y contenir Taile gauche de Tennemi, afin qu'au moment donné elle se trouvât enveloppée : il donna le commandement de la gauche au maréchal Lannes, de la droite au maréchal Soult, du centre au maréchal Bernadotte, et de toute la cavalerie, ou il réunit sur un seul point, au prince Murât. La gauche du maréchal Lannes était appuyée au Santon^ position superbe que l'hmpereur avait fait fortifier, et où il avait fait placer dix - huit pièces de canon. Dès la veille , il avait confié la garde de cette belle position au 17" régiment d'infanterie légère, et certes elle ne pouvait être gardée par de meilleures troupes. La division du général Suchet formait la gauche du maréchal Lannes ; celle du général Gaffarelli formait sa droite, qui était appuyée sur la cavalerie du prince Murât. Celle-ci avait devant elle les hussards et chasseurs sous les ordres du général Kellermann, et les divisions de dragons Vallher et Beaumont, et en réserve les divisions de cuirassiers des généraux Nansouty et d'Hautpoul, avec vingt-quatre pièces d'artillerie légère.
Le maréchal Bernadolte, c'est-à-dire le centre , avait à sa gauche la division du générai Rivaud , appuyée à la droite du prince Murât, et à sa droite la division du général Drouet.
Le maréchal Soult, qui commandait la droite de l'armée, avait à sa gauche la division du général Vandamme, au centre la division du général Saint-llilaire , à sa droite la division du général Legrand.
Le maréchal Davout était détaché sur la droite du général Legrand, qui gardait les débouchés des étangs, et des villages de Sokolnitz et de Celnitz. Il avait avec lui la division Priant et les dragons de la division du général Bourcier. La division du général Gudin devait se mettre de grand malin en marche de Nicolsbiirg, pour contenir le corps ennemi qui aurait pu déborder la droite.
L'Empereur, avec son fidèle compagnon de guerre, le maréchal Berthier, son premier aide-de-camp, le colonel-général Junot, et tout son état-major, se trouvait en réserve avec les dix bataillons de sa garde et les dix bataillons de grenadiers du général Oudinot, dont le général Duroc commandait une partie.
Cette réserve était rangée sur deux lignes, en colonnes par bataillon, à distance de déploiement, ayant dans les intervalles
quarante pièces de canon servies par les canonniers de la garde. C'est avec cette réserve que l'Empereur avait le projet de se précipiter partout où il était nécessaire. On peut (lire que cette réserve seule valait une armée.
A une heure du matin, TEmpereur monta à cheval pour parcourir ses postes, reconnaître les feux des bivouacs de rennemi, et se faire rendre compte par les grandes gardes de ce qu'elles avaient pu entendre des mouvements des Russes. Il apprit qu'ils avaient passé la nuit dans Tivressc et des cris tumultueux, et qu'un corps d'infanterie russe s'était présenté au village de Sokolnitz, occupé par un régiment de la division du général Legrand , qui reçut ordre de le renforcer.
Le 11 frimaire , le jour parut enfin. Le soleil se leva railieux; et cet anniversaire du couronnement de l'Empereur, où allait se passer un des plus beaux faits d'armes du siècle , fut une des plus belles journées de l'automne.
Cette bataille, que les soldats s'obstinent à appeler la journée des trois empereurs^ que d'autres appellent la journée de i*annwersaire , et que l'Empereur a nommée la batailU d'AuslerlUzy sera à jamais mémorable dans les fastes de la grande nation.
L'Einixîreur , entouré de tous les maréchaux, attendait, pour donner ses derniers ordres, que l'horizon fût bien éclairci. Aux premiers rayons du soleil les ordres furent donnés, et chaque maréchal rejoignit son corps au grand galop.
L'Empereur dit, en passant sur le front de handicre de plusieurs régiments :
» Soldats, il faut finir cette campagne par un coup de tonnerre qui confonde l'orgueil de nos ennemis; » et aussitôt les chapeaux au bout des* baïonnettes , et des cris de vive l'Empereur ! furent le véritable signal du combat. Un instant après la canonnade se fil entendre à l'extrémité de la droite, que l'avant-garde ennemie avait déjà débordée ; mais la rencontre imprévue du maréchal Davout arrêta l'ennemi tout court, et le combat s'engagea.
Le maréchal Soult s'ébranle au même instiint, se dirige sur les hauteurs du village de Pratzen avec les divisions des généraux Vandamme et Saint-Hilaire , et coupe entièrement la droite de l'ennemi , dont tous les mouvements devinrent incertains. Surprise par une marche de flanc pendant qu'elle fuyait , se croyant attaquante et se voyant attaquée, elle se regarde comme à demi-battue.
Le prince Murât s'ébranle avec sa cavalerie. La gauche, commandée par le maréchal Lannes, marche en échelons par régiments, comme à l'exercice. Une canonnade épouvantable s'engage sur toute la
trw
ligne ; deux œnts pièces de canon et près de deux cent mille hommes faisaient un bruit affreux : c'était un véritable combat de géants. Il n'y avait pas une heure qu'on se battait, et toute la gauche de l'ennemi était coupée. Sa droite se trouvait déjà arrivée à Austerlitz , quartier-|;énéral des deux empereurs, qui durent faire marcher sur-le-cnamp la garde de l'empereur de Russie, pour lâcher de rétablir la communication du centre avec la gauche. Un bataillon du 4« de ligne fut chargé par la garde impériale russe à cheval, et culbuté; mais l'Empereur n'était pas loin : il s'aperçut de ce mouvement ; il ordonna au maréchal Bessières de se porter au secours de sa droite avec ses invincibles , et bientôt les deux gardes furent aux mains.
Le succès ne pouvait être douteux : dans un moment la garde russe fut en déroute. Colonel, artillerie, étendards , tout fut enlevé. Le régiment du grand-duc Constantin fut écrasé. Lui-même ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval.
Des hauteurs d'Austerlitz, les deux empereurs virent la défaite de toute la garde russe. Au même moment le centre de l'armée , commandé par le maréchal Bernadotte , s'avança { trois de ses régiments soutinrent une très belle charge de cavalerie. I^ gauche, commandée par le maréchal Lannes, donna trois fois. Toutes les charges furent victorieuses. La division du général Caffarelli s'est distinguée. Les divisions de cuirassiers se sont emparées des batteries de l'ennemi. A une heure après midi la victoire était décidée ; elle n avait pas été un moment douteuse. Pas un homme delà réserve n'avait été nécessaire et n'avait donné nulle part. La canonnade ne se soutenait plus gu'à notre droite. Le corps de l'ennemi, qui avait été cerné et chassé de toutes ses hauteurs , se trouvait dans un bas-fond et acculé à un lac. L'Empereur s'y porta avec vingt pièces de canon. Ce corps fut chassé de position en position, et l'on vit un spectacle horrible, tel qu'on l'avait vu à Aooukir, vingt mille hommes se jetant dans l'eau et se noyant dans les lacs.
Deux colonnes, chacune de quatre mille RusseSj mettent bas les armes et se rendent prisonnières ; tout le parc de l'ennemi est pris. Les résultats de cette journée sont quarante drapeaux russes, parmi lesquels sont les étendards de la garde impénale ; un nombre considérable de prisonniers :
l'état-major ne les connaît pas encore tous ; on avait déjà la note de vingt mille ; douze ou quinze généraux; au moins quinze mille Russes tués restés sur le champ de bataille. Quoiqu'on n'ait pas encore les rapports , on peut, au premier coup-d'œil, évaluer notre perle à huit cents hommes tués et à quinze ou seize
cents blessés. Cela n'étonnera pas les militaires, qui savent que ce n'est que dans la déroute qu'on pera des hommes, et nul autre corps que le bataillon du 4* n'a été rompu. Parmi les blessés sont le général Saint-Hilaire, qui, blessé au commencément de l'action , est resté toute la journée sur le champ de bataille ; il s'est couvert de gloire ; les généraux de division Kellermann et Waltner , les généraux de brigade Yalhubert, Thiébaut , Sébastianî, Compan et Rapp, aide-de-camp de l'Empereur. C'est ce dernier qui, en chargeant a la tète des grenadiers de la garde, a pris le prince Repnin, commandant les chevaliers de la garde impériale de Russie. Quant aux hommes qui se sont distingués, c'est toute l'armée qui s'est couverte de gloire. Elle a constamment chargé aux cris de vice VEmpereur ! et l'idée de célébrer si glorieusement l'anniversaire du couronnement animait encore le soldat.
L'armée française, quoique nombreuse et belle , était moins nombreuse que l'armée ennemie, qui était forte de cent cinq mille hommes, dont quatre-vingt mille Russes et quinze mille Autrichiens. La moitié de cette armée est détruite; le reste a été mis en déroute complète, et la plus grande {partie a jeté ses armes.
Cette journée coûtera des larmes de sang à Saintr-Pétersbourg. Puisse-t-elle y faire rejeter avec indignation l'or de l'Angleterre ! et puisse ce jeune prince, que lant de vertus appelaient à être le père de ses sujiets, s'arracher à l'influence de ces trente freluquets que l'Angleterre solde avec art, et dont les impertinences obscurcissent ses intentions, lui font perdre l'amour de ses soldats, et le jettent dans les opérations les plus erronées ! La nature, en te douant de SI grandes qualités, l'avait appelé à être le consolateur de l'Europe. Des conseils perfides, en le rendant l'auxiliaire de l'Angleterre, le placeront dans l'histoire au rang des hommes qui, en perpétuant la guerre sar le continent, auront consolidé la tyrannie britannique sur les mers et fait Je malheur de notre génération. Si la France ne peut arriver a la paix qu'aux conditions que l'aide-de-camp Dolgorouki a proposées à l'Empereur , et que M. de Novozilzof avait été chargé de porter, la Russie ne les obtiendrait pas, quand même son armée serait campée sur les hauteurs djB Montmartre.
Dans une relation plus détaillée de cette bataille, l'état-major fera connaître ce que chaque corps, chaque officier, chaque générai, ont fait pour illustrer le nom français et donner un témoignage de leur amour à leur Empereur.
Le 12, à la pointe du jour, le prince Jean de Lichtenstein, commandant 1 armée autrichienne, est venu trouver l'Empereur
lïMPïRE.
a son quârtier-général , établi dans une grange. Il en a eu une longue audience. Cependant nous poursuivons nos succès.
L ennemi s'est retiré sur le chemin d'Ausw'^»lz a ^'odding. Dans cette retraite, il prête le flanc; l'armée française estdéià sur ses derrières, et le suit lépee dans les reins. Jamais champ de bataille ne fut plus homble. Du milieu de lacs immenses on entend encore les cris de milliers d'hommes guon ne |)eut secourir. Il faudra trois jours pour que tous les blessés ennemis soient évacués sur Brunn. Le cœur saigne. Puisse tant de sang versé, puissent tant de malheurs retomber enfin sur les perfides insulaires qui en sont la cause ! puissent les lâches oligarques de Londres porter la peine de tant de maux!
Au bivouac f le 10 frimaire.
Soldats,
L armée russe se présente devant vous pour venger l'armée autrichienne d'Ulm.
(.e sont ces mêmes bataillons que vous avez battus à Hollabriinn , et que depuis vous avez constamment poursuivis jusquici. '
Les positions que nous occupons sont formidables, et pendant qu ils marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront
Soldats, je dirigerai moi-même tous vos bataillons, je me tiendrai loin du feu, si, avec votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis ; mais si la victoire était un moment incertaine, vous verriez votre Em|)ereur s'exposer aux premiers coups : car la victoire ne saurait hésiter , dans cette journée surtout, où il y va de l'honneur de rinfanterie française , qui importe tant a I honneur de toute la nation.
0«e sous prétexte d'emmener les blessés on ne dégarnisse pas les rangs, et que chacun soit bien pénétré de cette pensée, qu il faut vaincre ces stipendiés de l'An-
gleterre, qui sont animés d'une si grande aine contre notre nation.
Cette victoire finira notre campagne, et nous pourrons reprendre nos quartiers a hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France ; et alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi.
Signé Napoléo.x.
Par ordre,
Le Majora-général de l'armée, Maréchal Berthieb.
Àusierlitz, le 12 frimaire.
Soldats, Je suis content de vous ; vous avez, à la
journée d'Austerlitz , justifié tout ee que j'attendais de votre intrépidité. Vous avei décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une armée de cent mille hommes, coinniandée par les empereurs de Russie H d'Autriche, a été en moins de quatre heures ou coupée ou dispersée; ce qui a échappé à votre fer s'est noyé dans ks lacs.
Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vinpt généraux, plus de trente mille prisonniers , sont le résultai de cette journée à jamais célèbre. Cette iofantcrie tant vanteo, et en nombre supérieur, n'a pu résister à votre choc, et désormais vous n'avez plus de rivaux à redouter. Ainsi, en deux mois, cette troisième coîilition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée ; mais, comme je l'ai promis à mon peuple, avant de passer le Rhin, je ne ferai qu'une paix qui nous donne des garanties et assure des récompenses à nos alliés.
Soldats, lorsque le peuple français plaça sur ma lêle la couronne impériale , je me confiai à vous pour la maintenir toujoure dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le mênfie moment, nos ennemis pensaient à la détruire et à l'avilir; et cette couronne de fer, conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient mobliger à la plac?r sur la tête de nos plus cruels ennemis; projets téméraires et insensés, que, le jour même de r.inniversaireducouronnenient de votre Empereur , vous avez anéantis et confondus. Vous leur avez appris qu'il est plus facile de nous braver et de nous menacer que de nous vaincre.
Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli , je vous ramènerai en France. Là vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire : J'étais à la bataille d'Austerlitz, pour que Ton réponde : Voilà un brave !
Signée Napoléon.
Circulaire à MM, les Evéqxies et aux Présidents de consistoire.
AuMerlUz, le i^frimaif m Jlf.
M. l'évêque du diocèse de
La victoire éclatante que Tiennent de remporter nos armes sur les armées combinées d'Autriche et de Russie, commaftdées par les empereurs de Russie et d'Autriche en personne, est une preuve visible de la protection de Dieu, et demande qu'il
«TK
soit rendu , dans tonte Vétendne de notre empiré, de solennelles actions de grâces.
Nous espérons que des succès aussi marquants que ceux que nous avons obtenus a la journée d'Austerlilz , porteront enfin nos ennemis à éloigner d'eux les conseils perfides de l'Angleterre , seul moyen qui puisse ramener la paix sur le continent.
Au reçu de la présente , vous voudrez donc bien , selon Tusage, chanter un Te Deum, auquel notre intention est que toutes les autorités constituées et notre penpie assistent. Cette lettre n'étant à une autre fin, nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.
Signé, Napoléox.
Par TEmpereur,
Le Ministre seerétaire d'Btatf H.-B. Maret.
TRENTIÈME BULLETIN (Ins).
ÀUêUrMt, le 19 primaire an XIV.
En ce moment arrive au quartier-général la capitulation envoyée par le maréchal Augereau, du corps d'armée autrichien commandé par le général Jellachick. L'Em^reur eût préféré que l'on eût ^ardé les prisonniers en France, cela eût-il dû occasionner quelques jours de blocus de plus ; car l'expérience a prouvé que, renvoyés en Autriche, les soldats servent incontinent après.
Le général de Wrède, commandant les Bavarois, a eu différentes affaires en Bohème contre Tarchiduc Ferdinand. 11 a fait quelques centaines de prisonniers.
Le prince de Rohan, à la tête d'un corps de six mille hommes qui avait été coupé par le maréchal Ney et par le maréchal Augereau, s'est jeté sur Trente, a passé la eorge de Bonacio, et tenté de pénétrer à Venise. Il a été battu par le général Saint- Cyr, gui l'a fait prisonnier avec ses six mille hommes.
TRENTE-UNIÈME BULLETIN
À utUrlilt, le 14 frimaire an XI K.
L'Empereur est parti hier d'Auslerlitz , et est allé à ses avant-postes près de Saruschitz , et s'est là placé à son bivouac. L'empereur d'Allemagne n'a pas tardé à arriver. Ces deux monarques ont eu une entrevue qui a dîiré deux heures. L'empereur d Allemagne n'a pas dissimulé, tant de sa part que de la part de l'empereur de Russie, tout le mépris que leur inspirait
la conduite de l'Angleterre. « Ce sont des marchands, a-t-il répété , qui mettent en feu le continent pour s'assurer le commerce du monde. »
Ces deux princes sont convenus d'un armistice et des principales conditions de la paix, qui sera négociée et terminée sous peu (le jours.
L'empereur d'Allemagne a fait également connaître à l'Empereur, que l'empereur de Russie demandait à faire si paix séparée, qu'il abandonnait entièrement les affaires 'de l'Angleterre cl n'y prenait aucun intérêt.
L'empereur d'Allemagne répéta plusieurs fois dans la conversation : * il n'y a point de doute, dans sa querelle avec l'Angleterre, la France a raison. » Il demanda aussi une trêve pour les restes de l'armée russe. L'Empereur lui fit observer que l'armée russe était cernée, qu(i pas un homme ne pouvait échapper : < Mais, ajouta-t-il, je désire faire une chose agréable à l'empereur Alexandre : je laisserai passer l'armée russe, j'arrêterai la marche de mes colonnes ; mais Votre Majesté me promet que l'armée russe retournera en Russie, évacuera l'Allemagne et la Pologne autrichienne et prussienne. » — « C'est l'intention de l'empereur Alexandre, a répondu l'empereur d'Allemagne ; je puis vous rassurer : d'ailleurs, dans la nuit vous pourrez vous en convaincre par vos propres officiers. »
On assure que l'Empereur a dit à l'empereur d'Allemagne, en le faisant approcher du feu de son bivouiic : o Je vous reçois dans le seul palais que j'habite depuis deux mois. > L empereur d'Allemagne a répondu en riant : < Vous tirez si bon parti de cette habitation, qu'elle doit vous plaire. > C'est du moins ce que Von croit avoir entendu. La nombreuse suite des deux princes n'était pas assez éloignée pour qu'elle ne pût entendre plusieurs choses.
L'Empereur a accompagné Tempereur d'Allemagne à sa voiture, et s'est fait présenter les deux princes de Lichtenstein et le sénéral prince de Schwarzenberg.
Apres cela il est revenu coucher à Austeriitz.
On recueille tous les renseignements pour faire une belle description de la bataille d' A usterlitz. Un grand nombre d'ingénieurs lèvent le plan ou champ la bcitaille. a perte des Russes a été immense: les généraux Kuluzoff et Buxhowden ont été blessés; dix ou douze généraux ont été tués : plusieurs aides-de-camps de l'empereur de Russie et un grand nombre d'officiers de distinction ont été tués. Ce n'est pas cent vingtpièces de canon qu'on a prises, mais cent cinquante. Les colonnes I ennemies qui se jetèrent dans les lacs
L'EMPUB.
furent favorisées par la glace : mais la canonnade la rompit, et des colonnes entières se noyèrent. Le soir de la journée, et pendant plusieurs heures de la nuit, l'Empereur a parcouru le champ de bataille et a fait enlever les blessés : spectaclehorrible s'il en fut jamais ! L'Empereur, monté sur des chevaux très vite, passait avec la rapidité de Féciair, et rien n'était plus touctiant que de voir ces braves gens le reconnaître sur-le-champ ; les uns oubliaient leurs souffrances et disaient : Au moins, la victoire est-elic bien assurée ? Les autres : Je souffre depuis huit heures, et depuis le commencement de la bataille je suis abandonné, mais j'ai bien fait mon devoir. D'autres : Vous devez être content de vos soldats aujourd'hui. A chaque soldat blessé l'Empereur laissait une garde qui le faisait transporter dans les ambulances. Il est horrible de le dire : quarante-huit heures après la bataille, il y avait encore un grand nombre de Russes cfu'on n'avait pu panser. Tous les Français le furent avant la nuit. Au lieu de quarante drapeaux, il y en a jusqu*à cette heure quarante-cinq, et l'on trouve encore les débris de plusieurs.
Rien n'égale la gaité des soldats à leur bivouac. A peine aperçoivent-ils un officier de rËm[)ereur, qu'ils lui crient:
l'Empereur a4ilélé content de nous?
En passant devant le 28* de ligne, qui a beaucoup de conscrits du Calvados et de la Seine-Inférieure, l'Empereur lui dit : « J'espère que les Normands se distingueront aujourd'hui. > Ils ont tenu parole, les Normands se sont distingués. L'Empereur, qui connaît la composition de chaque régiment, a dit à chacun son mot ; et ce mot arrivait et parlait au cœur de ceux auxquels il était adressé, et devenait leur mot de ralliement au milieu du feu. Il dit au 57" : « Souvenez -vous qu'il y a bien des années que je vous ai surnommé /e Terrible, > Il faudrait nommer tous les régimenis de l'armée; il n'en est aucun qui n'ait fait des prodiges de bravoure et d'intrépidité. C'est là le cas de dire que la mort s'épouvantait et fuyait devant nos rangs, pour s*élancer dans les rangs ennemis ; pas un corps n'a fait un mouvement rétrograde. L*Empereur disait : « J'ai livré trente batailles comme celle-ci, mais je n'en ai vu aucunç où la victoire aitété si décidée, et les destins si peu balancés.» La garde à pied de TEmpereur n'a pu donner; elle en pleurait de rage. Comme elle demandait absolument à faire quelque chose: « Réjouissez-vous de ne rien faire, lui dit TEmpcreur: vous devez donner en réserve ; tant mieux si Ton a pas besoin de vous aujourd'hui. »
Trois colonels de la garde impériale russe sont pris avec le général qui la
commandait. Les hussards de cette garde ont fait une charge sur la division Caffarelli. Cette seule charge leur a coûté trois cents hommes qui restèrent sur le champ de bataille. La cavalerie française s'est montrée supérieure et a parfaitement fait. A la lin de la bataille, 1 Empereur a envoyé le colonel Dallemagne avec deux escadfrons de sa garde en partisans, pour parcourir à la volonté les environs du champ de bataille, et ramener les fuyards. II a pris plusieurs drapeaux, quinze pièces jde canon , et fait quinze cents
f)risonniers. La garde regrette beaucoup e colonel des chasseurs * cheval Morlanu, tué d'un coup de mitraille en chargeant l'artillerie de la garde impériale russe. Celte artillerie fut prise, mais ce brave colonel trouva la mort. Nous n'avons eu aucun général tué. Le colonel Mazas, du U* de ligne, brave homme, a été tué.
Beaucoup de chefs de bataillon ont été blessés. Les voltigeurs ont rivalisé avec les grenadiers. Les 55% 43% U% 36% 40« et 17*....; maison n'ose nommer aucun corps, ce serait une injustice Dour les autres; ils ont tous fait rimpossible. 11 n'y avait pas un officier, pas un général, pas un soldat qui ne fût décidé à vaincre ou à périr.
Il ne faut point taire un trait qui honore Tennemi : le commandant de l'artillerie de la garde impériale russe venait de perdre ses pièces ; il rencontra l'Empereur : Sire, lui dit-il, faites-moi fusilfer, ie viens de perdre mes pièces. < Jeane nomme, lui repondit l'Empereur, j'apprécie vos larmes, mais on peut être battu par mon armée, et avoir encore des Uties a la gloire. >
Nos avant-postes sont arrivés à Olmûtz ; l'impératrice et toute sa cour s'en sont sauvées en toute hâte.
Le colonel Corbineau, écuyer de l'Empereur, commandant le 5* régiment de chasseurs, a eu quatre chevaux tués ; au cinquième il a été blessé lui-même, anrès avoir enlevé un drapeau. Le prince Murât se loue beaucoup des belles manœuvres du général Kellermann, des belles charges des généraux Nansouty et d'Hautpoul, et enfin de tous les généraux; mais il ne sait qui nommer, parce qu'il faudrait les nommer tous.
Les soldats du train ont mérité les éloges de l'armée. L'artillerie a fait un mal épouvantable à l'ennemi. Quand on en a rendu compte à l'Empereur, il a dit : Ces succès me font plaisir, car je n'oublie pas que c'est dans ce corps que j'ai commencé ma carrière militaire. *
L'aide-de-campde l'Empereur, le général Savary, avait accompagné remperenr d'Allemagne après l'entrevue, pour savoir si l'empereur de Russie adhérait à la capi-
«rr
tttlaiion. H a trouvé les débris de Tannée russe sans artillerie ni bagages et dans un épouvantable désordre; ilétait minuit; le général Meerfeld avait été repoussé de Godding par le maréchal Davout; Tarmée russe était cernée; pas un homme ne pouvaits'échapper. Le prince Czartorinski introduisit le général Savary près de TEmpereur. « Dites à votre maître, lui cria ce prince, que jem*en vais; qu'il a fait hier des miracles; que celte journée a accru mon admiration pour lui ; que c'est un prédestiné du ciel ; qu'il faut à mon armée cent ans pour égaler la sienne. Mais puîs-je me retirer avec sûreté ? — Oui, Sire, lui dit le général Savary, si Votre Maiesté ratiûe ce que les deux empereurs de France et d'Allemagne ont arrêté dans leur entrevue. — Et qu'est-ce? •— Que l'armée de Votre Majesté se retirera chez elle par les journées d'étape qui seront ré-
flées par l'Empereur, et qu'elle évacuera Allemagne et la Pologne autrichienne. A cette condition, j'ai l'ordre de l'Empereur de me rendre à nos avant-postes, qui vous ont déjà tourné, et d'y donner ses ordres pour protéger votre retraite, l'Empereur voulant respecter l'ami du Premier-Consul. — Quelle garantie faut-il pour cela?— Sire, votre parole. —Je vous la donne. » Cet aide-de-eamp partit sur-le-champ au grand galop et se rendit auprès du marécnal Davout , auquel ri donna l'ordre de cesser tout mouvement et de rester tranquille. Puisse cette générosité de l'empereur des Français ne pas être aussitôt oubliée en Russie que le bean procédé de l'Empereur, qui renvoya sixmille hommes à l'empereur Paul avec tant de grâce et de marques d'estime pour lui ! Le général Savary avait causé une heure avec l'empereur de Russie, et l'avait trouvé tel que doit être un homme de cœur et de sens, quelques revers d'ailleurs qu'il ait éprouvés. Ce monarque lui demanda des détails sur la journée. «Vous étiez inférieurs à moi, lui dit-il, et cepen* dant vous étiez supérieur sur tous )és points d'attaque. — Sire, répondit le général Savary, c'est l'art oe la guerre et le fruit de quinze ans de gloire; c'est la quarantième bataille guc donne l'Empereur. — Cela est vrai ; c'est un grand homme de guerre. Pour moi, c'est la première fois que je vois le feu. Je n'ai jamais eu la prétention de me mesurer avec lui. — Sire, quand vous aurez de l'expérience, vous le surpasserez peut-être. •— Je m'en vais donc dans ma capitale. J'étais venuausecoursdeTempereurd' Allemagne; il m'a fait dire qu'il est content ; je le suis aussi. >
A son entrevue avec l'empereur d'Allemagne, r£mpereur lui a dit: « M. et Mme Colloredo, MM. Paget et Rasumowski
ne font qu'un avec voire ministre Gobentzel : voilà les vraies causes de la guerre, et si Votre Majesté continue à se livrer à ces intrigants, elle ruinera toutes ses affaires et s'aliénera le cœur de ses sujets, elle, cependant, qui a tant de qualités pour être heureuse et aimée I >
Un major autrichien s'étant présenté aux avant-postes, porteur de dépêches de M. de Cobentzel pour M. de Stadion à Vienne, l'Empereur a dit : « Je ne veux rien de commun avec cet homme, qui s'est vendu à l'Angleterre pour payer ses dettes, et qui a ruiné son maître et sa nation, en suivant les conseils de sa sœur et de Mme Colloredo. >
L'Empereur fait le plus grand cas du prince Jean de Lichtenstein; il a dit plusieurs fois : < Comment, lorsqu'on a des hommes d'aussi grande distinction, laisset-on mener ses affaires par des sots et des intrigants? > Eirectivement, le prince de Lichtenstein est un des hommes les plus distingués, non seulement par ses talents militaires, mais encore par ses qualités et ses connaissances.
On assure que l'Empereur a dit, après sa conférence avec l'empereur d'Allemagne : < Cet homme me fait faire une fautOi car j'aurais pu suivre ma victoire, et prendre toute 1 armée russe et autrichienne ; mais, enfin, quelques larmes de moins seront versées. »
TRENTE-DEUXIÈME BULLETIN
AutierlUs, U 15 frimaire an XIV.
Le général Priant, à la bataille d'Auslerlitz, a eu quatre chevaux tués sous lui. Les colonels Conroux et Demoustier se sont fait remarquer: Les traits de courage sont si nombreux, qu à mesure que le rapport en est fait à 1 Empereur, il dit : « Il me faut toute ma puissance pour récompenser dignement toutes ces braves gens.»
Les Russes, en combattant, ont 1 habitude de mettre leurs hâvre-sacs bas.
Comme toute l'armée russe a: été mise en déroute, nos soldats ont pris tous des hâvre-sacs. On a pris aussi une grande partie de ses bagages, et les soldats y ont trouvé beaucoup d argent.
Le général Bertrand, qui avait été détaché après la bataille avec un escadron de la garde, a ramassé \w grand nombre de prisonniers , dix-neuf pièces de canon et beaucoup de voitures remplies d'effets.
Le nombre de pièces do canon prises jusqu'à cette heure se monte à cent soixante-
L'Empereur a montré quelque mécontentement qu'on lui eût envoyé des pléni*'
LVHriBB.
polentiaires ht veille de la baiaiUe, et qu'on eût ainsi prostitué le caractère diplomatique. Cela est digne de M.de Cobentïel, que toute la nation regarde comme un de» principaux auleurs de tous ses malheurs.
Le prince Jean de Lichlenslcin est venu trouver l'Empereur au châleau d'Austerliti. L'Empereur lui a accordé une conférence de i)lusieurs heures. On remarque que l'Empereur cause volontiers avec cet officier général. Ce prince a conclu, avec le maréciial Berthier, un armistice de la teneur suivante ;
M. de Talleyrand se rend à Nicolsbiirg, où les négociations vont s'ouvrir.
Armistice conclu entre LL. MM. II. de France et d'Autriche.
S. M. l'empereur des Français et S. M. l'empereur d*Allemaçne, voulant arriver à des négociations définitives pour mettre fin à la guerre qui désole les deux étals, sont convenues au préalable de commencer [)ar un armistice, lequel aura lieu jusqu'à a conclusion de la paix définitive ou jusqu'à la rupture des négociations; et, dans ce cas, l armistice ne devra cesser que quinze jours après cette rupture, et la cessation de l'armistice sera notifiée aux plénipotentiaires des deux puissances et au quartier-ççénéral des deux armées.
Les conditions de l'armistice sont :
Art. I". La ligne des deux armées sera, en Moravie, le cercle d'Iglau, le cercle de Znaïm, le cercle de Briinn, la partie du cercle d'OlmiiU, sur la rive droite de la petite rivière de Trezeboska, en avant de Prosnitz, jusqu à l'endroit où elle se jette dans la Marck; et la rive droite de la Marck jusqu'à l'embouchure de cette rivière dans le Danube, y compris cependant Presbourg.
Il ne sera mis néanmoins aucune troupe française ni autrichienne dans un rayon de cinq à six lieues autour de Holitcn, à la rive droite de la Marck.
La ligne des deux armées comprendra, en outre, dans le territoire à occuper par l'armée française, toute la Basse et Haute- Autriche, le Tyrol, l'état de Venise, la Carinthie, la Styrie, la Carniole, le comté de (ioritz et l'islrie; enfin, dans la Bohôme, le cercle de Montabor, et tout ce qui est à Test de la route de Tabor à Lima.
IL L'armée russe évacuera les états d'Autriche, ainsi que la Pologne autrichienne; savoir : la Moravie et la Hongrie, dans l'espace de quinze jours, et la Gallicie dans respace d'un mois. L'ordre de roule de l'armée russe sera tracé , afin qu'on sache toujours où elle se trouve, ainsi que pour éviter tout malentendu.
m. Il ne sera fait, e» Hongrie, i espèce de levée en masse ni d'insurreotion, et en Bohème, aucune espèce de levée extraordinaire : aucune armée étrangère ne pourra entrer sur le territoire de la maison d'Autriche.
Des négociateurs se réuniront de pari et d'autre à Nicolsbiirg, pour procéder directement à l'ouverture des négociations, afin de parvenir à rétablir promptement la paix et la bonne harmonie entre les deux empereurs.
Fait double entre nous, soussignés, le maréchal Berthier, ministre de la guerre, major-général de la Grande-Armée, charge des pleins pouvoirs de S. M. l'empereor des Francais-et roi d'Italie, et leprinœ Jean de Lichtenstein , lieutenant-général, chargé des pleins pouvoirs de S. M. l'oBi pereur d'Autriche, roi de Hongrie, etc.
A Auslerlitz, le 15 frimaire an XIV (6 décembre 1805).
Signé, Maréchal BBRTHiKft, el Jean, prince de LichtbnstbIIT^ lieutenant-^ énéral.
TREiNTE-TROISIÈME BULLETIN,
Auit9rMs, ie 16 frimêirêmmlir.
Le général en chef Buxhowden a été tué, avec un grand nombre d'autres généraux russes dont on ignore les noms. Nos soldats ont ramasse une grande quantité de décorations. Le général russe Kutusoff a été blessé, et son beau-fils, jeune homme de grand mérite, a été tué.
On a fait compter les cadavres : il en résulte qu'il y a dix-huit niille Russes tués, six cents Autrichiens et neuf cents Français. Nous avons sept mille blessés russes. Tout compte fait, nous avons trois mille blessés français. Le général Roger Yalhubert est mort des suites de ses blessures. 11 a écrit à TEmpereur, une heure avant de mourir : « J'aurais voulu faire plus pour vous; je meurs dans une heure; je ne regrette pas la vie, puisque j'ai participé à une victoire qui vous assure un règne heureux. Quand vous penserez aux braves qui vous étaient dévoués, pensée à ma mémoire. Il me suffit de vous dire que j'ai une famille : je n'ai pas besoin (le vous la recomma:;der. >
I^s généraux Kellermann, Sébastiani cl Thiébaut sont hors de danger.
Les généraux Marisy et Demont sont blessés, mais beaucoup moins grièvement.
On sera sans <loute bien aise de connaître les différents décrets que l'Empereur a pris successivement en faveur de l'armée; ils sont ci-joints.
BULLETINS DE LA filANDE-ARMÉE.
Le corps du général Buxhowden, qui était à la gauche, était de vingt-sept mule hommes ; pas un n'a rejoint l'armée russe. Il a été plusieurs heures sous la mitraille de quarante pièces de canon . dont une partie servie par Tarlillerie de la garde impériale, et sous la fusillade des divisions des généraux Saint - Hilaire et Priant. Le massacre a été horrible ; la perle des Russes ne peut s'évaluer à moins de quarante-cinq mille hommes , et l'empereur de Russie ne s'en retournera pas chez lui avec plus de vingt-cinq mille hommes.
Puisse cette leçon profiter à ce jeune prince, et lui faire abandonner le conseil qu'a acheté TAnglelerre ! Puisse-t-il reprendre le véritable rôle qui convient à son pays et à son caractère , et secouer enfin le joug de ces vils oligarques de Londres ! Catherine-la-Grande connaissait bien le génie et les ressources de la Russie, lorsque, dans la première coalition, elle n'envoya point d'armée, et se contenta de secourir les coalisés par ses conseils et par ses vœux. Mais elle avait l'expérience d'un long règne et du caractère de sa nation. Elle avait réfléchi sur les dangers des coalitions. Cette expérience ne peut être acquise à vingt-quatre ans.
Lorsque Paul, son fils, fit marcher des armées contre la France , il sentit bientôt que les erreurs les plus courtes sont les meilleures ; et après une campagne il retira ses troupes. Si WoronzofT, qui est a Londres, n'était pas plus Anglais que Russe , il faudrait avoir une bien petite idée de ses talents pour supposer qull eût pu penser que soixante, quatre-vingts, cent mille Russes parviendraient à déshonorer la France, a lui faire subir le joug de l'Angleterre, à lui faire abandonner la Belgique, et à forcer l'Empereur à livrer sa couronne de fer à la race dégénérée des rois de Sardaigne.
Les troupes russes sont braves, mais beaucoup moins braves que les troupes françaises. Leurs généraux sont d'une inexpérience, et les soldats d'une ignorance et d'une pesanteur qui rendent leurs armées, en vérité, peu redoutal)les. Et d'ailleurs, eu supposant des victoires aux Russes, H eût ialltt dépeuple» la Russie pour arriver au but insensé que lui avaient prescrit les oligarques de Londres.
La bataille d'Austerlitz a été donnée sur le tombeau du célèbre Kaunitz. Cette circonstance a fait la plus grande impression sur la tète des Viennois. A force de prudence et de bonne conduite, et en la maintenant toujours en bonne harnHHiie avec la France, il avait porté TAutriehe à un haut degré de prospérité.
L'Empereur a mandé à Briinn M.. de
TalleyraBd, qui était à Vieiwie. Les négociations vont s'ouvrir à Nicolsbtirg
M. Maret avait joint à Auslerfiiz Sa Majesté, qui y a signé le travail des ministres et du conseil d'état.
L'Empereur a couché ce soir à Briinn
BrUun, le 7 frimaire an XIV,
Napoléon, empereur des Français, roi d Italie,
Nous avons décrété et décrétons ce aui suit : ^
Art. i'\ Il sera levé une contribution de centmillions de francs (argentde France) sur l'Autriche, la Moravie et les autres provinces de la maison d'Autriche occupées par l'armée française.
lï. Cette somme est donnée en gratification à l'armée, conformément à l'étal de distribution que nous arrêterons.
HL Le prix de tous les magasins de sel, de tabac, des fusils, de la poudre et des munitions de guerre, qui ne sont pas nécessaires à l'armement de notre armée, et que notre général d'artillerie ne fera point transporter en France, et que nous jugerons devoir être vendus, sera versé dans la caisse de notre armée pour lui être distribué en gratifications.
IV. Sur les premiers fonds qui rentreront de cette distribution, ainsi que sur ceux provenant de la contribution do Souabe, il sera payé trois mois de solde en gratification à tout général , oflicier et soldat qui a été ou sera blessé dans la présente guerre.
V. Notre ministre de la guerre est chargé de l'exécution du présent décret.
Signé, Napoléon.
Par l'Empereur,
Le Minitire teerétaire d'BM, Signé, H.-B. Maret.
De notre camp impérial d'Àvtlerlilx, le 16 frimaire an XIV.
Napoléon, empereur des Français, roi d'Italie, avons décrété et décrétons ce aoi suit : ^
Art. i•^ Les veuves des généraux morts à la bataille d'Austerlitz jouiront d'une pension de 6,000 francs leur vie durant; les veuves des colonels et des majors, d une pension de 2,400 francs; les veuves des capitaines, d'une pension de i,200 francs ; les veuves des lieutenants et souslieutenants, d'une pension de 800 francs; les veuves des soldats, d'une pension de âOO francs.
U. Notre ministre de la goerreesl chargé de l'exécution du présent décret, qui sera
LISHPUIE.
mis à Tordre do jour de Famiée el inséré au Bulletin des lois.
Signio Napoléon.
Par l'Empereur,
Le Minittre teerétaire d'ÊUU, Signé, O.-B. Maret.
De notre eatnp impérial d'Autterlitz, le 16 frimaire an XIV,
Napoléon, empereur des Français, roi d*Uaiie, avons décrété et décrétons ce qui suit:
Art. 1*'. Nous adoptons tous les enfants des généraux , ofliciers et soldats français morts à la bataille d'Auslerlitz.
II. lis seront tous entretenus et élevés à nos frais ; les sarçons dans notre palais impérial de Ramnouillet, et les filles dans notre palais impérial de SaintrGermain.
Les garçons seront ensuite placés et les filles mariées par nous.
III. Indépendamment de leurs noms de baptême et de famille, ils auront le droit d'y joindre celui de Napoléon. Notre grandjuge fera remplir, à cet égard, toutes les i6rmàlit(^ voulues par le Gode civil.
lY. Notre grand-maréchal du palais, et notre intendant-général de la couronne, sont chargés, chacun en ce qui le concerne , de l'exécution du présent décret, qui sera mis à Tordre du jour de Tarmée et inséré au Bulletin des lois.
Signée NâPOLtoN.
Par TEmpereur,
Le Minitire eeerétaire d'Étal, Signé, H.-B. Marbt.
TRENTE-QUATRIÈME BULLETIN
BrUnn, le 19 frimaire an XIV,
L'Empereur a reçu aujourd'hui M. le prince Repnin, fait prisonnier à la bataille d'Austcrlitz à la tète des chevaliers-fcardes, dont il était le colonel. Sa Majesté lui a dit qu'elle ne voulait pas priver Tempereur Alexandre d'aussi braves gens, et qu'il pouvait réunir tous les prisonniers de la garde impériale russe, et retourner avec eux en Russie. Sa Majesté a exprimé le regret que l'empereur de Russie eût voulu livrer bataille, et a dit que ce monarque, s'il Tavait cru la veille, aurait épargné le sang et Thonneur de son armée.
M. le prince Jean de Lichtenstein est arrivé hier avec de pleins pouvoirs. Les conférences, entre lui et M. de Talleyrand, sont en pleine activité.
Le premier aide-de-camp Junot, gae Sa Majesté avait envoyé aupr^ des empereurs d'Allemagne et de Russie, a vu à Holitz l'empereur d'Allemagne, qui Ta reçu avec beaucoup de grâce et de distinction. Il n'a pu continuer sa mission, parce que l'empereur Alexandre était parti en poste pour Saint-Pétersbourg , ainsi que le général Kutuzoff.
Sa Majesté a reçu à Brunn M. d'Haugwitzs, et a paru très satisfaite de tout ce que lui a dit ce plénipotentiaire, qu'elle a accueilli d'une manière d'autant plus distinguée, qu'il s'est toujours défendu de la dépendance de l'Angleterre, et que c'est à ses conseils qu'on (foit attribuer la grande considération et la prospérité dont jouit la Prusse. On ne pourrait en dire autant d'un autre ministre qui, né en Hanovre, n'a pas été inaccessible à la pluie d'or. Mais toutes les intrigues ont été et seront impuissantes contre le bon esprit et la haute sagesse du roi de Prusse. Au reste, la nation française ne dépend de personne, et cent cinquante mille ennemis de plus n'auraient fait autre chose que de rendre la guerre plus longue. La France et la Prusse, ans ces circonstances, ont eu à se louer de M. le duc de Brunswick, de MM. de Mollendorff, de Knobelsdorff, Lombard, et surtout du Roi lui-même. Les intrigues anglaises ont souvent paru gajrner du terrain; mais comme, en dernière analyse, on ne pouvait arriver à aucun parti sans aborder de front la question , toutes les intriffues ont échoué devant la volonté du Roi. En vérité, ceux qui les conduisaient, abusaient étrangement de sa confiance :
la Prusse peut-elle avoir un ami plus solide et plus désintéressé que la France. La Russie est la seule puissance en Europe qui puisse faire une guerre de fantaisie : après une bataille perdue ou gafnée, les Russes s'en vont ; la France, Autriche, la Prusse, au contraire, doivent méditer longtemps les résultats de la guerre : une ou deux batailles sont insuffisantes pour en épuiser toutes les* chances.
Les paysans de Moravie tuent les Russes partout ou ils les rencontrent isolés. Ils en ont déjà massacré une centaine. L'empereur des Français a donné des orares pour que des patrouiller de cavalerie parcourent les campagnes et empêchent ces excès. Puisque 1 armée ennemie se Tetire, les Russes qu'elle laisse après elle sont sous la protection du vainqueur. Il est vrai qu'ils ont commis tant de désonires, tant de brigandages, qu'on ne doit pas s'étonner de ces vengeances. Us maltraitaient les pauvres comme les riches : trois cents coups de bâton leur paraissaient une légère offense. 11 n'est point d'attentats qu'ils n'aient commis. Le pillage,
rincendle des villages, le massacre, tels étaient leurs jeux; ils ont même tue des prêtres |usque sur les autels. Malheur au souverain qui attirera jamais un tel fléau sur son territoire ! La bataille d'Austerlitz a été une victoire européenne , puisqu'elle a fait tomber le prestige qui semblait s'attacher au nom de ces barbares. Ce mot ne peut s'appliquer cependant ni à la cour, ni au plus grand nombre des officiers, ni aux habitants des villes, qui sont au contraire civilisés jusqu'à la corruption.
TRENTE-CINQUIÈME BULLETIN
Brilniif le 30 frimaire an XIV.
L'armée russe s'est mise en marche le 47 firimaire, sur trois colonnes, pour retourner en Russie : la première a pris le chemin de Cracovie et de Thérespol ; la seconde, celui de Kaschau, Lemnerg et Brody ; et la troisième, celui de Cizrnau, Watrell et Hussialin. A la tète de la première est parti Tempereur de Russie, avec son frère le grand-duc Constantin.
Indépendamment de l'artillerie de bataille, un parc entier de cent pièces de canon a été pris aux Russes avec tous leurs caissons.
L'Empereiir est allé voir ce parc ; il a ordonne que toutes les pièces prises fiissent transportées en France. Il est sans exemple que, dans une bataille, on ait pris cent cinquante à cent soixante pièces de canon, toutes ayant fait feu et servi dans l'action.
Le chef d'escadron Chaloppin , aidede-camp du maréchal Bemadotte, a été tué.
Les colonels Lacour, du 5' régiment de dragons ; Bigeon, du Se^* de chasseurs ; Bcssières, dull*" de chasseurs, frère du maréchal Bessières; Gérard, colonel, aidede-camp du maréchal BernadoUe ; Mares, colonel, aide-de-camp du maréchal Davout, ont été blessés.
Les chefs de bataillon Perrier, du 56*^ régiment d'infanterie de ligne ; Guye, du 4» de ligne ; Schwiler, du 57* de figne ; les chefs d'escadron Grumblot , du 2« ré-
gimentde carabiniers; Didelon, du 9"" de ragons; Boudichon, du 4* de hussards ; le chef de bataillon du génie Abrissot ; RabieretMobillard, duS5« de ligne; Proffil, du 43* ; et les chefs d'escadron Trévillé , du 26* de chasseurs, et David, du 2* de hussards, ont été blessés.
Les chefs d'escadron des chasseurs à cheval de la garde impériale Bayermann, Bohin et Tiry, ont été blessés.
Le capitaine Tervé, des chasseurs à
vu.
cheval{de la garde, est mort des suites de ses blessures.
Le capitaine Geist, les lieutenants Bureau, Barbanègre, Guyot, Fournier, Adet.
Bayeux et Renno, des chasseurs à cheval de la garde, et les lieutenants Ménager e( Rollet , des grenadiers à cheval de la garde, ont été nlessés.
TRENTE-SIXIÈME BULLETIN
SchcBnbr^inn, le S3 frimaire an XIV.
Ce sera un recueil d'un grand intérêt
Sue celui des traits de bravoure qui ont lustré la Grande-Armée.
Un carabinier du 10* régiment d'infanterie léffère a le bras gauche emporté par un boulet de canon : Aide-moi, dit-il à son camarade, à ôter mon sar^ et cours me venger :je n'aipas besoin d*aulres secours. Il met ensuite son sac sur son bras droit, et marche seul vers l'ambulance.
Le général Thiébaut, dangereusement blessé, était transporté par quatre prisonniers russes : six Français blessés l'aperçoivent, chassent les Russes et saisissent le brancard, en disant : Cesi à nous seuls qu'apparlienl Vhonneur de porter un général français blessé.
Le général Yalhubert a la cuisse emportée d'un coup dé canon ; quatre soldats se présentent pour l'enlever : « Souvenezvous de l'ordre du jour, leur dit-il d'une voix de tonnerre, et serrez vos rangs. Si vous revenez vainqueurs, on me relèvera après la bataille; si vous êtes vaincus, je n attache plus de prix à la vie. >
Ce général est le seul dont on ait à regretter la perte ; tous les autres généraux blessés sont en pleine guérison.
Les bataillons des tirailleurs du Pô et des tirailleurs corses se sont bravement comportés dans la défense du village de Strolilz. Le colonel Franceschi, avec le 8* de hussards, s'est fait remarquer par son courage et sa bonne conduite.
On a fait écouler l'eau du lac, sur lequel de nombreux corps russes s étaient enfuis le jour de la bataille d'Austerlitz, et Ton en a retiré quarante-neuf pièces de canon russes et une grande quantité de cadavres.
L'Empereur est arrivé ici, avant-hier 21, à dix heures du soir.
Il a reçu hier la députation des Maires de Paris, qui lui a été présentée par S. A. S. le prince Murât.
L'CMPQffi.
THENTRSBPTIÏME BOUKTIN.
Sek^nthmi^ '« & •Vfôi^ an X/F.
Yoicî la poùtioBL i^ l'année aujoor- Le maréchal Bemadotle oecape la Bo-
Le maréchal Mortier la Moravie;
Le maréchal Davout occupe Presbourg, capi^ de la BoiOffrie ;
Le maréchal SoaK occupe Vienne ;
Le maréchal Ney occupe la Garinthie ;
le gégéral Marttoit la &tvrie ;
Le maréchal M asséna la Carniole;
U maréctu^l Augeieau reste en réserve e»Souabe;
Le maréchal llasséna, avec Tariaée d'italia, est devenu huitièiae corps de la Graade-Armée.
ie priace ïugëne a le commaBdemeiàt ev chef de toutes les troupes qui soat dans te pays de Venise et dans le royaume
Le général Salat-Cyr marche à grandes jpmoees sur Naples, pour punir la trahisoa de la B^ine et précipiter du troue cetite femme criminelle, qui , avec tant 4'impudeur, a violé tout ce aui est sacré parmi les hommes. On a voulu intercéder pour elle auprès de l'Empereur ; il a répondu : < Les hostilités dussent-elles reooJQimeacer, et la uaAioB soutenir une guerre de treute ans, une si atroce perfiaifi ne peut être pardonuée. La reine de Naples a cessé de régner ; ce dernier crime a rempli sa destinée; quelle aille à Londres augmenter le nombre des intrigants et former un comité d'encre s^rmpàthique avec Drake, Spencer Smith, Taylor, Wickam : elle pourra y appeler, si eU0 le juge convenaole, le baron d'Armfeld, MM. de Fersen, d'Antraigues, et le moitié Moru3^ »
Ha de Talleyrand est à Presbourff, où Ton négocie. Les plénipotentiaires de 1 em-
Eereur d* Autriche sonl le prince Jean de ichtenstein et le général diulay.
Le prince Charles a demandé à voir l'Empereur. Sa Majesté aura demain une entrevue avec ce prince, à la maison de chasse de SLamersdorS, à trois lieues de Vienne.
L'Empereur passe aujourd'hui la revue de la division Legrand, près Laxem-
l/Ëmpereur ne prend à Vienne aucun divertissement. Il a reçu fort peu de personnes.
Pendant quelques jours le temps a été assez froid : la journée d*aujourd hui est fort belle.
L Empereur a fait une grande quantité (le promotions dans l'anuép et dans la Lé-
gion-d*Hoiiiieur ; nais tes grades qui! a à sa disposition peuvent difficilement récompenser tant de brave».
L électeur de Wurtemberg a envoyé à PEmpereur le grand-cordon de Tordre dé Wiirtemberg, avec trois autres, qui ont été donnés au sénateur Harville, premi^ écuyer deTimpératrice, au maréchal K^ termann et an général Marmoiit.
L'Empereur a donné le grand-cordon de la Légion-d'fionneur à l'Electeur, an Prince-Élederal el am prince Pan), ses fils, et à ses frères les princes Enéène- Frédéric- Henri et Guillaume •• Frédéric- Philippe ; il a connu ces deux derniers princes à son passage à Louisbourg^ et a été bien aise ae leur donner une preuve de l'opinion qu'il a conçue de leur mérite.
Les électeurs de Bavière et de Wiirtemberg vont prendre le titre de rois; récompense qu'ils ont méritée par Tattacbenent et l'amitié qu'ils ont montrés à l'Empereur dans toutes ces circonstances.
L'Empereur a témoigné son méc«Bteiitement qu'on eût osé faire à Mayence une proclamation signée de son nom, et qu'on a remplie de sottises. Elle est datée aO^ miitz, où rEmpereur n'a jamais été; et, ce au'il y a de plus surprenant, c'est qu'elle a été mise à Tordre du jour de l'armée de Mayence. Quel que soit Tindividu qui en est l'auteur, il sera puni suivant la rigueur des lois. Est-il un plus grand crime, dans un état civilisé, que d'amiser (k nom du souverain ?
L'empereur d'Autriche est toujours à nolitscn.
Un grand nombre de blessés sont guéris. L armée est en meilleur état qu'elle n'a jamais été. Le prince Murât rend compte que sa cavalerie a presque doublé depuis la bataille d'Austerlikz. Tous les chevaux qui, par suite des marches kmcées, étaient restés en route, sont rétablis et ont rejoint leur corps. Plus de deux mille pièces de canon sont évacuées de l'arsenal de Vienne sur la France. L'Empereur a ordonné qu'il y aurait une^ salin au musée ?<Upoléon destinée à recevoir le» choses curieuses qui oni été recueiUies à Vienne.
U a fait pendre à la Bavière les canons et les drapeaux qui lui ont été pris en 1740. Les Bavarois feiisatent alors cause commune avec la France ; moÀs la France était gouvernée par un prètce puMfla^ nime.
Les peuples d'Italieont montré beaucoup d'énergie. L'Empereur a dit plusieurs fois : « Pourquoi mes peuples d'Italie ne parailraient-ils pas avec gloire sur la scène du monde? ils sont pleins d'esprit et de |);ission : dès lors il est facile de leur donner des qualités militaires. > Les canonniers iUimns de la garde royale se sont
couverts de gloire à la bataille d'Austerlitz, et ont mérité Feslime de tous les vieux canonniers français. La garde royale a toujours marché avec la garde impériale, et a été partout digne d'elle.
Venise sera réunie au royaume d'Italie.
Les villes de Bologne et de Brescia sont toujours les premières à se distinguer par leur énergie; aussi l'Empereur, en rece^ vant tes adresses de ces viUes, aV-il dit : « Je sais que les villes de Bologne et de Bressia sono miei di cuore, »
L'Empereur a fort approuvé les dispositions du prince Louis pour la défeBs» de la Hollande, la bonne disposition qu'il a prise à Nimègue, et les mesures qu'il a proposées pour garantir les frontières du riord.
Proelamation de Vempereur NapoUtm à Varmée.
Viewney h 29 décembre.
Soldats ,
La paix entre moi et l'empereur d'Autriche est signée. Vous avez, dans Gett« ar~ Fière-saison, fait deux campagnes ; vous avez rempli tout ce que j'attendais de vous. Je vais partir pour me rendre dans ma capitale. J'ai accordé de l'avancement et des récompenses à ceux qui se sont le plus distingués : je vous tiendrai tout ce que Je vous ai promis. Vous avez vu voire Empereur {partager avec vous vos périls et vos fatigues; je veux aussi que vous veniez le voir entouré de la grandeur et de la splendeur qui appartiennent «a souverain du [)remier peuple de l'univers. Je donnerai une grande fête aux ]Mremlers jours de mai a Paris; vous y serez tous, et après, nous irons où nous appelleront le bonheur de notre patrie et les intérêts de notre gloire.
Soldats , pendant ces trois mois , qui vous seront nécessaires pour retourner en France, soyez le modèle de toutes les armées : ce ne sont plus des preuves de courage et d'intrépidité que vous êtes appelés à donner, mais d'une sévère discipline. Que mes alliés n'aient pas à se plaindre de votre passage ; et, en arrivant sur ce territoire sacré , comportez-vous comme des enfants au milieu de leur famille; mon peuple se comportera avec vous comme il le doit envers ses héros et ses défenseurs.
Soldats, ridée que je vous verrai tous, avant six mois, rangés autour de mon palais, sourit à mon cœur, et j'éprouve d'avance les plus tendres émotions : nous célébrerons la mémoire de ceux qui , dans ces deux campagnes, sont morts au champ d'honneur jet le monde vous verra tout prêts à imiter leur exemple, et à faire en-
core plus que nous n'avons fait, s'il le faut, contre ceux qui voudraient attaquer notre bonheur, ou qui se laisseraient séduire par l'or corrupteur des éternels ennemis du continent.
Napoléon.
Schœnbrii/Mh^ le 6 nitôte an XIV,
Par l'Empereur,
le JÊaior-i^néraè , Maréchal Berthier.
Proclamation de l'empereur Napoléon.
Habitants de la villede Vienne, J'ai signé la paix avec l'empereur d'Autriche. Prêt à partir pour ma capitale, je veux que vous sachiez l'estime que Je vous porte, et le contentement que j'ai de votre conduite pendant le temps que vous avez été sous ma loi. Je vous ai donné un exemple inouï jusqu'à présent dans l'histoire des nations : dix mille hommes de votre garde nationale sont restés armés, ont gardé vos portes; votre arsenal tout entier est demeuré en votre pouvoir; et, pendant ce temps là, je courais les chances les plus hasardeuses de la guerre. Je me suis confié en vos sentiments d'honneur, de bonne foi, déloyauté; vous avez justifié ma confiance.
Habitants de Vienne, je sais que vous avez tous blâmé la guerre que des ministres , vendus à l'Angleterre , ont suscitée sur le continent. Votre souverain est éclairé sur les menées de ces ministres corrompus; il est livré tout entier aux grandes qualités qui le distinguent, et désormais j espère pour vous et pour le continent des jours plus heureux.
Habitants de Vienne , je me suis peu montré parmi vous, non par dédain ou par un vain orgueil; mais je n'ai pas voulu distraire en vous aucun des sentiments que vous deviez au Prince, avec qui j'étais dans l'intention de faire une prompte paix. En vous quittant , recevez , comme un présent qui vous prouve mon estime, votre arsenal intact, que les lois de la guerre ont rendu ma propriété : servezvous en toujours pour le maintien de l'ordre. Tous les maux que vous avez soufferts, attribuez-les aux malheurs inséparables de la guerre ; et tous les ménagements que mon armée a apportés dans vos contrées, vous les devez à l'estime que vous avez méritée.
Schambriinn, le 6 nivôte an XIV.
Signé Napoibon.
Par ordre de l'Empereur,
Le Major-général, Maréchal B£RTHiEa.
L'EMPIRE