VI. Notre ministre de Pintérieor ovvrin
sans délai, un ooMKmr» darchileoIftrQ, pour choisir le meilleur projet pour r^x6« cution de ce monument.
Une des conditions du prospectus sera de conserver la partie du bâtiment qui existe aujourd'hui, et que la dépense ne dépasse pas trois millions.
Une commission de la classe des beauxarts de notre institut sera chargée de faire un rapport à notre ministre de l'intérieur, avant le mois de mars 1807, sur les projets soumis au concours. Les travaux commenceront le 1" mai, et devront être achevés avant Tan 1809.
Notre ministre delintérieur sera chargé de tous les détails relatifs à la construction du monument, et le directeur-général de nos musées, de tous les détails des basreliefs, statues et tableaux.
VU. Il sera acheté 100.000 francs de rente en inscriptions sur le grand-livre, pour servir à la dotation du monua;ent et à son entretien annuel.
Vin. Une fois le monument construit, le grand conseil de la Légion-d'Honneur sera spécialement chargé de sa ^arde, de sa conservation et de tout ce qui est relatif au concours annuel.
IX. Notre ministre de l'intérieur et l'intendant des biens de la couronne sont chargés de l'exécution du présent décret.
Signé, Napoléox.
Par l'Empereur,
Le Ministre teerétaire d*Étal,
H.-B. Mabbt.
Le Prince de l^euehâUl, minitire de" la §uerre, major-^énéralf
Signé, Maréchal Alex. Bertbibr.
TRENTE-SEPTIÈME BULLETIN
Potenj le 2 décembre 1806.
Le fort de Gzentoschau a capitulé : six cents hommes qui en formaient la garnison, trente bouches à feu, des magasins, sont tombés en notre pouvoir. II y a un trésor formé de beaucoup d'objets précieux, gue la dévotion des Polonais avait offerts à un image de la Vierge, qui est regardée comme la patronne de la Pologne. Ce trésor avait été mis sous le séguestre. mais l'Empereur a ordonné qu'il fut rendu.
La partie de l'armée qui est à Varsovie continue à être satisfaite de l'esprit qui anime cette grande capitale.
La ville de Posen a donné aujourd'hui un bal à l'Empereur. Sa Majesté y a passé une heure.
U y «eu aujoard'hui on tt J>eum pour
990 L'ËMPIKE.
l'anniversaire du couronnement de TEm pereur.
TRENTE-HUITIÈME BULLETIN
Foien, te 5 décembre 1806.
Le prince Jérôme, commandant l'armée des alliés, après avoir resserré le blocus de Glogau, et fait construire des batteries autour de cette place , se porta , avec les divisions bavaroises de Wrede et Deroi, du côté de Kalitsch , à la rencontre des Russes, et laissa le général Vandamme et le corps wiirtembergeois continuer le siège de Glogau. Des mortiers et plusieurs pieces de canon arrivèrent le 29 novemore. Ils furent sur-le-champ mis en batterie, et, après quelques heures de bombardement, la place s'est rendue, et la capitulation a été signée.
Les troupes alliées du roi de Wiirtemberg se sont bien montrées : deux mille cinq cents hommes, des magasins assez considérables de biscuit, de blé. de poudre, près de deux cents pièces de canon, sont les résultats de cette conquête importante, surtout par la bonté de ses fortifications et par sa situation. C'est la capitale de la Basse-Silésie.
Les Russes, ayant refusé la bataille devant Varsovie, ont repassé la Vistule. Le grand-duc de Berg Ta passée après eux ; il s'est emparé du faubourg de Praga. Il les poursuivit sur le Bug. L'Empereur adonné eu conséquence l'ordre au prince Jérôme de marcher par sa droite sur Breslau , et de cerner cette place, qui ne tardera pas de tomber en notre pouvoir. Les sept places de la Silésie seront successivement attaquées et bloquées. Vu le moral des troupes qui s'y trouvent, aucune ne fait présumer une lonsue résistance.
Le petit fortdeculmbach, nommé Plassembourg, avait été bloqué par un bataillon bavarois ; muni de vivres pour plusieurs mois, il n'y avait pas de raison pour qu'il se rendît. L'Empereur a fait préparer à Cronachet à Forcheim des pièces d'artillerie pour battre ce fort et l'obli- Ser à se rendre. Le 24 novembre, vinçteux pièces étaient en batterie , ce qui a décide le commandant à livrer la place, M. de Becker, colonel du 6* régiment d infanterie de ligne bavarois, et commandant le blocus, a montré de l'activité et du savoir-faire dans cette circonstance.
L'anniversaire de la bataille d'Austerlitz et du couronnement de l'Empereur, a été célébré à Varsovie avec le plus grand enthousiasme.
TRENTE-NEUVIÈME BULLETIN
Poeen, le 7 déeemhn 1806.
Le général Savary, après avoir pris possession d'HameIn, s'est porté sur Nienoourg. Le gouverneur faisait des difficultés pour capituler. Le générai Savary entra dans la place, et, après quelques pourparlers, il conclut une capitulation.
Un courrier vient d'arriver, apportant la nouvelle à TEmpereur oue les Russes ont déclaré la guerre à la Porte ; que Ghoczin et Bender sont cernés par leurs troupes; qu'ils ont passé à i'improviste le Dniester, et poussé jusqu'à Jassy. C*est le général Micnelson qui commande l'armée russe en Valachie.
L'armée russe, commandée par le général Bcnni^çsen, a évacué la Vistule, et parait décidée à s'enfoncer dans les terres.
Le maréchal Davont a passé la Vistule, et a établi son quartier-général en avant de Praga; ses avant-postes sont sur le Bug. Le grand-duc de Berg est toujours à Varsovie.
L'Empereur a toujours son quartiergénéral à Posen.
QUARANTIÈME BULLETIN
Posen, le 9 décembre 1806.
Le maréchal Ncy a passé la Vistule, et est entré le 6 à Thnrn. il se loue particulièrement du colonel Savary, qui, a la tète du 14* régiment d'infanterie, et des grenadiers et voltigeurs du 96' et du B*" d'infanterie légère, passa le premier la Vislule. Il eut à Thorn un engagement avec tes Prussiens, qu'il força, après un léger combat, d'évacuer la ville. Il leur tua quelques hommes, et leur fit vingt prisonniers.
Cette affaire offre un trait remarquable. La rivière, large de quatre cents toises, charriait (les glaçons; le bateau qui portait notre avant-garde, retenu par les places, ne pouvait avancer ; de 1 autre rive, des bateliers polonais s'élancèrent au milieu d'une grêle de balles pour les dégager. Les bateliers prussiens voulurent s'y opposer : une lutte à coup de poings s'engagea entre eux. Les bateliers polonais jetèrent les Prussiens à l'eau, et guidèrent nos bateaux jusqu'à la rive droite. L'Empereur a demandé le nom de ces braves gens, pour les récompenser.
L'Empereur a reçu aujourd'hui la députation de Varsovie, composée de MM. Gutakouski, grand chambellan de Lithuanie.
BULLETINS DE LA 6RANDE-AEMËE.
chevalier des ordres de Pologne; Gersenki , lieutenant-général , chevalier des ordres de Pologne; Lubienski, chevalier des ordres de Pologne ; Alexandre Potocki ; Rzetkowki, chevalier de Tordre de Saint-Stanislas; Luszewski.
QUARANTE-UNIÈME BULLETIN
Posen, le 14 décembre 1$C6.
Le général de bri'çade Belair, du corps du maréchal Ney, partit de Thorn le 9 de ce mois, et se porta sur Galup. Le sixième bataillon d'infanterie légère, et le chef d'escadrons Schoeni, avec soixante hommes du 3« de hussards, rencontrèrent un parti de quatre cents chevaux ennemis. Ces deux avant-postes en vinrent aux mains.
Les Prussiens perdirent un officier et cinq dragons faits prisonniers, et eurent trente hommes tués dont les chevaux restèrent en notre [wuvoir. Le maréchal Ney se loue beaucoup du chef d'escadron Schoeni. Nos avant-postes de ce côté arrivent jusqu'à Strasbourg.
Le 11, à six heures du malin, la canonnonnacle se fit entendre du côté du Bug. Le maréchal Davout avait fait passer cetto rivière au général de brigade Gauthier, à 1 eml)ouchure de l'Wrka, vis-à-vis le village d'Okunin.
Le 23' de ligne et le 83* étant passés, s étaient déjà couverts par une tète de pont, et s'étaient portés une demi-lieue en avant, au village de Pomikuwo, lorsque une division russe se présenta pour enlever ce village ; elle ne fit que des efforts inutiles, fut repoussée et perdit beaucoup de monde. Nous avons eu vingt hommes tués ou blessés.
Le pont de Thorn, qui est sur pilotis, est rétabli ; on relève les fortifications de cette place. Le pont de Varsovie , au faubourg de Praga, est teminé; c'est un pont de bateaux. On fait au faubourg de Praga un camp retranché ; le général du génie Ghasseloup dirige en chef ces travaux.
Le 10, le maréchal Augereau a passé la Vistule, entre Zakroczym et Utrala. Ses détachements travaillent sur la rive droite à se couvrir par des retranchements. Les Russes paraissent avoir des forces à Pultnsk.
Le maréchal Bessières débouche de Thorn avec le second corps de la réserve de cavalerie, composée de la division de cavalerie légère du général Tilly, des dragons des généraux Grouchv et Sahuc, et des cuirassiers du général (l'Uaulpoul.
MM. deLucchesini et de Zastrow, plénipotentiaires du roi de Prusse, ont passé
le 10 à Thorn, pour se rendre à Kœnig»berg auprès de leur maître.
Un bataillon prussien de Klock a déserté tout entier du village de Brok. Il s'est dirigé, par différents chemins, sur nos postes. Il est composé en partie de Prussiens et de Polonais. Tous sont indignés du traitement qu'ils reçoivent des Russes : « Notre prince nous a vendus aux Russes, disent-ils, nous ne voulons point aller avec eux. »
L'ennemi a brûlé les beaux faubourgs de Breslau : beaucoup de femmes et d'enfants ont péri dans cet inceudie. Le prince Jérôme a donné des secours à ces malheureux habitants. L'humanité l'a emporté sur les lois de la guerre, qui ordonnent de repousser dans une place assiégée les bouches inutiles que l'ennemi veut en éloigner. Le bombardement était commencé.
Le général Gouvion est nommé gouverneur de Varsovie.
QUARANTE-DEUXIÈME BULLETIN
Fosen, le 45 décembre 1806.
Le pont sur la Narew, à son emboor chure dans le Bug, est terminé. La tète du pont est finie et armée de canons.
Le pont sur la Vistule, entre Zakroczym et Utrata, auprès de l'embouchure du Bug, est également terminé. La tête du pont, armée d'un grand nombre de batteries, est un ouvrage très redoutable.
Les armées russes viennent sur la direction de Grodno et sur celle de Bielsk, en lonseant la Narew et le Bug. Le quartier-général d'une de leurs divisions était le 10 à Pultusk, sur la Narew.
Le général Dulauloi est nommé gouverneur de Thorn.
Le huitième corps de la Grande-Armée, que commande le maréchal Mortier, s'avance; il a sa droite à Stettin, sa gauche à Rostock, et son quartier-général à Anklam.
Les grenadiers de la réserve du général Oudinot arrivent à Custrin.
La division des cuirassiers , nouvelle ment formée, sous le commandement du général Espagne, arrive à Berlin.
La division italienne du général Lecchi se réunit à Magdebourg.
Le corps du grand-duc de Bade est à Stettin : sous quinze jours , il pourra entrer en ligne. Le Prince héréditaire a constamment suivi le quartier-général, et s'est trouvé à toutes les affaires.
La division polonaise de Zayoncheck, qui a été organisée à Ilaguenau, et qui est forte de six mille hommes est à Leipsig pour y former son habillement.
LVMMftK.
Sa Majesté a ordonné de lever dans les états prussiens, au-Hlelà de TRlbe, un régiment qai se réanira à Munster. 1^ prince 'de HonenEoliern Sigmaringen est nommé colonel de ce corps.
Une division de l'armée de réserve da maréchal Kdlermannestpartiede Mayence.
La tète de cette division est déjà arrivée à Magdebourg.
La paix avec Télectear de Saxe et le duc de Saxe-Weymar a été signée à Posen.
Tous les princes de Saxe ont été admis dans la confédération du Rhin.
Sa Majesté a désapprouvé la levée des contributions frappées sur les états de Saxetiothaet Saxe-Meinun|2:en, et a ordonné de restituer ce qui a été perçu. Ces princes n'ayant point été en guerre avec la France, et n'ayant point fourni de continssent à la Prusse, ne devaient point êlre sujets à des contributions de guerre.
L'armée a pris |)ossession du pays de Mecklen bourg. C'est une suite du traité signé à Schwcrin le 25 octobre 1803. Par ce traité, le prince de Mecklenbourg avait accordé passage sur son territoire aux troupes russes commandées par le général Tolstoy.
La saison étonne les habitants de la Pologne. 11 ne gèle point. Le soleil paraît tous les jours, et il fait encore un temps d'automne.
L'Empereur part cette nuit pour Var- .sovio.
QUARANTE-TROISIÈME BULLETIN
Kmiuo, le 17 décembre 18M.
L'Empereur est arrivé à Kutuo à une une heure après midi, ayant voyagé toute la nuit dans des calèches du pays, le dégel ne permettant pas de se servir de voitures ordinaires. La calèche dans laquelle se trouvait le grand-maréchal du palais Durée a versé. Cet officier a clé grièvement blessé à l'épaule, sans cependant aucune espèce de danger. Cela l'oblige à garder le lit huit à dix jours.
Les têtes de pont de Prag, de Zakroczym, de la Narew et de Thorn, acquièrent tous les jours un nouveau degré de perfection.
L'Empereur sera demain à Varsovie.
La Yistule étant extrêmement large, les ponts ont partout trois à quatre cents toises, ce qui est un travail très considérable.
QUARANTE-QUATRIÈME BULLETIN
Varsovie, iê U âéeêmkr$ f M.
L'Empereur a visité hier les travaux de Praga. Huit belles redoutes palissadées et fraisées forment une enceinte de quinze cents toises, et trois fronts bastionnés, de six cents toises de développement, forment le reluit d'un camp retranché.
La Vistule est une des plus ^andes rivières qui existent. I.c Bug, qui est com* parativement plus petit, est cepeodaolplos fort que la Seine. Le pont sur ce dernier fleuve est entièrement terminé.
Le général Gauthier, avec les 25' et Sy régiments d'infanterie, occupe la tète du pont, que le général Cbasseloup a fait fortiGer avec intelligence, de manière que cette tète de pont, qui n'a cependant que que quatre cents toises de développement, se trouvant appuyée à des marais et à la rivière, entoure un camp retranché qui peut renfermer, sur la rive droite, toute une armée à l'abri de toute attaque de l'ennemi. Une brigade de cavalerie légère (le la réserve a tous les jours de petites eacarmouches avec la cavalerie russe.
Le 18, le maréchal Davout sentit la né* cessilé, pour rendre son camp sur la rive droite meilleur, de s'emparer d'une peHte île située à l'embouchure de l'Wrka; L'ennemi reconnut l'importance de ce poale.
Une vive fusillade d'avant-garde s'enga-
fea; mais la victoire et l'île restèrent aux rançais. Notre perle a été de peu d'hommes blessés. L'ofGcier du génie Cloœl, jeune homme de la plus grande espérance, a eu une balle dans la poitrine. Le 19, un régiment de Cosaques, soutenu par des hussards russes, essaya d'enlever la grand'* garde de cavalerie légère, placée en avant de la tète du pont du Rug ; mais la grand'carJe s'était placée de manière k être à 1 abri d'une surprise. Le 1''' de hussards sonna à cheval. Le colonel se précipita à la tête d'un escadron, et le 13' g'avan(ja pour le soutenir. L'ennemi fut culbuté.
Nous avons eu , dans cette petite affaire, trois ou quatre hommes blessés; mais le colonel des Cosaques a été tué. Une trentaine d'hommes et vingt-cinq chevaux sont restés en notre pouvoir. 11 n y a rien de si lâche et de si misérable que les Cosaques : c'est la honte de la nature humaine. Ils passent le Bug et violent chaque jour la neutralité de l'Autriche, pour piller une maison eo Gallicie ou pour se faire donner an vern d'eau-de-vie, dont ils sont très friands; mais notre cavalerie légère est familiarisée, depuis la dernière campagne, avec la manière de combattre ces misérables , qui peuvent arrêter, par leur nanbn et totia-
BULLETINS DE hk GRàNDE-ARMÉE.
tamarre qu^it» tm( en oharftetiit, des troupes qui n'ont pas l'habitude de les voir ; mais, quand on les connaît, deux mille de ces malheureux ne sont pas capables de charger un escadron qui les attend de pied ferme.
Le maréchal Aueereau a [)assé la Vistule à Utrata. Le geuéral Lapisse est entré à Plousk et en a chassé Tennemi.
Le maréchal Sonlt a passé la Yistnle à Vizogrod. .
Le maréchal Bessières est arrivé le 48 à Kikol avec le second corps de réserve de cavalerie. La tète est arrivée à Siepez. Différenles rencontres de cavalerie avaient eu lieu avec les hussards prussiens , dont bon nombre a été pris. La rive droite de la Yistttle se trouve entièrement nettoyée.
Le maréchal Ney, avec son corps d armée, appuie le maréchal Bessières. Il était arrive le 18 à Rypin. H avait lui-même sa droite appuyée par le maréchal-prince de Ponle-Corvo.
Tout se trouve donc en mouvement. Si Tennemi persiste à rester dans sa position, il y aura une bataille dans peu ac jours. Avec Taide de Dieu, l issue n'en peut être incertaine. L armée russe est commandée par le maréchal Kamenskoy , vieillard de soixante-quinze ans. lia sous lui les généraux Bennigsen et Buxhowden.
Le général Michelson est décidément entré en Moldavie. Des rapports assurent qu'il est entré le 29 novembre à Jassi. On assure même qu'un de ses généraux a pris d assaut Bender, et a tout passé au fil de répée. Voilà donc une guerre déclarée à la Porte, sans prétexte ni raison ; mais on avait jugé à Saint-Pétersbourg que le moment où la France et la Prusse, les deux puissances les plus intéressées à maintenir 1 indépendance de la Turquie, étaient aux mains, devenait le moment favorable pour assujettir cette puissance. Les événements d'un mois ont déconcerté ces calculs, et la Porte leur devra sa conservation.
Le grand-duc de Berg est malade de la fièvre. Il va mieux.
Le temps est doux comme à Paris au mois d*octobre, et humide , ce qui rend les chemins difficiles. On est parvenu à se procurer une assez grande quantité de vin pour soutenir la force du soldat.
Le palais des rois de Pologne est beau et bien meublé. Il y a à Varsovie un grand nombre de beaux palais et de belles maisons. Nos hôpitaux y sont bien établis ; ce qui n'est pas un petit avantage dans ce pays. L'ennemi paraît avoir beaucoup de malades; il a aussi beaucoup de déserteurs. On ne parle pas des Prussiens, car même des corps entiers ont déserté pour ne pas être, sous les Ruàses, obligés de dévorer de continuels afhronts.
quàrantë^inquiëme bulletin.
Palutki, le fi7 déemhre 4806.
Le général russe Bennicsen cmnmandaii une armée que Ton évaluait à soixante mille hommes. Il avait d'abord le projet de couvrir Varsovie ; mais la renomnâée des événements qui s'étaient passés en Prusse lui porta conseil , et il prit le parti de se retirer sur la frontière russe. Sani presque aucun engagement, les armées françaises entrèrent uans Varsovie, passèrent la Vistule et occupèrent Prag. Sur ces entrefaites, le feld-maréchal Kaminski arriva à l'armée russe au moment même où la jonction du corps de Bennigsen avec celui de Buxhowden s'opérait. 11 s'indignait de la marche rétrograde des Russes. II crut qu'elle compromettait Thonneur des armes de sa nation, et il marcha en avant. La Prusse faisait instances sur instances, se plaignant qu'on l'abandonnait après lui avoir promis de la soutenir, et disant que le chemin de Berlin n'était ni par Grodno, ni par Otita, ni par Brezsc ; que ses sujets se désaiïcctionnaient ; que 1 habitude de voir le trône de Berlin occupé par des Français était dangereuse pour elle et favorable à Tennemi. Non seulement le mouvement rétrograde des Busses cessa, mais ils se reportèrent en avant. Le 5 décembre, le général Bennigsen rétablit son quartier-général à Pultusk. Les ordres étaient d'empêcher les Français de passer la Narcw, de reprendre Prag, et d occuper la Vistule jusqu'au moment où l'on pourrait effectuer des opérations offensives d'une plus grande importance.
La réunion des généraux Kaminski, Buxhowden et Bennigsen fut célébrée au château de Sierock par des réjouissances et des illuminations, qui furent aperçues du haut des tours de Varsovie.
Cependant, au moment même où l'ennemi s'encourageait par des fêtes , la Narew se passait : huit cents Français jetés de Tautre côté de cette rivière, à l'embouchure de rWrka, s'y retranchèrent cette même nuit; et lorsque l'ennemi se présenta le matin pour les rejeter dans ta rivière, il n'était plus temps ; ils se trouvaient à l'abri de tout événement.
instruit de ce changement survenu dans les opérations de l'ennemi, l'Empereur partit de Posen le ie. Au même moment, il avait mis en mouvement son armée.
Tout ce qui revenait des discours des Russes faisait comprendre qu'ils voulaient reprendre l'offensive.
Le maréchal Ney était depuis plusieurs jours maître de Thorn. Il réunit son corps d'armée à Gallup. Le maréchal Bessières, avec le deuxième corps de la cavalerie de
UBMnRB.
la réflervei composé des dîTîsions de dra-
rSahuc et Groochy, et de la division cuirassiers d'Hautpoul, partit de Thom pour se porter sur BiezuD. L^ maréchal prince de PoQte-€orvo partit avec son corps d'armée pour le soutenir. Le maréchad Soult passait la Vistule, vis-àvis de Plock; le maréchal Augereau la passait vis-à-vis de Zakroczym, où Ton travaillait à force à établir un pont. Celui de la Narew se poussait aussi vivement. Le 23, le pont de la Narew fut terminé. Toute la réserve de cavalerie passa surle-champ la Vistule à Praf< , pour se rendre sur la Narew. Le maréchal Davout y réunit tout son corps. Le 23, à une heure du matin , TEmpereur partit de Varsovie, el passa la Narew à neuf heures. Après avoir reconnu rWrka et les retranchements considérables qu'avait élevés Tennemi, il fit jeter un pont au confluent de la Narew et de TWrka. Ce pont fut jeté en deux heures par les soins du général d'artillerie.
• Combat de NasiêUk.
Combat de nuit de Cxamoux).
La division Morand passa sur-le-champ pour aller s'emparer des retranchements de Fennemi près du village de Czarnowo. Le général de brigade Marulaz la soutenait avec sa cavalerie légère. La division de dra«;ons du général Beaumont passa immédiatement après. La canonnade s'enffagea à Czarnowo. Le maréchal Davout fit passer le général Petit avec le 12* de ligne pour enlever les redoutes du pont. La nuit vint , on dut achever toutes les opérations au clair de la lune ; et à deux heures du matin, l'objet que se proposait l'Empereur fut rempli. Toutes les batteries du village de Czarnowo furent enlevées ; celles du pont furent prises ; quinze mille hommes qui les défendaient furent mis en dérouie, malgré leur vive résistance.
Quelques prisonniers et six pièces de canon restèrent en notre pouvoir. Plusieurs généraux ennemis furent blessés. De notre o5lé, le général de brigade Boussard a été légèrement blessé. Nous avons eu peu de morts, mais près de deux cents blessés. Uans le même temps , à l'autre extrémité de la ligne d'opérations, le maréchal Ney culbutait les restes de l'armée prussienne, et les jetait dans les bois de Laulerburg, en leur faisant éprouver une perte notable. Le maréchal Bessières avait une brillante affaire de cavalerie, cernait trois escadrons de hussards qu'il faisait prisonniers, et enlevait plusieurs pièces de ca-
Le 24, la réserve de cavalerie et le eorpi du maréchal Davout se dirii^renl sur Nasielsk. L'Empereur donna le commandement de l'avant-garde au général Rapp.
Arrivé à une lieue de Nasielsk , on rencontra l'avant-garde ennemie.
Le général Lemarrois partit avec deux régiments de dragons, pour tourner qb grand bois et cerner cette avanUgarde.Ce mouvement fut exécuté avec promptitude.
Mais l'avanl-garde ennemie, voyant l'armée française ne faire aucun mouvement pour avancer , soupçonna quelque projet et ne tint pas. Cependant il se fit quelques charges , dans Tune desquelles fut pns le major Onrvarow, aide-de»?amp de Pempereur de Russie. Immédiatement après, ao détachement arriva sur la petite ville de Nasielsk. La canonnade devint vive La position de l'ennemi était bonne : il était retranché par des marais et des bois, le maréchal Kaminski commandait lui-mfime.
Il croyait pouvoir passer la nuit dans cette position, en attendant que d'aotres colonnes vinssent le joindre. Vain calcul; il en fut chassé, et mené tambour battant pendant plusieurs lieues. Quelques généraux russes furent blessé^ , plusieurs colonels faits prisonniers, et plusieurs pièces de canon prises. Le colonel Beker, du 8* régiment d^ dragons, brave officier, a été blessé mortellement.
Passage de VWrka.
Au même moment, le général Nansoutt, avec la division Klein et une brigade de cavalerie légère , culbutait , en avant de Kursomb, les Cosaques et la cavalerie canemie, qui avait passé l'Wrka sur ce point, et traversait là cette rivière. Le septième corps d*armée, que oommaadele maréchal Augereau, effectuait son passade de rwrka a Kursomb, et culbutait les quinze mille hommes qui la défeodaieiL Le passage du pont fut brillant. Le 14* de ligne l'exécuta en colonnes serrées, peudant que le 16« d'infanlerie légère établissait une vive fusillade sur la rive d^oit^ A peine le 14' eut-il débouché du pont, qu il essuya une char^ de cavalerie, qu'il soutint avec Tintrepidité ordinaire à rinfanterie française; mais un malheureux lancier pénétra jusqu'à la tète du régiment, et vint percer d'un coup de lance le colonel qui tomba raide mort C'était ua brave soldat ; il était digne de commaader un si brave corps. Le feu à bout portant qu'exécuta son régiment, et qui mil la cavalerie ennemie danslephisgrand déso^
BULLETINS DE Là GRANDE-ARMÉE.
dns fîil le premier des lionneurs rendus à sa mémoire.
Le 25, le troisième corps, que cornmande le maréchal Davoat , se porta à Tykoczyn, où s'était retiré Tennemi. 1.e cinquième ccrps, commandé par le maréchal Lannes, se dirigeait sur Pultusk, avec la division de dragons Beker.
L^Empereur se porta , avec la plus
rande partie de la cavalerie de réserve, Cieclianow.
Passage de la Sonna.
Le général Gardanne, que l'Empereur avaiten voyé avec trente hommesde sa garde pour reconnaître les mouvements de l'ennemi, rapporta qu'il passait la rivière de Sonna h Lopacksin , et se dirigeait sur Tycokzvn.
Le grând-duc ûeBetf^ qui était resté malade avarsovie, n'avait pu résister àFimpatience de prendre part aux événements qui se préparaient. 11 partit de Varsovie et vint rejoindre l'Empereur. Il prit deux escadrons des chasseurs de la garde pour observer les mouvements de la cotonne ennemie. Les brigades de cavalerie légère de la réserve, et les divisions Klein et Nansouty , pressèrent le pas pour le joindre. Arrivé au pont de LopacKzin, il trouva un régiment oe hussards russes qui le gardait. Ce régiment fut aussitôt chargé par les chasseurs de la garde, et culbuté dans la rivière, sans autre perte de la part des chasseurs, qu'un maréchal des logis blessé.
Cependant la moitié de cette colonne n'avait |)as encore passé; elle passait plus haut, te grand-;luc de Berg la fit charger par le colonel Dalhmann. à latèle des chasseurs de la garde, qui lui prit trois pièces de canon, après avoir mis plusieurs escadrons en déroute.
. Tandis que la colonne que Tenncmi avait si imprudemment jetée sur la droite, cherchait à gagner la Narov, pour arriver à Tykoczyn, point de rendez-vou?| Tykoczyn était occupé par le maréchal Davout, qui y prit deux mille voitures de bagages et une grande quantité de traînards qu on ramassa detooscdtés.
Toutes les colonnes russes sont coupées, errantes à Taventure, dans un désordre difficile à imaginer. Le général russe a fait la faute de cantonner son armée, SLyznX sur ses flancs l'armée française, séparée, il est vrai, par la Narew, mais ayant un pont sur cette rivière. Si la saison était belle, on pourrait prédire que l'armée russe ne se retirerait pas et serait perdue sans bataille; mais dans une saison où il fait nuit à quatre heures, et où il ne fait jour qu'à huit, l'ennemi qu'on poursuit a toutes les
chances pour se sauver, surtout dans un pays difficile et coupé de bois. D'ailleurs, les chemins sont couverts de quatre pieds de boue, et le dégel continue. L'artillerie ne peut faire plus de deux lieues dans un jour. 11 est donc à prévoir que l'ennemi se retirera de la position factieuse où il se trouve : mais il perdra toute son artillerie, toutes ses voitures, tous ses bagages.
Voici quelle était, le 25 au soir, la position de l'armée française.
La gauche, composée des corps du maréchal prince de Ponte-Corvo et des maréchaux Ney et Bessières, marchant de Biézun sur ta route de Grodno ;
l.e maréchal Soult arrivant à Chiechanow ;
Le maréchal Augereau marchant sur Goiymin;
Le maréchal Davout entre Golymin et Pultusk ;
Le maréchal Lannes à Pultusk.
Dans CCS deux jours nous avons fait quinze à seize cents prisonniers, pris vingtcinq à trente pièces de canon, trois drapeaux et un étendard.
Le temps est extraordinaire ici; il fait plus chaud qu'au mois doctobre à Paris ; mais il pleut, et dans un pays où il n'y a
Ims de cnaussées, on est constamment dans a lK)ue.