CINQUANTE-TROISIÈME BULLETIN
fanovie, le 23 Janvier i807.
On a trouvé à Brieg (qui vient de capi-
L'BMPIBL
tuler) des magasins assez considérables de subsistances.
Le prince Jérôme continue avec activité sa campagne de Silésie. Le lieutenantgénéral Deroi avait déjà cerné Kosel et ouvert la tranchée. Le siège de Schi^eidnitz et celui de Neisse se poursuivent en même temps.
Le général Victor, se rendant à Stettin, et étant en voiture avec son aidc-de-camp et un domestique, a été enlevé par un parti de vingt-cinq hussards qui battaient le pays.
Le temps est devenu froid. Il est probable que sous peu de jours les rivières seront gelées. Cependant la saison n'est pas plus rigoureuse qu'elle ne Test ordinairement à Paris. L'Empereur fait défiler tous les jours la parade et passe en revue ])lusieurs régiments.
Tous les magasins de l'armée s'organisent et s'approvisionnent. On fait du biscuit dans toutes les manutentions. L'Empereur vient d'ordonner qu'on établit de grands magasins et qu'on confectionnât une quantité considérable d'habillements dans la Silésie.
Les Anglais, qiii ne peuvent plus faire aC/Croire que les Russes, les Tartares , les Kalmouks, vont dévorer l'armée française, parce que, même dans les cafés de Londres, on sait que ces dignes alliés ne soutiennent point l aspect de nos baïonnettes, appellent aujourd'hui nieur secours la dyssenterie, la peste et toutes les maladies épidémiques.
Si ces fléaux étaient à la disposition du cabinet de Londres, point de doute que non seulement notre armée, mais même nos provinces et toute la classe manufacturière du continent, ne devinssent leur proie. En attendant, les Anglais se contentent de publier et de faire publier, sous toute espèce de formes, par leurs nombreux émissaires, que l'armée française est détruite par les maladies. A les entendre, des bataillons entiers tombent, comme ceux des Grecs au commencement de la guerre de Troie. Us auraient là une manière toute commode de se défaire de leurs ennemis ; mais il faut bien qu'ils y renoncent. Jamais l'armée ne s'est mieux portée ; les blesses guérissent, et le nombre des morts est peu considérable. Il n'y a pas autant de malades que dans la campagne précédente ; il y en a même moins qu'il n'y en aurait en France en temps de paix, suivant les calculs ordinaires.
ÇÏNQUANTE-QUATaiÈME BULLETIN,
Vartovi0, U Vî jawoUr I80T.
Quatre-vingt-neuf pièces de canon pri-
ses sur les Russes wtt rangées sur la place du palais de la République, à Varsovie. Ce sont celles qui ont été enlevées aux généraux Kaminskî, Bennigsen et Buxhowden, dans les combats de Gzamowo , Nazielsk, PuUusketGolvmin.Gesont les mêmes que les Russes traînaient avec ostentation dans les rues de cette ville, lorsque naguère ils la traversaient pour aller auH!evanl des Français. Il est facile de comprendre l'effet que prodoit l'aspect d'un si magnifique tropnée sur un peuple charmé de voir humiliés les ennemis qui l'ont si longtemps et si cruellement outragé.
Il y a dans les pays occupés par l'armée plusieurs hôpitaux rcnfcnnant un grand nombre de Russes blessés et malades.
Cinq mille prisonniers ont été évacués sur la France, deux mille se sont échappés' dans les premiers moments du désordre, et quinze cents sont entrés dans les troupes polonaises.
Ainsi, les combats livrés contre les Russes leur ont coûté une grande partie de leur artillerie, tous leurs bagages, el vingt-cinq ou trente mille hommes , taol tués que blessés ou prisonniers.
Le général Kaminski, qu'on avait dé-
Seint comme un autre Souvarof , vient 'être disgracié: on dit qu'il en est de même du général Buxhowden, et il jparatt que c'est le général Bennigsen qui commande actuellement l'armée.
Quelques bataillons d'infanterie lé^^ère du maréchal Ney s'étaient portés à vingt lieues en avant de leurs cantonnements ; l'armée russe en avait conçu des alarmes, et avait fait un mouvement sur sa droite: ces bataillons sont rentrés dans la ligne de leurs cantonnements sans éprouver aucune perte.
Pendant ce temps, le prince de Ponte- Gorvo prenait possession d'Elbing et des pays situés sur le bord de la Baltique.
Le général de division Drouet entrait i Ghristbourg, où il faisait trois cents prisonniers du régiment de Gourbière, y oonn pris un major et plusieurs officiers.
Le colonel Saînt-Genez, du 19' de dragons, chargeait un autre régiment ennecDî et lui faisait cinquante prisonniers, parmi lesquels était le colonel commandant.
Une colonne russe s était portée svr Leibstadt, au-delà de la petite rivière de Passarge, et avait enlevé une demi-compagnie de voltigeurs du 9* régim^t de ligne, qui étaient aux avant-posles du cantonnement.
Le prince de Ponte-Gorvo, informé de ce mouvement, quitta Elbin^, réunit ses troupes, se porta avec la division Rivaod au devant de l'ennemi; et le rencontra auprès de Mohringen.
Le 25 de ce mois , à midi , la division ennemie paraissait forte de douze mille
hommes; on en vinl bientôt auv mains : le 8* ré^ment de ligne se précipiLi sur les Russes avec une valeur inexprimable, pour réparer la porte d'un des postes. Les ennemis furent battus, mis dai)s une déroule coijkplèle, poursuivis pendant quatre lieues , et forcés de repasser la rivière de Passarge. La division Dupont arriva au moment oili le combat finissait, et ne pot y prendre part.
Un vieillard de cent dix-sept ans a été présenté à l'Empereur , qui lui a accordé une pension de cent napoléons , et a ordonné qu'une année lui fût payée d'avance. La notice jointe à ce bulletin, donne quelques détails' sur cet homme extraordinaire.
Le temps est fort beau ; il ne fait froid qu'autant qu'il le faut pour la santé du soldat et pour l'amélioration des chemins, qui deviennent très praticables.
^ Sur la droite et sur le centre de l'armée, Tennemi est éloigné de plus de trente lieues de nos postes.
L'Empereur est monté à cheval pour aller faire le tour de ses cantonnements; il sera absent de Varsovie pendant huit ou dix jours.
François-Ignace Narocki, né à Wilki, nrès de Wilna , est fils de Joseph et Anne Narocki ; il est d'une famille noble et embrassa dans sa jeunesse le parti des armes. Il faisait partie de la confédération de Bar, fut fait prisonnier par les Russes, et conduit à Kasan. Ayant perdu le peu de fortune qu'il avait, il se livra à Tagriculture, et fut employé comme fermier des biens d'un curé. Il se maria en premières noces à l'âge de soixante-dix ans, et eut quatre enfants de ce mariage. A quatre-vingtsix ans^ il épousa une seconde femme, et en eut six enfants, qui sont tous morts ; il ne lui reste que le dernier fils de sa première femme. Le roi de Prusse, en considération de son grand âge, lui avait accordé une pension de vingt-quatre florins de Pologne par mois, faisant quatorze livres huit sous de Franco. Il n'est sujet à aucune infirndté, jouit encore d'une bonne mémoire , et parle la langue latine avec une extrême facilité; il cite les auteurs classiques avec esprit et à propos. La pétition dont la traduction est ci-jointe, est entièrement écrite de sa main. Le caractère en est très ferme et très lisible.
Pétition.
SlBB,
Mon extrait baptistaire date de l'an 1690; donc j'ai à présent cent dix-sept ans.
Je me rappelle encore la bataille de Vienne, et les temps de Jean Sobieski.
Je croyais qu'ifs ne se reproduiraient plus ; mais assurément, je m'attendais encore moins à revoir le siècle d'Alexandre.
Ma vieillesse m'a attiré les bienfaits de tous les souverains qui ont été ici , et je réclame ceux du grand Napoléon, étant, à mon âge plus que séculaire, hors d'état de travailler.
Vivez, Sire, aussi longtemps que moi ; votre gloire n'en a pas besoin , mais le bonheur du genre humain le demande.
Signé, Nabogki.
CINQUANTE-CINQUIÈME BULLETIN
FarJO«te, le%9janvùr\WT.
Voici les détails du combat de Mohringen:
Le maréchal prince de Ponte-Corvo arriva à Mohringen, avec la division Drouet, le !25 de ce mois, à onze heures du matin, au moment où le général de brigade Pactod était attaqué par l'ennemi.
Le maréchal prince de Ponte-Corvo fit attaquer sur le champ le village de Pfarresfeidehen par un nataiilon du 9' d'infanterie légère. Ce village était défendu par trois bataillons russes, que l'ennemi fit soutenir par trois autres bataillons. Le
S rince de Ponte-Corvo fit aussi marcher eux autres bataillons pour appuyer celui du 9^ La mêlée fut très vive : l'aigle du 9* régiment d'infanterie légère fut enlevée par l'ennemi ; mais à l'aspect de cet affront, dont ce brave régiment allait être couvert pour toujours, et que ni la victoire, ni la gloire acquise dans cent combats n'auraient lave, les soldats, animés d'une ardeur inconcevable, se précipitent sur l'ennemi , le mettent en déroute, et ressaisissent leur aigle.
Cependant la ligne française, composée du 8' de ligne, du ^1' d'infanterie légère et du 94' était formée. Elle aborde la ligne russe, qui avait pris position sur un rideau. La fusillade devient vive et à bout portant.
A l'instant même le général Dupont débouchait de la route d'HoUand avec les 3*2* et 96' régiments. Il tourna la droite de Fennemi. Un bataillon du 3V régiment se précipita sur les Russes avec l'impétuosité ordinaire à ce corps ; il les mit en désordre, et leur tua beaucoup de monde. U ne fit de prisonniers que les hommes qu.ï étaient dans les maisons. L'ennemi a été poursuivi pendant deux lieues. La nuit a empêché de continuer, la poursuite. Les comtes Pahlen et Galitzin commandaient
L*ElliPIRE.
les Russes. Us ont perdu trois cents hommes faits prisonniers, (l(»uze cents hommes laissés sur le champ de bataille et plusieurs obusiors. Nous avons eu cent hommes tués et quatre cents blessés.
Le général de brigade Laplanche s'est fait distinguer. Le 19' de dra{[ons a fait une bell() charge sur Tinfanterie russe. Ce qui est à remarquer, ce n'est pas seulement la bonne conduite des soldats et Ihabileté des généraux, mais la rapidité avec laquelle les corps ont levé leur^ cantonnements, et fait une marche très forte pour toutes les aulres troupes, sans qu'il manquât un seul homme sur le champ de bataille. Voilà ce qui distingue éminemment des soldats qui ne sont mus que par Thon > neur.
Un Tartare vient d'arriver de Conslantinople, d'où il est parti le 1" janvier. Il est expédié à Londres par la Porte.
Le 50 décembre, la guerre contre la Russie avait été solennellement proclamée. La pelisse et l'épée avaient été envoyées au ffrand-visir. Vingt huit régiments de janissaires étaient partis de Constantino-
Êle. Plusieurs autres passaient d*Asie en urope.
L'ambassadeur de Russie, toutes les personnes de sa légation , tous les Russes qui se trouvaient dans cette résidence, et tous les Grecs attachés à leur parti, au nombre de sent à huit cents, avaient quitté GoDstantinople le 29.
Le ministre d'Angleterre et les deux vaisseaux anglais restaient spectateurs des événements, et paraissaient attendre les ordres d(î leur gouvernement.
Le Tartare était passé à >\'iddin le 15 janvier. Il avaii trouvé les routes couvertes de trouf>es qui marchaient avec gafté contre leur éternel ennemi : soixante mille hommes étaient déjà à Rodschuk, et vingtcinq mille hommes d'avant-garde se trouvaient entre celle ville et Buclarest. Les Russes s'étaient arrêl»^ à Bucharcst, qu'ils avaient fait occuper par une avant-garde de quinze mille hommes.
Le prince de Suzzo a été déclaré hospndar deValathic. Le prince Ipsilanliaéte proclamé traître, et Ton a mis sa tète à prix.
Le Tartare a rencontré l'ambassadeur
rTsan à moitié chemin de Gonslantinople Widdin, et l'ambassadeur extraordinaire de la Porte au-delà de cette dernière ville.
Les victoires de Pultusk et de Golymin étaient déjà connues dans l'empire ottoman. Le courrier tartare en a entendu le récit de la bouche des Turcs, avant d'arriver à Widdin.
Le froid se soutient entre deux et trois degrés au-dessous de zéro. C'est le temps le plus favorable pour l'armée.
CINQUANTE-SIXIÈJIE BDLLETIX.
Àvnsdorf, le S févrUr i^W.
Après le combat de Mohringen , où elle avait été battue et mise en déroute, Tavanlgarde de l'armée russe se retira sur Liebsladt ; mais le lendemain, 27 janvier, plusieurs divisions russes la jolgninuit, et toutes élaient en marche pour porter le théâtre de la guerre sur le bas de la Vistule.
Le corps du général Essen, accouru do fond de la Moldavie, où il était d'abord destiné à servir contre les Turcs , et plusieurs régiments qui étaient en Russie, mis en marche depuis quelque temps des extré mités de ce vaste empire, avaient rejoîBl les corps d'armée.
L'Empereur donna ordre au prince de Ponte-Corvo de battre en retraite , el de favoriser les opérations oiTensives de l'ennemi, en l'attirant sur le bas de la Vislule. Il ordonna en même temps la levée de ses quartiers d'hiver.
Le cinquième corps, commandé par le général Savary, le maréchal Lannes étant malade, se trouva réuni le 5i janvier, à Rrock, devant tenir en échec le corps dn général Essen, cantonné sur le Haut-Buç.
Le troisième corps se trouva réuni a Mysiniez ;
liC quatrième corps à Willenberg ;
Le sixième corps à Gilgenburg ;
Le septième corps à Neidenburg.
L'Empereur partit de Varsovie, el arriva le 31 au soir à Willenberg. Le Grand- Duc s'y était rendu depuis deux jours , el y avait réuni toute sa cavalerie.
Le prince de Ponte-Corvo avait successivement évacué Oslerode, Tobau, et s'était jeté sur Strasburg.
Le maréchal Lefebvre avait réuni le dixième corps à Thorn, pour la défense de la gauche de la Vistule et de cette ville.
Le 1" février, on se mit en marche. On rencontra à Passenheim l'avant-garde ennemie qui prenait l'offensive, et se dirigeait déjà sur Willenberg. Le Grand-Duc, avec plusieurs colonnes de cavalerie, la fit charger, et entra de vive force dans la ville.
Le corps du maréchal Davoul se porta à Orteisbnrg.
Le 2 , le grand-duc de Berg se porta à Allenstein avec le corps du maréchal Soult
Le corps du maréchal Davoul marcha sur Whastruburg.
Les corps des marédianx Augerean et Ney arrivèrent dans la journée du 3 à Allenstein.
Le 3 au matin, Paméo ennemie, qui avait rétrogradé en toute bâte, se voyant tournée par son flanc gauche, et jetée «r
BULLETINS DB L4 GlANDE AAMtE.
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cette ViBtate qu'eite séUit tant vantée de Touloir passer, parut ranimée en bataille, la gauche appn^^ée au village de Moudtken, le centre a Joukowo, couvrant la grande route de Liebstadt.
Combat de Bergfried.
L'Empereur se porta an village de Cetkendorf , et plaça en bataille ie corps dn maréchal Ney sur la gauche, le corps du maréchal Augereau au centre, et le corps du maréchal Soult à la droite , la garde impériale en réserve. H ordonna au maréchal Soult-de se porter sur le chemin de Gustadt, et de s'emparer du pont de Berg-. fried, pour déboucher sur les derrières de Tennemi avec tout son corps d*armée; manœuvre qui donnait à cette bataille un caractère décisif. Vaincu, Tennemi était perdu sans ressource.
Le maréchal SouU envoja le général Guyot, avec sa cavalerie légère, sempa-: rer de Gustadt, où il prit une grande partie du bagage de TenneMi , et fit successivement seize cents prisonniers russes.
Gustadt était son centre de dépôts. Mais au même moment, le maréchal Soult se portait sur le pont de Bergfried avec les divisions Levai et Legrand. L'ennemi, qui sentait que celte position importante protégeait la retraite de son flanc gauche, défendait ce pont avec douze de ses meilleurs bataillons. Â trois heures après midi, la canonnade s*en^agea. Le 4'' régiment de ligne et le 24' d'infanterie légère , eurent ta gloire d'aborder les premiers l'ennemi. Ils soutinrent leur vieille réputation. Ces deux régiments seuls , et un bataillon du 28« en réserve, suffirent pour débusquer l'ennemi, passèrent au pas de charge le pont, enfoncèrent les douze bataillons russes, prirent quatre pièces de canon, et couvrirent le champ de bataille de morts et de blessés. Le 46* et le 55% qui formaient la seconde brigade, étaient derrière, impatients de se déployer ; mais déjà l'ennemi en déroute abandonnait , épouvanté, toutes ses belles positions; heureux présage pour la journée du lendemain I
Dans le même temps, le maréchal Ney s'emparait d'un bois où l'ennemi avait appuyé sa droite; la division Saint-Hilaire s'emparait du viPage du centre; et le ffrand-ducde Berg, avec une division de aragons , placée par escadrons au centre ,
Sassait ie bois et balayait la plaine, afin 'éclaircir le devant de notre position. Dans ces petites attaques partielles, l'ennemi fut repoussé et perdit une centaine de prisonniers. La nuit surprit ainsi les deux armées en présence.
Le temps est superbe pour la saison ; il
y a trois pieds de neige ; le thermomètre est à deux ou trois degrés de froid.
A la pointe du jour du 4, le général de cavalerie légère Lasalle battit la plaine avec ses hussards. Une li(çne de Cosaques et de cavalerie ennemie vint sur-le-champ se placer devant lui. Le ^and-duc de Berg forma en ligne sa cavalerie, et marcha pour reconnaître l'ennemi. La canonnade s'engagea; mais bientôt on acquit la certitude que l'ennemi avait profité de la nuit pour battre en retraite, et n'avait laissé qu une arrière-garde de la droite, de la gauche et du centre. On marcha à elle, et elle fut menée battant pendant six lieues. La cavalerie ennemie fut culbutée plusieurs fois; mais les difficultés d'un terrain montueux et inégal s'opposèrent aux efforts de la cavalerie. Avant la fin du jour, l'avant-garde française vint coucher a Deppen. L'Empereur coucha à Schlelt.
Le 5, à la pointe du jour, toute l'armée française fut en mouvement. A Deppen , l'Empereur reçut le rapport qu'une colonne ennemie n'avait pas encore passé l'Aile, et se trouvait ainsi débordée par noire gauche, tandis que l'armée russe rétrogradait toujours sur les routes d' Arensdori et de Landsberg. Sa Majesté donna l'ordre au grand-duc de Berg et aux maréchaux Soult et Davout de poursuivre l'ennemi dans cette direction. Elle fit passer l'Aile au corps du maréchal Ney, avec la division de cavalerie légère du général Lasalle et une division de dragonà, et lui donna l'ordre d'attaquer le corps ennemi qui se trouvait coupe.
Combat de Waterdorf.
Le grand-duc de Berg, arrivé sur la hau^ leur de Waterdorf, se trouva en présence de huit à neuf mille hommes de cavalerie. Plusieurs charges successives eurent lieu, et l'ennemi fit sa retraite.
Combat de Deppen,
Pendant ce temps, le maréchal Ney se.
canonnait, et était aux prises avec le corps' ennemi qui était coupe. L'ennemi voulut un moment essayer de forcer le passage, mais il vint trouver la mort au milieu de nos baïonnettes. Culbuté au pas décharge, et mis dans une déroute complète, il abandonna canons, drapeaux et autres bagages. Les autres divisions de ce corps voyant le sort de leur avant-garde, battirent en retraite. A la nuit, nous avions déjà faitplnsieurs milliers de prisonniers et pria seîxe pièoea de canon.
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L'EMPIRE
Cependant, par ces mouvements, la plus grande partie des communications de rarmée rosse ont été coupées. Ses dépôts de Gustadt et de Liebstaat , et une partie de ses magasins de FAlle avaient été enlevés par notre cavalerie légère.
Notre perte a été peu considérable dans tous ces petits combats : elle se monte à quatre-vingts ou cent morts, et à trois ou quatre cents blessés. Le général Gardanne, aidenle-camp de TEmpereur, et gouverneur des pages, a eu une forte contusion à la poitrine. Le colonel du 4* régiment de dragons a été grièvement blessé. Le général de brigade Latour-Maubourg a été blessé d'une balle dans le bras. L'adjudantcommandant Lauberdière. chargé du détail des hussards, a été blessé dans une charge. Le colonel du 4* régiment de ligne a été blessé.
CINQUANTE-SEPTIÈME BULLETIN
Ertmitich-B^laUf U 7 fétriêr 1807.
Le 6 au matin, Tarmée se mit en marche pour suivre Tcnnemi : le grand-duc de Berg. avec le corps du maréchal Soult, sar Landsberg; le corps du maréchal Davout, sur Heilsberg, et celui du maréchal Ney sur Worenditt, pour empêcher le corps coupé à I>eppen de s'élever.
Combat de Hofjf.
Arrivée Glaudau, le 'grand-duc de Berg rencontra Tarrière-garde ennemie, et la fit charger entre Glaudau et Hoff. L'ennemi déploya plusieurs lignes de cavalerie qui paraissaient soutenir celte arrière-ganie, composée de douze bataillons, ayant le front sur les hauteurs de Landsberg. Le grand- duc de Berg fit ses dispositions* Après difierentes attaques sur la droite et sur la gauche de Tennemi, appuyées à un mamelon et à un bois, les dragons et les cuirassiers de la division du ffenérai d'Uautpoul firent qne brillante charge, culbutèrent et mirent en pièces deux régiments d'infanterie russe. Les colonels , lès drapeaux, les canons et la plupart des officiers et soldats furent pris. L'armée ennemie se mit en mouvement pour soutenir son arrière-garde. Le maréchal Soult était arrivé : le maréchal Auffereau prit position sur la gauche, et le village de Hoir fut occupé. L ennemi sentit l'importance de cette position, et fit marcher dix bataillons pour la reprendre. Le grand-duc de Berg fit exécuter une seooDOHS charge par les cuirasosiers, qiii les prirent en flanc et les écharpèrent. Ces manosuvres sont de beaux faits d'armes , et fiMit le plus grand honneur à ces intrépides cuirassiers. Cette journée
mérite une relation particulière. Une partie des deux armées passa la nuit du u au 7 en présence. L'ennemi fila pendant la nuit.
A la pointe du jour, Tavant-garde française se mit en marche, et rencontra Farrière-garde ennemie entre le bois et la petite ville d'Eylau. Plusieurs régiments de chasseurs à pied ennemis qui laoéfendaient forent chargés et en partie pris. On ne tarda pas à arriver à Eylau, et à reoonnattre que l'ennemi était en position derrière cette ville.
CINQUANTE-HUITIÊME BULLETIN.
Frtu$tich'Bylau,h9 février 1M7.
Combat d'Eylau.
A un quart de lieue de la petite ville de Preussich-Eyhiu^ est un plateau qui défend le débouche de la plaine. Le maréchal Soult ordonna au 46* et au 18' régiments de ligne de l'enlever. Trois ré^ments qui le défendaient furent culbutes ; mais au même moment une colonne de cavalerie russe chargea Textrémilé de la gauche du \H% et mit en désordre on de ses bataillons. Les dragons de la division Klein s'en aperçurent à temps; les troupes s'engagèrent dans la ville d'Eyiao. L'ennemi avait placé, dans une égliseei un cimetière, plusieurs régiments. Il fit là une opiniâtre résistance; et, après un combat meurtrier de part et d*autre, la position fut enlevée j\ dix heures du soir. La division Legrand prit ses bivouacs au-devant de la ville, et la division Saint-Hilaire à la droite. Le corps du maréchal Augereau se plaça sur la gauche ; le corps du maréchal Davoût avait, dès la veille, marrhé pour déborder Eylau et tomber sur le flanc gauche de l'ennemi, s*il ne changeait pas de position. Le maréchal Ney était en marclie pour le déborder sur son flanc droit. C'est dans cette position que la nuit se passa.
Bataille d'Eylau,
A la pointe du jour, l'ennemi commença l'attaque par une vive canonnade sur la ville aEylau et sur la division Saint^Hilaire.
L'Empereur se porta à la position de l'église, que Tennemie avait tant défendue la veille. Il fit avancer le corps du maréchal Augcreauet fit canonner le monticule par quarante pièces d*artillerie de sa garde. Une épouvantable canonnade s'engagea de pari et d'autre.
L'armée russe, tangée en éolonaes. était * à demi-portée dé canon : tout coup frappait. 11 parut un moment, aux mouvements de Fennemi, quimpatienté de tant souffrir, il voulait déborder notre gauche. Au même moment, les tirailleurs du maréchal Davout se firent entendre , et arrivèrent sur les derrières de l'armée ennemie. Le «orps du maréchal Augereau déboucha en même temps en colonne, pour se porter surlec«ntrederennemi,et,parlageant;ainsi son attention, Fempôcher- de se porter tout entier contre le corps du maréchal Davout. La division Saint-Uilaire déboucha sur la droite, Tune et l'autre devant manœuvrer pour se réunir au maréchal Davout. A peine le corps du maréchal Augereau et la division Saint-Hilaire eurent-ils débouché, qu'une neige épaisse, et telle qu'on ne distinguait pas à aeux pas, couvrit les deux armées. Dans cette obscurité, le point de direction fut perdu, et les colonnes s'appuyant trop à gauche, flottèrent incertaines. Cette désolante obscurité dura une demi- heure. Le temps s'étant éclairci, le grand-duc de Berg, a la tête de la cavalerie, et soutenu par le maréchal Bessières , à la tête de la garde, tourna la division Saint-Hilaire, et tomba sur l'armée ennemie : manœuvre audacieuse s'il en fut jamais, qui couvrit de gloire la cavalerie, et qui était devenue nécessaire dans la circonstance où se trouvaient nos colonnes.
La cavalerie ennemie, qui voulut s'opposer à celte manœuvre, fat culbutée ; le massacre fut horrible. Deux lignes d'infanterie russe furent rompues ; la troisième ne résista qu'en s'adossant à un bois. Des escadrons de la garde traversèrent deux fois toute l'armée ennemie.
Celte charge brillante et inouïe, qui avait culbuté plus de vingt mille hommes d'infanterie, et les avait obligés à abandonner leurs pièces, aurait décide sur-le-champ la victoire, sans le bois et quelques difiicultés de terrain. Le général de division d'Hautpoul fut blessé a un biscaïen. Le général Dalhmann , commandant les chasseurs delà garde, et un bon nombre de ses intrépides soldats, moururent avec gloire. Mais les cent dragons, cuirassiers ou soldats de la garde que Ton trouva sur le champ de bataille, on les y trouva environnes de plus de mille cadavres ennemis. Cette partie du champ de bataille fait horreur à voir. Pendant ce temps, le corps du maréchal Davout débouchait derrière l'ennemi. La neige, qui plusieurs fois dans la journée obscurcit le temps, retarda aussi sa marche et l'ensemble de ses colonnes. Le mal de l'ennemi est immense; celui que nous avons éprouvé est considérable. Trois cents bouches à feu ont vomi la mort de part et d*autre pendant douze heures. La victoire, longtemps incertaine, fut décidée
et gagnée lorsque le marédial Davout déboucha sur le plateau et déborda rennemi, qui , après avoir fait de vains efforts pour le reprendre, battit en retraite. Au même moment, le corps du maréchal Ney débouchait par Altorff sur la gauche, et poussait devant lui le reste de la colonne
Prussienne échappée au combat de Deppen. I vint se placer le soir au village de Scbenaditten, et par là l'ennemi se trouva tellement serré entre les fcorps des maréchaux Ne}[ et Davout, que, craignant de voir son arrière-garde compromise, il résolut à huit heures du soir de reprendre le village de Schenaditten.Plusieurs bataillons de grenadiers russes, les seuls qui n'eussent pas donné, se présentèrent à ce village ; mais le 6* régiment d'infanterie légère les laissa approcher à bout portant, et les mit dans une entière déroute. Le lendemain , l'ennemi a été poursuivi jusqu'à la rivière de Frischling. Il se retire au-delà de la Pr^l. Il a abandonné sur le champ de bataille seize pièces de canon et ses niessés. Toutes les maisons des villages qu il a parcourus la nuit, en sont remplies.
Le maréchal Augereau a été blessé d'une balle. Les généraux Desiardins, Heudelet, Lochet, ont été blessés. Le général Corbineau a été enlevé par un boulet. Le colonel Lacuée, du 03% et le colonel Lemarrois, du 43% ont été tués par des boulets. Le colonel Bouvières, du il* régiment de dragons, n'a pas survécu à ses blessures. Tous sont morts avec gloire. Notre ^erte se monte exactement à dix-neuf cents morts et à cinq mille sept cents blessés, parmi lesquels un millier qui le sont grièvement, seront hors de service. Tous les morts ont été enterrés dans la journée du iO, On a compté sur le champ de bataille sept mille Russes.
Ainsi, l'expédition offensive de l'ennemi, qui avait pour but de se porter sur Tborn, en débordant la gauche de la Grande-Armée, lui a été funeste. Douze à quinze mille prisonniers, autant d'hommes hors de combat, dix-huit drapeaux, quarante-cinq pièces de canon, sont les trophées trop chèrement payés, sans doute, par le sang de tant de oraves.
De petites contrariétés de temps, qui auraient paru légères dans toute autre circonstance, ont beaucoup contrarié les combinaisons du général français. Notre cavalerie et notre artillerie ont fait des merveilles. La garde à cheval s'est surpassée : c'est beaucoup dire. La garde à pied a été t^ute la journée l'arme au bras, sous le feu d'une épouvantable mitraille, sans tirer un coup de fusil ni faire aucun mouvement. Les circonstances n'ont point été telles qu'elle ait dû donner. La blessure du maréchal Auffereau a été aussi un accident défavorable, en laissant , pendant le plus
L^EMPIIK.
fort de la nèléé, son corps d'armée sans chef capable de le diriger.
Ce récit est Tidce générale de la bataille. Il s'est passé des faits qui honorent le soldat français : 1 e(at»major s'occupe de les recueillir.
La consommation en munitions à canon a été considérable ; elle a été l)eaucoup moindre en munitions d'infanterie.
L*aigle d'un des bataillons du IS*" régiment ne s'est pas retrouvée; elle est probablement tombée entre les mains de Tennemi. On ne peut en faire un reproche à ce régiment : c'est, dans la position où il se trouvait, nu accident de guerre ; toutefois, l'Empereur lui en rendra une autre, lorsqu'il aura pris un drapeau* à l'ennemi.
Cette expécijlion est terminée ; Tennemi battu et rejeté à cent lieues de la Vistule. L'armée va reprendre ses cantonnements el rentrer dans ses quartiers d'hiver.
CmQUANTE-NEUVlÈME BULLETIN.
Pnuttieh'-^yUtUt le U féaritr 1807;
L'ennemi prend position derrière la Prégel. Nos coureurs sont sur Kœnigsberg ; mais VEm|)ereur a jugé convenable de mettre son armée en quartiers, eu so tenant à portée de couvrir la lîgne de la Vistule.
1^ nombre des canons qu'on a pris depui% le combat de Bergfricd, se monte à
Frès de soixante. Los vingt -quatre que ennemi a laissés à la bataille d'Rylau, viennent d'être dirigés sur Thorn.
L'ennemi a fait courir la notice ci-jointe. Tout y est faux. L'ennemi a attaqué la ville, el a été constamment repoussé. Il avoue avoir perdu vingtmille hommes tués ou blessés. Sa perte est beaucoup plus forte. La prise de neufaigles est aussi fausse que la prise de la ville.
Le grand-duc de Berg a toujours son quartier-général àWittemberg, tout près de la Prégel.
Le généra] d'Hautpoul est mort de ses blessures. Il a été généralement rcfçreltc. Peu de soldats ont eu une fin plus glorieuse. Sa division de cuirassiers s'est couverte de gloire à toutes les affaires. L'Empereur a ordonné que son corps serait transporté à Paris.
liC général de cavalerie Bonardi Saint- Sulpice, blessé au poignet, ne voulut point aller à l'ambulance et fournit une seconde charge. Sa Majesté a été si contente de ses services, quelle Ta nommé général de division.
Le maréchal l^efebvre s'est porté le 12 sur Marienwerder. Il y a trouvé sept escadrons prussiens, les a culbutés, leur a pris trois cents hommes, parmi lesquels un co-
lonel, un maj<Nr et phuleurs odoien , et deux cent cinquante chevanx. Ce qui a échappé à ce combat s'est réfugié daas Dantztg.
SOIXANTIÈME BULLETIN
Prttuêieh-Eyltm^ le 17 février iWT,
La reddition de la Silésie avance. La
I)Iace de Schweidnitz a capitulé. Ci-jointe a capitulation. Le gouverneur prussien de la Silésie a été cerné dans Glatz , après avoir été forcé dans la position de Frankelnstcin et de Neuhrode par le général Lefebvre. Les troupes de Wurtemberg se sont fort bien comportées dans cette affaire. Le régiment bavarois de la Tour-et-Taxis, commandé par le colonel Seydis, et le 6*" régiment de ligne bavarois, commandé par le colonel Baker, se sont fait remarquer. L'ennemi a perdu dans ces combats une centaine d'hommes tués et trois cents faits prisonniers.
Le siège de Kosel se poursuit avec activité.
Depuis la bataille d'Eylau, Tennenu s'est rallié derrière la Prégel. On concevait l'espoir de le forcer dans celte position, si la rivière fût restée ^elée; mais le dégel continue, el cette rivière est une barriare au-delà de laquelle l'armée française n'a pas intérêt de le jeter.
Du côté de Willenberjg, trois mille prisonniers russes ont été délivrés par sa parti de mille Cosaques.
Le froid a entièrement cessé , et la neige est partout fondue, et la saison actuelle nous offre le phénomène, au mois de février, du temps de la fin d'avriL
L'armée entre dans ses cantonnements.
SOIXANTE-UNIÈME BULLETIN
Landtberg, le i% février 1807.
La bataille d'Eylau avait d'abord été présentée par plusieurs officiers prussiens comme une victoire. On fut dans cette croyance à Kœnigsberg toute la matinée du 9. BienUM le quartier-général et toute rarniéc russe arrivèrent. Peu de temps après, on entonditdes coups decanon; et 1 on vit les Français maîtres d'une petite hauteur qui dominait tout te camp russe.
Le général russe a déclaré qu'il voulait défendre la ville; ce qui a au^enté la consternation des habitants, qui disaient: Nous allons éprouver le sort dfe Lubcck, Il est heureux pour cette ville qu'il ne soit pas entré dans les calculs du général français de forcer l'armée russe dans cette position*
BULLETINS DE LA*6llANDE-ARMlÎE.
Le nombre des morts dans Tarroée russe, en généraux et en officiers, est extrêmement considérable.
Par la bataille d'EyIau, plus de cinq mille blessés russes, restés sur le champ de bataille ou dans les ambulances environnantes, sont tombés au pouvoir du vainqueur. Partie sont morts, partie, légèrement blessés, ont augmenté le nombre des prisonniers. Quinze cents viennent d'être rendus à Tarmée russe. Indépendamment de ces cinq mille blesses, qui sont restés au pouvoir de l'armé? française, on calcule que les Russes en ont eu quinze mille.
L'armée vient de prendre ses cantonnements. Les pays d Elbing, de Liebsladt, d'Oslerode sont les plus belles parties de ces contrées. Ce sont ceux que l'Empereur a choisis pour y établir sa gauche.
Le maréchal Mortier est entré dans la Poméranie suédoise. Straisund a été bloqué. Il est à rejçreltcr que Tennemi ail mis le feu sans raison au beau faubourg de Kniper. Cet incendie offrait un spectacle horrible. Plus de deux mille individus se trouvent sans maison et sans asile.
Proclamation^
Preutsieh-EyhUf le 1» février 4807.
Soldats,
Nous commencions à prendre un peu de repos dans nos quartiers d'hiver, lorsque Tennemi a attaqué le premier corps, et s'est présenté sur la Basse-Vistule. Nous avons marché à lui. Nous l'avons poursuivi l'épée dans les reins pendant l'espace de quatre-vingts lieues. 11 s'est réfugié sous les remparts de ses places, et a repassé la Prégel. Nous lui avons enlevé, aux combats de Bergfried , de Deppen, de Hoff, à la bataille d Eylau , soixante-six pièces de canon, seize drapeaux, et tué, blessé ou pris plus de quarante mille hommes. Les braves qui, de notre côté , sont restés sur le champ d'honneur, sont morts d'une mort glorieuse; c'est la mort des vrais soldats. Leurs familles auront des droits constants à notre sollicitude et à nos bienfaits.
^ Ayant ainsi déjoué tous les projets de Vennemi, nous allons nous rapprocner de la Vistulc et rentrer dans nos cantonnements. Qui osera en troubler le repos, s'en repentira: car, au-delà de la Vistule, comme an-delà du Danube, au milieu des frimas de l'hiver, comme au commencement de l'automne, nous serons toujours les soldats français, et les soldats français de la (Tfande-Arméf».
SOIXANTE -DEUXIÈME BULLETIN
LUhttait, le 91 février 1607.
La droite de la Grande Armée a été victorieuse, comme le centre et la gauche. Le général Essen, à la tète de vingt- cinq mille hommes, s'est porté sur Ostrolenka, le 15, par les deux rives de la Narew. Arrivé au village de Flacies-Lawowa, Il rencontra l'avant-garde du général Savacy, commandant le cinquième corps.
Le 16, à la pointe du jour, le général Gazan se porta avec une partie de sa division à l avant-garde. A neuf heures du matin, il rencontra l'ennemi sur la route de Nowogrod, Tattaqua, le culbuta, et le mit en déroule. Mais, au même moment, l'ennemi attaquait Ostrolenka par la rive gauche. Le général Campana, avec une brigade de la division Gazan, et le fçénéral RufSn, avec une brigade de la division du général Oudinot, défendaient cette petite ville. Le pénéral Savary y envoya le général de division Reille, chef de l'état*major du corps d'arnrée. L'infanterie russe, sur plusieurs colonnes, voulut emporter la ville. On la laissa avancer jusqu'à la moitié des rues. On marcha à elle au pas de charge; elle fut culbutée trois fois, et laissa les rues couvertes de morts. La perte de l'ennemi fut si grande, qu'il abandonna la ville, cl prit position derrière les monticules de sable qui ta couvrent.
Les divisions des généraux Suchet tX Oudinot avancèrent; a midi, leurs têtes de colonnes arrivèrent à Ostrolenka. Le général Savary rangea sa petite armée de la manière suivante :
Le général Oudinot, sur deux lignes, commandait la gauche; le général Suchet, le centre ; et le général Reille, commandant une brigade de la division Gazan, formait la droite. Il se couvrit de toute son artillerie et marcha à l'ennemi. L'intrépide général Oudinot se mit à la tête de la cavalerie, fit une charge qui eut du succès , et tailla en pièces les Cosaques de l'arrière- garde ennemie. Le feu fut très vif; l'ennemi ploya de tous côtés et fut mené battant pendant trois lieues.
Le lendemain, l'ennemi a été poursuivi plusieurs lieues, mais avant qu'on pût reconnaître que sa cavalerie avait battu en retraite toute la nuit I^ général Souvarof et plusieurs autres ofliciers ennemis ont été tués. L'ennemi a abandonné un grand nombre de blessés. On en avait ramassé douze cents ; on en ramassait à chaque instant. Sept pièces de canon et deux drapeaux sont les trophées de la victoire.
L'ennemi a laissé treize cents cadavres sur le champ de bataille. De notre côté, nous avons eu sofxante hommes tués et
L*EMnn.
fort de la nèléé, son corpi d*Année sans chef capable de le diriger.
Ce récit est Tidce générale de la bataille. il s'est passé des faits qui honorent le soldat français : lëlat* major s'occope de les recueillir.
La consommation en munitions à canon a été considérable ; elle a été l)eauconp moindre en munitions d'infanterie.
L*aigle d'un des bataillons du 18" régiment ne s'est pas retrouvée ; elle est probablement tombée entre les mains de Tenuemi. On ne peut en faire un reproche à ce régiment : c est, dans la position où il se trouvait, un accident de guerre ; toutefois, l'Empereur lui en rendra une autre, lorsqu'il aura pris un drapeau*à l'ennemi.
Cette expédition est terminée ; l'ennemi battu et rejeté à cent lieues de la Vistule. L'armée va reprendre ses cantonnements ei rentrer dans ses quartiers d'hiver.
CINQUANTE-NEUVIÈME BULLETIN
Prtuttieh'-VyUm, le U févritr iwr;
L'ennemi prend position derrière la Prégel. Nos coureurs sont sur Kœnigsberg ; mais VEmjKîreur a jugé convenable de mettre son armée en quartiers, en se tenant à portée découvrir la ligne de la Vislulo.
liC nombre des canons qu'on a pris depni% le combat do Bergfnc^l, se monte à
Près de soixante. Les vingl-quatre que ennemi a laissés à la bataille d'Eylau, viennent d'être dirigés sur Tborn.
L'ennemi a fait courir la notice ci-jointe. Tout y est faux. L'ennemi a attaqué la ville, et a été constamment repoussé. Il avoue avoir perdu vingt mille hommes tués ou blessés. Sa perte est beaucoup plus forte. La prise de neufaigies est aussi fausse que la prise de la ville.
liC grand-duc de Berg a toujours son qUfirtier-général àWitlemberg, tout près de la Pré^el.
Le général d'Hautpoiil est mort de ses blessures. Il a été généralement refçretlé. Peu (je soldats ont eu une fin plus glorieuse. Sa division de cuirassiers s'est couverte de gloire à toutes les affaires. L'Empereur a ordonné que son corps serait transporté à Paris.
Le général de cavalerie Bonardi Saint- Sulpice, blessé au poignet, ne voulut point aller à l'ambulance et fournit une seconde charge. Sa Majesté a été si contente de ses services, qu'elle l'a nommé général de division.
Le maréchal Lefebvre s'est porté le 12 sur Marienwerder. H y a trouvé sept escadrons prussiens, les a culbutés, leur a pris trois cents hommes, parmi lesquels un co-
lonel, un major et ploaieun oAdfln , ei deux cent cinquante chevaux. Ce qvi a échappé à ce combat s'est réfugié daas Dantzig.
SOIXANTIÈME BULLETIN
PreuuUh-Eyla», U 17 février ftW.
La reddition de la Silésie avance. La place de Schweidnitz a capitulé. Ci-joÎDte la capitulation. Le gouverneur prussien de la Silésie a été cerné dans Glatz , après avoir été forcé dans la position de Frankeinstein et de Neuhrode par le général Lefebvre. Les troupesde Wurtemberg se sont fort bien comportées dans cette affaire. Le régiment bavarois de la Tour-et-Taxis, commandé par le colonel Seydis, et le 6" régiment de ligne bavarois, commandé par le colonel Baker, se sont fait remarquer. L'ennemi a perdu dans ces combats une centaine d'hommes tués et trois cents faits prisonniers.
Le siège de Kosel se poursuit avec activité-
Depuis la bataille d'Eylau, reonemi s'est rallié derrière la Prégel.On concevait l'espoir de le forcer dans celte position, si la rivière fût restée gelée; mais le dégel continue, et cette rivière est une barriare au-delà de laquelle l'armée française n'a pas intérêt de le jeter.
Du côté de Willenberg, trois mille prisonniers russes ont été délivrés par an parti de mille Cosaques.
I^ froid a entièrement cessé , et la neige esi partout fondue, et la saison actuelle nous offre le phénomène, au mois de février, du temps de la fin d'avril.
L'armée entre dans ses cantonnements.
SOIXANTE-UNIÈME BULLETIN
tandihtrg, /e 18 févriir 1807.
La bataille d'Eylau avait d'abord été présentée par plusieurs officiers prussiens comme une victoire. On fut dans cette croyance à Kœnigsberg toute la matinée du 9. Bientôt le quartier-général et toute Farinée russe arrivèrent. Peu de temps après, on entenditdcs coups decanon; ot 1 on vit les Français mailrt*$ d'une petite hauteur gui domi naît tout te camp russe.
Le général russe a déclaré qu'il voulait défendre la ville; ce qui a au^enté la consternation des habitants, qui disaient: Nous allons éprouver le sort oe Lubccic. FI est heureux pour cette ville qu'il ne soit pas entré dans les calculs du général français de forcer l'armée russe dans cette po« sition.
BULLETINS OT LA* Gll AN DE-ARMÉE.
Le nombre des morts dans Tarmée rasse, en généraux et en officiers, est exlrêmement considérable.
Par la bataille d'EyIau, plus de cinq mille blessés russes, restés sur le champ de bataille ou dans les ambulances environnantes, sont tombés au pouvoir du vainqueur. Partie sont morts, partie, léffèrement blessés, ont augmenté le nombre des prisonniers. Quinze cents viennent d'être rendus à Tarmée russe. Indépendamment de ces cinq mille blesses, qui sont restés au pouvoir de l'armé? française, on calcule que les Russes en ont eu quinze mille.
L'armée vient de prendre ses cantonnements. Les pays d Elbing, de Licbstadt, d'Oslerodc sont les plus belles parties de ces contrées. Ce sont ceux que l'Empereur a choisis pour y établir sa gauche.
Le maréchal Mortier est entré dans la Poméranie suédoise. Straisund a été bloqué. Il est à regretter que l'ennemi ait mis le feu sans raison au beau faubourg de Kniper. Cet incendie offrait un spectacle horrible. Plus de deux mille individus se trouvent sans maison et sans asile.
Proclamatioru
Fretusieh-Eylau, le i» février 4807.
Soldats,
Nous commencions à prendre un peu de repos dans nos quartiers d'hiver, lorsque l'ennemi a attaqué le premier corps, et s'est présenté sur la Bassc-Vistule. Nous avons marché à lui. Nous l'avons poursuivi l'épée dans les reins pendant l'espace de quatre-vingts lieues. Il s'est réfugié sous les remparts de ses places, et a repassé la Prégel. Nous lui avons enlevé, aux combats cle Bergfricd , de Deppen, de Hoff, à la bataille d^Eylau , soixante-six pièces de canon, seize drapeaux, et tué, blessé ou pris plus de quarante mille hommes. Les braves qui, de notre côté , sont restés sur le champ d'honneur, sont morts d'une mort glorieuse; c'est la mort des vrais soldats. Leurs familles auront des droits constants à notre sollicitude et à nos bienfaits.
Ayant ainsi déjoué tous les projets de Tennemi, nous allons nous rapprocner de la Vistulc et rentrer dans nos cantonnements. Qui osera en troubler le repos, s'en repentira: car, au-delà de la Vislule, comme au-delà du Danube, au milieu des frimas de l'hiver, comme au commencement de l'automne, nous serons toujours les soldats français, et les soldats français de la (rfande-Armée.
SOIXANTE -DEUXIÈME BULLETIN
titUtadU h 91 février I8W.
La droite de la Grande Armée a été victorieuse, comme le centre et la gauche. Le général Essen, à la tête de vingt- cinq mille hommes, s'est porté sur Ostrolenka, le iS, par les deux rives de la Narew. Arrivé au village de Flacies-Lawowa, il rencontra Tavant-garde du général Savary, commandant le cinquième corps.
Le 16, à la pointe du jour, le général Gazan se porta avec une partie de sa division à 1 avant-garde. A neuf heures du matin, il rencontra l'ennemi sur la route de Nowogrod, l'attaqua, le culbuta, et le mit en déroule. Mais, au même moment, l'enmemi attaquait Ostrolenka par la rive gauche. Le général Campana, avec une brigade de la division Gazan, et le pjénéral Ruffin, avec une brigade de la division du général Oudinot, défendaient cette petite ville. Le général Savary y envoya le général de division Reille, chef de l'étatmajor du corps d'armée, l/infanterie russe, sur plusieurs colonnes, voulut emporter la ville. On la laissa avancer jusqu'à la moitié des rues. On marcha à elle au pas de charge; elle fut culbutée trois fois, et laissa les rues couvertes de morts. La perte de l'ennemi fut si grande, qu'il abandonna la ville, et prit position derrière les monticules de sable qui la couvrent.
Les divisions des généraux Suchet et Oudinot avancèrent ; a midi, leurs têtes de colonnes arrivèrent à Ostrolenka. I^ général Savary rangea sa petite arnoée de la manière suivante :
Le général Oudinot, sur deux lignes, commandait la gauche; le général Suchet, le centre ; et le général Reille, commandant une brigade de la division Gazan, formait la droite. Il se couvrit de toute son artillerie et marcha à l'ennemi. L'intrépide général Oudinot se mit à la tête de la cavalerie, fit une charge qui eut du succès , et tailla en pièces les Cosaques de l'arrière -garde ennemie. Le feu fut très vif; l'ennemi ploya de tous côtés et fut mené battant pendant trois lieues.
Le lendemain, l'ennemi a été poursuivi plusieurs lieues, mais avant qu on pût reconnaître que sa cavalerie avait battu en retraite toute la nuit Le général Souvarof et plusieurs autres officiers ennemis ont été tués. L'ennemi a abandonné un grand nombre de blesses. On en avait ramassé douze cents ; on en ramassait à chaque instant. Sept pièces de canon et deux drapeaux sont les trophées de la victoire.
L'ennemi a laissé treize cents cadavres sur le champ de bataille. De notre côté, nous avons eu soixante hommes tués et
MO
LTHPIIK.
quatre à cinq cents blessés. Mais une perte vivement sentie^ est celle du général de brigade, Campana, qui était un officier d*un grand mérite et d une (grande espérance. Il était né dans le département de Marengo. L'Empereur a été très peiné de sa perte. Le 103* régiment s'est particulièrement distingué dans cette affaire.
Parmi les blessés , sont le colonel du Hamel, du tV régiment d'infanterie légère, et le colonel d'artillerie Nourrit.
L'Empereur a ordonné au cinquième corps de s'arrêter et de prendre ses quartiers d'hiver. Le dégel est affreux. La saison ne permet pas de rien faire de grand. C'est celle du repos. L'ennemi a le premier levé ses quartiers ; il s'en repeot.
SOIXANTE-TROISIÈME BULLETIN
OtUrodê, le 38 fétritr 1607.
Le capitaine des grenadiers à cheval de la garde impériale, Auzouï, blessé à mort à la bataille d'Eylau , était couché sur le champ de bataille. Ses camarades viennent pour l'enlever et le porter à l'ambulance. Il ne recouvre ses esprits que pour leur dire : « Laissez-moi, mes amis ; ie meurs content, puisque nous avons la victoire, et que je puis mourir sur le lit d'honneur, environné de canons pris à l'ennemi et des débris de leur défaite. Dites à l'Empereur que je n'ai qu'un regret, c'est que. dans quelques moments* je ne pourrai plus rien pour son service et pour la gloire de notre belle France .. A elle mon dernier soupir. • L'effort qu'il fit pour prononcer ces paroles, épuisa le peu de forces qui lui restaient.
Tous les rapports que Ton reçoit s'accordent à dire que l'ennemi a perdu à la bataille d'Eylau vingt /généraux et neuf cents officiers tués et blessés, et plus de trente mille hommes hors de combat.
Au combat d'Ostrolenka. du 16, deux généraux russes ont été tues et trois blésses* ,
Sa Majesté a envoyé à Paris les seize drapeaux pris à la bataille d'Eylau. Tous les canons sont déjà dirigés sur Thorn. Sa Majesté a ordonné que ces canons seraient fondus , et qu'il en serait fait une statue en bronze au général d'Hautpoul, commandant la deuxième division de cuirassiers, dans son costume de cuirassier.
L'armiée est concentrée dans ses cantonnements derrière la Passarge, appuyant sa gauche à Marienwerder, à Iile du Nogat et à Elbing, pays qui fournissent des ressources.
Instruit qu'une division russe s*était
portée sur Braunsberg, à la tète de nos cantonnements, l'Empereur a ordonné qu'elle fût attaquée. Le prince de Ponte- Corvo chargea de cette expédition le ^ néral Dupont, officier d'un grand mente. Le 26, à deux heures après midi, le général Dupont se présenta devant Braunsberg, attaqua la division ennemie, forte de dix mille hommes, la culbuta à la baïonnette , la chassa de la ville, et Inl fit repasser la Passarge, lui prit seize pièces ae (^non, deux drapeaux, et lui fit deux mille prisonniers. Nous avons eu très peu d'hommes tués.
Du côté de Gustadt, le général Léger- Belair se porta au village de Peterswalde à la pointe du jour du 36 , sur l'avis qu'une colonne russe était arrivée dans la nuit à ce village, la culbuta, prit le général, baron de Korff, qui la commandait, son état-major, plusieurs lieutenants-cofonels et officiers et quatre cents hommes. Cette brigade était composée de dix bataillons, qui avaient tellement souffert, qu'ils ne formaient que seize cents hommes présents sous les armes.
L'£mj[>ereur a témoigné sa satisfaction au général Savary pour le combat d*0»trolenka, lui a accordé la grande décoration de la Légion-d'Honneur, et l'a rappelé près de sa personne. Sa Maj<!sté a donné le commandement du cinqnîène corps au maréchal Masséna, le marédial Lannes continuant à être malade,
A la bataille d'Eylau, le maréchal Aogereau, couvert de rhumatismes, était malade et avait à peine connaissance; mais le canon réveille les braves : il revole an galop à la télé de son corps, après s'être fait attacher sur son cheval. Il a été constamment exposé au plus grand feu, et a même été légèrement blessé. L'Empereur vient de l'autoriser à rentrer en France pour y soigner sa santé.
Les garnisons de Golberg et de Dantzig, profitant du peu d'attention qu*OB avait fait à elles , s'étaient encouragées par différentes excursions. Un avan^ poste de la division italienne a été attaqué, le 16, à Stargard, par un parti de nuit cents hommes de la garmson de Golberg. Le général Bonfanti n'avait avec lui que quelques compagnies du I*' régiment de ligne italien, qui ont pris les armes à temps, ont marché avec résolution sur Tenneroi, et l'ont mis en déroute.
Le général Teulié, de son côté, avec le
Sros (If^ la division italienne, le régiment e fusiliers de la garde et la première ooiih pagnie de gendarmes d'ordonnance, s'est porté pour investir Colberg. Arrivé à Naugarten , il a trouvé l'ennemi retranché, occupant un fort hérissé de pièces de canon. Le colonel Boyer , des fusiliers de la garde, est monté à l'assaut : le capi-
Mi
taine de la compagnie des gendannes, M. de MoDtmorency , a fait une chùrf^e qui a eu du succès. Le fort a été pris, trois cents hommes faits prisonniers et six
{)ièces do canon enlevées. L'ennemi a aissé cent hommes sur le champ de ba* Uîlle.
Le général Dabrowsky a marché contre la garnison de Dantzig ; il l'a rencontrée à Dirschau, l'a culbutée, lui a fait six mille prisonniers, pris sept pièces de canon, et Ta poursuivie plusieurs lieues répéa dans les reins. Il a été blessé d'une balle. Le maréchal Lefebvre était arrivé sur ces entrefaites au commandement du dixième corps : il avait été joint par les Saxons, et il marchait pour investir Dantzig.
Le temps est toujours variable. Il gelait hier; il aégèle aujourd'hui. L'hiver s'est ainsi passé. Le thermomètre n'a jamais été à plus de cinq degrés.
SOIXANTE^UATRIÈME BULLETIN.
OiUiroiê^ lé % mar< 1807.
La ville d'Elbing fournit de grandes ressources à l'armée : on y a trouvé une grande quantité de vins et d'eau-de-vie, ce pays do la Bîisse-Yistule est très fertile.
Les ambassadeurs de Gonstantinople et de Perse sont entrés en Pologne et arrivent à Varsovie.
Après la bataille d'Evlau, l'Empereur a passé tous les jours plusieurs heures sur le champ de bataille, spectacle horrible, mais que le devoir rendait nécessaire. 11 a Mu beaucoup de travail pour enterrer tous les morts. On a trouvé un grand nombre de cadavres d'officiers russes avec leurs décorations. Il parait quo parmi eux il y avait un prince Roi)nin. Quarantehuit heures encore après la bataille, il y avait plus de cinq mille Russes blessés, qu'on n'avait encore pu emporter. On leur misait porter de l'eau-de-vie et ciu pain, et successivement on les a transportés à l'ambulance.
Qu'on se figure , sur un espace d'une lieue carrée , neuf ou dix mille cadavres, quatre ou cinq mille chevaux tués, des lignes de sacs russes, des débris de fusils et de sabres, la terre couverte de boulets, d'obus, de munitions, vingt-quatre pièces de canon, auprès desquelles on voyait les cadavres des conducteurs tués au moment où ils faisaient des efforts pour les enlever * tout («la avait plus de relief sur un fond de neige : ce spectacle est fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et 1 horreur de la guerre.
Les cinq mille blessés que nous avons eus, ont été tous évacués sur Thom et sur nos hôpitaux de la rive gauche de la Vislule sur des traîneaux. Les chirurgiens ont observé avec étonnement, que la fatigue de cette évacuation n'a point nui aux ble '
Voici quelques détails sur le combat de Braunsberg.
Le général Dupont marcha à l'ennemi sur deux colonnes. Le général Bruyère, qui commandait la colonne de droite, rencontra l'ennemi à Ragern , le poussa sur la rivière qui se trouve en avant de ce village. La colonne de gauche poussa l'ennemi surWillenberff^ et toute la division ne tarda pas à déboucher hors du bois. L'ennemi , chassé de sa première position, fut obligé de se replier sur la rivière qui couvre la ville de Braunsberg; il a d'abord tenu ferme, m;iis le général Dupont a marché à lui, l'a culbuté au pas de charge, et est entré avec lui dans la ville qui a été jonchée de cadavres russes.
Le 9* d'infanterie légère, le 32*. le %• de ligne, qui composent cette division, se sont distingués. Les généraux Barrois, Lahoussaye, le colonel Semelé, du S4" de ligne, le colonel Meunier, du 9* d'infanterie légère, le chef de bataillon Bouge, du 32' de ligne, et le chef d'escadron Hubinet, du 9" de hussards , ont mérité des éloges particuliers.
Depuis l'arrivée de l'armée française sur la Vistule. nous avons pris aux Russes, aux affaires de Pultusk et de Golymin, quatre-vingt-neuf pièces de canon ; au combat de Bergfriea, quatre pi^cs ; dans la retraite d'Ailenstein, cinq pièces; au combat de Heppen, seize pièces ; au combat dé Hoff, douze pièces; à la bataille d'Ëylau, vingt-quatre pièces ; au combat de Braunsberg, seize pièces; au combat d'Oslrolcnka , neuf pièces : total , cent soixante-quinze pièces de canon.
On a fait, à ce sujet, la remarque que l'Empereur n'a jamais perdu de canons dans les armées qu'il a commandées, soit dans les premières campagnes d'Italie et d'Egypte, soit dans celle de l'armée de réserve, soit dans celle d'Autriche et de Moravie, soit dans celle de Prusse et de Pologne.
SOIXANTE-CINQUIÈME BULLETIN
Otterode, tô 10 fiicr< 1807.
L'armée est cantonnée derrière la Passarge ;
Le prince de Ponte -Corvo, à HoUand et à Braunsberg ;
Le marécbal Soult, à Liebstadt et Moh- I rungen ;
L'BMflBI.
Le maréchal Ney , à Gastadt ;
Le maréchal Davout, à Allenstein , Hoheinslein et Deppen ;
Le quartier-général, à Osterode ;
Le corps d'observation polonais, gue commande le générai Zayoncheck, à Neidenbourg ;
Le corps du maréchal Lefebvre, devant Danizijç ;
Le cinquième corps, sur l'Omuleff ;
Une division de Bavarois, que commande le prince royal de Bavière, à Varsovie ;
Le corps du prince Jérôme, en Silésie;
Le huitième corps, en observation dans la Poméranie sué^loise.
Les places de Breslau , de Schweldnitz et de Brie^ sont en démolition.
Le général Rapp, aide-de-camp de YEmpereur, est gouverneur de Thorn.
On jelle des ponts sur la Yistule, à Marieubouri; et à Dirschau.
Ayant été instruit, le t" mars, que l'ennemi, encouragé par la position qu'avait prise l'armée, faisait voir des postes tout le long de la rive droite de la Passarge, TEmpereur ordonna aux maréchaux Soult et Ney de faire des reconnaissances en avant pour repousser 1 ennemi. Le maréchal Ney marcha sur Gustadt. Le maréchal Soult passa la Passarge à Wormditt. L'ennemi fit aussitôt un mouvement général, et se mil en retraite sur Kœnigsberg. Ses postos, qui s'étaient retirés en toute hâte, furent poursuivis à huit lieues.
Voyant ensuite que les Français ne faisaient plus de mouvements, et s'apercevantque ce n'étaient que des avant-gardes qui avaient quitté leurs régiments , deux régiments de grenadiers russes se rapprochèrent, et se portèrent de nuit sur le cantonnement de Zeciiern. Le 50* les reçut à bout portant; le 27' et le 39' se comportèrent de même. Dans ces petits combats, les Russes ont eu un millier d'hommes blessés, tués ou prisonniers.
Après sùtre ainsi assuré des mouvements de 1 ennemi, l'armée est rentrée dans ses cantonnements.
Le grand-duc de Berg, instruit qu'un corps (le cavalerie s'était porté sur Widenberg. Ta fait attaquer dans celte ville par le prince Borghèse , qui , à la tête de son régiment, a chargé huit escadrons russes, les a culbutés et mis en déroute, et leur a fait une centaine de prisonniers, parmi lesquels se trouvent trois capitaines et huit officiers.
Le maréchal Lefebvre a cerné entièrement Dantzig, et a commencé les ouvrages de circonvallation de la place.
SOIXANTIMIXIÈMË BULLETIN.
OiUndê^ h ik «MTj 1M7.
La grande armée est toujours dans ses cantonnements, oik elle prend du repos. De petits combats ont eu lieu souvent entre les avant-postes des deux armées. Deux régiments*de cavalerie russe sont venus le 1 2 inquiéter le 69* régiment d'inCanleriede ligne dans son cantonnement de Linguau, en avant de Gustadt. Un bataillon de ce régiment prit les armes, s'embusqua, et tira à bout portant sur l'ennemi, qui laissa quatre-vingts hommes sur la place. Le général Guyot, qui commande les avanlpostes du maréchal Soult, a eu de son oôlé quelques engagemeiits qui ont été à bod avantage.
Après le petit combat de Willenberg, le grand-duc (le Ber^ a chassé les Cosaques de toute la rive droite de l'Aile, afin de s'assurer que l'ennemi ne masquait pas qudque mouvement. 11 s'est porté à Wartembourg, Seeburg, Meusgutb,Bischoirsbottrg.
Il a eu quelques engagements avec la cavalerie ennemie, et a fait une centaine de Cosaques prisonniers.
L armée russe parait concentrée du côté de Bartenstein, sur l'Aile; la division prussienne, du côté de Creutzbourg.
L armée ennemie a fait un mouvement de retraite, et s est rapprochée d'une marche de Kœnigsberg
Toute l'armée française est cantonnée ; elle est approvisionnée par les villes d'Elbing, de Braunsberg et par les ressources que Ton tire de l'tle uu Nogal, qui est d'une très grande fertilité.
Deux ponts ont été jetés sur la Vistale ; un à Marienl>ourg, et l'autre à Marienwerder. Le maréchal Lefebvre a achevé l'investissement de Dantzig* Le général Teulié a investi Colber^. L'une et l'autre de ces garnisons ont été rejetces dans ces places après de légères attaques.
Une division de douze mille Bavarois, commandée par le prince-royal de Bavière, a passé la Vistule à \ arsovie , et vient joindre l'armée.
SOIXiVNTE- SEPTIÈME BULLETLX.
OUwrùdê, U 15 smiy 1107.
Le 14 mars, à trois heures après midi, la garnison de Stralsnnd, à la fiiveur d'un temps nébuleux, déboucha, avec deux mille hommes d'infanterie, deux escadrons de cavalerie et six pièces de canon, pour attaquer une redoute oonstroite par la division Dupas. Cette redoute, qui
BULLETINS DE LA SlÂNDE-ARMÉE.
n'dtail ni fertnëe, ni ptlissadée, ni armée de canons, était occupée par une seule compagnie de voltigeurs du 58' de ligne. L'immense supériorité de l'ennemi nétonna point ces braves. Cette compagnie, ayar^t été renforcée par une compagnie du 4' d'infanterie légère, commandée par le capitaine Barrai, brava les efforts de celte brigade suédoise. Quinze soldats suédois arrivèrent sur les parapets ; mais ils y trouvèrent la morL Toutes les tentatives que fit Tennemi furent également inutiles. SoixanteKleux cadavres suédois ont été enterrés au pied de la redoute. On peut supposer que plus de cent vingt hommes ont été blesses; cinquante ont été faits prisonniers. Il n*y avait cependant dans cette redoute que cent cinquante hommes. Plusieurs officiers suédois, décorés, ont été trouvés parmi les morts. Cet acte d*intrépidité a fixé les regards de TEmpereur, qui a accordé trois décorations de la Légion-d*Honneur aux comi)agnies de volti*
gîurs du 58* et du 4* léger. Le capitaine rivet, qui commandait dans cette mauvaise redoute, s'est particulièrement distingué.
Le maréchal Leiebvre a ordonné, le 20, au général de brigade Schramm, de passer de nie du Nogal dans Frisch-floff, pour couper la communication de Dantzig avec la mer. Le passage s'est effectué à trois heures du matin; les Prussiens ont été culbutés et ont laissé entre nos mains trois ceuts prisonniers.
A six heures du soir, la garnison a fait un détachement de quatre mille hommes pour reprendre ce poste ; il a été repoussé avec perte de quelques centaines oe prisonniers et d'une pièce de canon. '
Le général Schramm avait sous ses ordres le deuxième bataillon du 2' régiment d'infanterie légère et plusieurs bataillons saxons qui se sont distingués.
L'Empereur a accordé trois décorations de la Légion-d' Honneur aux ofilciers saxons, et trois aux sous-officiers, soldats, et au maior qui les commandait.
En Silésie, la garnison de Neiss a fait une sortie. Elle a donné dans une embuscade. Un régiment de cavalerie wiirtembergeoise a pris les troupes sorties en flanc, et leur a tué une cinquantaine d'hommes et fait soixante prisonniers.
Cet hiver a été en Pologne comme il paraît qu'il a été à Paris, c'est-à-dire variable. Il gèle et dégèle tour à tour. Cependant nous sommes assez heureux pour n'avoir point de malades. Tous les rapports disent que l'armée russe en a, au contraire, beaucoup. L'armée continue à être tranquille dans ses cantonnements.
Les places formant tète de pont de Sierock, Modin, Praga, Marîenbour^ et Marienirerder,- prennent tous les joutb un
nouvel aocroiswment de forées. Les manutentions et les magasins sont organisés, et s'approvisionnent sur tous les points de 1 armée. On a trouvé à Elbing trois cent mille bouteilles de vin de Bordeaux, et quoiqu'il coûtât 4 francs Ja bouteille! rEm[)ereur l'a fait distribuer à l'armée, en en faisant payer le prix aux marchands. L'Empereur a envoyé le prince Borghèse à Varsovie avec une mission.
SOIXANTE^HUITIÈMK BULLETIN.
Otteroâe, ie 99 mars 1807.
Le 17 mars, à trois heures du matin le général de brigade Lefèvre, aide-decamp du prince Jérôme, se trouvant, avec trois escadrons de chevau-Iégers et le régiment d'infanterie légère de Taxis, passa auprès de Glatz, pour se rendre a Wunchelsbourg. Quinze cents hommes sortirent de la place avec deux pièces de canon. Le lieutenant colonel Gér^d les chargea aussitôt et les rejeta dans Glatz, après leur avoir pris cent soldats, plusieurs officiers et leurs deux pièces de canon.
Le maréchal Masséna s'est porté de Willenberg sur Ortelsbourg ; il y a fait entrer la division de dragons Becker , et la renforcée d'un détachement de Polonais à cheval. Il y avait à Ortelsbourg quelques Cosaques; plusieurs charges ont eu lieu , et l'ennemi a perdu vingt hommes.
Le général Becker, en venant reprendre sa position à Willenberg, a été chargé par deux mille Cosaques ; on leur avait tendu une embuscade d'infanterie dans laquelle ils ont donné. Us ont perdu deux cents
Le 26, à cinq heures du matin, la garnison de Dantzig a fait une sortie générale, qui lui a été funeste. Elle a été repoussec partout. Un colonel nommé Cracaw, qui avait fait le métier de partisan a été pris avec quatre cents hommes et deux pièces de canon, dans une charge du 19* de chasseurs. La légion polonaise du Nord s'est fort bien comportée ; deux bataillons saxons Sf? sont distingués.
Du reste, il n'y a rien de nouveau ; les lacs sont encore gelés ; on commence cependant à s'apercevoir de l'approche du printemps. ^
SOIXANTE-NEUVUËME BULLETIN.
FinekeniUinf U 4 ««rt7 1807.
Les gendàrflàes d'ordonnance sont arrr-
L'EMPIU.
vés à Mftrienwerder. Le maréchal Bessières est parti pour aller en passer la revue. Ils se sont très bien comportés, et ont montré beaucoup de bravoure dans les différentes affaires Qu'ils ont eues.
Le générai Teulié, qui, jusqu'à présent, avait conduit le blocus de Colberg, a fait
Ereuve de beaucoup d'activité et de talent, e général de division Loison vient de prendre le commandement du siège de cette place. Le 19 mars, les redoutes de Scinow ont été attaquées et emportées
f)ar lei'' régiment d'infanterie légère ilaienne. La garnison a fait une sortie. La compagnie de carabiniers du 1*'' régiment léger, et une compagnie de dragons , l'ont repqussée. Les voltigeurs du 19* régiment de ligne se sont distingués à l'attaque du village d'AUstadt. Uennemi a perdu>dans ces affaires trois pièces de canon et deux cents hommes faits prisonniers.
Le maréchal Leiebvrc commande le siège de Dantzig. Le général Lariboissière a le commandement de l'artillerie. Le corps de l'artillerie justifie dans toutes les circonstances la réputation de supériorité gu'il a si bien acquise. Les canonniers français méritent, à juste raison, le titre d'hommes d'élite. On est satisfait do la manière de servir des bataillons du train.
L'Empereur a reçu à Finckenstein une députation de la Chambre de Marienwerder, composée de MM. le comte de Groeben, le conseiller baron deSchleinitz et le comte de Dohna, directeur de la Chambre. Cette députation a fait à Sa Majesté le tableau des maux que la guerre a attirés sur les habitants. L'Empereur lui a fait connaître qu'il en était touché, et qu'il les exemptait, ainsi que la ville d'Elbing, des contributions extraordinaires. Il a dit qu'il y avait des malheurs inévitables pour le théâtre de la guerre , qu'il y prenait part, et qu'il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour les alléger.
On croit que Sa Majesté partira aujourd'hui pour faire une tournée à Maricuwerder et à Elbin^.
La seconde division bavaroise est arrivée à Varsovie.
Le prince-royal de Bavière est allé prendre à Pultusk le commandement de la première division.
Le prince héréditaire de Bade est allé se mettre à la tète de son corps de troupes .à Danlzi;;. Le contingent de Saxe-Weimar est arrivé sur la Warta.
Il n'a pas été tiré aux avant-postes de l'armée un coup de fusil depuis quinze jours.
La chaleur du soleil commence à se faire sentir ; mais elle ne parvient point à amollir la terre. Tout est encore gelé : le printemps est tardif dans ces climats.
Des courriers de Copstantinople et de
Perse arrivent fréquemment au quartiergénéral.
La santé de l'Einpereur ne cesse pas d'être excellente. On remarque même qu'elle est meilleure qu'elle n'a jamais elé. 11 y a des jours ou Sa Majesté fait quarante lieues a cheval.
On avait cru la semaine dernière, à Varsovie, que l'Empereur y était arrivé à dix heures du soir; la ville fut aussitôt et spontanément illuminée.
Les places de Praga, Sierock, Modlio, Thorn et Marienbourg, commencent à être en état de défense ; celle de Mari^werder est tracée. Toutes ces places forment des tètes de pont sur la Vistule.
L'Empereur se loue de l'activité du g6néral Kellermann à former des régiments provisoires, dont plusieurs sont arrivés à l'armée dans une très bonne tenue ^ et ont été incorporés.
Sa Majesté se loue également du général Clarke, gouverneur de Berlin, qui montre autant d'activité et de zèle que de talent dans le poste important qui lui est confié.
Le prince Jérôme, commandant des troupes en Silésie, fait preuve d'une grande activité, et montre les talents et la
Î>rudence qui ne sont d'ordinaire que les ruits d'une longue expérience.