QUATRE-VINGT-SIXIÈME BULLETIN
Tihitt, h 25 /ttin 1807.
Le 2Î5 juin , à une heure après midi , l'Empereur, accompagné du grand-duc de Berg, du prince de Neuchâtel, du maréchal Bessières, du grand-maréchal du palais Duroc et du grand-écuyer Caulincourt, s'est embarqué sur les bords du Niémen , dans un bateau préparé à cet effet ; il s'est rendu au milieu de la rivière, où le général Lariboisière, commandant rarliiierie de la garde, avait fait placer un large radeau et élever un pavillon. A côté était un autre radeau et un pavillon pour la suite de Leurs Majestés. Atf même moment, Tempereur Alexandre est parti de la rive droite , sur un bateau, avec le grand-duc Constantin, le général Benigsen, le général Ouvaroff , le prince Labanoff et son premier aide-de-camp le comte de Liéven.
Les deux bateaux sont arrivés en même temps ; les deux Empereurs se sont embrassés en mettant le pied ^r le radeau ; ils sont entrés ensemble dans la salle qui avait été préparée , et y sont restés deux heures. La conférence unie, les personnes de la suite des deux Empereurs ont été introduites. L'empereur Alexandre a dit des choses agréables aux militaires qui accompagnaient l'Empereur, qui , de son côté, s'est entreténu longtemps avec le grandduc Constantin et le général Benigsen.
La conférence finie, les deux Empereurs sont montés chacun dans leur barque. On conjecture que la conférence a eu le résultat le plus satisfaisant. Immédiatement après, le prince Labanoff s'est rendu au quartier-général français. On est convenu que la moitié de la ville de Tilsitt serait neutralisée. On y a marqué le logement de l'empereur de Russie et de sa cour. La garde impériale russe passera le fleuve et sera cantonnée dans la partie de la ville qui lui est destinée.
Le grand nombre de personnes de Tune et l'autre armée , accourues sur l'uqç et
ML
l'autre rives pour être témoins de celle scène, rendaient ce spectacle d'autant plus intéressant, que les spectateurs étaient des braves des extrémités du monde.
TiliiU, te S6 juin 1807.
Aujourd'hui, à midi et demi. Sa Majesté s'est rendue au pavillon du Niémen. L empereur Alexandre et le roi de Prusse y sont arrivés au même moment. Ces trois souverains sont restés ensemble dans le salon du pavillon pendant une demi-heure,
A cinq heures et demie, l'empereur Alexandre est passé sur la rive gauche. L'empereur Napoléon l'a reçu à la descente du bateau. Ils sont montés à cheval l'un et l'autre ; ils ont parcouru la grande rue de la ville, où se trouvait rangée la garde impériale française à pied et à cheval , et sont descendus au palais de l'empereur Napoléon. L'empereur Alexandre y a dîné avec l'Empereur, le grand-duc Constantin et le grand-duc de Berg.
TiUiU, le %7juin 1807.
Le général de division Teulié, commandant fa division italienne au siège de Colberff, qui avait été blessé à la cuisse d'un boulet, le 12, à l'attaque du fort Wolwsberg, vient de mourir de ses blessures. C'était un officier également distingué par sa bravoure et ses talents militaires.
La ville de Kosel a capitulé.
Le 24 juin, à deux heures du matin, S. A. I. le prince Jérôme a fait attaquer et enlever le camp retranché que les Prussiens occupaient sous Glatz , à portée de mitraille de celte place.
. Le général Vandamme, à la tète de la division wiirlembergeoise, ayant avec lui un régiment provisoire de chasseurs français à cheval, a commencé l'attaque sur la rive gauche de la Neiss, tandis que le générai Lefôvre, avec les Bavarois, attaquait sur la rive droite. En une demi-heure, toutes les redoutes ont été enlevées à la baïonnette. L'ennemi a fait sa retraite en désordre, abandonnant dans le camp douze cents tués et blessés , cinq cents prisonniers et douze pièces de canon. Les Bavarois et les Wtirtember^eois se sont très bien conduits. Les généraux Vandamme et Lefèvre ont dirigé les attaques avec une grande habileté.
TiUUt,lei»juini907,
Hier, à trois heures après midi, l'Empereur s'est rendu chez l'empereur Alexandre. Ces deux princes sont alors montés à cheval, et sont allés voir manœuvrer la garde impériale. L'eropef(i«r Alexandre a mon-
vEurm.
tré qu'il connait très hkù toetes nos ma* D(Buvre& et qu'ii entend par£aitanent tous les détails de la taclique militaire.
A huit heures, les deux souverains sont revenus au palais de l'empereur Napoléon, où ils ont dîné, comme la veille, avec le grand-duc Constantin et le grand-duc de Berg.
Après le dtner» l'empereur I^apoléon a présenté LL. Exe. le ministre des relations exÛrienres et le ministre secrétaire d*£tat à l'empereur Alexandre, oui lui a aussi présenté S. Exe. M. de Budberg^ ministre des affaires étrangères, et le pnnce Kourakin.
Les deux souverains sont ensuite rentrés dans le cabinet de l'empereur Napoléon, où i\» sont restés seuls jusqu'à onze heures du soir.
Aujourd'hui 28, à midi, le roi de Prusse a passé le Niémen , et est venu occuper à Tilsitt le palais qui lui avait été préparé. Il a été reçu à la descente de son bateau par le maréchal Bessières. Immédiatement après, le grand-duc de Berg est allé lui rendre visite.
A une heure, l'empereur Alexandre est venu faire une visite à l'empereur Napoléon, qui est allé au-devant de lui jusqu'à la porte de son palais.
A deux heures, S. M. le roi de Prusse est venu chez l'empereur Napoléon, qui est allé le recevoir jusqu'au pied de l'escalier de son appartement.
A quatre heures, l'empereur Napoléon est ailé voir l'empereur Alexandre. Ils sont montés à cheval, à cinq heures, et se sont rendus sur le terrain où devait manœuvrer le corps du maréchal Davout.
TiUiU,iêi*rjmlM\m.
Le S9 et le 30 juin, les choses se sont passées entre les trois souverains, comme les jours précédents. Le â9, à six heures du soir, ils sont allés voir manœuvrer l'artiUene de la garde. Le lendemain à la même heure , ils ont vu manœuvrer les grenadiers à cheval. La plus grande amitié parait régner entre ces princes.
A l'un desdtners, qui ont toujours lieu chez l'empereur Napoléon , Sa Majesté a porté la santé de l'impératrice de Russie et de i'impératrice-mère. Le lendemain, l'empereur Alexandre a porté la santé de l'impératrice des Français.
La première fois que le roi de Prusse a dtne chez l'empereur Napoléon, Sallajesté a porté la santé de la reine de
Le 29, le prince Alexandre Kourakin, ambassadeur et ministre plénipotentiaire de l'empereur Alexandre, a été présenté a l'empereur Napoléon.
Le 30, la garde impériale a donné m dîner de corps à la garde impériale msae. Les choses se sent passées avec beaucoup d'ordre. Cette réunion a produit beaucoup de gatté dans la ville.
La nlace de Glatz a capitulé. Le fort de Silberberg est la seule place de la Siléaie qui tienne encore.
Depuis le 1* de ce mois, les choses se sont jpassées entre les trois souverains de la même manière que les jours précédents, lisent vu manœuvrer, le i*' juillet, la cavalerie de la garde impériale ; le 2, l'artilierie; et le 3, les dragons du mtoe corps. Le 4, ils sont allés visiter le camp du troisième corps, que commande le maréchal Davout. Le même jour, le roi de Prusse a présenté le prince Henri , son frère, à Tempereur Nap(^n. S. M. U reine de Prusse est arrivée à Baublen, 4 deux lieues de Tilsitt.
THiitt, U IJmiM ftor.
La reine de Prusse est arrivée ici hier à midi. A midi et demi, l'empereur Napoléon est allé lui rendre visite.
Les trois souverains ont fait chaque jour, à six heures du soir, leurs promenades accoutumées. Us ont aisuite dtné chez Tempereur Napoléon, avec la reine de Prusse , le crand^duc Constantin, le
grince Henri de Prusse, le grand-duc de erg, et le prince roval de Bavière.
On a distribué à Tordre de la Grande- Armée, la notice suivante :
Notice paur l'armée.
Au quariier^étiérai impériël, d TUntt, le9jmlteiiWr.
La paix a été conclue entre l'empereur des Français et l'empereur de Russie, hier 8 juillet, à Tilsitt, et signée par le prince de Bénévent, ministre oes relations extérieures de France ; et par les princes Kou* rakin et Labanoff de uostow , pour l'empereur de Russie ; chacun de ces plénipotentiaires étant muni de pleins-pouvoirs de leurs souverains respectifs. Les ratifications ont été échangées aujourd'hui 9 juillet, ces deux souverains se trouvant encore à Tilsitt.
Le mëjor-if^niral, primée ée Neuekétei^
maréchal Alex* BEtTHiEB.
Tilsitt, te 9 JmUeiiW.
L'échange des ratifications du traité de paix entre la France et la Russie, a en
lien aujoard*htti à neuf heures da malin. A onze faeares, l'empereur Napoléon, portant te grand-cordon de l'ordre de Saint- André, s*est rendu chez Tempereur Alexandre, qui Ta reçu à la tète de sa garde, et avanf la grande décoration de la Légiond Honneur. L'Empereur a demandé à voir le soldat de la §[arde russe qui s'était le plus distingué ; il lui a été présenté. Sa Majesté, en témoi(i[nage de son estime pour la garde impériale russe, a donné à ce brave Taigle a or de la Légion-d'Honneur.
Les Empereurs sont restés ensemble pendant trois heures, et sont ensuite montés à cheval. Us se sont rendus au bord du Niémen, où l'empereur Alexandre s'est embarqué. L'empereur Napoléon est demeuré sur le rivase, jusqu*à ce que l'empereur Alexandre fût arrivé à l'autre bord. Les marques d'affection que ces princes se sont données en se séparant, ont excité la plus vive émotion {>armi les nombreux spectateurs, qui s'étaient rassemblés pour voir les plus grands souverains du monde offrir, dfansles témoignages de leur union et de leur amitié, un solide garant du repos de la terre.
L'empereur Napoléon a fait remettre le grand-cordon de la Légion-d'Honneur au grand-duc Constantin, au prince Koura- Jun, au prince Labanoff et a H. Budberg.
L'empereur Alexandre a donné le grand ordre de Saint-André au prince Jérôme Napoléon, roi de Westpbalie , au grandduc de Berg et de Cièves, au prince de Meuchâtel et au prince de Bénévent.
A trois heures de Taprès-midi, le roi de Prusse est venu voir l'empereur Napoléon. Ces deux souverains se sont entretenus pendant une demi-heure. Immédiatement après, l'empereur Napoléon a rendu au roi de Prusse sa visite. Il est ensuite parti pour Kœnigsberg.
Ainsi, les trois souverains ont séjourné pendant vingt jours à Tilsitt. Celte petite ville était le point de réunion des deux armées. Ces soldats qui naguère étaient eunemis, se donnaient des témoignages réciproques d'amitié qui n'ont pas été troublés par le plus léger désordre.
Hier l'empereur Alexandre avait fait passé le Niémen à une dizaine de basckirs, qui ont donné à l'empereur Napoléon un concert à la manière de leur pays.
L'Empereur, en témoignage de son estime pour le général Platow, helman des cosaques, lui a fait présent de son portrait.
Les Busses ont remarqué que le 27 juin ( style russe, 9 juillet du calendrier grégorien), jour de la ratification du traité de paix, est l'anniversaire de la bataille de Pultawa, qui fut si glorieuse et qui assura tant d'avantage à 1 empire de
Russie. Ils en tirent un augure favorable pour la durée de paix et de l'amitié qui viennent de s'établir entre ces deux grands empires.
QUATBE-YINGT-SEPTIÈME BULLETIN
Kcmigtbwgj le 18 Juillet 1807.
Les Empereurs de France et de Russie, après avoir séjourné pendant vingt jours à Tilsitt, où les deux maisons impériales, situées dans la même rue, étaient à peu de distance l'une de l'autre, se sont séparés le 9 , à trois heures après midi, en se donnant les plus grandes marques d'amitié. Le journal de ce qui s'est passé pendant la durée de leur séjour sera d'un véritable intérêt pour les deux peuples.
Après avoir reçu, à trois heures et demie, la visite aadieu du roi de Prusse, qui est retourné à Memel, l'empereur Napoléon est parti pour K i?nigsberg, où il est arrivé le 10, à quatre heures du matin.
Il a fait hier la visite du port dans un canot qui était servi par les marins de la garde. Sa Majesté passe aujourd'hui la revue du corps du maréchal Soult, et part demain à deux heures du matin pour Dresde.
Le nombre des Russes tués à la bataille de Friedland s'élève à dix-sept mille cinq cents ; celui des prisonniers est de quarante mille ; dix-huit mille sont passés à Kœnigsberg, sept mille sont restés malades dans les hôpitaux ; le reste a été dirigé sur Thorn et Varsovie. Les ordres ont été donnés pour qu'ils fussent renvoyés en Russie sans délai ; sept mille sont déjà revenus à Kœnigsberg, et vont être rendus. Ceux qui sont en France, seront formés en régiments provisoires. L'Empereur a ordonné de les habiller et de les armer.
I^s ratifications du traité de paix entre la France et la Russie avaient été échangées à Tilsitt le 9 ; celles du traité de paix entre la France et la Prusse l'ont été ici aujourd'hui.
Les plénipotentiaires chargés de ces négociations étaient, pour la rrance, M. le prince de Bénévent: pour la Russie, le prince Kourakin et le prince Labanoff; pour la Prusse, le feld-maréchal comte de Kalkre.uth et le comte de Goltz.
Après de tels événements, on ne peut s'empêcher de sourire quand on entend parler de la grande expédition anglaise et de la nouvelle frénésie qui s'est emparée du roi de Suède. On doit remarquer d'ailleurs que l'armée d'observation de l'Elbe et de rOder était de soixante-dix mille hommes , indépendamment de la Grande-