‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 203 sur 205 · L-BXPlliE · texte numérisé non relu

L-BXPlliE

sa retraite» devant et malgré renDemi.

Mais dans cet intervalle, le dac de Ra-

r3 avait conclu sa suspension d'armes, duc de Trévise en reçut Tavis, et adhérant à la trêve, se réunit à son collègue pour traiter d'une convention digne de leur caractère et de leur glorieuse résistance. Us se rendirent en conséquence à La Villette où se trouvèrent, de la part des Alliés, le comte de Nesselrode, ministre deTempe^ reur Alexandre; raide-de*camp de ce prince, comte Orlow. le comte de Paer, aide-de-campdu Généralissime, et le capitaine Peterson, délégué du commissaire anglais. En même temps, des aides-de-camp ou officiers d'état -major des deux armées, allaient, précédés d'un trompette, annoncer sur toute la ligne la suspension d'armes, et faire cesser les hostilités.

Les hauteurs de Montmartre devaient être remises aux Alliés comme une conséquence de la clause qui, dans la suspension aarmeSt donnait pour ligne aux Maréchaux l'enceinte même de Paris. Un aide-de-camp de l'Empereur de Russie fut envoyé au comte Langeron pour l'en informer ; mais soit que cet officier générai fut jaloux de remplir avant la lin de la journée la tâche qui lui avait été assignée clans le plan d'attaque, soit que Téloignement n'eût pas permis de lui donner assez tôt connaissance de la trêve, les hostilités continuèrent quelque temps encore à Montmartre, aux Batignolles et à la barrière de Neuilly.

Nous avons cru devoir placer ces épisodes à la fin de notre relation, tant à cause de l'intérêt qu'ils offrent par la nature particulière des engag^ements ou les conséquences qu^ils pouvaient avoir sur le sort de Paris, que parce qu'ils terminèrent en effet la journée.

Avant de décrire les attaques, rappelons en peu de mots les faibles ressources qu'offrait sur ce point la défense.

Montmartre avait reçu le matin quelques détachements de la garde parisienne : les légions voisines et même des légions éloignées, telles que la 9" et la 10% envoyèrent sur ce point des pelotons de grenadiers ou de chasseurs; mais vers onze heures et demie, c'est-à-dire à l'instant où les mouvements du comte Langeron, vers Saint-Ouen, déterminèrent le départ du roi Joseph, des officiers généraux vinrent donner a ces détachemejUs, l'ordre de descendre aux Batignolles et dans la plaine de Clichy. il ne resta sur Montmartre qu'un faible détachement de vétérans et de conscrits tirés de la garnison de Paris. Ce ne fut qu'un peu plus tard qu'on dirigea sur ce point, à défaut d'autre infanterie, le bataillon de sapeurs-pompiers de la garde, affaibli par les postes qu'il avait été obligé de laisser aux Tuileries et à sa caserne, ne de Clichy. L'artillerie, placée sur le

haut de la butte, consistait en deux batteries, l'une de sept bouches à feu, au moulin de la Lancette, et l'autre de deux pièces au Moulin-Neuf; bonnes pour battre au loin la plaine, elles n'opposaient l'une et l'autre de près, que des feux fidiants, peu dangereux aux masses arrivées au pied de la montagne. Il n'y avait à la nauteur de Cli^ancourt que la cavalerie du général Belliard et son artillerie légère, en état d'arrêter les progrès des attaques directes du comte de Lanseron.

Rien ne l'empêchait de les combiner avec les attaques de flanc, et particulièrement sur le faubourg des Batignolles où conversent les routes de Saint^ueo et de Clichy a Paris. Déjà la cavalerie du général Emmanuel arrivait par cette dernière à hauteur de Yilliers, où ses tirailleurs étaient aux prises, dans la plaine, avec ceux de la garde parisienne, et pouvai^it en ,peu de minules^nsulter les faubourgs des Batignolles et de Monceaux. D'an antre côté, une colonne d'infanterie s'avançait avec une batterie par le chemin de Saint-Ouen, et prit bientôt après position au point où ce chemin coupe la croupe qui descend de la hutte des Gardes vers Clichv.

Enfin, ces attaques de front et de flanc pouvaient être favorisées par une diversion sur les barrières de l'Ouest, notamment sur celle de Neuilly ; puisque la colonne qui suivait le chemin de la Révolte, parvenue à la porte Maillot, avait moins d'un kilomètre à parcourir pour insulter cette barrière.

Depuis la barrière de Clichy jusqu'à celle de Neuilly, l'enceinte et les faubourf^ extérieurs n'étaient défendus que par la garde parisiennne; et comme l'extrême gauche de l'armée ne s'étendait guc jusqu'à Montmartre, cette ligne se trouvait abandonnée au duc de Conegliano.

Dès que ce Maréchal aperçut le mouvement des corps du comte Langeron sur te cheinins de la Révolte et Saint-Ouen, il se porta à la barrière de Clichy. Le comte Regnaud de Saint-Jean d'Angely, chef de la 2* légion, ayant reçu, comme président de la section de l'intérieur au Conseil d'État, Tordre de se rendre à Blois, et de transmettre des ordres semblables anx membres de celle section, le Maréchal conière au chef de bataillon Odiot ie commandement provisoire de la légion et des détachements qui occupaient la barrière de Clichy et la chaussée de Saint-Ouen, où il fait avancer une batterie légère, destinée avec deux pièces établies sur la outte des Deux-Moulins, à battre la colonne et rartillerie que l'ennemi dirigeait par cette route sur la croupe de la hutte des Gardes. Les détachements qui, vers midi, étaient descendus de Montmartre dans la plaine,

BATAILLE DE PARIS

se replièrent sar les Batignolles, pressés par les troupes légères russes. Le duc de Conegliano leur ordonne de se jeter dans les maisons (1), pour y soutenir avec plus d'elQûacité et moins ae péril la batterie légère, et protéger au besoin la retraite de la brigade Dautancourt, qu'il fait prévenir de ces dispositions par son fils (î).

Rassure sur ce point, le Maréchal visita les autres barrières; son chef d'état-major arrivant à Montmartre, pour rendre compte au roi Joseph de sa seconde reconnaissance, trouvant le pavillon désert, et remarquant les progrès du général Emmanuel sur le chemin de la Révolte, se porta rapidement aux barrières de Neuilly et du Roule pour observer de plus près ses mouvements, et aviser aux moyens les plus propres à les retarder, ou du moins à mettre cette partie de Tenceinte à Tabri d'insulte, tandis que l'armée contiendrait de front les masses de l'ennemi. Les commandants des barrières prirent ces mesures avec autant de zèle que d'intelligence : ils mirent en bataille leurs postes sur les crêtes qui dominent les Thèmes et la plaine du bois de Boulogne, y portèrent des patrouilles et des tirailleurs ; et rarlillerie fut conduite en avant de l'arc de triomphe, où on la couvrit sur-le-champ d'abbattis.

Ces dispositions et celles prises aux Batignolles, appelèrent Tatlention de l'ennemi. La colonne qui suivait le chemin de Saiut-Ouen s'arrêta; celle qui marchait par le chemin de la révolte déclina au loin sur la gauche , et tâcha de rejeter nos tirailleurs sur les barrières. Lorsque sa'tètc parvint à la porte Maillot, le général Emmanuel n'osa l'engager de suite et toute entière dans le bois de Boulogne. Un détachement de troupes légères avec quelques pièces et de nombreux tirailleurs, marcha contre la barrière de l'Étoile ; soit qu'il eût dessein de pénétrer dans Paris, ae jeter l'alarme aux Champs-Elysées et jusqu'aux Tuileries; soit qu il voulût seulement reconnaître et contenir des troupes qui men-

ti) Un faux point d' honneur îempéchad*abord une partie des gardes nationaux de s'y loger : a Nous n'avom pat peur^ disaient-ils, et nous ne » voulons pas nous cacher. » Le duc de Conegliano, pressé de donner ses ordres ailleurs, laisse sur ce point son chef d'état-major, qui ne parvient i les persuader qu'en leur demandant s'ils croyaient sérieusement mie le doyen des Maréchaux leur conseillât une lâcheté. Ce trait et beaucoup d'autres confirmèrent dans cette journée une observation dont il importe de tenir compte à la guerre, c'est que les troupes inexpérimentées, les plus susceptibles sans doute des terreurs paniques, ne le sont pas moins des actes d'un courage inutile, et courent elles-mêmes au-devant du péril qui les étonne.

(a) Le colonel Moncey se trouvait alors i Paris pour blessure reçue à Ghampaubert, et n'avait pu résister au désir d'être utile à son père dans celte mémorable journée.

traient une belle attitude dans une position avantageuse (1).

Mais une attaque plus sérieuse menaçait la* butte Montmartre. Tandis que le détachement et l'artillerie destinés a contenir le faubourg des Batignolles, s'avançaient par le chemin de Samt-Oueu sur la croupe de la hutte des Gardes, le reste du corps de Rudzewitsch, fort de vingt bataillons, se dirigea entre la hutte et la gauche de Glignancourt ; celui du général Kapzewisch marcha contre le centre et la droite de ce village. Ces deux colonnes, précédées d'une artillerie formidable, arrivent à petite portée de hisii de la cavalerie du comte Belliard. En vain, pour les arrêter, le général Dautancourt les charge à la tête des chasseurs que commandait le chef d'escadron Lafîtte : il est ramené par leur feu; le général Sparre, avec le 5'et t2«de dragons, n'est pas plus heureux, et bientôt toute la ligne est obligée de se réfugier au pied de Montmartre. Débordé de part et d'autre, le comte Belliard n'est plus libre de chercher un meilleur terrain dans les plaines latérales ; alors le comte Langeron réunit trente à trente-six pièces de canon, et bal à mitraille cette cavalerie que protégeait à peine quelques pièces légères, et que Tartillerie de position ne défendait plus. Ce feu terrible l'ébranlé enfin : elle est forcée de faire volte-face et de se retirer par les rues étroites et rapides qui conduisent au sommet de Montmartre. les régiments^de marche des colonels Christophe, Ghigny et Leclerc, les dragons du général Roussel, ainsi que la brigade Dautancourt remontent au galop ses pentes escarpées.

Au milieu de cette retraite précipitée, le général Belliard aperçoit, sur le flanc gauche de la butte, le bataillon de sapeurspompiers de la garde, le jette dans un enclos à mi-côte, et lui prescrit de tenir ferme. Ces deux cent cinquante hommes furent l'unique troupe que les deux colonnes d'infanterie des généraux Kapzewitsch et Rudzewitsch rencontrèrent ; aussi elles gravirent la butte en peu d'instants , la couronnèrent et couvrirent bientôt la naissance des rampes qui descendent à Pari«.

La cavalerie du général Belliard venait d\ rentrer en grande partie, par les barrières que tenait encore le duc de Trévise. Deux escadrons, l'un de cuirassiers, l'autre de dragons, se retiraient |)ar les boulevarts extérieurs, sur celle de Clichy, lorsque le chef d'état-major de la garde

(1) En effet, si ces forces eussent été assez nombreuses pour prendre l'offensive, contre cette colonne de cavalerie, elles auraient pu la faire repentir de oette longue marche de flanc, sur une route i laquelle aboutissent les chemins courts et faciles qui descendent des barrières de Glichv, ViUiers et Neuilly.

LTimiB.

purisienne accournl et invita leurs chefs à protéger la gauche du maréchal de Conegliano qui tenait encore la tête des BâtignoDes. tes officiers s'y portèrent de suite et continrent les troupes légères russes , jusqu'à ce qu'enfin accablés par le nombre, ils nirent obligés de se replier sur la barrière de Monceaux.

Ce mouvement rétrograde, la prise de Montmartre et la marche de l'ennemi pour déborder de ce point le faubourg des BâtignoUes , déjà menacé par les routes de Baint-Ouen et de Ciicby , ébranlèrent les gardes nationaux qui le défendaient ; et par un mouvement spontané, les canonniers abandonnèrent les pièces des Moulins : la batterie légère nt volte-face ; les grenadiers et les chasseurs se précipitèrent sur la barrière de Clichy.

Alors le maréchal, seconde par son chef d*état-major, fit sur-le-champ ses dispositions pour la défendre et prévenir le desordre. Les grenadiers et chasseurs se postèrent anxTenètres et sur la plate-forme du bAtiment carré qm est en avant de la barrière, aux créneaux du tambour en charpente, tandis que les canonniers-vétérans se plaçaient à leurs embrAsures. Un feu vif et nourri commença aussitôt contre le faubourg, chassa des rues les tirailleurs ennemisi et les força de se jeter dans les maisons.

Cependant le maréchal ne se dissimulant pas que si l'ennemi amenait dans le haut des Batignolles une batterie supérieure à l'ancienne, il enlèverait des premiers coups les palissades du tambour, conçut l'idée de ménager une retraite à ses défenseurs derrière un retranchement qu'il ordonna de construire à la hAte avec les charrettes et les bois d'un chantier. Le sentiment du péril et l'esprit d'imitation firent bientôt commencer une autre barricade dans le bas de la rue (1).

L'ennemi de son côté, soit qu'il ne jugeAt point à propos d'attaquer la barrière, ou qiril voulût en éteindre le feu avant de mettre son canon en batterie, se bornait à ftisiller du haut des maisons du faubours, quand le son de la trompette annonça le parlementaire qui venait proclamer Varmistice. Le feu s'éteignit ; et il continua sa route jusqu^à la barrière de Neuiliy, où son arrivée mit fin au combat qui venait de s^engager entre la 1^* légion et les troupes du gâéralBmmanuei.

Les hostilités avaient enfin cessé sur

(i) Ouelquei Mpeun-ponplen de girdo à la Mdellonl-BUiio, ■'éuienl mis d>ui-mè-

iDM i ce travail, aidés par les hommea, lea remmet, lea enfants dn voialnage, donnant sans le savoir» un exemple des ressources qui restaient à l'armée, st la meilleure raison d'un armbiké qui évitait de porter le combat dans Paris.

toute la ligne , lorsqu'un incident ks t^ nouvela à fa barrière de Clichy. Les tinilleurs russes établis dans les maisons voisines, firent un mouvement qui parut oP fensif aux gardes nationaux postés dams Je bAtiment extérieur, et le feu recommeata tout-à-coup sans que, d'une part ni de Taih tre, l'on sût s'il provenait a'un maleoteadu, ou si l'armistice était rompu. Le comte de Langeron ayant envoyé un parlemea* taire , le duc ae Conegliano accourt m bruit de la mousqueterie, chargea son dief d'état-major de raccompagner a Montmu^ tre, et de convenir avec te comte de Laih geron des moyens de prévenir toute repriao inutile d'hostilités.

Pendant ces incidents , les maréchini ducs de Trévise et de Baguse discutaiest à La Villette les clauses de la capitolatioii. Après d'assez vifs débats, on convint qw l'armée se retirerait avec son matériel, et aurait la nuit entière pour cette évacuation ; que les troupes alliées, entreraieot à Paris à six heures du matin, et ne pourraient recommencer les hostilités qu'après neuf heures. Ces conventions furent veriNi* les, et le duc de Raguse se chargea de la rédiger et signer au nom de son collègiK, avec les comtes Oriow et de Paër.

L'armée remit alors à la garde parisienne les barrières qu'elle avait défendues contre l'ennemi. Le général Hullin, de son côté, fit relever tous les autres postes Intérieon occupés par la garnison. Les troupes da maréchal duc de Trévise évacuèrent Paris de suite , sous la conduite du général Corial, lequel gagna, par les boulevarts extérieurs et le pont d Austerliti. la route ds Fontainebleau où il les établit militaire^ ment vers minuit, en arrière de Yillejiif, face à Paris ; la cavalerie du comte Mliard, après une courte halte, prit la iDême direction. Le maréchal duc de Baguse flla^ qua les Champs-Elysées pour rendex-^voos aux corps oui avaient combattu eoos ses ordres, les Cosaques polonais passèrent la nuit au Bas-Passy, en avant de la barrièn de Versailles ; et le lendemain, vers qoatre heures du matin , ces diverses Iroopes défilèrent par les ponts d'Iéna et delà Concorde, sur les Wrières d'Orléans et du Haine.

Pendant oue l'armée française quittait un champ de bataille qu'elle avait ai glorieusement disputé , Tempereur de Russie et le roi de Prusse s'étaient portés sor les hauteurs de Saint-Chauniont,etparooBnit des yeux Paria, que cessairat d'édairer les derniers rayons du jour, contemplaieit avec le sentiment naturel d'une vive salis* faction ce prix immense de la victoire. Ils retournèrent ensuite avec le GénéraUssine au quartier-ffénéral de Bondi. Le gésénl en cnef Barclay de Tolly, que l'empereur Alexandre venait d'élever au grade de

BATAILLE DE PARIS

feld-maréchal, prit ses quartiers à Romainville; son armée bivouaqua en avant de Pantin et sur les hauteurs de Belleville, Ménilmontant et Mont-Louis; celle de Silésie sur Montmartre et aux environs ; les corps du prince royal de Wiirtember^ et du comte de Giulay s'établirent à Saint- Maur et à Charenton. Les troupes du général Emmanuel occupèrent les Thèmes, la porte Maillot ; et ceux de ses coureurs dirigés sur les ponts de la Seine, trouvèrent leur gîte à Âuteuil et Boulogne.

Tandis que tous ces mouvements se faisaient autour de Paris, cette partie de sa population pour qui tout est spectacle, stationnée sur les anciens boulevarts. re-gardait avec une avide curiosité les hauteurs éclairées par le feu des bivouacs^ et couronnées par les troupes et les batteries deTennemi; mais le plus grand nombre des citoyens, dans la tristesse et le deuil, sondaient avec inquiétude Tavenir que préparait un si grand événement.

Page 1