‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 202 sur 205 · L'ENFUIE · texte numérisé non relu

L'ENFUIE

liatiteQrs, le général Boyer pousse en côtoyant leurs pentes ses tirailleurs sur Pantin, et se met en mesure de les soutenir. Le succès couronne partout nos efforts. Sur les hauteurs, les Russes étonnés et pris en colonnes de marche, sur un terrain difficile et embarrassé de clôtures, sont expulsés du bois et ramenés au village; leur droite est repoussée dans les gorges sous les murs du parc de Roroainville.

Dans la plaine, les tirailleurs de la jeune garde pénètrent presgu'en même temps jusqu'aux maisons les plus avancées de Pantin. En vain le général Kretow, pour les arrêter, essaie quelques charges à droite de la grand'route. Ecrasés par la mitraille et embarrassés par les accidents du terrain, ses cuirassiers sont obligés de se replier sous la protection du village.

Le combat continue sur tous les points avec opiniâtreté. Des deux côtés la perte est considérable, et les tirailleurs sont plusieurs fois renouvelés.

Durant ces premières attaques, le duc de Trévise avait pris dans la plaine son ordre de bataille : la division Charpentier resta massée au pied de la butte de Ghaumont ; celle du général Cnrial fut destinée à soutenir la brigade Sécrétant dans son attaque sur Pantin ; le général Ghristiani avec la sienne vînt prendre position à Textrémité (le LaVillette et de La Chapelle, prête à renforcer la brigade Robert ; à l'extrême gauche, la cavaWie du comte BellianI, augmentée des trois cents chevaux du général Dautencourt s'établit en première ligne entre la Chapelle et Saint-Ouen.

Mais, en même temps, le comte Langeron, averti par le canon dans son qnartier-

fénéral de Blancménil, portait ses troupes u Bourget devant La Viltette,et détachait son avant-garde contre le villajra d'AubervillierH qu*occnpaient les tirailleurs de la brigade Robert.

Ces renforts, procurant de part et d'autre les moyens de soutenir l'altague et la défense de Pantin, n'auraient fait que balancer les chances du combat , si le général Barclay de Toliy ne se fftt déterminé à faire donner une partie des gardes et réserves. Il venait a'être instruit des motifs qui retenaient encore, loin de la ligne, le reste dos corps de l'armée do Silésie , ceux du prince royal de Wurtemberg et du comte de Giulay; il voyait ses troupes prêtes à fléchir dans Pantin et à Romamville :

l'occupation de ces points par tes Français pouvait, sinon décidfer la journée, du moins laisser à Napoléon le temps d'arriver.

Toutes ces raisons le portèrent à engager, dans un mouvement décisif, l'élite ae ses troupes.

D après ses ordres, la deuxième division de grenadiers russes» sous le commandement du lieateoaut'genéral Paskiewitscb,

va soutenir stfr les hauletirg, entre Moutreuil et RomainviHe,le flanc ganchedi général Rayefski ; tandis que le génénl Luieschnin se porte au soutien du centre avec une brigade de la première dirisioo, et que le lieutenant-général Tschoglikow, avec l'autre, marche vers la droite dans les bois de Romainville. Dans laplûoe, les gardes prussiennes et de Bade Toiit renforcer les troupes qui disputent Pantm, et ces nouveaux moyens permettent an général Rayefski de reprendre ToffeDsiye.

Sur les hauteurs, tandis que les divisions Tschoglikow et Knieschnin ineBicent de front la gauche et le centre do due do Raguse, le général Mezenzow, soateDi par toute la cavalerie du comte Pablo, chasse nos troupes de Montreuil , poos»

des reconnaissances sur Yinoennes, cootient la cavalerie du général BorJesoolle, et s'apprête à débusquer le duc de Pado» du plateau de Malassise pour le rejeter aidelà du vallon de Bagnolet. En même tempi, le général Pitschnitzki , ayant en résene la division Schaschafskoï, s'élève sur les pentes de Pantin au bois de RomaiDTiile, pour prendre en flanc à la gauche du dae de Raguse, les troupes commandées par fe général Compans. Penûant ce moavemeni, le prince Eugène de Wiirtembcrg se dispose à l'attaque du village du Pré-Saint- Gervais, et manœuvre dans le but d'isoler du général Compans la division Boyer,el de séparer les corps des deux MaréchaK. Le duc de Raguse, ainsi menacé ^rsos front et ses flancs, fait snr-te-champ ses dispositions, fl pousse contre la coloflne du général Knieschnin la brigade da général Fonrnier, qui tombe blessé jrièfement : cet accident, au lieu d'intimider te troupes, les anime encore davantage, et cette poignée d'hommes tient renneoù ei échec.

Le Maréchal détache la division Lêdn au soutien du général Compans , qai rappelle, de Pré-Saint-GervaissurleptaleaOt le i 1" régiment de voltigeurs, afin de soutenir la origade Chahert, fortement ooeopée dans les bois de Romainville paries têtes des colonnes de Pitschnitzki et de Tschoglikow. La division Ledru trouve sa route coupée par la première , la calbate sur les pentes de Pantin, et arrive àteiD|M pour tenir tête au général Tschoglikow.

Le prince Eugène de Wiirlemberg rallie la division Pitschnitzki derrière cale de Schaschafskoï, côtoie au bas des pentes te hauteurs de Romainville, et se jette sor le village du Pré- Saint-Ger vais quedéfeidaient seulement deux bataillons formant rexlrôrae droite du général Boyer. LedttC de Raguse, informé par le général ÇoBj pans qu'ils ont peine à s'y maintenir, » qu'il est fortement occupé lui-même siff son front, détache à leur secours le cotoiei

BATAILLE DB PABIS.

Fftbvier, avee trois o« gnttre cents bom- ' mes ; il était temps : déjà les tirailleurs r«sses aTaieot pénétré dans le village ; ils en sont chassés et rejetés sar leurs masses : le général Boyer les mitraille à bout portant avec son artillerie, dans laquelle se trouvait une batterie de douze pièces de douze : le prince Eugèae, foudroyé, se retire hors de portée et renonce à son entreprise.

En même temps, on se disputait Pantin, où les généraux ennemis Rotn et Helfreich se défendaient avec deux régiments de chasseurs. Le général Roth est nlessé. Les généraux Boyer et Michel font un nouvel effort pour enlever ce village ; mais les gardes prussienne et badoise arrivant , les tirailleurs de la brigade Sécrétant sont chassés de Pantin. Cependant Tennemi trouve, au débouché du village, le gros de cette brigade couvert par de formidables batteries, et se borne à l'occuper fortement«

Ainsi toutes les attaques avaient été repoussées ; à la droite même, le duc de Padoue n'avait cédé que le village de Montreuil, lequel, hors de la position, ne servait à rennemi qu'à observer Yincennes, et à voir le moment où arriveraient les colonnes du prince royal de Wiirlemberg et du comte Giulay.

Le général Barclay de Tolly étonné et rebuté de la résistance qu'éprouvaient partout les attaques, crut dfevoir, jusqu'à l'instant où Tarmée ae Silésie pourrait agir et le seconder, se borner à garder les postes de Pantin, Romainviile et Montreuil, et la ligne dont ils formaient le point d'appui. Les régiments ennemis, la plupart dissous en tiraillleurs par l'effet du terrain, étaient, à l'exemple des nôtres, épars dans les bois, les vignes et jardins, entre Pré- Saint-Gervais, Pantin et Bîomalnvilie.

L'action n'était plus qu'une fusillade et un combat d'artillerie. l)*après les ordres du général en chef, le général Stall porte contre nos tirailleurs deux régiments de cuirassiers, et sous leur protection, les généraux ennemis rallient et reforment leurs régiments. Le duc de Raguse, de son cAté, profite de ces dispositions pour rétablir l'ordre dans sa ligne et s'apprêter h de nouvelles attaques. Le maréchal duc de Trévise rectifie à sa droite la position du colonel Sécrétant, et la fait soutenir par le

fénéral Curiai, tandis que sur son front, il isputait Aubervilliers aux troupes du comte de Langeron, et qu'au loin, le maréchal Blôiher mettait en mouvement les corps d'Yorck, Kleist et Woronzow.

Telle était, vers onze heures , la situation des affaires. Le roi Joseph, malgré les rapports que lui avaient adressés les Maréchaux depuis le commencement de Taction« répugnait à er<Hre qu'ils fussent atta-

qués ou près de l'être par toutes les forces de l'ennemi ; mais le Chef d'état-major de la garde parisienne , qui , la carte des chasses à la main, avait observé et suivi ses mouvements, vint dissiper les doutes de Joseph , et ne lui cacha point qu'ils allaient avoir en tête des masses tellement supérieures, que leurs talents et leur caractère, aidés de tout le courage des troupes, ne laissaient d'autre espoir que de disputer le terrain pied à pied. Le Roi n'avait, pour les soutenir, ni réserves, ni troupes auxiliaires, ou du moins celles qu'il aurait pu tirer des dépôts répandus à une ou deux journées de marche de Paris, ne pouvaient arriver avant la fin de la bataille. Mais comme il résultait de ce rapport que le duc de Trévise n'était point encore engagé dans toute la ligne, 1^ Roi, après en avoir conféré avec les ministres et les généraux, chargea le chef d'état-major Allent de retourner sur la ligne, pour continuer à y observer l'ennemi, et de demander au duc de Trévise s'il ne lui serait pas possible d'envoyer un détachement au secours de son collègue, sur le terrain où l'ennemi semblait avoir le plus d'intérêt à sétablir.

Pendant cette nouvelle reconnaissance, le roi Joseph ne désespérait point encore, lorsque le général Hullin lui amena un ingénieur des sapeurs-pompiers, qui, chargé par lui la veille de reconnaître les dehors de la ville, était tombe, à Pantin, dans les avant-postes des Alliés. Après avoir été gardé au bivouac des Cosaques, le capitaine Peyre obtint d'être conduit au quartier-général de Bondi. Soit qa'on l'eût considéré comme appartenant à une troupe municipale étrangère à l'armée, soit qu il entrât dans les vues des Souverains et du Généralissime de profiter d'une occasion si favorable, pour informer le roi Joseph des forces et des dispositions des Alliés, ils firent reconduire cet officier aux avantpostes, après l'avoir chargé de lui remettre une proclamation du prince de Schartzenberg aux habitants. Cette proclamation connue tendait à séparer la cause des Parisiens d'avec celle de l'Empereur. Elle constatait surtout qu'ils étaient devant Paris avec toutes leurs forces, résolus d'y entrer et méditant d'y faire ou d'y favoriser une révolution.

Ce rapport acheva de convaincre Joseph que les maréchaux avaient réellement en tète les deux grandes armées alliées.

Dans l'anxiété où le jetait une telle si'> tuaUon., il crut devoir délibérer avec les ministres et les généraux sur les mesures à prendre pour assurer la retraite de l'armée et la conservation de la capitale* Cette délibération se prolongeait encore , lorsqu'on vint lui annoncer que des troupes se développaient dans la plaine de Saint-De-

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L'EMPIRE

nis, et semblaient vouloir déborder au loin sur la gauche le corps du duc de Trévise. Cétait en effet l'armée de Silésie que le fekl-maréchal Blucher portail en li^ne et disposait pour les attaques qui lui étaient confiées. Le corps seul du comte Woron< zow qui venait de Villepinte, était en arrière ; ceux de Kleist et d'Yorck arrivaient à la hauteur de Pantin.

Le feld-maréchal prescrit à Tavant-garde sous les ordres du général Katzler, de pas-, ser le pont du canal de FOurcq, sur lequel la route des Petits-Ponts vient rejoindre celle d* Allemagne , et de se porter entre Pantin et le canal pour lier la droite de la grande armée à la gauche de celle de Silésie, et seconder sur ce point la défense ou les mouvements offensifs. Le prince Guillaume de Prusse est chargé de garder avec six bataillons, l'intervalle entre le canal et la route de Senlis; le reste des corps d* Yorck et de Kleist reçoit ordre de se porter sur cette route pour menacer La VillettOi occuper le front du duc de Trévise, et laisser au comte de Langeron les moyens de s'étendre sur la droite; ce dernier doit, après avoir chassé d'Aubervilliers les tirailleurs du colonel Robert , franchir les excavations commencées du canal , détacher le général Kapzewitsch pour combiner ratiaauede vive force de Saint-Denis, avec le général Karnielow, lequel, maître de ce poste, se réunira au reste du corps de Lanseron pour attaquer Montmartre, tandis que Te premier se portera par le chemin de la Révolte sur le bois de Boulogne, et qu'un détachement prenant poste sur la route de Saint-Ouen a Paris, observera, à droite de Montmartre , le faubourg des Batignolles.

Tel fut le plan dont nous verrons plus tard l'exécution, et qu'annonçaient à peine les premiers mouvements de Farmée de Silésie; mais pour des militaires qui, comme les généraux Dejean et Maurice Mathieu , avaient une longue expérience de la guerre, il était facile d'en apercevoir les conséquences. Consultés par le Roi, ils ne crurent pas devoir les lui dissimuler, ce qui persuada Joseph que s'il attendait l'issue de la journée, il ne lui resterait, comme à l'armée, de retraite facile et certaine que par la route de Fontainebleau. Alors, soit qu'il craignit de s'exposer aux premiers reproches d'un souverain qui l'accuserait injustement d'avoir perdu sa capitale, soit que les ordres mêmes de l'Empereur ou d'autres considérations le portassent à rejoindre l'Impératrice ; soit enfin que le développement imposant de l'armée de Silésie. confirmant tous les rapports, eût fait succéder à trop de confiance une crainte excessive et prématurée, il résolut de partir assez tôt, pour que les coureurs de 1 ennemi ne pussent le prévenir au pont de

Sèvres, ou l'atteindre sur la roule de Versailles et d'Orléans. En conséouence, il' se hâta d'adresser aux ducs de Trévise et de Raguse l'autorisation de capituler, tant pour leur armée que pour la capitale. Le général comte Hullin fut charge de faire parvenir par deuxofiBciers cette autorisation aux maréchaux , et de prendre loimême des mesures pour évacuer Paris avee les troupes de la garnison. Les ministres eurent ordre de se rendre aussi près de l'Impératrice , et d'en expédier de pareils aux grands fonctionnaires et aux membres du conseil d'Etat restés à Paris. Les officiers sans destination , qui attendaient des ordres, se dispersent; la garde ellemême se retire ; en un instant, les cours et la maison sont désertes, les grilles da pavillon se ferment : plus de général en coef, plus de quartier-général.

Tandis que l'armée de Silésie se développait dans la plaine de Saint-Denis, les corps aux ordres du prince royal de Wârtemberg arrivaient a Neuilly-sur-Mame.

Après avoir laissé sur ce point le comte de Giuley en observation, ce prince couronna les hauteurs de Nogent, laissa un bataillon dans ce village, et se portant à la haateur de Fontenay , divisa en deux colonnes le reste de ses troupes.

La première, composée de la brigade de Hohenlohe, ayant en réserve celles de Misany et de Lalance, prend la direction de Saint-Maur , trouve le parc fermé , fait brèche au mur , et porte un bataillon sar le pont de Saint- Maur, tandis que le gros continue sa route sur Charenton. La seconde colonne formée de la brigade Stockmayer que soutenaient quatre bataillons de grenadiers autrichiens, se dirige parla route de Neuilly sur le bois de Vincennes; elle force pour y pénétrer une barrière défendue par un faible détachement de troupes de ligne et de garde nationaux do canton , laisse un bataillon pour observer )e château et le village de vincennes, elss porte au soutien de celui qui attaquait Saint-Maur. Ce village était sans défisse, et le pont de la Marne seulement fortifie sur la rive gauche par un tambour eo charpente , se trouvait pris à dos. Tous nos moyens sur ce point consistaient en quatre cents conscrits et huit bouches à fea fu'il fallut retourner contre l'ennemi. Un vif et court engagement ne servit qu'à montrer le courage de ces jeunes gens ; le poste fat enlevé , et six pièces de canon restèrent au pouvoir des Wiirtembergeois. Le Prince royal n'y laissa que les forces nécessaire^ pour le garder et soutenir le bataillon qni surveillait Vincennes, puis se porta avee sept autres au soutien des attaques du pont de Charenton.

Tant de forces n'étaient pas néeessaires: ce pont, comme celui de Saint-Maur, &^

BATAILLE DE PARIS

toaré sar la rive gauche d'un simple tamboar . laissait la rive droite sans défense. Gardé par une compagnie de vétérans, le bataillon des élèves d Alfort , et quelques canonniers-pointeurs , ce faible poste était hors d'état de résister aux colonnes qui s'avançaient à la fois pour le prendre à revers sur la route de Saint-Mandé, le long de la terrasse du. bois deYincennes, et par la roule qui, depuis Saint-Maur, côtoie la rive droite de la Marne. Néanmoins, quand ses défenseurs virent qu'ils allaient être pris à dos, ils amenèrent à bras, en avant du village , une partie de leur artillerie dont le feu fat bientôt éteint par celui de l'ennemi. Les colonnes austro-wiirtembergeoises les forcèrent de repasser la Marne et de se réfugier dans le tambour , où ils espéraient se maintenir en faisant sauter une des arches du pont ; mais suivis de près, ils n'eurent pas le temps d'y mettre le feu , et furent réduits a se jeter sur les routes de. Provins et de Melun. Quelques troupes légères les poursuivirent ; d'autres descendirent la Marne jusqu'au-delà de son confluent, et s'arrêtèrent devant Port-à-l'Anglais, dont le bac, heureusement détruit, les empêcha de se porter sur la rive gauche de la Seine.

Au moment où ses colonnes prenaient ainsi à revers le pont de Gharenton , le prince de Wiirtemberg dirigeait sur la route de ce village à Paris, un corps de cavalerie légère pour assurer son flanc droit , et observer les troupes qui pourraient déboucher de Paris. L'enceinte sur ce point n'était gardée que par la 9*" légion , affaiblie par les postes intérieurs et les détachements envoyés sur les parties les plus menacées. Deux fortes patrouilles de cette légion et quelques gardes nationaux du faubourg de Bercy, tarent les seules forces que Pennemi rencontra. Il les replia sans peine , et les força même d'évacuer le château et le faubourg de Bercy ; toutefois sa cavalerie n'insulta point les barrières , et le prince royal de wiirtemberg, dont la tâche se réduisait à prendre et garder les ponts de la Marne, craignit sans doute de compromettre ses succès en essayant de les étendre.

Nous avons jugé convenable de rendre compte ici de cet épisode, quoique d'ailleurs il n'ait contribué au gain de la bataille, qu'en donnant à la grande armée alliée la certitude que sa gauche était

{)]einement assurée contre les troupes auxiiaires qui pourraient arriver entre Seine et Marne. Nous rapporterons encore, avant de reprendre le récit de la bataille, un autre incident qui fut en quelque sorte une suite du premier.

En effet, lorsque le comte de Pahlen observant deMontreuil l'instant où le prince royal de Wiirtemberg arriverait en ligne,

l'aperçut descendre de Fontenay et de Nogent ,'il porta en avant quelques troupes pour masquer aussi de son côté le château de Yinceniftes.

Sur la ligne française, la brijsade Vincent placée entre Montreuil et Gharonne , et le général Laville à l'extrême droite du comte Bordesoulle, observaient ce mouvement. 11 ne restait à la barrière du Trône qu'une réserve assez faible de la 8* légion : le surplus gardait Tii^térieur et les autres barrières, ou se trouvait dispersé en tirailleurs dans les vianes ou les jardins de Gharonne et de Montreuil. En ce moment, le major Evain crut devoir faire agir les réserves d'artillerie de la garde parisienne, servies par les élèves de l'Ecole polytechnique. La route deYincennes, soutenue des deux côtés par des murs de terrasse , n'étant accessible que de front aux troupes légères de l'ennemi, un tel avantage lui nt penser qu'il pouvait Hes y engager sans trop hasarder. Get officier, sans s'arrêter au manque d'infanterie , et présumant d'ailleurs que le feu des premières pièces tiendrait en échec la cavalerie légère qu'elle aurait à combattre ; plein de I espoir de former une utile diversion à l'extrême droite du duc de Raguse, ou d'empêcher du moins les troupes légères des alliés de le déborder , partit vers une heure après midi, sous l'escorte de quelques gendarmes.

Ges vingt-huit pièces traînées à la prolonge par des chevaux de poste et de rivière que conduisaient des charretiers inexpérimentés, formaient avec les caissons une colonne tellement allongée , que la queue en déûlait encore à la barrière , quand la tête atteignit l'extrémité de l'avenue. Arrivé au point où elle est coupée par le chemin de Gharonne à Saint-Mandé, cet officier fit mettre les premières pièces en batterie sur la chaussjée , et à sa gauche dans la route de Gharonne. Le feu s'alluma et commençait à inquiéter les lanciers russes postés en avant de Montreuil , lorsque le comte de Pahlen leur riposta avec une batterie légère . et ordonna au général Kamenew de les attaquer, en se portant sur elles, derrière les maisons et les granges du Petit-Yincennes. L'artillerie russe tira d'abord à cartouches, mais hors de portée, et la mitraille tomba sans eff'et en avant de nos canonniers. L'ennemi s'en aperçut , tira à boulet , et démonta quelques pièces. Pendant ce combat d'artillerie, le général Kamenew exécutait son mouvement. Pris d'abord en flanc, ensuite caché bientôt par les maisons, dérobé aux vues du château par le mur du parc, il arriva en faisant un quart de conversion sur la chaussée, et s'élança contre les batteries : les gendarmes qui les flanquaient à droite se replièrent, et rien

«tso

LiMPin.

ne les soQteinmi elles firent rolle-raoe. UencoinbremeDt des fHèoes el des caissons, la frayear des chevaux, Finexpérience des conducteurs, jettent le désordre Ains la colonne. Les lanciers toent, mettent hors de combat , ou enlèvent les canonniers et s'emparent de leurs pièces. Mais au moment où le général Kamenew ne trouvait plus de front aucun obstacle , (^t croyait avoir le temps d éviter la char|çe de flanc dont le menaçait le général Vincent avec les Cosaques polonais, le colonel Ordener se frayant un passage à travers les clôtures des jardins, tombe avec le 30* régiment de dragons sur le flanc de l'ennemi , et le force de lâcher prise. Le major Evain en profite pour rallier quelques pièces , les mettre en batterie, et seconder par on feu de mitraille la charge des dragons. A la barrière du Trône , la garde nationale , malgré sa faiblesse, forme un détachement qui, sons les ordres du chef de bataillon Saint-Romain et du capitaine Calmer , se porte au soutien de Tartillerie. Le général Kamenew se retire alors emmenant plusieurs pièces et quelques prisonniers, au nombre desquels étaient six élèves (1) de l'Ecole polytechnique. Quinze antres furent blessés, la plupart de coupa de lance, quelques-uns assez grièvement. La retraite de fennemi décida la rentrée des réserves qui s'effectua sans autre événement.

Cet enfçagementdu comte de Pahlen plus rapproche que les attaques du prince royal de Wurtemberg, n*eut toutefoiscomme elles d'antre résultat, que d'assurer les mottveiDents de Tennemi sur les hauteurs, sans menacer encore la droite du duc de RagQse» Ce ne fut, comme nous le verrons, qu'a la fin de la journée que le comte de Pahlen, suivant le progrès des siens sur le

f)1atean, vint serrer de plus près la cavaerie des généraux Chaslel et Bordesootle. Revenons maintenant aux mouvements principaux qui, sur les hauteurs comme dans la plaine, décidèrent du sort de laça- ))itale; et afin de ne point morceler des événements qui s'enchaînent, considérons tour-à-tour ce qui se passe sur les deux grands théâtres entre lesquels se divise le véritable champ de bataille , en signalant dans chacun de ces tableaux, les actions qui se lient, ou exercent qu>^lque influence sur les attaques collatérales.

Nous avons laissé le général Barclay de Tolly rappelant ses tirailleurs, reformant ses corps, se bornant à un combat d'artil-

(1) Un de CCS élèves renversé dans un fossé, allaii Hrv pcrcô d'un coup de lance, quand un lancier, louché de son courage et de sa jeunesse, arrêtant le bras de son camarade, s'écria : « Pms iuer Jeune Fronçait l •

Its furent rendus le sarlendemain par le général 8«ek«R, sQvtenMttT de Parla.

lerie, et attendant peur reprendre roflinsive, que le i^inoe royal de Wurtenberi; assurât sa droite, et que Farmée de âilésie, occupant entre le canal de FOnroqet Montmartre, la majeure partie des forces du dic de Trévise, ne laissât plus devant Pantin que les réserves de la garde.

Ces conditions étant remplies, et le maréchal Blncher détachant même au soatieo de ce poste la cavalerie des corps prussiens sous le général Katzier, le comte Barclay de Tolly saisit cet instant, poor r(Tommencer l'attaque avec plus de méthode et de vigueur.

Sur les hauteurs, le général Rayefski dirige la division Mezenzow contre le duc de Psulone qui occupait encore le plateau de Malassisp. Dans cette position, nos troupes ayant à dos des escarpements ou des pentes rapides, se replient, et le duc de Padoue, qui occupait, comme postes avancés, les villages de Charonne et de Bagnolet, prend sa ligne sur la l)erge ^aocbe d« vallon, refusant sa droite prote^ par li profondeur croissante de ce dernier, et l'obliquité des berj<es qui se replient vers le parc de Saint-Fargeau, et laissent, entre elles et le Mont-Louis, la gorge de Cftaronnc.

Le général Mezenzow attaqua le village de Bagnolet, tandis que le général Gorlschakow II, essaya d'enlever celui de Cteronne. On se fusille: mais bientôt les progrès des Russes sur le centre du maréchal duc de Raguse, Tobligcnt à marquer laretraite du duc de Padoue dans le parc Saint- Fargcau, et celle de la cavalerie desfçénérauv BordesoulleetChastel, danslagori^de Charonne. L'etmemi s*empare alors do village de Bagnolet et de celui de Charonne, dont ses tirailleurs débouchent pour se porter snr la barrière de 'Fontarabie, el tourner le cimetière du Monl-Lonis. Henreusement la butte de Fontarabie était o^ cupéo depnis le matin par une batterie de quatre pièces, soutenue d'un bataillon de la 7'' légion de la garde parisienne, commandé par M. de Brévannes, son colonel. Ce détachement bien appuyé aw escarpements que forment sur la roule de Charonne, les carrières du Mont-Lonis,« liait par sa droite à ceux des 8* et 9* légions qui occupaient k) petit faubourg en avant de la barrière de Monlreuil, et dont les tirailleurs disputaient les jardinagesel les vignobles entre Charonne et Montrenil. La batterie de la butte de Fontarabie retarde la marche du prince Gortschakow; cinquante gardes nationaux de bonne fjh lonté sortent des rangs , et vont tiraiiÇ contre sa colonne qui se borne, pour le moment, à occuper le village de Charonne»

Tandis que ces choses se passaient à la droite du maréchal duc de Raguse, le o^ tie etlaga«chede sa position étaîentio»

BATAlUE tt PARIS.

«HmMs ou flIftlM a«eabM9 par des forées supérieures .

La division LitscbniUkI, jalouse de réparer réehec qui l'avait rejetée à Pantin, 9*avançait sur ie chemin de Romainviile à Bellevilie, flanquée à gauche par les cuirassiers d'Astracanetae Pleskow, à droite par les huit bataillons de grenadiers du général Tschoglikow. Ces colonnes forcent la faible brigade du général Ghabert à se replier devant elles, et marchent à grands pas sur le chemin de Belleville, précédées d'un essaim de tirailleurs.

A l'exception de la division Ricard, massée comme réserve à hauteur du parc de Brière, le corps du Maréchal était dispersé et combattait sans ordre apparent. Bientôt Taction n'offre de notre côle qu'une espèce de mêlée : les tirailleurs poursuivis trop vivement, se rallient en pelotons pour opposer plus de force à lissu&des débouches, et s'éparpillent ensuite de nouveau. Mais quelque favorables que les jardins, les clôtures et les autres acxîidenls de ce terrain inégal fussent à ce genre de défense , de simples tirailleurs ne pouvaient arrêter les masses de l'ennemi. Le duc de Raguse voyant ses progrès, se décide à tenter un effort vigoureux. 11 ordonne au général Clavel, commandant une des brigades de la division Ricard, de se plier en colonne d'attaque. Cette brigade, moitié de sa réserve, et formant à peine un faible bataillon, est conduite par le Maréchal en personne contre la tête de la division Pitschnitzki : elle s'avance avec courage; mais une batterie russe établie dans le bois sur une butte d'où elle plongeait la roule, ouvre à l'instant son feu , et jette le désordre dans ses rangs. L'ennemi saisit Pinstant : ses grenadiers l'abordent par le flanc gauche ; ses cuirassiers se précipitent sur la droite ' elle est enfoncée : le Maréchal a un cheval tué sons lui ; son chef d'état-major est blessé; tous deux se dégagent avec peine; le général Clavel blessé, est pris au milieu des siens. Les fuyards se jettent sur sur le reste de la réserve et l'entraînent, poursuivis par Tennemi à grands pas.

Mais ie général Compans porte de suite un bataillon de jeune garde a la butte du Télégraphe et le colonel Ghéneser, qui occupait le parc de Brière , tombe avec deux cents hommes sur les derrières des grenadiers russes. Ce coup d'audace les arrête, et tandis que infanterie du général Pitschnitzki s empare du parc de Brière, le Maréchal rallie an Télégraphe les corps épars de son armée.

Aussitôt il reforme sa ligne, dans la position qui s'étend de Mont-Louis à Pré- Saint-Gervaisà travers le çarc Saint-Fargeau. Cette position eût exigé dix à douze mille hommes , et il n'en restait au Maréchal que cinq mille, déjà fatigués. U or-

donne à la cavalerie des ^fénéraut Éordesoulle et Chastel de couvrir !e flanc droit de Ménilmontant, et la position du Mont- Louis, tandis que le duc de Padoue , rappelé de Bagnotet, s'établit dans le parc de SaintrFargeau en tête de Ménilmontant, ayant en face la butte des Tourelles. Le parc se remplit de batteries et de tirailleurs. Les divisions Ricard, Lagrange et Ledm s'étendent du Télégraphe jusgu'au-delà de Betleville, et se lient à la division du général Boyer de Rebefal qui tenait encore Pré-Saint-Gervais et les berges du plateau de Beauregard au-dessus de ce village.

Cette dernière se lie aussi à la brigade d'infanterie léffère delà garde qui, sous les ordres du général Michel, couvrait toujours le hameau des Maisonnettes, et gardait les ponts du canal de TOurcq. A l'extrême droite, la cavalerie des généraux BordesoulleetChastol désormais plus embarrassante qu'utile, est amoncelée sur le flanc droit de Ménilmontant en butte à Tartillerie ennemie, sans qu'on songe à la faire filer dans la plaine de Saint-Denis, où l'on allait en sentir si vivement le besoin.

Le comte Barclay de Tolly de son côté, maître enfin du parc de Brière, de Charonne et de Bagnolet, dispose tout pour chasser le maréchal duc de Raguse de sa seconde et dernière position.

Mais avant de donner le dispositif de cette attaque, il est nécessaire d'exposer en peu de mots ce qui s'est passé depuis onze heures, entre les hauteurs et le canal de rOurcq.- Le général Michel avait été grièvement blesse, et sa brigade de droite renforcée par la division Curial, quand le général Katzler essaya d'exécuter le mouvement qui lui était prescrit, pour soutenir à Pantin la gauche du général Barclay de Tolly. Le général Katzler passe en effet, sans obstacle, le pont du canal au-delà de la ferme de Ronvroy et s'avance entre le canal et Pantin, tandis que les grenadiers russes débouchent du village. Mais une batterie de position de douze pièces foudroyant ces colonnes, les force de chercher un abri derrières les maisons, et la cavalerie prussienne se couvre elle-même des clôtures de la ferme de Rouvroy. Cependant le duc de Trévise pressé, comme nous le verrons, à la gauche du canal, y rappelle le général Curial, en sorte que le colonel Sécrétant reste seul pour couvrir le hameau des Maisonnettes et le flanc de Belleville. La butte de Chaumont n'était gardée que par de faibles détachements des 5* et 6« légions de la garde parisienne, et avait pour toute défense une batterie de quatre pièces servies par des élèves de l'Ecole polvtechnique. La gorge entre les buttes de Chaumont et de Beauregard était faiblement occupée, et le chemin qui s'élève des Maisonnettes à fieUevilie» effrail à Teiuiemi le moyeu de

li3S

L'EMPIRE

tourner la gaoche du maréchal de Bagu8e.

I^ comle Barclay de Tolly conçut ridée de prendre à revers le Pré-Saint-Gervais, en même temps que le prince Eugène de Wiirtemberg l'alUquerait de front. Mais pour effectuer l'attaque de flanc, il fallait rejeter la brigade Sécrétant sur le hameau des Maisonnettes et vers la barrière de Pantin. A cet effet, le général en chef demanda au général Yorck quatre bataillons d'infanterie qui se portèrent à sa droite, sous les ordres du prince Guillaume de Prusse, et se réunirent près du Rouvroy aux troupes du général Katzier pour rejeter sur les Maisonnettes les chasseursvétérans encore maîtres des ponts de rOurcç.

Le lieulenant-général Yerraolow avec la division do grenadiers russes, les grenaçliers-gardes-du-corps et le régiment de Pawlosk, eut l'ordre d'enlever ce hameau, et de se porter par la route entre les buttes de Beanregard cl de Chaumonl, pour prendre en flanc Belleville, et à revers la position du Pré-Saint-Gervais.

Le prince Eugène de Wurtemberg se tint prêt avec le reste des troupes, à faire un effort simultané sur ce village.

Le général Tschoglikow fut chargé en même temps d'aborder la tète de celui de Belleville, tandis que le général Paskiewitsoh attaquerait celle de Ménilmonlant, et que le comte Mezenzow, soutenu à sa gauche par la cavalerie du comte de Pahleii, se porterait sur le flanc de ce village et les hauteurs qui le séparent du cimetière de Mont-Louis.

Des attaques effectuées avec des forces auMi considérables, ne pouvaient être arrêtées que quelques instants, môme par la défense la plus désespérée. Sur tous les pointe, on résisU avec courage : mais partout Il fallut céder au nombre. En vain la cavalerie du général Chaslel essaie d'arr -S^i . colonnes de Mezenzow ; en vain 1 artillerie du Mont-Louis les bat décharpe ; les perles qu'elles éprouvent ne ralentissent point leur marche ; elles gravissent les vignes et les jardinages qui couvrent les pentes du bassin de Charonne, et notre cavalerie dans ce terrain hérisse d obstacles, est bientôt forcée de se replier par les rampes des chemins difficiles, sur les barrières de Paris, L'ennemi pénètre par le flanc droit dans le village de Ménilmonlant. La cavalerie du comte Pahlen force, en même temps, les tirailleurs et les détachements qui disputaient les faubourgs de Montreuil et de Fontarabie à se replier sur les barrières, et menace le flanc de la cavalerie française, tandis que Tinfanterie russe couronne avec de l'artillerie les croupes de Mont-Louis et de Ménilmonlant, domine les boulevarte extérieurs et le verger des Amaadiors, et se dispose à lancer des

obus dans les quartiers les phis viMsinsde Paris.

Le duc de Padoue, menacé sur ses derrières, et vivement attaqué de froolpar les colonnes de Paskiewitsch , cède à h force et est rejeté de Ménilmonlant sar Belleville.

Presqu'en même temps, le prince Eaeène de Wiirtemberg attaque de front le villaffl de Pré-Saint-Gervais. Les Russes et les Prussiens débouchent de Bouvroy et de Pantin contre la division Gurial et la brigade Sécrétant. La batterie de position qui, vers onze heures, tenait en échec les colonnes ennemies, ne tirant plus que des boulets d'un calibre inférieur, n'a que des effete incertains. Les corps de la garde sont rejetés sur les barrières à travers le hame» de^ Maisonnettes. Le général Yermolow o^ cupe en force ce faubourg extérieur, et dirige aussitôt une colonne protégée par des batteries et précédée de nombreux tirailleurs dans la gorge entre les battes de Chaumonl el de Beauregard. Ces tlraillears se divisent : les uns pénètrent dans Belleville par les rues latérales ; les autres se Sortent sur les derrières de la divisioD oyer; une colonne avec de rarlillerie et de l'infanterie légère chasse sur la batte de Chaumonl la poignée de soldats qu'elle avait devant elle, et les canunniers forcés d'abandonner leurs batteries. Ceux-ci secondés par des gardes nationaux de bonne volonté, essaient encore d'arrêter la poursuite, on tirant quelques coups de la batterie qui défendait la butte ; mais.ce faible feu bientôt éteint, les soldats et les caDonnicrs de la ligne ainsi que les détachements des 5* et 6« légions sont rejetés sur les barrières par la rampe de Belleville on par les sentiers et les pentes de la botte de Chaumonl; les tirailleurs ennemisjpéoètrat à la fois dans les rues basses de Belleville, et à la gorge du village sur la butte des Trois- Moulins, pendant que la colonneet son artillerie prennent position sur la botie et s'apprêtent, comme à Mont^Loais, i lancer des obus sur Paris.

Tandis que le général Yermolow s'eniparait de la butte Chaumont, et sétablissait aux débouchés mêmes de BeHeville^ une partie de ses troupes prenait à revers le Pré-Saint-Gervais que bordait de front le prince Eugène de Wurtemberg. Le géoérai Compans aperçoit le péril où cesattiques jettent la division Boyer et lance contre les troupes d' Yermolow Fescadron d'éclaireurs polonais, commandé par le capitaine Zajonczek (I), le seul qui lai restait de la division Chastel. Cet escadron rtr

(1) Neveu du célèbre général de ce nom, eonjpagnon de Kosciuszko, et plus lard lieutenant di rofiume de Pologne.

BATAILLE DE PABIS.

di

pousse les tirailleurs ennemis sur leurs masses. Le général Compans en profite pour rappeler du Pré-Saint-Gervais la division Boyer, laquelle effeclue sa retraite sur Belleville avec des peines infinies, abattant des pans de murs entiers, barricadant les passages, essayant, mais en vain, d'arracher des jardins Tartillerie que des chevaux de fiacre y ont conduit le malin, et qu'elle est enfin contrainte d'y abandonner. Cette retraite anime le prince de Wurtemberg : maître du Pré-Saint- Gervais, irgravit la butte de Beauregard, et ses tirailleurs pénètrent dans Belleville avec ceux du général Yermolow.

Cependant le duc de Raguse, qui défendait en personne la tête de Belleville et la position du Télégraphe contre le général Tschoglikow, se voit à la fois menacé sur ses flancs et sur ses derrières par ces atta- [ues et par le mouvement rétrograde des lues de Padoue et des généraux Bordesoulleet ChastcK Une situation si critique demandait une résolution généreuse. Le Maréchal, son chef d'état-major, les généraux Ricard, Boudin (1) et Pelfeport rassemblent les plus braves, et se jettent en désespérés sur les Russes. Le Maréchal, atteint d'une balle, en reçoit une forte contusion ; le comte Ricard est blessé au pi^ ; le général Pellcport Test aussi d'un coup de baïonnette ; mais ils restent maîtres du village, et la brigade de gauche, de la division La^range, reprend en avant sa première position.

Le duc de Raguse profite de cet instant do relâche pour rétablir l'ordre dans la ligne. 11 fait occuper fortement la rue hante qui conduit à Ménilmontant, et répartit le reste de son infanterie dans les rues basses pour les disputer aux troupes ennemies

3ui occupaient la butte du Moulin, et ominaient la grande rue au point où elle descend en pente rapide vers la barrière. Ce fut dans celte position que le Mare* chai, promenant ses regards autour de lui, s'aperçut que l'ennemi, de Charonne et de Ménilmontant, lançait déjà des obus contre Paris, et que la cavalerie allait être acculée aux barrières par celle du comte de Pahlen.

Dans cette extrémité où il ne restait qu'à disputer les rues mêmes de Paris, le Maréchal crut devoir faire usage de l'autorisation du roi Joseph. Bien qu'il l'eût reçue vers une heure, comme alors rien n"était désespéré, il n avait pas cru devoir s'en servir ni même en faire mention. Toutefois, avant d'entamer les pourparlers, il voulut connaître la position du duc de Trévise et

(i) Ce général, se trouvant à Paris pour se rétabUr d'une blessure, vint volontairement parUgor les périls do la journée.

l'informer de la sienne. Or celui-ci se trouvait, comme nous le verrons, dans une position non moins critique ; mais l'officier, porteur de la dépêche du Roi , s'étant égare, elle ne lui était point parvenue. En conséquence, il répondit qu'il fallait avant tout consulter le lieutenant de l'Empereur qu'on cherchait vainement depuis trois heures. Le duc de Raguse, informé de son départ et tenant en main l'autorisation qu attendait son collègue, n'avait point de temps à perdre pour éviter un dernier choc dont l'issue eût transformé Paris en un champ de bataille. Prenant donc son parti , il envoya un de ses aides-de-camp an Généralissime qui, des hauteurs en avant de Belleville, observait les progrès des attagues du comte Barclay de Tolly. On convint d'une suspension d'armes de deux heures , sous condition que le Maréchal, achevant de céder les nauteurs, se bornerait à couvrir et défendre l'enceinte de Paris, et se concerterait avec son collègue pour traiter d'une convention stipulant en principe son évacuation.

En effet, le duc de Raguse se hâta de le prévenir de la trêve et de ses conditions, et lorsque Tavis en parvint au duc de Trévise, la fortune avait trahi nos efforts dans la plaine comme sur le plateau. Mais avant d'exposer la situation de ce maréchal, reprenons avec quelques détails le récit des attaques qu'il eut à soutenir à la droite du canal de 1 Ourcq.

Tandis que la grande armée alliée attaquait et tournait Tes hauteurs, le corps du comte Langeron, dans son mouvement offensif, chassait d'Aubervilliers sur La Chapelle les tirailleurs du colonel Robert, et y rejetait sa brigade ainsi que le détachement d'infanterie et de cavalerie qui, sous ia conduite du major Koziétulski des éclaireurs polonais de la garde, cherchait à introduire des munitions dans Saint-Denis.

Les généraux Kapzewitsch et Karnielow, croyant ce poste hors d'insulte , s'étaient bornés à le bloquer, et repliés avec le reste de leurs troupes vis-à-visClignancourt et La Chapelle. Le comte de Langeron arrivé avec le gros de son corps à la hauteur de Saint-Ouen, avait dirigé sur le chemin de ce village aux Batignolles, un détachement et une batterie qui devaient marcher à hauteur du général Kapzewitsch, et observer ce oui sortirait de Paris parla barrière de Clicny. Le général Rudzewilsch reçut de lui en même temps l'ordre d'envoyer par le chemin de la Révolte, vers le bois de Bouloiçne , un corps de cavalerie . quelqu'artillerie légère et ce qu'il fallait d'infanterie, pour balayer la plaine de Clichy, et observer les détachements de la garue parisienne qui pourraient se montrer aux barrières de l'Est.

Cette colonne, mise sous les ordres du

au

i*mtva.

général Emmanuel^ jefècUtail soa moAvement de flanc* à une trop grande digtance et avec trop de circonspection, pour que le duc de Trévise fût à même de Tinquiéter. D*ailleurs , comme il ne menaçait pas immédiatement sa droite ou ses derrières, et ne lui enlevait point les forces dont il avait besoin pour résister au reste de l'armée de Siiésie , il se Cimtenla d'ordonner au général Belliard d'étendre sa gauche , par Cii^nancourt vers la plaine de Clichy, et défaire observer dans celte direction le détachement du comte de Laugeron par la petite brigade de cavalerie de la garde aux ordres du général Dautencourt,qui tirailla tout aussitôt avec Tennemi.

Après avoir pris sur sa gauche ces mesures de prudence , le duc de Trévise ne s'occupa qu*à lenir lèle aux masses qu'il avait devant lui. Tandis que le général Katzler se nortait , comme on l'a vu , au soutien de Pantin , le prince Guillaume de Prusse, qui n'était pas encore délaché sur ce village, s'avançait contre LaVillette, et le général Uorn, flanqué par quatre régiments de Cosaques, marchait contre La Chapelle. I/atlaque du premier poste fut soutenue par le général Woronzow qui entra eu ligne au même moment. L'artillerie que le duc de Trévise conservait dans les redoutes de 179-2, et spécialement dans celle élevée en avant du village, foudroie les masses et l'artillerie ennemies. Celle-ci riposte, et les projectiles ricochent dans les grandes rues de La V illette et de La Chapelle. Le duc de Trévise ordonne au colonel Christophe, placé entre ces villages, de charger la cavalerie des alliés ; mais les dragons français sont pris en flanc par les hussards de Brandebourg, et culbutés sur l'artillerie dont ils s'emparent. Alors le gé^ néral Horn attaque avec vivacité la division Charpentier , qui défend pied à pied La Chapelle, le prince Guillaume de Prusse ordonne à un régiment de milice d'entrer de vive force dans La Villetle, que le œmtf" de Woronzow attaque un peu plus sur la gauche avec les 3*^ et 4*^ régiments de chasseurs russes. La division Curial ne pouvant résister à ces efforts combinés , est forcée d'abandonner les batteries qui défendaient la tète du villaiçe, et rojetée dans les rues ou derrière les flanqueurs qui se trouvaient entre les maisons et le canal.

Cependant le colonel Sécrétant, quoique grièvement blessé , conservait encore à cette époque la position en avant des Maisonnettes, et cent soixante à c^ent quatrevingts chasseurs-vétérans défendaient à outrance le premier pont du canal, à droite du village.

Le duc de Trévise ayant chargé le général Christiani de reprendre La ViUelte, le chef d'état-major Sainl-Charles est dé-

tacbé avec les grenadiera-iftiiqQeivs «a soutien des chasseurs-vétérans. Mais ik venaient d'être forcés d'abandonner le pont, et de repasser le canal devant une colonne prussienne, dont les tiraiUears, montés sur lesdigyes, harcelaient leur retraite. Cette colonne débouchant du pont, les grenadiers-fllanaueurs se précipitent sur elle et la rejettent de l'autre côté. Eien ne résiste à leur élan qui tient du désespoir ; tout plie devant eux ; pour un momeot le pont est dégagé, et ils se portent même plus de cent :>as en avant. Toutefois leur faible nombre ne suffît point pour garder le ter* rain qu'ils viennent de conquéri , car tandis qu ils poussent en tète une partie de la colonne, les Prussiens se forment ei se massent derrière eux ; bientôt ils sont forcés de s'arrêter et de faire face de toutes parts ; on les enveloppe, on leur crie de se rendre : ils répondent , en se frayant un passage sur les corps sanglants de leurs ennemis (1).

Le gros de la division, élite des troup» réunies devant la capitale , ne combattait pas avec moins de valeur dans la grande

(1) L*officicr qtAi commandait les flanquearfgrcnadiers dans celle atlaque, est celui dw deiu rédacteurs de \ïï Bibliothèque Bittoriqm» MiUimir» dont le nom se trouve en t6le sur rouvrage.BletM dangereusement d'un coup de Teu i près de deux cents pas en avant dans la plaine, il dut i Fiiitrépidité et i l'affection de ses grenadiers de pouToir repasser le pont. Ces bnves gens, dont onTOodrait pouvoir citer ici tous les noms, accomplirent ainsi un de ces beaux faits d'armes si communs pendant nos guerres de TEmpire.

Le régiment des flanqueurs-grenadiers était commandé par le colonel Dessalon , et fomMit avec les flanqueurs - chasseurs , une brigade de la deuxième division de vieille garde que complétaient les fusiliers cl les véliles. Les cadres de celte division étaient admirables ; et pendant que cet épiftode se passait à La ViUelte, od voyait au troisième baUîUon des grenadiers-flanqueurs, posté sur un autre point, un Jeune sergent-major nommé Laurcneeau, prendre le commandement de sa compagnie qui venait de perdre ses officiers, et par les dispositions les plus intelligentes, disputer i Te nnemi, jusqu'au moment de la capitulation , les points essentiels de la défense.

On a beaucoup discuté , on écrira longtemps encore sur la question do savoir si les corps d'élite iont inutiles ou indispensables ; Il faut pourtant dire ici que cette deuxième division de la vieille garde, quoique bien réduite alors, sauva d'une destruction complète les deux corps d'armée qui combatUrenl avec elle i Fère-Cbanl>enoi«c.

BATÀILLI M PÂBIS.

foe de La ¥iiette. Lm 8ddâto les fdw vifiox m oomptaient pas trente ans ; mais sortis victorieux de vingt batailles, la pluFMtrt citoyens de Paris par naissance ou ptlaur mariage, ils sentaient doubler leur courage, en combattant pour Leurs foyers , sous Tes yeuK de leurs parents et de leurs amis. D'abord, ils arrêtent la colonne aui s'avançait dans la grande rue du village, et lui reprennent quatre pièces de canon. Ils allaient le nettoyer entièrement, malgré la mitraille qui pleuvait sur eux , lorsque la ga/de prussienne, après avoir forcé le pont m caaaJ, se présenta sur leurs derrières, vers le point où le village aboutit à Paris. Ge mouvement décida le duc de Trévise à k» rappeler et à marquer la retraite de ses iroupes sur les barrières. £lle se fit en bon ordre, un bataiUon tenant la grande rue, et faisant le feu de chaussée : elle s'effectua 4e même dans La Chapelle, où la défense Ufi peu moins vive, M aussi remarquable par sa méthode et sa fermeté. Les troupes stationnées entre La Vlllette et La Chapelle firent leur mouvement rétrograde par échiquier, sous la protection de r artillerie. Entre ce dernier village et Montmartre, la t>rigade du colonel Eobert profita , pour couvrir sa retraite, des accidents favorables ou'offire la butte des Cinq-Moulins; celle au général Le Capitaine (1), exécuta la «ienne sous le feu de Tennemi, avec une précision admirable en de jeunes soldats. Cette retraite de la gauche ne fut point inquiétée par les mouvements du comte de Langeron dont les colonnes continuaient leur mouvement vers Montmartre, les Bati-

Î^BoUes et le bois de Boulogne. Seulement a cavalerie du général Rudzewitsch commençait à dépasser sur le chemin de la Révolte le village de Clichy, et le général Belliard avait été forcé de porter Ta sienne au pied de Montmartre, laissant à sa droite le village de Clignancourt, et appuyant sa gauche à la platrièresurle chemin desBatignoUes à Saint-Ouen. Dans cette position, les chasseurs , les mamelouks et les éclaireurs de la garde, ayant pour réserve les grenadiers masqués par la plâtrière, engagèrent conjointement avec oeux cent cinquante à deux cent ^^uatre-vin^ts gardes nationaux de la 2* légion une tusillade très vive, dans les vignes à droite de ce chemin contre les Russes.

Quelqu'inquiétanls que fussent les pro* grès lents mais sensiblee du comte de Langeron, le Maréchal ne pouvait lui opposer que sa cavalerie, car il avait plus que jamais besoin du reste de ses troupes, pour contenir en avant des barrières les corps

(i) Elève de Guiberl et l'un des plus habiles manœuvriers de France , U&é à Walerioo , le iS

victorieux delUeiM, A^orck et de Woronrow.

Celte situation de U gauche coïncidait avec celle de la droite ; ce fot alors que le duc de Trévise reçut la première communication de son collègue ; mais il n'avait point encore Tautorisation de capituler, et elle ne lui parvint en effet que vers cinq heures. Ses officiers et ceux du comte Belliard cherchaient en vain le roi Joseph, disparu depuis longtemps de son quartier-

riéral, et dans une position aussi critique, Maréchal , par sa contenance , imposait à Tenneroi qui hésitait encore à aborder Montmartre.

Sur ces entrefaites, survint ie général baron Dejean , aide-de-camp de l'Empereur, qui Tavait expédié de Dolancourt avec des instructions verbales , pour les maréchaux. Ainsi Napoléon, s'il en eût pris dès-lors la résolution, eût pu arriver luimême et disputer Paris. Mais ce n*^it point alors ses intentions , et les instructions dont son aide-de-camp était Forgane, prescrivaient au duc de Trévise de ne pas s'obstiner à sauver la capitale par les armes, et de chercher à la garantir d'une occupation étrangère, en donnant avis au prince de Schwarzenborg des ouvertures qu'il faisait à l'empereur d'Autriche, et devaient, disait-il, amener la paix. Bien que le duc de Trévise sentit qu une communication de cette nature, après une bar taille perdue sous les murs de Paris, ne produirait aucun effet, néanmoins il envoya de suite le générai Lapointe, son chef d'etat-major, en parlementaire, avec une dépèche confidentielle, pour le Généralissime. Mais comme il l'avait prévu, le prince de Schwarzenberg lui répondit qu*il était mal informé ; que son souverain tenait à la coalition par des liens sacrés, indissolubles, et qui ne lui permettaient pas de traiter séparément de la paix. A l'appui de cette réponse, il joignit un exemplaire de la déclaration des puissances alliées à la rupture du congrès de Chfttillon.

Sur ces entrefaites, l'empereur de Russie et le roi de Prusse observaient les progrès de l'armée de Silésie, et ils leur parurent tels qu'ils regardèrent la situation du Maréchal comme aésespérée.

Le général Lapointe n'était pas encore de retour, lorsque le comte Orlow, aidede-camp de Temi^reur Alexandre, vint, au nom de son souverain, sommer le Maréchal de mettre bas les armes. Choqué d'une telle sommation, le duc de Trévise répondit avec une juste fierté que les alliés, pour être au pied de Montmartre, n'avaient pas encore Paris; que l'armée s'ensevelirait sous ses ruines, plutôt que de souscrire à une capitulation honteuse ; qu'au reste . quand il ne pourrait plus le défendre, il savaM encore où el comment effectuer

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