INTRODUCTION
Exposé des priQd|>aux événements qui se sont passés en Europe , depuis la paix de Tilsitt j«aqu*à la guerre de 1809 entre la France et rAutriche. -^ Situation des deux puissaaoes à rouTerture de la campagne.
Si le traité de Preâbourg avait pu donner aux esprits réfléchis de l'Europe l'espoir que les ennemis de Napoléon , las d'accroître toujours sa gloire à leurs dépens, eesseraient de provoquer le développement de sa puissance, et conserveraient le repos qu'il leur laissait, cet espoir dut être bien plus fort i^ès la paix de Tilsitt; où Ton avait vu la seule puissance de l'Europe capable de lutter avec la France, non seulement consentir au rétablissement de la paix, mais rechercher l'alliance de Napoléon, et s'associer à ses vues pour la tranquillité du monde.
Le jeune souverain de la Russie , frappé de la grandeur du génie de l'empereur Niperiéon , autant que de l'éclat de ses victoires, avait adopté les principes d'une pdîtique élevée, dont les secrets lui avaient été dévoilés dans les entretiens de libitt. Alexandre avait préféré devenir le second {MTotecteur de l'ordre social et legMruit de la prâ, au parti daageMux. de restev rival 4'ttna pvissance doAt
t3â LEMPIRE.
Finimitié pouvait 4ui être aussi funeste que son amitié lui était avantageuse. L'Europe aurait donc pu goûter en pleine sécurité les douceurs du repos, si l'Angleterre , toujours fidèle à ses plans destructeurs , n'avait consente l'espoir d'attaquer encore la France avec tous les moyens qui étaient soumis à son influence.
Pour accomplir l'ouvrage si heureusement conduit près de son terme par Napoléon , il était essentiel d'ôter à l'Angleterre tout point de contact avec le continent. La Russie, qui avait promis d'éloigner de ses frontières l'ennemi de tous les peuples, se trouvait naturellement chargée, par sa position géographique, ' d'empêcher la communication des Anglais avec le nord de l'Europe. L'Allemagne, sous l'égide de la France, n'avait à redouter ni leurs attaques, ni les effets de leurs intrigues. L'Italie, dont les destinées se trouvaient unies à celles de l'Empire, était encore plus parfaitement garantie contre les entreprises de tous genres.
L'ne seule contrée , plongée depuis longtemps dans une léthargie qui lui faisait oublier ce qu'elle avait été et méconnaître ce qu'elle pouvait être encore, !'Espagne restait exposée aux perfides menées des Anglais. Les considérations d'une juste politique, les intérêts de la France et sa propre gloire , tout imposait à Na)>oléon le devoir de soustraire les Espagnols à l'influence de l'Angleterre et de leur rendre leur ancienne énergie.
L'excessive multiplicité des couvents, le pouvoir des moines, les prérogatives et les propriétés trop étendues de la noblesse , l'administration routinière que la cour avait adoptée , telles étaient les causes de l'inertie qui , jointes à une population faible et à la paresse qu'inspire le climat, entretenaient depuis deux siècles la langueur de l'Espagne. Cet état de choses était favorable à la politique des Anglais, dont l'influence sur les peuples s'exerce en raison de leur ignorance et de leurs préjugés. Dépourvue de la vigueur nécessaire pour prendre elle-même son rang parmi les nations, l'Espagne n'ayant de ressources que ses immenses colonies, se voyait dans l'obligation de ménager les Anglais, si puissants sur mer,€t qui l'investissaient, en quelque sorte, de tous les côtés: à l'est, par l'île de Minorque ; au midi , par Gibraltar ; à l'occident , par le Portugal, dont ils disposaient.
Il était digne du génie et de la magnanimité de Napoléon de briser les fers d'un peuple généreux ; et en arrachant cette dernière proie à la voracité britannique, de consolider à jamais la tranquillité et l'indépendance de l'Europe. Mais Napoléon ne tarda pas à se convaincre qu'il n'opérerait point cette grande révolution et la tenterait même en vain , tant que l'Espagne serait gouvernée par des princes dégénérés. Il fallait à cette belle contrée une dynastie nouvelle qui pût rappeler au milieu d'elle les beaux jours de Charles-Quint. Par un noble sacrifice qui honore les derniers instants de sa puissance, la maison régnante d'Espagne céda volontairement à l'Empereur la couronne dont elle ne pouvait plus supporter le poids. Napoléon la posa sur la tête de son frère.
Quelle que dût être l'autorité de ce grand exemple , la nation espagnole refusa de s'y soumettre. L'orgueil populaire , les anciens préjugés contre le nom français, plus que tout cela encore, les privilégiés qui frémissaient de voir approcher le terme de leurs prérogatives, engagèrent les Espagiïols à repousser les bienfaits
de Napdécm. Les Anglais, ravis d'apercevoir une voie par laquelle ils pourraient introduire le désordre sur le continent européen, travaillèrent avec ardeur à fomenter les résolutions et la résistance des Espagnols. Les troupes firançaises, qui pénétrèrent dans ce royaume, dont elles regardaient les habitants comme des amis , se virent entourées d'insurrections et obligées de se mettre en défense. La douceur emiddyée d'abord, ne fit qu'accroître l'audace des populations égarées. Plusieurs divisions firançaises, qui s'étaient avancées jusqu'au midi de rSqpagne, y furent assaillies par une multitude d'ennemis. Vaincues par la iati^ gne et par les souffrances, ces malheureuses troupes s'abandonnèrent à la merci de leurs ennanis,
Dès ce moment, l'orgueil des £q>agnols ne connaît plus de bornes. Napoléon, qui voulait les traiter en père, est obligé de venir les châtier en souverain irrité. Il se montre; devant lui tous ces rassemblements informes, ceux même qui, mieux organisés, sont cependant loin de pouvoir rivaliser avec les Français conduits par l'Empereur, se fondent et disparaissent. Les victoires consécutives de Bui^os, de Tudela, de Somo-Sierra; la destruction des armées ennemies de droite, de gauche et du centre, et peu de jours après, la destruction de leur réserve, amènent rapidement Napoléon au cœur de l'Espagne, et le rendent msdtre de la capitale.
Déjà les colonnes françaises allaient dans toutes les directions, suivre leurs avantages et rétablir l'ordre dans les {»rovinces espagnoles, IcNrsque l'armée britannique parut sur les côtes, pour essayer une fois de lutter corps à corps avec les Français. Napoléon s'élance, et par une marche d'une rapidité d'autant plus surprenante, qu'elle a lieu au travers de montagnes escarpées et couvertes de neiges , il se porte en trois jours de Madrid sur les frontières de la Gallice , où il menace le flanc de son nouvel ennemi. Celui-ci recule vers ses vaisseaux qui Fattendent. Il n'échappe qu'à la faveur d'un élément dont il est maître , mais il échappe à moitié détruit ; le reste se rembarque dans un état de délabrement difficile à peindre.
C'en était fait de l'insurrection espagnole. Ce peuple abusé, qui avait osé concevoir le projet de résister aux troupes françaises, aurait été subjugué dans la moitié d'une campagne , si l'Angleterre n'avait pas réussi à faire jouer d'autres ressorts. Les moyens qu'elle avait employés depuis longtemps, toujours funestes à ceux qui s'étaient laissé influencer par elle , firent encore des victimes. L'Autriche , dont les Anglais surent flatter adroitement l'orgueil et l'ambition , se laissa persuader que le moment où l'élite des troupes françaises, les généraux les plus habiles et l'Empereur lui-même étaient occupés en Espagne, était celui qu'elle devait choisir pour réparer les pertes essuyées dans ses guerres précédentes, et peut-être même pour faire des conquêtes.
L'empire autrichien est un état fortement constitué par la richesse du territoire, par le nombre et le caractère belliqueux des habitants. Les pertes qu'il avait éprouvées depuis 1793 jusqu'à 1805 , et qui avaient causé de terribles échecs à son crédit , à son influence politique et à sa réputation militaire, avaient peu diminué sa force intrinsèque. Il lui restait un territoire fort étendu, très
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populeax , el des mc^enft omftidérables , soit en hMimes ^ loU m denrées ^ potr lever, équiper et approvisionner ses années nombreuses. Le goirremement autri^ diien connaissait sa situation et ses ressources : cette connaissanee lui domiaU la confiance qu'une nouvelle lutté avec la France serait &v<Miible à ses intérêts; mais , ce qu'il aurait dft savoir , c'était que tontes les ressources dont il disposait constituaient plutét une force d'inertie ^ue d'impulsion. D'une part, la natups de ses moyens abondants comme richesses fonoières et stables, mais non mobiles, et, d'autre part, la position de ses Ëtats, t'Si^pNt de ses peuples, celui qui animait ses troupes, toutes ces causes coneonrfiîp4t:à l^rendre redoutable dans la guerre défensive, mais influaient différemmenjt dans l'offensive; elles ne lui permettaient pas de jouer le râle de conquérant , sans perdre ses avantages et par conséquent sans s'exposer à des désastres .
A la grande surprise des esprits sages , toutes ces considérations furent méconnues , ou mises de câté. On est encore à concevoir quels motifs secrets ont pu engager l'empereur d'Autriche à risquer ainsi l'existence de sa monarctaie et celle de sa maison. Il fallait que le cabinet de Vienne eût un ressentiment bien vif des revers qu'avaient essuyés ses armées en 1805, ou qu'il eftt conçu une espérance bien forte de satisfaire son ambition , en même temps que sa vengeance, pour s'exposer légèrement à d'aussi grands dangers. Au surplus, Ventbousiasme des Autrichiens pour cette guerre n'était pas universel. Cette vérité a été démontrée par la correspondance de plusieurs militaires, qui a été cosmue par la suite. L'un d'eux, officier-général, employé et fort écouté dans l'état^nfrjor du généralissime des armées autrichiennes, en écrivant à un personnage d'un haut rang , lui rapportait les réponses qu'il avait laites à plusieurs interpellations du ministre des affaires étrangères d'Autriche , chaud partisan de la guerre. Ces réponses sont d'autant plus curieuses, qu'elles font connaître les sentiments particuliers du généralissime autrichien sur la nouvelle guerre qu'on se proposait d'engager, et en même temps la véritable situation de la France et de l'Autriche à l'égard l'une de l'autre, à l'époque de cette guerre.
« Pouvez-vous être surpris, Monsieur le Comte, écrivait ce général , qu'après » une expérience de tant de campagnes qui ont conduit la monarchie à deux » doigts de sa perte ; après avoir considéré de près les calamités qui ont aocom- » pagné ces crises désastreuses; après avoir survécu à la défection de tous nos » alliés; après avoir été témoin d'époques brillantes dont on n'a jamais profité, » et dont les résultats, au contraire, ont été gâtés par de faux calculs et par de » fausses mesures; après avoir vu eniin épuiser vainement les ressources de no- » tre population, pouvez-vous, dis-je, être étonné qu'un prince qui a passé par » toutes ces épreuves, et qui est invité à se déclarer sur la grande question de » laquelle dépend le sort de sa dynastie et celui de l'empire, ne se montre pas » extrêmement avide de cueillir des lauriers stériles, qu'un seul jour de re\'ers » peut lui arracher sans retour. Mais prouvez-lui que la patrie est en danger, et » que le moment est arrivé où un dernier effort peut nous sauver à jamais du » joug qui nous menace, et vous verrez alors si son âme est capable de vigueur, » et son esprit) de résdution.
» Vons me vantét rappni que nous lioaTeroiig lufoiBiblenient dans lé secours » de toutes les nations mécontentes et subjuguées par la France, et vous faites 9 entrer dans votre énumération la Russie et la Prusse. Mais ces secours sont 9 si incertains; ils sont à tel point assujétis à la versatilité des circonstances , » qu'il serait de la dernière imprudence de les faire entrer dans un calcul mili- 9 taire, et qu'on ne peut les envisager que comme des chances heureuses , et * naHeiiieiil comme des données posMves. Lorsqu'au contnûre on prend en o eoDflidéralmi tfo qui doit réeHement Mrvir de base à un projet de guerre, on B trouve que nos moyens physiques , non seulement ne sont point à comparer 9 avec ceux de la France, mais qu'ils-sont tellement inférieurs à retendue de » son pouvoir , à It force de ton goavememaiit, à Tunité des volontés dans son 9 îDiérieur, aiu ressoorcesde sa population , aux avantages lopographiques de 9 ma firontâères^ que tôt ou lard Dooa finkons par nous épuiser au sein même > de la vieloire, si nons ne succombions pas promplement sons la masse de nos 9 adversaires, d
En dépit de réflexions qui auraient dA frapper les esprits les plus prévenus , et les fiiire revenir de leur aveuglement, le caMnet aotridrien persévéra dans sa résolution de feire la guerre ; mais il ne l'annonça d'abord pas publiquement. Il s'occupa , dans le silence, d'augmenter son armée, de fortifier ses places, et d'organiser sa milice nationale, connue sous le nom de Landwehr, ou défenseurs de la patrie , milice qui fut composée de tous les hommes en état de porter les armes , dans l'étendue de la monarchie. La France se plaignit, avec raison, d'une augmentation de forces qui ne pouvait nullement être considérée comme un recrutement ordinaire pour compléter l'armée, puisque la Landwehr devait s'élever à deux cent mille hommes. L'Autriche témoigna, de son côté, du mécontentement des changements qui étaient survenus dans la situation politique de l'état de rÊglisc, de l'Espagne et du Portugal.
Ces discussions diplomatiques précédèrent l'orage de quelques mois. Pendant leur durée, l'Autriche continua ses préparatifs, en affirmant toujours à l'empereur Napoléon que les mesures qu'elle prenait n'étaient que défensives. Plein du sentiment de sa force, et ne pouvant pas se persuader que toute prudence fûtbannie des coaseils de l'empm'eur d'Autriche , Napoléon prit le parti de dissoudre les troupes de la Cimfédération du Rhin et do les renvoyer dans leurs foyers res» pecti&. Cependant , il forma en Allemagne une armée française, dite Armée du Bbin , qu'U laissa sous les ordres du maréchal prince d'EdimûM. Tel était l'état des dioses dans le moment où l'empereur des Français forçait les Anglais à évacaer précipitamment l'Espagne. Mais , à cette ^)oque, les discussions avec PAutridie ne se terminaient pas ; au contraire, cette puissance se refusait toujours à reconnaître le prince Joseph Napoléon comme roi d'Espagne et des Indes. L'Empereur, après avoir poussé en Espagne ses avantages au point de pouvoir dtondonner à son frère le soin de soumettre le reste de ce royaume , jugea nécessaire de préparer des mesures hostiles contre celles que prenait l'Au* IriGhe. Dans cette vue , Sa Majesté quitta l'Espagne, et revi nt à Paris, où elle arriva le 99 janvier 1809.