‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 54 sur 205 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Bataille d*E8sliDg ; mouvements des opératiens des armées françaises et autrichiennes , en Allemagne, Hongrie, Pologne , et dans le Tyrol, depuis cette journée jusqu'à celle de Wagrani.

Lorsque l'archiduc Charles arriva à Engersdorf , tout présageait qu'un événement majeur aurait lieu prochainement. Les ponts qu'on avait construits sur le Danube à Ebersdorf, étaient achevés. En fac^ de ce village, le fleuve pst divisé en trois bras, séparés par deux îles. De la rive droite à la première île, il y a deux cent quarante toises; cette lie a environ mille toises de tour. De cette île à la grande, où est le courant principal , le canal présente cent vingt toises (le largeur. Cette grande île, nommée Lobau, a sept mille toiles de circuit, et le canal qui la sépare de la rive gauche , est large de soixante-dix toises. Nulle partie du fleuve n'était plus favorable au passage projeté. Les arbres et les bouquets de bois dont l'île de Lobau est remplie , couvraient les travaux , et en dérobaient la connaissance à l'ennemi.

LUe de Lobau était une tète de pont naturelle. Par son étendue , elle formait comme une place d'armes où 1 on pouvait rassembler les troupes et l'artillerie nécessaires pour forcer le passage du dernier bras qui sépare Lobau de la vaste plaine appelée le Marschfeld. En débouchant dans cette îJaine, on trouve à droite le village d^Essling, à gauche celui d'Àspern. Ces deux villages , dont toutes les maisons sont en pierre, ressemblent à deux bas-

tions entre lesquels une ligne do fossés qui servent à l'écoulement des eaux, forme une courtine. Cette disposition des lieux assurait contre les efforts de l'ennemi , le débouché des colonnes françaises sur la rive gauche du Danube. Le village d'Essling renferme une tour crénelée à trois étages, construite, dans des temps très reculés, contre les incursions des Hongrois; cette tour peut contenir cent hommes. Dans Asporn il y a un cimetière fortifié ; ce dernier village a son flanc gauche appuyé Il un bras du Danube. Essling et Aspern ont une communication sûre et commode avec l'Ile de Lobau et les autres îles du fleuve : circonstance qui était très importante pour un passage, puisqu'il en résultait la facilité de faire filer autant de troupes que l'on voulait, sans qu'elles fussent aperçues de l'ennemi , et de s'établir sur une base solide, avant d'aller en avant.

Le 19 mai , à quatre heures du soir.

Tordre fut expédié au prince d'Essling de replier pendant la nuit tous sespos tes avancés , et de se concentrer sur la rive droite du Danube, pour passer les ponts le 20, à la pointe du jour.

Les instructions du duc de Montebello portaient de tenir son corps d'armée prêt à passer le 20, à neuf heures.

Les trois divisions de cuirassiers furent averties de se préparer à se mettre

LTMPIRK.

en mouvement. Toutes les brigades de cavalerie légère de la réserve , celle des généraux Bruyère et Pire, celle du ^aron Colbert, celle du baron Marulaz, eurent l'ordre d'être rendues le 20, à cinq heures du matin, à Ebersdorf, pour passer les ponts. La brigade du comte Montbrun fut laissée pour couvrir la route de Presbourg.

Il fut enjoint à l'intendant général de l'armée de se rendre à Ebersdorf avec toute l'administration , et de faire charger les caissons de biscuit.

Le corps du prince d'Eckmûlhs'étant rapproché de Vienne, se trouvait à Saint-Piilten ; il fut prescrit à la division du comte Priant , deuxième de ce corps d'armée , de se rendre à Vienne pour remplacer la division de grenadiers du duc de Reggio, et faire le service de la place. La division du comte Gudin dut pailir le 20, à trois iieures du matin, de Sieghards-Kirchen où elle était, pour être rendue à neuf heures entre Klosterneubourg et Vienne, à Nusdorf. De ce point , qui est sur la rive droite du Danube, la division devait surveiller toute la rive de ce fleuve jusqu'à Vienne. Le reste du corps d'armée eut l'ordre de partir de Saint - Pôlten à une heure convenable, pour être rendu à Vienne le 20, à midi.

L'Empereur fit écrire au prince de Ponte-Corvo de pénétrer en Bohême, et de manœuvrer sur Budweis. Cet ordre était conforme à la supposition très plausible que l'archiduc Charles avait emmené avec lui toutes les troupes de la Bohême , lors de sa marche sur Vienne, par la Moravie.

La garde du pont de Lintz fut confiée au comte d'Unsbourg. 11 lui fut ordonné de placer son quartier-général à Enns , et d'être toujours prêt à se porter, suivant les circonstances, soit Rur

Lintz, soit sur Steyer, avec la masse de ses forces.

Ces dispositions faites. Napoléon se transporta le 20 dans l'île de Lobau, accompagné du Major - général prince de Wagram et de Neuchatel, et suivi de sa maison militaire. Le corps du prince d'Essling avait passé dans l'île le matin, à l'heure qui lui avait été prescrite, emmenani avec lui cinquantequatre pièces de canon. L'Empereur fit établir, en sa présence , un pont sur le dernier bras de ce fleuve, dans le point mitoyen entre Aspern et Essling. Ce bras du Danube n'ayant de largeur que soixante-dix toises, comme il a été dit, quinze pontons suffirent ; et le pont fut jeté dans l'espace de deux heures.

Les Autrichiens attendaient l'armée française dans cette plaine, qui s'étend à perte de vue, depuis le Danube jusqu'à la rivière de la Marsch, sur les frontières delaHongrie. L'intention de l'Archiduc était d'attaquer les colonnes françaises lorsqu'elles déboucheraient dans cette plaine, de les rejeter sur le Danube, jusqu'au-delà du petit bras, et de s'emparer de l'île de Lobau.

Pour l'exécution de ce plan, qui n'était pas sans difficultés , l'Archiduc avait réuni quatre-vingt mille hommes , divisés en six corps. C'étaient : 1» celui du général comte de Bellegarde , renfermant vingt bataillons et seize escadrons ; 2° du prince de HohenzoUern, formé de vingt-deux bataillons et huit escadrons ; 3*» du prince de Rosemberg, comprenant vingt-six bataillons et vingt-quatre escadrons ; 4.« du général Hiller, composé desrestesdescinquième et sixième corps, et représentant encore dix-neuf bataillons avec vingtdeux escadrons; 5* le corps du prince Jean de Lichtenstein, ou la réserve de cavalerie, composée de soixante-dixhuit escadrons de cuirassiers , chevau^

CAMPAGNE DE im^.

légers et dragons , 6<^ enfin la réserve de grenadiers, au nombre de seize bataillons, sous les ordres du général Kienmayer.

L'armée autrichienne était rangée sur deux lignes, derrière Gerasdorf, entre la montagne, dite le Bisamberg , et la petite rivière nommée le Russbach.

Le corps du général Hiller formait Taile droite près de Stammersdorf; àsa gauche était celle du comte de Bellegarde, et immédiatement après celui-ci , le corps du prince de HohenzoUem , qui se prolongeait dans l'alignement du village de Wagram. Le prince de Rosembei^ était sur le Russbach, formé eu colonnes de bataillons ; une partie de ses troupes occupait Wagram, et faisait à ce point l'extrémité de Taile gauche de Tannée. Toute la réserve de cavalerie était en seconde ligne et remplissait rintervalie entre l'aile gauche du corps de HohenzoUern et l'aile droite du corps de Rosemberg. La rései-ve de grenadiers était plus en arrière , à S&uring. L*armée avait sur son front deux cent quatre-vingt-huit pièces do canon ou obusiers.

Les deuxième et quatrième corps français, la réserve de cavalerie et une partie de la garde impériale, se trouvèrent seuls à la bataille d'Essling, ce qui ne faisait que la moitié des troupes employées sous les ordres immédiats de l'Empereur.

Le deuxième corps était composé de la division du comte Saint-Hilaire , qui renfermait le 10« d'infanterie légère, S**, 57*, 72« et 105* de ligne , et de la division de grenadiers du duc do Reggio , qui représentait dix bataillons.

Le quatrième corps renfermait quatre divisions d'infanterie. La première , commandée par le comte Legrand , était composée du 26* d'infanterie légère, des 18* et 49* de ligne][français,

des 1*', 2* et 3* régiments d'in&nterie de Bade, et d'un bataillon de chasseurs du même pays.

La deuxième, sous les ordres du baron Carra Saint-Cyr , renfermait le 24* d'infanterie légère , les k> et M* de ligne , et quatre bataillons de troypes de Hosse-Darmstadt.

La troisième , commandée pai* le comte Molitor, renfermait les 2*, 16*, 37*, 67* de ligne.

La quatrième, aux ordres du comte Boudet, était formée des 3* et 5* d'infanterie légère, 56* et 93* de ligne.

La partie de la garde impériale qui prit part à la bataille, fut le régiment de fusiliers, commandé par le comte de Lobau, aide-de-camp de l'Empereur ; le régiment des tirailleurs, commandé par le baron Curial ; et celui des anciens grenadiers, sous les ordres du comte Dorsenne.

La cavalerie de l'armée, sous le commandement général du duc d'Istrie, était composée de trois divisions de grosse cavalerie et d'une division de cavalerie légère.

La première division de grosse cavalerie était celle du comte Nansouty, formée des 1*^ et 2* régiments de carabiniers, 2*, 3*, 9* et 12* de cuirassiers.

La deuxième , celle du comte Saint- Sulpice , formée desl*', 5*, 19* et 11* de cuirassiers.

La troisième , celle du comte Espagne, composée des 4*, 6*, 7* et 8* régiments de cuirassiers.

La division de cavalerie légère , composée de quatre brigades, et commandée par le général Lasalle, était formée des 8* et 9* de hussards , des 3*, 7*, 13*, 14*, 16*, 19*, 20*, 23* et 24* régiments de chasseurs.

Le 21 mai, au jour naissant, l'Empereur, accompagné du prince Majorgénéral et des maréchaux prince d'Ess-

L'EMPIBB.

ling et duo de Montebello, ayant reconnu la position de la rive gauche, arrêta sa ligne de bataille, la droite au village d'Ëssling et la gauche à celui d'Aspern. Ces deux villages et le terrain intermédiaire furent aussitôt occupés par les différentes divisions du quatrième corps, qui passèrent à neuf heures le dernier bras du fleuve. La division du comte Molitor s'établit à Aspern; celle du comte Legrand, entre Aspern et la Tuilerie; celle du baron Carra Saint-Cyr, à droite de celle du comte Legrand. Enfin, la division du comte Boudet prit poste à Essiing.

Une partie de la réserve do cavalerie se porta dans la plaine , en avant des deux villages : les troupes légères en première lii^ne, les cuirassiers en seconde. L'autre partie de la réserve, la division Saint-UiLiirc du deuxième corps, et les grenadins du duc de lleggio, étaient en marche, et no franchirent les ponts que dans la nuit du 21au 22.

La garde impériale était en résen'e dans Tile de Lobau.

Entre une heure et deux heures après midi, l'ennemi prend l'initiative, et on le voit s'avancer sur cinq colonnes. La première de ces colonnes se porte à droite d'Aspern ; la seconde marche sur le front de ce village ; la troisième sur la gauche. La quatrième se porte sur Essiing. La cinquième se dirii^e pour tourner la petite ville d'Enzersdorf {où le général Boudet avait ^eté quelques troupes), afin de prendre à revers la position d'Ëssling, et de chercher en

Le village d'Aspern est assailli par l'ennemi avec la plus grande vigueur.

La division Molitor n'en met pas moins à soutenir le choc , et à se maintenir dans son poste ; elle donne le temps à la division Legrand d'arriver à son secours. L'ennemi est repoussé; mais il revient à la charge. Ëtant très supérieur en nombre, il parvient à se rendre maître de la tête du village. Les Français s'obstinent à reprendre le terrain qu'ils ont perdu; les Autrichiens mettent de Tacharnement à le garder. Le village devient, non pas un seul champ (le bataille, mais le théâtre de mille petits combats sanglants et opiniâtres. Chaque rue, chaque maison, chaque grange, voit une scène de carnage ; les charrues , les chariots, les herses, les fléaux, les fourches, les haches sont employés, soit pour se couvrir et se retrancher, soit pour détruire l'eimemi, concurremment avec le fusil et le sabre. On combat dans l'église, dans le cimetière, autour des grands arbres. Le moindre espace de terrain est disputé. Chaque parti semble dire au parti contraire, que pour être maître du village , il faut l'être de l'intérieur de toutes les habitations. Aspern est pris et repris jusqu'à six fois. Enfin ce n'est que l'obscurité profonde qui sépare les conibatlants.

Les Autrichiens restent dans la partie d'Aspern qui est du côté du Marschfeld , et les Français dans celle qui est du cùté du Danube.

Dans l'intervalle de co long et terrible combat , la troisième colonne autriméme temps à pénétrer dans l'ile de chienne, soutenue par ki réserve de

Lobau, par ce point que l'ennemi croyait plus faible que les autres. La Ciivaitrie do la réserve dos Autrichiens marcliait entre la troisième et la quatrième colonne d'attaque. Le corps des grenadicn; s'avançait de Saurii.'g sur <ieîah:Io:f.

cavalerie, a fait mille efforts pour pénétrer entre Aspern et Essiing; mais elle a été constamment lejx/ussfvj par la cavaltîrie française qui a iuunii plusieurs charges brillantes. Ce fut dans l'une de ces charges que le généi-al Espagne, combi.t'.ant à la tète de sa di-

fÎ6k>B «vec rinirépidité qui le distingua si longtemps, fui tué d*un coup de sabre au milieu de ses compagnons d'ar^ ines qui donnèrent de vifs regrets à sa perte.

En même temps que ia drmte ennemie s'est portée à l'attaque d'Aspern, sa quatrième colonne, soutenue d'un terrible feu d'artillerie, a attaqué Essling. Les efforts de cette colonne n'ont pas tardé à être appuyés par ceux de la cinquième qui , ayant réussi à s'em* parer d'Enzersdorf, est arrivée sur Essling par la droite de ce village. La position des Français devint pénible.

La seule division du comte Boudet, renfermée dans EssUng , dut combattre contre des forces triples. Mais le duc de Hontebello s'éUit porté à la tète de la division Boudet , qui avait été mise sous son conunandement pour la bataille.

Cet intrépide Maréchal , s'éiant chargé personnellement de la défense d'Essling, ne permit pas à l'ennemi de pénétrer dans un seul point de l'enceinte de ce YÎBage. À la nuit, les Autrichiens prirent le pai*ti de se retirer.

Le 22 mai, avant le jour, le corps des grenadiers^du duc de Keggio, la division Saint-Hilaire, celle des cuirassiers Nansouty, et le train d'artillerie, passent le Danube. A quatre heures du matin, le combat recommence avec plus de fureur que le jour précédent. Aspern'et Esslin^ sont de nouveau attaqués par rennemi. Trois divisions du quatrième corps se sont concentrées pendant la nuit dans Aspern. Les Autrichiens attaquent en si grand nombre , et sont soutenus d'une artillerie si formidable, qu'après un combat de quelques heures, lia emportent le village. Ils n'en sont pw plus tdt maîtres, [que* le ^^ d'iofiuiterie légère y pénètre avec fureur , la baïonnette en avant , et les re* chasse. Les Autricbieus , renforcés par

DE 1809. trt

des troupes qui leur sont envoyées des deuxi^e et troisième colonnes, re^ viennent à la charge et reprennent l'église. Ils n'avaient pas eu le temps de s'établir dans ce poste , lorsque le k*, le M^ de ligne et quelques régiments d'infanterie badoiso, s'avancent et l'enlèvent. L'ennemi, pendant ce temps-lfe, s'empare de quelques autres points du village. On court pour le forcer à les évacuer. Quatre fois les Autrichiens touchent au moment d'être maîtres de ce poste, à la possession duquel semble être attaché l'honneur des deux nations ; quatre fois les Français les con*' traignent de l'abandonner presque en entier. Le jour est déjà avancé, on continue néanmoins de se disputer ce même champ de bataille. On ne peut pas encore décider à qui restera la victoire.

Pendant ce combat si prolongé , l'Empereur s'aperçoit que le centre de l'ennemi , composé de sa troisième colonne d'attaque , d'une partie de la seconde et de sa réser\'e de cavalerie, occupe au dessus d'Ëssling un front fort étendu, qui se prolonge jusque vers Uirschstetten. Napoléon forme aussitôt le projet de partager en deux l'armée ennemie, en la coupant par son centre ; il confie cette opération au duc de Montebello. Le Alaréchal se met à la tète de la division Saint-Hilaire ; le duc de Reggio avec les grenadiers est à sa gauche ; la division du comte Boudet à sa droite; la cavalerie, rangée par masses, remplit les intervalles de la ligne de bataille.

L'ennemi s'aperçoit, aux dispositions faites contre lui , du danger auquel il est exposé. Il renforce promptement son centre; et l'Archiduc généralissime vient en prendre lui-même le comman^dement. Le choc est terrible entre deux armées que l'honneur et Tamour de la

L'EMPIRE

gloire exaltent à l'envi. Mais lesFrançais,combattant sous les yeux de Napoléon, se croient invincibles. La victoire effectivement se déclare pour eux > T ennemi culbuté est déjà en pleine déroute. Dans ce moment décisif, on vient avertir l'Empereur que de gros arbres et des moulins flottants, lancés par l'ennemi dans le grand courant[du Danube , ont enlevé le pont qui joignait rUe de Lobau à la petite île ; que par une suite de ce désastre, les parcs de réserve, la division des cuirassiers Saint-Sulpîce , et tout le corps du prince d'Eckmiihl , qui arrivaient pour prendre part à la bataille, sont arrêtés sur la rive droite du Danube. Napoléon juge qu'il est conforme à la prudence de suspendre le mouvement offensif du duc de Montebello. 11 ordonne à ce maréchal de se replier, et lui fait prendre une position concentrée : sa droite est appuyée à Essling ; .sa gauche à un rideau où le quatrième corps touchait par sa droite, ayant toujours sa gauche dans Aspern.

L'ennemi, s'apercevant du mouvement que l'armée française fait sur elle-même, et du ralentissement de son feu, soupçonne que son stratagème a réussi; il se rallie; il revient à la charge avec une nouvelle confiance.

Ses efforts se dirigent particulièrement contre le village d'Essling, qui est la clé de la position de l'armée française. Les Autrichiens attaquent ce village jusqu'à quatre fois , avec une grande résolution ; mais ils sont toujours repoussés par l'effet prodigieux d'un courage supérieur. Enfin l'Archiduc, déterminé à tout risquer pour emporter Essling , décide une cinquième attaque, et fait avancer sa réserve de grenadiers.

Le généralissime autrichien ne croyait pas le succès douteux, contre des trou-

pes harassées de fetigue, et dont les munitions étaient épuisées. Mais la garde impériale s'est portée sur le terrain du combat. Le comte de Lobau , à la tête des fusiliers et des tirailleurs, reçoit le nouveau choc des Autrichiens, et rend nuls touô leurs efforts. L'ennemi se montre étonné d'une pareille résistance , le comte de Lobau l'attaque à son tour , et culbute ses grenadiers. Par cette action brillante, il tennine la journée , et assure à l'armée française un champ de bataille si vivement et si longuement disputé.

Les tirailleurs de la garde qui faisaient leurs premières armes se signalèrent. Les grenadiers de la vieille garde étaient en seconde ligne, formant un mur d'airain capable d'arrêter l'armée autrichienne. Ce fut pendant celle terrible attaque d'Essling que le duc de Montebello eut la cuisse emportée par un boulet. Ce guerrier, aimé et admiré de l'armée, mourut quelques jours api'ès, emportant au tombeau les regrets de son souverain dont il était l'ami, et ceux de ses compagnons d'armes dont il était le modèle.

L'armée se reposa quelques heures sur le terrain dont elle avait conservé si glorieusement la possession. Mais l'Empereur, jugeant qu'il était impossible de suivre aucune opération sur la rive gauche du Danube , avant que les grands ponts fussent rétablis, se contenta d'assurer les têtes de ponts ; et dans la matinée du 23 , il fit repasser l'armée, partie sur la rive droite du fleuve , partie dans l'île de Lobau, où elle prit position.

La perte des Autrichiens fut de plus de 10,000 hommes, morts sur le champ de bataille. Ils eurent 23 généraux et dO officiers supérieurs tués ou blessés; 1 ,500 prisonniers , au nombre desquels le général Weber, et i drapeaux , re&-

CAMMGNE de 1809.

tërent au pouvoir des Français. La perte de Tannée française se monta à 3,000 hommes tués et 3 à 4,000 Messes; parmi ces derniers se trou* vaient le maréchal duc de Montebello et le général comte Saint-Hilaire , qui moururent, peu de jours après la bataille, de leurs blessures.

L'ennemi , assez heureux pour pouvoir créer momentanément, entre lui et Tarmée française» un obstacle insurmontable , recula ainsi le jour décisif de la campagne. L'Empereur avait à réparer le mal produit par les caprices de la fortune et à se mettre en mesure de n'avoir plus à les* redouter. Le général de division comte Bertrand, fut chaîné de diriger la construction d'un nouveau pont, dont la solidité serait à Fubri de toutes les tentatives de l'ennemi. Pendant que ces travaux s'exécutaient, différentes dispositions furent prises pour remplacer les pertes de l'armée et augmenter ses forces , pour achever glorieusement la guerre par un coup mémorable.

Le prince d'Eckmûhl, dont le corps était resté intact sur la rive droite du

devienne. Le corps du prince d'Essiing fut destiné à rester dans Tile de Lobau, qui désormais prit le nom d'Ile Napoléon. Le deuxième corps , dont le commandement avait été confié au duc de Reggio, fut placé dans les îles et sur les bords du fleuve, en seconde ligne derrière celui duprince d'EssIing. La garde impériale, une partie des cuirassiers et des troupes légères de la réserve, et en général tout cequi avaitle moins souffert à ia journée du 22, fut ramené sur la rive droite, afin d'appuyer le prince d'Eckmûhl, si l'ennemi faisait des tentatives de passage. L'Empereur et le grand quartier-général 'restèrent quelques jours à Ebersdort.

Dans cet intervalle, le prince Major^ général écrivit au prince de Ponte- Corvo, en date du 24 mai, pour Fins^ truire des résultats de la bataille d'Ess- Iing, et lui faire passer les ordres do l'Empereur, qui lui prescrivirent de garder avec les Saxons la tête du pont de Lintz, d'occuper Enns, Steyer, Ips et Walsee , et de faire de fortes et fréquentes incursions sur la rive gauche du Danube , sans néanmoins s'engager trop avant 'dans la Bohème, jusqu'à ce que les ponts fussent rétablis, et que l'Empereur fût en mesure de déboucher de nouveau sur la rive gauche. Le général comte d'Unsbourg eut en même temps l'ordre de quitter Lintz , avec les Wùrtembergeois, de venir s'établir à Saint-Pôlten , Môlk, Mautern, et d'éclairer la rive droite du Danube, depuis ce dernier lieu jusqu'à Vienne.

Aussitôt que le mouvement du huitième corps serait exécuté , le prince d'Eckmûhl devait retirer les troupes qu'il avait encore dans ces différents postes, et concentrer provisoirement son corps d'armée sur Vienne. Sa destination ultérieure était de porter son

Danube, fut chargé de la surveillance quartier-général à Neustadt, et de s'é-

j -.r. T J.. : J'T?-1' •'^ J . - 1 • A -.^-II 1

tendre , avec les cinquante mille hommes sous son commandement, entre cette ville et Brûck.

11 fut prescrit au maréchal duc d'Istrie , de placer la division légère de la réserve , commandée par le général Montbrun, à Brûck; celle du général Colbert à Neustadt, et celle du général Lasalle, à Haimbourg. Les divisions de cuirassiers des généraux Nansouty et Saint-Sulpice, et celle du feu général Espagne (qui fut remplacé par le duc dePadouc), furent cantonnées à michemin, entre Fischament et Neustadt.

Le but de cette répartition de troupes * était de se mettre en mesure contre tout ennemi qui déboucherait , soit du

LEMPIRE.

côté de Leoben , soit du côté de Presbourg et du pays compris entre cette ville et le lac d'Œdenbourg. II était spécialement recommandé au duc distrie d'entretenir la comnmnication la plus étroite entre ses différentes divisïons, de couvrir toute la frontière et d'éclairer soigneusement la rive du Danube , du côté de Presbourg , afin de s'assurer si Tennemi ne travaillait pas à quelque passage dans cette partie.

Après la prise d'Inspruck', le duc de Dantzig avait mandé qu'il se portait sur Leoben, avec deux divisions bavaroises, laissant la troisième à la garde du Tyrol, sous les ordres du général Deroi. Il fut écrit, le 26, au duc de Dantzig, de continuer et môme d'accélérer su marche, et de se rapprocher de Vienne, afin de pouvoir prendre part aux événements qui se préparaient. 11 lui était recommandé d'envoyer, aussitôt qu'il serait sur Leoben, une avantgarde sur le Simmering, haute montagne qui sépare la Styrie de l'archiduché d'Autriche. Le général comte Lauriston avait déjà été détaché sur cette montagne, depuis Vienne, avec une brigade d'infanterie des troupes de Bade, et la brigade de cavalerie du général Colbert, pour aller au-devant de l'armée dltalie, et faciliter sa jonction avec l'armée impériale.

L'armée d'Italie, dont le quartiergénéral était à Klagcnfurt, le jour de la bataille d'Essling, avait continué sa marche, toujours divisée en deux colonnes ; Tune , sous les ordres immédiats du prince Vice-Roi, était entrée en Styrie ; l'autre, commandée par le duc de Tarente, s'était portée, après la prise (le Trieste et d'Idria, sur Laybach en (^arniole, et avait fait capituler les forts qui défendent cette ville, et dans lesquels se trouvaient soixante-cinq bou- ,ches à feu, huit mille fusils et des ma-

gasins considérables de vivres. Le 2b mai, le prince Vice-Roi, arrivant à Knittelfeld en Styrie, reçut l'avis que les débris du corps du général Jellachich, échappés à l'armée d'Allemagne, et formant environ sept mille hommes, avec quelques troupes éparsps qui s'épient ralliées à ce corps, se dirigeaient sur Leoben. Le prince ordonna au général comte Serras de forcer do marche avec sa division , pour arriva* avant l'ennemi à l'embranchement des routes de Leoben et de Knittelfeld à Lintz.

Le 25, à neuf heures du matin, l'avant-garde française rencontrarennemi qui débouchait par la route de Mautern, et qui se forma aussitôt sur la position avantageuse de Saint-Michel.

Mais toute la division étant arrivée à deux heures, l'ennemi, abordé sur toute sa ligne, fut culbuté et mis en déroute. Il perdit 500 hommes ; on lui fit 4,000 prisonniers; le reste se dispersa. Le général Jellachich se sauva avec une cinquantaine d'hommes. Les Français entrèrent dans Leoben le 25 au soir.

Le 26, à midi, l'armée d'Italie arriva à Briick, où elle fit sa jonction avec le général Lauriston.

Pendant ce temps, l'archiduc Jean, continuant sa retraite, avait prissa route par Grâtz; mais il évacua cette ville le 27, après avoir jeté une garnison dans la citadelle. Le duc de Tarente, qui s'était rapproché du prince Vice-Roi , après la prise de Laybach , suivait les traces de l'ennemi. Il entra le 30 mai à Gràtz, et y trouva d'immenses magasins de vivres et d'effets d'habillement et d'équipement. Il fit aussitôt cerner la citadelle par la division du général Broussier. Quant au Vice-Roi, qui avait continué sa marche sur la Hongrie, à la suite de l'archiduc Jean , il arriva k (Hdenbourg le 5 juin.

Ce même jour l'Empereur retourna

à Scbopabrunn, et y iranqporta le quartier-général impérial. Conmie la bataille de Saint-Michel avait détruit le seul rassemblement ennemi qui aurait pu donner de l'inquiétude du côté des montagnes de Styrie, l'ordre avait été envoyé, dès le 28 mai, au duc de Dan* tzig» de venir remplacer à Lintz le prince de Ponte-Corvo. Celui-ci dut concentrer son corp^ d'armée ( qui fut renforcé à cette époque d'une division d'infanterie française et d'une division de dragons) à Saint-Pôtten, où il devait se tenir prêt à recevoir d'un jour àFau* treune destination particulière.Par une suite du même mouvement, le comte d'Unsbourg fut rapproché de Vienne et cantonné entre Môlk et cette capitale.

Dans le même temps, le duc de Raguse continuait sa marche, à la tète du onzième corps, et arrivait en Carniole, d'où il pouvait pénétrer en Styrie et se porter sur Vienne, si les circonstances l'exigeaient, aussitôt qu'il recevrait l'ordre.

Tous les jours, l'armée, se resserrant, prenait une position plus formidable.

Les diverses provinces composant le cercle d'Autriche, depuis le Danube jusqu'à l'Italie, étaient soumises. La rive droite du Danube était parfaite^ment nettoyée. Chaque heure voyait ajouter de nouveaux obstacles aux entreprises que l'ennemi pouvait hasarder depuis la rive gauche. Les passages étaient exactement surveillés; les pftstes nombreux. L'ennemi ayant iait, le 30 mai, quelques démonstrations pour passer le fleuve à Krems, fut contenu par la promptitude avec laquelle le comte d'Unsbourg rassembla ses troupes. Les Autrichiens ne réussirent qu'à faire passer un jour quelques centaines d'hommes , qui allèrent égorger à Amstetteu un poste français.

La tête du pont de Lintz se fortifiuit pai* un réduit où Ton estimait que trois

mille hommes auraient la possibilité do se défendre contre trente mill^^. Les ordres étaient donnés pour la construction d'une redoute palissadée et fraisée àMonthausen, au confluent de l'Enns et du Danube. L'île Napoléon (de Lobau) élait défendue par quarantehuit pièces de canon. On avait armé six bateaux portant chacun deux pièces de canon et une batterie flottante de trois pièces de 18, dont la destination était de croiser dans le fleuve , pour empêcher l'ennemi de s'établir dans les îles, et d'avoir des communications avec la rive droite.

Les-derrières de l'armée étaient assurés par différents corps placés à Augsbourg,à Hanau et sur le Mein, aux ordres des généraux Rivaud, Lameth, Clément, Lagrange. Le nord de TAllemagne était protégé par l'armée westphalienno et les troupes hollandaises.

11 y avait une division d'infanterie allemande, aux ordres du général Rouyer, à Passau, et douze escadrons de dragons et de chasseurs dans le Haut- Palatinat, sous le commandement du général Laroche. Ces deux corps étaient sous les ordres supérieurs du général sénateur Beaumont.

Malgré le voisinage de ces forces, de nouveaux troubles s'étaient manifestés dans leTyrol , depuis le départ de l'armée. Lorsqu'Inspruck , principal foyer de r insurrection , eut été pris, la plupart des habitants du Tyrol , qui voyaient que les Autrichiens , forcés à une retraite précipitée par les mouvements de l'armée d'Italie , les abandonnaient à eux-mêmes , auraient désiré rentrer paisiblement dans leurs foyers. Mais l'esprit de parti entraîne aveuglément certaines têtes : il se reforma un nou^ veau noyau d'insurgés dans le Vorarlberg, canton de T Autriche antérieure voisin du Tyrol. Ce noyau avait des

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