CHAPITRE XXIV
Il faat exciter les Romains i s'instruire de l'ait de la guerre.
En vous oflirant le précis de plusieurs auteurs sur la discipline militaire, j'ai cherché, grand prince, à vous prouver mon dévouement et mon zèle. Pour peu que vos généraux observassent les anciennes maximes sur le choix et sur l'exercice des soldats, ils rendraient bientôt aux armées romaines leur ancienne vigueur. Cette ardeur martiale, qui anima les hommes de tous les temps, n'est point refroidie; ces mômes terres, qui ont produit tant de peuples illustres, tels que les Lacédémoniens, les Athéniens, les Uarses,.
les Samnites , les Péligniens, en un mot, les Romains, ne sont point épui* sées. Les Épirotes n'ont-ils pas eu un intervalle de mérite et de réputation?
Les Macédoniens, lesThessaliens n'ont* ils pas conquis la Perse et pénétré jusqu'à rinde? Les I>aces,«les Mésiens, les Thraces ont été de tout temps si
VÉGÈCB,
beUiqu6iix> que l'histoire fabuleose s'esl crue ea droii de bire naître chez eux le dieu de la guerre.
Sans perdre le temps à déUiUer les lalens militaires de toutes les oatious, il suffirait, pour prouver ce que jV Tuice, de parler des Romains qui les ont Taiucues; cependant nous éprouvons actuellement que ces mêmes Romains ayant penché depuis quelque temps, les uns vers un agrésble loisir, les autres vers des emplois civils, nos exercices militaires scmt insensiblement bits avec plus de négligence; qu'on t'est accoutumé ensuite à les régler oomme inutiles; qu'on les a enfin oubliés tout-à-bJl.
Il ne Tant donc pas nous étonner que
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cda nous soit arrivé dans cette sécurité qui suit ordinairement une longue paix, puisque dans l'intervalle de vingt ans, qui s'écoulèrent entre les deux guerres puniques, les Romains victo»
rieux et tranquilles s'engourdirent de façon à ne pouvoir tenir contre Annibal ; mais, ranimés enfin par la perte de leurs consuls, de leurs capitaines, de leurs armées entières, ils ramenèrent la victoire dès qu'ils eurent repris les exercices et la discipline militaire. Il ne faut pas d'autres preuves de la nécessité de choisir avec soin et d'exercer sans cesse les nouveaux soldats. D'ailleurs, il en coûte beaucoup moins de former ses propres sujets que de prendre des étrangers à sa solde.
FIN nu UVRE PR£M1£JI.
ÉPITRE DÉDIGATOIRE
A L EMPEREUR VALENTINIEN
Vos victoires continuelles» grand prince i prouvent combien vous possédez, combien vous goûtez nos anciennes maximes militaires; car pratiquer un art, c'est certainement l'approuver : mais rechercher dans l'antiquité des modèles que vous avez déjà surpassés, c'est penser avec plus de profondeur et de modestie que la nature humaine ne le permet ordinairement. Aussi me sentis-je combattu par des mouvemens opposés de zèle et de crainte, à la vue d'un travail moins bit pour vous apprendre les actions des grands capitaines de l'antiquité , que pour vous y rappeler les vôtres mêmes.
Quelle audace, en effet, de parler sur l'art militaire au maître du monde, au vainqueur des nations barbares, si ce n'était pour lui rappeler les mêmes ex« ploits qui lui ont mérité ces litres !
C'est ce qui m'inspire la témérité d'exécuter vos ordres , aGn d'en éviter une plus grande, qui serait de ne les pas exécuter; car c'est un crime, que dis-je? un sacrilège, que de désobéir à son prince, image vivante de la Divinité. Au reste, l'approbation indulgente dont vous honor&tes mon traité sur le choix et sur l'exercice des nouveaux soldats, que je ne vous dédiai qu'en tremblant, anime aujourd'hui ma confiance ; comment craindrais-je de continuer sous vos ordres un ouvrage dont vous avez agréé les commencemens, quoique vous ne les eussiez pas ordonnés?
VEGEGË.
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