‹ Bibliotheque militaireChapitre 15 sur 614 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Passage de César en Illyric et à Trêves. — Seconde expédition en Angleterre. — Description de i'ilc. — Guerre d*Ambiorli. — M«rt dlnduciomare.

An «rant J. C 54 , dp Home 6o«.

1 • Sous le consulat de Lucius Domitius et d'AppiusClaudius, César par-

QtBMMM PES OiCLES. — UV.

tau , seh» sa ooutome , pour aller pisser llifer en Ilalîe , donna ordre aux lîeirieoaiis qu'il avait rois k b tële de èque kfioo , de Taire construire pendim l'hiver le plus de vaisseaux qu'il mil possible, et de faire radouber les tncias. Il leur en prescrivit la forme €1 h grandeur. Pour qu'on pût les éufs et les mettre à sec plus prompteffial, il les fit (aire un peu moins kwis que ceux d<Mil on se sert sur nom mer, d'autant plus qu'il avait renvqué que les vagues n'étaient pas si flaées dans cette mer, à cause du flux et da reOox : il voulut qu'ils fussent plush^, afin de porter plus de ba* pge Cl de chevaux , et qu'ils fussent uns à toiles et à rames , et bons voilie», à quoi leur peu de hauteur coniriboerait beaucoup. H fit venir d'Esfigoe lout ce qui était nécessaire pour les équiper; ensuite, après avoir tenu kséuis de Lombardie, il partit pour illyrie, sur ce qu'il avait appris que ksPjrastes ravageaient la frontière par kors incursions fréquentes.

i. A son arrivée , il ordonna à chaque ville de lui fournir un certain nombre de soldats, et leur assigna un «ndez-vous. Sur cet avis, les Pyrusles U envoyèrent des ambassadeurs , pour loi rq>résenter que le corps de la nation n'avait aucune part à ce qui s'ébit passé, et qu'ils étaient prôls à réparer l'insulte faite par des particuliers. César reçut leurs excuses , cl leur ordonna de lui amener des otages au jour narqué, sous peine d'être traités en ennemis. Ayant été ponctuellement obéi , il nomma des arbitres pour estinu» le dommage, et juger quelle devait en être la réparation.

3. Apres avoir terminé cette affaire, et tenu les états, il repassa dans la foule, d'où il alla joindre son armée

que, malgré la disette générale, ses troupes l'avaient servi avec tant d'affection , qu'on pouvait compter près de six cents vaisseaux , tels qu'il les avait commandés, et vingt-huit galères presque prêts à mettre en mer. Après avoir loué l'activité des soldats , et le zèle de ceux qui avaient présidé à l'ouvrage , il leur fit connaître ses inten* lions , et leur dit de se rendre tous au port de Boulogne , d'où le trajet en Angleterre est très-commode, puisqu'il n'est que d'environ dix lieues; et en conséquence il leur laissa autant de troupes qu'il crut leur être nécessaires. Pour lui, il marcha sans bagage, avec six légions et huit cents chevaux , contre ceux de Trêves, qui négligeaient do députer aux états, refusaient d'obéir aux Romains, et même, à ce qu'on disait, sollicitaient les Allemands d'audelà du Rhin de passer ce fleuve.

4. Ces peuples sont de tous les Gaulois les plus puissans en cavalerie; ils ont en outre beaucoup d'infanterie, cl habitent, comme je l'ai dit, les bords du Rhin. Deux chefs, Induciomare cl Cingétorix se dispuuiient Tautorité dans ce canton. Ce dernier n'eut pas plut6t appris l'arrivée de César et de ses légions , qu'il se rendit auprès de lui , et l'assura que lui et son parti demeureraient dans leur devoir, et ne se détacheraient point de l'alliance des Romains ; en même temps il l'instruisit de ce qui se passait dans sa nation. Au contraire, Induciomare leva des troupes; et, ayant renfermé dans les Ardennes, grande forêt qui s'étend depuis le Rhin jusqu'aux frontières des Rhéraois , tous ceux que l'âge metuiit hors d'état de porter les armes, il se prépare à faire la guerre; mais voyant ensuite que quelques-uns dos principaux du pays , entroînés par leurs liaisons

Il en visita tous les quartier, ettrouval avec Cingétorix, ou ébranlés par l'arri-

CiSAR.

\ée de nos troupes * étaient veau3 ti'ou* ver César pour traiter particulièremeul avec lui y puisqu'ils ne pouvaient faire un accord général; craignant d*ôlre abandonné de tous, il dépula luimôme vers César, pour lui dire que ce qui Tavail empêché de quitter les siens pont Tallcr trouver n était que le soin de retenir la multitude dans te devoir, de peur qu'en l'absence de la noblesse le peuple ne se portât à quelque démarche imprudente; que toute la nation lui était dévouée, et qu'il se rendrait auprès de lui, s'il le trouvait bon, pour lui remettre le soin de ses intérêts et de ceux de ses compatriotes. 5. Quoique César comprit Tort bien ce qui le faisait parler ainsi , et ce qui l'avait fait changer de résolution , cependant , pour ne point être obligé de passer Tété dans ce pays , tout étant prêt pour son expédition d'Angleterre, il ordonne ù Induciomare de le venir trouver lui et deux cents otages. César, voyant qu'il les avait amenés , avec son fils et tousses ij;)rens, comme il l'avait exigé, le console et Texhorle à persister dans son devoir. Il assembla néanmoins les principaux de cette nation , et leur recommanda en particulier les intérêts de Cingétorix ; ce qu'il fit, tant en considération de son mérite personnel que parce qu'il crut qu'il était important d'augmenter encore le crédit qu'avait dans sa nation un homme qui lui avait marqué tant de bonne volonté. Induciomare vil avec douleur qu'on cherchait à diminuer son crédit datis sa nation; et comme il était déjà de nos ennemis, ce nouveau motif redoubla son ressentiment.

6. Ces arrangcmens pris, César se rendit au port de Boulogne avec ses légions. Là il apprit que quarante vaisseaux, construits dans la Belgique, n'avaient pu contiauer leur navigation à

cause d'une tempête» ei qu'ils airaîenc été rejelés dans le même i)ort d'où ils étaient partis; il trouva que le reste était en bon état, ei prêt à faire voile. Ui cavalerie de toute la Gaule, au nom** brc de quatre mille chevaux, ei les plus grands seigneurs du pays s'y étaient aussi rendus; il avait résolu de ne laisser en-deçà de la mer que le petit nombre de ceux dont la fidélité lui était connue , et d'emmener les autres pour lui servir d*o(ages, de peur qu'ils ne retirassent en son absence.

7. Dumnorix d*Aulun, dont on s déjà parlé , était de ce nombre ; et César était bien résolu de lui faire passer la mer avec lui, parce qu'il leconnaissait pour un homme avide de nouveautés» ambitieux, entreprenant, et en grande autorité parmi les Gaulois.

Ajoutez qu'il s'était vanté, en plein couseil, que César lui offrait la souveraineté de sa nation; ce qui n'était nul* lemcnt agréable aux Autunois, qui n'osaient s'adresser à César pour Its prier de ne \vk& leur donner un pareil mailre. C'était par ses hôtes que César avait été instruit de ce discoure. Dum* norix commenç:i par le prier insiam* ment de le laisser en Gaule, parce que n'étant point fait aux voyages de mer , il ne pouvait les soutenir, et que des scrupules de religion ne lui permet* taient (las de s'embarquer. Quand il eut vu qu'on lui refusait constamment sa demande, et qu'il eut perdu touls espéiance de l'obtenir, il se mit à solliciter les seigneurs de la Gaule et à leur parler en particulier, pour les engager à ne point passer la mer : il tâchs même de les effrayer en leur représentant que César avait ses raisons pour dépouiller ainsi la Gaule de toute sa noblesse; que, n'ayant osé s'en défaire à la vue de leur pairie, il les ferait tous égorger eu Angleterre. En naâme

Gt*mM PES CAULO* — LIV.

Mi|» il leur doDiiêsa foi , et les prcsia de s ei^ager a¥cc lui par serment à bire de couceri ce qu'il» trouveraieni déplus cooTeiiible au bien de la Gaule. 8. César, instruit de ces intrigues par pioueurs personnes, résolut de les tra- ««ser et de les réprimer de tout son pouvoir , non moins pr considération pour 1rs Autunob qu'il aOeitionnait beuicoup » qu*aûu d'emfiôcber qu'avec de si luaoTaises intentions il ne lui Bsi^t , ain&i qu'à la république. Ainsi pendant environ vitigl-ciiK| jcmi'S qu'il resta daiis ce |)ort, d'oii le vent de Boid-oucst ranpëcbail de sortir, \ent qui r^ne la plupart du temps sur cette côte, il mit tout eu oeuvre pour leienir Dumnorix dans le devoir, sans ooblier de dire observer toutes ses dénarches. Enfin le vent étant devenu Eiforabley il fit embarqtier et sa cavalerie el son infanterie. Mais, pendant qne Ton ne pensait qu'à l'embarque»

Bieai « Dumnorix sortit du camp avec toute la cavalerie de sa nation, à l'insu de Gâ«r, et prit la route de son pays* Caar ea étant instruit» lait suspendre rembarquement , et par préférence à tout » envoie après lui une grande partie de sa cavalerie , avec ordre de le tamener mort ou vif, persuadé qu'un homme qui avait méprisé ses ordres en sa présence ne pouvait faire que des estravagances quand il ne serait plus SOQS ses yeux. Dumnorix, voyant qu'on voubil l'arrêter |iar force» mill'épécà fat main, et appela les siens à son secours, en criant qu'il était libre el d'une naiioi) libre. Alors nos cavaliers l'environnent et le tuent , selon l'ordre qu'ils avaient reçu : après sa mort , toute la cavalerie d'Autun revint au camp de César.

9. CeUç affaire finie , César laissa dans le ocmtincol Labiéuus avec trois liions et d^ttx mille ebevaiix pour

garder la ports , pourvoir aux vivres, avoir l'ostl sur ce qui se passerait en Gaule» et se eunduiie selon le temps et b nécessité des circonstances.

Pour lui» il partit vers le coucher du soleil avec cinq légions et preil nom« bre de cavalerie qu'il laissait à Labié» nus, cinglant par un petit vent de sud* ouest qui cessa vers minuit» de sorte qu'il ne put (aire roule, et qu'à la pointe du jour il s'aperçut que le cou* rant l'avait fait beaucoup dériver, el qu'il avait laissé l'Angleterre i sa gatichc. Mais au retour de la marée» il s'efforça de regagner» à force de rames la partie de l'Ile qui , la campagne précédente, lui avait fourni un débar* quement si commode. On ne peut en cette occasion assez louer le lèledes soldats ; car » sans se reUkcher un moment du pénible travail de la rame avec des vaisseaux de charge et pesans» ils égalèrent la vitesse des galères* Toute la flotte prit terre vers midi»

sans que l'ennemi par^t ; mais César apprit dans la suite par les prisonniers^ que les Barbares asseniblés en grand nombre dans cet endroit , effrayés de uint de vaisseaux (car il y en avait plus de huit cents , tant de ceux qui portaient les vivres et le bsigage que de ceux qui suivaient pour la oomoM>* dite des particuliers» avaient abandonné les bords de la mer , et s'étaient allés cacher dans les montagnes,

iO. Après le débarquement» César choisit un lieu propre pour camper; et étant instruit » par lescapiib» du lieu où les troupes ennemies s'étaient reti* rées » il laissa dix cohortes el trois ccnb chevaux sotis les ordres de Q. Atrius à la garde de. sa flotte, et marcha vers minuit contre les Barbares : il craignail d'autant moins pour ses vaisseaux» qu'il les laissait à l'ancre sur un rivage uni et découvert. Il n'avait pas bit pltvde

CkSAR.

quali« lieues qu'il découvrit les ennemis. Ils s'élaiénl avancés avec leur cavalerie et leurs chariots jusqu'à une rivière ; et de la hauteur où ils éiaieni y ils commencèrent à nous interdire le passage et à nous attaquer. Repoussés par noiro cavalerie , ils s'enfoncèrent dans les bois, où ils trouvèrent un lieu fort par sa situation et par l'art : ils l'avaient forliGé auparavant , à ce qu'il paraissait, a l'occasion de quelque guerre civile , car toutes les avenues étaient fermées par de grands abalis d'arbres. Us n'en venaient aux mains que par pelotons dans la forèi , pour empêcher nos troupes de pénétrer jusqu'à leurs retranchemens. Mais la septième légion éleva une terrasse ou batterie jusqu'au pied du rempart y e( , couverte de ses boucliers» elle força le camp et chassa l'ennemi du bois; il n'y eut que peu de blessés^ César dérendit qu'on le poursuivit, et parce qu'on ne connais* sait pas le pays, et parce que le jour étant déjà avancé, il voulait en employer le reste à se retrancher.

11. I^e lendemain matin il partagea sa cavalerie et son infanterie en trois corps, et les mit à la poursuite des fuyards. Mais à peine étaient -ils en marclie, et l'on n'avait pas môme encore perdu les derniers de vue, que des cavaliers vinrent de la part d'Atrius Apprendre à César que la nuit précédente il s'était élevé une furieuse tempête, qui avait mis ses vaisseaux presque tous en mauvais état, cl les avait fait échouer sur le rivage, sans que ni les ancres, ni les cordages, ni l'adresse des pilotes eussent pu résister à sa violence; et que la perte de ceux qui s'étaient brisés les uns contre les autres était fort considérable.

12. Sur cet avis, il fit rappeler ses trois corps et retourna vers sa Hotte. Là il vit do ses yeux le désastre qu'on

lui avait annoncé : environ quarante vaisseaux étaient fracassés ; les autres , quoique fort maltraités, pouvaient pourtant être remis en état à force de travail. Il mit donc à l'ouvrage les charpentiers qu'il avait dans ses troupes et en fit venir d'autres des Gaules. En même temps il donna ordre à Labiénus d'employer les troupes qu'il avait à construire le plus de vaisseaux qu'il se pourrait. De son côté, quelque peine, quelque travail qu'il dût en coûter, il crut qu'il serait très^avantagcux de mettre ses vaisseaux à sec , et de les enfermer dans son camp. Il y fit donc travailler ses soldats environ dix jours et dix nuits. Cette opération achevée, el son camp bien fortifié, il y laissa les mêmes troupes qu'auparavant et retourna au même poste d'où il était parti. Il y trouva l'armée ennemie fort augmentée ; et , d'un consentement unanime elle avait pris pour chef Cassivellaunus, dont les états, séparés des villes maritimes par la Tamise, étaient environ à vingt-trois lieues de la mer.

Ce prince avait eu précédemment des guerres continuelles à soutenir contre les autres peuples de l'ile; mais les Bretons effrayés de notre arrivée se réanirent et lui donnèrent le commandement général.

13. L'intérieur de l'Angleterre est habile par des peuples qui , de toute ancienneté, passent pour être nés dans le pays; et la côte , par des Belges que l'amour do la guerre et du pillage fit sortir de leurs demeures. Ceux-ci ont presque tous conservé le nom des nations d'où ils sont sortis, et qu'ils ont quiuées pour attaquer cette Ile où ils se sont établis. Elle est très-peuplée ; et les maisons y sont bâties à peu près à la manière des Gaulois. Il y a quan« tité de bétail ; et pour monnaie on s'y sert de cuivre, où d'anneatix de fer

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Gt'ERlIE 1>ES GMXeS. — LIV. V.

d'oD ceruin poids. Il se trouve des mines d*élain dans le cœur du pays »

et des mines de Fer sur h côte; mais ces dernières sont peu abondantes. Le cuÎTre y vient du dehois. Il y croit toutes sories d*arbres comme dans la Gaule y excepté le liètre et le sapin. Les Angbis ne croient pas qu'il leur soit permis de manger des lièvres, des poules et des oies; ils en nourrissent pcHirtani par goût et par plaisir. I^ climal y est plus tempéré, et le froid moins rude que dans la Gaule.

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