L'île est de forme triangulaire
Tnn des côtés regarde la Gaule. Des deux angles de ce côté, Tun est au le^ vani y vers le pays de Kent , où abordent presque tous les vaisseaux qui viennent de h Gaule ; l'autre, plus bas, est au midi. Ce côté a environ cent soixante iieoes d'étendue. L'autre côté du triangle regarde l'Espagne et le couchant :
de ce côté est située l'Irlande qui passe pour être plus petite de moitié que l'Angleterre, dont elle n'est pas plus éioigiiée que celle^i l'est de la Gaule. Au milieu est File de Mona : on croit qu'il yen a aussi plusieursautres petites, où, suivant quelques écrivains, il y a trente jours de nuit en hiver; mais nos I recherches ne nous ont rien appris de poaiiif : nous avons seulement découvert , par le moyen de certaines horloges d'eau , que les nuits y sont plus courtes que dans la Gaule. Ces mêmes écrivaiifôcroientquecesecondcôtèa plus de deux cent trente lieues de longueur. Le troisième côté du triangle regarde le septentrion : en face, il n'y a point de terres , si ce n'est l'Allemagne qui est à l'une de ses extrémités. On donne à ce dernier côté plus de deux cent soixante lieues de longueur. Ainsi toute l'Ile peut avoir environ six cents lieues de tour.
i5. Les plus civilisés de tous ces peuples sont ceux de Kent, dont tout lit.
le pays est maritime, et leurs coutumes diflèrent peu de celles des Gaulois. La plupart de ceux qui habitent l'intérieur du pays n'ensemencent point leurs terres; ils vivent de lait et de la chair de leurs troupeaux, et sont vêtus de peaux. Tons les Anglais se peignent le corps avec du pastel , qui forme un vert de mer, et qui leur rend dans la mêlée la figure horrible : ils laissent croître leurs cheveux , et se rasent tout le corps, excepté la tète et la lèvre supérieure. Une femme chez eux est commune à dix ou douze, surtout entre les frères et les parens; s'il en vient des enfans , ils appartiennent à celui qui le premier l'a épousée.
16. La cavalerie ennemie, soutenue par des chariots, attaqua vivement la nôtre dans sa marche ; mais partout elle fut repoussée et chassée jusque dans les bois et les montagnes, où nous perdîmes quelques cavaliers, qui s'é* taient engagés trop avant, après avoir fait un grand carnage des insulaiies.
Peu de temps après, pendant que nos gens, occupés à se retrancher, ne se défiaient de rien , tout d'un coup ils sortirent de leurs forêts , et vinrent fondre sur notre garde qu'ils chargèrent vivement. Aussitôt César envoie à son secours les deux premières cohortes de deux légions ; mais , comme celles-ci étaient postées à quelque distance l'une de l'autre, l'ennemi, les voyant étonnées de leur nouvelle manière de combattre, eut la hardiesse de se faire jour entre deux , et se tira de là sans perte. Q. Labérius Durus, tribun des soldats, fut tué en cette occasion. On renvoya d'autres troupes en plus grand nombre, qui repoussèrent les Barbares.
17. Cette action, qui se passa aux yeux de toute l'armée , fit comprendre que l'infonterie romaine chargée d'armes, par conséquent hors d'état de
poursuivre reimeuii lursqu'il lâcliaille pied , el n'osant abuudoniier son drapeau, était moinj* j)iopre coniie ces sortes d'adversaires; que, d'un autre côté, la cavalerie ne pouvait le conabalire sans s'exposer beaucoup , parce qu'ils feignaient quelquetois de fuir pour l'éloigner de l'infanterie, et qu'alors s'élançant de leurs chariois , ils la combaïuient à pied avec avaniage. Ce genre de combat était également dan* gereuxpour notre cavalerie, sgit qu'elle reculât, soit qu'elle poursuivît Tennemi. Ajoutez à ces diUicullés que ces Barbares ne comb^Ulaient jamais en corps, mais par pelolons séparés et éloignés les uns des autres, ayant des corps de réserve disposés de manière qu'ils se prêtaient mutuellement la main, soit pour recueillir les fuyards, soit pour envoyer des troupes fraîches.
18. Le lendemain les ennemis allèrent se poster sur les collines, loin de notre camp, et ne se montrèrent qu'en petit nombre, escarmoucbant contre notre cavalerie avec moins d'ardeur que le jour précédent. Uai5,sur le midi.
César ayant envoyé trois légions et toute sa cavalerie fourrager sous la conduite deC. Trébonius, l'un de ses licutenans, ils vinrent subitement fondre de tous côtés sur les fourrageurs et sur le» légions» Les nôtres les assaillirent vigoureusement i et les repoussèrent : notie (^Valérie, qui se voyait biw suivie de Tinfanterie , ne cessa de les poursuivre qiu'apr^ les avoir entièrement mis en désordre; de sorte qu'on en tua un grand nombre, sans leur donner le temps ni de se rallier, ni de s'arrêter, ni de descendre de leurs chariots. Après cette déroute, les secours qui leur étaient venus de toutes parts se retirèrent ; depuis ce moment les Earbsires ne nous attaquèrent jamaisavec toutes kuis forces.