On leur envoie C. Arpinius
diemlier romain , ami de Sabinus » et nu certain Q. Junius, Espagnol , qui âait Tenu déjà plusieurs fois trouver Ambiorix par ordre de César. Ambio* rix leur dit qu'il avait de grandes obligations à César de l'avoir déchargé du iribQt qu'il était dans l'habitude de payer à ceux de Namur ses voisins , et de lai avoir renvoyé son fils et son ne- Teo^queoes peuples tenaient esclaves et dans les fers en qualité d'otages ; qu'à r^rd de l'attaque de notre camp, dk ne s'était laite ni de son avis ni de son consentement, et que sa nation l'y avait forcé; que son autorité sur ce peuple était telle, que la multitude n'tvait pas moins de pouvoir sur lui , fi'ilen avait sur la muhitude; que sa nation n'avait repris les armes que parce qu'elle n'avait pu s'opposer au torrent de toute la Gaule révoltée; que b faiblesse des siens en était une preuve sensible ; qu'il n'était pas assez novice dans les affaires, pour se croire en état de mesurer ses forces aux nôtres; DttisquetousIesGaulois, d'un commun aœord, ayant pris ce jour pour attaquer à la fois nos quartiers , afin que les l^ns ne pussent se secourir l'une l'autre , comme Gaulois , ils n'avaient pu se refuser à des Gaulois, dont le but n'était que de recouvrer leur commune liberté ; qu'après avoir religieusement Kmpli son devoir de Gaulois , il vouait actuellement avoir égard à ses obligations envers César; qu'il avertissait donc et priait Titurius , son ami , de pourvoir à sa sûreté et à celle de ses troupes; que les Allemands en grand nombre avaient passé le Rhin, et devaient arriver dans deux jours; qu'ils
devaient voir s'il n'était pas convenable pour eux de retirer leurs troupes de leurs quartiers d'hiver , avant que les peuples voisins s'en aperçtissent , eC de les conduire à Gicéron ou à Labiénus, qui n'étaient l'un et l'autre éloignés que de neuf à dix lieues de leur retranchement ; qu'il promettait et jurait de leur livrer passage , Uint pour reconnaître les bontés de César, que pour soulager le canton où elles étaient en quartier d'hiver. Après ce discours Ambiorix se retira
29. C. Arpinius et Junius le rapportèrent à leurs généraux. Ce changement subit les embarrassa : quoique ces avis leur vinssent d'un ennemi , ils ne crurent pas devoir les mépriser ; ce qui leur fit surtout impression , ce fut qu'il n'était pas probable qu'un aussi petit état et aussi faible que celui des Liégeois eût osé, de lui-même, entreprendre de fairo la guerre au peuple romain. Cette affaire portée au conseil y souleva de grandes contestations* Cotta ainsi que plusieurs tribuns, et des centurions d'un ordre supérieur, étaient d'avis de ne rien décider légèrement , et de ne point sortir de leurs quartiers d'hiver sans l'ordre de César. Ils soutenaient que , quelque nombreux que fussent les Allemands , on pouvait se défendre contre eux, étant bien retranchés : témoin la manière vigoureuse avec laquelle ils avaient soutenu le premier effort des ennemis, et les avaient repoussés ; qu'ils ne manquaient point de vivres ; que cependant il leur viendrait du secours , ou des quartiers les plus proches, ou de César ; en un mot, qu'il n'y avait rien de plus imprudent et de plus honteux que de suivre les conseils d'un ennemi en des circonstances si importantes.
30. Sabinus soutenait au contraire qn'il serait bien tard de se retirer.
lorsque loiiles ks fofcos Jes ennemis auraient clé jointes par los Alltmiinds, ou que nos quarliei-s voisins auraient reçu quelques échecs ; qu on n'avait que peu de tein^ pour pourvoira sa sûreté; qu'il croyait César parti pour riiaiie ; qu'autrement ceux de Char* très n'auraient jamais osé se défaire de TasgétiuSy ni les Liégeois insulter nôtre camp avec tant d'insolence; qu'il regardait l'avis en lui - même , sans songer à son auteur ; que le Bhin était tout proche ; que la mort d'Arioviste et nos précédentes victoires tenaient au cœur des Allemands; que les Gaulois étaient furieux d'avoir reçu tant d'affronts» de se voir sous la puissance des Bomains, et d'avoir perdu leur an« cienne réputation dans les armes ; qu'enfin il ne pouvait croire qu'Am* biorix se fût engagé dans une pareille entreprise sans être certain du succès ; que son avis était sûr de quelque côté qu'on rexaminàl, parce que^ s'il n'y avait rien à craindre , ils pourraient sans risque joindre la plus plus proche légion ; que si» au contraire» la Gaule était d'intelligence avec les Allemands»
on ne pouvait se sauver que par une prompte retraite. D'ailleurs, ajoutait-il» où peut aboutir l'avis de Colta et des autres? Si le péril n'est pas aujourd'hui 4)ressani , il nous expose certainement à périr de faim dans un long siège.
5i . Cette contestation se prolongeait lorsque Sabinus voyant qu'il ne pouvait faire changer de sentiment » ni à Gotla , ni aux principaux officiers :
Suives donc votre avis, puisque vous le voulez » s*écria-l-il d'un ton assez haut pour être entendu d'une grande partie des troupes ; je ne suis pas celui d'entre vous qui craint le plus lu mort; mais que ceux - ci sachent que , s'il arrive quelque malheur » c'est à vous qu'ils doivent en demander raison » puisque»
si vous vouliei » dans deux jours ils seraient en étal de joindre les quartier» les plus proches pour mieux résister à l'ennemi commun , et ne se verroient pas abandonnés et relégués loin du reste des troupes, destinés à périr par le fer ou par la faim.
32. Surquoionselève,OBembro»e 8abinus et Colta, on les conjure de ne pas tout perdre par leur dissension et leur opiniâtreté ; on leur représente qu'il est également facile de tenir tête à l'ennemi , ou en restant , ou en dé* campant , pourvu qu'ils soient bien d'accord ; qu'au contraire leur division est capable de tout perdre. On conteste sur cette aflaire jusqu'à minuit. A la fin, Cotta ébranlé se rend; le sentiment de Sabinus prévaut , et Ton convient de partir à la pointe du jour. Le soldat passe le reste de la nuit à visiter son équipage , et à voir ce qu'il emportera ou ce qu'il laissera. 11 semblait qu'on ne s'occupât qu'à augmenter le danger, dans le cas où l'on voulût demeurer»
ou à excéder les troupes de fatigues et de veilles, s'il fallait se mettre en mar«che. Dans ces dispositions » on partit à la pointe du jour avec autant de sécurité et avec aussi peu de précaution que si le conseil que l'on suivait ne fût pas venu d*un ennemi , et qu'Ambiorix eût été le plus fidèle ami des Romains. Les troupes marchaient sur une seule colonne » avec un bagage considérable.
35. Les ennemis, instruits de notre départ , tant piar le bruit qu'ils avaient entendu pendant la nuit que par le trouble qu'ils avaient remarqué dans notre camp , se mirent en embuscade en deux corps , et bien cachés dons un bois qui n'était éloigné de nous que d'environ une demi-lieue» ils nous y attendirent. Quand ils virent la plus grande partie de nos troupes arrivées dans un grand vallon , toul-à-^roup ils
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« montièfent clés deux «Otée de oe tsHm, ROSS attaquèrent en queue, apCchârem ravanl«*garde d'avMicer»
t tDfpg^ot le eambai dans un lieu fDDaosétail fort défavorable.
34. Atore Sobinus, éiouné eomme ■ homiM qui n*a pris aucune pré- \ f ft'dTraye , court de toutes parts I tffoapes , ee qu'il fait même nec crainte, et comme un homme sans lessoorce; ce qai arrive d'ordinaire à MX qui sont obligés de prendre une détermination subite. Mais Gotta,qui iraitprévo que celte eirconslance pounit vnÀr lieu, et qui, pour cette raison, t'était opposé au départ , ne négligeait riade os qui aurait pu contribuer au niai commun; îl remplissait le devoir ^capitaine, en exhortant et eneoura- ^ni les troupes, et celui de soldat ArejKNisBam l'ennemi. Gomme la colûûse était lropélendue,etque par-là «t » pouvait aisément obvier ft tout, w Tciller sur tous les points , on «donna d'abandonner le bagage et ^ se former en rond. Cet ordre , ïwwque assez convenable dans la cir- «owince où Ton se trouvait , fit un oaufatt effet , car il découragea nos ^'«^ts et augmenta la vivacité des tmiemls, parce qu'il semblait avoir été "iîlé par la crainte et par le désespoir. ^ awre mauvais effet inévitable qu'il Pioduisii encore , c'est que les soldats tkndonnèrent leurs drapeaux pour ^Qrirsauverdu bagageee qu'ils avaient * meilleur ; on n'entendait que des cris ^^««gémissemens.
^' Les Barbares se conduisirent fort F'^dmmenl dans cette occasion , car *« chefs firent publier dans fouie leur *nnée, qu'aucun n'eût h quitter son ^^1 que tout ce que les Romains *»»nienl abandonné deviendrait leur ^^> et qu'ils se peisuadassent bien 1"«toui dépendait do la victoire. I^
nôtres ne leur cédaient ni en courage, ni en nombre , et quoique abandonnés de leur général et de la (brtune , ils mettent toute leur espéranoe dans leur valeur, en sorte que partout où ils donnaient , ils taisaient un grand carnage des ennemis. Ambiorix, qui s^ aperçut, enjoignit h ses troupes de lancer leurs nuits d*une eeilaine distance sans s'approcher plus près, et de lâcher pied lorsque les Romains viendraient fondre sur eux l'épée à la main ; qu'é* tant armés à la légère et fort exercés dans cette manière de combattre , on ne pourrait leur nuire; qu'ils se précipiteraient ensuite sur nous dans notre retraite.
36. Ils exécutèrent si exactement cet ordre, que lorsqu'une cohorte se détachait des autres pour donner, les ennemis l'évitaient par une prompte ftiite; cependant son flanc restait découvert et exposé à leurs traits. De plus , en se retirant vers le poste d'où elle était partie , elle était enveloppée et par ceux qui avaient reculé, et par les autres corps plus proches. Si les nôtres voitlaient tenir ferme , leur valeur leur devenait inutile : serrés comme ils étaient, ils ne pouvaient éviter les traits que lançaient de toutes parts des troupes si nombreuses. Malgré tant d'incommodités , et quoique couverts de blessures , nos soldats ne laissaient pas de se maintenir courageusement ; et bien que ce combat eût duré depuis la pointe du jour jusqu'à deux heures de l'après-midi, ils n'avaient encore rien fait d'indigne du nom romain , quand T. BalvcMtius, brave officier, et eh grand crédit, qui l'année précédente avait été primipile, eut les deux cuisses percées d'un dard. En même temps, Q. Lucanius, ayant aussi le même grade, fui lue en conibaiiani avec courage , Cl lorsqu'il cherchait à secourir
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son ûls que l'ennemi avait enveloppé ; Coua , généra] , fut blessé au visage d'un coup de fronde, au momem où il volait de rang en rang encourager les soldats.
37. Alors Sabînus surpris» ayant aperçu de loin Ambiorix qui animait ses troupes, lui envoya Gn» Pompeius, son inierprète, pour le prier d'épargner le sang romain et le sien. Celui-ci répondit que si Sabinus avait le désir de conférer avec lui , il le pouvait; qu'il se flattait d'obtenir des Gaulois de traiter humainement 1^ vaincus ; que pour lui.il pouvait venir en assurance , et qu'il lui promettait qu'il ne lui serait fait aucun mal. Sabinus fait part de celte réponse à Gotta son collègue, et s'efforce de l'engager à sortir avec lui de la mêlée, pour aller conférer avec Ambiorix, dont il espérait, disait-il, pouvoir obtenir le salut commun. Colta proteste qu'il ne se rendra jamais auprès d'un ennemi armé, et persiste dans ce refus.
38. Sur cette réponse, Sabinus ordonne aux tribuns des soldats qui se trouvaient auprès de lui , et aux centurions des premiera manipules de le suivre. Arrivé auprès d'Ambiorix, it reçoit ordre de meUrebas lesarmes; il obéit, et commande aux siens d'en faire autant. Cependant , tandis que l'on traite des conditions, et qu'Ambiorix prolonge à dessein la conférence, Sabinus est insensiblement enveloppé, et massacré avec tous ceux qui l'accompagnaient. Alors les Gaulois, selon leur coutume, se mettent à crier victoire :
en même temps, poussant de grands cris , ils se jettent sur nos troupes et les mettent en désordre. Gotta et la plus grande partie de ses soldats périssent les armes à la main ; le reste se relire au camp d'où il élait parti. De ce nombre fut L. Petrosidius, enseigne d'une
légion, qui, se voyant pressé, jetr l'aigle dans le camp, et est tué en si> défendant avec vigueur. Les autres ré* sistent encore jusqu'à la nuit, quoiqu'avec peine; enfin de désespoir ils se tuent tous les uns les autres dans Vohar curilé. Quelques-uns, échappés de ceti défaite, gagnèrent les bois, et par des' chemins de traverse se rendirent au camp de T. Labiénus, auquel ils portèrent cette triste nouvelle.
39. Enflé de cette victoire, Arobioriz partit aussitôt avec sa cavalerie pour se rendre chez ceux de Namur ses voisins»
et marcha jour et nuit , après avoir donné ordi'e à son infanterie de le suivre. Il leur rendit compte de ce qu*il avait fait, et leur persuada de prendre le même parti que lui. Le lendemain, il passa chez ceux du Hainaut, qu'il exhorta de même à ne point p^re l'occasion de s'aOranchir, et de se venger des insultes qu'ils avaient reçues des Romains; il leur apprit que deux des lieutenans de Gésar étaient morts, et une grande partie de leur armée taillée en pièces; qu'il était aisé d'en faire autant de la légion qui était en quartiers d'hiver sous les ordres de Gicéron , et qu'il les seconderait.
11 ne lui fat pas difficile de les persuader.
40. Aussitôt ils envoient ordre à ceux de Gourtrai, de Bruges, de Louvain, de Tournai et de Gand , tous peuples de leur dépendance, d'assembler le plus de forces qu'il serait possible , et viennent subitement fondre sur les retranchemens de Gicéron qui n'était pas encore informé de la mort de Sabinus* Aussi lui arriva-t-il, ce qu'il ne pouvait éviter, qu'ayant été contraint d'en* voyer quelques soldats faire du bois et des fascines dans la forêt, ils furent surpris par l'arrivée subite de la cavalerie ennemie. Après les avoir enveiop-
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