‹ Bibliotheque militaireChapitre 20 sur 614 · LIV. V · texte numérisé non relu

LIV. V

pés, les Liégeois, avec ceux de Namur et du ibinaut , tous leurs alUés et ceux de leur dépendanoe ifiurent attaquer la l^ion. Aussitôt les Romains courent aux armes et bordent les retranchemens. Cette journée fut trcs-rude pour nous : l'auaque des Barbares était d*aulaut plusirîve qu'ils Tondaient toute leur espérance sur la promptitude de l'exécution, et se flattaient qu'après nous SYOîr défaits dans cette rencontre ils n'auraient plus rien à craindre de nous.

41 . Cependant Cicéron engage par de grandes promesses plusieurs courriers à instruire Césarde ce qui se passait ; mais comme tous les passages étaient gardés, aucun ne put pénétrer. Pendant la nuit, on se servit , avec une promptitude incroyable , du bois qui avait été apporté, pour construire cent vingt tours, et perfectionner les retrftncbemens. Le kndemain» les ennemis reviennent à l'assaut en plus grand nombre qu'auparavant, et comblent le fossé. Les nôtresse défendent, ce jour*Ià, comme ils avaient fait la veille, et soutiennent le même eilbrt les jours suivans. On ne cesse de travailler toute la nuit : les malades mêmes et les blessés ne prennent aucun repos. On prépare la nuit ce qui est nécessaire pour le jour suivant; on façonne quantité de pieux brûlés par le bout, ainsi que grand nombre de ces dards dont on se sert dans les sièges ; 00 ajoute de nouveaux étages aux tours, on fait et des claies et des mantelels pour se meure à couvert. Cicéron lui-môme, quoique d'une santé faible, ne prenait pas môme de repos pendant les heures de sommeil; il fallait que ses soldats, à force de prières, l'obligeassent à se ménager.

42. Alors les plus notables du Rainant, qui avaient quelque habitude et quelque liaison avec Cicéron , demandent à lui parler. En ayant eu la per-

mission , lis lai répètent les nèmea choses qu'Ambiorix avait dites i Sabious; que toute la Goule était en armes; que les Allemands passaient le Rhin; que les quartiers de César et de ses lieutenans étaient attaqués : ils ajoutent que Sabinus avait été Uié; et pour l'en convaincre, ils lui présentent Ambiorix.

Ils disent qu'il espère en vain quelques secours de ceux qui désespèrent de leurs propresaaaires;que cependant ilsn'ont aucune mauvaise intention ni contre lui ni contre le peuple romain ; qu'on ne lui refuse que des quartiers d'hiver dans la Gaule , de peur que la coutume ne s'en établisse; que, du reste, on iiû permet de partir en toute sûreté, et de se retirer sans rien craindre où il vou* dra. A ces propositions Cicéron secon* tente de répondre que le peuple romain n'avait pas coutume de recevoir la loi d'un ennemi armé; que s'ils voulaient meure bas les armes, se servir de lui, et envoyer des députés à César, il espé* rait qu'ils obtiendraient de sou équité tout ce qu'ils lui demanderaient.

48. Les Gaulois du Hamaut, se voyant déchus de cette espérance, enferment notre camp d'un rempart de once pieds de haut, et d'un fossé de quinze pieds de profondeur. C'était de nos soldats avec lesquels ils avaient vécu les an« nées précédentes, et de quelques pri« sonniers roipains, qu'ils avaient appris l'art de construire ces ouvrages ; et comme ils n'avaient point d'instm* mens propres à remuer la terre , ils étaient obligés de couper les gazons avec leurs épées, et de porter la terre dans leurs babils. On put voir par-là combien ils étaient en grand nombre, puisqu'en moins de trois heures ils achevèrent ce retranchement qui avait cinq lieues détour. Les jours suivans, ils élevèrent des tours à la hauteur de notre rempart , préparèrent des faux

ÎA

CfiftAR.

et dm lortiieB ; o^étaieni les mêmes pri^ «Mttterd qui les avaîeni dirigés dans ces tmvftuY.

44. Le septième jour da l'atiaque^ an grand Yeni 8*élanl élevé, ils lancèreni dans le camp des vases d'argile garnis de feu» etdesji&velotsenflammés> sur les huiles de nos soldats, qui étaient couvertes de paille, à la manière des Gaulois. L'embrasemenI eut lieu aussitôt , et le vent le porta dans loitl le camp. Alors poussant de grands cris, comme s'ils eussent été assurés de la victoire, ils firent avancer leurs toars et leurs béliers , et montèrent à l'escalade. Mais telle fut la bravoure de nos soldats et leur fermeté, que, de toutes parts environnés par le feu, accablés d'une multitude innombrable de traits, et bien qu'ils comprissent que leurs bagages et toute leur fortune devenaient la proie de Tincendie, aucun d'eux ne quitta son poste, ne tourna même la tôte, tant ils étaient acharnés au combat. Ce jour*là fut très-pénible pour nous ; mais l'événement en fut tel , que les ennemis eurent beaucoup de morts fil de blessés» parce qu'ils s'étaient trop serrés au pied du rempart , et que les derniers empêchaient les premiers de se dégager. Quand les flammes eurent un peu perdu de leur intensité, les Barbares ayant roulé une de leurs tours jusqu'auprès de nos défenses , les centurions de la troisième cohorte s'éloi* gBàrenl insensiblement de ce poste, Oreni retirer tout leur monde, et tant du geste que de la voix , défièrent les ennemis d'enirer; mais aucun d'eux D'ayant osé avancer, ils furent repoussés à toups de fuerres , et on brûla leur tour.

46. il y avait dans celle légion deux braves centurions, nommés Q. Puiflo et L. Yarénus , qui approchaient des premiers grades. Ils étaient perpétuel-»

lemeat en contestation ^r celui des

deux qui I -emporterait , et tous les ans rivalisaient entre eux d'émulation avec une extrême vivacité. Au moment oà l'action s'échauffait le plus près des retrenchemens : c Que Uirdez-vous ^ dit Pulfio à Varénus, et quel lieu plus propre attendez-vous pour faire connaître votre valeur? ce jour décidera de nos différends.» A ces mots, il sort du camp et se précipite au milieu des plus épais bataillons de l'ennemi. Alors Varénus ne peut plus rester dans le camp , et croit qu'il y va de son honneur de le suivre de près. Puiflo lance son javelot sur les ennemis, et en perce un qui s'avançait : celui*ci tombé mort du coup, tous le couvrent de leurs boucliers, et décochent leurs traits sur Puiflo, sans qu'il ait le temps de se retirer. Dans ce moment son bouclier est percé d'un dard dont le fer reste dans son baudrier; oe qut l'empêche de tirar l'épée. Alors l'en* nemi l'environne; mais Varénus son rival, qui le voit pressé, vole à son secours. Les Barbares, qui croient Pulfio mort du coup qui avait donné dans son bouclier, l'abandonnent et se tournent tous contre Varénus. Celui-ci va au-devant d'eux l'épée à la main, et* l'es serrant de près, il en tue un, et écarte un peu le reste; mais se laissant trop emporter à son ardeur, il ren« contre un endroit creux où il tombe.

Il y est aussitôt enveloppé. Puifto vient le secourir à son tour; et tous deux, après avoir tué plusieurs ennemis , se retirent dans le camp, couverts de gloire, sans avoir reçu aucune blés* sure. Ainsi dans l'émulation qui régnait entre ces deux braves, la .fortune balança tellement ses faveurs entre Tun et l'autre, que chacun d'eux dut la vie ù'son rival , sans que l'on pût dire la* quel avait montré plus de générosité et de valeur.

siis Grt garnison dans Amiens nxcc son corps de troupes , pour garder toui te bocage de l'armée, les oinges, les pa* piers el l« blé qu'il y araît fait conduire pour passer l'hiver. Fabius, selon ses ordres, n'aysnt pas lardé, le joignit en chemin avec sa légion. A l'égard deLa** biénus, ayant appris la mort de Sabinas, la défaite des cohortes et la mar* che de toutes les troupes de ceux de Trêves qui tenaient l'atlaquer, il craignait dans cette circonstance , en sortant à In hftle de son quartier, el comme en prenant la fuite, de ne pouvoir soutenir l'atlaque de l'ennemi déjà fler de ravanlagc qu'il venait de remporter. H informa donc César du péril qu'il courrait en faisant sortir sa légion de ses quartiers , et de ce qui s'était passé che£ les Liégeois, et lui apprit que toute là cavalerie el l'infanterie de ceux de Trêves n'étaient qu'à une lieue de lui. 49. Après avoir approuvé ses raisons, César, quoique déchu de Tespérancô d'avoir trois légions, se détermine à partir avec deux seulement, parce qu^H était persuadé que le sûlut commun dépendait de sa diligence. Il se rendit doiK; à grandes journées sur les frontières du Hainaui. H y apprît de quelques prisonniers le danger où étaient Cicéron et sa légion. Sur cet avis il engagea , par l'espoir d'une grande récompense , un cavalier gaulois à se charger d'une lettre pour Cicéron , et il l'écrivit en caractères grecs, afin qu'en cas ffu'ellc fftl iniercepiée , les ennemis ne pussent connaliic noire dessein. Il lui recommanda, s'il ne pouvait parvenir jusqu'à lui , d'attacher la lettre à la courroie de son jnvelot, et de la lancer dans le camp. Il marque dans cette

CUERRK DES O^ri.FS. — LIV

46. Plus le siège devenait gmte et lerribie pour nous qui avions bflauci>iip debkfiiés» el par conséquent (leu de soldais ea état de se défendre, plus Ci* céioa envoyait de lettres el de message i César ; mais )a plupart éuient inètéset livrés ou supplice à la vue de m soUats. Dans la cam|» se trouvait lion un homme du Hoinaul» d'une fanilk distinguée , nommé Veriicon, qui dès le coramenoement du siège , s'était fcndo aupiès de Cicéron , et lui avait dofioé des preuves de sa Odélilé. Ce GauhNs eiigskgea un de ses esclaves par degraBdes promesses, surtout par l'espéraace de ki liberté , à poiier une Idlre à César. Celui-ci la porte attachée à son javelot , et comme il était Gaulois, il traverse leur camp sans qu'ils se dêBenl de lui ; il arrive auprès de César qa'ii instruit du danger où se trouvaient Ckéron et sa légion.

47. Sur ces nouvelles reçues, vers cmq heures du soir, César dépôche à riasiant un courrier au questeur H.Crassus» qui était en quartier dans leBeanvoisis, environ à huit lieues de lai, et lai ordonne de partir à minuit avec sa légion, et de se rendre au plus tôt auprès de lui. Crassus partit avec le amtmt. Il en envoie en môme temps iio autre à C. Fabius, et lui donne rendez*vous sur les frontières de l'Artois par où il devait passer ; et il nuinde À Labiénus de se rendre incessamment dans le Hainaut avec sa légion, s'il le pmtsans nuire aux intérêts de la république. César ne crut pas devoir attendre le reste de ses troupes, qui élaient un p^ plus éloignées, et se contenta de tirer seulement environ quatre cents chevaux des quartiers les plus proches.

48. Le lendemain, vers neuf heures ! lettre qu'il est pniti avec deux logions da matin, il eut avis par ses coureurs ' et qu'il arrivern incessamment; il extle l'arrivée do Crassus. Ce môme jour, | horte Cicéron à 9e souvenir de son anil fit environ sept lieues, et laissa Cras- ' cienne valeur. Le cavalier, craignant le

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péril, lance son javelot, selon l'ordre qu'il en avait reçu. Le javelot s'attacha par hasard à une tour, où il resta doux jours enfoncé , sans que les nôtres s'en aperçussent ; le troisième » un soldat découvrit la lettre» et , l'ayant détachée , il la remit à Gicéron. Celui-ci la lut à haute voix en présence de toutes les troupes qui en furent très-satisfaites ; en môme temps la fumée des embra* semens que nos légions opéraient par^ tout sur leur route » les assura de leur arrivée.

50. Les ennemis, informés par leurs coureurs que nous avancions, quittent le si^e el marchent à nous avec toutes leurs troupes qui pouvaient monter environ à soixante mille hommes. Gicéron profite de leur éloignement et fait partir un esclave du môme Veriicon dont on a déjà parlé, avec une lettre pour Gésar : il lui recommande d'user d'adresse pour n'être pas découvert, et de faire diligence. Dans celte lettre , il niandait que les Barbares l'avaient quitté, et qu'ils marchaient contre lui avec toutes leurs forces. Le courrier ayant rendu ses lettres à Gésar vers minuit, il en fait part à ses troupes, les encourage, et décampe à la pointe du jour. Il n'eut pas fait une lieue, qu'il aperçut l'ennemi au-delà d'un grand vallon traversé par un ruisseau. Il y avait un danger extrême à combattre contre tant d'ennemis dans un lieu désavantageux. D'ailleurs Gicéron n'étant plus assise, on n'avait plus besoin de se presser. Gésar s arrête donc dans le poste le plus propre qu'il peut trouver, et s'y retranche. Quoique son camp fut trèspeu étendu, ayant à peine sept mille hommes sans bagage , il se resserra encore davantage, à dessein de faire croire aux ennemis qu'il était peu à craindre. Pendant ce temps, il envoya partout dos éclaircurs à la découverte, afin qu'ils

examinassent l'endroit le plus commode pour passer le vallon.

51. Ge jour-là on livra quelques escarmouches entre la cavalerie sur les bords du ruisseau ; mais chacun se linl renfermé dans son camp : les Gaulois, parce qu'ils attendaient de plus grandes forces qui n'étaient pas encore arrivées ; et Gésar, pour voir si en feignant d'avoir peur il n'attirerait point les ennemis de son c6té en-deçà du ruisseau , afin de les combattre à la tète de son camp; ou s'il ne pouvait les y attirer, il aurait par-là le temps de reconnaître les chemins , et de traverser avec moins de danger la vallée et le ruisseau. Le lendemain , à la pointe du jour, la cavalerieennemie vint escarmoucher jusqu'aux portes de notre camp. Gésar recommanda exprès à la nôtre de battre en retraite et de se replier sur le camp. En même temps il en fait de tous côtés élever les fortifications, et fermer les portes; il ordonne qu'en travaillant à ces ouvrages on affecte beaucoup de désordre et de crainte.

52. Les Gaulois, encouragés par cette terreur simulée, passent le vallon, et se rangent en bataille dans un lieu défavorable. Voyant môme que les nôtres avaient abandonné le rempart, ils en approchent plus près , et lancent de tous côtés des javelots dans notre camp, faisant publier, dans tous les lieux environnans , que si quelqu'un , Gaulois ou Romain, voulait passer de leur côté, il le pouvait en sûreté jusqu'à neuf heures , et qu'après ce temps il ne lui serait plus permis. En un mot, ils témoignèrent tant de mépris pour nous, que quoique les portes de notre camp ne fussent défendues que par un simple rang de gazon , cependant s'étant imaginé qu'il leur serait impossible de les forcer , déjà les uns commençaient à escalader le rempart , et les autres à com*

I bler le fossé. Alors Gésar, étant sorti

iHiisquaaseni peur tontes les portes , avec son tofanterie et sa cavalerie , mit bientôt les ennemis en fotie, sans qu'aucun osât laiîr ferme. On en tua un grand nombre, et tous jetèrent leurs armes.

53. César, craignant de les poursuivre àcausedes bois et des marais qui setrouvalent sur le chemin , et jugeant d'ail* leurs que c'était pour l'ennemi un assez rade échec que d'avoir été contraint d'abandonner ce posie, joignit Cicéron le même jour , sans avoir à regretter un seul homme. Là il admira les tours , les béliers , les retrancbemens des Barbaies; et, ayant fait la revue de la légion , il trouva qu*il n'y en avait pas h dixième partie sans blessure : d'où il jugea du danger qu'eileavaitcouru, et dn courage qu'elle avait fuit parailie. Il donna au chef et aux soldats les louanges qu'ils méritaient. Il fit aussi en parlicolier l'éloge des centurions et des tribuns des soldats qui s'étaient le pins cUstingués, suivant le rapport de leur général ; et il fut mieux informé par les prisonniers du malheur de Gotta et de Sabinus. Le lendemain il assemble son année, la console et la rassure^ rejette h disgrâce qu'ils avaient essuyée sur l'imprudence du chef, et leur remontre qu'ils doivent la supporter avec d'aufanf ]4us de patience que , par la grâce des dieux immortels et par leur valeur, la vengeance en avait été si prompte , qne leur afDiclion n'en devait pas être plus longue que ne l'avait été la joie des ennemis.

54. La nouvelle de cette victoire fut portée à Labiénus par les Rhémois avec mie vitesse incroyable ; car quoique son quartier fui éloigné de pins de seize lieues de celui de Cicéron, où César n'arliT» qu'à trois heures après midi , cependant par les cris de joie qui s'élèveicDt le même jour , à minuit, à la porte de son camp, il comprit que les fVhé-

GtERKE DES GAULES. — UV. V. 77

mois lui apprenaient cette victoire et l'en félicitaient. A cette nouvelle, Induciomare, qui commandait ceux de Trêves, et qui avait résolu d*altaquer Labiénus le lendemain, décampe au plus vite la nuit, et ramène toutes ses troupes dans leur pays. Ensuite César renvoya Fabius dans son quartier avec sa légion. Pour lui, il résolut d'aller passer Thiver aux environs d'Amiens avec trois légions qu'il distribua en trois différens quartiers» parce qu'il nevoulait point s'éloigner de son armée, ni quitter les Gaules, qu'il voyait si agitées : car la nouvelle de la défaite de Sabimis et de sa mort s*éiant répandue, presque tous les peuples de cette pro« vince pensaient à reprendre les armes; dans ce dessein, ce n'étaient que courriers et députations qu'ils s'envoyaient partout les uns aux autres pour se com« munîquer leurs résolutions, et déterminer par où ils commenceraient. Ils tenaient conseil la nuit dans des lieux écartés; pendant tout l'hiver, il ne se passa aucun jour où César n'eût quelque sujet d'inquiétude, et où il ne reçût quelque avis des projets des Gaulois, etdeleursmouvemens. Il apprit, entre autres, par les lettres de L. Roscius, son lieutenant, auquel il avait donné le commandement de la treizième légion, que *plusieurs des nations gauloises de l'Armorique s'étaient réunies pour l'attaquer, et qu'elles n'étaient qu'à environ trois lieues de son quartier, lorsque, sur l'avis de la victoire de César, elles s'étaient dissipées de manière que leur départ ressemblait plutôt à une fuite qu'à une retraite.

55. César, ayant assemblé les principaux de chaque nation, effraya les unes, en leur disant qu'il savait toutes leurs menées, et exhorta les autres à rester tranquilles : par-là il contint dans le devoir la meilleure partie de la Gaule.

cÉSAn.

puissante; qucquandelle faisait quelque perte , die était en état non-seulement de la réparer bien vite, mais encore d'aug* mentcr ses foi-ces. Pompée lui envoya ce qu'il demandait, autant par amitié pour lui que pour le bien de l*état.

Aussi ayant bientôt achevé les recrues par ses lieutenans, formé et réuni avant la On de Tliiver trois légions de plus , et par^ià réparé au double la perte des cohortes sous Titurius, il lit voir, et pa^ sa diligence et par le nombre de ses soldats, ce dont étaient capables la discipline et la puissance du peuple romain.

2. Après la mort d'Induciomare, ceux de Trêves donnèrent le commande*ment à ses proches , qui ne cessèrent de solliciter les Allemands , et de leur promettre de l'argent pour les engager à passer le Rhin. Les plus voisins de ce fleuve se trouvant inébranlables, ils s'adressent aux nations qui en étaient plus éloignées, ei en gagnent quelques-unes, avec lesquelles ils se lient par un serment mutuel , et leur donnent des ouiges pour sûreté de Tai-gent qu'ils leur promettaient ; ils firent aussitôt entrer Ambiorix dans les mêmes engagemens.

Enfin informé de ce qui se passait, voyant Torage qui se formait de toutes parts , et que ceux du Hatnaut , de Namur et de la Gueidre, joints aux Allemands établis en-deçà du Rhin, étaient en armes; que ceux de Sens ne se rendaient pas à ses ordres , et s'entendaient avec ceux de Chartres et avec les autres nations voisines; que ceux de Trêves ne cessaient de solliciter les Allemands de passer le Rhin ; César crut que le mieux qu'il pouvait faire était de les prévenir.

3. Sans donc attendre la fin de l'hiver, il prend les quatre légions les plus proches, et vient fondre toutà-coup sur ceux du Ilainaut, avant qu'ils eussent assemblé leui^ trou|)es

ou pourvu à leur vetraite; il leur en« lève beaucoup de monde et de bétail , ravage leur pays, abandonne le butin à ses troupes , et les oblige de se rendre et de lui donner des orages. Cette affaire promplement terminée , il ramena ses troupes dans leurs quartiers ; et dès les premiers jours du printemps, ayant assemblé , selon Tusage, tes étals de la Gaule , où tons se trouvèrent excepté ceux de Sens, de Chartres et de Trêves, il regarda cette conduite comme un signal de guerre et de révolte ; et pour faire voir qu'il avait cette affaire plus à cœur que le reste , il transféra lesétats à Paris. Cette ville,qui est frontière de ceux de Sens , leur était de tout temps alliée; mais elle n'avait point de part au complot. A près avoir prononcé cette translation du haut de son siège , César part le même Jour avec ses légions, et marche à grandes journées contre ceux de Sens.

4. Acco, qui était à la tête de la révolte, instruit de son arrivée, ordonna au peuple de la campagne de se retirer dans les villes; mais, avant que cette mesure pût être exécutée, on leur annonça que les Romains paraissaient. Aloi-s ils furent obligés de changer de résolution, et de députer vers César, ponr implorer sa clémence. Ils viennent le trouver avec les Autunois leurs anciens alliés, à la prière desquels César leur pardonna, et reçut leurs excuses, parce que Tété approchait, saison qu'il ne voulait pas perdre en discussions, au lieu de l'employer à la guerre. Il ea exigea cent otages, qu'il donna en garde aux Autunois. Ceux de Chartres , par l'entreprise des Rhémois, sous la protection desquels ils étaient, sont reçus en gr&ce aux mêmes conditions. De là César retourne lever les états , et ordonne aux Gaulois de lui fournir de la cavalerie.

Gl'EttR£ DES GAUbiS. — LIV. VI.

L A^avoir ainsi ptciiié cette perlie de bGaule, il dirige toutes ses pen« sées et tous ses pvojeis vers la guerre de ceux de Trêves et Ambiorix . Dans cette vue il ordonne à Gavarinus de le sui« Tie aiec la cavalerie de Sens, de peur fKsoo reeeentiment contre ses conci* I tojens, ou la haine qu'ils lui portaient CI qu'il s'était attirée, n'excitât quelque BOttiementde ce côté. Ensuite n'igno* riDl pM qu'Ambiorix n'en viendrait jamisà une bataille» il examinait en hi-iBèaiequels antres desseins il pournie avoir. Les peuples de la Gueidrc élaiest voisins des Liégeois» dont le pa}8 est déTendtt par de grandes forêts tt de grands marais» et qui seuls de tome la Gaule n'avaient jamais député lersCésar poar rechercher son amitié.

Gésarsavait qu'Ambiorix était lié avec eu, et qu'il avait traité avec les Alle^ nanà par le moyen de ceux de Trêves.

Ucmi donc defvoir lui enlever ces resxwKfSf avant de l'attaquer» de peur fneœ sachant où trouver un asile, il D'aibt se cacher en Gueidre, ou se jeter eatie les bras des peuples du Rhin . A|rà avoir prisée parti » il envoya fous les bagages de l'armée à Labiénus dans kpays de Trêves» sous l'escorte de dem légions» et marcha suivi des cinq M(ns contre ceux de Guddre» qui»

D'ajaat point de troupes à lui opposer» X retirèrent avec tout ce qu'ils avaient dans leurs bois et dans leurs marais» où ib se croyaient en sArelé.

I S.César partageses troupesavec G. Faillis» un de ses lieutenans » et M. Crasa», son questeur ; ensuite il fit conaniire à la hâie plusieurs ponts» entra dans le pays ennemi par trois endroits» nit le feu partout » et enleva quantité d'hommes et de bestiaux. Par»là il réduisit cette nation à lui demander la faix. Après avoir reçu leurs otages, il leur déclara qu'il les traiterait en enut.

nemis, s'ils donnaient retraite chex eux à Ambiorix ou à ses lieutenans.

Cette aflaire terminée, il laissa dans le pays Comins» seigneur d'Arras, avec de la cavalerie » pour contenir ce peuple dans le devoir, et marcha contre ceux de Trêves.

7. Tandis qu'il était occupé de ces ex« péditions» ceux de Trêves avaient as« semblé un grand nombre de troupes»

tant de cavalerie que d'infanterie, à dessein d*attaquer Labiénus» qui s'étail établi en quartier d'hiver sur leur 1er* ritoire avec une seule légion, lis n'é« taient plus qu'à deux jours de mar« che de son camp, lorsqu'ils apprirent que deux autres légions l'avaient joint pr ordre de César; ce qui les obligea de camper à cinq lieues de là , en attendant le secours des Allemands. Labiénus qui pénétra leur dessein, se flatta de pouvoir tirer avantage de leuc témérité : dans cette vue» il laisse cinq cohortes à la garde de son camp»

prend les vingt-cinq autres avec un corps nombreux de cavalerie, et vint camper à deux mille pas d'eux. Entre les deux camps il y avait une rivière difticile à traverser» parce que les bords en étaient escarpés. Labiénus n'avait nulle intention de la passer» et ne croyait pas non plus que les ennemis voulussent l'entreprendre ; car l'espérance du secours des Allemands augmentait de jour en jour. Dans cette conjecture , il déclara tout haut dans le conseil» que» sur le bruit qui courait de l'approche dos Allemands» il neju« geait pas à propos d'exposer sa |K'r.

sonne ni son armée» et qu'en conséqnence» il décamperait le lendemain à la pointe du jour. Ce discours ne tarda pas à être rapporté aux ennemis; car dans notre csivalerie» presque toute composée de Gaulois» il y en avait quelques-uns qui ne pouvaient oublier

les intérftis de leur nation, ce qui eat fort natarel. La nuit venue, Labiénus assemble ks tribuns ei les oenturions du premier ordre, leur communique 80O dessein, leur recomiiundant de décamper avec plus de confusion et de désordre que les tVomains n'ont coutume de le faire, afin de persuader à l'ennemi que b peur les troublait.

Par ce siratagôme, il donne à sa re» traite un air de fuite. Lagmnde proximité des deux camps fit qu'avant le jour,les6art>aresapprireot par leurs cou* rturs œ qui se passait chez les nôtres. 6* A peine notre arricre-garde étaitelie sortie du camp , que s'encouiageant les uns les autres à ne pas bisser écliapper une proie tant désirée , et à ne pas perdre l'occasion favorable, en attendant le secours des Allemands, les Gaulois se disent qu'il serait honteux pour eux , étant aussi supérieurs en forces, de n'oser attaquer une poignée defuyardsàdemi vaincue par b frayeur, et embarrassée de bagaige, lis passent donc b rivière » résolus de combattre dans un poste fort désavantageux pour eux« Labiénus s'en était douté ; pour ks aicirer tous en deçà de b rivière, il continue de lèindre dans sa marche, d'èice saisi de crainte, ci avance dou« eemeut« Alors s'étant fait préoéd«r de quelques pas par son bagage , et l'ayant établi sur une liauteur^ c Soldats , ditnl à ses troupes, vous avex enfin œ que vous désirez; vous tenez l'ennemi engagé dans un mauvais posée : montiez sous nos ordres oelie même «aiear y qui s'est si souvent signalée son^ ceux de noti-e général; figin-ea^-vous qu'il vous voit, et que voQscombtttteaensa préseiu^e. » Aussitôt il tourne brîrie<x>n» tre les Gaulois, ran^ ses troupes «n bataille, envoie qnelqite cavalerie gar* der le bagage, et met le reste sur ks ailes. AloES bs vOvm pwsiMt 4e

grands cris, lancent lenrs jawlota sur l'ennemi, qui voyant venir eontre lui ^ en bon ordre, ceux qn'il croyait pren« dre b fuite , ne peut pas même soute»

nir leur choc, et s'enfuit dam ses f5réis à b première attaque. Labiémn les poursuivit avec sa cavalerie , en tua on grand nombre, fit beaucoup dû prisonniers, et peu de Joiurs après reeut les soumissions de ce peuple ; car les Allemands qui venaient A son secoum , instruits de sa fuite, se retirèrent chea eux : ceux des parens d'Iiidncioaiaro qui étaient les auteurs de la révoUe, quittèrent bpays pour lesaoeompagnar.

Gingéiorix, comme nous l'avons dit ^ éunt resté toujours fidèle aux Romains, eut le gouvernement de oetié natîott.

9. César s'y étant rendu a son reioiur de Gueidre, résolut , pour deux moUCi particuliers, de passer le Rhin : d'abord , pour punir les Allemands d'avoir donné du seooui-s à ceux de Trêves; ea second lieu, pour 6ter œue retraite k Ambiorix. Dans oe dessein, il fit construire un pont un peu au-dessus 4e l'endfoît oà il avait pi'écédemmoit faic passer ses troupes; et eomoie on att souvenait de la manière dbnt on avait construit le premier, ^ second fot fini en peu de joura, tant les ouvriers y travaillèrent avecardeun U y bissa ms forte garnison du côté decouxde Trêves,, pour empêcher ce peuple de remuer ■$.

ei pssa le fleuve avec le lesle de ae^ légions et de sa cavalerie» Geua de GokKi gne, dont il avait dqà reçu des otages, et qui s'étaient soumis, envoient des députés pour se justifier, et rassuraaft qu'ils n'ont nullement secouru ies pcm?^ pies de Trêves, ni violé leur Coi ; ila&b prienit de les épargner, de ne point les c^mEondre avec ies Alleniabds; queoe aérait punir les innooèns eomme Ie& coupables : ils ayoutent que s'il veat; enooie des ^otages» ibofiîenide hiit

GUI^KHK l>tS CVULIfiS. Lt\. Vi.

Pstr f 'enquête qtte fit César , il

CMnm que cYinient les Suèves qui

mieiH eofoyé le secourt ; il r«çal les

ocnso de ceux ée Gok^ne, et s'in-

fam des pussngQS et des chemins qui

epidiiisaiieiH dans le pays «les Soèves.

tt. Feu de jours apsès, il apprit de

cm de Cologne, que les Suèvet as-

Koèliicm toutes U» troupes dans un

seol endroit, el qu'ils avaient donné

Oidte an rationo de leur dépendance

fenvojrer & leur seeoursde llnranterie

0 de b osYtlerie. Sur eel avis, il se

pMrtoit de vivres, se poote dans tm

Ben favoraMe , et ordonne aux Ubîens

de quitter la eMiipugne, pour se retrrer

du» kl villes , eux , leur bélarl , et

M ce qu'ils |iossédaient. Il espérnit

fn^li qoe la famine, et rincapocîtf^

faSoèves, les pousseraient h la dure

atesrilé du ooœbat : H ordomw en-

«eaux Cbiens d'envoyer parlotft des

fielimrsy pour découvrir ce qui se

paii cliex cesiBartxires. Ils otmêirem ,

et pea après ils lui rapporlèreni , que

«r b nouvelle de f arrivée de l'armée

imme, les Suérves s*éuiîent rerirés

fÊtffàlt rextrémité de leur ptrys nvec

Meifems AtMipes, et celtes de l^urs

Ab; que ll^us cet endrort il y avtiit

•ne km immense, app^ée lu *orêl-

Mûiie, qui o'êtend fort avanl da«is le

py8, «que, comme on mur natuiel,

dk sépare les Cfaérusques des Suèves,

b défendant des incursions les uns des

iities : que les Suèves avaient ré!>olu

fittendre les Romains «i l'antrée de

tflte forftt*

11. Puisque nous en sommes là, il K sera pas hors de propos de parier iti des mœurs des Gauloîs et des Allenaads, et défaire voir les différences fn tftstent entre tes deux nations.

Koo-seulemenl les divers -peuples de In 6mle, les villes, las bourgs et les vil- I^, mais encore ^presque toutes les*^

familli^ se divisent en plusieurs factions , à ta tète desquelles soni ceux qui ont le plus de crédit. Ceux-ci exercent un pouvoir arbitraire; dans les conseils, ils font tout résoudre suivant leur vo* lomé. Il semble que celte constirution politique remonte très-liaut, pour ga« rantir les |)eltts de l'oppression des grands. Car chacun a soin de protéger ceux de son parti , et d'empêcher qu'ils ne soient accablés; sinon il perdrait lui-même toute son influence. Il en est de même pour le gouvernement général de la Gaule , dont toutes les nations sont divisées en deux partis.

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