‹ Bibliotheque militaireChapitre 30 sur 614 · Chacun ayant opiné à son tour · texte numérisé non relu

Chacun ayant opiné à son tour

il fut résolu que les malades» les vieillards» les femmes et les enfans sorti-

raient de la ville» et que l'on tenterait tout avant que de suivre le sentiment de Gritognat; mais qu'on s*y résoudrait» s'il le Cillait» et si le secours tardait trop » plutôt que de se rendre» et d'accepter la paix. Les peuples de l'Auxois qui les avaient reçus dans leur ville furent obligés de l'évacuer avec leurs femmes et leurs enfans» et»

s'étant approchés de nos lignes en versant des larmes» nous conjurèrent instamment de les faire esclaves pour du pain; mais César mit des gardes sur le rempart afin d'empêcher qu'on ne les reçût.

79. Cependant Comius et les autres chefs investis du commandement général arrivent devant Alise avec toute l'armée» et vont se poster sur une hauteur hors de la ville» environ à cinq cents pas de notre camp. Le lendenuiin» toute leur cavalerie descend et couvre cette plaine entière de trois mille pas dont on a parlé» l'infiinterie se tenant cachée sur les hauteurs» à quelque distance de là. Comme de la ville on découvrait toute la campagne»

les assiégés» ayant aperçu le secours»

sortent avec empressement pour s'adresser de mutuelles félicitations» et se réjouir ensemble de leur arrivée. En même temps ils se rangent en bataille sous les murs de la ville» comblent sur-le-champ le fossé de claies et de fascines» et se préparent à une sortie contre nous» et à tout événement.

80. Après avoir placé son armée sur l'une et l'autre ligne de circonvallation et de contrevallation , afin qu'au besoin chacunconnût le poste qu'il devait occuper» et s'y maintint» César fit sortir sa cavalerie pour escarmoucher contre celle desennemis. Detous lescamps on voyait ce qui se passait dans la plaine» parce qu'ils étaient sur des hauteurs; ce qui rendait chaque soldat attentif à examj-

CteAII.

ner quelle serait l'issue de celte escarmouche. Les Gaulois ovdienljeié quelques archers et quelques troupes légères dans leurs escadrons de cavalerie , pour la soutenir si elle pliait « et arrêter l'impétuosité de la nôtre. Ils blessèrent d'abord plusieurs de nos cavaliers»

qui furent contraints de lâcher pied.

Voyant les nôtres pressés por le grand nombre des leurs, les ennemis se crurent assurés de la victoire : dans cette persuasion, tous do concert, et assiégés, et auxiliaires, poussaient de grands cris de joie pour encourager leurs soldats. Comme les doux camps étaient témoins de ce qui se passait, et que les belles actions non plus que les Iftcbes ne pouvaient être cachées , chacun se trouvait aiguillonné par le désir de la gloire et par la craîme de Tignoininie» Le combat s'émit proloiigé environ depuis midi jusqu'au mMcher du soleil , sans qu'il y eût rien d^ décisif I lorsque les Allemands, serrée tous ensemble en un gros escadron , tombent sur les enneffiis et rompent leurs rangs : les ayant mis en fuite, ils enveloppôfent leurs gens de trait et les taillèrent en pièces. Dans les autres quartiers, les nôtres poussèrent aussi les ennemis et les poursuivirent jusqu'à leur camp sans leur donuer le temps de se rallier. Ceux qui avaient fait une sortie de la ville, affligés de cette défaite , et ne comptant presque plus sur la victoire, se renfermèrent dans leurs murailles.

Si , Les Gaulois, n'ayant point paru en' batailla tout le jour suivant, préparèrent pendant ce temps quantité de ^îes, d'échelles, deitroGs; et sortant fers minuit de leur camp en silence, ila se glissèrent jusqu'aux retrancbemens que nous avions vers la plaine :

ensuite, poussant tout d'un coup un grand cri pour avertir les assiégés de

leur présence , ils se mettent à jeter leurs claies, et à coupa de frondes^ de flèches et de pierres, iravaillent à chasser les nôUres du rempart ; en un mol, ils atuquent le camp de tous côtés. Dans le même temps , Verdngô»

torix , qui avait entendu les cris du dehors, donne le signal avec la trompette, et fait sortir les siens de la place. Les autres accourent aux reirauchemens »

dans les postes qui les jours précédens leur avaient été assignés; puis, ils parviennent & épouvanter les Gaulois avec de grosses frondes, de longs bAtons pointus , et des machines propres à lancer des balles de plomb, qu'ils avaient disposés le long des remparts. Nos machines les accablèrent de traits; eioomine l'action se passait dans la nuit, il y eut des deux côtés beaueoup de blessés.

11. Antoine et 0. Trébonius, généraus, chargés de la défensedeoesquariiers-là , tiraient des soldats des forts éloignés, et les envoyaient au secours de nos troupes, partout oà ils les voyaient pressées. 89. Tant que les Gaulois furent éloignés de nos reiranchemens, ils eurent des succès par la multitude de leuis traits; mais quand ils se furent approchés davantage , ou ils s'enferraient dans les chausse -trapes, ou tombant dans nos puits, ils y étaient percés d'outre en outre, ou ils mouraient frappés par les pilum muraux lancés du parapet et des toui-s. Enfin, après bien des blessures reçues de part et d'autre, aucune partie du retranchement n'ayant été emportée , la jour parut , et les ennemis se retirèrent , craignant d'être pris en flanc par quelques sorties faites des quartiers placés sur les hauteurs. Cependant les assiégés , mettiinl en usage tout ce que Yercingétorix avait fait préparer pour une sortie, comblent le premier fossé ; mais, arrêtés trop longtemps dans ceUe opération, ils s'aper-

«GCCIIIB DES 6ADLCB. — UV. VII.

çolTent de la rot mile de leurs compairiolca a\anl d'avoir pu approcher de nos reirancfaemens, et se retirent euxniémci dans la ville, abandonnant leur entreprise.

88. Les Gaulois y se voyant repousses deux fois avec grande perle, délibèrent sur le parti qu'ils doivent prendre. Ils font venir ceux qui connaisseni le pays , et 8*inrornieni de la situation et de la force des reirnnchemens de nos quarliers placés sur les hnuteurs. Versie septentrion, setrouvaitunecollinequ'on n'avait (hi renfermer dans l'enceinte des travaux à cause de sa vaste étendue; la Romains s'étaient donc vus contraints de conduire la ligne lo long du pied de la montagne et sur sa pente, dans on lieu assec désavantageux. G. Antiitias Reginus et C. Caninius Rébilus, kms denxiieulenans de César, gardaient es quartier avec deux légions. Les Atb ennemis, l'ayant fait reconnaître par leurs espions, dirigèrent sur ce point cinquante * cinq mille hommes I choisis parmi toutes les nations qui passaient pour avoir le plus de bravoure ; ils réglèrent secrètement entre eux l'heure de l'attaque et la manière d'y procéder, et convinrent de la commencer vers midi . Ils donnèrent la conduite de ees troupes à Vergasillaunus, Auvergnat, l'un des quatre chers , et parent de Vercingélorix. Vergasillaunus sortit du camp sur les six heures du soir; et, ne se trouvant plus qu'à peu de distiinoe de nos retranche* mens vers le point du jour, il cacha les siens derrière h montagne , et les laissa se reposer de hi fatigue de la nuit. Il se rendit vers midi au quartier dont nous venons de parler; en même tempe la cavalerie ennemie s'avance vers nos postes du côté de la plaine, et lo reste de leurs troupes se montre en bataille à la lèie du camp.

84. Vercingélorix, qui les aperçoit des hauteurs du fort d'Alise, sort avec ses longues perches, ses galeries couvertes, ses faux et tout l'attirail qu'il tSiit préparer pour l'assaut. Lo combat commence à la fois sur tous les points : tout est attaqué; et s'il y a quelque poste qui pnraibse Aiible , c'est là que l'on court. Les Romains ont tant de fortifleations à défendre, qu'il ne leur est pas Ibcile de se porter partout. Ce qui contribuait encore pour beaucoup à effrayer les nôtres pendant l'action ^ c'étaient les cris des Barbares, qui retentissaient derrière eux , et la réflexion qu'ils Taisaient , que leur salut dépendait du courage d'autrui ; car en est souvent plus inquiet d'un péril éloigné que de celui que l'on a sous les yeux.

85. César avait choisi une position d'où il pouvait voir ce qui se passait dans chaque qtmrtier , et ne manquait pas d'envoyer du secours aux endroits qui en avaient besoin. Chacun se dit à lui* même que c'est ici le moment de faire le plus grand effort. Les Gaulois » d'un côté, déses|)èrent de leur salut et de leur indépendance, s'ils ne pouvaient réussir à forcer nos retranchamens ; les Romains , de I autre , se flair lent, s'ils restent victorieux en cette occasion , de voir la fin de leurs tnivaux. Le poste que nous avions le plus de peine à défendre était celui où nous avons dit que Vergasillaunus fut en* voyé; parce que celte petite élévation qui dominait la pente avait un grand avantage. Les uns nous lancent des traits de cette hauteur, d'autres mour tent à l'assaut, couverts de leurs bou* cliers; à tout mument, des troupes Tralclies relèvent celles qui sont fati* guées : la terre qu'ils jettent dans nos reiranchemens leur donne la facilité de les franchir, et lv9 garantit de tous

ctu%.

les pièges que nous avions cachés en terre ; déjà les armes nous manquait, et nos forces s'épuisent.

86. A cette vue. César détache pour nous secourir Labiénus avec six cohortes, et lui ordonne, s'il ne peut pas arrêter les ennemis, de retirer les cohortes à dessein de faire une sortie, lui recommandant de n'en venir là qu'à la dernière extrémité. 11 va lui-môme encourager ce qui reste de soldats, et les exhorter à ne pas céder à la fatigue, leur représentant que Theure et Toccasion étaient venues de couronner tous leurs combats précédens et d'en recueillir le fruit. Les troupes qui étaient dans la place, désespérant de pouvoir forcer les retranchemens de la plaine à cause de leur hauteur, tentent de gravir vers les quartiers que nous avions sur la montagne; et elles y portent tout ce qu'elles avaient préparé pour l'assaut.

Elles délogent à force de traits ceux qui combattaient du haut des tours, se fraient des passages en comblant le fossé avec de la terre et des fascines , et détruisent à coups de faux le rempart et le parapet.

87. D'abord César y envoie le jeune Brutus à la tète de six cohortes ; ensuite, il y fait marcher Fabius, avec sept autres ; enfin , voyant que le combat s'échaulTait de plus en plus, il s'y porte en personne avec le reste de sa réserve. Le combat rétabli et les ennemis repoussés , César se dirige vers le point où il avait envoyé Labiénus. Il tire quatre cohortes du quartier le plus voisin , ordonne à une partie de la cavalerie de le suivre, et à l'autre de tourner la ligne de circonvallation, et d'attaquer les Gaulois en quoue. Quand Labiénus vit que ni le rempart ni le fossé n*a* vaienl pu arrêter les ennemis, il rassemble des quartiers voisins trente-neuf cohortes que le hasard lui présenta , et

envoie informer César du dessein qa*il a pris. César accourt pour se trouver à l'action.

88. Il est reconnu à la couleur des vètemens, dont il avait coutume de se parer un jour de bataille ; et les Gaulois, qui de la hauteur le voient sur la pente avec les escadrons et les cohortes dont il s'était fait suivre, viennent commencer l'attaque. Un grand cri s'élève des deux côtés, il se répèle sur le rempart et dans tous nos ouvrages.

Les nôtres, ayant lancé leurs pilum , mettent 1 epée à la main : en même temps notre cavalerie paraît sur les derrières de l'ennemi, et d'autres cohortes approchent. Les Gaulois l&chent le pied , s'enfuient et rencontrent nos cavaliers qui en font un grand carnage. Sédulius , chef et prince des Limousins, est tué; Vergasillaunus, Auvergnat, est fait prisonnier en fuyant ; soixante et quatorze enseignes militaires sont pris et apportés à César. De ce grand nombre d'ennemis, peu rentrèrent dans leur camp. Ceux de la ville qui virent le massacre et la fuite des leurs perdirent toute espérance de se sauver, et abandonnèrent l'attaque de nos ouvrages. Les Gaulois qui étaient dans le camp, en ayant appris la nouvelle, prennent aussitôt la fuite. Si nos troupes n'avaient pas été fatiguées des travaux du jour , et des perpétuelles attaques auxquelles il leur avait fallu résister, elles auraient pu faire périr toute cette mullituded'ennemis.Vers minuit, notre cavalerie fut envoyée à leur poursuite, atteignit leur arrière-garde, et en tua ou fit prisonnier un grand nombre; le reste des fuyards se réfugie dans leurs cités.

89. Le lendemain, Vercingétorix assemble le conseil, déclare qu'il n'a point entrepris cette guerre pour ses intérêts particuliers, mais pour la li-

GUBRRE DBS GAULES. — UT. VI 11.

beitécommune; que, puisqu'il faut céder an sort , il s'offre à eux comme tic* tîme voionltire, soit que leur intention iifttoa delelivrervivam aux Romains, ou de les apaiser par sa mort. En conséquence, on députe vers César , qui or* donne qu'on remette en son pouvoir les chefs el les armes. Pour faire exé- OBter ces conditions » il se rend luimême dans ses retranchemens à la tête de son camp« Là les généraux ennemis paiaissenl en sa présence. On livre Verdngélorix, et on dépose les armes à ses pieds. A l'exception des Auluuois el des Auvergnats dont Gcsar voulait se servir pour lâcher de reconquérir Tnffeciion de ces deux peuples, le reste des prisonniers fut distribué à chacun de ses soldats, à litre de butin.

90. Ces a£Eiires terminées, il part pour se rendre chez les Autunois qui vinrent se soumettre à lui; les Auvergpals imitèrent cet exemple par Torg^ttiede leurs députés, et lui promirent de bire tout ce qu'il kur ordonnerait.

Il en exige un grand nombre d'otages, rend à ces deux nations environ vingt mille des leurs qu'il avait faits captifs; puis il met ses liions en quartiers d'hiver. Il envoie Labiénus avec deux d'entre elles et toute la cavalerie dans la Fiancfae-Comté, el lui associe H. Sempronîtts Rulilus. G. Fabius el L. Minutius Basilus, à la tèic de deux autres, s'établirent chez les Rhémois , pour empêcher les peuples du Beauvoisis, leurs voisins, de les insulter. G. Antîstius Béginus fut dirigé sur le Nivernais, T. Sextius sur le Berri , et G. Ganinius Rébiius sur le Rouergue, avec chacun une légion. Q. Tullius Gicéron et P. Sulpicius vinrent à Gliâlons-sur- Saône et à Mâcon dans l'Auiunois, afin de pourvoir aux approvisionnemens. Pour lui, il résolut de passer l'hiver à Autun. Le sétiut romain, in-

formé de ces succès par les lettres de César, ordonna vingt jours de prières publiques.

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