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CHAPITRE XXX

CLEARQUE.

Cléarque d'Héraclée, dans le dessein de parvenir à se faire une citadelle dans sa ville, gagea des gens à qui il suggéra de sortir secrètement la nuit, pour voler, butiner, faire injure, blesser. Les habitans indignés de ces violences, démandèrent du setours à Cléarque. Il leur dit qu'il était impossible de contenir ces hommes enragés, à moins de les enfermer de murs.

Ceux d'Héraclée lui en accordèrent la permission. H choisit un canton de la ville, l'entoura de murs, et en fit une citadelle, non pas pour tenir en bride cesméchans, mais pour se procurer à lui-^nême la liberté [d'exerrer toutes sortes d'injustices.

IL Cléarque, devenu tyran d'Héraclée, fit un jour courir le brdit qu'il voulait se retirer avec ses gardes, et rendre au conseil des trois cents le gouvernement de l'état. Ils s'assemblè-

rent an lien ordinaire où ils tenaient leurs séances. Ils étaient dans la disposition de donner de grands éloges à Cléarque, et s'attendaient à rentrer dans la possession de leur ancienne liberté. Cléarque ayant envbonné le lieu de l'assemblée de ses soldats, appela les trois cents par un hérault, les fit tous prendre un à un, et les fit mener dans la citadelle.

III. Cléarque voulant faire périr la plupart des habitans d'Héraclée, enrôla, sans aucun prétexte légitime et dans les ardeurs de la canicule, tous ceux qui étaient au-dessus de seize ans, comme pour aller faire le siège d'Astaque. Quand il fut arrivé auprès de cette ville, il posta les habitans dans un lieu marécageux, où l'air était sans mouvementj et où il y avait beaucoup d'eanx croupies. Il leur ordonna de camper là, d'observer soigneusement les Thraces, et de prendre garde qu'ils ne se montrassent dans ces cantons. Ponr lui, comme s'il eût voulu se charger du plus pénible, qui était d'attaquer la place, il se retira avec les étrangers soudoyés en des lieux hauts, ombragés et arrosés d'eaux vives, et y posa son camp. Il traîna le siège en longueur, jusqu'à ce que les chaleurs et exhalaisons des marais eussent fait périr les habitans d'Héraclée. Quand if s'en fut défait de cette manière, il s'en retourna avec ses troupes soudoyées, et dit que c'était la peste qui lui avait fait perdre tous ces habitans.

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