CHAPITRE XVIL
HÉRACUDB.
Démétrius, après avoir laissé Athènes à la garde d'Héraclide, s'en était allé en Lydie. Les généraux des Athéniens résolurent, dans un conseil secret, de persuader à Jéroclès le Carien, chef des étrangers, d'ouvrir les portes la nuit, et de donner entrée à des sol* dats de l'Attique qui tueraient Héraclide. Cela fut réglé à Hisse, dans le temps qu'on y faisait la cérémonie lustrale des petits mystères ; et les généraux Hipparque et Mnésiéme prirei^t et donnèrent le serment. Mais Jéroclès demeura fidèle à Héraclide, et lui découvrit toute la conspiration. Celui-ci convint avec Jéroclès qu'il laisserait entrer les conjurés la nuit, et qu'à cet effet, on démolirait, pour leur faciliter l'entrée, une partie des portes. On in-
^bk
POLYRN, UV. V.
trodoisil la nuit quatre cent vingt hommes, conduits par Mnésidème, Poly* clés, Callisthène, Théopompe, Satyre, Anétoride, Stbénocrate et Pythioa.
Héraclide fit fondre sur eux deux mille soldats bien armés, qui Les tuèrent tous à mesure qu'ils entraient.
II. Un autre Héraclide, architecte de Tarente , avait promis à Philippe, père de Persée, de brûler lui seul la flotte des Rhodiens. Pour disposer la chose, il sortit de la cour de Philippe, portant sur lui des marques des mauvais traitemens qu'il disait avoir reçus; et s'étant réfugié au pied d'un autel, il prit des branches sacrées à la manière des supplians, et implora la mi* séricorde de la multitude. Il fit tout cela si naturellement, qu'il y eut beaucoup de Macédoniens qui ne purent s'empêcher de dire qu'on avait eu tgrt d'en user avec lui de la sorte. Ensuite il monta sur une barque, et venant à Rhodes, il dit : « Je me réfugie auprès de vous , car c'est à cause de vousmêmes que je suis maltraité et chassé de Philippe. Il voulait vous faire la guerre et je tâchais de l'en empêcher, et pour vous faire voir que je dis la vérité, voilà des lettres'qu'il a écrites aux Cretois pour les exciter à vous attaquer conjointement avec lui. x> Les Rhodiens se laissèrent persuader par ces lettres, et reçurent parmi eux Hé* raclide, comme un homme qui leur rendrait de grands services contre Philippe. Il prit occasion d'un grand vent, et mit le feu la nuit aux arsenaux et aux ateliers des Rhodiens , qui furent tous brûlés avec les galères qui s'y trouvèrent. Pour lui , après avoir fait son coup, il remonta sur une barque, et s'en étant retourné en Macédoine, il tint le premier rang entre les amis de Philippe.