CÉ9AR
en vint conlre lui i ce décret si rare et si extraordinaire, décret hardi, qui ne fut presque jamais porté qu'à l'extrémité, dans les plus grands troubles de l'état 9 et lorsque son salut semblait entièrement désespéré ; savoir : « Que les consuk, les préteurs, les tribuns du peuple et les proconsuls veillent à ce que la république n'éprouve aucun dommage. » Ce décret fut porté le 7 janvier. Ainsi , dans les cinq premiers jours du consulat de Lentulus, où le sénat put s'assembler, il y en eut deux employés à l'élection des magistrats , et le reste à fiiire des décrets contre l'autorité de César, et à sévir avec hauteur et dureté conlre les tribuns du peuple, personnages respectables à tous éganis.
Les tribuns sortent aussitôt de la ville er se retirent auprès de César. Il était alors à Ravenne, où il Attendait qu'on répondit à ses demandes réitérées, et que son affaire se termin&t paisiblement, par l'intermédiaire de pei-sonnes équitables.
6. Les jours suivans, le sénat se tint hors de Rome. Pompée y représenta tout ce q'ue Scipion avait dit de sa part, loua le courage et la fermeté des sénateurs, rendit compte du nombre de se»
forces, dit qu'il avait dix légions toutes prêtes à le servir; qu'il savait d'ailleurs que les troupes n'étaient pas bien intentionnées pour César, et qu'on ne pouvait leur persuader de le secourir et de le suivre. Ensuite , on délibéra sur les mesures qu'il y avait à prendre i en conséquence on résolut de faire des levées dans toute l'Italie, d'envoyer Faustus Sylla en Alauritanie avec le titre de propréteur, et de tirer pour Pompée de l'argent du trésor public.
On parla aussi de déclarer le roi Juba allié et ami du peuple romain. Marcellus combattit cette dernière mesure , et Philippe, tribun du peuple» celle qui
r^rdait Faustus. On publia des décrets sur le reste. On donna des gouvernemens de province à des particuïiefs. Il y en avait deux consulaires; les autres étaient prétoriens : Scipion eiit Ja Syrie , L. Domitius la Gaule. Philippe et Haroellus furent oubliés à dessein , et l'on ne tira pas au sort pour eux. On envoya des préteurs dans les autres provinces; et ils partirent sans attendre , ce qui s'était iait les années précédentes, que le peuple eût ratifié leur élection , sans être revêtus de leur costume guerrier, et sans avoir rempli les vœux d'usage. Les consuls sortent de la ville, ce qui n'était encore jamais arrivé; et des particuliers se font précéder de licteurs dans Rome et au Cipitole, exemple inoui jusqu'alors. On fait des levées par toute l'Italie, on exige des armes et de Targent des villes munidpales , on en tire des temples ; en un mot, on confond tous les droits divins et humains.
7. César, instruit decesévénemens, harangue ses troupes; leur rappelle les insultes qu'il a reçues, dans tous les temps, de ses ennemis, lesquels, par leurs intrigues jalouses et calomnieuses» avaient aliéné de lui le cœur de Pompée, à la gloire et à l'élévation duquel il avait toujours applaudi et contribué. 11 se plaint qu'on ait introduit dans fa république une nouveauté aussi extraordinaire que celle de censurer et d'empêcher , par les armes , le droit d'opposition que possèdent les tribuns, et qui leur avait été rendu les années précédentes. Sylla même, quoiqu'il eût dépouillé ce corps de tout son crédit , lui avait laissé ce privih^e : tandis que Pompée, qui passait pour lui avoir restitué les prérc^atives qu'il avait perdues, lui était même celles qu'il exerçait auparavant. Il ajouta que toui^ les fois qu'on avait donné ordre aux
GLERRE CIVILS. •— LIY. 1.
migNitttt d6 veiller m «ilut de la répoUiqM, œ qui était un ordre pcÀir k pwple roviaÎD de prendre les armes, ce n'znii élé que dans le deuein de i*qipo6er à des lob pernideiisas, poor lipriner la violence des iribttaa, queU twgnadeiédition , el quand on s'élai l eaparé des temples et des lieux forti* iâ; el que ces exemples des siècles fnmaiaient été expiés par la mort des GacqMB ei de Salurninus; que, pour kfnMl» il n'avait été fait ni pensé m de pareil ; que l'on n'avait publié anse loi, fait aucune oniperture au fosfkf fomenté nulle dÎTision. Il les ednrteadéfendre, contre les entreprises icseseDoemis, l'iKmneur et la dignité f sa général sous la conduite duquel ibom pendant neuf ans, avec tant de iMhearetde glrâre, servi la républifM, remporté tant de victoires, sou- ■b b Gaule et rAllemagne. k ces faoon, les soldats de la ireiiiùme K|ioQqai étaient présens, et qu'il atait bk tenir auprès de lui, dès le corn- Maeement de oea troubles ( les autres a'édat point encore arrivés) , s'écriènatloot d'une voix, qu'ils étaient prêts àiMieair l'bonneur de leur chef et la digmiédes tribuns du peuple.
t. Sir cette assurance de leurs bonws dispositions, il part pour Rimini if€C cette légion , et y rencontre les trilua qui venaient se jeter entre ses ^ : ensuite il fait sortir ses autres '900a de leur quartier d'hiver, et leur ^^nkttne de le suivre. Le jeune César , ^ le père était son lieutenant, l'y ^ trouver , lui rend compte des rai- ^qui l'avaient attiré auprès de lui , ^ Itti dit ensuite que Pompée l'avait ^vgé d'une commission porticulière , fû était de l'excuser, cl de le prier de ^ point lui vouloir de mal de ce qu'il ^^ fait en favevr de la république ; ¥i avait toujours sacrifié ses liaisons
particulières au bien général ; qu'il était aussi du devoir, de la dignité de César d'immoler ses inimitiés et ses ressenti^ mens à l'intérêt de l'état, et de n'être pas tellement irrité contre ses ennemis, qu'en voulant leur nuire, il nuisit à la république, il ojouta encore quelques mots pour la justification de Pompée.
Le préleur Rostius lui parle à peu près dans les mênoes termes, et l'assure qu'il est l'organe des seniimens de Pompée.
9. Quoique César ne trouv&t point ces discours capables de réparer les atteintes qu'on avait portées à sa gloire, néanmoins, croyant ces deux hommes propres à se chai^r auprès de Pompée de sa réponse, il les pria l'un l'autre, puisque Pompée s'élait servi d'eux , de vouloir bien aussi lui rendre compte de ce qu'il souhaitait, afin devoir si Ton ne pourrait pas terminer ces différends à l'amiable, et délivrer toute Tlialie de la crainte d'une guerre civile. Qu'ils pouvaient l'assurer de sa part , que les intérêts de la république lui avaient toujours élé plus chers que sa propre existence; qu'il avait vu, avec douleur, ses ennemis lui chercher querelle pour le priver des bienfaits du peuple romain, et lui retrancher les derniers six mois de son gouvernement, pour le faire revenir à Rome solliciter le con* sulat , quoiqite le peuple eût ordonné que l'on eût égard à lui dans son absence; que cependant, par considération pour hi république, il avait souffert patiemment le tort qu'on lui avait fait en agissant ainsi ; qu'il avait pro* posé par lettres au sénat que tous li* cenciassent leurs armées, sans avoir pu l'obtenir; qu'il savait que Ton faisait des levées dans toute l'Italie; qu'on lui avait ôié deux légions sous prétexte de la guerre des Parthes; que tout l'état était en armes; que de tels préparalib n'avaient ponr but que sa perte; que
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néaDinoius il élail |iicl a tout faire et à looljouffrir pour ramoiir île la république. Que Pompée se relire dans sesgouverneiuens» ajouta-l-il; que les troupes soient licenciées; que l'iialie entière dépose les armes; que Rome soit délivrée de ce qu'elle croit avoir à craindre; qu'on laisse les comices libres, et la république à la disposition du peuple et du sénat; que pour y réussir plus facilement et avec plus de sûreté, chacun de nous s'engage par serment; qu'ensuite Pompée s avance vers moi y ou qu*il souffre que j'aille le trouver : tous ces démêlés se termineront par une entrevue.
lO.Kosciuset lejeunc César se rendirent à Capoue ^ chargés de ces propos!lions;ilsy trouvèrent Icsconsuls et Pompée» auxquels ils firent le rapport des demandes de César. En ayant délibéré, ils les renvoyèrent porter le résultat de leurconférence, qui étaitque CésarBortit de Rimini , retouinât dans la Gaule , et licenciât son armée; qu'à cescondiiions Pompée se retirerait en Espagne; que cependant on ne discontinuerait point les levées que César n'eût donné des assurances d'exécuter ce qu'on exigeait de lui.
11. Il était injuste d'exiger que César sortit de Rimini , et qu'il retournât dans la Gaule , t;mdisque Pompée demeuremit maitre des provinces et des troupes d'aulrui; que César licenciât son armée pendant qu'on faisait des levées; de promettre que Pompée se retirerait en Espagne » sans en marquer le temps et le jour précis; de sorte que s'il restait en Italie jusqu'à la fin du consulat de César» il ne fausserait ni sa parole ni son serment. Enfin» ne fixer aucune époque pour une entrevue, et no jias promettre de s'approdier» c'était 6ler toute espérance d'accoumiodemeiu. César fait donc sortir
M. Antoine de Rimini, et Tenvoiesur Arezzo avec cinq cohortes; pour lui» il reste à Rimini avec deux légions» et conunenoe à y faire des recrues. Pendant son séjour en ce lieu »' il s'empara de Pésaro» de Fsino et d'Ancône» et laissa une cohorte dans chacune de ces places.
12. Ayant ensuite appris que le pré* teur Tliermus s'était jeté dans Ugubio avec cinq cohortes» qu'il la faisait fortifier » mais que tous les habitans étaient bien intentionnés ix>ur lui, il y envoya Curion avec trois cohortes qu'il tira de Pésaro et de Rimini. Averti de son arrivée, Tbermus» qui se défiait des habitans, relire ses cohorti*s et quitte la ville : en chemin» ses soldats Tabandonnent et s'en retournent chacun chez eux. Curion s'empare d'Ugubio» à la grande satisfaction de tous.
Ce succès fit connaître à César que les peuples étaient portés pour lui : dans celte confiance » il tire de garnison les cohortes de la treizième l^ion » et part pour Osimo» où Attius s'était jeté avec quelques cohortes » et d'où il faisait des levées dans toute la Marche d'Ancône»
par le moyen des sénateurs qu'il y avait envoyés.
15. Au bruit de l'approclie de César, les décurions d 'Osimo se rendent en foule auprès d'Auius Varus» et lui représentent qu'il ne leur appartient point de décider de la querelle présente; mais que ni eux ni leursconcitoyens tie peuvent souffrir que l'on ferme les portes de la ville à César qui avait fait d'aussi belles actions, et rendu d'aussi grands services à la république; qu'il devait donc songer de bonne heure à sa sûreté et à sa réputation. Attius fut si frappé de ce discours , que sur-le-champ il fit sortir la garnison qu'il avait introduite dans la ville » et se sauva. Mais quelques troupes d« ravaiit-gard^dc César te
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pomsuivireot » robUgèreni des'arr^er, et , en étant venus aux mains » tous lo siens Tabandonnèfent : les uns se ictiwrent eliex eux ; le reste vint joinite César, el lui amena L. Pupius, eoMorion primipilaire qui avait servi «fans la même qualité sous Pompée.
Césir, nprès avoir donné aux solifals d'Altius les éloges qu'ils méri* isioii, renvoya Pupius, remercia les kabitans d'Osimo, et les assura qu'il tt souviendrait du service qu'ils lui inieni rendu.
14. Celte nouvelle alarma tellement Rome, que le consul Lentulus, qui s'y UiNivait alors pour couvrir le trésor pukiic, et en tirer l'aident qui devait être remis à Pompée, selon le décret du sénat , s'enfuit de la ville dès qu'on l'eut ouvert; parce qu'il courut un Taux brait que César allait arriver , et que sa I cavalerie avait déjà paru. Marcellus, soo collègue y et la pluprl des magistiats^ne tardèrent pas à le suivre.
Pompée était parti le jour précédent , poor aller joindre les deux légions que Gésir lui nvait envoyées, et qu'il avait mises en quartier dans la Pouille. On SQspendit les levées qui se Taisaient à Honie, et fiersonne ne se crut en sûreté ea deçà de Capoue. Enfin on commença dsbs cette ville à se rassurer et à se réunir; et l'on s'y occupa d'enrôler les psriiculiers de la colonie romaine» laquelle y avait été conduite en consé* qneoce de b loi iulia. Lentulus, ayant bk assembler sur la place des gladialoirs que César entretenait dans celte lillepourdes jeux, leur donna la liberté, des chevaux, et leur commanda de le saivre. Mais sur l'avis qu'il teçiw des siens, que ce qu'il faisait à Ti^arddeces ghdiateurs était blûnié de lout le monde, il les distribua dans les villes voisines de laCampanie, pour les garder.