‹ Bibliotheque militaireChapitre 450 sur 614 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

APOLLODORB.

Apollodore de Cassandrie fut accusé d'avoir aspiré à la tyrannie. Il parut en public, habillé de noir , et mena avec lui sa femme et ses filles vêtues de même, et tenant en main les rameaux d'olivier entortillés de laine, à la manière ordinaire des supplians, il s'abandonna à toute la rigueur des juges. Ils furent émus de compassion, et le renvoyèrent absous. Mais peu dé temps après, Apollodore se fit tyran de Cassandrie, et n'épargna pas même les juges qui lui avaient fait grâce. Il disait qu'il était redevable de son salut à son adresse, plutôt qu'à leur humanité.

IL Pendant qu' Apollodore n'était que ministre d'état des Cassandriens,

POLYBN, UV. VI.

il affectait dans tous ses discours et dans toate sa conduite, de paraître ennemi juré des tyrans et de la tyrannie. Ce fut lui qui fut auteur dû décret donné contre le tyran Lacharès, pour le chasser du pays, parce qu'il établissait des liaisons avec le roi Antiochus, pour se rendre maître de Cassandrie.

Il s'opposa au décret par lequel Théodore voulait qu'on lui donnât des gardes pour sa sûreté. De plus, il institua une fête publique à l'honneur d'Eurydice, qui avait donné la liberté aux Cassandriens, et l'appela de son nom Eurydicie. Il donna des lois aux soldats qui sortaient du fort» et leur distribua des héritages dans la Pallène , afin qu'ils se.rendissent les gardiens de la liberté publique. Enfin, dans lesre^ pas, on l'entendait souvent dire qu'il n'y avait rien de plus cruel et de plus malheureux que la tyrannie. Ayant ainsi trompé tout le monde et acquis la réputation d'homme populaire, il souleva les esclaves et les artisans, et ayant enlevé un jeune enfant appelé Callimèle, il le sacrifia et donna son corps à accommoder au cuisinier Léontomène. Il fit servir les intestins de l'enfant aux conjurés à souper, et après leur en avoir fait boire le sang, mêlé avec du vin rouge , il leyr montra le cadavre, pour s'assurer de leur persévérance dans l'entreprise, par cette société d'abomination. Ce fut avec le secours de ces gens qu'il se déclara tyran; et il fut le plus cruel et le plus sanguinaire de tous ceux qui ont porté cette qualité parmi les Grecs, et même parmi les Barbares.

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