LIVRE SECOND
Continuation de siëgc de Marseille. ^ Sonniisston de toute rE»pagne. — Reddition de Marseille. — Défaite de Cvrion en Afrique.
An avant J. C 49 , de Rome €o6.
i . Pendantqueces événemensavaient lieu en Espagne, G. Trébonius , lieutenant que César avait laissé au siège de Marseille , Tassaillit sur deux points» et fit ses approches avec des mantelets et des tours. Il avait dressé Tune de ses attaques dans le voisinage du port el de l'arsenal pour les vaisseaux ; l'autre vers Tembouchure du Rhône au trajet que Ton Trancbit en venant de la Gaule et de TEspagne, pour se rendre à cette mer qui en est voisine : car Marseille est baignée par la mer presque de tiois côtés y et ce n'est que par le quatrième qu'on peut y entrer pur terre : une partie même de ce côté » qui touche à la citadelle» est très-Torte, tant à cause de sa situation que d'une vallée profonde qui en rend le siège fort long et fort difficilo. Pour terminer promptement ces travaux» G. Trébonius avait fait venir de toute la province un grand nombre d'hommes» de chevaux» quantité de bois et d'osier» dont il construisit une terrasse de quatre-vingts pieds de haut*
2. Mais depuis loiig*temps on avait si bien pourvu cette ville de tout pour la guerre» et l'on s'y était muni de tant de machines » qu'il n'existait point de mantelets d'osier qui pussent résis* ter à leur eflbrt. Leurs balistes lan»
çaient des poutrelles de douze pieds de long garnies de pointes de fer par le bout, lesquelles perçaient quatre, rangs
CÉSAR
de claies, et enlraient encore assez avant en lerre. On fui donc obligé de couvrir les galeries de pièces de bois d'un pied d'épaisseur, h Tabri desquelles on se donnait de nnain en main ce qui était nécessaire pour la construction de la terrasse. Aûn de niveler l« terrain , on faisait précéder une tortue de soixante pieds de longueur , composée de même d'un bois lrès4brt, et enveloppée de ce qui pouvait la garantir des flammes et des pierres. Malgré ces précautions, la grandeur des ouvragés, la hauteur des tours et des murailles de la ville , ie grand nombi^ de machines des assiégés retardaient les travaux. Les monlagnairds faisaient de plus de fréquentes (NNiies, ei venaient mettre ie feu à nos tours et à notre terrasse; mais nos soldats Téteignaient aisément, après avoir fait périr plusieurs de ces montagnards, et lesrepoiissaient jusque dans la ville.
5. Cependant L. Nasidius que Pompée envoyait au secours de L. Domitius et des Marseillais avec seize vaisseaux , dotK qnelqttes-ans avaient la proue armée d*airain , passa le détroit de Sicile sam que Gurîon en fttt informé et s'y attendu. Abordé à Messine, il y répandit une telle épouvante, que les chefs et le aénat de la ville, ayant pris la fuite, lui donnèrent moyen d'enlever une galère de l'arsenal. 11 la joignit à ses autres liavifes , et prit sa route vers Marseille^ après avoir envoyé secrètement une pe- Itfe barque donner avis de son arrivée à Demitios et aux Marseillais, les exhortant fortement à tenter un second combat rmvsal contre Brutus, avec le secotirs «fu'il leur amenait.
4. Depuis leur première défaite , les Marseillais auraient tiré de leur arsenal le même nombre de galères que la première fois, les avaient radoubées et armées avec une très-grande adresse.
9» y- avaient embarqué une foule de
braves rameurs et dliabties pilotes ; y ajoutant des barques de pécheurs, gîirnies de parapets pour mettre les rameurs à couvert du trait ; ces mêmes barques étaient remplies d'archers et de machines. Leur flotte ainsi équipée, et encouragés par les prièreset les larmes des vieillards, des mères de famille el des jeunes filles qui les conjuraient de secourir leur patrie dans cette extrémité, ils s'embarquent avec autant de résolution et d'assurance que la première fois : car les hommes sont si faibles, que tout ce qu'ils n'ont jamais vu , on qui leur parait extraordinaire et nouveau , produit toujours en eux l'excès de la confiance ou de Teffroi. Ce fut ce qui eut alors lieu : car l'arrivée de Nasidius avait rempli tous les cœurs des espérances les plus flatteuses, et de la meilleure volonté. Dans ces dispositions, le vent s'étant trouvé favorable» ils mirent à la voile, et se rendirent à Toulon y château fort appartenant aux Marseilhis , où ils s'unirent à Nasidius. Là ils se communiquent leurs desseins, rangent leur flotte en bataille, et se fortifient dans la résolution de combattre. Les Marseillais eurent l'aile droite, et Nasidius la gauche.
5: firutus vient à leur rencontre avec sa floue, augmentée de plusieurs vaisseaux : car sans compter les galères que César avait fait construire par ceux d'Arles , il eut soin d'y joindre les six qu'il avait enlevées aux Marseillais; il les avait peu auparavant réparées et pourvues de tout. Après donc avoir exhorté les eiens h mépriser un ennemi affaibli, dont ils s'étaient déjà montrés vainqueurs lorsqu'il disposait de toutes ses forces, il marche contre eux plein d'espérance et de résolution.
Il était facile , du camp de Trêbonius et des hauteurs, de découvrir dans la ville : on y voyait toute la Jeunesse qu'on y