FABIUS
Dans la guerre contre Annibal, on parlait désavantagensementde Fabius, parce qu'il évitait d'en venir aux mains. Son fils l'exhortait à se laver de cette tache prétendue. Il fit examiner à son fils chaque partie de l'armée, et lui faisant remarquer les endroits faibles, il lui dit : <t Est-il à propos, à ton avis, de mettre tout au hasard? Il est rare que toute l'armée combatte, et quelquefois il arrive qu'elle est vaincue par l'endroit on sont les meilleurs soldats. Si Ton veut m'en croire, on n'en viendra point aux mains ; on se contentera de suivre les ennemis, de tenir les.
hauteurs, et de détacher les villes de leurs intérêts. » Ces discours et cette pratique le firent passer dans le temps pour un homme timide : mais quand on eut vu dans la suite que les autres généraux avaient perdu des armées considérables , les Romains eurent recours de nouveau à Fabius et à sa conduite ; il fut fait dictateur, et surnommé Maximâ, c'est-à-dire, très grand.
IL Fabius fut surnommé Maxime, c'est-à-dire, très grand, et Scipion eut le surnom de grand. Scipion en fut
piqué de jalousie, et ne put s'empftcher de dire à Fabius : <t On t'appelle très grand pour avoir conservé les trou* pes ; et moi qui ai vaincu Annibal en face, on ne m'appelle que le grand. »
Fabius lui répondit : a Si je ne t'avais pas conservé les soldats, tu n'aurais pas eu l'honneur de combattre et de vaincre Annibal. »
in. Fabius prit par adresse la ville de Tarente, quoique soutenue par Annibal. Il y avait dans l'armée de Fabius un soldat qui était de Tarente. Il avait dans la ville une sœur très belle* dont était amoureux Abrence, à qui Anmbal avait confié la garde des murs de Tarente. Fabius, instruit de cette intrigue, envoya le soldat ttf entin voir sa sœur. Par le moyen de la maltressoi le frère se rendit ami du galant, et l'attira dans les interôts des Romains, jusque-là qu' Abrence ayant fait ses conditions, enseigna un endroit des murs par où l'attaque serait aisée. Fabius y fit présenter des échelles, monta sur le mur, et prit la ville d'assaut. En cela il fut d'autant plus admiré de tout le monde, qu'il avait employé l'artifice pour vaincre Annibal, qui n'était redevable qu'aux trcmperies et qu'à la ruse de la friiupart de ses victoires.