RELATIVES AUX
i ARTISTES-MUSICIENS. (1)
GRÉTRY. Né à Liège, le ii février 1741, mort à' Montmorency , le 24 septembre 181 3.
Dans la ville de bruit, d'industrie et d'orage,
O Grétry, ta musique est comme un frais bocage.
Qu'un autre dans son art porte, fier conquérant,
Les délires du beau, les tempêtes du grand ;
Toi, c'est comme l'oiseau que ta chanson s'épanche : —
L'orchestre printanier des doux nids sous la branche,
De l'alouette au ciel, le vol mélodieux,
Du soleil et des Heurs le réveil radieux.
Le souris qui s'échange, à l'aurore éphémère.
De la nature aux cieux, de l'enfant à sa mère.
De l'abeille aux parfums, et des cœurs à l'espoir ;
Et puis, dominant tout, dans la paix d'un beau soir.
Le rossignol ému dont la mâle éloquence
Jette ses perles d'or dans l'urne du silence.
Lui qui ne veut chanter, sublime troubadour,
Que l'astre du printemps et l'heure de l'amour :
Quel concert ! — c'est le tien ! L'hymne de la nature
Jamais ne s'éleva plus douce, ni plus pure :
La gaîté, la jeunesse, anges aux cheveux bruns.
Dansent ; la grâce éclôt dans son nid de parfums ;
L'amitié trinque et rit ; sout l'émoi qui l'entraîne.
(1) Nous avons déjà publié des poésies dans nos ouvrages : Histoire de l'orgue. Documents historiques et le Panthéon musical populaire.
Comme un ruisseau de miel, coule la voix humaine ; L'archet devient une âme, et le cœur a chanté L'amour, dans sa candeur et dans sa vérité ! Alors, ô maestro, la voix intérieure S'éveille et te répond, et la vie est meilleure ; On croit au dévouement, à l'amour, à la foi ; Avec toi Ton s'émeut, et Ton chante avec toi : « Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ? » Mais, au feu du génie, un vaste horizon brille, Les sentiments n'ont rien d'étroit : à ce doux chœur. L'amour de la patrie exalte notre cœur. On sent mieux le lien des êtres sur la terre, La famille s'étend et tout homme est un frère, Et par ta mélodie, on se sent transporté Au sein de la nature et de l'humanité !
Charles Potvin.
Couplet chanté le y Septembre 1828, pour le vaudeville représenté à Liège en Vhonneur de Grétry, par M. Philippe, acteur à Bruxelles (i) :
Dieu des beaux-arts, sublime intelligence,
Viens m'échaufifer d'un regard, protecteur.
Inspire-moi ta divine éloquence.
D'un te tes fils je chante la grandeur.
Grétry n'est plus ; mais quand de son génie
Un peuple entier se montre enorgueilli,
Au pur encens offert par sa patrie.
Du haut des cieux, son art a tressailli.
Grétry n'est plus I mais grand comme le monde.
Son souvenir le remplit tout entier !
Ah ! des accents de sa lyre féconde
Que n'a-t-il pu laisser un héritier !
Comme il savait sur son luth qui m'enflamme,
Chanter l'honneur, l'amour et les exploits !
Les sentiments qui remplissaient son âme
(1) Premier comique du Théâtre des Nouveautés de Paris, de passage au Théâtre du Parc.
En traits de feu s'échappaient de ses doigts ! Comme il chantait d'une grâce touchante, Lisbeth nous offre un modèle charmant Dans Aucassin sa musique est piquante Parlante elle est dans le Tableau parlant. YfAnacréon la douce poésie Dans ses accords revit sans perdre rien, Vif et léger dans la Fausse Magie Son luth savant est un vrai magicien, Quand de Midas il nous peint la sottise N'entend-on pas la lyre d'Apollon î Quand de Zémire il montre la surprise.
Ses chants divins charmeraient un Huron. Notre cœur bat et notre âme s'élève Au dévouement du généreux Blondel, Et dans l'extase, on croit tenir un glaive En écoutant les fiers accents de Tell, Ah I s'il fallait, parmi toutes ses pièces Qu'on fit un choix, le pourrait-on jamais ? C'est bien ici V Embarras des richesses. Sans préférence, amis, admirons les.
Enivrons-nous des fruits de son génie.
Jusqu'aux cieux proclamons tous son nom, Dans l'univers comme dans sa patrie, Qu'il soit partout 1' Ami de la maison.
Autre :
Oui mes amis, cessons tous de pleurer.
Un nouveau sentiment nous doit tous inspirer ; Que ces lieux soient pour lui le templede Mémoire, Et dans nos cœurs, surtout, lui dressant des autels. Chantons, en le voyant, entouré de sa gloire,
Prendre sa place enfin parmi les immortels,
( Vers lus par Gavaudan à la représentation en F honneur de ce maître à Paris, à V Opéra-Comique en i8i3.J
Autre
De ce chantre célèbre orgueil de Tharmonie, La Lyre offrit à Fart des chefs-d'œuvre divers ; Et Thémis, disputant son cœur à sa Patrie Voulait qu'un si grand legs fut à tout TUnivers.
(Sous son portrait.)