SEP
ce qu'il y a de plus indispensable dans la pratique de la vertu, mais encore à ce que la vertu a de plus épuré dans se^ motifs , de plus relevé dans ses opérations , de plus héroïque dans tout ce qu'elle peut avoir, ou à livrer, ou à soutenir les combats ; ce ne seront plus ces libertés indiscrètes que je me donne quelquefois de passer par-dessus bien des choses, pourvu que je n'en vienne pas à une entière rupture avec mon divin époux ; ce ne seront plus ces prétextes indignes dont je tâche de me couvrir pour accommoder ma conscience à mes désii's , et la faire entrer , non pas dans ce qu'exigera mon avancement , mais dans ce qui est conforme à mon inclination et mon penchant ; ce ne seront plus ces vues bassesetterrestresqui gâtent tout ce que je pourrais faire de bon ; ces vaines ostentations, qui de temps en temps me font donner aux hommes ce qui n'est dû qu'à Dieu ; ces retours flatteurs sur moi-même , qui , par les complaisances secrètes qu'ils m'inspirent pour mes œuvres , m'en font perdre le mérite; Dieu me regarde , ce sera Dieu seul que je regarderai; mes yeux seront attachés aux siens, je ne suivrai d'autre impression que celle qu'ils jugeront à propos de me donner : dans quelque situation que je me trouve , à quelque contradiction que je me voie exposé, quoi que j'aie à entreprendre ou à exécuter, ce sera toujours vers ces yeux divins;
SER jue je me tournerai , ces yeux livins que je consulterai, et que e suivrai avec tant d'exactiude , qu'ils régleront toute ma :onduite et tous mes pas.
C'est Dieu lui-même qui nous ournit ce moyen de perfection :
Vlarcliez devant moi , disait-il i Abraham , marchez devant moi , et vous serez parfait : Ambula coràm we, et esto perfeciiis. Moyen que tous les maîtres ie la vie spirituelle, fondés sur la parole de Dieu , regardent comme le fondement et la base de la perfection ; ils sont sûrs de porter la vertu partout où ils peuvent porter une vive idée de la présence de Dieu; Dieu vous voit , Dieu est dans vous , vous êtes dans lui, dès lors il n'est point de tentation dont on ne triomphe , point d'occasion qu'on ne fuie , point de vertu qu'on ne pratique ; parce qu'on ne peut pas croire Dieu présent sans sentir ce qu'on lui doit , ni sentir ce qu'on lui doit sans se faire un mérite et une gloire de le lui accorder ; moyen dont tous les saints se sont servis si avantageusement pour eux , qu'ils lui ont attribué tous leurs progrès dans sa vertu : J'avais toujours Dieu devant les yeux , disait le roi David, et devant ce Dieu , si je soupirais , c'était après lui-, si ma langue se déliait, c'était pour chanter ses louanges; ma chair elle-même et mes os entraient en part de ce que je lui devais , et annonçaient en leur manière sa magnificence et sa gloire. L'apôtre
avait toujours Dieu devant les yeux, et là il apprenait à manquer de tout sans se plaindre ; à tout souffrir et à se réjouir dans ses souffrances; à se faire anathème pour ses frères ; à braver la fureur des tyrans : et pour tout dire . en un mot , à faire tellement vivre Jésus - Christ dans lui , qu'il ne vivait luimême que pour Jésus-Christ :
Ambula coràm me , et esto perfectus.
Moyen que je vous propose moi-même en finissant , et que je vous conjure de vous rendre si familier, que vous rappeliez à tout moment le Dieu devant qui vous vivez ; rappelez-le dans toutes vos actions , afin que vous ne fassiez rien qu'en son nom , dans toutes vos entreprises , afin que vous les régliez toutes sur ses maximes ; dans tous vos dangers , afin que vous cherchiez dans lui tout votre secours :
qu'un esprit dissipé et emporté par sespensées mondainescourre après tous les différens objets qui le flattent, il en faudra toujours revenir à ce point essentiel : Dieu m'est présent, il est donc en droit d'exiger partout que j'aie pour sa divine présence tout le respect et les égards que je lui dois; partout Dieu agit avec moi, il est donc en droit d'exiger partout, que puisqu'il veut entrer avec moi en société d'action, j'entre avec lui en société de sentimens et de pensées. Dieu me voit partout , il est donc en droit d'exiger partout que j'aie les yeux sur lui
4io SFR
autant qu'il les a sur moi , et que les miens regardent les choses avec les mêmes sentimens de complaisance ou d'horreur que les siens les regardent : c'est ainsi que Dieu attend que vous viviez dans lui et pour lui , jusqu'à ce qu'il vous fasse vivre éternellement avec lui. (Le père Dufay , avent , t. 4- )