SER SIOU 39I
conslitul te super gcntes et super davantage; et Aniioclie devient régna. Après avoir répandu la le premier siège de l'Église chrélumière sur la maison de Jacob , tienne.
il la porta aux nations étrange- De là, messieurs, comme du res; il la fit passer au milieu de centre delà foi, saint Pierre dula genlilité et parmi l'idolà- rant de longues années commutrie; et il la communiqua aux niqua^ aux fidèles ses secours: provinces et aux royaumes: TJt comment? en se partageant a e^-ellas et deslruns ; il arraclia , tous , comme le cœur distribue il renversa : El disperdas et dis- le sang à tous lis membres, et sipes ; il détruisit, il dissipa : Et fournit avec mesure à tous leurs crdifces et pLinics; il IfRlit et il Ix-soins. De là, comme de l'ora- ])lanta : Ego rpnppe dedi te re- cle , partirent les réponses, les gibus ^ fjrincifjiùus et sacerdoli- résolutions, les décisions. Tanbus , et populo terrce. Il se fit tôt il défend, ot tantôt il orentendre aux princes etaux rois; donne : tantôt il bénit, et tanil consacra des ministres aux tôt il condamne; tantôt il enautels ; les prêtres et le peuple , voie, et tantôt il rappelle : tantôt tout fut soumis, tout reçut sa il reçoit les brebis timides et parole, et adora son pouvoir. errantes qui accourent au ber- Que dis-je, dont les faits ne cail.et tantôt il les va chercber; soient pas incontestables? Cor- il visite les églises, il consacre neille le Centenier, cet homme di s ministres, il établit des rejuste , fut le premier d'entre les glemens; toujours avec l'indulgenlils qui reçut avec sa famille gence d'un pasteur qui sait lemla sainte loi; et cette religieuse pérer la force par une douceur maison fut le modèle de ce qui condescendante; toujours avec devait bientôt arriver aux em- la prudence d'un père qui ne pires même par les soins et le sait rien relâciier du devoir par ministère de saint Pierre. Il en- une complaisance trop molle ; tre dans le Pont et la Galatie , toujours avec l'équité d'un juge il y fait entrer l'Évangile de Je- éclairé, et qui voit tout égal, et sus-ClirisL 11 traverse la Cappa- qui n'écoute que la raison ; toudoce , et il laisse après lui la jours avtc la constance d'un ponconnaissance de la vraie foi; il tile , prêt à s'immoler lui-même s'avance dans l'Asie, et elle est pour son peuple; les fers qu'il docile à ses instructions ; il par- porta en sont les témoins; et court la Bitliynie, et elle cède l'ordre qu'il mit, qu'il conserva également à sa voix ; il pénètre dans l'Église , les nouveaux sujusqu'à Antioche, et il y trouve jets qu'il y acquit, en furent les des obstacles : mais où l'Église fruits.
du Dieu vivant rencontre de Cependant plus j'avance, plus plus violentes contradictions , je trouve à dire; et quand il y c'est là même où elle s'afferjuit a lieu de croire que les soins de
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notre apôtre sont épuisés, son cœur se réveille , et forme toujoursde plus grands desseins. Un dessein formé pour lui , c'est déjà presque un dessein exécuté :
il oublie tout ce qu'il a fait, et, si j'ose le dire, oubliez-le , chrétiens : voyez le plus beau théâtre de sa gloire, et pour passer, en un mot, à ce qui demanderait peut-être des tours plus étudiés, et un plus adroit enchaînement, Rome succède à Antioche. Piomeî à juger de l'entreprise par elle-même , en fut-il jamais une plus chimérique? à en juger par le succès, en fut-il une plus heureusement conduite? Le temps était venu, cet heureux temps; mais vous ne le connaissez pas encore, ville superbe, la terreur des nations, l'admiration des peuples et la maîtresse du monde. Votre orgueil devait être humilié, et par qui? par un pêcheur. Mais de votre humiliation uiémé devait sortir votre plus bel éclat : l'empire de Pierre devait s'étendre encore plus loin que celui de vos Césars; et vos plus fameuses guerres ne vous ont point soumis ce que vous a gagné la paix chrétienne : Minus est, qiiod libi bellicits labor siibdidit , c'est saint Léon qui parle, qiiàni quod pax cliristiana subjecit. Dans une seule victoire, c'était tout conquérir, et dans une seule ville, c'était soumettre le monde. Saint Pierre l'eut bientôt remarqué; et il ne fallut pas plus de temps pour en tracer le projet. Mais après tout, quels moyens, quels préparatifs,
SER quelles armes? Ne me liemaiitlcz pas , messieurs , comment l;»
chose se passa : la Providence a des ressources qui nous sont inconnues, et c'est dans la faiblesse qu'elle fait davantage admirer sa force. N'attendez pas que je vous apprenne dans un long détail comment saintPierre entra dans Rome , sans secours , sans défense; quelles erreurs il y trouva; quel ennemi il eut à y combattre dans ce monstre d'artifices et de mensonges, Simon le magicien , et par quelle vertu il le confondit ; quels ouvriers évangéliques il forma pour les répandre dans toute l'Italie , la Sicile , la France , l'Espagne, l'Afrique; par quel revers chassé de Rome, sous le règne de Claude, il y retourna sous l'empire de Néron , après avoir profité de son exil, pour assembler à Jérusalem le premier concile de l'Église. Quoi qu'il y eût à dire , je laisse tout:
voici le succès à quoi je m'attache , je n'examine rien davantage. Rome l'idolâtre devint Piome la sainte, et le culte du vrai Dieu fut élevé sur la ruine de mille fausses divinités. C'était la capitale du monde, invincible par la force de ses armes ; et elle en devint encore mieux la capitale par sa religion ; peuples , empereurs , le capitole , le sénat, rien n'a échappé à l'attrait victorieux de la grâce que portait avec lui saint Pierre, et qu'il laissa après lui. Empire durable : depuis tant de siècles, c'est toujours la même foi , et tou-
SER jours dominante sur la même cliaire : c'est toujours l'Église de Jésus-Christ, parce que c'est toujours l'Église de saint Pierre.
Où n'a-t-elle pas été reçue, où u'a-t-elle pas mérité de l'être , Église infaillible, universelle, unique !
Ce n'est pas qu'il n'y ait eu bien des combats à livrer, et qu'il n'ait fallu bien verser du sang : mais saint Pierre soutint le premier effort du combat; et là, dans la suite, animé par l'exemple de Jésus-Christ, il y donna même son sang, hélas!
et par l'arrêt d'un tyran. Je le vois mourir au milieu de son triomphe : mais ne plaignons point une mort dont la cause fut si belle : c'est la cause même de Jésus-Christ, dont l'instrument fut si glorieux ; c'est la croix de Jésus-Christ : et ne regrettons point un sang qui n'a servi en coulant qu'à cimenter les premiers fondemens de notre foi Le fondateur de la première Rome, poursuit saint Léon , en avait souillé les murailles par du sang ; et le fondateur de la nouvelle Rome la devait , au contraire, consacrer par son sang.
Ce n'est donc point par la mort de soit chef, par les tourraens de ses martyrs, que l'Église s'affaiblit ; c'est par là , au contraire, qu'elle se maintient, qu'elle s'élève. On a vu long-temps, et l'on verra encore quelquefois la barque de saint Pierre battue des flots : mais toutes les puissances de l'enfer, fussent-elles liguées, la parole de Jésus-Christ
se véiifiera toujours , et son Église triomphera de tous les efforts de l'enfer : Portée inftii non prœi'aleOunt adversus ean?.
Disons même , mes frères, à notre confusion, et tout ensemble à notre instruction, en finissant ce discours, que l'Eglise de Jésus-Christ, et que fonda saint Pierre, n'a point tant à craindre de ses ennemis étrangers qui l'ont attaquée avec le fer et le feu , que des ennemis domestiques qu'elle porte dans son sein, de ses propres enfans , de nous-mêmes. C'est de nous-mêmes que lui viennent les plus sensibles atteintes. Ce qui y porte la désolation et le scandale, ce qui en tarit toutes les sources de grâces et en anéantit tons les trésors, ce sout uos mœurs ou notre vie , nos intrigues, nos entreprises, nos paroles, nos actions, nos envies, nos ressentimens, nos vengeances, notre avarice, notre mollesse, nos déréglemens, nos débauches. Où sont, hélas! et que sont-ils devenus, ces vrais fidèles , tels que les forma saint Pierre, et dans ses prédications, et dans les lettres toutes divines qu'il leur écrivit? Zélés , jpatiens, modestes, charitables, désintéressés, assidus à la prière et à tous les exercices de piété, ennemis du luxe, du plaisir, et pleinement en fin dé tachés d'euxmêmes : voilà, grand saint, ce qui fera toujours ou la honte ou l'ornement de cette Église qui vous a tant coûté. Ce sera parla qu'elle se distinguera ou qu'elle
deviendra méprisable aux peu- devant les yeux , et soit qu'il '
pies. Reprenons ce premier es- commande , soit qu'il défende ,
prit, ce vrai esprit de saint sa volonté fera toute la règle de '.
Pierre et de l'Église; qu'il pa- la mïenne : OcuU mei scmper ad ;
raisse parmi nous, dans ce lieu, Dominum. ■
dans ce temple; il y a paru, il y De sorte que si nous aspirons j
paraît encore. Fasse le Ciel que à cette perfection qui doit faire !
ce discours ne serve qu'à l'y le caractère du chrétien , il n'est \
conserver, et à l'y ranimer i)our rjen dont il nous importe tant \
en recevoir les fruits dans l'éter- de nous convaincre que de cette i
nité que je vous souljaite. ( Le grande vérité : Dieu est partout, \
père lirelonneau, tome 2, des non-seulement pour l'embrasser ^
mystères. ) avec toute la soumission que
PRÉSENCE DE DIEU nous devons aux oracles divins, i
mais encore pour nous en occu- j
SERMOx ABKÉcÉ. per avec toute l'ardeur que pcut 1
Oculi mei semper ad Dominum. nous inspirer le zèle que nous j
Tlf^o ,- . ^ ^ . • '1 ' devons avoir pour nos intérêts ; ■
mes yeux sont loin ours t'itves r ' 1
„.„.,. / c • / f^r> \ par notre soumission a l em- ;
vers leSeisyiieur. i2A^y^<y\xmii.) \ . '
^ ^ brasser, nous croirons , et nous
C'est par là que le piopliète nous affermirons contre tous les
se soutenait contre tous les en- doutes f[ue peut former un es- '
nemis, ou domestiques ou étran- prit prévenu et entêté ; par no- ;
gers qui cliercliaient à l'entrai- tre zèle à nous en occuper , nous ;
ner dans leurs voies d'iniquité agirons et nous nousaffermirons j
et de crimes ; par là qu'il allait contre toutes les difficultés que \
de vertu en vertu, et qu'il se peut nousopposer un cœurlâche \
formait un cœur qui ne s'occu- et indolent ; c'est tout ce que je ;
pait que de la loi et des volontés me propose, et que j'espère d'ob- i
du Seigneur; c'est par là que tenir dans ce discours , en vous ":
vous ti'iomplieroz vous- même montrant que nous ne pouvons -
de CCS redoutables puissances , douter de la présence de Dieu '
qui roulent éternellement au- partout, sans nous perdre et 1
tour de vous pour vous sou- renoncer à notre foi. Premier )
mettre à leur empire , et faire point. I
de vous une de ces malheureuses Que nous ne pouvons nous en ;
conquêtes qui ayant eu part à occuper sans nous sanctifier et \
leur lévoUe, aient part à leur régler notre conduite. Second \
peine ; par là que vous réglerez point. '
tellement vos pas , qu'il n'y en Et par l'un et par l'autre, vous !
aura aucun qui ne soit un pas vous pénétrerez tellement de la |
de sainteté et de vertu ; je vis présence de Dieu, qu'ayant lou- ;
dans Dieu, et Dieu vit dans jours les yeux et sur lui et sur j
moi ; je l'aur^ii doue toujours vous, vous ne ferez jamais rien |
5EH qui ne soit digne et de lui et de vous.
Implorons le secours du ciel par l'intercession de Marie : Ave Maria.
PREMlÈaE PARTIE.
Je ne sais comment il se trouve des esprits assez téméraires pour oser disputer à noire Dieu trois gra ndsa van la ges que notre raison elle-même, indépendammentde la foi, est contrainte de lui accorder sur la matière que je traite; savoir, que Dieu est partout, que Dieu opère partout , queDieu voit tout : quand votre foi sur ce point serait ferme el inébranlable, serait-elle vive et animée?
et tandis qu'elle vous représente un Dieu , vous le représentet-elle toujours avec celle force et cette eflicacité qui vous inspire toute la soumission et tout le respect que vous devez à sa présence? On croit qu'on est devant Dieu; mais agit-on con::me si on était devant lui ? De sorte que si vous n'avez pas besoin d'être convaincus, vous avez besoin d'êlre instruits, et ramenés aux impressions que doit faire une conviclion de cette nature!
Pour cela j'établis trois vérités opposées aux trois erreurs qu'osent quelquefois nous débiter nos libertins; trois vérités qui supposentessentiellement la présence de Dieu , et qui étant bien pénétrées , ne vous engageront pas seulement à écouter avec horreur tout ce que le libertinage peut former sur ce point de faux raisonnemens , mais en-
Si. R
core à marcher tellement devant Dieu , qu'il paraisse en tout que vous le croyez présent : il est de foi que Dieu est partout , il est de foi que Dieu opère partout; il est de foi que Dieu voit et porte ses yeux partout.
Il est de foi que Dieu est partout : Où irai-je , Seigneur, dit le prophète , pour me dérober à votre présence et éviter votre rencontre, Qiib à facie lud fu~ giany ? Monterai -je dans les cicux ? Vous y êtes, et c'est là que vous vous manifestez à vos élus, et que vous leur montrez à découvert quelle est la grandeur et la magnificence de votre maison : Si ascendero in cœhim^ lu illic es. Descendrai -je dans les enfe\;s ? Vous y êtes pareillement , et c'est là que sans vous montrer à vos ennemis, vous leur faites sentir la pesanteur de votre bras , et que vous les convainquez de votre présence par cette multitude de maux dont vous les accablez : Si descendero ininfernum, odt's. Irai-je au-delà des mers? Votre main m'y conduira, votre main m'y sou tiendra:
Si habitavcro in extremis mai is^ illUc nianiis tua dedticet me, et leiiebit me dcxtera tua. Irai-je m'ensevelir dans les ténèbres les plus profondes? Quoique vous habitiez une lumière inaccessible, vous n'en liabilez pas moins dans les plus profondes ténèbres:
et la nuit la plus sombre comme le jour le plus brillant , vous possèdent également dans toute la splendeur de votre gloire :
Nox sicut dies illuminabilur.
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Allons en qm-lque endroit du sans qu'il n'y eût aucun clian- '.
mondeque nousvoulions, allons genient dans son Être divin;!
l)ors du inonde, si nous le pou- mais comprenez-vous comment ]
vons ; Dieu nous y prévient , il votre âme , malgré la différence ;
nous y attend ; fuyons-le d'un infinie qu'il y a entre elle et son '
côté, nous le trouverons de Dieu, ne prend aucun accrois- i
l'autre. Jonas veut fuir devant sèment dans celui que prend j
lui, et il le trouve armé à sa votre corps? et si elle occupe un I
perte, là où il l'attend le moins; plus grand espace , à projiortiou
Gain croit que Dieu le chasse de de celui que le corps occupe, i
devant lui , et il éprouve par les dans elle-même elle est au point '
soins mêmes que Dieu prend de de votre mort , ce cfu'elle était
lui , que s'il le chasse de devant au point de votre formation : :
sa face , comme il en ch.issc tout comprenez-vous comment Dieu
pécheur, qu'il ne regarde qu'a- lui-même , qui n'occupait rien «
vec des yeux de colère ; il ne le hors de lui , tandis qu'il n'avait '
chasse pas de devant lui ou liors rien produit, n'a rien produit]
de lui , puisqu'il ne serait pas qu'il n'occupe aujourd'hui , sans ■
Dieu , s'il y avait quelque chose cesser d'être toujours le même , i
qui pût être hors de lui ; Dieu n'ayant rien perdu , si je puis j
peut haïr , il peut détester le parler de la sorte , en se renfer- \
pécheur , mais il ne peut pas le mant dans lui-même , et n'ayant i
jeter hors de lui , quand même rien acquis en se répandant dans !
il le jetterait hors du monde, sa créature ; immense devant;!
puisqu'il se trouve au-delà du comme après la production des 1
monde, comme au milieu du choses, toujours égal à lui-même, i
monde ; et que quand même il toujours infini dans ses perfec- i
produirait une infinité de mon- tions infinies; aussi ne demande- ■
des, infiniment plus grands, t-on pas que nous comprenions ; ;
infiniment plus étendus que ce- il doit nous suffire de confesser
lui que nous habitons , il serait avec le propliète , qu'il n'est au- {
encore dans tous ces mondes cun lieu où Dieu ne soit ; et avec ^
différens , il serait encore au- saint Bernard , que s'il n'était 1
delà de tous ces mondes , parce dans aucun lieu avant qu'il eût,'^
qu'il est immense , et qu'il est rien produit, il était dans lui- '■
de l'essence de l'immensité de même, et par là même au delà j
n'avoir aucunesbornes,etqu'elle de tous les lieux , au delà de ce |
en aurait si elle était limitée à qu'il pouvait produire , parce j
quelque terme fixeet déterminé, que dès lors il était essentielle- '
Vous ne comprenez pas comment ment immense , et qu'il est de j
Dieu , qui est toujours essentiel- l'essence de l'immensité, comme '
lementle même , pourrait alors je viens de le dire , d'être dans i
comme s'étendre si loin , et oc- tout ce qui est , et au delà de ce j
cuper tant de mondes différens , qui peut être; et ce serait une
SKIl foîio , ajoute saint Atlianase , ili; vouloir coiri|>rendie ce qui est incompréhensible , et de perdre notre temps à exauùner couiinent Dieu avant toutes choses était néanmoins au delà de toutes choses tandis que nous pouvons l'occuper si utilement à adorer ce Dieu qui est en nous et au milieu de nous :
c'est en effet «le quoi peut s'occuper avec moins de danger et plus salutaireinent tout homme qui croit ; il a au milieu de lui Cilui (h^vant (|ui les anges se voilent la face, celui cjui est tout en tout , et sans qui tout n'est rien. Qu'a-t-il à faire de s'aller jeter dans de vaines et inutiles recherches , qui n'y serviront peut-être qu'à le jeter dans le doute , et à lui faire perdre la foi ? Nous ne voyons qu'en énigme ce c[ue les saints voient à découvert ; mais l'énigme n'ôte rien à l'objet de sa réalité ; Dieu favorise plus les saints ei:^ se montrant à eux ; mais en se trouvant au milieu de nous , il ue nous est pas moins présent qu'à eux. Les saints jouissent du bonlieur qu'il y a de posséder un Dieu dans toute sa grandeur et sa majesté ; nous le possédons avec tout ce qu'il a de majestueux et de grand, et puisqu'il est sur la terre ce cju'il est dans le ciel , s'il ne se montre pas à nous comme aux saints , il est pourtant au milieu de nous tel qu'il est devant eux , avec cet assemblage de perfections qui fait le bonheur des saints ; le»
saints sont témoins de ces pro-
«iuctions éternelles , qui constituent les différentes personnes divines; nous en sommes comme les dépositaires , puisque c'est dans notre sein qu'elles s'opèrent, et que si nous regardions les choses par les yeux de la foi , nous verrions que le Père produit le Fils, que le Père et le Fils produisent à cliaque moment au milieu de nous leur e^prit.
Dieu est donc partout , cjiib à facie tudfitgiam ? première vérité : Dieu opère partout, seconde vérité , aussi propre à ncfiis élever au-dessus de nous-mêmes pour ne nous attacher qu'à Dieu.
(.'est dans Dieu que nous sommes, dit l'apôtre, in ipso sumiis ; c'est dans Dieu que nous agissons , in ipso movemur ; c'est dans Dieu que nous vivons , in ipso vivimus. Paroles qui prouvent également et la présence et l'opération de Dieu partout ; c'est par lui et dans lui que nous sommes , et sans lui il nous aurai t été impossible d'être jamais ; c'est par lui et dans lui que nous agissons , et sans lui , il nous serait impossible de rien faire et d'agir ; c'est par lui et dans lui que nous vivons , et sans lui il nous serait impossible de subsister et de vivre.
C'est donc Dieu qui , étant répandu partout , nous a fait tout ce que nous sommes, et sans lui nous n'aurions jamais rien été; c'est par lui et dans lui que nous avons été tirés de ce chaos, où nous étions confondus avec un nombre infini de créatures possibles ; et comme il n'y
4oo SER SER I
a que lui qui jiui»se agir sur ce mais par la volonté de celui »[ui i
qui n'est pas, il n'y a que lui qui nous en a tirés. Il n'est donc
ait pu nous faire j)asser du néant point question de penser à ce;
à l'être ; c'est par lui et dans lui que nous sommes, mais de pen- '
que nous avons ce corps , qui ser à celui pour qui nous som- ;
n'étant lui-même qu'un peu de mes ; quand nous remonterions,!
boue, n'en est pas moins comme jusqu'aux premiers siècles dix •
le chef-d'œuvre du Maître qui monde par la noblesse de nôtres
l'a formé ; et il n'y avait que extraction , nous trouverions^
lui qui pût arranger avec tant toujours une extraction souillée
d'art et d'industrie les dilléren- par ce néant qui a précédé , et-
les parties et les différens re^- qui précédera la naissance de
sorts cjui nous composent ; c'est tous les hommes; quand nous'
par lui et dans lui que nous aurions réuni chez nous tout ce |
avons \eçu cet esprit qui nous que la terre contient de richesses
anime , et il n'y avait que lui dans son sein , ce seraient desl
qui d'une masse de chair en ait biens qui seront plus autour de<
pu faire un homme vivant et nous cju'à nous, des biens quij
ca])able des opérations les plus nousétantvenus par la.libéralité;
relevées et les plus sublimes ; d'autrui , pourront nous être;
c'est par lui et dans lui que nous enlevés par sa justice. Quoi([uej
jouissons de celte opulence qui vous soyiez de vous-même , vous!
flatte si agréablement -notre eu- n'êtes que ce que nous sommes;,,
pidité, ces grands titres dont et ce que vous avez de commua^
nous nous repaissons avec tant avec nous, c'est que commet
de complaisance; toutes ces nous, vous êtes dans Dieu , et\
distinctions qui semblent nous que^sans Dieu vous n'auriez ja-,
séparer de la foule, et nous niais été non plus que nous , //i,
mettre si fort au-dessus d'elle , ipso simius. \
qu'à nos yeux elle n'est rien de- Nous agissons dans Dieu, nous'^'
vant nous ; c'est par lui et dans agissons par lui et avec lui , et;
lui que subsiste l'être qu'il nous sans lui il nous serait impossibles
a donné, et il n'y a que lui qui de rien faire et d'agir. In ip'!0<
puisse le conserver , et nous con- movemiir. Il en est de nos œu-|
server avec lui dans toutes les vres dans l'ordre naturel par^
prérogatives ilont il nous a pri- rapport au secours de Dieu, à,
vilégiés; et nous sentons tous peu pr^s comme il en est de nosi
que si nous ne retombons dans œuvres dans l'ordre surnaturel^
notre premier néant, que si par rapport à la grâce de Jésus-1
nous ne nous voyons pas réduits Christ. Dans l'ordre surnaturel:
à celte indigence et à celle bas- notre uiisère et notre indigence,
sesse , qui aurait pu faire notre est si grande , que Sans la grâces
premier partage , ce n'est point de Jésus-Christ nous ne ferions^
parce que nous ne le voulons , jamais rien de méritoire, et qui|
SER doive nous être compté pour l'éternité. Dans l'ordre naturel nos puissances sont tellement liées, que de quelque nature que puisse être une œuvre , il nous est impossible de la faire si Dieu ne nous tend la main ; bien plus , une œuvre sainte , une œuvre de vertu qui demande la grâce de Jésus-Christ , demande encore le secours de Dieu ; et si ces deux principes ne se réunissent pas , non-seulement l'œuvre n'aura point de mérite , mais l'œuvre ne se fera jamais ; de sorte que ce que Jésus -Christ nous dit de sa grâce dans l'ordre surnaturel, le Père nous le dit de toute œuvre , et de quelque ordre que ce soit, naturel ou surnaturel : Sans moi vous ne pouvez rien , pas proférer une parole , pas remuer la main , pas lever les yeux , Sine me nihil potestisfacere. »
Nous vivons dans Dieu , et sans lui il nous est impossible de subsister et de vivre, In ipso vivimus ; nous vivons dans Dieu , non point comme Jonas vivait dans le sein de la baleine , ayant autour de lui , non pas dans lui, ce monstrueux animal, non point comme les enfans d'Israël vivaient au milieu de la fournaise de Babylone , entourés , non pas pénétrés de flammes. Notre Dieu entoure tout , il pénètre tout ; et comme c'est un pur esprit sans division, sans parties, autant qu'il lui est essentiel d'être partout, autant lui est-il essentiel d'être tout en tout ; de sorte qu'il est tout dans nous , et que
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nous sommes tout dans lui, c'est dans son sein et coinme entre ses bras que nous vivons , In ipso vii'imiis. Mais ce n'est que par lui que nous vivons ; et comme il n'y a que lui qui ait pu nous donner l'être , il n'y a aussi que lui qui puisse nous le conserver, et nous faisons tort à ce Maître souverain quand nous ne remontons pas jusqu'à lui dans les diverses dispositions et les divers événemens de notre vie. Dans la spéculation, et en général, nous croyons qu'il n'y a que Dieu qui puisse disposer de notre sort et de nos jours , mais dans la pratique, et en particulier, nous oublions Dieu , et c'est au hasard , ou à notre industrie et à nos soins que nous recourons. Non , ce n'est point le hasard qui règle notre destinée , et je soutiens que ce que vous appelez hasard est quelquefois miracle , sinon aussi frappant , du moins aussi réel que ceux qui éclatent le plus. Daniel et ses compagnons vivent au milieu des flammes sans en recevoir aucun dommage , miracle du pouvoir que Dieu exerce sur tous les élémens; Assuérus revient des arrêts de sévérité qu'il a portés contre les Juifs , miracle du pouvoir que Dieu exerce sur tous les cœurs.
Mais en lui-même est-ce un moindre miracle, que la fille de Pharaon se promène sur les bords du Nil, sans chercher autre chose que le plaisir que peut lui procurer la vue et les différentes agitations de ce grand fleuve? et vous diriez que c'est hasard , et
.\i}2 SEK
c'est Dieu «jui l'a coailuite i,ur les bords de ce fleuve pour sauver un enfant , dont il veut se servir pour la délivrance de sou peuple. Mais eu lui-même est-ce vm moindre miracle, que Tobie, au sortir de sa maison , trouve d'ahord un fjuide pour le voyage qu'il médite? Vous diriez encore que c'est hasard ; c'est pourtant Dieu qui lui a préparé un ange pour réglet toutes ses démarches et tous ses pas : on peut attribuer quel([ue chose au hasard parmi ceux qui ne croient pas en Dieu ; mais dès qu'on le croit , on ne peut rien attribuer au hasard , sans vouloir donner des bornes à cette souveraineté qui ne trouve rien qui puisse se soustraire à son empire : ce n'est pas même sur nos soins et notre industrie que nous pouvons compter ; si nous en recevons quelques avantages , ce n'est qu'autant que les bénit celui qui nous les inspire. Dans un mal répandu généralement partout, dans une désolation et un désordre commun , vous avez échappé ; si vous avez été plus sage, plus heureux que les autres , c'est que Dieu a étendu sur vous plus que sur les autres les soins de sa providence ; rappelez vos années présentes , rappelez tout ce que vous êtes et tout ce que vovxj avez été ; dans quelque état que vous ayiez été et que vous soyiez encore , d'opulence ou de pauvreté , de langueur ou de Santé; c'est Dieu qui exalte et qui abaisse , lui qui soutient le grand contre la «nalignilé et
SELi le déchaînement du petit, lui qui soutient le petit contre l'oppression et la violence du grand , lui qui veille à notreconservation et qui entretient dans cet arrangementdesressorts et des parties différentes , qui fait la santé et la longueur de la vie , lui qui entrera quand il le jugera à propos dans ces dérangemens qui en font le terme et la fin , lui qui fait vivre , qui fait mourir; et si entre nous et la mort il n'y a qu'un moment d'intervalle , c'est un moment qui ne peut nous être accordé que par celui qui tient la mort et la vie entre ses mains.
Enfin, Dieu voit tout, il porte ses yeux partout , il voit toutes choses daus lui-même , et il est impossible qu'il ne connaisse en même temps toutes choses, tout ce qui est et qui peut être. Qu'aurionj-nous;,à fairede craindre sa présence s'il était au milieu de nous , sans connaître tout ce qui serait autour de lui ?
qu'aurions-nousà faire de compter sur sa providence, si, opérant partout , il ne connaissait ni ses intérêts ni les nôtres? Un Dieu qui n'aurait pas tout ce qu'une connaissance peut avoir d'étendue et de plénitude, serait uu dieu en idée , un de ces dieux , qui , n'ayant ni yeux pour voir , ni oreilles pour entendre , n'étaient ni instruits, ni touchés de tout ce qu'on pouvait faire ou pour eux ou contre eux. Non, Seigneur, dit le Prophète , rien ne vous est caché ; je vous suis présent aujourd'hui que je suis ,
SER je vous étais présent avant que je fusse, j'aurai cessé d'être que je ne cesserai pas de vous être présent ; et ce que je vous dis de moi , je vous le dis de tous les hommes , je vous le dis de ce qui n'est pas vous , et qui n'étant pas vous , ne laisse pas d'être dans votre pensée , et qui , y étant une fois entré, n'en sortira jamais ; Tucognovisli omnianol'issima et antiqua.
Concluons en deux mots , que sans perdre la foi nous ne pouvons pas douter que Dieu ne soit partout , qu'il n'opère partout , qu'il ne voie et porte ses yeux partout. L'Ecriture établit si solidement ces différentes vérités, que quoique tout ce qu'elle nous dit porte dans sa parole seule un motif incontestable de crédibilité, elle semble ici vouloir nous entraîner et nous obliger à croire comme malgré nous; nulle expression qui puisse donner lieu à un doute raisonnable, nul terme ou obscur ou ambigu : tout y est énoncé avec cette clarté qui porte la conviction dans l'esprit , et tout y est énoncé si souvent , qu'il n'est point de vérité presque que Dieu ait pris plus de soin de nous rendre comme palpable et sensible.
La raison elle-même soutient l'autorité : dès qu'elle nous apprend qu'il y a un Dieu , elle nous apprend en même temps qu'un Dieu qui aurait des bornes ne serait pas Dieu; il aurait pourtant des bornes s'il n'était pas partout, s'il n'opérait pas
partout , s'il ne voyait , s'il ne connaissait pas tout ; aussi estil peu de personnes qui osent nous contester ce que la foi et la raison nous démontrent si évidemment : on croit, mais on agit comme si on ne cr.oyait pas ; et c'est sur quoi il est important de réveiller votre foi , et de vous rappeler aux sentimens de retenue et de respect que doit avoir tout homme qui croit. Je dis donc que si on ne peut pas douter de la présence de Dieu partout sans renoncer à sa religion , on ne peut pas la croire sans régler sa conduite.
SECONDE PARTIE
Quand je dis que nous ne pouvons pas croire un Dieu présent sans régler notre conduite , je parle d'une foi vive , animée , et telle à peu près que Dieu l'exigeait d'Abraham , quand il lui disait qu'il n'avait qu'à marcher devant lui s'il voulait être parfait ; une foi comme morte et éteinte, une foi qui n'a , par-dessus l'impie et l'insensé, qu'une adhésion vague et générale , mais sans réflexion, sans attention aux vérités proposées , ne fait aucune impression ; et si elle en a peut-être assez pour nous garantir d'une infidélité déclarée , elle n'en a point assez pour nous tenir , ou pour nous faire entrer dans les voies de la sainteté et du devoir. Une foi vive nous rappelle à tout moment à notre Dieu, à ce Dieu qu'elle nous représente comme étant partout,
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comme agissant partout, comme portant ses yeux et sa vue partout , comme étant partout, et par là elle nous inspire tout le respect que peut exiger sa grandeur et sa majesté ; comme agissant partout , et par là elle nous inspire toute la fidélité dans nos œuvres que peut exiger la sainteté de l'opération d'un Dieu; comme portant ses yeux et sa vue partout, et par là elle nous inspire toute l'attention, tout le retoursur nousmêmes, cjue peut exiger la pénétration et l'étendue de ses lumières, et par tout cela ensemble , elle nous règle si parfaitement à l'égard de Dieu , que nous agissons toujours devant lui , avec lui et pour lui.
Devant lui, Suzanne se souvint qu'elle était devant Dieu ; et elle aima mieux mourir que de pécher : Joseph se souvint qu'il était devant Dieu , il fit tout le bien que sa condition et son rang lui permit de faire ; ce sont les fruits de bénédiction et de grâce que porte comme nécessairementavecelleune viveet ferme conviction de la présence de Dieu; elle éloigne du mal , elle engage au bien. Je suis devant Dieu , devant l'ennemi irréconciliable du péché; et je pécherai , c'est-à-dire , je n'aurai aucun égard au Dieu devant qui je suis; je ne serai devant lui que pour l'insulter et l'obliger à être témoin f t spectateur de ce qu'il hait et déteste le plus:
Assuérus trouve Aman abattu aux pieds d'Esther, c'est pour
engager cette princesse à prendre sa défense devant le roi ; mais le roi croit que c'est pour l'opprimer , et il s'en plaint avec toute l'aigreur que peut lui inspirer son ressentiment ; mais ce qui donne une nouvelle vivacité à cette aigreur, c'est que le crime dont il soupçonne son courtisan , se commet devant lui et en sa présence : 3Ie prœsente ; c'est qu'il se commet dans son palais et dans sa propre maison : /// domo mea ; et que par là il se regarde comme doublement outragé dans la personne de la reine, dont il croit la vie attaquée; outragé dans sa pro|.re personne , dont il croit le Iron • , le rang , la majesté violée et déshonorée :
qu'est-ce c]ue c'est pourtant qu'Assuérus ? seigneur et maître de plusieurs provinces, mais dans lui-même rien que ce que nous sommes, rien que ce qu'est Aman lui-même; mais il est entêté de sa supériorité, et un crime imaginaire, et qu'il croit commis en sa présence, lui arraclie l'arrêt le plus sévère ; il faut qu'Aman l'expie par sa mort. Que sommes - nous devant Dieu?Qu'est-il lui-même?
Nous nous connaissons, et il se connaît ; dans nous ce n'est que bassesse et néant ; dans lui ce n'est point entêtement quand il s'attribue ce qu'il y a de plus grand; c'est la grandeur essentielle , c'est la puissance , la majesté infinie, et nous oserons ] lécher en sa présence ! Ce ne seront point des péchés supposés,,
SER et qui sout imputés sur les fausses idées d'un prince qui se trompe ; ce seront des péchés réels et véritables, des péchés crians, et qui devraient l'armer comme nécessairement à notre perte, s'il ne venge pas sa gloire sur-le-champ; ilenestpourtant qu'il a fait passer dans le même moment du péché à la peine da péché; du moins entrant dans tous les sentimens d'indignation et de colère que peut lui inspirer une insulte de cette nature , il en est comme frappé et comme déconcerté , si j'ose le dire , voyant qu'un homme mortel ose eu sa présence porter si loin sa témérité : Mejjrœsente.
Comment est-ce donc , nous demande saint Bernard , c[ue vous pouvez vous résoudre à faire devant Dieu ce que vous ne pourriez vous résoudre à faire devant moi , devant moi cjui suis pécheur comme vous , qui ai peut-être plus péché c[ue vous , qui ne vous vois pas presque pécher que je ne sois tenté de pécher avec vous : devant moi, qui ne puis rien faire, ni pour vous, ni contre vous, de qui vous n'avez rien à craindre ni à espérer , dont il vous importe peu d'être ou absous ou condamné : devant moi , qui ne suis rien devant vous , que vous accuseriez de témérité si j'osais vous reprendre de votre péché; que vous traiteriez d'esprit faible si je vous témoignais que ce n'est qu'avec indignation et horreur que je vous vois pé-
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cher? En mille rencontres j'ourtant vous semblez me révérer eu portant dans le secret de certains péchés cjue des raisons d'intérêt et de bienséance vous obligent à me cacher. Oui, mais si dans ce secret vous ne m'y trouvel'T)as , n'y trouvez-vous pas ce Dieu, à qui ni vous ni moi ne pouvons pas dérober notre péché ? Et tandis que vous aurez quelque égard pour moi , vous n'en avez point pour Dieu.
Cherchez , conclut saint Augustin , un lieu où Dieu ne soit pas, et là , donnez une libre carrière à vos désirs ; faites connaître à votre Dieu que vous craignez pour le moins autant dépêcher devant lui que devant moi , et cela non-seulementà l'extérieur; souvent néanmoins vous ne voudriez pas que je lusse dans votre esprit tout ce que vous y entretenez de pensées contraires à l'honnêteté et à la pudeur; mais enfin , si les hommes s'en contentent , Dieu ne s'en contentera jamais ; il sonde les cœurs , et s'il m'ordonne d'ôter de devant ses yeux ce qu'il y a de criant et de scandaleux dans mon péché, il ne m'ordonne pas moins d'en ôter ce qu'il peut y avoir de plus secret ou de public; c'est toujours devant Dieu que je pèche, en secret ou en public; c'est toujours devarit Dieu que je pèche ; et par conséquent c'est toujours sa divine présence que je déshonore , que j'insulte et que j'outrage : Me prœsenle.
Second effet de cette persuasion : en rappelant la présence
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de Dieu, elle rappelle en même temps la coopération de Dieu à toutes les œuvres de sa créature, et on se détermine à ne rien faire qui puisse l'obliger , ou à nous refuser son secours, ou à se repentir de nous l'agir accordé. •*
Je sais qu'au moment même que Dieu coopère avec moi, il peut ne pas coopérer, et suspendre tellement son concours , qu'au moment même que je pense à pécher, je sois cité pour rendre compte de mon péché ; je sais que si Dieu coopère avec complaisance à une œuvre qui contribue à sa gloire , ce n'est que comme malgré lui , et avec une espèce de répugnance qu'il coopère à une œuvre qui l'offense ; je sais que j'ai privé Dieu en mille rencontres du fruit qu'il attendait de sa coopération, en la faisant servir à mon péché plutôt qu'à sa gloire ; je sais enfin que j'ai affaire avec un Dieu qui est saint dans toutes ses œuvres, et qui ne souhaite rien avec plus d'ardeur que de sanctifier toutes les miennes: dansdescirconstances de cette nature , quel parti ai-je à prendre, si j'ai encore quelque étincelle de foi et de raison ?
Quoi ! je saurai qu'au moment même que Dieu coopère avec moi, il peut ne pas coopérer, et suspendre tellement son concours , qu'au monieiil même que je pense à pécher, je sois pris et cité pour rendre compte de mon péclié , et je ne craindr.TÎ pas de le meltre dans une
SER espèce de nécessité , d'en venir à cette extrémité, et de me faire sentir que s'il tolère souvent le péché, souvent aussi il lui fait porter sur-le-champ la peine de son péché? Je saurai que si Dieu coopère avec complaisance à une œuvre qui contribue à sa gloire, ce n'est aussi que comme malgré lui , et avec quelque espèce de répugnance qu'il coopère à une œuvre qui l'offense , et j'oserai le forcer en quelque manière de servir à mon péché, de sacrifier à mon péché ce qu'il a de plus cher, ses intérêts et sa gloire, et d'essuyer tout ce qu'il y a d'insultant dans ma conduite , lorsque je tourne ainsi contre lui ce que je ne reçois que de lui et pour lui? je saurai qu'en mille rencontres j'ai privé Dieu du fruit qu'il attendait de la coopération , et ce sera toujours le même abus , le même endurcissement de mon côté : jamais je ne penserai à donner quelque satisfaction à ce bon maître et à le dédommager, si je l'ose dire, par un redoublement de fidélité, de tant de momens que je lui ai fait perdre , en refusant éternellement de rejoindre mes soins aux siens, et de m'unir à lui pour la consommation d'un ouvrage qu'il m'importait plus qu'à lui de terminera mon avantage ; je saurai que Dieu est saint dans toutes ses œuvres , et qu'il ne souhaite rien avec plus d'ardeur que de sanctifier les miennes? Par quelle malignité d'esprit et de cœur voudrais-je ainsi imprimer un caractère dépêché
SER à une œuvie qui étant cojiixnune entre Dieu et moi, ne devrait rien avoir qui ne se ressentît de»la sainteté de son pre- <nier principe , et qui ne marquât qu'elle vient de lui plutôt que de moi? Je sais trop, Seiji;neur,ce que je vous dois, pour ne pas vous procurer le plaisir de voir que je fais comme vous tout ce que vous faites avec moi par ces vues supérieures et sublimes qui font toute la rè{^\e de votre conduite.
D'ailleurs, pour peu qu'on considère les différens ouvrages du Seigneur , n'apprend-on pas de ces ouvrages nièmes à le glorifier dans tout ce qu'on fait?
Tout dans la nature suit le mouvement qu'il juge à propos de lui donner; c'est par le mouvement qu'il donne au soleil , que le soleil se montre si régulièrement à nous chaque jour; c'est par le mouvement qu'il donne aux astres, que les astres roulent si régulièrement sur nos têtes ; c'est par le mouvement qu'il donne à la terre , que la terre ouvre si régulièr^nent son sein en notre faveur; c'est par le mouvement qu'il donne aux animaux, que les animaux, selon l'expression d'Isaïe , connaissent l'auteur de leur être , cju'ils tachent si régulièrement en cent rencontres différentes de lui rendre hommage en leur manière, et de publiera l'envi ses bienfaits et ses libéralités sureux : n'y aurait-il que l'homme qui se roidît contre tous les mouvemens du Seigneur , et (jui
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ne ïuivît que le mouvomenl que lui donne le dérèglement de ses désirs? J'avoue que quand Dieu parle aux élémens et au reste de la nature, il parle en maître qui veut absolument être obéi ; mais quoi ! parce que Dieu daigne s'en rapporter à notre choix , nous serons plus en droit de résister? Cette résistance, qui fait notre condamnation , devrait faire en même temps notre confusion et notre honte; Dieu s'abaisse, pour le dire ainsi , jusqu'à nous appeler en société de conseil , en société d'action ; et parce qu'il veut s'en rapporter à nous , il n'aura que des rebuts à essuyer? Quelle est donc la dureté de nos cœurs, quelle idée aurions-nous d'un sujet qui traiterait si indignement son souverain? Si vous ne voulez pas forcer nos volontés , Seigneur, ne vous lassez pas pourtant de leur parler :
elles suivront enfin toutes les impressions de la nôtre; et dans le bon usage qu'elles feront de leur liberté , elles nous montreront partout que si vous êtes le coopéra teur de leurs œuvres , vous en êtes en même temps le terme et la fin : c'est ce que nous devons à un Dieu qui agit touiours avec nous; c'est ce que nous devons à un Dieu qui est témoin de toutes nos œuvres , et qui sonde toutes nos pensées ; vous diriez que c'est ici le point qui doit le plus nous occuper par rapport à la présence de Dieu, si souvent il nous répète lui-même qu'il a les yeux sur
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nous , qu'il nous voit. Dieu me voit partout; j'ai beau fuir, chercher les plus épaisses ténèbres, me retirer dans les lieux les plus écartés , Dieu y est , et il m'y voit; Dieu me voit, et dans moi ce que les hommes n'y voient point; tant de défauts que je leur cache par un extérieur composé ; tant de vices que je couvre d'une apparence de vertu; Dieu me voit, et voit dans moi des choses que je n'y vois pas moi-même ; tant de lâchetés dans son service que je me pardonne; tant de mouvemens différens de jalousie, d'indignation, que j'attribue à la surprise; tant de paroles, tant de pensées oiseuses et inutiles que je rejette sur la fragilité de la nature , tout lui est exposé , el il décou vre toutes choses , selon les différens degrés qu'elles ont , ou de malice , ou de bonté.
Si je croyais tout cela, comme je n'en puis douter , ce sont donc ces yeux divins que je dois toujours avoir dans ma pensée, et me souvenir que je ne suis devant eux que ce que je suis dans la plus exacte vérité ; que je ne leur plais qu'autant que je suis dans le devoir : ainsi , pour plaire à ces divins yeux , je fuirai non-seulement le péché, nonseulement ce qui peut me conduire au péché , mais encore ce qui peut favoriser le malheureux penchant que j'ai au péché , tout ce qui a quelque apparence de défaut et de péché pour plaire aux \eux divins ; je m'attacherai non-seulement à