‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 55 sur 77 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

La religion a trois grands; objets , et ce sont en même' temps ceux de nos prières : Dieu,; nous-mêmes , le prochain. Nous; devons demander à Dieu pour lui , sa gloire ; pour nous , la; grâce ; pour le prochain , les, mêmes choses que nous souhaitons pour nous-mêmes.

Dieu n'a rien fait que pour; lui-même , rien ne lui est cher; comme sa gloire. Il se la doit ,.

il peut se la faire rendre malgré' tous les obstacles que l'homme' peut y susciter , il sait la tirer des outrages mêmes que les^ hommes lui font : cependant^ cette gloire dont Dieu est si ja-< loux , qu'il ne peut pas se refuser ni transporter à quoi que, ce soit , hors de lui , il veutj que nous la lui demandions,] il veut en quelque sorte la de-i voir à nos prières. Selon que] Moïse son serviteur levait lesj mains vers le ciel ou les abais-j sait vers la terre , le Dieu d'Is-1 raël se voyait ou glorifié ou dés-j honoré parmi les nations : selon; que l'esprit de prière se ranimai ou s'éteint parmi les chrétiens,!

la frloire de Dieu et de .Tésus-i

SER Ihrist son Fils croît ou diminue ur la terre. Ainsi , mes frères , i Dieu est si fort humilié au iiilieu de nous , ( et par le nom ie Dieu , j'entends toute la reigion ) c'est que l'esprit de )rière s'est retiré du milieu de

lOUS.

Nousprions, mais nous prions nal : nous le verrons dans la uite de ce discours. Nousprions, nais nous ne savons ce que nous lemandons , parce que ce n'est )as le Saint-Esprit de Dieu qui )rie en nous. Quoique si bien nstruits par Jésus-Clirist , nous le donnons pas à notre prière 'ordre qu'il lui a marqué : or- Ire qui consiste à mettre à la ête de nos vœux et de nos demandes la gloire du Père céleste.

Notre Père I enfans étrangers , ;nfans mauvais, enfans des hommes, et non pas de Dieu. Notre Père , qui êtes dans les cieux.

allons chercher Dieu jusque sur >on trône , jusque dans la splen- [leur de sa gloire , au milieu de ses anges et de ses saints. Faisons monter notre prière jusqu'au lieu où Dieu prend ses conseils , et dispose toutes choses pour sa gloire. Père saint !

que votre nom, ce nom qui est vous-même, soit sanctifié et glorifié. Père saint ! que cette majesté, cette sainteté , cette vérité qui est vous-même, soit partout reconnue, partout révérée, partout exaltée : que tout s'abaisse , que tout s'anéantisse devant vous , que tout tremble sous vos regards , que tout ploie

sous le poids de votre souverain domaine. Père saint I que tout votre peuple vous serve d'un même cœur et d'une même bouche ; que tout votre peuple obéisse à votre loi : que vos justes vous demeurent fidèles , et croissent en vertu ; que les pécheurs se convertissent à vous , et qu'ils réparent l'offense qu'ils ont faite au Dieu saint; que vos prêtres soient revêtus de justice et doués de sainteté ; qu'elle règne dans toute votre maison , cette sainteté si belle , si convenable à la maison de Dieu. Père saint I il est des mondes entiers qui ne vous connaissent pas : il est des nations qui adorent encore , au lieu de vous , tout ce que l'esprit humain a imaginé de plus bizarre : il est des terres où l'on a changé la gloire respectable du Dieu vivant et invisible, en l'image méprisable des bêtes et des reptiles. Pour vousmême , pour la gloire de votre nom , faites-vous connaître à ces peuples barbares, qui vous rendraient facilement à vous , Dieu véritable, et à votre vrai Fils Jésus-Christ, le culte qu'ils rendent à la vanité et au mensonge. Quand les recueillerezvous avec nous pour en faire la plénitude et la richesse de votre Église ? tout y souffre de ce retardement : tout y attend ce bienheureux retour , qui fera la joie du monde , le dernier état de la religion , mais le plus beau , le renouvellement des siècles ', et l'accomplissement de vos saintes promesses. Que sont

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devenus pourle Seigneur et. pour son Christ , ces vastes pays où le christianisme jetait un si grand éclat , où le culte du Seigneur régnait avec tant de majesté , où la sainte discipline des mœurs se soutenait avec tant de dignité?

Que sont donc devenues ces contrées toutes pleines de saints , d'où la bonne odeur de Jésus - Christ s'exhalait au loin ? Que sont devenues ces belles solitudes, autrefois peuplées d'hommes admirables en piété , de femmes respectables par le mépris du monde et de toute sa vanité , de filles recommandables par des vertus au-dessus de leur sexe ? Beaux déserts ! heureuses retraites de tant de saints pénitens ! tous ces lieux , dont le souvenir sera toujours cher à l'Église , sont maintenant en proie à infidélité : des peuples étrangers en ont pris possession au nom du démon , sans qu'il nous soit peut-être jamais vemi dans la pensée de demander à Dieu de faire refleurir sa gloire dans ces terres , où il en est resté des semences cachées , et toutes prêtes à repousser; de demander à Dieu d'arracher son ancien héritage des mains de l'usurpateur. La foi a péri tout autour de nous. Après s'être séparés du tronc , ces nations se sont coupées elles - mêmes en mille morceaux ; elles ont tant changé , qu'elles ne savent plus à quoi s'en tenir ; et il y a dans leur génie tant de penchant au changement , que nous pourrions espérer de les voir re-

SER venir à ce qu'elles ont quitté :

mais personne ne le demande à à celui qui tourne et ramène , coiume il veut , les rois et les peuples. Il sort , pour ainsi dire, du milieu des mers des mondes inconnus. Des hommes nouveaux paraissent , qui semblent vouloir recueillir la foi abandonnée de tant de peuples.

La moisson serait grande de ce côté-là , si les ouvriers étaient en grand nombre , et tels qu'il les faut pour celte œuvre : nous ne sommes ni appelés ni propres à y aller nous-mêmes annoncer Jésus-Christ ; demandons du moins au père de famille qu'il envoie des ouvrierj^, dans cette moisson jaunissante , et comme prête à couper ; qu'au lieu de tant de gens qui y vont en marchands , il en envoie qui y aillent en chrétiens. Nous nous plaignons de tant d'entreprises pour la gloire de Dieu qui tournent à notre honte , qui est en quelque sorte celle de Jésus- Christ , n'est - ce pas parce que nous mettons plutôt notre confiance dans nos armes que dans nos prières ? n'est-ce pas parce que nous ne faisons nous-mêmes que travailler , sans nous faire aider par les prières du peuple fidèle ? Bien différent du peuple d'aujourd'hui, le peuple ancien, d'une même voix , depuis l'enfant qui savait à peine remuer les lèvres , jusqu'au vieillard qui ne peut plus remuer que les lèvres, invoquait le Seigneur dans toutes les entreprises , grandes ou petites , qui regardaient la

SËK gloire de la nation , qu'ils regardaient comme la gloire même de Dieu. Bien différent de nous, le grand apôtre n'entreprenait jamais rien pour la gloire de Jésus-Christ, qu'il ne l'appuyât des prières de tous les fidèles :

Rogo vos ut adjuvetis me in orationîbus nestris pro me ad Deum.

Et peut-être sans ce secours, nous ne compterions pas tant de villes , tant de provinces , tant de nations rangées sous le joug de Jésus-Clirist, et ne serions-nous pas nous-mêmes au rang de ces illustres conquêtes.

Sans doute il faut prier nousmêmes les premiers , ministres du Seigneur , et prier avant toutes choses ; Jésus-Christ luimême l'a fait en toute rencontre , pour nous en laisser l'exemple : mais il faut , sans que nous les en priions toujours, que nos frères nous aident jusqu'à la fin de leurs ferventes oraisons auprès de Dieu.

Ah I que je voudrais faire entendre aujourd'hui ma voix à tantde serviteurs et de servantes de Dieu renfermés dans les solitudes de la terre , qui , trop occupés de leurs besoins et de leurs misères personnelles , trop occupés de leur ordre ou de leur communauté en particulier, oublient presque de prier pour l'Église en général , ou ne donnent à cette prière que le reste d'une ardeur épuisée à ces demandes particulières ! C'est là manquer à l'Église ou à Dieu même; et en manquant à l'Église , c'est se manquer à soi -

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même. Que si quelqu'une dans ces besoins pressans de tout le corps de l'Église , peu frappée de cet objet , allait se perdre dans de hautes contemplations , et comme assise aux pieds de Jésus-Christ , ne se joignait pas à nous par la prière , pendant que nous sommes dans l'embarras et dans l'agitation, pendant que nous sommes dans les travaux et dans les combats , nous nous plaindrions à Jésus- Christ avec Marthe , et nous lui dirions : Dites donc à Marie , Seigneur , qu'elle nous aide :

Die ergo illi ut me adjuvet.

Qu'est - ce que l'homme , ô mon Dieu ? Que je le comprenne, que je le sente , et que je vous le confesse aujourd'hui avecla confusion sur le visage. 0 hommes!

nous ne sommes rien , nous n'avons rien, nous ne pouvons rien dans l'ordre de la nature. Nous ne subsistons que par la même action qui nous a créés , nous n'avons les choses nécessaires à la vie que par la même bonté qui nous a donné l'être ; notre vie , notre sort est tout entier dans les mains de celui qui règle tout dans le monde , depuis le faible mouvement du plus léger atome , jusqu'à ces grands coups qui ébranlent tout dans l'univers.

Qu'est-ce que l'homme , ô mon Dieu , dans son être spirituel? Pauvre, faible, corrompu; la pauvreté , la faiblesse , la corruption même. C'est le mensonge et le péché. Ce qu'il trouve dans son fond , c'est des besoins et

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