RELIGION
SERMON ABRÉGÉ
Âmen dico vobis, non inveni tantam fidem in Israël.
Je 7)0us dis , en vérité , je n'ai pas trouvé une si grande foi dans Israël. (Matth. 8, lo. )
D'où venait donc l'incrédulité que Jésus-Christ reproche aujourd'hui aux Juifs? Et quel sujet pouvaient-ils avoir de douter encore de la sainteté de sa doctrine et de la vérité de son ministère? Ils avaient demandé des miracles, et il en avait opéré de
si oonvaincans, à leurs yeux , que personne avant lui n'en avait fait de semblables. Ils avaient souhaité que sa mission fût autorisée par des témoignages : Moïse et les prophètes lui en avaient rendu; le précurseur avait dit hautement : Voilà le Christ et l'agneau qui vient effacer les péchés du monde ; un gentil rend gloire dans notre Évangile à sa toute-puissance ; le Père céleste, du haut des airs , avait déclaré que c'était là son Fils bien-aimé; enfin les démons eux-mêmes, frappés de sa sainteté, ne sortaient des corps qu'en confessant qu'il était le saint et le Fils du Dieu vivant. Que pouvait encore opposer l'incrédulité des Juifs à tant de preuves et de prodiges?
Voilà, mes frères, ce qu'on pourrait demander aujourd'hui avec bien plus de surprise à ces esprits incrédules, lesquels après l'accomplissement de tout ce qui avait été prédit, après la cousommation des mystères de Jésus-Christ, l'exaltation de son saint nom, la manifestation de ses dons, la vocation des peuples, la destruction des idoles , la conversion des Césars> le consentement de l'univers, doutent encore , et entreprennent eux seuls de contredire et de renverser ce que les travaux des hommes apostoliques, le sang de tant de martyrs, les prodiges de tant de serviteurs de Jésus-Christ, les écrits de tant de grandshommes, les austérités de tant de saints anachorètes, et la religion de
dix-sept siècles, ont si universelleineut et si divinement établi dans l'esprit de presque tous les peuples.
Car, mes frères, au milieu des triomphes de la foi s'élèvent encore en secret parmi nous des enfans d'incrédulité, que Dieu a livrés à la vanité de leurs pensées, qui blasphèment ce qu'ils ignorent ; des hommes impies qui changent , comme dit un apôtre, la grâce de notre Dieu en luxure, souillent leur chair, méprisent toute domination , blasphèment la majesté, corrompent toutes leurs voies comme des animaux sans raison, et sont réservés à servir un jour d'exemple aux jugemens terribles de Dieu sur les hommes.
Or, si , parmi tant de fidèles que la religion assemble en ce lieu, il se trouvait quelque âme de ce caractère, souffrez, vous mes frères, qui conservez avec respect le dépôt de la doctrine que vous avez reçue des mains de vos ancêtres et de vos pasteurs, que je me serve de cette occasion ou pour les détromper ou pour les combattre. Souffrez que je fasse ici une fois ce que les premiers pasteurs de l'Église faisaient si souvent devant leur peuple assemblé, c'est-à-dire, que j'entreprenne l'apologie de la religion de Jésus-Christ contre l'incrédulité.
Voici donc tout mon dessein ; l'incrédule refuse de se soumettre aux vérités révélées, ou par une vaine affectation de raison, ou par un faux sentiment d'or-
gueil, ou par un amour mal placé d'indépendance. Or , je veux montrer aujourd'hui que la soumission que l'incrédule refuse par une vaine affectation de raison, est l'usage le plus sensé qu'il puisse faire de la raison même : que la soumission qu'il refuse par un faux sentiment d'orgueil, en est la démarche la plus glorieuse : et enfin , que la souaùssion qu'il rejette par un amour mal placé d'indépendance, en est le sacrifice le plus indispensable. Et, de là , je tirerai les trois grands caractères dé la religion : elle est raisonnable; elle est glorieuse; elle est nécessaire.