‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 64 sur 77 · SEE · texte numérisé non relu

SEE

chacun avait droit d'y étudier ses devoirs , et d^y découvrir ses espérances. Loin de flatter leur orgueil , ils ne leur parlaient que de l'ingratitude de leurs pères : ils leur annonçaient à chaque page des n)alheurs , comme le juste châtiment de leurs crimes ; ils reprochaient aux rois leur dissolution , aux pontifes leurs injustices, aux grands leur profusion , au peuple son inconstance et son incrédulité ; et cependant ces livres saints lui étaient chers ; et par les oracles qu'ils y voyaient s'accomplir tous les jours , ils attendaient avec confiance l'accomplissement de ceux dont tout l'univers est aujourd'hui témoin. Or, la connaissance de l'avenir est le caractère le moins suspect de la divinité.

Secondement : ces mystères sont fondés sur des faits miraculeux si éclatans , si publics dans la Judée , si convenus alors même par ceux qui avaient intérêt de les nier , si marqués par des événemens qui intéressaient toute la nation , si répétés dans les villes , dans les campagnes , dans le temple , dans les places publiques, qu'il faut fermer les yeux à la lumière pour les révoquer en doute. Les apôtres les ont prêches , les ont écrits dans la Judée même peu de temps après leur accomplissement , c'est-à-dire , dans un temps où les pontifes qui avaient condamné Jésus-Christ , encore vivans, auraient pu les confon-.

dre et crier à l'imposture , s'iU

avaient imposé au genre humain.

Jésus - Christ, en ressuscitant selon sa promesse, confirma son Evangile : et l'on ne peut suiiposer , ni que les apôtres se soient trompés sur ce fait si décisif, si essentiel pour eux; sur ce fait tant de fois prédit, attendu comme le point principal oii tout le reste se raj'portait ; ce fait tant de fois confirmé et devant des témoins si nombreux; ni qu'ilsaient voulunous tromper eux-mêmes, et alli:r prêcher aux hommes un mensonge aux dépens de leur repos , de leur honneur et de leur vie , le seul prix qu'ils attendaient de leur imposture. Ces hommes qui ne nous ont laissé que des enseignemenssisagesetsi pieux, auraient donc donné à la terre un exemple d'extravagance , inconnu jusqu'à eux à tous les ])euples, et se seraient de sangfroid, sans vue , sans intérêt , sans motif, dévoués aux tourmens les plus affreux , et à une mort soufferte avec une piété héroïque, non -seulement pour aller soutenir la vérité d'un fait dont ils connaissaient eux-mêmes la fausseté ? Ces hommes seraient tous morts tranquillement pour un autre homme qui les aurait trompés , et qui n'ayant pas ressuscité , comme il l'avait promis , se serait joué pendant sa vie de leur crédulité et de leur faiblesse ? Que l'impie ne nous reproche plus comme une crédulité les mystères incompréhensibles de la foi. Il faut qu'il soit bien crédule lui-

même, pour pouvoir se persuader des suppositions si incroyables.

Enfin la foi de ces mystères a trouvé tout l'univers docile :

les Césars , qu'elle dégradait du rang des dieux ; les philosophes, qu'elle convainquait d'igno rance et de vanité ; les voluptueux, à qui elle ne prêchait que des croix et des souffrances; les riches, qu'elle obligeait à la pauvreté et au dépouillement; les pauvres , à qui elle ordonnait d'aimer leur abjection et leur indigence; tous les hommes, dont elle combattait toujours les passions , cette foi préchée par douze pauvres sans science , sans talens , sans appui , a soumis les empereurs , les savans , lesignorans, les villes, les empires. Des mystères si insensés en apparence, ont renversé toutes les sectes et les monumens d'une orgueilleuse raison ; et la folie de la croix a été plus sage que toute la sagesse du siècle. Que dis-je? Tout l'univers a conspiré contre elle, et les efforts de ses ennemis l'ont affermie. Etre fidèle et être destiné à la mort , étaient deux choses inséparables , et cependant le danger était un nouvel attrait : plus les persécutions étaient violentes , plus la foi faisait de progrès, et plus le sang des martyrs était la semence des fidèles. ODieuI qui ne sentirait votre doigt? qui ne reconnaîtrait à ces traits le caractère de votre ouvrage? Où est la raison qui ne sente tomber ici la vauité de ses doutes , et qui

rougisse encore de se soumettre à une doctrine qui a soumis tout l'univers? Mais non -seulement cette soumission est raisonnable ; elle est encore glorieuse à 1 homme.

SECONDE PARTIE

L'orgueil est la source secrète deVincrédulité. Il y a dans cette ostentation de raison , qui fait mépriser à l'incrédule la croyance commune , une déplorable singularité qui le flatte , et fait qu'il suppose en lui plus de force et plus de lumière que dans le reste des hommes, parce qu'il a osé secouer un joug qui les assujettit tous , et contredire témérairement ce que les autres, jusqu'à lui, s'étaient contentés d'adoi'er.

Or , pour ôter à l'incrédule une si ajFreuse consolation , il n'y a cju'à démontrer d'abord qu'il n'est rien de plus glorieux à la raison que la foi : ;;lorieux du côté des promesses fju'elle renferme pour l'avenir; gk>lieux par la situation où elle met le fidèle pour le présent ; glorieux, enfin, du côté des grands modèles qu'elle lui propose à initer.

Glorieux du côté des promesses qu'elle renferme : quelles sont les promesses de la foi, mes frères? l'adoption de Dieu, une société immortelle avec lui, la rédemption parfaite de nos corps , l'éternelle félicité de nos âmes, la délivrance des passions, nos cœurs fixés par la possession d'un bien véritable, nos esprits

pénétrés de la lumière ineffable de la raison souveraine , et heureux par la vue claire et toujours durable de la vérité : telles sont les promesses de la foi. Elle nous apprend que notre origine est divine , et nos espérances éternelles.

Or, je vous demande, est-il honteux à la raison de croire des vérités qui font tant d'honneur à l'immortalité de sa nature?

Eh quoi , mes frères? serait-il donc plus glorieux à l'homme de se croire de la même nature que les bètes , et d'attendre la même fin ? Quoi ! l'incrédule croirait se faire plus d'honneur en se persuadant c[u'il n'est qu'une vile boue que le hasard a assemblée , et que le hasard dissoudra sans fin , sans destination , sans espérance , sans aucun autre usage de sa raison et de son corps , que celui de se plonger brutalement comme les animaux dans les voluptés charnelles? quoi! il aurait meilleure opinion de lui-même , en se regardant comme un infortuné que le hasard a placé sur la terre , cjui n'attend rien au delà de la vie , dont la plus douce espérance est de retomber bientôt dans le néant , qui ne tient à aucun être hors de lui , qui est réduit à trouver en lui - même sa félicité , quoiqu'il n'y trouve que des inquiétudes et des terreurs secrètes? Est -ce donc là cette affreuse distinction qui flatte tant l'orgueil de l'incrédule? Grand Dieu ! qu'il est glorieux à votre vérité de n'avoir

pour enneriiis que des hommes de ce caractère ! Mais si la foi est glorieuse du côté des promesses qu'elle renferme pour l'avenir , elle ne l'est pas moins du côté de la situation où elle met le fidèle pour le présent. Et ici , mes frères , représentez vous un véritable juste qui vit de la foi, et vous avouerez qu'il n'est rien de si grand sur la terre : maître de ses désirs et de tous les mouvemens de son cœur ; exerçant un empire glorieux sur lui-même ; possédant son âme dansla patience et dans l'égalité, et régissant toutes ses passions par le frein de la tempérance ; humble dans la prospérité , constant dans la disgrâce , joyeux dans les tribulations , paisible avec ceux qui haïssent la paix , insensible aux injures , sensible aux afflictions de ceux qui l'outragent, fidèle dans ses promesses , religieux dans ses amitiés , inébranlable dans ses devoirs , peu touché des richesses qu'il méprise , embarrassé des honneurs qu'il craint , plus grand que le monde entier qu'il regarde comme un monceau de poussière : quelle élévation !

La hhilosophie ne détruisait les vices que par l(î vice. Elle n'apprenait avec faste à mé priser le monde, que pour s'attirer les applaudissemens du . monde : elle cherchait plus la gloire de la sagesse , que la sagesse elle-même. En détruisant les autres passions , elle en élevait toujours une plus dangereuse sur leurs ruines , je veux

SER dire l'orgueil : semblable à ce prince de Babylone, qui n'avait renversé les autels des dieux des nations , que pour élever sur leurs débris sa statue impie , et ce colosse monstrueux d'orguel qu'il voulut faire adorer à toute la terre.

Mais la foi élève le juste audessus de sa vertu même. Elle le rend encore plus grand dans le secret du cœur et aux yeux de Dieu, que devant les hommes. Il pardonne sans orgueil ; il est désintéressé sans farte ; il souffre sans vouloir qu'oa s'en aperçoive ; il modère ses passions sans s'en apercevoir luimême ; lui seul ignore la gloire et le mérite de ses actions ; loin de jeler des regards de complaisance sur lui-même, il a honte de ses vertus plus que le pécheur n'en a de ses vices ; loin de chercher d'être applaudi , il cache ses œuvres de lumières , comme si c'étaient des œuvres de ténèbres : il n'entre dans sa vertu que l'amour du devoir; il n'agit que sous les yeux deDieu seul, et comme s'il n'y avait plus d'hommes sur la terre : cjuelle élévation ! Trouvez, si vous le pouvez , quelque chose de plus grand dans l'univers : repassez sur tous les divers genres de gloire dont le monde honore la vanité des hommes ; et voyez si tous ensemble ils peuvent atteindre à ce degré de grandeur où la foi élève l'homme de bien.

Or , mon cher auditeur , quoi de plus honorable à l'homme que cette situation ? je vous le de-

SER mantie. Le trouvez - vous plus glorieux, plus respectable, plus grand, lorsqu'il suit les impressions d'un instinct brutal ; qu'il est esclave de la haine , de la vengeance , de la volupté , de l'ambition , de l'envie , et de tous ces monstres qui régnent tour à tour dans son cœur ?

Car vous qui vous faites honneur de ne pas croire , savezvous bien ce que c'est qu'un incrédule ? c'est un homme sans mœurs , sans probité , sans foi, sans caractère, qui n'a plus d'autre règle que ses passions , d'autre loi que ses injustes pensées, d'autre maître que ses désirs, d'autre frein que la crainte de l'autorité ; d'autre Dieu que luimême. Enfant dénaturé, puisqu'il croit que le hasard tout seul lui a donné des pères ; ami infidèle, puisqu'il ne regarde les hommes que comme les tristes fruits d'un assemblage bizarre et fortuit , auxquels il ne tient que par des liens passagers ; maître cruel , puisqu'il est persuadé que c'est le plus fort et le plus heureux qui a toujours raison. Car , qui pourrait désormais se fier à vous? vous ne craignez plus de Dieu ; vous ne respectez plus les hommes; vous n'attendez plus rien après cette vie : la vertu et le vice vous paraissent des préjugés de l'enfance , et les suites de la crédulité des peuples ; les adultères , les vengeances, les blasphèmes , les perfidies noires , les abominations qu'on n'oserait nommer , ne sont plus pour

vous que des défenses humaines et des polices établies par la politique des législateurs; les crimes les plus affreux , et les vertus les plus pures, tout est égal, selon vous , puisqu'un anéantissement éternel va bientôt égaler le juste et l'impie , et les confondi'e pour toujours dans l'horreur du tombeau. Quel monstre êtes-vous donc sur la terre ? L'idée qu'on vient de vous donner de vous-même flatte-t-elle beaucoup votre orgueil? pouvez-vous en soutenir la seule image?

Enfin , si mon sujet avait besoin de nouvelles preuves , je vous montrerais combien la foi est glorieuse à l'homme du côté des grands modèles qu'elle nous propose à imiter. Souvenez-vous d'AbraljHi» , d'Isaac et de Jacob U- 'eut autrefois les Juifs à lei'KÎ ciifans. Souvenez-vous des sait }s sommes qui vous ont précédés, et qui ont été éprouvés par le témoignage de la foi , disait saint Paul aux fidèles, après leur avoir rapporté de siècle en siècle , dans ce beau chapitre de sa lettre aux Hébreux , leurs noms et les circonstances les plus merveilleuses de leur histoire. Voilà l'avantage de la foi chrétienne ; rappelez tous les grands hommes qu'elle a fournis dans tous les siècles ; des princes si magnanimes, des conquérans si religieux , des pasteurs si vénérables , des philosophes si éclairés, des savans si estimés, de beaux esprits si vantés dans leur siècle, des martyrs si généreux , des anachorètes si péni-

teiis , des vierges si pures et si constantes , des héros en tout genre de vertu. La philosophie prêchait une sagesse pompeuse ; mais son sage ne se trouvait nulle part. Ici quelle nuée de témoins I quelle tradition non interrompue de héros chrétiens , depuis le sang d'Abel jusqu'à nous?

Or , je vous demande , rougirez-vous de marcher sur les traces de tant de noms illustres?

mettez d'un côté tous les grands hommes que la religion a donnés au monde dans tous les siècles, et de l'autre côté le petit nombre d'esprits noirs et désespérés que l'incrédulité a produits. Vous paraît-il plus glorieux de vous ranger dans ce dernier parti ; de prendre pour vos guides et pour vos modèles ces hommes dont les noms ne se présentent à notre souvenir qu'avec horreur ; ces monstres qu'il a plu à la providence de permettre que la nature enfantât de temps en temps ; ou les Aljraham , les Joseph, les Moïse, les David, les hommes apostoliques, les justes de l'ancien et du nouveau temps ? Soutenez , si vous le pouvez , ce parallèle.

Ah ! disait autrefois saint Jérôme dans une occasion différente , si vous me croyez dans l'erreur, il m'est glorieux de me tromper avec de tels guides : Si me deprehenderis errantem , patere me, quceso , errare cum talibus. La foi est donc glorieuse à l'homme : vous venez de le voir. Il nous reste à montrer qu'elle lui est nécessaire.

Page 1