‹ Bibliothèque sacrée (volume 4)Chapitre 8 sur 77 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Jésus-Christ en donnant la mission à ses apôtres, leur communiqua le pouvoir d'envoyer , comme ils étaient envoyés; et leur autorité , qu'ils reçurent immédiatement de Jésus-Christ, a passé de siècle en siècle jusqu'à ceux qui tiennent leur place dans l'Église. Mais comme dans la loi judaïque Dieu suscitait de temps en temps des hommes qu'il distinguait par les dons éclatans de prophétie et des miracles, pour ramener au culte du vrai Dieu ce peuple inconstant , toujours prêt à sacrifier aux fausses divinités des nations étrangères ; ainsi dans la loi de grâce , la providence fait souvent naître des hommes qui , sans sortir de l'ordre de la mission établie et légitime, paraissent extraordiiiairen^ent envoyés de Dieu , pour secourir l'Eglise dans les besoins et les périls où elle se trouve. Dominique fut de ce nombre. La mission de ce grand homme envoyé principalement pour renouveler l'esprit de la prédication évaugéjique , vous paraîtra tout extraordinaire , soit que vous considériez les motifs qui la causèrent , ou les qualités du sujet qui l'a reçue , ou les marques éclatantes dont elle fut accompagnée; car c'est à ces trois choses que je réduis ce qui peut rendre une mission extraordinaire. Lorsque Dieu envoie au monde ces hommes apostoliques, qu'il remplit de

ses talens, il y est déterminé par des motifs pressans, qui lui font ouvrir les trésors de sa miséricorde , pour en tirer ces dons précieux... Pour envoyer le Messie, il attend que toute la terre soit plongée dans les ténèbres de l'idolâtrie , et que dans le seul endroit de l'univers où son nom est reconnu, la pureté du culte légitime soit toute corrompue par la superstition d'un judaïsme tout charnel et tout terrestre. Cette providence qui joint des remèdes proportionnés aux plaies dont elle éprouve son Église, touchée des géniissemens de cette colombe affligée , lui envoie saint Dominique pour sa consolation ; la robe de cette épouse sans tache , quoique toujours indivisible, était alors déchirée par les attentats et les progrès de l'hérésie albigeoise c£ui avait infecté de son poison presque

tous les royaumes chrétiens

Le ministère de la prédication , moyen efïicace et permanent pour maintenir la religion , et pour servir comme de digue au torrent de l'impiété et du libertinage , était ou négligé, ou interrompu. Ce fut pour remédier à ces maux que Dieu suscita Dominique, et lui inspira le dessein de renouveler l'esprit de cette fonction apostolique, presqu'éteint dans l'Église.

On ne rappelle point les circonstances de sa vie , connues sans doute à des auditeurs trop intéressés à sa gloire pour les iguorer. Vous savez que , cha-

noine régulier dans l'église de l'évêque d'Osme , son oncle , il fut choisi par le conseil d'Espagne pour aller en France avec ce prélat en qualité d'ambassadeur, former le lien d'une alliance royale entre ces deux couronnes ; que son zèle pour la maison de Dieu s'étant allumé par le récit des désordres qu'y faisait de toutes parts cette hérésie malheureuse , marquée de tous ces signes affreux que le Saint-Esprit donne à la bête mystérieuse qui la représente dans l'Apocalypse , notre saint entreprit le voyage de Rome avec le prélat qu'il accompagnait , pour aller demander au souverain Pontife du secours, afin d'arrêter la fureur de ce monstre qui , en troublant la paix de l'Église , souillait le feu d'une guerre infernale aux quatre coins de l'Europe ; qu'Innocent III, touché des vertus de ce grand homme , rehaussées par l'éclat de sa naissance, après avoir renvoyé l'évêque d'Osme dans son église, nomma Dominique son légat dans ce royaume, pour y publier une croisade , et pour animer le zèle du roi trèschrétien , contre une erreur qui triomphait à la tète de plus de cent mille hommes armés pour sa défense.

Voilà, chrétiens , une mission toute singulière par les motifs qui la causent de la part des hommes ; mais elle l'est encore plus dans les vues de la Providence qui la ménage... La mission de Dominique paraît d'abord n'avoir d'autre fin, que

Vextirpatiou d'une hérésie ; el la Providence dispose un moyen efficace pour les détruire toutes, par la prédication de sa parole qui , comme un glaive à deux tranchans, coupe toutes les racines de l'erreur dans les âmes.

(hœùr. 4-) Dominique n'est considéré que comme un légat apostolique qui vient mettre le glaive sacré de saint Pierre à la main d'un monarque cli rétien , contre des ennemis de l'État et de la religion; mais Dieu en veut faire un prédicateur du premier ordre qui retrace dans l'Église l'idée de la première mission des apôtres envoyés dans toutes les parties du monde pour prêclier l'Évangile à toute créature. Lorsque ce grand saint commença le premier discours qu'il prononça en présence d'une assemblée tout auguste, par les paroles de l'ange Gabriel à Marie , il semblait ne vouloir qu'ouvrir, sous les auspices delà sainte Vierge, une guerre sainte contre les blasphémateurs qui l'outrageaient avec insolence ; mais Dieu voulait instruire par ce grand exemple tous les ministres qui lui succéderaient dans cette sublime fonction, à ne l'entreprendre qu'après avoir imploré l'assistance de cette Mère des grâces , il voulait instituer par ce serviteur zélé de Marie , la célèbre dévotion du Rosaire , appuyée de tant de témoignages, autorisée par tant de miracles, honorée de tant de privilèges...

Dieu , dont la grâce prend

SER plusieurs formes , dit l'apôtre , ne donne pas toujours les mèmesqualités aux ministres qu'il envoieextraordinairement,pour être les fondateurs ou lesrestaurateurs delà religion. Quelquefois il prend des hommes sans naissance, sans éducation , sans science, afin que des efiêts merveilleux , produits par des instrumens si disproportionnés , fassent mieux reconnaître, dit saint Augustin , la cause divine et supérieure d'où ils empruntent leur force. Les apôtres destinés à convertir toute la terre étaient des hommes grossiers tirés de la lie du peuple , et, pour ainsi dire, tout paîtris du limon de leurs barques : mais nous savons aussi qu'Isaïe , ce grand prophète, était sorti de la famille royale; que saint Paul joignait une parfaite connaissance de la loi , à un zèle ardent pour la défense de ses traditions, lorsqu'il fui séparé pour être le docteur des nations ; et enfin que Jésus-Christ, appelé le Messie par la singularité de sa mission d'un ordre tout différent des autres , voulut sortir de la maison royale de David , et que les femmes s'écriaient en l'écoutant, que jamais homme n'avait parlé de la sorte. C'est ainsi que Dieu remplit saint Dominique de talens proportionnés aux grandes choses qu'il voulait opérer par son ministère : il fit sortir de l'illustre et ancienne maison des Gusmans en Espagne, un homme qui devait animer le zèle des souverains pon-

tifes et des monarques, et porter l'étendard de la croix en qualité de légat, et de conquérant dans les armées chrétiennes. Il le remplit des trésors de sa science , et le fit le premier maître de la théologie dans Rome, avant de s'en servir pour confondre l'iiérésie, et pour en fairecomme la pierre fondamentale de cette tour mystérieuse de David, d'où pendent mille boucliers impénétrables aux traits de l'erreur et de l'ignorance, ( Cant.. 4- ) Il fit naître avec une éloquence qui entraînait les cœurs , ce prédicateur original qui devait laisser ce nom en héritage à une postérité sainte consacrée à cette fonction essentielle de la religion. Tout prêchait dans cet homme apostolique, disent les historiens de sa vie ; toutes ses paroles étaient comme autant d'étincelles du feu divin dont il était rempli , qui l'allumaient dans les âmes , ou comme autant de flèches aiguës qui, lancées par la force de son zèle, perçaient le cœur des ennemis de Dieu.

Ajouterai -je à ces ([Ualités éminentes de son esprit et de son cœur, celle de son extérieur qui rendait la piété vénérable ; ces circonstances prophétiques qui accompagnèrent ou précédèrent sa naissance ; cette étoile lumineuse qui parut sur son front, lorsque cet astre de l'Église commença de luire au monde ; ce soin de la Providence qui le fit naître en Espagne le même jour que naquit en

France ce chef fameux de l'hérésie albigeoise qu'il devait détruire; ce songe prophétique si glorieusement vérifié -, dans lequel sa mère enceinte de lui , crut voir sortir de son sein, avec un flambeau allumé, cet animal que l'Écriture nous représente comme l'image des {)rédicateurs dont saint Dominique devait être le père : j'entre insensiblement dans la troisième raison qui rend la mission de ce grand saint extraordinaire ; il n'en est point de signe plus évident que le don des miracles... Ce sceau de la Divinité qui en porte les plus visibles caractères , parut avec éclat sur saint Dominique:

en faut-il d'autre preuve que la résurrection de trois morts, appuyée sur des témoignages si incontestables, que l'impiété la plus impudente serait forcée de les respecter, si l'on pouvait eu exposer le détail dans cette chaire...

Que ne puis-je vous faire remarquer les rapports glorieux qui se trouvent entre la résurrection d'un jeune homme que Dominique rendit aux larmes de son oncle , et la résurrection du Lazare que le Sauveur rendit aux larmes de Marthe et de Marie I Vous verriez Dominique qui prie , qui pleure , qui commande au mort de se lever comme Jésus-Christ : la résurrection de celui qui vient d'expirer dans les flots de son sang répandu par un accident tragique , vous paraîtrait aussi admirable que la résurrection du

6o SER

Lazare déjà corrompu dans le sépulcre , et vous ferait appliquer à ce miracle de Dominique, ce que dit saint Augustin de ce fameux prodige du Sauveur, qu'il fut une épreuve de sa divinité qui devait triompher de l'incrédulité la plus obstinée, et qui passa dans cette occasion l'espérance que la foi des apôtres avait conçue. Voulez-vous donc connaître si Dominique fut véritablement un homme envoyé de Dieu , je ne vous en donne point d'autre signe que la réponse de Jésus-Christ aux disciples de saint Jean, qui lui demandaient s'il était le Messie.

Les aveugles voient, les boiteux marchent , les muets parlent.

Dominique a porté toutes ces marques d'une mission divine, et vérifié cette prédiction du Sauveur à ses apôtres, qu'ils feraient des signes plus grands que lui-même. Il semblait que Dieu lui eût communiqué cette puissance absolue par laquelle il est le roi des élémens , comme l'appelle Tertullien. Le feu , l'eau , l'air, la terre, obéissent à ses ordres, les flammes respectent les caractères sacrés de la vérité dans les livres dont il est l'auteur; la mer, soumise à sa parole , regorge tout vivans , jusqu'à quarante Anglais qu'elle avait engloutis dans un naufrage ; l'air devient ferme et solide pour le soutenir, lorsqu'il s'élève de terre dans ses extases ; les orages et les tempêtes se dissipent quand il commande aux vents de se taire; les enfers re-

connaissent son autorité quand il chasse les démons des corps des possédés, en délivrant les âmes de leur servitude. Voilà les caractères véritables d'une mission extraordinaire ; tout le siècle de saint Dominique en fut témoin : plus de cent mille hérétiques convertis , sont des garans de ces faits incontestables.

Arrêtons-nous, chrétiens; et, puisque les panégyriques des saints ne sont pas moins destinés à notre instruction qu'à leur éloge , faisons sur ces grands miracles de saint Dominique des réflexions propres à ranimer notre foi , en reconnaissant sur quels solides fondemens notre religion est appuyée.

Je fais tous mes efforts , direzvous, pour me confirmer dans la foi, mais je ne puis captiver mon esprit sous le joug de ces vérités contre lesquelles il se révolte à toute heure. Pourquoi cela? c'est que vous voulez fortifier votre foi par des raisounemens auxquels Dieu n'attache point la grâce , au lieu d'avoir recours à la vertu toute-puissante de la prière. Dites à Dieu :

Je crois, ô mon Dieu, aidez mon incrédulité , credo Domine, adjnva incrediditatem meam.

(Marc. 9, 23.) Je crois ces vérités adorables que vous avez révélées à votre Église , ces oracles appuvés sur des fondemens éternels. Cependant , ô Seigneur! je sens des doutes involontaires que je vous conjure de dissiper : faites-moi voir les mystères de votre religion dans ce jour écla-

tant et favorable qui les fait révérer en les faisant connaître :

faites luire dans mon âme ces rayons vifs et pénétrans de votre grâce qui , perçant les sombres nuages de la foi , forment ces convictions secrètes et intérieures qui font crier une âme avec le prophète : ô Seigneur I vos témoignages ne sont que trop croyables. {Ps. 92 , 5.) Faites briller à mes yeux cette colonne de feu qui conduisait les Israélites dans le désert ; cette trace de lumière qui guide les âmes prédestinées parmi les ténèbres mystérieuses qui la couvrent dans les sentiers de la vérité : Deduc me in via ceterna.

(Ps. i38, 24.) Si vous faites cette prière avec confiance , les moindres voiles de l'incrédulité tomberont de vos yeux ; et quand votre foi sera solidement affermie , vous serez fidèles à vous acquitter de vos obligations , comme saint Dominique à remplir les devoirs de sa mission extraordinaire.

SECONDE PARTIE

Une science profonde pour défendre la pureté de la doctrine contre les erreurs de l'esprit, et une éloquence évangélique pour combattre les vices et les passions du cœur, voilà les deux talens que réunit saint Dominique, ce ministi:e extraordinaire.

C'est un docteur et un prédicateur qui confond l'hérésie dans les conférences par la force de ses raisonnemens ; qui la combat dans ses écrits par la solidité

de sa doctrine; qui la foudroie dans les chaires par le zèle de ses prédications ; il déclare à l'erreur une double guerre dans laquelle il triomphe de la fausseté de ses maximes , et de la rébellion de ses partisans ; il emploie à sa destruction le glaive à deux tranchans de la parole divine , et l'épée redoutable que le Seigneur a mise à la main des rois, pour abattre toute puissance illégitime qui s'élève contre leur autorité sacrée. Semblable à ces vaillans Israélites qui rebâtirent le temple sous la conduite d'Esdras , pendant qu'il réparait les ruines de la maison du Seigneur d'une main , il combattait de l'autre les peuples qui osaient l'interrompre dans le cours d'un si saint ouvrage ; et après que sa langue avait fait retentir les oracles de la vérité dans les temples, il attachait à leurs voûtes les dépouilles de ses ennemis.

Que ne puis-je ici, Messieurs, avec ces vives couleurs de l'éloquence chrétienne , vous décrire un des plus beaux traits dont la vie de ce grand saint soit enrichie I je vous ferais voir d'un côté les excès horribles de l'hérésie albigeoise , retraçant cette triste et touchante image de la profanation du temple, que le Saint-Esprit nous fait au livre des Machabées (i Mach. i, 57); les vases sacrés abandonnés au pillage ; les sacrifices interrompus; les murailles souillées d'abominations; les prêtres immolés au lieu de victimes ; les plus

saintes cérémonies abolies ; les superstitions d'iui culte sacrilège et exécrable placées sur les ailes des chérubins du sanctuaire ; les vierges sao'ées livrées en proie aux animaux immondes ; des horreurs que la nuit des temps n'a pu couvrir de ses ténèbres , commises en présence du Dieu de la pureté , et à la face des anges épouvantés : toute la beauté de l'épouse de Jésus-Christ défigurée par les attentats de ceux qui la couvraient d'opprobres , lorsqu'ils prétendaient lui rendre la gloire : spectacle affreux qui retraçait dans l'Église une Babylone assise avec un appareil magnifique, dans la chaire de l'impiété , qui d'une main présentait la coupe empoisonnée de ses erreurs et de ses fornications, et de l'autre tenait un glaive menaçant pour forcer ceux qui refivs-iient d'en boire. Dominique , soutenu d'une bulle du souverain pontife , prêche une sainte croisade contre cette secte impie ; il marche avec une petite troupe de chevaliers et de soldats chrétiens, contre une armée de plus de cent mille hommes hérétiques qui avaient établi dans le Languedoc le siège de leur rébellion, et le théâtre de leur violence. Je vois leurs nombreux bataillons dispersés par la fuite . ou tombés dans les chaînes , ou immolés par le fer aux approches de notre saint conquérant; une vasle campagne inondée de leur sang , et couverte de leurs morts, offre un digne sacrifice au Dieu des

SER armées. 0 Seigneur! comment est-ce qu'un seul homme en a pu vaincre mille , et qu'une poignée de soldats a pu mettre en fuite des escadrons comparables en nombre au sable de la mer, comme parle l'Écriture , si ce n'est parce que vous combattiez invisiblementpour ceux qui défendaient votre querelle. Un autre Moïse levait les l^ras au Ciel dans la personne de Dominique, pendant qu'un autre Josué poursuivait la défaite des Araalécites dans la personne du pieux et vaillant comte de Monfort. Il me semble voir dans ce crucifix, dans ce rosaire , et dans cette bulle de croisade que Dominique porte à la main , quelque chose de cet appareil mystérieux qui fit tomber autrefois les remparts de la superbe Jéricho. (Jo^.

6.) C'est avec ces armes où la force de la main du Très-Haut était attachée , que notre saint renversa l'autel sacrilège que Baal avait élevé contre Jésus- Christ; ce fut par cette journée mémorable que le ciel autorisa la sainte et vénérable dévotion du Rosaire , sous les étendards duquel cette guerre religieuse fut entreprise et terminée.

Aussi Dominique en rendit-il un hommage éclatant à Marie , lorsqu'il lui adressa pour la première fois cette louange que l'Église a répétée si souvent à sa gloire : Cunclas hœreses sola intcremisti. Éloge d'autant plus juste et plus véritable, que l'hérésie albigeoise était un amas

SER inoustrueux de toutes les erreurs détruites dans une seule.

Après que Dominique eut chassé l'hérésie des lieux qu'elle occupait , il l'attaqua de toutes ses forces dans les âmes où elle avait établi sou siège; et il n'eût pas été content d'avoir désarmé des rebelles, s'il n'eût convaincu des obstinés. Quels vœux ardens ne fit-il pas au Ciel pour leur conversion? combien de fois son zèle le fit-il tomber en déiaillance , ou entrer dans une sainte indignation à la vue des malheureux apostats de la foi , qui abandonnaient la source d'eau vive pour aller puiser dans des citernes entr'ouvertes et corrompues? qui pourrait raconter ses conférences , ses prédications, ses voyages et ses miracles? Rappelez dans vos esprits celui que fitÉlie en présence du peuple d'Israël, lorsqu'il leur dit : Jusques à quand balancerez-vous entre deux voies? Si Baal est la divinité que vous devez adorer, brisez les autels du Dieu d'Israël ; mais si le Seigneur est le vrai Dieu , renversez les autels de Baal. Et pour nous éclaircir de la vérité , convenons que le Dieu qui fera descendre le feu du ciel sur le sacrifice qui lui sera offert , sera le véritable. Vous savez , chrétiens, les circonstances de cet événement célèbre... Considérez ce miracle renouvelé dans ce qui se passa entre les docteurs albigeois et saint Dominique , lorsqu'après une convention approchante , le livre qui conte-

nait les dogu)es de cette secte, livré aux flammes, fut en un moment consumé , pendant que celui que saint Dominique avait composé contre cette erreur, jeté trois fois dans un bûcher ardent , bien loin d'en recevoir aucune atteinte, ne put même être noirci par la fumée.

Mais le zèle de Dominique ne se borna pas à la conversion des hérétiques : il s'étendit sur tous les pécheurs. Comme il brûlait d'un amour ardent pour Jésus- Christ, il était plein d'une compassion charitable pour les misères de son Église , accompagnée d'une sainte colère contre les ennemis de Dieu et de son peuple. Nous lisons dans l'histoire de sa vie , qu'on ne lui entendit jamais prononcer une parole qui ne tendît à glorifier Dieu et à lui gagner des âmes.

Il était , comme Jean-Baptiste , un flambeau ardent et lumineux : lacet na ardens et lacens ; lumineux , pour éclairer l'esprit ; ardent , pour échauffer la volonté. Ses discours étaient remplis d'une onction et d'une force secrète , à laquelle on ne pouvait résister. Quand il parlait aux peuples, son visage paraissait tout rayonnant des lumières de la science et du feu de la charité , dont son âme était pleine; et saint Vincent nous assure qu'on l'aurait plutôt pris pour un ange que pour un homme. Voulez-vous apprendre un efi'et merveilleux de la grâce particulière qu'il avait reçue , pour ramener les pécheurs les

plus obstinés? Il tombe entre les mains de quelques scélérats et d'une troupe de voleurs noircis de mille crimes énormes qui, dans les forêts et dans les montagnes où ils étaient retirés , semblaient y avoir pris la cruauté des lions et des tigres; mais ce divin prédicateur les prêcha si efficacement, que ces cœurs de fer s'amollirent : il fit sortir, aussi-bien que Moïse , de ces rochers insensibles, des larmes de contrition ; et soutenu par la grâce de celui qui convertit le bon larron sur la croix , il leur fit détester la vie monstrueuse qu'ils menaient , pour en embrasser une pénitente.

Son zèle trop resserré dans Tétendue d'un royaume, lui fait parcourir l'Espagne, la France, l'Italie ; et porté par le soufïle du Saint-Esprit, comme une nuée mystérieuse dans plusieurs climats difFérens, il y répandit de toute part , comme les apôtres, la rosée précieuse et salutaire du sang de Jésus-Christ, par l'abondance des grâces dont sa prédication fut accompagnée.

Il sortait de cette nuée enflammée des éclairs qui brillaient cjuand il expliquait les vérités ; des tonnerres qui épouvantaient, quand il faisait retentir les menaces de l'Évangile aux oreilles des peuples ; des foudres qui brisaient et qui écrasaient, lorsqu'il frappait de malédiction et d'anathème les pécheurs endurcis ; des pluies qui arrosaient et qui fertilisaient , lorsqu'après avoir étonné les auditeurs, il

SER les faisait fondre en larmes. Il refusa plusieurs fois la dignité d'évêque , pour en faire la fonction par tout l'univers. Mais son zèle agit premièrement sur lui-même , avant de travailler pour le prochain ; disciple fidèle de Jésus-Christ , qui commença de faire avant d'enseigner. Il chàiiait son corps et le réduisait en servitude, de peur c£u'après avoir prêché les autres, il ne devînt lui-même réprouvé.

Son lit ordinaire était le marche-pied de l'autel , il interrompait trois fois son sommeil par de sanglantes disciplines; son vêtement , sa nourriture , sou logement, tout respirait en lui la mortification évangélique, et il pouvait dire aussi bien que Jean - Baptiste , qu'il n'était qu'une voix , puisque tout parlait en lui et que tout y prêchait la pénitence.

C'est dans ce genre de prédication cjue nous devons tous nous exercer. Il n'y a que les réprouvés qui disent avec Gain , qu'ils ne sont point chargés de la garde et de la conduite de leurs frères. Mais tous les véritables chrétiens sont instruits de cette obligation essentielle, marquée dans l'Ecclésiastique :

{Eccli. 17, 12.) Unicidqueman-' davit Deiis deproximo suo. Chacun , à sa manière , est chargé du salut de son prochain. Dieu a ses prédicateurs ; mais le monde et le démon ont les leurs : car peut-on appeler autrement ces personnes toutes dévouées à répandre dans les autres les niaxi-

SER snes de l'impiété et du vice ? Ces îibertins dont la bouche est comme un sépulcre ouvert , qui exhale en tous lieux une odeur de mort , de corruption et de scandale : ces femmes mondaines qui sont comme des amorces publiques propres à nourrir la concupiscence des \eux sensuels et adultères... Un jour viendra où Dieu vous demandera ces eiiïies, le prix de ses sueurs et de son sang, que vouslui avezarrachéesdes mains; et, après avoir été les inslrumens ordinaires du démon pour damner les hommes, vous deviendrez les compagnes éternelles des supplices particuliers qu'il souffrira pour ce détestable emploi... Saint Dominique aurait cru ses travaux bien récompensés , disait-il , s'il avait pu gagner une âme à Jésus-Christ; et il y aura dans l'enfer des pécheurs qui en auront entraîné des milliers avec eux , par la contagion de leur mauvais exemple. Ah ! si vous n'êtes pas touchés de compassion pour vos frères , ayez du moins pitié de votre âme ; miserere animœ tuœ.

Je ne dis pas de l'âme d'un maliométan , d'un infidèle, mais de Vàme de vos enfaus , de vos domestiques.

Il n'appartient qu'à Dominique et aux ministres envoyés extraordinairement comme lui , d'embrasser toutes les nations dans l'étendub de leur zèle. Ce grand, saint avait toujours présente à l'esprit celte vision dans laquelle l'anotre saint Paul vit

un homme de Macédoine , qui lui tendant les bras , lui adressait cesparoles touchantes. {Act.

16, 9. ) Transiens in Macedoninm^ adjiiva nos. Il croyait à toute heure entendre des voix plaintives, qui, de toutesles parties du monde, lui disaient : Venez à notre secours, venez nous éclairer dans ces terres sauvages où il ne paraît presque plus aucune trace de la première prédication de l'Évangile... Mais voyant qu'il ne pouvait pas subvenir lui seul à tous les besoins différens de l'Église, et que la mort interromprait nécessairement le cours de ses travaux, il a trouvé le secret de se multiplier et de s'éterniser , en instituant un ordre dont les religieux son t consacrés à ce divin emploi , que leur glorieux patriarche exerça toule sa vie. Ce n'est pas par une bienséance qui pourrait tenir quelque chose des maximes du siècle , que dans de semblables solennités l'on ])asse ordinairement des louanges du fondateur à celle des enfans ; mais c'est parce que que Jésus-Christ nous apprend que l'on ne peut bien juger d'un arbre que par ses fruits, et que ce serait couvrir d'un voile le plus bel endroit du tableau de Dominique, c[ue de taire ce que l'Église doit à son ordre.

Vous le savez, chrétiens, combien cet ordre religieux remplit dignement les obligations attachées au glorieux surnom qui le distingue parmi les autres.. Je ne touche point aujourd'hui aux

autres titres de sa gloire ; et pour nie renfermer dans les bornes de mou ministère , je loue les digues enfans d'un prédicateur extraordinairement envoyé de Dieu, par la dignité avec laquelle ils soutiennent le sacré ministère de la parole... Mais, hélas! quel fruit tirez-vous de leurs discours?... Prenez garde que Dieu ne vous ôte les prédicateurs excellens, pour les envoyer à des auditeurs plus dociles : menace que l'apôtre saint Paul fit autrefois aux Juifs , avant d'aller prêcher l'Evangile aux gentils; mais c[ui s'accomplit dans nos jours par les progrès des ouvriers qui recueillent de si abondantes moissons dans les climats infidèles , où ils prêchent avec la simplicité des apôtres, pendant que la vigne du Seigneur, continuellement arrosée et cultivée dans le centre de la religion, demeure toujours stérile. Demandons aujourd'hui , par l'intercession du saint prédicateur que nous louons et que nous vénérons, la grâce de parler en dignes ministres, et d'écouler eu dignes chrétiens, afin que nous puissions porter les fruits de cette précieuse semence de la parole au centuple dans cette vie , et en recueillir la récompense dans l'autre. ( L'abbé du Jarry, au second tome de ses panégyriques, pag. I et suiv. )

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