‹ Bibliothèque sacréeChapitre 3 sur 174 · DES SCIENCES ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

DES SCIENCES ECCLÉSIASTIQUES

xxAGARD ( Nicolas ) , écrivain luthérien , naquit à Wibourg , capitale du Nord-Jutland en Danemiarck,l'an 1612. Après avoir fait ses premières études à Wibourg, il passa dans l'Université de Copenhague. En 1637 il alla voyager ; de retour dans sa patrie , il fut fait , au commencement de l'année 1641 , recteur de l'école de Hersloff; quatre ans après, pasteur de ce lieu ; peu de temps ensuite, il fut établi régent à Faxe dans la Zélande. En 1647, ^^ ^"^* appelé à Sora ou Soor , pour y être professeur en éloquence , et il fut en même temps bibliothécaire et secret" de l'Université jusqu'en 1657 <l*i'il mourut , le 22 janvier, âgé de 45 ans. George Oligeri Rosenkrantz , président de cette Université à Sora , et le dernier qui ait occupé ce poste, fit l'éloge funèbre d'Aagard. Ce dernier ne passa donc point de l'Université de Sora dans celle deCopenhague , comme Luiscius et l'auteur du Supplément de Moréri, imprimé

en 1 7 16 , l'ont écrit , d'après Kœnig dans sa Bibliotheca vêtus et nova} écrivain qui n'est pas toujours exact, et qui étant étranger, mérite moins de créance qu'Albert Thara , auteur danois , qui écrivant dans son propre pays , d'après des mémoires recueillis sur les lieux, assure positivement c|ue Nicolas Aagard n'a point quitté le poste de professeur à Sora. C'était un homme savant , qui cultiva la poésie latine , grecque et hébraïq. Il composa aussi plusieurs ouvrages dont les principaux sont : i°Dis. inCiceronem de optimo génère oratorum. Sorae, 1647, iii-4°- 2.° De nido phœnicis ex Lactantio, qui se trouve avec Disput. de usu sj-llogîsmiin Theologid, Haffniae, 1647, in-4°- ^"-^^ Republicâ gerendd , Sorae , in-4''.

4° Animadversiones in Ammianum Marcellinum contra Roxhorniwn, ibid. , i654 Jn-^"- ^^^e styloNovi Tcstamenli, ib. , i655, in-4''. 6° In Corn. Tacitumprolusiones, ibid.; in-4°. 7° -De ignibus

subterraneis, Barthol., «/e Jcr//?/.

Dan. , p. ï 02. Albert Thara , idea histor. littéral. Danonim, part, i , c- 7> § 3 , pag. 204. Hamburgi , 1 723, in-S^ef part. ii,c. 7, §7, 9, p. 35g et seq. Savonar , orbis descript. , tom. 2 , p. 4^7 > c. 2.

Le Long , Biblioih. sac. , p. Sgo.

AALSTIUS (Jean) , ministre de l'Évangile à Hoorn en Hollande , vivait dans le dix-septième siècle.

Il composa en flamand , de concert avec Paul Steenwinckel , autre ministre de Scelluynen , un ouvrage contre le Monde e/jc^a/zï^deBaltazarBecker, qui prétendait qu'il n'y avait jamais eu de possédés ni sorciers qui eussent fait pacte avec le Diable , et que celui-ci ne peut jamais inspirer de mauvaises pensées , ni tenter les hommes. L'ouvrage des deux ministres , imprimé à Dordreclit chez Théodore Goi'is , en 1693 , in-8" , a pour titre : Remarques modestes dans lesquelles on examine, sur la règle de la parole de Dieu, lesfondemens des raisonnemens ,- et les raisonnemens appuyés sur ces fondemens , du célèbre V. D. BaltazarBecker, tou' chant la nature et les opérations des esprits. Cet ouvrage est écrit avec une grande modération. Le style en est pur, net et clair, ^ct.

Erud. Lips. , ann. 1693 , p. 3i3.

AARHUSIUS (Jacq.-Mathieu) fleurissait dans le dix-septième siècle» On a de lui : i" Exilium pietatis , Lugd. Batav. , 1627, in-4°. 2" Grammatica Reth. dialect. s. s. de tropis sccrce scripturce , vel introductio ad. sacr.

aeript., Haffniae , in-4°- 3° Trac-

tatus de usu Philologiœ , ibid. , i635 , in-4*'- Lippen , tom. 2,

AARON ( hébr, , lieu plein de montagnes , ou montagnes , ou montagne forte) , fils d'Ami-am et de Jocabed , de la tribu de Lévi , naquit l'an du monde 243o.

Il était frère de Moïse, et plus âgé que lui de trois ans. Il lui fut associé pour délivrer le peuple d'Israël de la servitude d'Egypte.

Ils assemblèrent les anciens d'Israël, et leur firent savoir que le Seigneur voulait les tirer de l'esclavage; ce qu'il fit en effet par un grand nombre de prodiges. Après leur sortie d'Egypte et pendant leur voyage dans le désert, Aaron fut désigné de Dieu pour exercer son sacerdoce dans le Tabernacle.

Il fut établi grand-prêtre et premier pontife des juifs, le prophète de Moïse , son interprète et son oracle. Après l'érection du Tabernacle , Moïse le consacra et le revêtit des ornemens sacrés de sa dignité; savoir, d'une espèce de petit caleçon de lin épais , et pardessus d'une tunique de fin lin double et solide ; sur la tunique, d'une longue robe couleur de bleu céleste , au bas de laquelle était une bordure ornée de sonnettes d'or , de pommes de grenades , de fils de différentes couleurs , placées alternativement , une sonnette etpuis une grenade, etc. Il portaitpardessus cette robe une ceinture de différentes couleurs , travaillée par l'art du brodeur. C'est ce que l'Écriture appelle éphod. {JExod. XXVIII. Lév.

vin.)

L'éphod était donc une ceinture composée de deux rubans qui , descendant de dessus les épaules , venaient se croiser sur l'estomac , et faisaient ensuite le toui- du coi-ps. A l'endroit où les rubans de l'éphod se réunissaient sur la poitrine , on voyait ce que l'Écriture appelle le rational ou pectoral. C'était une pièce carrée, large de dix pouces, d'un ouvrage de broderie , dans lequel étaient enchâssées douze pierres précieuses , sur chacune desquelles était gravé le nom d'une des tribus d'Israël . Au-dessus des deux épaules du grand-prètre étaient deux pierres précieuses , sur chacune desquelles était gravé le nom de six tribus d'Israël. {Exod.xwm, 9, 10 , et seqq. ) Le bonnet du grand-prètre était une espèce de mître liée par le bas , sur le front du prêtre , par une couronne dont la partie de devant était composée d'une lame d'or où étaient écrits ces mots , la sainteté est au Seigneur ; et elle se nouait par derrière avec un ruban. Il portait aussi sur sa poitrine Yurim et le thummim qui étaient les pierres mêmes du rational , ou quelques figureshiérogl^-phiques, ouquelques autres ornemens attachés au rational , et par le moyen desquels le Seigneur avait promis au grand-prètre de lui découvrir ses volontés.

Moïse étant monté sur la montagne de Sinaï , pour recevoir la loi du Seigneur , le peuple , ennuyé de son absence , pressa Aaron de lui faire un veau d'or pour l'adorer , à l'exemple des Égyp-

tiens qui adoraient le boeuf Apis.

Lorsque Coré et ses complices se soulevèrent contre Moïse etAaron pour leur disputer le sacerdoce , et que le peuple murmura contre eux , Aaron , avec son encensoir, arrêta l'incendie dont Dieu punit ces murmurateurs. Depuis ce temps , Aaron vit encore la souveraine sacrificature s'affermir dans sa famille par le miracle qui fit fleurir sa verge que Moïse avait portée dans le taloernacle d'alliance ; mais il n'entra point dans la terre promise , à cause du peu de confiance qu'il marqua , lui et Moïse son frère , lorsque le Seigneur leur dit de frapper le rocher à Cadès. {Num.xx, 11,12.) Il mourut donc privé de cette satisfaction , sur la montagne de Hor {ibid , 25, 26) , âgé de cent vingt-trois ans (l'an du monde 2552 ; avant Jésus-Christ i448; avant l'ère vulgaire i452) , et fut enterré dans une caverne de cette montagne. (Pour la vie et le sacerdoce d' Aaron , voyez l'Exode, le Lévitique , les Nombres et l'Épître de saint Paul aux Hébreux , chapitres 5, 6, 7, 8, 9 et 10, où il compare le sacerdoce d'Aaron avec celui de Jésus-Christ. ) Les Grecs honorent Aaron avec Moïse et les autres prophètes, le premier dimanche de carême , et les Latins le premier jour de juillet- Son culte est très-ancien en Occident , puisqu'on le trouve dans les Martyrologes de S. Jérôme, sous le nom de déposition sur la montagne de Hor.

AARON Ben-Aser s'est rendu célèbre dans le cinquième siècle,

selon quelques uns , pour avoir travaillé à inventer les points et les accens des Hébreux. Il fut aidé dans ce travail par Jacob Ben-Nephtali , qui vivait dans le même temps que lui. C'est le sentiment de Genebrard, in Chronic.

ad. an. 476 ; de Serrarius , lib. i , cap. 8, de Rabb. Mais d'autres savans , tels que Buxtorf , soutiennent que ces deux rabbins n'ont vécu que dans le onzième siècle.

Jules Bartolocci , t. i , pag. 98 de sa grande Bibliothèque rabbinique , appelle Aaron Ben-Aser, Abaron Bar-Berabbi.Mosis , de la tribu d'Aser , et le joint au rabbin Moïse Ben - David , de la tribu de Neplitali. Il obseiTe, 1° que ces deux célèbres docteurs massorèthes ont brillé dans la Babylonie , et qu'ils ont commencé à disputer touchant la véritable leçon , la véritable écriture du texte hébreu ; 2*^ qu' Aaron n'était pas de la Tibériade , comme le croyait Cappel , et qu'il n'a point enseigné dans la Palestine , comme l'assure Leusden; mais que ces deux docteurs ont fleuri dans la Babylonie vers l'an i o34 , et que si l'on a cru qu'Aaron était de Tibériade , ce n'a été que parce que ses leçons ont été reçues par les habitans de cette ville , de même que par toutes les synagogues répandues dans l'Empire romain ; 3» que ces deux docteurs ne disputaient pas des points et des accens , mais des mots , des lettres et des phrases par rapport à la leçon et à l'Écriture , comme le remarque le ralîbiu Élie dans

AAR sa préface 3 , au livre Massoreth, Hammassoreth; 4" que le même Elie appelle Ben-Nephtali Jacques , mais qu'il en croit davantage le rabbin Ghedalie , qui le nomme R. Moïse Ben- David; 5° que les différentes leçons de Ben-Aser et de Ben-Neptali se trouvent à la fin du 4" tome , Bibl. magn.

Jean-Christophe Wolfius, professeur public des langues orientales à Hambourg , à la page 1 26 et suiv. de la Bibliot. liebr. , dit : I o que Genebrard s'est trompé en assurant que ces deux docteui'S ont été les premiers qui ont travaillé dans la ville de Tibériade à trouver les points; 2° que le P. Morin , in Opuscul. Hebrœ- Samar. , pag. 240 ^ dit qu'ils ont vécu envii'on l'an 94*^ » ^^ P*^^ après ; 3° qu'on ne doit pas écouter ceux qui attribuent à ces deux docteurs toute l'invention des points et des accens des Hébreux, comme a fait Raymond Martin , in Pugionejidei, pag. 3 , dist. 3, t. 19; ni même l'augmentation et la peifection de cette invention , comme a fait Louis Cappel, in Arcan. punct. revel. ; 4° ^^ Bartolocci confond les variétés de Ben-Aser et de Ben-Nephtali avec celles des Orientaux et des Occidentaux. Ces dernières ne regardent que les consonnes , et sont antérieures , quant à l'invention, à celles des deux rabbins , qui concernent les voyelles et les accens. On attribue à Ben-Aser une courte instruction sur les accens, qui se trouve à la fin des Bibliot.

rabbin. Raymond Martin lui at-

AAR Iribue encore une grammaire.

Mais Buxtorf soutient qu'au lieu de Ben-Asclier, il faut lire Ben" Esra. Buxtorf, dePunctisantiq., pag. 264. Aaron Déracina , fils du rabbin Mosche , publia dans le seizième siècle un livre intitulé :

MaavorJabboh, c'est-à-dire, Gué de Jaboh. C'est un livre moral et ascétique qui contient cinq traités touchant la manière de visiter les malades, de prierpoureux, de les enterrer, etc. Il est encore auteur d'un livre intitulé : Megnire haschacar , touchant les prières et l'office du matin. Ce dernier ouvrage a paru àMantoue. Bartolocini , pag. 89 , n. 1 5i . Wolfius, Bibliolh. héb. , tom. i , pag. ï 17.

AARON , de la tribu de Lévi , juif de Barcelone, mort en 1 292, selon le P. Le Long , ou en 1 298 , suivant Bartolocci , est auteur d'un Cathéchisme imprimé à Venise en i523 et 1600, chez Dan. Bomberg , où il explique six cent treize préceptes , et tous les rites qui y ont rapport, selon la jurisprudence et les rituels des juifs. Hottinger s'est beaucoup servi de ce Catéchisme , dans son Traité du Droit des Hébreux.

Wolfius , et après lui M. l'Avocat , blâment Bartolocci de ce qu'il a appelé ce rabbin Aaron Zalacha; mais mal à propos , et sans faire attention que c'est une formule ordinaire, parmi les juifs , qui exprime ce vœu: Memoria ejus sit ad vitam futuri seculi- ( Voyez Magna Bibliotheca ecclesiastica , page 4 1 col. 1 . )

AARON Hàriscuon, c'cst-à-

diie Aaroî< i" , savant rablsiu caraite , dit aussi Aahon fils de Joseph , était un célèbre juif, médecin de profession , qui fleurissait à Coustantinople vers la fin du treizième siècle. (On le nomme Aaron i" et fils de Joseph, pour le distinguer d'un autre juif caraï te, nommé Aaron fils d'Élie, juif de Nicomédie, qui vivait après Aaron Haris— chou , fils de Joseph , et qui en conséquence porte le nom d'Aaron Hacharon, c'est-à-dire Aaron postérieur, pour le distinguer de celui-ci. ) Aaron Harischon a vécu quelque temps en Occident, puisqu'il a combattu les rites des juifs allemands. Il fut un des principaux tenans dans la dispute contre les traditionnaires.

Ilnesie contenta pas de faire voir les extravagances du Talmud , et d'en composer un traité sous le titre de Docteur Abaron ( More Abaron ) ; mais il composa aussi Y Arbre de 7ne {As Chaiim) , dans lequel il explique les principaux dogmes des caraïtes. Bartolocci soutient qu'il rejetait tous les hvres sacrés, à l'exception de ceux de Moise : c^ est pourquoi , dit-il , on ne rwit aucun commentaire des cardites sur les écrits prophétiques. Mais il se trompe évidemment, puisqu' Aaron commenta les psaumes de David , et les prophéties d'Isaïe et de Jérémie, etc. Ce rabbin a donc laissé plusieurs ouvrages sur l'ancien Testament , entre autres un'savant commentaire en hébreu sur le Pentateuque, écrit en 5o54 , c'est-à-dire 12^ de

l'ère chrétienne , que l'on trouve manuscrit , in-fol. , à Paris , dans la bibliothèque du Roi , et dans celle des PP. de l'Oratoire de la rue Saint - Honoré , et qui est aussi indiqué dans le catalogue de la bibliothèque de Leyde. Il a été traduit en latin par Jean Dajazius , et imprimé in-folio à Jena en 17 lo. Richard Simon , qui fait grand cas de ce commentaire , le cite souvent , et rapporte avec éloge plusieurs de ses principes , dans son Histoire critique du vieux Testament , 1. i , ch. 29. Aaron a fait aussi en arabe un Covimentaire sur la Genèse, que l'on trouve dans la bibliothèque Bodleïenne ; un autre sur Josué , les Juges , Samuel , les Rois , ïsaïe et Jérémie. Cet ouvrage , ti-aduit d'arabe en hébreu , est dans la bibliothèque de Leyde. On y voit encore un commentaire du même auteur en hébreu sur les Psaumes. On a encore de lui un ouvrage qui a pour titre : Lii're choisi. C'est ce même livre que le père Morin a cité en plusieurs endroits de ses ouvrages , sur l'exemplaire de la bibliothèque des pères de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré.

]M. Schupart en parle aussi dans son ouvrage imprimé à Jena en 1701 , in-4°, sous ce titre : Secta Karrœorum dissertationibus aliquot historico-philologicis sic adumbrata ut à codicibus manuscriptis ut plurimum, ortus, progressus ac dogmata ejusdemprœcipua eruta comporeant. Le même M. Schupart cite encore d'Aaron Harischon un livre intitulé ,

AAR le Docteur d' Aaron; c'est un livre contre les traditions des rabbinistes. On a encore d' Aaron Harischon une bonne grammaire hébraïque imprimée à Constantinopleen i58i , in-8° selon l'Advocat , ou in-i2 selon Moréri.

Cette giammaire est intitulée, Chelil jophi , c'est-à-dire, le parfait en beauté , on Keliloth jophi, perfection de beauté. R. Subtai lui donne ce deinier titre dans sa bibliothèque rabbinique , qui est une des plus exactes. Buxtorf, qui n'avait jamais vu aucun ouvrage des caraïtes , ne laisse pas de parler de celui-ci dans l'appendix qui est à la fin de la seconde édition de la bibliothèque rabbinique, publiée par Buxtorf le fils , en i64o. Cette appendix a été composée sur les mémoires d'Antoine Léger qui avait demeuré à Constantinople. Buxtorf parle de la grammaire dont il s'agit comme d'un livre manuscrit par où il paraît que Léger n'avait pas vu l'imprimé , quoiqu'il eût demeuré à Constantinople. On lit ces mots dans le titre : c'est ici un livre de grammaire de la langue sainte , intitulé Kelil jophi, à Constantinople. L'année de l'impression y est marquée selon l'usage ordinaire des juifs, 5341 de la création; ce qui répond à l'année de Jésus- Christ 1 58 1 . Cet ouvrage est trèscourt , l'auteur n'ayant eu d'autre dessein que de publier un petit abrégé de grammaire ; il ne contient que vingt-huit feuillets, en caractères hébreux , carrés et assez gros. Sainjore , Biblioth.

AAR cril. , tom. 2, ch. lo. I5asnage, Hi'st. des Juifs, tom. 2, ch. 17, § 20, édit. de 17 16. M. Chauffepié , dans son nouveau Dicdonn.

histor. et crû. , etc. , t. i , p. 3 et suiv. Journal des Savans, 1702, pag. 3i3 et suiv.

AARON HAcriAROiv , c'est-à-dire Aarox postérieur , ainsi nommé pour le distinguer d'Aaron Harischon , était fils d'Élie de Ni-»

comédie. Il naquit dans cette ville même , ou , comme le dit R. Mardochée en son Traité des Caraïtes , dans la synagogue de la nouvelle Egypte. Il fleurit en 1346 selon Wolfius , ou en i362 suivant le père Le Long , et s'acquit une telle autorité parmi les juifs , qu'ils citaient ses opinions comme des sentences. On a de lui, 1° un ouvrage in-fol. , sous le titre de Cether Torab ( la couronne de la Loi). C'est un commentaire littéral sur le Pentateuque. L'auteur s'attache beaucoup à la grammaire , et tâche , en expliquant la propriété de chaque mot , de tirer le vrai sens de l'Écriture. Il y a de l'apparence que c'est cet ouvrage qui l'a fait confondre avec Aaron Harischon qui , comme on l'a vu , a aussi commenté le Pentateuque.

2" Un manuscrit in-4° qui contient une explication des rites de la loi de Moïse , en vingt -cinq traités. L'auteur combat fortement dans cet ouvrage les opinions des docteurs rabbinistes, et entre autres celles de Rabbi Aben-Ezra , et de R. Salomon.

3" Un livre intitulé : L'Arbre de vie. On y examine les fondemens

de la religion , la vérité et la perpétuité de la loi de Moïse , et pourquoi les oracles divins ont été confiés à la nation juive ; le tout suivant les principes des caraïtes. 4" Un autre livre intitulé, le Jardin d'Éden, qui renferme la doctrine et les usages des caraïtes. 5° Un autre livre qui a pour titre , la Garde des Fidèles; 6° un Commentaire sur Isaïe.

( J^oj'. M. Schupart , dans l'ouvrage cité plus haut. Le père Le Long, Biblioth. sacr., tom .2, pag. 590. M. Chauffepié , ibid.

Le Journal des Savans , ibid. ) Richard Simon prétend , mais à tort , qu'il faut distinguer un troisième Aaron , différent d'Aaron fils de Joseph , dit Aaron i'', et d'Aaron fils d'Élie , dit Aaron postérieur. Il attribue à ce troisième Aaron la grammaire hébraïque intitulée , le Parfait en beauté , qui appartient à. Aaron fils de Joseph , surnommé Xepremier. ( J^ojez Richard Simon , dans son Histoire crit. du vieux Testament , liv. l , ch. 3i , pag.

AARON Cohen, c'est-à-dire, prêtre, vivait , comme l'on croit, en 1334. On lui attribue des livres moraux ; le premier , intitulé Orchol ckaiim haaruch , c'est-à-dire le sentier d'une longue vie , qui contient des sentences morales. Le second, intitulé Jorédaath haaruch, est aussi un livre moral. Le troisième , intitulé Sepher toledoth Aheron {livre des générations d'Aaron ) , est encore un livre de morale et de sermons. Mais Wolfius pré-

tend que cet ouvrage est d'Aaron de Pe'saro. Wolfius , Biblioth.

hébr. , tom. i , pag. 123. Bartolocci , Biblioth. rabb. , tom. i , pag. 92, 11° 157.

AARON (Abraham) , juif du seizième siècle. On a de lui un ouvrage , des Sens de l'Écriture- Sainte , in-folio , avec l'explication du rabbin Schabtai Scliaptel. n. y traite des argumens des cabalistes , surtout «des dix Sephiroth et du peuple d'Israël ; et à cette occasion , il explique plusieurs en droits de l'Écriture , selon les principes de la cabale.

Wolf , Biblioth. hébr. , tom. i , pag. 114.

Il a existé dans le dix-septième siècle un autre Aaron ( Abraham) , auteur d'un livre ascétique et moral, sous le titre d'Lrim et Thummim , imprimé à Amsterdam en i653 , in-4''. Wolf, Bibl. hébr., tom. i , pag. 32.

AARON , juif dePésaro, qui vivait dansleseizièmesiècle, aécrit Toledàth Aharon ( générations d'Aaron ) . C'est une table des endroits de l'Écriture -Sainte qui sont rapportés dans le Talmudàe Eabylone. Cet ouvrage a été imprimé àFribourg , chez Ambroise Froben , en 1 58i , in-fol. ; à Eàle, en 1587 ; à V^i^ , en i583 et iSgi. Mais dans cette dernière édition l'on n'indique que les endroits du Pentateiiqve. On a encore du même auteur un ouvrage du Pentateuqiie , et les cinq Meghilloth avec des additions , à Venise en 159 1 , et à Amsterdam en i652 , ù\-^o. Wolf , Bibl.

hébr., tom. 1 , p. 128. Le Lon^,

page 590. Bartolocci , tome 4?

AARON Abiod ou Ariob, fleurissait sur la fin du seizième siècle.

Il publia à Thcssalonique en 1601 , in -4°, un commentaire littéral sur le livre d'Esther , intitulé Schemen hammor , c'està-dire onguent de la mjTrhe.

Wolf, Biblioth: hébr. , tom. i, page. n3.

AARON , fils de Joseph Sason , prince de la synagogue de Thessalonique, autrement Aarox 5"^son , a écrit Toràth Ernèth , c'est-à-dire, la loi de la vérité , imprimé pour la seconde fois à Venise en 1626 , in-folio, chez Pierre Aloysius et Laurent Bragadin. On y trouve deux cent trente— deux réponses sur des questions de droit. On lui attribue aussi un autre livre que Bartolocci donne à Aaron Berachia , savoir Sephùth Emeth ; c'est-à-dire , la lèvre de la vérité. Le même Bartolocci donne à Aaron Sason le livre intitulé, la Barbe d' Aaron , que d'autres attribuent à Aaron Cohen. (Voyez Magna bibliotheca eccl. , pag. 4, col. I . )

AARON, Lévite, fds du rabbin Joseph , a écrit Bedeck habbaith, c'est-à-dire la fente ou la rupture de la maison. {Ex. 1, reg. 12, 17.) C'est un commentaire sur le livre du rabbin Salomon Ben- Adderèth, Thoràth Abbaith (de la loi domestique) , qui a paru avec le livre même du rabbin Salomon , à Venise , en 1608 , infol. , chez Jean de Gara. Bartolocci, tom. i,pag. 93, n° i58.

AAR WoJf , Bibîioth. hébr. , tom. i , pag. 125.

Il faut le distinguerd'un autre Lévite du nièinc nom, quia vécu dansledix-septièmesiècle, et qui a publié à Amsterdam , en i6io , le Pentateitque hébreu , in-i2.

Wolf , Bibîioth. hébr. , tora. i , pag. 125.

AARON Bex-Chaii3i, fameux xabbin , chef des synagogues de Fez et de Maroc , vivait au commencement du dix-septième siècle. On a de lui , i° Leii Aharon , c'est— à-dire , le cceiir d' Aaron, qvii forme deux commentaires , l'un littéral sur le livre de Josué, et l'autre allégorique sur le livre des Juges. Ces commentaires, iniprimés in-folio à Venise en 1609, sont très -rares aujourd'hui; 2° Korban Ahoron , c'est-à-dire , offrande ou oblation d' Aaron , ibid, 1609 , in-fol. C'est un commentaire sur le livre Siphra , qui est un commentaire sur le Lévitiqiie. Il en est qui croient que l'auteur de cet ouvrage est Judas Bar-Elài, qui vivait du temps d'Adrien ; d'autres le rabbin Judas Hahadosc ; d'autres le rabbin ^A/"^(r/j7?; d'autres enfin Rau , disciple du rabbin Jannai , qui se retira dans la Babylonie. 3° On a encore d' Aaron Ben-Chaiim, Modi Aaronis , Middoth Aharon, ^de i3 rnodis R. Ismaèl interpretandi scriptu" ram, à Venise, chez Jean de Gara, 1609, in-fol. Bartolocci, t. i , pag. 90 yU" 154. Le Long, Bibîioth. sacr., tom. 2, pag. 590.

Wolf, Bibîioth. hébr., tom. i, po^. 118.

AARON Cou E.v, mort avant l'an 1 656, était de Ragusc en Dalmatie , et neveu du rabbin Salomon Ohef , d'où vient qu'on le nomme Aaron Cohen Ohef. On a de lui le livre intitulé , Zekan Aharon ( la Barbe d' Aaron) , du psaume 1 33 , qui a paru en hébreu à Venise , in-folio, en i652 et 1657, avec un autre livi'e de Salomon Ohef.

L'un et l'autre présentent un commentaire littéral et allégorique sur le Pentateuque. On y explique aussi en partie les livres prophétiques, les hagiographes et quelques ti'aités du Talmud.

Bartolocci attribue cet ouvrage aurabbin Aaron B. Joseph Sason.

Bartolocci , in Adden, tom. i, p. 739 , c. I , et tom. 4 , p- 1 889.

AARON Be.\-Schemuel ou Sa- MUELis , vivait à la fin du dix-septième siècle. Il publia à Fiaiacfort-sur-l'Oder , chez Becmann, en 1690, in-fol. hébr., un livre intitulé : la Maison d' Aaron.

C'est une table des endroits de la Bible selon l'ordre des livres et des chapitres , disposée de façon qu'il paraisse en quels livres ces endroits de la Bible sont expliqués. L'auteur dit qu'il employa dix années à la composition de cet ouvrage, qui est très-utile aux prédicateurs et aux interprètes.

Wolf, Bibîioth. hébr., jtom. i, pag. i3o.

AARON Abu-Aldari , fils de Gerson. Ona de lui un'commentaire sur le Pentateuque. Wolf, Bibl.hébr., tom. i , pag. Ii4-

AARON ScuASCiiON , célèbre rabbin, chef de la synagogue de Thessalonique. Ses princijxvux

lo AM

ouvrages sont , la Loi de la vérité ^ où il répoud à deux cent trente-deux questions sur les contrats d'achat , de vente , de prêt et de louage , et la Lh're de la vérité, où il explique les Tosephoth de la Gemare.

AB. Onzième mois de l'année civile des Hébreux , et le cinquième , selon l'ordre de l'année ecclésiastique , qui commence à Kisan. Le mois Ab répond à la lune de juillet ; il a trente jours.

Les juifs jeûnent le premier jour de ce mois , à cause de la mort d'Aaron , et le neuvième , à cause que ce jour-là le temple deSalomon fut brûlé par les Chaldéens , et ensuite le second temple par les Romains. Ils jeûnent le dixhuitième jour du même mois , à cause que la lampe qui était dans le Sanctuaire se trouva éteinte cette nuit-là, du temps d'Achaz.

Dictionn. de la Bible, t. i, p. 3.

Au , en langue syriaque , est le nom du dernier mois de l'été.

Ab , en hébreu , signifie père.

Les Chaldéens et les Syriens en ont fait abba, les Grecs abbas , que les Latins ont consen'é ; de là vient chez les Français le nom d'abbé.

ABA, lieu d'Angleterre. Il y eut un concile l'an ioi2. ConciliwnAbanense ; ou apud Hambam. Le roi Ethelrèdey assista, et l'on y fit sept statuts sur la discipline de l'Église. Dans le premier, on exhorte à attirer la miséricorde de Dieu par les jeûnes , l'aumône , l'abstinence , la confession et la pénitence. Le second porte que tous ceux qui ont l'àgc

ABA déjeuner, jeûneront trois jours au pain et à l'eau , et aux herbes crues , avant la fête de saint Michel. Le quatrième ordonne de payer la dîme. Lab. , tom. ix.

ABA Rabbi— Caleb , docteur caraïte , a écrit sur le mariage. Voy.

M. Schupart , dans son livre intitulé, Secta Karrœorian, etc., et imprimé à Jéna en 1701 , in-4''.

ABACHUM, ou ABBACUG.

Martyr qu'on honore dans l'Occident , le 19 janvier , conjointement avec saint Marius ou Maris, son père , sainte Marthe sa mère, et saint Audifax son frère. L'histoire de ces Saints porte qu'ils vinrent des confins de la Perse à Rome , du temps de l'empereur Claude II , où , après avoir rendu toutes sortes de services aux martyrs de Jésus-Christ et aux autres fidèles, ils souffrirent euxmêmes la mort pour la religion, sous l'empire d'Aurélien , ou de Dioclétien. Marius , Audifax et Abachum eurent la tête coupée.

Marthe fut noyée dans une mare d'eau , à qui cet événement a fait donner le nom de Sancta Njtti— pha, et qui dans la suite des temps est devenue un village , près de Rome. Leurs corps , qui avaient été enterrés à quelques milles de Rome , furent trans^ portés dans la ville, du temps du pape Pascal i", vers l'an 820 , et mis , pour la plus grande partie, dans l'église du titre de saint Adrien , où on les trouva l'an 1590. Une autre portion avait été mise dans l'église de saint Jean Calybite , dans l'île du Tibre , et quelques parties encore dans une

ïtfi

èi

église de Saint-Chaiies , où saint ]\liuius a une chapelle. On détacha plusieurs pièces de ces reliques, qui furent envoyées la plupart à Eginhart , gendre et chancelier de Charlemagne , qui les mit dans le monastère de Selingstadt , qu'il avait bâti sur le Mein , au diocèse de Mayence, où il se fit religieux. On prétend que ce fut -par la même occasion qu'il en vint aussi de Rome à saint Médard de Soissons , et il paraît que c'est à l'opinion qu'on a eue de ce transport , que l'on doit principalement rapporter le culte de ces Saints, établi en France dès le temps de Louis-le- Débonnaire. L'abbaye de Gemblours en Brabant , celle de Pruyme dans l'archevêché de Trêves , la ville de Courtrai en Flandre, Crémone en Lombardie, prétendent aussi posséder quelques reliques de ces saints martyrs , dont ils reportent les translations au douzième siècle.

Les actes de ces Saints paraissent suspects aux critiques , qui ne croient cependant pas devoir rejeter leur histoire quant au fonds. Voy. Tillemont , t. 4 des Méni. ; notes sur le Pape S. Den .

Baillet, tom. i , i^ janvier.

ABADDON, nom que saint Jean dans son apocalypse donne au loi des sauterelles , ange de l'abîme , et qu'il explique par le mot grec A'yroXXvav (c'est-à-dire qui fait périr ) ; en latin , exterminans , qui signifie exterminateur. Ce roi ange est la figure de Satan ou du démon. Saint Jean, Apoc. , cil. 9 , V. II.

ABA \x

ABAGARE, ou ABGARE , roi d'Edesse , fut ainsi nommé, ^arce qu'il était boiteux ; ce que son nom signifie en langue syriaque.

Il ne faut donc pas lire A^bar, ni dériver son nom d'Akùar, qui signifie , en arabe , grand , selon M. d'Ile rbelot dans sa Bibliothèque Orientale. La tradition des Orientaux est que ce prince , que l'on qualifie tantôt toparque , et tantôt roi , écrivit une lettre à notre Seigneur J.-C. , et qu'il en reçut une réponse avec un mouchoir , sur lequel sa divine face était empreinte.

Lettre d'Abgare à Jésus-Christ.

Abgare, roi d'Edesse, à Jésus, Sauveur plein de bonté , qui paraît à Jérusalem : salut.

On m'a raconté les meiTeilles et les cures admirables que vous faites , guérissant les malades sans herbes , ni médecines. Le bruit est que vous rendez la vue aux aveugles , que vous faites marcher les boiteux et les estropiés, que vous nétoyez les lépj-eux , que vous chassez les diables et les esprits malins , que vous remettez en santé ceux qui ont de longues et incurables maladies , et que vous redonnez la vie aux morts. Entendant cela de vous , je crois que vous êtes Dieu , qui avez voulu descendre du Ciel, ou que vous êtes le fils de Dieu, qui opérez ces choses si miraculeuses.

C'est pourquoi j'ai osé vousécrire cette lettre , et vous supplier affectueusement de prendre la peine de me venir voir, et de me guérir d'une douleur qui me

tourmente cruellement. J'ai su que les juifs vous persécutent , qu'ils murmurent de vos prodiges , et tâchent de vous faire périr ; j'ai ici une ville qui est belle etcomniode, encore qu'elle soit petite , elle suffira pour tout ce qui vous sera nécessaire.

Réponse de Jésus- Cîirist à Abgare.

Vous êtes heureux , Âbgarc , de croire en moi sans m'avoir vu ; car c'est de moi qu'il est écrit , que ceux qui m auront vu ne croiront point en ?noi, ajînque ceux qui ne m'auront point vu , croient et reçoivent la7)ie. Quant à ce que vous nre priez de vous aller trouver , il faut que j'accomplisse ici toutes les choses pour lesquelles je suis envoyé, et qu'ensuite je retourne à celui qui m'a envoyé. Quand j'y serai retourné , je vous enverrai un de mes disciples , afin qu'il vous guérisse de votre incommodité , et qu'il vous donne la vie à vous et à ceux qui sont avec vous.

Après l'Ascension de Jésus- Christ , saint Thadée , l'un des septante disciples ,. fut envoyé à Edesse par l'apôtre saint Thomas. Il guérit le roi Abgare , et le convertit avec ses sujets. Les savans sont partagés sur l'authenticité de ces deux lettres , et de l'image que Jésus-Christ envoya au roi Abgare. Les uns regardent ces monumens comme absolument faux , les autres comme indubitalîlement vrais , d'autres comme douteux et vraisemblables. Ceux qui Icsad-

Af.A mettent comme vrais, se fondent sur la tradition des anciens , d'Eusèbe, de saint Ephrem, du comte Darius dans une lettre à saint Augustin , etc. Ceux qui rejettent ces monumens avec le père Alexandre , et M. Dupin , parmi les modernes , disent , 1 ° que l'autorité de tous les anciens qui les ont admis , n'est pas plus grande que celle d'Eusèbe , qu'ils ont suivis , comme le premier qui en a parlé dans le chap. i3 du premier livre de son Histoire ecclésiastique , et que l'autorité d'Eusèbe n'est pas fort grande ici, puisqu'il ne rapporte ce fait que sur les archives de l'église d'Edesse , qu'on ne doit pas croire facilement sur des faits de cette nature. Ils disent , 2" que la lettre de Jésus- Christ à Abgare a été déclarée apocryphe par le pape Gelase , dans un concile tenu à Rome , et composé de soixante-dix évèques , en 494 ; 3" qu'on ne trouve point dans l'Ecriture ces paroles de la lettre de Jésus-Christ :

« C'est de moi c[u'il est écrit que ceux qui m auront vu ne croiront pas en moi, afin que ceux qui ne m auront point vu croient et reçoivent la vie ; » 4" 1 ajoutent-ils, ces lettres sont datées de l'an 33o de l'ère dont on se servait à Edesse , qui tombe dans la CCII"" olympiade. Or , Jésus- Christ n'avait pas encore commencé à prèclier en ce temps ; sa réputation n'était point répandue dans le monde , et par conséquent Abgare ne pouvait pas lui écrire sur le bruit de sa re--

ABA iK>miTM?e et tle ses prodiges. Ceux qui admettent ces luonuuicns , répondent à la première difliculté, qu'on ne doit pas mépriser l'autorité d'Eusèbc qui était habile et éclairé ; à la 2" , que le mot A' apocryphe ne signifie pas nécessairement et toujours des pièces fausses et supposées, mais qu'il peut signifier aussi quelquefois des pièces non canoniques , ou douteuses ; à la 3® , que ces paroles de Jésus - Christ , « c'est de moi qu'il est écrit, que ceux qui lyi'auront 7?u , etc. , »

renferment le sens de quelques prophéties, telles que sont celles à'Jsaïe, ch. 52 , V. i5 , et cil. 65, V. 1 ; à la 4" 5 que la date de ces lettres n'est pas la même partout, puisqu'on lit dans un manuscrit très-ancien de la bibliothèque du roi, et dans quelques autres, acta sunt hcec anno quadragesimo ac trecentesiwo. {Voyez le père Alexandre , Hislor. eccles. , tom. I , dissert. 3; M. Dupin , Dibl. ceci. , 3 premiers siècles ; de Tillemont , Mémoires eccl. , tom. I , note "j , sur saint Thomas , apôtre ; le père Honoré de Sainte— Marie , Réflexions sur la critique ^ tom. 2 , pag. 364-

ABAILARD, (Pierre) naquit en 107g , à {l'entrée de la Bretagne , dans un bourg appelé Palais , dans le diocèse et à trois lieues de Nantes. Son père se nommait Bérenger , et était noble ; sa mère , Lucie , d'une bonne famille. Ils n'épargnèrent rien pour donner une bonne éducation à leur fils. .D'abord il prit le parti des armes , et ,

ABA i3

îs'en étant dégoûté , il chercha dans l'étude les moyens de s'avancer. Il eut pour maître , dans la dialectique, Rosceliu de Compiègne , assez connu par ses erreurs , et dans la philosophie , Guillaume de Champeaux , avec lequel il eut de vives disputes.

Il étudia la théologie sous Anselme, doyen de l'église de Laon, et se trouva à la compagnie d'Alberic de Reims , et de Lotulphe Lombard , qui conçurent beaucoup d'envie contre lui , et ne manquèrent dans la suite aucune occasion de le décrier. Ils prirent pour prétexte la vanité avec laquelle il prétendait expliquer l'Ecriture-Sainte sans l'avoir étudiée. Anselme le chassa pour cette raison de Laon , et il revint à Paris où il avait déjà enseigné la dialectique. Il y continua ses leçons , et sa réputation lui attira un grand nombre d'écoliers. Mais pensant moins à régler ses mœurs qu'à se laisser emporter à la vaine gloire et à la sensualité , il perdit tout d'un coup l'estime qu'il s'était attirée par la sublimité de ses inventions et l'arrangement de son expression. Héloïse , nièce d'un chanoine de l'église de Paris , d'une beauté médiocre , mais d'un savoir éminent pour une pei'sonne de son sexe et de son âge , lui parut propre au dessein qu'il méditait de goûter les plaisirs des sens avec ceux de l'étude. Il proposa à son oncle , nommé Fulbert, de le recevoir en pension chez lui , et comme il désirait ardemment que sa nièce se perfectionnât de

i4 ABA

plus en plus dans la science , il s'ofifrit , outre la pension qu'il donnerait, d'instruire cette jeune fille dans toutes sortes de littérature. Fulbert fut charmé de cette proposition , et l'accepta.

Mais bientôt le maîtie et la disciple pensèrent à toute autre chose qu'à étudier. Tout le monde s'en aperçut ; Fulbert fut le dernier à connaître qu'il était la dupe de son avarice. Héloïse devint grosse et elle mit au inonde un garçon qui fut nommé Pierre Astrolabe. Âbailard , que l'oncle avait chassé de sa maison , obtint qu'il l'épouserait ; ce qui se fit secrètement à Paris où ils furent mariés en présence de Fulbert et de quelques amis ; après quoi ils se séparèrent , et ne se virent plus que rarement et en cachette. Cependant Héloïse ne voulait pas convenir qu'elle était mariée ; elle le niait même avec serment, et son oncle , croyant qu'il était de son honneur de répandre ce bruit , la maltraitait de toute manière. Pour la délivrer, Abailard l'envoya à Argenteuil , proche de Paris , où il y avait alors un monastère de filles , dans lequel elle avait été élevée pendant son enfance. Elle y prit l'habit religieux , comme font les pensionnaires dans certaines maisons , et pour faire voir qu'elle ne s'engageait à rien , elle ne mit pas le voile. Fulbert et ses parens croyant qu' Abailard s'était moqué d'eux , et que , pour se débarrasser d' Héloïse , il l'avait fait religieuse, voulurent se

ABA venger de cet affront. Hs entrèrent pour cela dans la chambre où il dormait , et lui firent une Opération qui le força à la continence. Quand il fut guéri , il embrassa la vie monastique , il persuada aussi à Héloïse de prendre le voile. Il entra à Saint- Denis , et elle demeura à Argenteuil. Abailard avait environ 4o ans lorsqu'il se fit religieux.

Depuis ce temps , il s'appliqua plus particulièrement à la théologie , qui convenait mieux à son état. Ce fut vers ce temps qu'il composa son livre de théologie ovi il parle de la Trinité et de l'unité de Dieu en des termes si subtils et si singuliers , qu'il excita beaucoup de personnes contre lui , et qu'on l'accusa hautement d'être hérétique.

Il fut pour cela cité au concile qui devait se tenir cette année à Soissons', et où devait présider Conon, évêquede Préneste, alors nonce du pape ^en France. Ce concile fut tenu l'an 1121. Abailard ne fit aucune difficulté d'y paraître , résolu de corriger ce qui se trouverait dans ses écrits de contraire à la foi. En arrivant à Soissons , il pensa être lapidé par le peuple qu'on avait prévenu contre lui. Les uns l'accusaient d'enseigner qu'il y avait trois dieux , et d'autres au contraire soutenaient qu'il ne distinguait pas assez les personnes de la sainte Trinité , parce qu'il disait : Comme la proposition, l'assomption et la conclusion sont le même discours , ainsi le Père, le Fils et le Saint-Esprit

ABA sont la même essence. Il donna son livre à examiner au légat, mais il fut renvoyé aux docteurs Alberic et Lotulphe , les deux condisciples dont nous avons déjà parlé ; et sans entrer dans aucun examen , on remit à la fin du concile le jugement de son ouvrage. Enfin, après bien des délibérations , si l'on entendrait Abailard , ou si l'on renverrait son affaire à un concile plus nombreux , on convint que le livre serait condamné et brûlé sans autre examen , et Abailard enfermé pour toujours dans un autre monastère , ce qui fut exécuté dans la dernière séance du concile , où Abailard jeta luimême son livre dans le feu ; après quoi on le mit entre les mains de l'abbé de Saint-Médard de Soissons, pour l'enfermer et le garder dans son monastère. Il n'y fut pas long-temps ; il nous apprend lui-même que le légat se repentant de ce qu'il avait fait , et croyant avoir satisfait à la passion de ses ennemis, le tira peu de jours après de la prison , et le renvoya à Saint-Denis. Ep. \ .

Il y prit querelle avec les moines, au sujet de l'histoire de ce Saint, composée par Hilduin. Mais ce qui le rendit encore plus odieux parmi ses confrères , c'est qu'il osa censurer leur conduite inégulière. Il fut donc obligé de quitter cette abbaye , et s'enfuit de nuit à Provins où il deiîieura quelque temps sous la protection de Thibauld, comte de Champagne , et d'où il se retira dans une solitude pi'ès de Nogent - sur -

ABA i5

Seine , dans le diocèse de Troyes, où, du consentement de l'évèque Hatton , il bâtit de roseaux et de chaume une oratoire au nom de la Sainte-Trinité , et y vécut quelque temps avec un clerc.

Ses écoliers , qui l'aimaient toujours beaucoup, se rassemblèrent autour de lui , et l'aidèrent de leurs biens et de leurs mains à bâtir une église de pierre et de bois. Abailard nomma ce lieu Parac/e?, parce qu'il y avait trouvé sa consolation. Nous verrons dans l'article à'Héloïse comment elle en devint abbesse.

La patrie d'Abailard souhaita de le posséder. Les moines de Saint - Gildas en Bretagne , au diocèse de Vannes, l'élurent pour abbé. Il accepta cet emploi pour se mettie à couvert de la persécution c[u'il craignait en France.

Il s'y rendit , et s'aperçut bientôt qu'il s'était trop précipité.

Les moines de Saint-Gildas ne valaient pas mieux que ceux de Saint-Denis. Ils attentèrent plusieurs fois à sa vie ; ils appostèrent des voleurs pour le tuer dans les chemins ; ils empoisonnèrent les mçts qu'on lui sei-vait ; ils ten- ■ tèrent même d'empoisonner le vin dont il se servait à la messe.

On ne sait pas au juste où il se retira. Il faut c£ue ce n'ait pas été loin du Paraclet , puisqu'il y visitait souvent Héloïse et ses filles qui y furent établies dans ce même temps.

Ce qu'il y a de certain , c'est que dix-huit ans après qu'il eût été condamné dans le concile de Soissons, on l'accusa d'enseigner

j6 ABA

de nouvelles erreurs. Guillaume, abbé de Saint-Thierry, s'en plaignit à Geoffroy, évêque de Chartres , et à saint Bernard. Ce dernier prit la voie de la correction fraternelle , et Abailard en fut touché. Mais il changea bientôt de disposition , et porta luiinênie à l'archevêque de Sens des plaintes contre l'abbé de ClaiiTaux qui décriait sa doctrine. On tint un concile dans cette métropole l'an ii4o. Saint Bernard s'y trouva , Abailard y comparut ; mais comme il vit que les choses ne s'y disposaient pas à son avantage , il appela au pape , prit le chemin de Rome , passa par Cluni , où l'abbé Pierre-le- Vénérable le retint et travailla à sa réconciliation avec saint Bernard. U se désista de son appel , se soumit à la condamnation du pape, et consentit à finir ses jours dans le monastère de Cluni.

Comme sa santé s'affaiblissait, on jugea à propos de lui faire prendre un meilleur air à Chtâlons-sur-Saône. Il se rendit dans le monastère de Saint-Marcel , du même ordre de Cluni , où il moui'ut avec édification , le 21 avril 1142, âgé de 63 ans. Son corps fut envoyé au monastère du Paraclet , .comme il l'avait souhaité. Héloïse le reçut avec ses religieuses. ( Voyez pour son tombeau l'article Héloïse.) Nous avons une excellente lettre de Pierre , abbé de Cluni , à cette abbessc , où il rend justice à la piété et à l'érudition de ce grand homme. Ce fut lui qui présenta

ABA le corps du défunt à Héloïse. Il lui fit une double épitaphe, dont nous ne rapporterons que la fin de la dernière.

Est SATis ix tumllo ,

PeTUUS IIÎC JACET AbaILARDCS ,

CtJI SOLI PATUIT SCIBILE QUICQLID

Page 1