PROPOSITION PREMIÈRE
Nulle violence ne peut faire (lue les actes clicites de la volonté soient involontaires , ou bien la volonté ne peut être contrainte quant aux actes élicites.
PREUVES
I . La violence est une impulsion qui vient d'un principe extétérieur contre l'inclination et la résistance du sujet qu'elle rejjarde ; or, la volonté ne peut souffrir une telle violence quant à ces actes élicites , parce que ces actes sont essentiellement volontaires et contraires à la violence, puisqu'ils viennent d'un principe intérieur qui agit avec connaissance et inclination , au lieu que la violence vient d'un principe •extérieur ; donc , etc.
2. Il réjîugne que les actes élicites de la volonté soient forcés , c'est-à-dire , faits contre l'inclination de la volonté, parce que ces sortes d'actes sont l'inclination même de la volonté.
L'amour , par exemple, qui est un acte élicite , n'est autre chose ([ue l'inclination même de la volonté pour le bien.
OBJECTIONS
On objecte i" que lorsqu'on pèche , la volonté est contrainte,
UMAINS. i8J
parce qu'elle agit contre son inclination , le péché étant contre la nature de l'homme. 2" Dieu peut mettre dans la volonté de Pierre , malgré sa résistance , un amour sincère pour Paul qu'il hait mortellement. 3° Dieu peut aussi refuser le concours nécessaire aux bienheureux pour l'aimer. Dans ces deux cas , la volonté serait contrainte quant aux actes élicites.
RÉPONSE
1°. La volonté c£ui pèche n'agit pas contre son inclination , puisque son inclination la porte au péché qu'elle se représente sous une apparence de bien , et par conséquent elle n'est pas contrainte. 2.° Elle ne le serait pas non plus dans les deux cas suivans. Elle ne le serait pas dans le premier , parce qu'elle passerait de la haine à l'amour qui serait bien contraire à son inclination passée , mais non pas à son inclination présente. Elle ne le serait pas dans le second , parce que si Dieu refusait aux bienheureux le concours qui leur est nécessaire pour l'aimer, la cessation de l'amour leur serait naturelle , puisque l'inclination est naturelle à l'instrument qui n'est jx)int mu par la cause principale. Id erit cuiquc naturale quod Deus fecent , à quo est omnis modus , numerus et ordo naturœ. Saint Augustin,, liv. 26, Cont. Faust, cap. 3.
PROPOSITION IL Laviolencc entière ou absolue enrpéchc totalement le volontaire
ACTES H
et laviolence partielle le diminue seulement.
La raison est qu'une action n'est volontaire qu'à proportion que la volonté y consent. jQuand la volonté ne consent point du tout à une action , elle est donc absolument involontaire. Quand la volonté y consent à demi , elle n'est qu'à demi-volontaire. Or , quand la violence est entière et absolue , la volonté ne consent point du tout , elle résiste totalement ; et quand la violence n'est que partielle, la volonté ne refuse pas entièrement son consentement , elle consent en partie , et résiste aussi en partie ; la violence absolue empêche par eonséquenttout— à— faitle volontaire , et la violence partielle le diminue seulement.