PROPOSITION V
Lne circonstance véniellement mauvaise ne ch'truil pas toute la
ACTES HUMAINS
de bonne bonté' d'une action à laquelle elle
survient.
PREUVE
La raison est qu'une circonstance véniellement mauvaise qui survient à une bonne action , n'est, ni la cause efficiente, ni la cause finale de cette action ; elle ne lui est point intrinsèque ; c'est plutôt un acte tout différent qui l'accompagne , et qui peut bien diminuer sa bonté , mais qui ne peut la détniire totalement.
OBJECTION PREMIERE
Un objet vicié par une seule mauvaise circonstance, quoique légère, cesse d'être conforme à la droite raison cjui veut que le bien se fasse d'une bonne manière , ut bonum bene fiât ; et par conséquent ce.t objet devient entièrement mauvais.
RÉPONSE
Un objet vicié par une légère circonstance n'est pas totalement mauvais, ni contraire à. la droite raison , parce que cette circonstance n'est qu'un accessoire qui n'empêche pas la fin principale qui est bonne et raisonnable. Un pénitent , par exemple , armé d'une sainte indignation contre lui-même , excède un peu dans la mortification ; cette circonstance qui part souvent d'un secret amourpropre , d'un orgueil subtil qui est péché véniel , ne corrompt pas tout d'un coup toute sa pénitence, et ne lui en fait pas perdre tout le fruit. Autrement,
ACTES H
oa serait presque obligé de dire, avec Calvin , que toutes les actions des justes mêmes sont des péchés , n'y en ayant guère où il ne se glisse quelque circonstance mauvaise , quoique légère.
OBJECTION II
Une bonne action est un acte de vertu qui ne peut être mauvais en aucune façon, ni sous aucun rapport.
RÉPONSE
Un acte de vertu, en tant que vertueux et qu'il procède de la vertu , ne peut être mauvais en aucune façon , mais un acte vertueux peut être accompagné d'une mauvaise circonstance qui en diminue la bonté sans la ruiner entièrement, parce qu'elle ne l'empêche pas de tendre à une bonne fin par un moyen légitime. Ainsi, un même acte peut être bon et mauvais , méritoire et déméritoire à différens égards et sous différentes faces, si l'on n'aime mieux dire que ce sont pour lors deux actes différens qui s'accompagnent.