‹ Bibliothèque sacréeChapitre 64 sur 174 · PROPOSITION VIII · texte numérisé non relu

PROPOSITION VIII

1". L'Écriture-Sainte ne loue et ne blâme pas moins les actions qu'on a sincèrement voulu faire, quoiqu'on ne les ait point accomplies , que si on les eût accomplies eu effet. Ces actions qu'on n'a point exécutées , non par un défaut de volonté , ont donc la même malice ou la naême lîonté essentielle , que si on les eût exécutées en effet. C'est ainsi que Dieu récomjiensa l'obéissance d'Abraham , de la même manière que s'il eût tué son fils Isaac qu'il ne tua jîas en effet , pai'cequele premier ordre qu'il en avaiteu fut révoqué. (Gen., xxir.) C'est ainsi que Jésus-Christ nous avertit cjue le simple désir de l'adultère rend un homme aussi coupable, que s'ilavaitcommisle crime. ( Malth. , v. )

2°. L'acte humain n'est essentiellement bon ou mauvais , qu'autant qu'il est libi-e. Or , l'acte iiitérieur séparé de l'extérieur est parfaitement libre et ne reçoit pas le moindre degré de liberté de l'acte extérieur ; au contraire l'acte extérieur reçoit tout ce c[u'il a de liberté de l'acte intérieur. Ce dernier acte est donc par conséquent aussi bon , ouaussi mauvals,essentiellement pris en lui-même , que s'il était joint à l'acte extérieur. Il s'ensuit de là cj^ue celui qui a la volonté sincère de faire l'aumône , et qui ne la fait pas parce qu'il manque de moyens , mérite autant que celui cj.ui la fait , quant àr la récompense essentielle. Il

L'acte extérieur fait quon mérite une plus grande récompense, ou une plus grande peine accidentelle.

PREUVE

La récompense accidentelle des bienheureux consiste dans la joie qu'ils conçoivent du bien qu'ils ont fait ; et par conséquent ceux qui auront fait certaines bonnes actions en ressentiront une joie particulière que n'éprouveront pas ceux qui ne les auront pas faites, c|uoiqu'ils en aient eu la volonté. Cette joie et cette récompense particulière , est ce que les théologiens appellent auréole. Les réprouvés au contraire qui auront commis en effet des crimes dont les autres n'auront eu que la volonté , seront plus punis qu'eux , quant à la peine accidentelle , quoiqu'ils leur soient égaux, quant à la peine essentielle qui consiste dans la séparation de Dieu.

Première objection contre la septième Proposition.

Si l'action extérieure n'ajoutait pas un nouveau degré de malice ou de bonté à l'intérieure, il s'ensuivrait , i " cpi'un homme qui aurait la volonté d'aimer Dieu infiniment, ou de faire une infinité d'aumônes , mériterait infiniment ; 2° cjue celui qui aurait le désir du martvre , du

ACTES H joùuc , «les Sacremens , recevrait autant de grâces que s'il souffrait cflectivcment le martyre, que s'il jeûnait , et qu'il reçût les Sacrelueus ; 3° que celui qui aurait voulu coiuniettrc un péché sans pouvoir l'exécuter , ne devrait pas rendre grâces à Dieu de cette impuissance.

RÉPONSE

1". Le désir d'aimer Dieu infiniment, et de faire une infinité de bonnes actions , est un désir d'une chose impossible et chimérique dont il ne s'agit point ici. 2" Celui qui n'a que le désir de recevoir les Sacremens, ou de souffrir le martyre , n'a point tant de grâces que celui qui reçoit en effet les Sacremens , ou qui souffre le martyre , parce que Dieu a voulu attacher des grâcesparticulièresà la réception actuelle des Sacremens et à la souffrance du martyre , qui sont produites ex opère operato par les Sacremens et quasi ex opère operato parle martyre , production dont nous ne parlons point ici où elle n'est que de opère operantis. Quant au jeûne, rien n'empêche de dire que celui qui a la volonté de jeûner sans pouvoir l'exécuter , mérite autant que celui qui jeûne. 3° Celui qui n'a pu commettre un crime dont il a eu la volonté , doit rendre grâces à Dieu de son impuissance , tant parce que l'action extérieure rend l'intérieure pjus forte et plus véhémente , et qu'elle forme les mauvaises habitudes , que parce qu'elle est sujette à de plus grandes peines

UMAINS.

accidentelles , sans parler de lu honte , de l'infamie , des censures , etc. , qui en sont souvent les suites.

OBJECTION II

On doit confesser l'action extérieure du péché , et Dieu la défend par un précepte particulier ; elle renferme donc une malice particulière.

RÉPON'SE.

Dieu défend , l'action extérieure du péché , et on doit la confesser , parce qu'elle est mauvaise et qu'elle est sujette à plusieurs mauvais effets qui ne se rencontrent point dans le simple désir , ou l'action intérieure du péché. Par exemple, l'action extérieure du péché emporte souvent les censures ; elle oblige à restituer le bien ou l'honneur du prochain ; elle forme ou elle fortifie les mauvaises habitudes ; elle fait connaître le degré de la mauvaise volonté ; elle exige aussi d'autres remèdes et d'autres châtimens que le simple désir du mal , etc. On doit donc la confesser , et Dieu doit la défendre , sans qu'elle ait pour cela une malice essentielle , distinguée de celle de l'action intérieure.

OBJECTIOIN III.

Cette proposition qui renferme notre sentiment a été condamnée dans Abailard : Nos verb dicimus rpiod sola volunlas à Deo œternaliter remuneratur , sîve ad bonian , sive ad maliim : nec propter opéra pejor velmelior ejjici" tur homOf msi forte, dum opéra-

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