M. LARGETEAU
Antoine Largeteau naquit à Guîtres, le 5 janvier 1831, et fut baptisé le lendemain par M. Antoran, curé de la paroisse (i).
Sa famille comptait parmi ses membres des littérateurs distingués (2); mais la vertu y était en honneur plus encore que le talent. Repassant un jour devant Dieu les grâces qu'il en avait reçues, M. Largeteau écrivait : « 0 mon Dieu! que de grâces particulières ! Vous m'avez donné un père rempli de la plus sévère probité, une mère pieuse et attentive à m'inspirer l'estime et l'amour des choses religieuses. Vous avez ainsi mis au fond de mon âme le principe de jugements très
(1) Cette notice reparaît ici telle à peu près qu'elle a été publiée dans la Revue catholique de Bordeaux d'abord (année 1885, p. 208-228), puis dans nos Mélanges de Biographie et d'Histoire (Bordeaux, Feret, 1885, in-8°, p. 516-536). Comparée aux notices qui la précèdent ou qui la suivent, la forme en est un peu différente : nous espérons, néanmoins, que cette variété ne déplaira pas au lecteur.
(2) Par exemple, Antoine Jay, de l'Académie française, né aussi à Guîtres le 20 octobre 1770, mort le 9 avril 1854, auteur de plusieurs ouvrages.
parfaits et de remords salutaires qui m'ont, dans tous les temps, même dans mon plus jeune âge, montré le bien et le mal où ils étaient. Vous m'avez de bonne heure séparé du monde; vous m'avez inspiré une vocation sainte » (1).
Le jeune Antoine, de son côté, donna « de bonne heure » des signes de vocation ecclésiastique, qui n'échappèrent pas à l'œil perspicace de M. Antoran. Ce que le « cher petit tapageur » du petit séminaire de Bordeaux disait à M. Lataste, qu'il voulait « devenir un bon prêtre », l'enfant de huit ans l'avait dit à M&1' Bonnet, en lui débitant un compliment la première fois que le prélat visita la paroisse de Guîtres. Bans la suite, le vénérable cardinal aimait à se rappeler ce trait et à le rappeler aux autres, en louant le « cher petit orateur » qui l'avait si bien harangué autrefois.
Après avoir reçu de M. Gellé, successeur de M. Antoran dans la cure de Guîtres, les premières leçons de latin, Antoine Largeteau entra en sixième au petit séminaire de Bordeaux. C'était au mois de novembre 1842. Boue de tout ce qu'il faut pour faire un charmant espiègle, Yadolescens comme le puer d'alors fut néanmoins assez régulier, pieux, studieux autant que le permettaient son jeune âge et sa nature vive, assez heureux même pour remporter quelques palmes aux fins d'années. Ses cahiers d'humanité et de rhétorique témoignent à la fois de son travail et de l'inclination qu'il se sentait dès lors pour la poésie française, dans laquelle il s'exerçait déjà avec quelque succès (2).
En octobre 1848, M. Largeteau entra au grand séminaire de Bordeaux, et il y fit successivement sa philosophie et sa théologie. On possède des preuves authentiques de l'estime que ses nouveaux maîtres avaient de sa régularité et de sa piété. Bès le début, sous l'impulsion de M. Larrieu, son directeur, il se donna tout entier à Bieu. Les résolutions de sa première retraite offrent tous les caractères de celles que Bieu inspire
fl) Sentiments et résolutions de retraite, octobre 1852. (2) Dans les pièces intitulées, Aux oiseaux, et Sur la révolution de février 1848.
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aux bons séminaristes, à qui il fait la grâce de se connaître et de vouloir sincèrement tendre à la perfection : elles sont détaillées, pratiques, précises, efficaces.
Le jeune novice a « une extrême horreur pour le péché véniel et pour toute imperfection ». Il est décidé à « aimer Dieu de tout » son « cœur pendant toute l'année, à se tenir toujours en sa présence, à faire toutes ses actions dans le seul but de lui plaire et de lui obéir, avec un détachement complet de tout amour-propre, de tout désir de paraître et de toute satisfaction ».
La bienheureuse Vierge Marie sa « très sainte mère », pour laquelle il eut toujours une tendre dévotion, pouvait-elle ne pas répandre abondamment ses grâces sur une âme aussi pure? « Heureux temps de ma première année de grand séminaire ! s'écriait avec attendrissement M. Largeteau en 1854 : combien étaient douces, ô mon Dieu, les consolations dont vous me combliez ! »
Les retraites du mois assuraient et multipliaient les fruits des retraites du commencement de l'année, en donnant à l'âme un nouvel élan. « Me voici au milieu de l'année. Grâce à Dieu, il me semble que je ne suis pas plus en retard pour ma sanctification qu'au commencement; mais, hélas ! il me semble aussi que je ne suis guère plus avancé. Courage : renouvelons-nous.... Allons, quand nous donnerons-nous donc au bon Dieu tout entier? Pensons donc que tout ce qui ne se rapporte pas à Dieu et au ciel n'est rien. Les plaisirs, les souffrances, les privations de la terre ne méritent pas d'être considérés, parce qu'ils sont futiles et de courte durée.... Mortification, détachement intérieur et extérieur : il m'en faut toujours revenir là. »
Ce détachement avait, chez notre séminariste, un objet spécial et un mérite particulier. L'élève de théologie était fortement attiré vers l'étude des langues, pour lesquelles il avait reçu de Dieu une aptitude merveilleuse. Mais il lui fallut se contenter de l'hébreu, et se borner à s'enrôler dans la Société de Saint-Jérôme, compagnie de volontaires qui avait saint Jérôme pour patron, pour chef M. de Champgrand,